Temps mort

Publié le par Hari Seldon

Temps mort

Une semaine vide devant moi, les enfants au loin, Virginie au boulot... Pause de fin d'année. Faire le point: le bouquin sorti, çà, c'est fait. Vente du Olla, début janvier, adieu à Nouméa pour le coup: je ne serai pas un retraité naviguant. Vente de la moto au printemps. C'est un petit abandon supplémentaire: plus la force de relever la bécane. Toujours pas de base de repli en France. La famille, les amis trop loin. Skype ne remplace pas le contact. Tout se resserre sur le seul point de fuite que je me sois laissé: ce bouquin.

Bien sûr, il y a mille choses à faire, et se pose la question de savoir si me focaliser sur la promotion de ce bouquin n'est pas une excuse pour ne rien faire d'autre. Oui, bien sûr... Je me suis emmailloté dans un pari pascalien, sans doute par flemme viscérale: si j'arrive à partager mes idées, il s'en suivrait un tel chamboulement que délaisser le reste s'en trouverait justifié.

Je repense à mon ami Roger: je l'avais pris pour un fou d'abandonner taupe pour reprendre la fac. L'université ne m'intéressait pas, accroché à l'adage selon lequel "quand on sait on fait, quand on sait pas on enseigne"...Oui, sans doute. Parole d'ingénieur, ou d'artisan.

Mais lorsque l'on cherche... C'est bien dans l'université que l'on trouve des interlocuteurs, des pairs et un auditoire à l'écoute, voire d'éventuels disciples, en cas de succès.

Je me suis amusé en route à faire des choses à droite et à gauche. Si grosses que je peux les voir sur Google Earth, à Neishabour, Prony ou Abidjan... Mais, quelle gloire en tirer? Simple boulot d'ingénieur. Des aventures d'homo faber, oui, c'est vrai, j'en garde de bons souvenirs: faire est jouissif. Mais c'est peu.

Et puis, sur le tard, je veux mettre en forme des idées qui n'arrêtent de me travailler depuis mon adolescence. Cent fois sur le métier, j'ai repris cet ouvrage, en y laissant une thèse par-ci, un article par-là, pour en arriver à ce bouquin.

Le problème, c'est que l'écriture a été pour moi un acte créateur: je n'avais aucune idée du point d'aboutissement en le commençant. Initialement c'était un manuel à l'usage des consultants en organisation. Mais je voulais reprendre un développement sur le calcul du rendement d'une organisation hiérarchisée, modélisée à partir de la "structure absolue" d'Abellio.

Et c'est là que j'ai dérapé: pour définir un rendement, il me fallait définir une énergie, et de fil en aiguille, un temps.

Qu'est-ce que le temps? Je ne suis pas le premier à y accorder de l'importance. Mon problème, si je puis dire, c'est d'avoir trouver une réponse, qui d'un coup élargit le champ d'investigation au-delà du raisonnable.

J'ai trouvé une pépite en tamisant le sable. Hep! Regardez, regardez ce que j'ai trouvé!

Tout le monde s'en fout... Je ne suis pas dans le bon cercle. Danse cigale...

Alors, je flâne sur le web, une page sur Facebook, un compte Twitter, un autre sur Google, LinkedIn... Que dalle. J'essaie le blog de Mediapart, au moins les discussions sont plus fournies. Je suis impressionné: ils passent à côté comme l'eau sur les plumes d'un canard. S'ils pouvaient, ils détourneraient les yeux comme des serveurs dans un café. Hep, hep, c'est ici... Pas une reprise d'une des idées avancées, fusse pour demander une précision (j'exagère: deux exceptions!), ou avancer une réfutation (là: c'est sûr: aucune.) Chacun droit dans ses bottes, dans ses propres pensées. C'est pourquoi je repense à l'université: c'était sans doute là le lieu idéal... Cible manquée d'une trentaine d'années...

J'ai bien compris que je n'y arriverai pas, et je repense à cette vidéo de Lacan à Louvain:

"C’est certain. On ne se pose de questions que toujours là où on a déjà une réponse, ce qui a l’air de limiter beaucoup la portée des questions ; néanmoins, c’était pour moi une occasion de mesurer ce qui pour chacun était une réponse. Évidemment les réponses diffèrent pour chacun. C’est même ce qui fait obstacle à ce que si gentiment on appelle la communication ; enfin je vois que j’ai un auditoire. La communication, voilà des gens sympathiques, la communication, ça fait rire ; et bien c’est pour moi un très vif encouragement ; si vous en êtes déjà là, on va pouvoir avancer un peu, un peu ; vous ne m’en demandez pas plus."

La communication...ça fait rire... si vous en êtes là on va pouvoir avancer un peu. (9mn)

On ne pose de question que là où l'on a déjà la réponse... Bien sûr, je le vérifie tous les jours.

J'avais bien vu la difficulté en définissant une stratégie promotionnelle, mais je reste dans l'incapacité de la mettre en oeuvre. D'une part, je réside hors de France et mes contacts restent épistolaires, d'autre part, je suis un très mauvais attaché de presse: je ne sais pas établir facilement un contact.

Dura lex sed lex. Mais je fais quoi maintenant?

Me reste un espoir: c'est que ces idées qu je veux ainsi promouvoir ne soient pas "réellement" miennes. Peut-être ne les ai-je captées que parce qu'elles sont dans l'air.

Les rendre visibles serait alors lancer des bouées à la mer, une recherche de l'autre, d'un autre, isolé dans son coin, occupé lui aussi à danser sa propre danse avec la même partenaire.

Voilà, je vais donc continuer, mais dans un autre esprit. Non plus celui, vain, finalement, de convaincre, mais celui, plus ouvert, de retrouver l'autre. Je cherche l'Homme, comme Diogène.

Allez, je passe en mode "effet tunnel"...

Et bonnes fêtes à tous!

Hari

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Guillaume 11/01/2015 13:03

Oui, je ressens un peu la même chose après différents contacts. Mais c'est un peu le lot du penseur libre, hors des institutions. Ceci dit, on t'attend avec impatience en Bretagne, pour te passer à la question. C'est le cas de le dire vu, que j'en ai plus d'une par page de ton bouquin. Donc profite de ta pause :)

Alain Simon 11/01/2015 13:44

Merci pour ta lecture. Je vais réserver mon billet d'ici peu. Je te tiens au courant...