Retour de Montréal

Publié le par Hari Seldon

Bon, ça, c’est fait.

Le colloque avait cette ambition de faire se parler des gens venus d’univers intellectuels divers et variés.

Le mixte était là, les communications aussi, trop nombreuses pour tout dire. Pas suffisamment de temps pour réellement dialoguer ou avancer ensemble.

Le plus intéressant fût sans doute dans les temps morts, les repas par exemple.

Plusieurs choses :

- Difficile de discuter avec un psychanalyste hors de sa pure spécialité. Il y avait longtemps que j’avais rencontré des gens aussi éloignés de toute référence scientifique ; et aussi prévenus contre une approche "scientiste" (dixit) d’un corps constitué imaginaire qui serait "les scientifiques" façon Jules Vernes.

- L’urgente nécessité de travailler sur la relativité des concepts tels que "Réel" et "Symbolique" pour rationaliser et rendre possible un dialogue entre psys et physiciens.

- L’évidence qui s’est faite pour moi d’une congruence entre l’incertitude quantique et l’incertitude en sciences humaines due simplement à la proximité {Observateur - Acteur - Sujet} / Objet. Il y a correspondance entre la décohérence des physiciens et l’intrication Je/autre qui se révèle aux psys dans leur pratique ; à la double torsion près, qu’a mis en évidence Lévi-Strauss dans la forme canonique des mythes.

Le plus important sans doute est la rencontre d’un champ possible de mise en pratique ; des leçons à tirer d’expériences diverses. Il faut que j’y réfléchisse. À ce titre, je vais reprendre contact avec un ami ivoirien, qui fait/ enseigne l’anthropologie à Abidjan.

L’idée à creuser tourne sans doute autour de l’automatisme de Répétition.

Louise Lambrichs, que j’ai rencontrée à Montréal en parle dans son livre "Nous ne verrons jamais Vukovar" (que je dois lire).

De son côté Karim s’intéresse à l’utilisation des concepts de la psychanalyse pour l’étude des sociétés, en particulier, concernant le mouvement actuel dans les sociétés arabes.

Quant à moi, je dois pouvoir profiter de ma situation géographique pour m’intéresser au fait suivant : alors que les Tunisiens ont déclenché un vaste mouvement, les Ivoiriens sont plus que spectateurs de leur propre destin : pourquoi ?

Pour répondre, il me semble que l’automatisme de répétition doit avoir son utilité.

Quant à l’évolution renaissante de la Tunisie et l’émergence d’un parti islamiste ; la solution ne doit pas être difficile à mettre en évidence par l’utilisation de ce même principe (et de la formule canonique, bien sûr).

La question qui se pose est celle-ci : la révolution s’est constituée en déboulonnant Ben Ali ; c’est-à-dire en cherchant un "Ben Ali -1 ". Et si j’inverse pour le nier tout ce qu’est Ben Ali, il faut remettre en cause malgré tout l’émancipation des femmes, ainsi qu’une certaine "modernisation" de la société. Dans ces conditions, à quel modèle se référer si ce n’est à l’islam ?

Même cause même conséquences qu’en Iran : qui a émancipé les femmes et modernisé la société iranienne, si ce n’est le Shah ? Dans ces conditions, pas étonnant que le "Shah -1 " qu'est Komeni ait ramené l’islam dans ses basques. Le mouvement communiste du début n’avait aucune chance, car lui aussi, comme le Shah était trop "neuf".

Bref, je vois dans tout ceci la possibilité de faire un travail intéressant ; basé sur une expérience très large et non culturellement focalisée sur notre Europe Judéo / Greco- Romaine.

À part cela, j’ai eu un coup de blues dimanche dans le train.

En repensant à tout ceci, je me suis dit qu’il serait temps de reprendre sérieusement contact avec Roger Goglu, mon binôme de taupe, que j’avais de si près tenu. Nous marchions tellement de conserve (et de concert) que j’ai le souvenir d’un blanc de 5 minutes dans une conversation, que nous avons bisé simultanément avec la même idée émise en même temps. Je l’avais relancé lorsque j’étais à Caen pour que nous fassions ensemble une thèse commune.

Après un article dans "Les Techniques de l’Ingénieur ", et cette présentation publique à Montréal, il me semblait temps de renouer, car avec lui le dialogue était fluide, rapide : nous étions en phase. J’espérerais qu’il m’aiderait à formaliser les concepts auxquels je suis arrivé à présent.

En particulier pour développer l’aspect fractal et utiliser les groupes de renormalisation. Il s’était un peu loupé dans notre thèse en présentant la structure sénaire comme une base de filtres, mais maintenant était venu le temps de s’y remettre.

Bref au moment qui me semblait opportun pour renouer un dialogue qui fût si serré, j’apprends que mon ami d’enfance est décédé le 03/03/2011. Tandis que depuis 3 jours nous étions saufs dans un pays en ébullition, il décédait d’un cancer dans un pays tranquille.

C’est le troisième cette année : d’abord Philippe Moine, mon Frère pour tout dire qui fût et resta un avocat plein d’avenir, pour terminer à Montbard, au pied de ses vignes. Nous nous comprenions bien, et me souvenant de lui, je constate que je n’ai pas plus que lui exprimé à ce jour ce que j’avais dans les tripes : là encore dialogue tronqué.

Ensuite Etienne Nagy. Je me souviens encore d’avoir reçu dans ses ateliers mon premier client de Serma Industrie : à qui je vendis 8 robots de palettisation, sans savoir comment les faire (mais ils le furent et marchent encore 20 ans après), sans argent, sans locaux, sans équipe, bref à poil. Que dire encore de l’expédition à Budapest pour y ouvrir clandestinement un atelier !

3 amis, 3 dialogues inachevés, courre camarade le temps est derrière toi.

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Ce n’étaient pas mécréants destinés au bûcher, bien sûr, mais j’ai cette complainte en tête ; allez savoir pourquoi…

Sur ce, je vous quitte : tea time break, au son du muezzin qui appelle à la prière.

Hari

 

PS: relecture le 22/06/2016:

J'avais oublié ce billet, dans lequel je parle déjà de la mort de mes trois amis, et qui sera le sujet d'un autre billet (cf.: "À Roger, Philippe et Étienne"), le 01/11/11. Il est vrai qu'entre temps, j'ai failli y rester moi-même (le 01/03/2013.) Ce qui, sans doute me ramenait à eux...

Publié dans sciences humaines

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