Rencontrer l'Autre

Publié le par Hari Seldon

Rencontrer l'Autre

Je tourne en rond dans Mediapart, où je ne trouve pas grand-chose à me mettre sous la dent. Mais un commentaire m’a donné à réfléchir. Je disais dans le fil d’une discussion que rencontrer "l’Autre", m’importait plus que d’avoir raison dans un échange d’arguments. Ce qui me valut la réponse suivante :

"On peut rencontrer ET avoir raison (avec l’autre, à défaut sans lui)."

Ce fut pour moi une prise de conscience : en fait, non, je ne peux pas n’intéresser à l’Autre, et, dans le même temps m’occuper d’avoir ou non raison. Je ne pouvais malheureusement commenter plus avant, sans me référer à la théorie que nous discutons ici.

Reprenons : dans un vis-à-vis, entre deux sujets (mettons A & B), trois positions sont possibles :

  • A & B sont dans un jeu synchrone (le jeu de cartes)
  • A est en position ex-post par rapport à B, (noté A > B) c’est-à-dire qu’il théorise sur les actions que B peut entreprendre, ou son état. C’est par exemple le médecin qui ausculte un patient.
  • A est en position ex-ante par rapport à B, (noté B > A) c’est dire qu’il ne sait expliquer ses mouvements. C’est par exemple le Saint dans la foi, ou même le chien, qui suit son maître dans l’espérance qu’il sorte faire un tour.

Par ailleurs, B, dans son propre imaginaire, peut également se représenter dans chacune de ces trois positions, ce qui complique un peu la représentation que nous, en recul par rapport à ce couple, pouvons nous en faire.

La combinatoire serait un exercice académique un peu fastidieux à exposer ici, aussi nous nous contenterons de revenir à notre problématique : peut-on à la fois être avec l’Autre et "avoir raison".

Pour que A puisse "avoir raison" de B, il faut que son système de représentations soit "plus riche" que celui de B.

Par exemple, en géométrie : la théorie de Riemann est "plus riche" que celle d’Euclide. Ou bien, la théorie de la relativité "comprend" la physique newtonienne ; etc. Ce que l’on traduit par A > B. Maintenant, comment ferait A pour que B se rende compte de cette position relative ? En démontrant qu’il peut expliquer des événements que B serait dans l’incapacité de prendre en compte.

À partir de cette situation (vue de A) tout peut arriver, mais nous nous arrêtons ici à cette simple mise en perspective : A > B du point de vue de A.

C’est dire que A réduit B aux potentialités qu’il envisage. En fait, il réifie B.

Maintenant, envisageons que A ait de l’empathie pour B. Il s’intéresse au Sujet, au-delà de l’idée qu’il s’en fait ; c’est dire qu’il espère en lui, dans le respect de sa liberté, dans l’attente de ce qu’il peut advenir. Nous sommes dans l’attente d’une virtualité. C’est dire que dans ce cas, et quelles que soient par ailleurs les qualités intellectuelles ou spirituelles que l’on puisse lui prêter, A se situe volontairement en position A < B.

Et c’est là où je voulais vous mener, bien sûr : A peut être à la fois dans ces deux positions simultanément, mais il doit choisir dans quelle posture il tient son discours avec B.

Et il ne vous aura pas échappé, j’en suis sûr, qu’en passant d’une position à l’autre, la réaction de B à ce changement de posture est frappée d’un certain indéterminisme.

Lorsque je discute politique avec ma femme je ne l’aime pas. Lorsque je cesse de parler politique, pour lui dire combien je l’aime… Il peut y avoir un moment de flottement…

Je cours tenter de rattraper le coup.

Bonsoir,

Hari

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mogentale 20/11/2014 14:07

C'est intéressant comme article. Ca me fait penser à une situation récente sur un forum, où après un échange d'arguments avec un inconnu nous avons fini par apprécier la rhétorique de l'autre admettre sa supériorité. L'indéterminisme a ici été la fin de la discussion sous couvert de dérision de la situation (recul).