Faire repartir la machine

Publié le par Hari Seldon

Depuis le dernier article, des évènements personnels m'ont éloigné de ce blog.
Tout d'abord, je me retrouve seul, ma femme et mes deux dernières filles étant rentrées en métropole. Il s'agit d'une séparation définitive d'avec ma femme et l'éloignement de mes filles m'attriste au delà de ce que je saurais dire.
Pour me changer les idées, sortir de mon cadre habituel, j'ai emménagé sur un voilier ancré dans une marina de Nouméa. Le changement de cadre, le besoin de retrouver d'autres repères, d'autres perspectives (d'autres lignes de fuite) me distraient donc de ce manque.
Mais je n'en ressens pas moins une très grande solitude, que me masquait en fait la présence de ma famille, qu'accompagne le sentiment d'être inutile et de poursuivre des chimères.

Bien sûr, jai essayé de tisser d'autres liens en m'inscrivant sur Meetic, mais sans succès.
Pis que cela:  en dialogant avec quelqu'un qui me semblait pouvoir être intéressé par Lacan, parce que psychanaliste (et psychanalysée par un lacanien, avec le vocabuliare, et les jeux de mots qui vont avec), je lui ai transmis l'adresse de ce blog, dans l'espoir au moins d'en discuter.
Son message en réponse m'a tacklé sévère:

"Vous êtes QI,
.... Quelle belle intelligence absconse ! Sans doute brillante et
profonde mais tellement conceptuelle à mes yeux, tellement
intellectuelle, digitale. J'ai le sentiment d'entrer dans un
caisson à oxygène où je mourrais paradoxalement
d'asphyxie... pardon...
Il me manque de l'absence, de la fragilité, des alliances
provisoires, éphémères, de l'absurde...
En réalité, je n'ai malheureusement rien compris à ce que
vous proposez et je ne puis donc faire aucun comment-dire
intelligent, ni comment-taire...
Juste une sensation, une émotion d'entrer dans un monde
tellement touffu que j'y cherche votre âme, votre
respiration, vos peurs, vos élans..."
Elle avait la sensation d'entrer dans un monde sec et abscond, je n'ai donc rien su faire passer ?
Ce qui m'a le plus agacé et vexé même, c'est le dégagement en touche sous prétexte d'intelligence (le vous êtes QI est fort bien trouvé à ce propos), cette pauvre excuse d'étiqueter intelligent quelque chose qui échappe pour s'exonérer d'en parler. Il n'y a rien de particulièrement intelligent a procéder au recyclage d'idées qui viennent, elles, de gens réellement intelligents. Je ne fais que de la réutilisation de concepts, parfois anciens, dans une perspective nouvelle.

Peut-être devrais-je parler de 'pataphysique pour faire comprendre que j'invite ici à un changement de perspective?

Toujours est-il que je n'arrive à intéresser personne aux problèmes qui me touchent. Or j'ai besoin d'une audience, de briser ce mur de silence.
En effet, pour recoller à mon précédent article, la question reste posée de savoir pourquoi (ou pour qui) l'on roule si l'on n'a pas de but fixé. S'agit-il simplement de survivre ?
A quoi bon ?
Non, la réponse doit être autre, nous ne sommes pas devenus ces superbes machines dont nous commençons à entrevoir le fonctionnement pour simplement perdurer, il doit y avoir autre chose, un but à servir.
Y a - t - il plus grand dessein que de servir ?

Non, et cette attitude de base, qui peut paraître un peu aristocratique, me semble plus appropriée, plus riche de perspectives, que la simple revendication de notre libre volonté.
Mais il faut avant tout se trouver un but acceptable (éligible, parmi ceux qui se proposent à nous) sur quoi insiste mon ami Janusz, point qu'en fait j'ai mis en exergue de ce blog, si l'on y fait attention.
J'ai proposé un but, mais qui n'a de sens que s'il est fédérateur d'énergie et c'est bien ce qui me pose problème.

Redémarrage en cours...

Hari

Publié dans philosophie

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Fontaine 26/04/2016 22:09

Une des raisons pour laquelle je vous ai posé cette question, c'est un rêve que j'ai fait dernièrement avant la lecture de votre billet. Le sens de ce rêve était notamment qu'il était important d'être "au service" (au service de quoi, de qui, je ne sais pas encore) et j'ai vu une synchronicité entre votre billet et mon rêve...
S'agissant de votre volonté de partager, malgré certains aspects complexes, vis-à-vis de moi (au moins), vous y parvenez partiellement : je lis assidûment vos billets du passé et du présent qui alimentent dans une certaine mesure ma propre quête spirituelle.

Alain Simon 27/04/2016 00:40

Je suis très heureux d'avoir pu vous donner matière à alimenter votre propre quête. Mais vous parlez d'une certaine complexité. Je suis bien conscient d'en donner l'impression; pourtant j'essaie de chercher au plus loin, à la racine, pour au contraire éviter de complexifier les choses. Le problème est que pour l'heure, il semble bien que je sois le seul à voir la simplicité de ce que je propose. Et je me dis qu'il faudrait que j'arrive à transmettre au moins à une seule personne, pour que le reste vienne facilement. Pour qu'ensuite tout ceci devienne tellement évident que l'on ne pense plus aux efforts que ceci a demandé. Un peu comme notre notation décimale: qui de nos jours n'arrive pas à comprendre que le décalage d'un rang à gauche fait passer des unités aux dizaines, puis des dizaines aux centaines? Et pourtant ce fut une immense révolution. Je crois à l'effet déclencheur que pourrait avoir le premier déclic chez quelqu'un en dehors de moi, pour en quelque sorte que ces idées en m'échappant vivent enfin leur propre vie... Pourriez-vous me dire sur quoi vous butez?

Fontaine 24/04/2016 16:55

Puis-je me permettre de vous demander si depuis ce billet vous avez trouvé le but à servir qui permette de donner un sens à votre vie ? Le cas échéant, comment et lequel ?

Fontaine 29/04/2016 22:16

Je préfère d'abord vous dire ce que j'apprécie dans vos écrits : c'est inattendu, peu commun, imprévisible et j'aime particulièrement la deuxième lecture - plus investigatrice et non plus passive - qu'ils permettent grâce aux références philosophiques, religieuses et spirituelles que vous insérez. Par contre comme je n'ai pas de formation et de culture poussées en mathématique, en astronomie, en mécanique, je me perds parfois dans vos développements. En conclusion, la difficulté à partager vos idées viendrait peut-être moins d'une insuffisance d'efforts de votre part pour simplifier les choses que ... de ma propre inculture.

Hari Seldon 25/04/2016 13:37

La question est dérangeante.
Mon but était multiple : en premier, sans doute, le désir de trouver une expression occidentale au Bouddhisme, et plus personnellement, me détacher de moi-même pour me préparer à mourir.
Mais en complément, ne pas mourir en laissant une trace derrière moi.
Sur le premier point, oui, j’ai bien avancé depuis la date de ce billet, vous pouvez le voir sur ce blog. Surtout, l’écriture de mon livre fut l’occasion de vraiment réfléchir à cette voie que j’espérais.
Pour ce qui est du partage ; là je n’ai pas avancé d’un pas.
Même votre commentaire, en ce sens est révélateur : je tente de vous montrer quelque chose et vous vous intéressez au doigt. C'est une façon sympathique de me montrer combien j'ai raté mon but.