Lacan et la mécanique quantique.

Publié le par Hari Seldon

Pour prolonger mon précédent article sur Lacan, je vous propose un exercice simple (l'important tient à sa simplicité) destiné à illustrer le passage de l'imaginaire au symbolique.

Regardez cette vignette du capitaine Haddock extraite du « Trésor de Rakham le Rouge ».
Elle illustre un récit imaginaire. On peut en faire 1001 discours, disserter sur la ligne claire d’Hergé, ou parler des aventures de Tintin, bref rester au niveau de l’imaginaire.
Mais cette image, comme le fait remarquer Pierre Fresnault - Deruelle, auteur du livre « la profondeur des images plates » aux éditions Moulinsart d’où je l’ai extraite, nous donne plus à voir car elle fait sens.
En effet, pour qui se souvient de l’histoire, le capitaine vient de plonger sans avoir mis son casque, il a failli se noyer, et les Dupondt viennent juste de le repêcher. Remis de ses émotions, il s’assoit et bien entendu, l’eau dont s’est remplie sa combinaison s’évacue par où elle est entrée, d’où le gag.
C’est-à-dire que le capitaine était saoul « plein comme une outre » et qu’il dessaoule, qu’il se « vide » et l’image exprime cet état d’ébriété du capitaine : d’une certaine façon, il vomit d’avoir trop bu. Et dès que cette interprétation est formulée, la vignette change de statut : d’image elle devient symbole.
Maintenant que cette image est "comprise" dans ce discours, notre regard s’en trouve changé, comme polarisé et cette image porte désormais en elle le sens qu’elle symbolise à présent.
Voilà ce qu’est l’essence même de l’analyse, ce en quoi consiste le travail de l’Analyste (l’Observateur). Par la façon dont sa parole reflète les discours du patient, il fait - grâce à un jeu de miroirs que Lacan décrit soigneusement (les écrits techniques de Freud Livre 2 du Séminaire)- passer son patient du niveau imaginaire au niveau symbolique.
Cette étape de cristallisation me fait penser également au moment où, en contemplant une « image en 3D de l'oeil magique », on voit s’imposer à nous un dessin caché.

Il y a quelque chose de cet ordre dans la dualité onde/corpuscule en mécanique quantique : tant qu’il n’y a nul Observateur (Analyste), une particule est définie par une « onde de probabilité », mais dès lors que l’on cherche à la « voir », c’est-à-dire à préciser sa position ou son déplacement, alors, la particule en question « prend corps » ; de la même façon que c’est en quelque sorte la présence de l’analyste qui donne corps à l’inconscient du sujet.
Lorsque incidemment, toujours dans le même tome 2 du Séminaire et en marge de son propos sur l’inconscient, Lacan fait cette aparté sur la réalité des choses :

«… la réalité tombe sous la contradiction. La réalité fait que quand je suis là, ça ne peut pas être vous, Mlle X, qui puissiez être ici à ma place. C’est une contradiction de l’ordre de la réalité. »

Sait-il qu’il parle du principe d’exclusion de Pauli et que son approche participe d’une approche quantique de la réalité ?
Au demeurant, y-a-t-il un « quelque chose dans l’air » de ces années 20-30 (Lacan commente les travaux de Freud de cette époque) qui fasse converger des domaines si apparemment éloignés que la psychanalyse et la mécanique quantique.
Pour reprendre Foucault : de quel lieu imaginer une telle convergence, sinon du regard de l’Observateur ?

C’est-à-dire très précisément, la généralisation d’une attitude relativiste, jusqu’au plus profond de la définition du sujet qui, comme l’objet, se définit alors sous le regard de l’Autre.

Hari

 

PS : à propos de ces images stéréoscopiques, je pense qu’il doit être possible d’offrir une autre représentation du stade du miroir que l’illustration optique qu’en donne Lacan.

Publié dans philosophie

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Bisounours 07/11/2006 22:59

Puisque l'on en est à Foucault et à une recherche archéologique du savoir, autant remonter à Husserl qui dit:"Tout essai fait par les sciences telles qu’elles se sont historiquement constituées de trouver un fondement meilleur, de se comprendre mieux elles-mêmes, de comprendre leur propre sens et leur propre fonctionnement est une prise de conscience de soi-même du savant."Nous sommes bien dans la même problématique de prise en compte du regard de l'Observateur sur ce qu'il observe, par ce philosophe de début du XXème siècle enseignant à Göttingen (ce qui nous change de Vienne!).Et il ajoute:"Mais il n’y a qu’une seule prise de conscience de soi-même qui soit radicale c’est celle de la phénoménologie"Mais sur ce point, je ne suis pas à même de juger et nétant pas philosophe, j'ai encore pas mal de chemin à faire!