L’entretien de Diderot et d’Alembert

Publié le par Hari Seldon

Voyez comment vont les choses : Nous avons ici, sur le chantier un problème de délai. La chose était prévisible depuis déjà longtemps, en termes d’organisation. Mais cela c’est précisé en août. Nous avons donc fait des relances, et, depuis deux semaines, nous avons vraiment secoué le cocotier.
La date d’achèvement des travaux, fixée au 15/10, avait commencé à glisser vers la fin octobre, et de plus, le metteur à service y allant de ses propres prévisions, en rajoutait une couche.
Bref, tout risquait de partir en vrille. Alors, sortant un peu de notre rôle passif de client, nous avons tiré quelques ficelles pour accélérer la machine et, tout le monde s’y mettant, la date visée se rapproche du début octobre pour, sans doute (compte tenu des aléas), revenir en final au 15, sorte de balancement qui me fait penser que cette date est assez probable au sens où nos pronostics tournent autour.
Me revenait alors en tête cette phrase, que j’ai souvent méditée lorsque je m’occupais de mesurer la stabilité des groupes humains :
"Tenez, mon ami, si vous y pensez bien, vous trouverez qu'en tout, notre véritable sentiment n'est pas celui dans lequel nous n'avons jamais vacillé, mais celui auquel nous sommes le plus souvent revenus."
Poussé par la curiosité, je vais alors sur internet pour retrouver le fameux dialogue entre Diderot et d’Alembert
Quel enchantement ! S’il est une ville où je me sente chez moi, c’est sans doute Paris, s’il est un siècle où je me sens à l’aise, c’est sans doute celui des Lumières.
Quel esprit, quelle lucidité, quelle légèreté dans l’expression de choses si peu évidentes, surtout pour l’époque.

Et, bien sur, je me ne peux manquer de faire des rapprochements encore et toujours avec Lacan.
Lorsque Diderot parle de clavecins, vibrants, pour parler de la mémoire, je pense au schéma initial de Lacan:.
Lorsqu’ayant conçu cette mémoire comme une vibration (et le principe de mort ou de répétition, n’est-il pas lui-même une vibration ?), il dit :
«Sans cette mémoire il n’aurait point de lui, puisque, ne sentant son existence que dans le moment de l’impression, il n’aurait aucune histoire de sa vie.»
ne retrouvons-nous pas ici la discussion de Lacan sur la conscience ?

Et la question de d’Alembert n’est-elle pas d’un psychanalyste :
"Et si vous y regardez de près, vous faites de l’entendement du philosophe un être distinct de l’instrument, une espèce de musicien qui prête l’oreille aux cordes vibrantes, et qui prononce sur leur consonance ou leur dissonance".

Et puis je trouve que les clavecins en question ressemblent à bien des égards aux robots dont parle Lacan :
"Ainsi donc, si ce clavecin sensible et animé était encore doué de la faculté de se nourrir et de se reproduire, il vivrait et engendrerait de lui-même, ou avec sa femelle, de petits clavecins vivants et résonnants.»

Hier en parlant des différences culturelles, j’en étais venu à proposer à un collègue la lecture des Mots et des Choses (ma théorie étant que la culture africaine en est au stade médiéval, c'est-à-dire fondée sur les symboles , leurs correspondances et leurs circulation), ainsi que le Traité de l’efficacité pour prendre du recul par rapport à notre propre culture occidentale.

Ce retour en force de considérations philosophiques dans le champ du travail quotidien indique qu’il est temps pour moi de prendre un peu de vacances...

Publié dans philosophie

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