Au delà du principe de Plaisir

Publié le par Hari Seldon

Note sur « Essais de psychanalyse »- Le Moi et le ça :

A la lecture de Freud, j’ai le sentiment que l’instinct de mort doit avoir quelque chose à voir avec la croissance de l’entropie.

Freud dit avoir eu conscience de cet instinct, en voyant les traumatisés de la guerre revivre sans cesse l’épisode de leur tauma…..

De même j’ai le sentiment que l’Eros, principe de vie a à voir avec la recherche d’une baisse du niveau d’énergie d’un système.

Freud remonte très loin dans la chaîne de l’évolution, pour en tirer l’idée que cet instinct a à voir avec la recherche d’un lien, d’une aspiration unitaire, qui s’observe même avant toute différenciation sexuelle. Il remarque que chez les êtres monocellulaires, le fait de s’unir, puis de se séparer, sans descendance donc, leur permet toutefois de se régénérer. Il faut avoir à l’esprit que ceci est écrit avant la découverte de l’ADN.

L’idée qui me vient, dans l’ordre du vivant est que l’on se rassemble pour faire des économies d’énergie. J’ai l’image des enfants que l’on fait se tenir par la main, pour limiter leur divagation lorsque l’on fait avancer un groupe, j’ai même vu des enfants de maternelle tenir par la main une corde dans les rues de Paris., offrant ainsi l'image d'un cordon d'ADN regroupant des éléments épars. On peut remonter certainement toute l’histoire humaine en considérant que les hommes n’ont eu de cesse de former les groupements les plus divers, pour regrouper leurs forces et organiser celles-ci, afin de mieux répondre aux menaces de leur environnement.

Ce qu’écrit Freud m’a beaucoup frappé (p288)

« … Si cette énergie de déplacement est de la libido désexualisée, il est permis de l’appeler sublimée, car elle s’en tiendrait encore et toujours à l’intention principale de l’Eros, unir et lier, en servant à instaurer cet ensemble unitaire- ou cette aspiration unitaire – qui caractérise le moi…. »

Le passage lu n’avait en lui-même rien de particulièrement novateur, c’était plutôt la banalité de la remarque de Freud, ce rappel comme d’une chose connue, dénotant un savoir assuré, cette apostrophe en marge de l’objet principal de la phrase qui m’a arrêté : « -cette aspiration unitaire – qui caractérise le Moi »…

Or donc, je compris à cette lecture le pourquoi de l’apparition de cette structure du Moi, provenant du ça, au contact du monde extérieur : il s’agit encore et toujours de limiter l’énergie engagée par l’individu au contact de son milieu.

Ceci se traduit, d’une part (au niveau énergétique, concret) par une tendance à diminuer son niveau d’énergie, et corrélativement (au niveau des traces laissées par notre histoire dans la mémoire) par une tendance à diminuer l’entropie des impressions emmagasinées en agglomérant celles-ci en une structure identitaire : le Moi.

Cette double démarche, issues toute deux d’une même tendance unificatrice, gouverne d’une part l’économie des échanges entre le (Ca / Moi) et l’environnement, c’est  l’économie énergétique entre niveaux Réel et Imaginaire, et d’autre part, entre le (Moi / Sur-moi) et la société, c’est  l’économie informative entre niveaux Imaginaire et Symbolique. De plus, l’économie de ces deux démarches, procédant d’une même pulsion peut être explicitée par un seul et même principe entropique.

Il y a donc toutes les raisons de chercher à définir Eros comme une propension à diminuer l’entropie.

En ce qui concerne la pulsion de Mort, Freud l’introduit après avoir constaté la prévalence de l’instinct de répétition, même lorsque celle-ci ne peut être justifiée par la recherche du Plaisir. Il en déduit que cette répétition conduit à la Mort…. (rechercher les références précises dans au-delà du principe de plaisir).

Il serait plus simple de prendre en compte le fait physique qu’il n’y a jamais de répétition simple, sans usure : il n’y a pas de mouvement perpétuel. En d’autres termes, antérieurement au principe de plaisir, il doit y avoir la prise en compte du fait que livré à lui-même, et sans excitation extérieure,  l’entropie d’un organisme vivant croit, jusqu’à se qu’il meurt. Le principe s’applique d’ailleurs au-delà de cette mort, à ses constituants désormais inertes.

Il serait donc plus simple de remplacer l’opposition Instinct de Vie / Instinct de Mort par une propension de tout organisme vivant à diminuer son entropie, dans un monde où la loi universelle est l’augmentation de l’entropie.

Quant au principe de répétition, c’est sur lui que Lacan met l’accent à juste titre. J’invite à renverser  notre point de vue : qu’est-ce qui ne tourne pas dans l’Univers ?

Des galaxies aux atomes, tout est révolution, ce qui caractérise chaque niveau de description de notre environnement, ce sont les fréquences propres de leurs mouvements.

La question pertinente devient : quelles sont les fréquences propres à l’homme ?

Par ailleurs, j’ai été frappé par ce que je viens de lire sur le 5ème état de la matière : le gaz de Bose-Einstein. A très basse température, les différentes particules qui devraient se trouver dans un même état énergétique (faute d’énergie précisément), alors qu’ils ne peuvent se trouver dans un même état quantique (principe d’exclusion de Pauli), deviennent une seule et même entité quantique.

Je me demande, dans quelle mesure l’effet de la méditation, qui revient en quelque sorte à arrêter tout mouvement interne de la pensée pour améliorer la conscience et, pour les bouddhistes, à contempler la vacuité de leur être, ne conduirait pas à une sorte de « mise en commun » de l’ensemble des esprits arrivés au même stade. Dans le même ordre d’idées, n’est-ca pas aussi la « communion des Saints » ?

C’est un jalon à développer.

A notre réflexion assez simple sur l’entropie, doit encore s’ajouter une réflexion sur la circulation d’énergie / information. En effet, si la mort peut facilement être liée à un accroissement d’entropie,  la recherche d’une diminution d’entropie me semble liée à une tendance à baisser notre niveau d’énergie (on retrouve le principe de Plaisir et la recherche d’une décharge d’énergie). N’est-ce pas in fine une autre façon de mourir au Monde car sans énergie, il n’y a plus rien.

Nous aurions donc ici une seconde mort. La mort serait en quelque sorte présente aux deux extrémités d’un axe énergétique : vers le chaud elle est liée à une augmentation d’entropie, vers le froid, c’est la « mort thermique » de l’Univers en expansion.

Sur ce, bonne soirée : il est l’heure d’aller voir le dernier Harry Potter.

 

Hari

Publié dans philosophie

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