Le théorème de Noether est un humanisme

Publié le par Hari Seldon

Le théorème de Noether est un humanisme

Au moment de prendre ma douche, ce matin, m'est venue cette idée:

Que donnerait le théorème de Noether appliqué au Sujet?

Vous aussi, vous êtes surpris, n'est-ce pas? Et pourtant: je ne cesse de parler de la stabilisation progressive du Sujet à partir de ses expériences, comme de celle de l'Objet qui se renforce au gré des changements de point de vue. Sujet et Objet sont toujours en miroir. Par ailleurs, tous mes développements montrent une filiation entre les concepts, depuis l'observation des objets quantiques jusqu'à la forme même de nos pensées. La prise de conscience, par exemple, peut être vue comme une "décohérence" à partir de l'inconscient. En ce sens, ne pas faire le rapprochement relèverait de l'inconséquence...

Bien, une fois la surprise passée, la douche prise, le petit déj avalé, il me reste 1h30 pour faire cet exercice, avant de vider ma chambre et prendre l'avion. Je vais donc couper au plus court.

Que pouvons-nous dire de cet Objet très particulier qu'est le Sujet? Uniquement ce que j'en vois, c'est à dire en rapporter la mesure par rapport à un ensemble de critères qui me sont propres. Autrement dit: le Sujet ne m'est appréhendable que par la mesure "d'observables". Mais, de ce sujet lui-même, et n'en déplaise à Jung, je n'ai aucune expérience intime.

Bien, et quels sont donc ces critères selon lesquels je vais percevoir le Sujet? Tout le problème est là: à chacun les siens. Il est certain que le n'est pas le même jugement sur Darwin ou Giordano Bruno qu'un djiadiste inculte ou un inquisiteur fervent. Eux comme moi avons notre propre jugement sur la valeur d'un homme. Cependant, je n'en dis pas n'importe quoi, pour la simple raison que mon jugement immédiat est subordonné à ma propre culture, mon histoire personnelle et mon expérience.

Comme vous le voyez, plus relativiste que çà, tu meurs... Et c'est là qu'Emmy Noether peut nous servir de béquille. En effet que nous dit-elle dans son théorème?

Que l'Objet est invariant lorsque l'on change de système de références.

Comment est-ce adaptable à l'étude du Sujet? En disant tout simplement que le Sujet perdure au-delà des jugements dont il fait l'objet. C'est dire en particulier, que son existence transcende toute opposition à un système de valeurs quelconque. Le Sujet dijiadiste existe au-delà de tout ce que je peux penser de lui, comme j'existe au-delà de tout ce qu'il peut voir de moi. La femme existe au-delà de mon incompréhension totale de ce qu'elle est; l'Africain existe au-delà d'un gouffre culturel qui me surprend jour après jour.

Ceci, c'est le premier point, que l'on pourrait appeler un point de vue humaniste, mais nous n'avons rien dit de nouveau jusqu'à présent. Voici maintenant le second, plus intéressant peut-être: lorsque l'on change de système de valeurs pour juger un Sujet, il y a une indétermination liée à ce mouvement. Vous pourrez faire vous-même la démonstration en reprenant ce que j'ai exposé dans l'article sur Noether (voir ici, je n'ai pas le temps). Et c'est peut-être là l'intéressant: la liberté du Sujet n'est pas tant une qualité qui lui serait consubstantielle, qu'une nécessité logique liée à son rapport à l'Autre:

Le Sujet n'est appréhendante que dans la mesure où la perception que j'en ai est entachée d'une incertitude.

Tout totalitarisme se focalise d'ailleurs, d'instinct sur le contrôle de cette liberté, et vous voyez de quelle façon l'on peut broder sur le sujet. J'espère que vous voyez en quoi cette approche peut être une arme de destruction massive des idées reçues?

Juste un exemple qui me vient à l'esprit, peut-être pas le plus percutant, mais bon. Je reçois ce matin une pétition à signer contre une marche de ceux qui réclament l'abrogation du mariage pour tous. Oui, bon d'accord. Mais au regard de ce que je développe ici, je me demande dans quelle mesure la volonté de pouvoir se marier entre eux est, pour les homosexuels eux-mêmes, une marque de leur liberté? Je veux dire qu'il me parait douteux que l'expression de leur liberté passe par la normalisation, dans un système de références qui ne leur est pas propre, de leurs rapports intimes? Je me pose la question. Ceci dit, libre à eux de faire ce qu'ils veulent; mais j'ai l'impression que l'expression de leur liberté est bien trop "normée"... S'il s'agit juste de faire rager le bourgeois, j'aurais tendance à parler de crise d'adolescence (i.e. prière de ne pas commenter: ce n'est qu'une provoc, merci.)

En fait je suis toujours hanté par les derniers mots de Foucault dans "Les mots et les choses":

"L'Homme n'est peut-être plus qu'un visage qui s'efface comme une figure sur le sable"

Peur de la mort, de la mienne bien sûr, de celle de l'Humanité sans doute. Et pour échapper au vide, quoi de plus tentant que de s'y abandonner, comme le Bouddhisatva juste avant la contemplation de la vacuité de son être. Et je pense que le théorème de Noether est une possible réponse existentielle à l'un et à l'autre: oui, certes, nous ne sommes rien, peut-être ne sommes-nous qu'un reflet? Reflet dans le regard des Autres, certes, mais plus fondamentalement, reflet de notre propre regard.

La folie serait alors de se conformer à l'image que l'Autre nous renvoie de nous-même.

Ouf, je suis dans les temps.

A+

Hari

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Jean-Marie Cordonnier 30/09/2014 21:47

La folie est de considérer l'autre comme un alter ego. L'image qu'il nous renvoie n'a de sens que pour lui-même. Il y a autant d'altérité que d'êtres et le "semblable" est une illusion. Il n'y a pas de solution à la question du "sujet" car ce n'est pas une question. Vous confondez la ressemblance avec l'"unique". vous voulez trouver des ponts entre les rives d'océans multiples alors que vous êtes seul, les pieds dans le sable de l'UNIVERS fredonnant la chanson de votre existence. Abandonnez le sujet pour l'Etre, arrêtez de prendre des douches ou de lire Noether (ce qui d'ailleurs me semble plus convenable pour votre entourage) Ceci dit, je vous demande pardon de m’immiscer ici.

Hari 01/10/2014 12:50

A l'adresse de mes lecteurs:
Je laisse le commentaire ci-dessus comme un cas d'école. Vous remarquerez l'accumulation d'affirmations, qui forment une sorte d'exosquelette à une pensée non articulée. De quoi l'auteur cherche-t-il à se protéger?
Remarquez sa posture (ex-post, celle du docteur de la loi) qui lui permet (on plutôt dont il se prévaut pour se permettre) de donner des ordres, c'est à dire de tenter de limiter ma propre liberté: "arrêtez de prendre des douches ou de lire Noether"...
Autrement dit, au lieu d'assumer une position ex-ante (je ne sais pas et je cherche), qui puisse, après avoir essayé de comprendre mon approche, de l'intérieur, en se frottant à mes arguments, leur articulation interne, lui permettre d'accéder à quelque chose de neuf, d'imprévu, lors d'un changement de posture ex-ante/ex-post (eurêka); l se campe dans une position ex-post autoritaire.
C’est la peur de ce saut de l'ange dont je parlais dans mon précédent article sur Leonard Cohen... La peur, toujous la peur, car, évidemment, pour faire ce saut, il faut accepter de lâcher prise, sans certitude quant au résultat. Si cette posture devait s'avérer par trop rigide, cela dénoterait sans conteste un comportement psychotique... ce dont nous avons déjà parlé par ailleurs.
Je ne sais pas qui est ce Monsieur, mais j'avoue qu'il me fait peur.

Hari 01/10/2014 04:05

Je pense que vous n'avez pas lu...Ce qui est votre droit, mais de grâce, laissez-moilibre de mes pensées.