Tao Te King et Dharma

Publié le par Hari Seldon

ouEn feuilletant le Tao Te King, que l'on vient de m'offrir pour mon anniversaire (ceci ne nous rajeunit pas) je tombe sur le chapitre 11 du livre 1, qui traite du Tao:

undefined "Trente rais se réunissent autour d'un moyeu. C'est de son vide que dépend l'usage du char.
On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C'est de son vide que dépend l'usage des vases.
On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison. C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison.
C'est pourquoi l'utilité vient de l'être, l'usage naît du non-être."

On retrouve l'image de la roue, composée de rayons qui tous convergent vers le moyeu, chez les boudhistes où elle représente  l'enseignement de Bouddha ou Dharma. Ici l'accent est mis sur l'idée de rotation: Bouddha tourne 3 fois la roue du Dharma. En effet les mots ne peuvent qu'être des indices de la voie, qu'il faut reprendre de différentes façons, pour affiner le balisage.


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Or, l'essence de cet enseignement c'est que la libération vient par la contemplation de la vacuité (qui n'est pas le vide, mais plutôt les potentialités qu'il porte, comme un big bang "personnel", si ce dernier terme a un sens). On retrouve bien là l'idée taoïste du Tao Te King.
 
"L'utilité vient de l'être, l'usage du non-être".

Il y a là à méditer, et ça me renvoie personnellement à mon interrogation sur "être et ne pas être".

Le problème n’est pas de s'évader dans des considérations intellectuelles, mais d'essayer de rester au plus près d'une évidence à saisir. Peut-être pourrons-nous bientôt éclairer ce texte d'un jour nouveau, simplement parce qu'entre temps notre langage s'est constitué, parce qu'aujourd'hui, nous avons forgé les concepts de relativité, de mécanique quantique, parce que de l'Orient, nous sommes passés à l'Occident. Peut-être tout tient-il dans une balance de l'un à l'autre, du Ying, passif, le non-agir taoïste, au Yang, actif, grec pour tout dire. Je vous renvoie à ce sujet au traité de l'efficacité de François Jullien.

Et puisque nous en sommes aux réminiscences, il se trouve qu'un ami m'indique aujourd'hui que l'article de Wikipédia sur Raymond Abellio a été profondément remanié. Abellio, celui qui est à l'origine de ma démarche, des recherches qui m'amenèrent à l'étude du Yi King.
 
Ce retour de ma lecture immédiate du Tao Te King vers ce souvenir d'Abellio, donne sens (pour moi) à cette image de la roue. J'éprouve intimement le sentiment de tourner en rond autour de quelque chose d'indicible, d'un vide qui m'habite (la peur de la mort, sans doute, qui me creuse par avance) et que je décore de discours. Je tourne en rond comme ces indiens qui dansent autour d'un totem  en lançant leurs incantations pour honorer un dieu espéré ou un écarter un démon redouté, comme ces derviches tourneurs qui cherchent la transe.

Derviche-Tourneur-copie-1.jpg 
Tout un chacun, sans doute, tourne autour d'une aporie qui le gratte quelque part, la mienne est trop obsédante pour me laisser en repos, et je tourne autour de ce vide que je ne peux éviter, de cette vacuité que je ne sais atteindre, ou que je ne me sens pas le courage d'atteindre, trop dure la méditation, encore trop incertaine la voie.
 


Mais revenons sur ce vers qui me ronge: l'utilité vient de l'être, l'usage du non-être.

Il s'agit bien entendu d'une traduction, on ne peut donc pas trop se fier aux mots utilisés, néanmoins, je serais tenté d'y lire ceci:
·         "Utilité" renvoie à un sens pour "Moi", il s'agirait donc ici d'Imaginaire, au sens de Lacan, l'être en question n'étant que le Moi du susdit être, son image, fabriquée, précisément autour des problèmes  rencontrés pendant sa constitution (complexe d'Oedipe etc...).
·         "Usage" ramène au plus concret du réel, c'est ce que l'on fait, pas ce que l'on en dit, Nous serions ici dans le domaine du Réel, toujours au sens de Lacan, et bien entendu, en deçà de l'Imaginaire, dans le « ça »; là où la représentation de l'être n'existe pas encore, avant le langage.

Ce changement de niveau fait que l'on puisse à la fois être et ne pas être. Cette simultanéité est du même ordre que celle que l'on retrouve dans le paradoxe du menteur:

"Je suis un menteur" est une phrase impossible et pourtant, le fait est plausible (je me connais).

Là aussi la langue n'arrive que maladroitement à exprimer la réalité: les règles du langage, qui règlent notre pensée, ne sont pas celles de la nature, fût-elle humaine... 
Le langage serait comme la caisse que Saint Exupéry dessine au Petit Prince faute de pouvoir saisir l'essence d'un mouton. Il y a là encore balancement entre l'utilité pour moi de l'objet (la caisse / le verbe) et l'usage que l'on en fait, qui est de retenir en son creux un référent qui s'échappe.

Bonne méditation pour les uns et bonne fermentation pour les autres à qui je lève mon verre...

Hari

Publié dans philosophie, Bouddhisme

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Seldon 25/02/2008 06:19

L'air du temps,Il y a un penseur, souvent méconnu, qui parle également d'être et de non-être, c'est bien sûr Jean-Claude Vandame:"Je suis fasciné par l'air. Si on enlevait l'air du ciel, tous les oiseaux tomberaient par terre. Et les avions aussi ... En même temps l'air tu peux pas le toucher. Ça existe et ça n'existe pas. Ça nourrit l'homme sans qu'il ait faim.It's magic ! L'air c'est beau en même temps tu peux pas le voir, c'est doux et peux pas le toucher ....L'air c'est un peu comme mon cerveau"Question : Lao Tseu a-t-il lu J-C Vandame ?Ce sont de grands penseurs comme lui qui nous empêchent de prendre la grosse tête !