L'efficacité du moulin à prières

Publié le par Hari Seldon

L'efficacité du moulin à prières

En arrivant hier soir à Fréjus, chez mon ami Guy, que je n’avais pas revu depuis 38 ans, je tombe sur un moulin à prière photovoltaïque. C’est une pacotille très kitsch perdue sur un coin de sa cheminée ; un truc improbable qui ne peut sortir que d’un esprit chinois. J’avais déjà discuté avec un technicien iranien qui cherchait une machine automatique pour lui éviter d’avoir à compter le nombre de fois qu’il prononce je ne sais quelle formule à voix basse tout au long de la journée, même en réunion. Ce qui peut parfois laisser croire qu’il y assiste alors qu’il est dans sa prière.

Mais au moins lui, priait-il effectivement, pour obtenir quelque effet désiré. Dans le moulin à prière, non, il suffit de le tourner à la main pour que la prière soit effective. Et cet appareil photovoltaïque, sur ce manteau de cheminée en était l’aboutissement ultime : le soleil se charge lui-même de faire la prière qui s’adresse à l’un de ses avatars. Il me narguait et réfutait par son existence, le peu d’idées que j’ai pu me faire de l’utilité pour un croyant de la prière.

Et il faisait écho à une conférence entendue dimanche. Il est très rare d’être soumis à de nouvelles idées, complètement hors de notre sphère privée habituelle. Or, là, à ces réunions des amis d’Abellio, à Seix donc, je peux dire que j’ai été servi ! Et plus d’une fois. J’aurais l’occasion d’y revenir, sans doute. Mais arrêtons-nous pour l’instant à cette conférence du D. Jean Ratte. Je n’ai malheureusement pas gardé le titre de son intervention, qui à lui seul vaut le déplacement, peu importe. L’essentiel tient à l’originalité de son expérience. Il nous dit en premier que notre corps réagit de façon différenciée à certaines couleurs très précises. Il oriente notre corps selon 4 secteurs (avant gauche/ avant droit / arrière gauche / arrière droit), qui chacun réagit à sa façon à l’une ou l’autre de ces 4 couleurs. Et cette réaction serait détectable en prenant d’une certaine façon le pouls du patient. Bon, ça, c’est déjà dur à avaler. Mais il est allé plus loin : il a fait des tests avec des mots écrits sur un bout de papier. Avec succès.

La plus simple serait d’en rire. Mais bon : acceptons l’hypothèse et laissons flotter les rubans.

Il y a déjà ce premier rapprochement que nous pourrions faire avec l’analyse psychanalytique, "the talking cure". Dans ce dernier cas, il s’agit de l’action de la parole sur l’esprit de l’analysant, avec une position particulière de l’analyste entre l’analysant et sa parole. Si l’on met le D. Ratte à la place de l’analyste, alors on doit rapprocher le verbe écrit du verbe parlé ; et mettre en parallèle la réponse directe du corps à celle, médiatisée par la parole, de l’esprit. Tout de suite, ça devient moins "idiot". Il faudrait juste réfléchir à la nature (synchronique ou diachronique) des concepts et la position relative des uns par rapport aux autres.

Mais plus fondamentalement, si le corps, de façon inconsciente (c’est-à-dire que nous sommes là très proches du Réel) est modifié par une donnée culturelle (un écrit, trace Imaginaire d’un symbole), c’est dire qu’en poussant des soldats de plomb sur une carte d’état-major, on influe sur le cours d’une bataille : la carte modifie le territoire et Mickey peut ouvrir une porte en tournant l’ombre de la clef, comme Lucky Luke serait tué par son ombre, s’il ne tirait pas plus vite qu’elle !

Et tout d’un coup, nous sommes plongés dans une pensée magique venue du fond des âges, dont nous pouvons suivre les développements jusque dans nos civilisations actuelles. C’est le marabout sénégalais écrivant une sourate sur une planche de bois qu’il lave ensuite pour en recueillir l’encre chargée des vertus de la sourate effacée. C’est, pour plusieurs religions du Livre, l’interdiction d’écrire le nom de Dieu, ou de représenter sa créature.

Nous en revenons à la pensée moyenâgeuse… Je vous renvoie à l’analyse que Foucault en fait dans "les mots et les choses"…. Ce titre lui-même nous renvoie à notre sujet.

Il y a donc bien ce retour à une pensée très ancienne, que l’on retrouve dans notre moulin à prière : le culturel, hors de toute actualisation par l'intercession d'un homme (donc Imaginaire), aurait des effets mondains.

Soit, mais n’y a-t-il rien au-delà de cette régression vers la pensée magique? Et là, il s’agirait d’un tournant révolutionnaire (au sens propre) dans notre pensée occidentale.

Nous savons déjà que l’observateur (l’Imaginaire) influe sur l’objet de son étude (le Réel), c’est le sens profond de l’évolution actuelle de la physique, nous n’arrêtons pas d’en parler ici.

Mais il y aurait plus : le champ culturel dans lequel baigne l’observateur (c’est-à-dire son Symbolique), agirait directement sur le Réel.

Autrement dit, il y aurait une continuité entre R / S.

Mais n’est-ce pas évident ? Nous le savions déjà (cf. : l’Homme Quantique) ! Et Lacan n’arrête pas de tordre son nœud Borroméen (liant R/I/S) pour assurer cette continuité.

Mais notre culture occidentale, rationnelle, nous interdisait d’en tirer toutes les conséquences logiques. S’il y a continuité entre S et R, alors, une action de S sur R doit être possible. Et si c’est possible, nous devons pouvoir en suivre la trace Imaginaire en nous. Le D. Ratte a sauté le pas : il a osé l’expérience.

Ce qui me donne envie de m’y intéresser, bien sûr.


À ruminer bien entendu avec mes précédents billets: "ADN et haïku", "Le corps quantique" et "la verbalisation de la chair".

Bonne digestion,

Hari

L'efficacité du moulin à prières

Et puisque les effets de la prières dépendent du mouvement de ce moulin, pourquoi ne pas vous faire profiter de ses effets bénéfiques?

Au fait, le moulin tourne-il de droite à gauche ou de gauche à droite ;-)

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