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L'Homme quantique

Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

L'éveil de Chuang Tzu

Chuang Tzu, dans son Zhuangzi, chapitre II, "Discours sur l'identité des choses" relate qu'en s'éveillant d'un rêve dans lequel il était papillon, il ne savait plus s'il était Chuang Tzu se rêvant papillon ou ce papillon rêvant qu'il était Chuang Tzu.

C'est une histoire très ancienne, qui me suit depuis longtemps, et dont j'ai déjà parlé ici, et que je gardais encore en mémoire en analysant l'éveil du père dans ce rêve relaté par Lacan "Père ne vois-tu pas que je brûle "? L'histoire n'a besoin d'aucune exégèse pour en apprécier toute la poésie, mais cette parabole me revient à l'esprit ce matin, alors que je m'étonne du peu d'écho de mes derniers articles, quand j'ai le sentiment d'arriver à quelque chose d'essentiel : au plus intime de l'expérience, le concept du Moi se réfère au Vide.

C'est ce qui ressort de l' "élégance du vide", aboutissement d'une réflexion sur les opérations élémentaires qui marquent au plus profond notre façon de penser, à savoir la multiplication et l'addition ( voir multiplication / addition et sexe et produit).

Je voudrais vous faire sentir combien ce que je retrouve péniblement était déjà là, chez nos plus anciens sages, et réfléchir (j'aime ce verbe !) avec vous (en vous)  sur le sens de cette parabole, et vous montrer en quoi elle nous éclaire sur "l'identité des choses".

L'instant de l'éveil, c'est l'instant de "décohérence" d'une pensée hors du temps (non rationnelle, c'est le propre du rêve, non en avons déjà longuement parlé), marqué par le OU : Chuang Tzu OU papillon (comme dans Sujet OU Autre). Mais, ce ne sont que des "concepts", déjà là par définition, sinon le rêveur, coupé de l'expérience immédiate ne pourrait en rêver. Vous voyez bien dans ce mouvement, ce que j'ai appelé du nom barbare de "descente diachronique".

Bien, d'un autre côté, Chuang Tzu "s'éveille", et là il s'agit d'un processus qui se définit comme une prise de conscience du temps : c'est-à-dire d'un recul à partir d'un état synchronique pur (le rêve), permettant cette "prise de conscience". Il y a donc ici une "montée diachronique".

Nous retrouvons donc notre double mouvement, avec cette prise de conscience située à la confluence des deux, caractérisée par un double balancement:

  • Une bascule entre deux postures ex ante => ex post :

I< (Chuang Tzu OU papillon) => (Chuang Tzu ET papillon) < Im,

  • Une choix concernant mon identité :

i.e.: " je suis Chuang Tzu"  < comme réponse à "Chuang Tzu ET papillon" < Im.

L'idée qui me vient, c'est que le "Sujet" Chuang Tzu n'est que ce basculement premier, caractérisé par une indétermination entre lui et le papillon. Tout ce que nous savons d'autre sur lui, qui tient dans son choix, c'est que Chuang Tzu lui-même dans l'instant de cet éveil, n'est pas le papillon. Mais il ne s'agit, bien entendu, que d'une projection (d'un observable), d'un Sujet qui s'échappe à lui-même au moment même où il fige son Moi par ce choix.

Je trouve la méditation sur ce rêve de papillon extrêmement rafraîchissante, surtout par un beau matin ensoleillé comme aujourd'hui avec, je l'espère quelques papillons virevoltant dans le jardin.

Hari

 

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Blonde 19/06/2018 15:28

Merci Hari pour cette méditation. L'espace d'un instant j'avais des ailes.