Linga & Yoni

Publié le par Hari Seldon

Je voudrais vous montrer en quoi ce symbole sexuel nous offre une métaphore tout à fait pertinente de la dynamique de notre modèle "sénaire" qui radicalise dans sa structure une différence essentielle entre un "niveau synchronique" et un "axe diachronique".

Linga & Yoni

Nous avons déjà vu en détail que la représentation d’un mouvement physique, par exemple, met en jeu le couple d’espace (synchronique) et de temps (diachronique). 

Mais au-delà de cette simple cinématique, nous nous appuyons instinctivement sur le même type de dualité pour exprimer la dynamique même qui permet ce mouvement.

C’est ce que donne à voir très explicitement le symbole dual Linga & Yoni.

En effet il y a dans l’acte sexuel, un dépassement de deux principes antagonistes/ complémentaires pour donner vie à une nouvelle entité qui transcende ses géniteurs. La grande différence entre ce symbole hindou et le Yin-Yang, est la dissymétrie entre le rôle des deux sexes. Le Yoni et une coupe, un réceptacle où l’eau s’écoule, toujours en mouvement, mais toujours la même. J’y vois une circulation sans fin, et vous l’aurez compris, sans doute : le symbole de "l’automatisme de répétition". Le Linga, au contraire, est dressé dans le Yoni, mais cette érection n'existe que dans la répétition de l’acte et ne trouve sa justification que lorsque la répétition prend fin, transcendé par la jouissance… Pas besoin de vous expliquer en détail, n'est-ce pas? Ce qu’exprime très bien le serpent dressé : posture nécessitant cette assise stable, que lui offre sa queue lovée en cercles horizontaux.

Il y a donc, au-delà de leur complémentarité, symbolisée dans le Yin / Yang, une dissymétrie fonctionnelle entre les deux principes féminin / masculin à laquelle peuvent se rattacher nombre de connotations culturelles et sociales qu’a développées chacune de nos civilisations dans sa spécificité, au fil des millénaires.

Je pense (mais cela demanderait à être développé en détail, bien entendu) que notre imaginaire s’enracine dans nos pulsions primaires qui conditionnent notre rapport à l’autre, bien avant l’avènement de toute pensée consciente, jusqu’à structurer notre cerveau limbique, et conditionner de nos jours, notre "préconscient". La symbolique sexuelle que nous évoquons ici serait alors une "prise de conscience", une "intellectualisation", une cristallisation Imaginaire (parmi tant d’autres) de ce mystère qui nous a marqués dans notre chair bien avant que nous puissions en parler.

Ensuite, la filiation qui porte ainsi de notre nature de mammifère, à la pensée mythique, est en fait assez simple à établir, en nous appuyant sur la "forme canonique des mythes", que Lévi-Strauss a pu la mettre en évidence systématiquement dans tous les mythes qu’il a étudiés, et relatés dans ses « Mythologiques » ; car je pense avoir montré dans "L’Homme Quantique", de façon assez simple pour que cela paraisse évident, que ladite forme canonique se ramène in fine à la mise en relation de deux principes conjoints, synchronique et diachronique, par un orateur en position ex ante.

Pour prolonger cette réflexion, je voudrais montrer ici que cette dynamique, ainsi repérée dans une pensée très ancienne, se retrouve inchangée dans notre mode de penser moderne. Je prétends en effet possible d’en suivre les multiples avatars depuis les premiers pas de la physique, jusqu’à la physique actuelle. N’y voyez aucune prétention à construire cette « théorie unitaire », dont rêvent les physiciens. Mon objectif est tout autre : si je peux montrer une telle stabilité dans nos représentations, par-delà les siècles, alors, c’est que le "Monde physique", tel que je me le raconte ici et maintenant, grâce à tout ces génies sur les épaules desquels il faut se hisser pour y arriver, garde la trace de sa propre nature. C’est dire que nos théories racontent notre façon d’appréhender le Monde, et non le "Monde en soi", objet idéal coupé du sujet… La seule différence avec la pensée mythique étant que le savant saute le pas, et parle en position ex post après avoir longtemps tourné en rond, quand le griot reste prudemment en position ex ante. Et la succession de ces basculements intellectuels ex ante / ex post / ex ante… rythme la marche du progrès.

Comme en tout, il nous faut revenir aux Grecs, qui faisaient une différence entre deux types d’énergie que l’on retrouve dans l’étymologie des mots que nous employons pour en parler. En grec ancien, le terme d’énergie ou « ένέργεια / enérgeia » signifie « force en action » et s’oppose à « δύναμις / dýnamis » signifiant « force en puissance ». Il y a cette idée que « quelque chose est là » (la force en action, actuelle), une source dans laquelle il faut puiser pour initier ou transformer un mouvement, une évolution ou une mutation, qui reste potentiel en attente d’actualisation. Toutefois, même si les Grecs trouvèrent les mots grâce auxquels nous l'exprimons, le mystère reste entier, quant à cette aspiration au changement. Interrogation que l’on retrouve inchangée au temps où Jansénistes et Jésuites s’entre-déchirent autour des questions de la grâce et de la liberté.

Le premier principe, c’est que cette « énergie » disponible, nécessaire à l’action est déjà là, et qu’elle se conserve, c’est le principe d’inertie de Galilée (dont je prétends que l’automatisme de répétition est la version psychique.) Nous le retrouvons dans cette eau qui coule sans fin du Yoni des Hindous.

En termes de physiciens, cette première énergie, c’est l’énergie cinétique (Ec = 1/2 mv2) et Galilée nous dit qu’en dehors de toute intervention extérieure, elle se conserve (la vitesse d’un objet laissé à lui-même reste constante). Il faut remarquer, que si l’on appelle Ik le niveau Imaginaire à partir duquel nous pouvons concevoir l’espace, il nous faut un saut diachronique (associé au temps) pour repérer une vitesse, en Ik + 1. Nous avons déjà vu ceci à propos du principe d’incertitude d’Heisenberg. C'est-à-dire que l'énergie ne peut s'Imaginer qu'en Ik+1, comme la vitesse.

Maintenant, qu’en est-il de « force en puissance » ? La physique à repris de façon fort judicieuse le terme de « potentiel ». Imaginez un instant un poids suspendu à 1 m au-dessus du sol, par une ficelle : il contient « potentiellement » l’énergie qui le ferait tomber au sol si je coupais la ficelle. Et cette énergie, dans l’actualisation du mouvement se transformerait en énergie cinétique. Pour « imaginer » cette énergie, il me faut faire un saut diachronique, qui me porte de la représentation de l’énergie cinétique précédente (en Ik + 1) en Ik + 2, où je repère l’accélération.

Vous voyez, je l’espère maintenant, l’évolution de notre regard, passant de la représentation du mouvement (cinétique) entre les concepts synchronique (espace en Ik) et diachronique (temps entre Ik et Ik + 1) ; à la dynamique qui se représente comme un échange entre énergie cinétique / synchronique (en Ik + 1) et énergie potentielle / diachronique (entre Ik + 1 et Ik + 2).

Et c’est à Maupertuis que revient l’honneur d’avoir énoncé le principe de moindre action en 1744 :

« L’Action est proportionnelle au produit de la masse par la vitesse et par l’espace. Maintenant, voici ce principe, si sage, si digne de l’Être suprême : lorsqu’il arrive quelque changement dans la Nature, la quantité d’Action employée pour ce changement est toujours la plus petite qu’il soit possible. »

L’expression de l’action « S » dont parle Maupertuis est la suivante :

Linga & Yoni

où t est le temps et V la variation de potentiel

Mais par-delà le formidable saut intellectuel que représente cette équation fondamentale en physique, nous retrouvons bien cet échange entre concepts complémentaires pour initier un changement.

L’équation de Maupertuis, cette pierre angulaire de la physique, reste malgré tout une théorie, un récit Imaginaire. C’est-à-dire, une hypothèse, un regard porté sur l’Univers, mais en aucun cas une « explication ». Certes, toutes nos observations nous y ramènent, ce qui lui confère sa stabilité, qui nous fait y voir le "Réel en soi", tel qu'il est. Et pourtant, ce n’est en aucune façon une « explication dernière » du pourquoi des choses. En ce sens, nous sommes tout à fait fondés à y voir une représentation Imaginaire, d’un symbole toujours hors d'atteinte. De même que notre image du Linga & Yoni n’est qu’une simple reflet du principe qu’elle représente… sans l'épuiser.

J’ai présenté plus en détail cette approche de la dynamique dans "l’Homme Quantique ».

Il nous resterait à détricoter tout l'histoire de la physique qui mène de ce point de départ aux équations modernes de la physique. Exercice un peu ardu (que je devrais bien vous exposer un jour, ou pas)  et nous verrions encore, dans l’équation de Schrödinger ou le « bra/ket » de Dirac, cette dualité inchangée depuis la nuit des temps entre principes synchronique et diachronique, exprimant là comme ailleurs, notre nature de mammifère.

Question : quelle pourrait être la théorie physique d’un organisme doué d’intelligence se reproduisant par scissiparité  ?

Sur cette intéressante question, je vous laisse à votre méditation.

Hari

 

nota: Pour aller plus loin:

1/ La discussion que j'entame ici sur une différenciation de type synchronique / diachronique entre deux types d'énergie (cinétique et potentielle) se repercute entre masse grave et masse inerte. Nous en avons déjà discuté sur ce billet : "la gravité une question de poids". Mise en perspective ouvrant sur d'autres considérations très actuelles abordées dans cet autre billet: "La cosmologie noire, une question de taille".

2/ J'ai également tenté de montrer que cette appréhension graduelle de la réalité, en stratifiant nos représentations Imaginaires, se retrouve dans notre façon de construire les mathématiques, dans 3 billets : "Regard entropologique sur les maths", avec les suite 1 et suite 2.

3/ En ce qui concerne l'utilisation de la forme canonique des mythes, voir par exemple comment je l'utilise pour porter le théorème de Noether d'un niveau physique à un niveau supérieur, "méta-physique": passant de l'incertitude en mécanique à la liberté humaine: "l'escalier fractal de Noether". nota du 11/01/2017 : voir surtout un billet beaucoup plus récent, où je reprend la présentation faite dans l'Homme Quantique : "Le mythe de la potière jalouse".

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Guillaume 03/07/2015 23:35

D'accord pour les commentaires, il faut trouver autre chose, c'est inutilisable. Bon.
Globalement, d'accord. Cependant tu dis " Et dans l'imaginaire, je peux toujours ajouter un étage au précédent. C'est une opération récurrente à l'infini, sans qu'à aucun moment je sorte de mon imaginaire. "
Comment peux-tu " récurrer " à l'infini tout en restant au même endroit ?

Quant à " Je te prête l’idée suivante à mon égard : il pense que ses représentations sont réelles dans la mesure où il les rencontre partout. " Non, non j'ai bien compris cela, mais :
" je crois d’emblée la boule séparée de moi, et je fais un effort pour comprendre que ce n’est qu’un reflet imaginaire de quelque chose d’indescriptible, "
Comment la sais-tu séparée de toi, puisque c'est indescriptible ? Si tu ne sais rien de ce réel ? Il est loin de toi lorsque tu parles de tous les niveaux qu'il faut pour le retrouver, mais il est proche lorsqu'il te surprend, donc si lui arrive à franchir ces niveaux si rapidement, pourquoi est-il si loin ?
Je sais que tu donnes la réponse : " je l'identifie avec le réel". Donc je pense que nous sommes d'accord, quand je dis le " niveau de la mer, c'est au sens des 0, L, l+1, etc. pas au sens d'un observable extérieur donné, on est bien d'accord. Qu'on se forme une idée de la boule etc. pas de souci non plus.
Mais alors, à quoi te sert-elle, cette boule ? Quand je la regarde, je m'en fais une idée. Si je me retourne, elle me tape dans le dos par surprise, et ça m'est arrivé en vrai. Le réel se rappelle effectivement à ton bon souvenir par de brefs raccourcis. Et on se fait plein de représentations du réel, comme la blonde, sans se rendre compte que leur cohérence converge parce qu'ordonnée par un regard interne que nous ignorons comme la blonde n'a pas compris que c'est son index qui ordonne les signes, ok. Mais une fois parvenu là, que dis-tu ?
Je ne crois pas en un réel observable tel qu'on y croyait encore récemment, et la façon dont nous "l'encodons" ne va pas tarder à livrer ses secrets neurologiques..
Pour le dire autrement, chacun de nous peut constater que le réel prend consistance progressivement pendant l'enfance, et qu'il n'existait pas avant notre conscience. Or nos parents peuvent nous assurer du contraire. Sa structure n'a donc pas d'importance, ce qui compte c'est sa " présence".
Or cette présence, comme tu dis, et je ne sais plus qui l'a déjà dit (Sartre, Merleau-Ponty... ?) est positivement " hors d'atteinte", puisqu'au delà, et en deça de la représentation.
Ou alors, à moins que, et c'est à ce " à moins que " que je m'attaque. Mais je voudrais d'abord t'entendre sur ce qui précède. Il faut qu'on parte du même socle su ce point.

Hari Seldon 04/07/2015 10:33

J’avais zappé la première partie de ton commentaire :
"Cependant tu dis " Et dans l’imaginaire, je peux toujours ajouter un étage au précédent. C’est une opération récurrente à l’infini, sans qu’à aucun moment je sorte de mon imaginaire. "
Comment peux-tu " récurer " à l’infini tout en restant au même endroit ? "
Ce qui m’inquiète un peu, car cela veut dire que je ne me suis pas fait comprendre : dans ton imaginaire, tu travailles à le structurer, toute ta vie. Et la société t’y aide. Tu te déplaces sans bouger en ce sens que c’est le décor qui change. Lorsque l’enfant apprend à répéter ce qu’il entend, pour y accrocher un sens, il est à un niveau de langage. Ensuite, en utilisant ce langage de base, il va apprendre la grammaire, ce qui est un autre niveau de langage. Et ensuite il va apprendre qu’il y a des mots à ne pas dire en société, ce qui est le "bon usage", qui se superpose aux règles de grammaire, ensuite, il va apprendre des langues étrangères, puis la linguistique, et rechercher les règles qui génèrent les règles de grammaire, ce qui est un autre niveau de langage. Comme dit le sage, celui qui voyage le plus est celui qui fait un tour dans sa tête…
Tu peux très bien "récurer" en restant au même endroit. Le problème étant, bien entendu, de ne pas rester coincé dans un coin en attendant que le sol sèche.

Hari Seldon 04/07/2015 02:14

Cela devient compliqué, vivement une discussion de vive voix.
Tout d’abord : "Comment la sais-tu séparée de toi, puisque c’est indescriptible ? Si tu ne sais rien de ce réel ?" Je dirais que c’est ce que mon esprit me présente d’emblée, grâce à la merveilleuse méchaient qui s’est développé au fil des siècles pour aboutir à la façon proprement humaine de former des images à partir de nos yeux. Dire que je ne sais rien du réel, est une réflexion plus évoluée, qui s’est développée plus tardivement. Un construit intellectuel, beaucoup moins évident que mon sens de la vue acquis dans ma prime jeunesse. Il n’y a donc pas de problème de fond, juste une évolution de mon propre regard. Paradoxalement, je dirais que je suis d’autant plus éloigné du référent réel de l’image "boule", qu’elle m’est "familière", c’est-à-dire que les synapses nécessaires à évoquer le concept s’activent vite, c’est-à-dire, qu’il m’ait aisé de l’imaginer.

"À quoi te sert-elle cette boule"? Bonne question ! Et, précisément, cette boule ne doit être envisagée que par rapport à mon intention. Mais, ça, tu le sais déjà.

"Je ne crois pas en un réel observable tel qu’on y croyait encore récemment, et la façon dont nous "l’encodons" ne va pas tarder à livrer ses secrets neurologiques." Nous sommes d’accord.

"Pour le dire autrement, chacun de nous peut constater que le réel prend consistance progressivement pendant l’enfance, et qu’il n’existait pas avant notre conscience." Et non, tu dérapes : il ne "prend pas consistance progressivement pendant l’enfance". C’est l’imaginaire qui se développe et nous éloigne de lui. Au point de ne même plus "voir" pour reconnaître un visage familier. L’encodage des visions familières est si rapide, que tu n’as même plus besoin de "voir" un familier pour le "reconnaître".
Et je ne comprends pas très bien le nœud du blocage chez toi ; "et qu’il n’existait pas avant notre conscience. Or nos parents peuvent nous assurer du contraire. Sa structure n’a donc pas d’importance, ce qui compte c’est sa " présence". Tu n’arrives toujours pas à éviter de "chosifier le réel", c’est-à-dire de prendre le ticket de pain pour le pain. Le réel, c’est ce qui perturbe l’imaginaire. Et nous ne prenons conscience de lui que par ces "perturbations" de nos schémas intériorisés.
Mais il est plus que présent, il est tout, partout, nous baignons dedans : notre vie "consciente" elle-même ne représente qu’une petite partie de notre activité inconsciente, qui ne marche que grâce à toute la mécanique du réel, qui nous échappe. Mais celui qui te parle, n’est qu’une partie imaginaire (qui se représente comme individu) d’une masse qui lui échappe totalement, et dont tu fais (pour moi) partie. La réciproque est vraie, bien sûr.
Pour le dire autrement : l’individu est un "élément" "décoléré de l’ensemble (le réel) et tu vois bien le lien avec l’idée d’intrication/ décohérence. Et s’il y a intercommunicabilité, ce n’est pas au niveau du langage (individualisé / décohérent) mais au niveau intriqué. Tout en sachant que ce discours n’est, bien entendu qu’une représentation (que je trouve commode) de la chose et toujours pas la réalité de la chose en soi.

"Or cette présence, comme tu dis, et je ne sais plus qui l’a déjà dit (Sartre, Merleau-Ponty… ?) est positivement " hors d’atteinte", puisque au-delà, et en deçà de la représentation." Ben oui, cela me paraît évident, mais pourquoi ai-je l’impression que tu veux encore t’en persuader ? Je sens (excuse-moi de cette intrusion) que tu l’acceptes intellectuellement, mais que cela te reste encore extérieur.
Est-ce que cela s’éclaire un peu ?

Guillaume 03/07/2015 11:53

Merci pour cette réponse, que je vais fouiller autant que me le permet mon goût pour les équations :) Quant à cette question de saut pour avancer et de tourner en rond, elle est au coeur de l'histoire, un peu comme le saut de l'ancre qui " échappe " dans un mécanisme d'horlogerie. L'image du petit jeu des enfants avec le papier plié qu'on voit ic ihttp://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/06/rappel-de-roti-de-buf-contamine-le.html, m'était venu à l'esprit à ce propos.
Tu conviendras que si le Réel est en quelque sorte le niveau de la mer, on ne peut pas indéfiniment sauter vers le haut. Comment alors ne pas situer l'ensemble de la " plage possible" où se déroulent les sauts comme entièrement inscrite dans notre capacité de représentation. Ce pourquoi la circularité du yin/yang ne comprend pas de saut " vers le haut". C'est une illusion (le voile de Maya) qui nous fait percevoir du volume, là où nous circulons dans un plan. Le langage ouvre un espace de représentation symbolique qui nous donne l'illusion du volume, parce que dans cet espace nous injectons notre sentiment d'exister, dans le même temps (la construction de l'espace cognitif pendant l'enfance) que nous y injectons intellectuellement les structures en 3D qui te permettent de te désolidariser " intellectuellement " de la boule. C'est pour cela que je regarde les niveaux comme un outil de compréhension de notre plage de fonctionnement, mais pas forcément comme un outil d'heuristique d'un univers " extérieur" auquel nous n'appartiendrions pas. Mais je suis heureux que nous avancions l'un vers l'autre pour cerner la faille qui nous sépare. J'ai l'impression qu'on doit avoir en serrant un serpent dans un sac : au début il est dans une vaste zone inconnue, et plus on le serre de près, mieux on sent sa forme.

Hari Seldon 03/07/2015 20:48

Je déteste le logiciel qui gère ces commentaires : on ne peut pas corriger l’orthographe et l’on ne peut pas non plus modifier le contenu. Bon, faisons avec.
Pour revenir et compléter mon commentaire.
Guillaume : je voudrais te faire sentir que nous sommes très proches, malgré tout.
Il y a juste un petit saut à faire. En effet : tu expliques que cette "mise en volume", cette stratification est imaginaire. Mais bien sûr, je n’arrête pas de le dire. Alors pourquoi insistes-tu ? C’est là l’intéressant : tu dois (arrête-moi si je me trompe) penser que je crois avoir atteint une "vérité", puisque je m’efforce de la retrouver partout, et donc (et c’est là le glissement intellectuel que tu fais) tu te dis : si pour lui c’est repérable partout, il pense être dans le "vrai" dans le "réel". Je te prête l’idée suivante à mon égard : il pense que ses représentations sont réelles dans la mesure où il les rencontre partout. C’est faux.
C’est l’histoire d’une blonde qui va voir le médecin : "Docteur, quand j’appuie ici, sur l’épaule, j’ai mal, et lorsque j’appuie là, sur la cheville, j’ai mal, et le front aussi, et le bras, et au bas du dos. Je suis très inquiète docteur, qu’est-ce que j’ai pour avoir mal partout comme ça ? Vous avez l’index cassé". Et bien ici : si je retrouve toujours la même structure, ce n’est pas parce que c’est réel (l'objet de mon attention), mais bel et bien parce que c’est imaginaire (mon doigt). Donc inutile d’essayer de me convaincre : c’est fait !
Ce qui te fait commettre une erreur de perspective lorsque tu écris : "... nous y injectons intellectuellement les structures en 3D qui te permettent de te désolidariser " intellectuellement " de la boule". L’erreur c’est que la démarche est inverse : je crois d’emblée la boule séparée de moi, et je fais un effort pour comprendre que ce n’est qu’un reflet imaginaire de quelque chose d’indescriptible, hors imaginaire, une trace imaginaire d’un réel, dont je ne sais rien. La stratification, vient de la prise en compte du nombre énorme de niveaux qu'il faut parcourir pour arriver à ce point de contact avec l'extérieur, le réel. J'ai à ce sujet prolongé le texte de l'imaginaire quantique: à la suite de la lecture d'un article intéressant.

Alain Simon 03/07/2015 15:15

Cher Guillaume, nous ne sommes pas loin effectivement, mais tu n'as pas sauté le pas. Par exemple lorsque tu écris : "Tu conviendras que si le Réel est en quelque sorte le niveau de la mer, on ne peut pas indéfiniment sauter vers le haut. " tu considère, implicitement que tu puisse parler du réel, comme ça. Tout ce que je dis concernant la relativité de ce que l'on voit, que le réel n'est pas représentable en soi, qu'il ne peux que nous "surprendre", par à-coups etc... Tu es d'accord, intellectuellement: "bon, d'accord , c'est relatif etc"... Mais au fond de toi, tu ne peux t'empêcher de croire en une possible observation du réel: "si en quelque sorte le réel est au niveau de la mer..." JAMAIS je ne dirais cela, car les niveaux ne sont qu'une stratification imaginaire, due à ma façon de former mes idées à partir de mon matériel neurologique etc... Je peux juste dire que je suis, de temps en temps réveillé par un choc hors de mon imaginaire, que j'identifie comme le réel, à défaut d'être imaginable. ET C'EST TOUT. Si j'en viens à considérer le "niveau du réel", alors je suis déjà dans l'imaginaire. Et dans l'imaginaire, je peux toujours ajouter un étage au précédent. C'est une opération récurrente à l'infini, sans qu'à aucun moment je sorte de mon imaginaire.
Autre exemple: "...que nous y injectons intellectuellement les structures en 3D qui te permettent de te désolidariser " intellectuellement " de la boule..." Mais "la boule" est déjà, en soi, une représentation, imaginaire. Et les neurosciences nous indiquent précisément, qu'il n'y a pas une case dans le cerveau correspondant à "la boule", mais que cette image se forme en empruntant plusieurs voies: repérage des formes géométriques, des couleurs et d'un tas d'autres choses. Le synchronisme des synapses activées en même temps me permets de penser "la boule"; mais tout ceci n'est que dans mon cerveau. "La boule", en soi n'existe pas hors des concepts qui m'ont permis d'en prendre conscience. Pour un chien, par exemple, cette boule n'aura certainement pas le même signification que pour moi. Si c'est une boulette de viande, il activera les synapses "mange" et c'est tout. Aucune théorie géométrique à son secours pour penser "boule". Je commence à cerner le point dur, pas seulement pour toi, mais dans tout processus d'acquisition d'un nouveau concept: il faut l'accepter (ex ante) avant de le comprendre (ex post). Pour ensuite, à force d'habitude, s'étonner de ne pas toujours l'avoir trouver évident: on ne repasse jamais en position ex ante par rapport à un acquis. On ne peut faire abstraction de notre capacité à parler pour nous imaginer avant d'avoir acquis cette capacité.

Guillaume 25/06/2015 16:11

Sur la construction de l'Imaginaire à partir des pulsions, oui, mais Freud a dit que l'individu était bisexuel à la base Le Yin et le Yang se superposent plus finement au dualisme yoni/lingam, comme un voile pudiquement jeté sur les objets les relie par des courbes :)

A propos de la boule suspendue à 1 m. du sol : si la Terre perdait tout à coup sa capacité d'attraction gravitationnelle, la boule perdrait l'énergie dont tu parles. Donc cette énergie n'est pas " dans la boule ", ce me semble, mais plutôt dans l'interaction avec la Terre. C'est un système.

SIMON 25/06/2015 16:58

Merci Guillaume pour ta lecture.
Le Ying / Yang, c'est un peu la dialectique: on tourne en rond, quoique puissent en penser les Marxistes. Une évolution demande toujours un saut diachronique, qui n'est pas représenté dans le Ying/ Yang, en fait je viens de mettre le doigt dessus, en écrivant ce texte...
"Donc l'énergie n'est pas dans la boule".... Guillaume, à ton avis, énergie "diachronique entre Ik+1 et Ik+2" tu ne penses pas que c'est un peu la même chose? Ceci dit, l'énergie cinétique non plus n'est "dans la boule" que parce que je suis en déplacement par rapport à elle (nécessitant un repérage à des niveaux inférieurs Ik et Ik+1).... Je t'assure qu'il faut absolument réfléchir en termes de niveaux, sinon on est perdu, ou on parle en rond...C'est à dire que l'on n'avance pas.