Le Karma de Lucifer

Publié le par Hari Seldon

En terminant hier le précédent article sur ce blog, c’est imposé à moi cette image de Lucifer, le Porteur de Lumière déchu.

Lucifer remet en cause l’ordre des choses, puisque – comme tout le monde le sait - la lumière vient d’en haut. N’est-ce pas dire qu’il incarne à lui seul, ou plutôt qu’il symbolise ce double mouvement de monté / descente dont je parlais hier ?

Mais quitte à être complètement hérétique (pourvu que nous restions entre nous et à l’abri des imbéciles, car il en est de la réflexion comme du rire : on peut réfléchir sur tout, mais pas avec n’importe qui), quitte donc à brasser des idées qui me dérangent un peu, n’est-ce pas dire que Lucifer symbolise cette double nécessité (ascension néguentropique associée à une descente entropique, la première se nourrissant nécessairement -rendement oblige- de la seconde ?).

N’est-ce pas dire que la figure de Dieu devrait, pour être complète, refléter cette nécessaire dualité, aussi nécessaire de la double figure masculin/féminin des dieux primitifs qui ont subi les avatars que l’on sait (en ce sens que le duo Jésus / Marie serait l’aboutissement moderne du couple Isis / Osiris issu de leurs ancêtres Mithra / Varuna).

Donc non seulement Dieu devrait recueillir en lui les principes Yin et Yang, mais aussi les principes complémentaires de l’ordre et du désordre. Dans cet ordre d’idées, Dieu aurait autant besoin de Lucifer que Jésus de Marie.
Notre ineffable Rafarin nous le dit, dans un langage plus formel et à propos d’autre chose:

« the yes need the no to win against the no».

Comme on le voit, même les conneries les plus éculées reposent sur des schémas de pensée profondément ancrés en nous.

Bref, escamoter Lucifer, revient à émettre en BLU (bande latérale unique), c'est-à-dire à couper la moitié de la bande passante d’un message avant de le transmettre. Ceci prouve que, comme en radio, le message a beau être dénaturé à l’émission, le récepteur intelligent aura rectifié de lui-même.

Maintenant que j’ai évacué cette image de ma tête, j’espère pouvoir continuer mon exploration du Séminaire.

Quoi, me direz-vous, tu nous dis des horreurs, et t’es va tranquillement ?

Oui, bien sûr, car il ne s’agit là que d'images, illustrant des thèmes universels, que tout un chacun peut retrouver par lui-même de mille façons différentes, puisqu’il s’agit du fond commun de notre culture occidentale.
Croire qu'une telle activité (que Heidegger pourrait raccrocher sans peine à de la poèsie, ce qui n'est pas rien à ses yeux!) marque une avancée serait une illusion terrible sur la nature du travail entrepris. En fait, nous avons mis des mots, des symboles sur une base très simple, qui se réduit à ceci (pour un développement plus ample voir ici):

- On ne voit que ce qui est suffisamment stable pour être perçu,
- Un état est d’autant plus stable qu’il peut être atteint par un nombre de voies différentes,

S'ensuivent les lois de la thermodynamique. Hors de ceci, tout le reste n’est qu’un ensemble d’images qui marquent le chemin parcouru.

En ce sens la phénoménologie marque ses limites : la réduction eidétique donne du sens à la démarche (un sens lié à la présence même d'un observateur, quelques soient les précautions prises et toute épochè prise en compte), mais à trop baliser le chemin, elle en limite l'exploration.

Hari

PS: relecture au 21/06/2016

Je suis étonné de voir si tôt le parallèle Jésus / Marie et Isis / Osiris, repris dans l'Homme Quantique, que j'aurais pensé plus récent... C'est dire que j'ai ruminé le sujet plus que j'en ai le souvenir.

Publié dans philosophie

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