La voie kabbaliste

Publié le par Hari Seldon

Note sur « La Kabbale révélée » de Rav Michael Laïtman.

 

Encore un livre qui me tombe entre les mains ces jours-ci : V. s’intéresse depuis quelques temps à la Kabbale et cherche une manière de s’y initier et hier, en attendant son amie K. dans la librairie où elle travaille, ce livre sur un étal, qui m’attend.

L’auteur n’est pas n’importe qui et semble autorisé à pouvoir parler de la Kabbale à des néophytes, je plonge donc dedans sans vergogne. Et tout de suite, je reconnais une voie de sagesse qui recoupe bien d’autres démarches : l’aspiration semble toujours la même, mais les prémisses de cette voie me semblent dater un peu (de 5000 ans en fait).

Tout d’abord, en faisant remonter l’histoire de la kabbale aux babyloniens, l’auteur pose qu’il s’agit là du berceau unique de la civilisation et n’hésite pas à inclure la philosophie grecque dans la lignée des kabbalistes. La démarche me semble un peu rapide : il y a d’autres civilisations que la lignée sémitique. La Chine et l’Inde en particulier sont des civilisations hétérogènes à celle-ci.

Concernant les civilisations indo-européennes et jusqu’à la Grèce antique, Georges Dumézil, a montré comment l’organisation tripartie des sociétés et religions indo-européennes s'est développée de façon continue et spécifique ; différemment en tout cas de l’évolution sémitique.

Que la Grèce philosophe ait ensuite recherché un Dieu unique et se soit approprié Jésus est une histoire récente. Mais passer directement de la kabbale aux philosophes sans marquer ces détours me semble un peu rapide.

Ensuite, il est question d’une « cassure » dans le développement : avant Babylone, et jusque là, les gens auraient été plus proches de la nature que nous, plus proches les uns des autres (on retrouve le bon sauvage de Rousseau), mais ensuite, et à cette époque babylonienne, les hommes auraient choisi de suivre leur instinct égoïste et de s’éloigner de la nature comme de leurs semblables. Je note la concomitance entre l’émergence de la cité, la fondation par Abraham du monothéisme et corrélativement la recherche d’une sagesse : la kabbale.

 

J’ai sur ce point précis plusieurs remarques à formuler :

  • - Le temps où les hommes vivaient très proches et respectueux de la nature est certainement, s’il a existé, très antérieur à l’époque évoquée. J’ai vu, par exemple, un reportage sur les bushmen d’Afrique de Sud, qui nous montraient effectivement des chasseurs-cueilleurs très attentifs aux prélèvements qu’ils effectuaient  pour survivre, sur la faune et la flore. Mais l’époque de Babylone marque le tournant entre une vie de cultivateurs/éleveurs et la naissance de la cité. Il s’agit donc d’une époque largement postérieure à cet Eden reculé.
  •   - Le passage de la campagne à la cité doit être lié à une modification radicale des rapports intercommunautaires (nous la vivons quotidiennement en Afrique !): de là doit sans doute apparaître (à vérifier) l’émergence de la famille au sens où nous la connaissons, avec un rôle grandissant du père et de la mère dans l’éducation des enfants.  Et c’est là que je veux en venir, car c’est sans doute à cette évolution sociale que l’on doit lier l’individualisation, avec la construction du «Moi» tel que nous le connaissons à l’heure actuelle.
  •   - Dans cette optique, il est intéressant de relever que l’idée monothéiste c’est développé avec le renforcement de la figure du père, qui offre le modèle que se forge le Moi de ce qu’il doit et ne doit pas faire et façonne en conséquence le « Sur-moi ».
  • - Autrement dit, la constitution de l’image de Dieu serait une sublimation de l’image du père, corrélative d’une prise de conscience d’un manque par rapport à son attente : pour faire image : la conscience de Dieu  serait contemporaine de la conscience du pêché.
  • - Il n’y a donc pas, à mon sens, de cassure, mais plutôt une évolution naturelle : toujours utiliser le rasoir d’Occam pour limiter le nombre d’hypothèses. Il me semble inutile d’invoquer « l’égoïsme » des hommes opposé à leurs « désirs ». Le dualisme établi par Freud me semble plus élémentaire, plus global et en ce sens à retenir. Sans parler de ce que je présente pour encore simplifier cette dernière dialectique.

Ces remarques étant faites, je vois dans la kabbale, ou tout au moins ce que j’en comprends, beaucoup de similitudes avec les autres spiritualités déjà explorées : l’idée d’une dialectique entre un principe mâle, la lumière (Ohr) venant d’en-haut, du créateur, se donnant à la créature, réceptacle (Kli) femelle situé en bas fait irrésistiblement penser au principe du Ying et du Yang. Sauf qu’ici, il y une dissymétrie originelle entre Créateur et Créature, qu’il s’agit de combler par la sagesse de la Kabbale. Il s’agit donc d’une voie à suivre comme chez les bouddhistes, qui passe par une purification de l’être pour atteindre une dimension spirituelle. Plus précisément cette voie est une voie du Grand Véhicule (Mahayana) : il s’agit que tous soient sauvés et en cela le kabbaliste cherchera plus à être Bodhissattva que Bouddha.

J’aime aussi que l’auteur présente l’idée du Créateur comme une évolution plus que comme une réalité intangible (cf page 15):

« Pour le kabbaliste le terme « Créateur » ne signifie pas une entité surnaturelle, distincte, mais le prochain degré que l’individu doit atteindre dans sa recherche de la connaissance supérieure. Le mot hébreu pour créateur est Boré et il se compose de deux mots : Bo (vient) et Ré’éh (voir). Ainsi, le mot « Créateur » est une invitation personnelle à ressentir le monde spirituel. »

Vient voir : n’est-ce pas une autre façon de définir la voie bouddhiste ?

Retomber toujours sur la même voie, quelque soit le chemin suivi est un indice de sa stabilité, au sens le plus thermodynamique qui soit !

Amen.

Hari

Publié dans philosophie

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