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L'Homme quantique

Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

V.I.T.R.I.O.L.

- Mais quel con je fais !

- Pardon, mais sais-tu qu'en parlant ainsi c'est moi que tu injuries ?

- Toutes mes excuses, mais un verrou dans ma tête vient de sauter, et je m'étonne de ne pas avoir eu conscience plus tôt d'une évidence me concernant.

- Peux-tu expliquer?

- Ça a commencé ce matin par la lecture des statistiques de ce blog, en prenant mon café. Je m'étonnais de voir que l'article sur "les structures algébriques #1" avait été passablement visité, alors que je ne m'y réfère plus depuis longtemps. Bonne occasion pour le relire et le compléter par deux petites notes, jusque-dlà rien d'excitant. J'en profite pour relire le suivant "des ensembles et des groupes", auquel j'adjoins une note pour préciser la position du Sujet lorsqu'il en vient à poser l'axiome de l'infini.

Je n'avais pas à l'époque compris ce qu'impliquait le passage d'un mode de pensée logique à topologique, avec essentiellement la symétrie "en miroir" de I'm par rapport à Im. Ce qui explique pourquoi je plaçais l'axiome de l'infini en I01, sans préciser que ce ne pouvait être que dans une approche topologique, et donc dans la position limite I'm≤I01≤Im, dont nous avons discuté dans l'article sur "la propriété universelle en théorie des catégories".

Or, ces temps-ci, je parle surtout de la nécessité, plus évidente, de l'axiome de l'infini, en IR (i.e.: avec le point à l'infini rajouté à la droite R, l'horizon infini de C, ou encore toute la géométrie projective, si utile à la relativité).

- Autrement dit, en relisant les axiomes de Zermelo-Fraenkel tu rabaisses le niveau où se conçoit cet axiome de IR à I01.

- Oui, mais le plus important, c'est qu'en fait, l'émergence de sa nécessité m'apparut d'un coup comme relevant d'un mouvement du Sujet !

- Et alors ?

- Mais je n'arrête pas depuis plus d'un an d'insister sur l'émergence d'un dédoublement I'm/Im de la représentation du Sujet au stade du miroir, jusqu'à dire, dans mon dernier article "déconstruire le temps" , à propos de la théorie de J.-P. Changeux relative à la prise de conscience :

"Dans notre système de représentation de l'Imaginaire, le contact (i.e.: percept/concept) implique une bascule du Sujet à un niveau donné entre I'm et Im, la "prise de conscience" étant cette bascule elle-même qui sonne en nous comme une "décohérence" ou, pour reprendre le vocabulaire de Deleuze: comme l'actualisation d'une potentialité."

Je dois bien t'avouer que "la prise de conscience étant cette bascule elle-même" s'est littéralement glissée sous mes doigts comme mon chat en quête de caresses. La phrase m'a plu avant d'être comprise, et le déclic s'est fait ce matin, en ruminant cette note pour l'accrocher à un ancien article.

- Peux-tu préciser, je ne vois pas où tu veux en venir.

- J'ai décrit un mouvement de pensée!

- Et ?

- Et j'ai défini, au tout début de ma démarche tout mouvement comme conjoignant deux concepts, l'un synchronique et l'autre diachronique, comme le temps et l'espace, en ne pensant jusqu'à présent qu'à des objets ! 

- Pas uniquement, tu as fait dans l'Homme Quantique l'analogie énergie potentielle/ cinétique <=> pulsion/ libido, en appliquant à l'analyse du Sujet des concepts issus de la physique.

- Oui, certes, mais c'était une construction intellectuelle, faite par un auteur hors de son texte, dans la position que j'ai définie par DM, celle du démon sur l'épaule de Socrate. Or là, je te décris ma prise de conscience de l'idée: je suis pris dans mon discours, en Im, et j'en suis à l'instant où l'enfant (en Im) se reconnaît dans le miroir (en I'm). Et nous avons vu que le niveau limite auquel cette bascule peut se faire est I01, et l'on en revient à I'm≤I01≤Im.

- Tu tournes en rond !

- Ne vois-tu pas que le passage de I'm à Im, est un saut diachronique ?

- Mais quid de I01, coincé entre les deux ? Je croyais que l'on ne pouvait nommer un concept diachronique qu'en position ex post, une fois le mouvement achevé ?

- Ah! Tu as mis le doigt dessus !

Par principe, un "concept diachronique" entre Ik et Ik+1 ne peut s'exprimer par le Sujet en Im qu'en position ex post avec Ik<Ik+1<Im, ou à la limite Ik<Ik+1=Im.

Dans notre cas, nous avons donc: I'm<Im, avec un saut diachronique qui ne serait dicible qu'en Im 

Or, ce concept diachronique, en ce qui concerne la description du Sujet, cet "entre-deux du Sujet" est identifié à I01, un niveau synchronique quand je parle des objets, et en tout premier, des objets mathématiques, les plus élémentaires qui soient.

- Ton histoire n'est pas très claire...

- Lorsque nous parlons du "stade du miroir", tu es bien d'accord qu'il s'agit d'une phase du développement de l'enfant, autrement dit d'un "mouvement" propre au Sujet?

- Oui, bien sûr.

- Il y a donc un instant "avant", celui où le Sujet ne se représente qu'en Im, puis, lorsqu'il se reconnaît dans l'image du miroir, un instant "après" avec I'm<Im, comme nous en avons déjà parlé.

Je prends conscience du mouvement lorsqu'en Im, je rapporte I'm à Im, ce que l'on peut noter : I'm↑Im, comme nous avions noté le morphisme primordial concernant l'identification du singleton : (*)↑{*} (i.e.: avec (*)∈I1, {*}∈I01   et ↑ marquant le saut I1↑I01).

Mais tu vois bien que les deux phénomènes sont déphasés:

Ce qui est synchronique pour l'objet est diachronique pour le Sujet et vis versa.

Prends pour exemple notre miroir.

  • En tant qu'objet, c'est un concept synchronique pour le Sujet qui le regarde ou en parle. Le "principe actif", ce par quoi le miroir "existe", c'est le Sujet qui en prend conscience.
  • Dans l'histoire du Sujet, le miroir est à un moment donné le vecteur de son évolution; ce que je reconnais a posteriori en Im en parlant d'un "stade du miroir".

J'espère que tu vois immédiatement les implications de ce constat: je ne suis plus ici dans une opposition dialectique Objet/ Sujet, mais dans  leur orthogonalité !

- Ce qui, somme toute, est congruent avec l'évolution dont tu parles, puisqu'il s'agit, avec l'émergence de la dualité I'm/Im, d'initier une approche duale locale (I'm)/ globale (Im) propre à la topologie. Or celle-ci se déploie pleinement en IR, où tu as souligné l'importance de l'orthogonalité des concepts (temps/ espace en particulier voir : "Quaternions, réalité du temps et espace imaginaire").

- Oui, ça colle assez bien. Je pense que cette nouvelle perspective va me demander pas mal de mise au point de tout ce que nous avons déjà développé.

Je pense en particulier aux entendements de première et seconde espèces de Spinoza: ils s'opposent dans une pensée limitée à la logique, puis ils doivent être vus comme orthogonaux dans une pensée topologique, pour s'unir à un niveau supérieur de la pensée ce qui, en formant l'entendement de troisième espèce, nous donnerait une sorte de fusée à trois étages.

Au second étage où nous nous situons, avec l'émergence de la pensée topologique, il y a une substitution progressive des rôles de l'Objet et du Sujet: l'immanence vient d'une prépondérance du Réel dans notre perception, quand la transcendance part du Symbolique à partir duquel se forme le Sujet.

- Mais comment caractériserais-tu ce troisième niveau

- Comme étant celui où la dissymétrie entre I'm et Im disparaît, bien entendu.

Comme nous venons de voir un certain décalage entre l'objet, avec son identification (*)↑{*} et le Sujet avec sa prise de conscience I'm↑Im, on peut s'attendre à ce que ce niveau soit au-dessus de I# où s'exprime le principe d'équivalence en physique.

- Autrement dit en I0 ?

- Ou la "causa sui" de Spinoza. Disons que ça recouperait bien tout ce que nous avons pu en dire jusqu'à présent !

Comme tu le vois, nous avons encore devant nous pas mal de sujets de méditation pour prendre la pleine mesure de ce décalage synchronique/ diachronique entre ce qui se réfère à l'Objet ou au Sujet...

- OK, mais pourquoi ce titre ?

- Parce que ce matin, encore plein de ces pensées, je pédalais dans la salle de gym de ma kiné, sur un vélo faisant face à un squelette, planté là comme un porte-manteaux dans le vestibule. Or, ce matin, j'ai trouvé qu'il me souriait d'un air bienveillant. J'y ai vu un signe de connivence, qui allait bien avec mes réflexions portant sur la nature de l'Homme, tantôt Sujet, tantôt Objet... Être ou ne pas être...

- Peut-être se reconnaissait-il en toi ?

- Voilà une pensée bien décapante !

- Au vitriol mon frère, au V.I.T.R.I.O.L. ...

Hari

Note du 04/03/2020

Comme toujours, je suis guidé ce matin par la lecture des statistiques du blog; or je vois que mon article "jouir de sa liberté", écrit il y a fort longtemps, en 11/2014, pose déjà le rapport du Sujet à l'Objet, dans des termes auxquels je reviens ici, après un très long détour par les maths et la physique ! 

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