Sarkozy et Attali en contrepoint

Publié le par Hari Seldon

J’ai été très impressionné, hier soir en voyant la présentation du rapport de la commission Attali et en écoutant le discours de Sarkozy. Pourquoi le cacher, Sarkozy m’a bluffé: il a un charisme indéniable et semble avoir une réelle ambition pour la France. J’aime.

La suppression ou non des départements est très exactement le genre de problèmes pour lesquels l’approche systémique que j’ai développée, peut apporter un éclairage intéressant.
Très grossièrement, si l’on considère la France dans son ensemble comme une organisation, alors, l’étagement entre les différents niveaux devrait être tel que leurs populations soient en progression géométrique.
C'est-à-dire que si l’on a 66 millions d’individus au dernier niveau et 36 000 communes ; le peuplement du niveau suivant devrait être de 19, soit en gros le nombre de régions actuel.
Bien entendu, une ville comme Paris ou Toulouse ne peut être assimilée à une sous-préfecture ou un hameau, mais le chiffre de 19 indique une tendance, c’est en gros le nombre de nos régions, sans qu’apparaisse le niveau du département.
Cela semble donner raison à Atalli.

Mais le problème est plus complexe : car alors l’entité «France» n’est plus significative pour gérer ces 19 régions. Il y aurait en effet, d’un niveau à l’autre -de la Région à l'Etat- trop peu de différence. Autrement dit, renforcer le régionalisme va de pair avec un renforcement de l’Europe au détriment de la «Nation».
Dans le Débat, Attali est de facto pour l’Europe des régions, et Sarkozy, plus « gaullien », pour la prééminence de la Nation sur l’Europe. (l’Europe, l’Europe… disait de Gaulle).

Pour étayer le débat, voici, en fonction du nombre de niveaux hiérarchiques la population optimum de chacun d’eux, étant entendu que le dernier niveau est celui des individus et le premier celui de l’état, un et indivisible, comme il se doit.

2
3
4
5
6
7
66 M
66 M
66 M
66 M
66 M
66 M
1
8 124
163...
732...
1 801 504
3 283 119
 
1
404
8 124
49 173
163...
 
 
1
90
1 342
8 124
 
 
 
1
37
404
 
 
 
 
1
20
 
 
 
 
 
1

On constate qu’une hiérarchie à 5 niveaux conduit à privilégier le département (90).
Mais c’est alors le niveau communal qui pose problème, il faudrait tomber à 8 100 conurbations (d’où le renforcement des associations intercommunales), associé à un développement d’une politique de quartiers (730 000) ou quelque chose entre la famille et le quartier (le "voisinage" ou la "tribu" regroupant environ 80 personnes).
Une hiérarchie à 7 niveaux (mais avec une grosse perte de rendement de l'ensemble) pourrait prendre en compte un niveau "régional" dans une structure limitée à la nation, tout en gardant les quelques 8100 conurbations, mais le niveau intermédiaire ne correspondrait plus à rien d'historiquement constitué.

Pour compléter le tableau, il faut bien entendu ajouter que l'horizon temporel, propre à chaque niveau, suit également une progression géométrique : l’état n’a pas le même horizon de temps que le village ou l’individu.
Ce qui porte à mettre l’accent sur le problème que pose le découpage budgétaire en budgets annuels. Il faut bien entendu qu’au niveau de l’état, les plans soient pluriannuels.

Supposons, pour faire très simple, que l’individu se préoccupe de survivre au jour le jour (ce qui appelle bien sûr beaucoup de commentaires !), et que l’état ait une vision à 10 ans (2 législatures), ce qui est court pour certains problèmes tels que la politique énergétique ou écologique. Les horizons temporels des différents niveaux seraient alors les suivants :

Tableau en nombre de jours :

2
3
4
5
6
7
1
1
1
1
1
1
3 650
60
15
8
5
4
 
3 650
237
60
27
15
 
 
3 650
470
137
60
 
 
 
3 650
708
237
 
 
 
 
3 650
930
 
 
 
 
 
3 650
On voit, pour une hiérarchie à 5 niveaux (individus/quartier/conurbation/département/état) que la zone urbaine devrait avoir un horizon à 2 mois et le département un horizon entre 1 et 2 ans. Au niveau des quartiers, l’accent est mis sur le service (8 jours).
Tout ceci est bien sur à discuter : une ville doit avoir des plans à long terme et l’état être capable de faire face aux urgences, mais il s’agit de guides de réflexion.

Question: Pourquoi avoir une région et un département s’ils ont le même horizon temporel ?

Les figures précédentes montrent qu'il y a antagonisme entre les 2 niveaux, ils ne ne sont pas cohérents au sein d'un même découpage.
En fait, on peut imaginer des découpages multiples: mettre l’accent sur les départements dans la gestion par l’état de la vie collective, mais faire l'intégration européenne au niveau des régions.
En effet, certains sujets à très long terme tels que: écologie, transport, énergie, s'intègrent de facto au niveau européen (minimum). Par exemple le projet Tokamak de fusion contrôlée qui a déjà 50 ans d’existence pour des résultats attendus dans les 30 prochaines années est un projet d’envergure mondiale (que l’on se souvienne de la dernière empoignade entre Japonais, soutenus par les USA et Français, soutenus par l’Europe, pour la localisation du prochain Tokamak, qui se fera finalement près de Lyon).

Outre cet aspect très pragmatique, la formation culturelle au niveau régional (provincial) est par essence un processus à long terme, hors du champ politique immédiat. La Corse, Le pays Basque, la Bretagne, l'Alsace -pour rester en France- sont des entités issues d'une longue histoire et c'est cette dernière qui s'intègre au niveau européen, contre, en quelque sorte l'Etat (de Gaulle ne se trompait pas d'adversaire!!!). Il y a là une mutation profonde à laquelle on assiste, une lame de fond insensible car se déroulant à un rythme très lent au regard du temps politique, c'est à dire celui de la Nation, puisque c'est le politique qui en rythme la marche.
A sens historique (et surtout en France, qui de ce point de vue présente un cas limite en Europe), les Provinces ont reculé devant la montée en puissance de la Nation. Cela c'est accompagné d'une accélération du progrès, imposé aux Provinces par la puissance centralisatrice (qui au passage, les a découpées en départements). Souvenons-nous ne serait-ce que du combat pour la laïcité, porté au fin fond des campagnes par les hussard noirs de la république, les instits...
Nous voyons maintenant le fond provincial ressurgir sur un rythme plus lent, mais tout aussi puissant, favorisé par la monté en puissance des problèmes de perennité à long terme (écologie, sécurité etc...).

J’ai regardé ce que donnerait cette analyse pour l’Allemagne (83 millions d’habitants, 2700 communes et 16 landers) mais je ne connais pas assez la vie du pays, ses corps intermédiaires pour faire quelque chose de significatif.

Merci pour vos commentaires!

Hari

Publié dans politique

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