de l'hypnose à Derrida

Publié le par Hari

Il est assez amusant, parfois, d’essayer de lire un livre qui vous dépasse.

Ces temps–ci, par exemple, j’ai repris un livre présentant les travaux de Derrida, à la première lecture duquel je n’avais rien compris. Cette seconde lecture est toujours aussi absconde, toutefois, elle venait après plusieurs évènements fortuits qui lui donnaient un sens particulier.

Il y a quinze jours, je venais, par curiosité, de suivre une conférence sur l’hypnose, donnée par quelqu’un de fort intéressant (Dany Dan Debeix), puis ce dernier week-end, en discutant avec des amis des pays d’Afrique que nous avions connus et des arnaques en tout genre auxquels y sont exposés ceux qui cherchent à y faire des affaires, j’avais fait un rapprochement entre les méthodes d’approche de l’escroc et celles de l’hypnotiseur.

L’un comme l’autre cherchent à s’adresser à l’inconscient (le cerveau droit) de leur interlocuteur en s’affranchissant du barrage dressé par son cerveau gauche, celui qui analyse.

L’un comme l’autre cherche à se synchroniser sur la personnalité de l’auditeur pour ensuite perturber ses sens, profiter d’un instant de flottement et passer dans la brèche ainsi créée. C’est un peu la même technique qu’en judo : accompagner l’adversaire, pour utiliser sa force et la retourner contre lui.

C’est pourquoi, le timing est fondamental dans une arnaque : la victime ne doit pas avoir le temps suffisant d’analyser les données qui lui sont présentées.

Le point qui m’intéresse ici c’est que ce type de discours destiné à suggérer une chose, dans un but déterminé, ne doit pas son efficacité à la présentation de données nouvelles.

Au contraire, il tente de réveiller chez l’auditeur des désirs, ou des acquis antérieurs à ce qui fait pourrait-on dire sa « personnalité de façade ».

Autrement dit, l’efficacité de ce type de discours (et il s’agit de discours particulièrement efficaces !) ne doit rien au contenu informatif qu’il véhicule. L’information transmise ne serait rien sans le contexte dans lequel il est délivré.

Dans un autre domaine, celui des sciences, c’est un peu ce que dit T.S Khun : une théorie n’est recevable que si elle s’inscrit dans le paradigme universellement admis par les pairs du scientifique qui la présente. C’est ce qu’illustrait déjà Saint-Exupéry dans «Le Petit Prince», avec son astronome turc qui ne pu se faire entendre qu’après avoir troqué son habit folklorique pour une tenue plus sérieuse.

Et Derrida, dans tout cela, me direz-vous ?

En fait je l’ai cité dans l’espoir que quelqu’un m’en parle plus en détail. J’ai simplement retenu que la déconstruction d’un texte était une tentative pour faire ressortir les non-dits de celui-ci, une méthode améliorée de PNL (programmation neurolinguistique) en quelque sorte.

Cette dernière se limiterait à rechercher les canaux sensoriels privilégiés par un locuteur pour prendre conscience du monde qui l’entoure (décrypter dans son langage s’il privilégie le canal auditif ou visuel par exemple) quand Derrida s'intéresserait aux traces écritres signifiant des schémas conceptuels ?

C’est un peu, à un autre niveau d'analyse, la pratique du psychanalyste qui recherche dans un discours les signifiants que le locuteur laisse échapper (voir Lacan).

Pour illustrer à quel point notre acquis filtre les messages qui lui sont transmis et les transforme pour leur donner un sens, considérez la phrase suivante:

Soeln une éudte d´une uvriseinté agnliase l´odrre des lttrees dnas un mot n´est pas ipmrtnaot, ce qui cmptoe c´est la pmereire et la dinreere lertte. Le rtsee puet erte n´ipmrote qoui, tu puex qnaud mmee le lrie snas pbolrmee.

 

Tout le monde aura compris le sens de ce texte, pourtant incompréhensible s'il est pris à la lettre (c'est le cas de le dire!).

Toutes ces approches semblent converger (pour moi en tout cas, et c’est peut être là que se situe ma propre personnalité) vers une conception orientale du discours.

Le discours serait une échappée informative (le pôle yang, le mâle) sur un fond passif (le pôle yin, féminin). Mais cette polarité elle-même doit être double, puisqu’elle met face à face l’émetteur et le récepteur (et nous en revenons à Abellio).

En fait, la structure du discours serait la même que celle de l’action, ou de tout autre organisation (voir mon site à ce sujet).

Pour en revenir à cette lecture infructueuse de Derrida, elle m’aura au moins permis de prendre conscience de cette structure (pour moi) du discours, ce qui en fait la valeur à mes yeux, en attendant une meilleure compréhension de Derrida, si j’y parviens un jour !

Hari Seldon

PS: en me relisant, je m'aperçois d'une autre lecture possible de mon discours: si tout écrit (même incompris) me renvoit toujours à la même figure théorique, n'est-ce pas là le signe de ma propre paranoïa?

Publié dans philosophie

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Hari 22/08/2006 09:12

Dans l'article sur Sloterdijk et le Yi King, je reviens sur Sun Tzu et l'aspect mâle / femelle de ses dispositions stratégiques.
Je me rends compte que dans la double approche du discours tenu par un hypnotiseur (qui veut séduire, facilité la connexion des 2 cerveaux) et l'arnaqueur, qui cherche à violer votre esprit en le trompant, il y a là aussi un rapport bipolaire du même type.
Que ceci surgisse à l'occasion d'une approche de Derrida porte sans doute quelque signification que je laisse à votre sagacité.

Hari Seldon 06/10/2006 23:24

On pourrait également voir cette même polarisation en analyse dans les rapports entre l'analyste et la personne en analyse, qui induirait une tension nécessaire à l'établissement de transferts (pour employer une image tirée de l'électricité: la circulation d'un courant dépent de la différence de potentiel entre les deux extrémités d'un conducteur).