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L'Homme quantique

Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Apprendre à mourir

Je suis englué, depuis le départ de mes Belfortains, dans la suite des travaux. Sans grande satisfaction car je n'avance que péniblement. Je dois faire des journées de 4 heures à tout casser, par petits bouts.

Avec de grandes siestes. Je suis idéalement lové dans mon canapé, les pieds sur l'accoudoir transformé en molle pente par l'artifice d'un coussin. Je me suis fait un cocon, et m'endors éclairé par le soleil d'hiver passant les portes-fenêtres exposées plein sud. Je glisse dans l'inconscience en écoutant France Inter, et me réveille en prenant conscience d'avoir perdu le fil ou en sentant le soleil défiler lentement sur mon corps.

Bref, un vrai légume.

Il y a quelques jours, il m'a fallu reprendre un va-et-vient dans la chambre avant de monter une penderie. L'un des deux interrupteurs devant se retrouver derrière était devenu inutile. Il avait été démonté lors de la mise en peinture, et les fils mal raccordés. C'est quelque chose qui traînait donc depuis une bonne semaine lorsque je me décidais à terminer le travail. Et je n'y comprenais plus rien. J'avais bien un Metrix, mais sans neutre, je mesurais surtout des potentiels flottants. Impossible non plus de me repérer grâce à la couleur des fils !

Alors, sagement, je fais un schéma de ce que je comprends de mon système. Ce qui me permet de restreindre le problème à un choix ultime entre deux fils: le rouge ou le bleu, comme dans un film !

J'étais méfiant car j'avais fait sauter les plombs l'année dernière en tripotant cette même prise. J'allais de mon installation à mon schéma, revérifiant encore et encore mes hypothèses: ces deux-ci pas de problème, celui-ci est sous tension, etc... Puis, en passant en ohmmètre, d'un coup la lampe s'allume et je me dis "mais quel con tu fais"! Bref, tout était évident et je me suis senti débile... 

Et ça m'a déprimé.

Je me suis revu juste avant mon opération, me traînant littéralement, d'un examen à un autre, à mon arrivée à Paris, sous morphine. Finalement porté par le taxi jusqu'à la table du scanner, incapable de me relever, tandis que le toubib, à la vue de l'anévrisme, appelait le SAMU pour m'évacuer d'urgence vers Pompidou. Le chirurgien m'a dit ensuite qu'a ce moment je n'en avais plus que pour deux hures à vivre...

Et, bien, en me voyant ainsi comme un con devant cette prise, m'essoufflant à bricoler comme un vieillard sans forces, je me sens au bout du chemin.

Cette expérience me fait douter de mes capacités à avancer dans ce que j'ai entrepris. Et puis l'envie même s'estompe ! Mon projet aurait un sens si j'avais le temps de le porter, de me faire entendre, si j'étais attendu ...

Mais à mon âge et seul sur mon canapé, n'ai-je pas meilleur temps à apprécier la douceur du soleil sur ma peau et le chant d'un oiseau tardif ?

Hari

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Hervé Dornier 24/11/2017 07:18

"Puis, en passant en ohmmètre, d'un coup la lampe s'allume et je me dis "mais quel con tu fais"! Bref, tout était évident et je me suis senti débile... " Au contraire, c'est l'évidence : vous n'avez besoin de personne "qui vous écoute, qui vous attende" pour continuer votre travail. Il a de la valeur à vos yeux? Alors il a nécessairement de la valeur pour tout le monde. Pour retrouver l'envie, dites-vous bien que tout le monde s'en fout de votre travail, que vous n'êtes attendu par personne. Cela vous donnera peut-être un espace de liberté. Travaillez pour cet oiseau qui vous tient compagnie. Vous ne savez pas ce que votre travail aura comme répercussion. Mais au moins, quand le moment sera venu, vous partirez en paix avec le sentiment du devoir accompli. Rien ne presse. Tout arrive à temps. Je crois...

Hervé Dornier 24/11/2017 06:26

On aimerait bien que le monde soit rempli de "cons" comme vous, il se porterait mieux.