27 Novembre 2025
Le 27/ 11/ 2025 :
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Référence : Sommaire Partie 3 p.158 — 217
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- En lisant le texte en diagonal, je m'étonne que notre distinction entre les niveaux [⚤] et [♻] soit aussi pertinente.
- Tu devrais t'en réjouir, non ?
- Bien sûr, mais quand même, les scolastiques avaient bien récupéré des Grecs quelques notions d'arithmétique et de géométrie. Par curiosité, j'ai regardé de plus près ce qu'il en était des concepts étudiés dans ces deux matières. Partons du début : le cursus s’appuyait sur les sept arts libéraux divisés en deux cycles :
Avec une distinction très claire :
Insistons sur la géométrie : il s'agit essentiellement de celle d'Euclide (entre environ 325 à 265 av J.C. soit après Aristote).
— Q : Y-a-t-il en géométrie des notions relatives au "tout" et aux "parties" d'un tout et à la différence "global/ local" ?
— 🤖 : Oui, la géométrie euclidienne contenait effectivement des notions relatives au tout et aux parties, explicitement formulées dans les axiomes fondamentaux .
Ce qui signifie un univers "archimédien".
— Q : Dans ce contexte qu'entend-on par "continu" ?
— 🤖 : Dans le contexte géométrique médiéval, le «continu» désignait une grandeur divisible à l’infini sans être composée d’unités indivisibles ou d’atomes. Cette conception héritée d’Aristote (Physique, livre VI) affirmait qu’un continu ne peut être constitué de points indivisibles, puisque «le point ne sera consécutif au point», mais que toute portion de ligne peut être subdivisée sans limite. Le continu se caractérisait donc par la propriété fondamentale que ses parties partagent une frontière commune, contrairement au discret où les unités restent séparées.
— Q : Comment à l'époque concilier l'axiome 4 d'Euclide et la divisibilité d'une droite à l'infini ?
— 🤖 : La conciliation se faisait en distinguant soigneusement deux plans différents :
L’axiome «le tout est plus grand que la partie» restait valable pour toute ligne ou toute figure considérée comme grandeur déterminée et finie, alors que la divisibilité à l’infini décrivait seulement la possibilité indéfinie de poursuivre les divisions sans jamais actualiser un ensemble infini de parties.
Dans la tradition aristotélico‑scolastique, reprise par les mathématiciens médiévaux, un continu (comme une droite) est dit divisible à l’infini, mais il n’est jamais pensé comme déjà composé d’une infinité actuelle de segments ou de points; l’infini est une propriété de la puissance de division, non une collection réalisée. Dès lors, pour chaque état fini du processus de division, le tout reste strictement plus grand que chacune de ses parties, ce qui préserve l’axiome euclidien ; la tension n’apparaît que si l’on introduit plus tard l’idée d’infini actuel (par exemple dans les traitements modernes des ensembles), notion étrangère au cadre euclidien et médiéval. (lien)
Il y a donc bien baleine sous coquillage, et si, dans les arts du quadrivium, on distingue effectivement le discret du continu, dans le duo arithmétique—[⚤]/ [#]—géométrie, il n'y avait aucune place pour l'analyse et la mesure—[♻] avant Leibniz / Newton et l'introduction des infinitésimaux.
Or —et c'est là le paradoxe— en philosophie le niveau [#] est forclos, quand le niveau [♻] s'impose dès l'introduction d'un principe unitaire par Platon, non remis en cause par Aristote et imposé par les religions du Livre.
- Tant que tu y es, regarde ce qu'il en est de la logique.
- Pas de surprise de ce côté : nous sommes bien en [⚤], et dans la voie des mots ⇅. (Note 1)
En résumé, après l'abandon de la voie platonicienne R← :
| [⚤] | [♻] | |
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↻ | |
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↻ |
(b) La dispute va se cristalliser dans le passage ♡⚤/♧♻.
Le 28/ 11/ 2025 :
"La théorie abélardienne des universaux est une des plus originales de tout le Moyen Âge. C’est aussi une des plus révélatrices de la prégnance du différend Platon- Aristote sur la pensée médiévale." p. 186
- L'auteur attire notre attention sur un distinguo : si Abélard est un "Nominale", sa doctrine se définit mieux en opposition à celle des "Reales" que par ce qui plus tard définira le "nominaliste".
- Discussion de spécialistes : comment se définissent les "Nominalistes" ?
- La présentation est effectivement un peu délicate pour qui, comme moi, n'a aucune connaissance de ce qui fait sans doute débat entre spécialistes. Par ailleurs, il faut faire attention lorsque l'auteur fait référence au "platonisme".
- Précise.
- Pour nous, le platonisme se caractérise par le ruban R← et un principe unitaire en [♻]♡. Lorsque l'auteur s'y réfère, il parle essentiellement de l'aspect "transcendant" de la démarche, à savoir le point de départ [♻]♡, sans distinguer entre R← chez Platon et R↓ chez les néoplatoniciens. C'est pourquoi son rappel succinct des thèses de Bernard de Chartres et Augustin n'est pas suffisant pour en discuter ici.
- OK, passe donc à Abélard.
"...même s’il reconduit la métaphore archi-traditionnelle d’un Dieu artisan «qui conçoit en son âme la forme exemplaire de la chose qu’il veut fabriquer», ce n’est pas par là qu’Abélard platonise, c’est, très précisément, en posant que
Dire que le fondement des noms universels et des propositions hypothétiques éternellement vraies est le même, à savoir les Idées divines interprétées comme status, tel est le platonisme d’Abélard, tel est aussi son non-réalisme." p. 187
Si j'interprète correctement la proposition d'Abélard, en référence à Platon :
| Platon | Abélard | ||||||||
| Forme | [⚤]♧ | ← | [♻]♡ | intellectuation | ♡⚤ | ♡♻ | |||
| ⇘ | Statut | ♢⚤↑ | ↓♢♻ | Statut | |||||
| Nom | [⚤]♧ | ← | [♻]♧ | substance | nom universel | ♧⚤ | ♧♻ | ||
| éponyme | |||||||||
- Il y aurait donc chez Abélard un double mouvement R↑ et R↓?
- C'est une hypothèse de travail, qui permettrait en ♡⚤ de distinguer :
"C’est ainsi la notion de status qui constitue le cœur de la doctrine d’Abélard, de son «non-réalisme platonicien», ce status, qui n’est pas une chose (d’où le non- réalisme), mais qui n’est pas non plus l’Idée d’une chose, ce status qui est une quasi res, une «quasi-chose» que seule exprime pleinement la proposition infinitive, ce quasi nomen, ce «quasi-nom» où se marque, dans sa dimension verbale, la plénitude de l’être qui fait le fond de chaque chose." p. 187
La différence de mode entre :
Fait encore sens à notre époque. Comme métaphore, tu peux penser à des "états potentiels" en ♢♻, en opposition à la "chose" vue comme actualisation d'un état potentiel.
- Il y a malgré tout une ambiguïté concernant le niveau de ces statuts... Si Abélard peut "en parler", c'est bien ce qu'il en déduit en ♢ à partir des noms ♧⚤↑♢⚤. Le non-réalisme d'Abélard consisterait en ce passage de ♢♻ à ♢⚤?
- La suite nous le dira, continuons.
"Pour bien saisir la portée de la doctrine d’Abélard, il faut toutefois non seulement en exposer le contenu, mais aussi restituer l’occasion de sa formulation. La critique est en effet consubstantielle à l’écriture d’Abélard, qui pense moins avec les Antiqui qu’il ne pense contre les Moderni.
Considérons donc sa liquidation du réalisme, où son goût prononcé pour le meurtre du père trouve, en la personne de son maître Guillaume de Champeaux, de quoi s’exercer à plein." p. 187
"Toutes les théories réalistes sont une modulation de la thèse de Porphyre (Isagoge, 6) selon laquelle «par participation à l’espèce plusieurs hommes font un homme», une expression ambiguë qui légitime d’avance la réduction de la pluralité des hommes à une seule chose, que l’on appellera au choix «chose universelle» ou «homme commun»." p. 188
- Je ne peux m'empêcher de penser au lemme de Yoneda, qui m'avait fortement impressionné par son universalité. (voir par exemple "Du lemme de Yoneda à la constitution du Sujet")
| Â =Hom (- ;A) : X⟼Hom (X ; A) |
![]() |
| F contravariant |
- Ça me semble bien loin de la question !
- Pas tant que cela : remplace "Symbolique" et "Imaginaire" (à l'époque je n'avais pas encore distingué niveaux et modes) par mode ♢ et mode ♧. Dans cette structure, tu peux comprendre :
- Et de quel niveau cette structure ?
- A priori, je dirais avec les Reales en [♻]; puisqu'il s'agit de considérer chaque "point" comme appartenant à un "domaine"/ "codomaine" défini comme une "Catégorie", autrement dit faisant partie d'un tout.
- Mouais, mais ceci est un schéma que, toi 𓂀Hari, tu peux produire dans le langage catégorique, mais quel rapport avec l'univers d'Abélard ?
-Le rapport du Un au multiple trouve un écho aussi bien chez Platon qu'Aristote : (voir "#23 — récapitulation")
| Platon | Aristote | |||||||
| [⚤]♡ | │ | [♻]♡ | ♡⚤ | ♡♻ | Un | |||
| │ | ─ | ─ | ─ | ─ | ||||
| [⚤]♧ | │ | [♻]♧ | ♧⚤ | ♧♻ | Multiple | |||
| Multiple | │ | Un | ||||||
Les deux schémas concordant aux deux extrêmes :
(a) Et tu retrouves :
C'est exactement ce dont parle Abélard. Maintenant, et c'est la nouveauté par rapport à Aristote : il introduit un "status" intermédiaire en ♢♻ entre Dieu et les étants, ce qui va lui permettre (dans le même mode ♢, i.e.: sans se prendre pour Dieu) mais au niveau [⚤] de "l'intellectuation", à partir des noms —quand les Reales restent en [♻]. La cohérence nom/ étant tenant au principe éponymique de Platon.
- Ton schéma du lemme de Yoneda est contravariant...
- J'ai choisi Un en ♡♻... Si changer de cadre est impossible —i.e. : sans variance— tu ne peux pas discriminer entre contravariance et covariance.
- Hum... Il va falloir méditer là-dessous pour décanter les concepts...
La théorie de l'essence matérielle
"Telle que la rapporte Abélard, cette doctrine «met dans les choses qui diffèrent entre elles par des formes une substance essentiellement la même, essence matérielle des êtres singuliers en qui elle est; une en elle-même et diverse seulement par les formes des êtres rangés sous elle»." p. 188
- Nous retrouvons l'image de l'empreinte d'une Forme dans une cire commune donnant la multitude des semblables. La "substance marque le niveau [♻] et nous sommes bien en ↻ .
"Dans cette théorie, essence ne s’oppose pas à existence, comme dans la langue scolastique; quant à la «matérialité», c’est avant tout celle du substrat indifférencié, que vient distinguer la forme." p. 188
Nous sommes bien dans la partie "de re" en [♻] aristotélicienne, en opposition à "de dicto" en [⚤].
Je retiens pour l'instant que, pour les Reales (selon Abélard):
substance <=>[♻]<=> essence
La théorie de l'indifférence et le retour de Ménon
"Abélard la présente de deux manières.
Si extraordinaire que cela puisse paraître, cette théorie est un développement à distance des thèses de Socrate dans le Ménon." p. 188
- C'est à mon sens un point très important, qui vient à l'appui de notre hypothèse de lecture, cf. (a) et caractérise, non la doctrine même des Reales, mais le regard que 𓂀Abélard porte sur elle.
- Ça devient compliqué...
- J'explique : parler de "non-différence", c'est se positionner d'entrée de jeu au niveau [⚤], et dans le mouvement ↻ c'est parler d'idempotence, avec la base A inversée par rapport à B sur notre schéma classique d'une rétraction r:B↓A (Voir "Identité et idempotence").

Et là, Abélard nous parle bien d'un concept, de niveau [⚤] et de mode ♢, soit ♧⚤↑♢⚤ en regard, si je puis dire d'une construction "Reale" de l'essence en ♢♻, intermédiaire entre Dieu et les étants, dans une opération vue comme une section s: A↑B (il faut lire le schéma r/s à l'envers!) soit ♡♻↓♢♻↓♧♻.
Quand au retour à Ménon, nous en avons déjà longuement parlé il y a peu (voir "# 21 — Du néoplatonisme grec au péripatétisme arabe—suite").
Et notre représentation permet de lever l'ambiguïté de la double expression 〈a〉/ 〈b〉:
"Pour l’heure, il faut noter que les deux formulations de la théorie dans la version rapportée par Abélard manifestent une tension :
Ce qui conforte notre lecture, poursuivons :
"On ne sera donc pas étonné d’apprendre que la théorie de la non-différence en engendre deux autres.
Donc là, pas de surprise :
Maintenant arrivons-en à Abélard, qui récuse ces principes dits "Reales", pourtant exprimées selon son point de vue 𓂀Abélard, ne l'oublions pas.
Nous avons là une revendication formelle d'Abélard, de se tenir au niveau du discontinu en [⚤], avec un rappel de l'insécabilité de l'élément venue directement de Parménide via Platon.
- Mais du coup, il déplace le concept d'essence en ♡⚤ ?
- Oui : pour lui l'essence est un concept, intelligible ♧⚤↑♡⚤, et non une "forme" abstraite de la chose aristotélicienne ♧♻/♡⚤.
Là, il y a un renversement de posture intéressant à souligner, qui conforte notre hypothèse de lecture (b).
| néoplatoniciens | Abélard | |||||
| ♡⚤ | ♡♻ | ♡⚤ | ♡♻ | |||
| ↓ | ⇖ | ↓ | ↑ | ⇘ | ||
| ♧⚤ | ♧♻ | ♧⚤ | ♧♻ | |||
"Autrement dit : parce que toute chose est seulement «elle-même» et ne peut être en une autre chose, aucune chose n’est «universelle», et parce qu’aucune ne peut être prédiquée d’une autre chose, l’universel est nécessairement un mot.
Le point fondamental de la critique d’Abélard est qu’une chose ne peut être prédicat d’une autre chose (alors que c’est, on l’a vu, une des trois thèses fondamentales, i.e. ThR3 , des Reales)" p. 191
Je pense que ce point de vue est parfaitement représentable dans notre topologie de l'imaginaire. Par ailleurs cette discussion concernant la nature du verbe "être" est un préquel de ce que Foucault écrit à propos de la grammaire à l'Âge Classique.
En contrepoint de cette position d'Abélard en [⚤] contre celle des Reales, ceux-ci de leur côté identifient clairement leur posture en [♻] :
"Jean de Salisbury note que, par là, il [i.e. Abélard] s’oppose à Aristote : «Une chose prédicat d’une autre chose ! C’est là pour eux un monstre. Pourtant, Aristote est garant de cette monstruosité, et affirme bien souvent qu’une chose est prédicat d’une chose ; cela est clair pour ceux qui le connaissent bien, pourvu qu’ils soient sincères." p. 191
- C'est ce qui te faisait t'étonner en première lecture que cette dichotomie entre niveaux [⚤]/[♻] soit aussi pertinente pour caractériser l'opposition Nominales/ Reales ?
- Nous verrons ce qu'il en advient, mais oui, pour l'instant, ça tient la route, et nous renvoie à une fracture très profonde entre "éléments" et "parties", allant de pair avec un resserrement de l'Imaginaire en [♻] pour concevoir la possibilité d'un "tout" (i.e.: une quantité conservée) au-delà de ses projections observables.
- Tu as déjà tenu compte de ce resserrement dans ta syntaxe de l'entropologie. (voir ici dans "Syntaxe de l'entropologie").
- Oui, mais nous assistons ici à une dispute millénaire, qui tient précisément à ce saut diachronique entre les deux. Aussi indépassable que la distinction
discret—[⚤]/[#]—continu,
qui apparaît plus évidente.
Pour en revenir au catégories d'Aristote :
"Le fondement du désaccord entre Abélard et Albéric, relayé par l’Anonymus Padovanus, est donc clair : il s’agit de l’interprétation du sujet des Catégories d’Aristote.
Qu’un désaccord profond sur la nature des catégories se reflète dans la théorie des universaux n’a rien d’étonnant : l’Isagoge est une «introduction» aux Catégories, et, comme on l’a vu, depuis le néoplatonisme, il existe un lien intrinsèque entre ontologie catégoriale et doctrine des universaux. Dans la triade -φωναί υοήματα ὂντα- ranimée sous la forme voces- significationes- res (plutôt que voces- cogitationes- res)
On voit qu’en la rigueur des termes Abélard n’est pas «conceptualiste», comme on l’a dit trop souvent, mais «sémioticiste» [i.e.: niveau [⚤]]. Dans la triade des mots, des concepts et des choses, au centre du dispositif, Abélard place la significatio, non le conceptus. C’est, selon l’heureuse formule de J. Jolivet, la marque incontestable que sa philosophie n’est pas une philosophie du concept, mais «une philosophie dans le langage» [i.e.: niveau [⚤]]. p. 192
La reformulation abélardienne de la théorie de l’indifférence et la notion de statut
Il y a une balance significatif/ conceptus qui demande à être précisée.
En rechercher l'étymologie du terme "conceptus" employé par les Reales, tu retrouves d'ailleurs les idées de "rassemblement" et de "conception", qui ne sont pas de niveau [⚤]. (Note 2)
— 🤖 : Le mot «concept» vient du latin conceptus, participe passé de concipere, «prendre ensemble, recevoir, contenir», lui‑même formé de cum («avec») et capere («prendre, saisir»). Cette étymologie combine donc l’idée de saisie et celle de rassemblement en un tout mental.
En latin, conceptus signifie d’abord «ce qui est conçu», «ce qui est reçu ou contenu», avec un double champ:
Dans la tradition scholastique, il désigne le contenu saisi et retenu par l’intellect, ce qui est «pris ensemble» dans un acte de compréhension unifiante. (lien ici)
Le 30/ 11/ 2025 :
- Je crois que nous avons correctement caractérisé la différence entre les approches Reale/ Nominale, il s'agit maintenant de stabiliser le vocabulaire utilisé de part dans ce duel, et suivre la trace de son évolution. Pour les Reales, les termes de
Sembles bien situés, et comme ils découlent d'une tradition néoplatonicienne déjà bien établie, c'est aux Nominales de placer les pions, si je puis dire.
"Par cette nouvelle équation et l’interprétation qu’il en donne, Abélard reprend et subvertit en même temps la théorie platonicienne de la causalité éponymique des formes : il maintient la structure éponymique- causale en faisant l’économie de la forme." p. 193
Qu'il reprenne la causalité éponymique Platonicienne, nous en avons vu la nécessité afin de boucler le circuit R↑ par ♡♻/♧⚤, en même temps, il la subvertit complètement puisque pour Platon, cette causalité concerne l'autre une fermeture de R← par [⚤]♡/[♻]♧. Un schéma sera peut-être plus parlant :
| Cause éponymique | |||||||
| Platon | Abélard | ||||||
| Formes | [⚤]♡ | ← | [♻]♡ | ♡⚤ | ♡♻ | ||
| ⇘ | ↑ | ⇙ | |||||
| [⚤]♧ | ← | [♻]♧ | ♧⚤ | ♧♻ | |||
Et là où :
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Le plus intéressant, en ce qui concerne le développement de la pensée Occidentale, est sans doute l'explication qu'Abélard en donne.
- En quoi est-ce instructif ?
- Parce que le lien purement intellectuel (et logique) qu'il développe pour établir une relation d'appartenance (et donc de mode [♻]) de chaque homme à sa catégorie d'Homme, est un discours syntaxique en ♢⚤. D'où l'apparition chez Abélard du terme :
Alain de Libéra liste ensuite les propositions logiques d'Abélard découlant de cette approche intellectuelle (Note 3) Exercice scolaire que je te laisse le soin de parcourir en détail, l'important étant pour nous de suivre l'évolution du vocabulaire et son articulation topologique. Ce qui donne essentiellement ceci :
Le seul souci, tu l'auras déjà compris étant que cette approche accrochée à une logique du 1er ordre, est incapable de rendre compte de l'appartenance des hommes pris individuellement, à une catégorie dont ils feraient partie. Cela donne en particulier (voir Note 3) des règles du type :
"La solution «linguistique» du problème des universaux chez Abélard n’est pas la seule version de la théorie du «statut» qu’ait connue le XIIe siècle. L’école réaliste des Melidunenses en a professé une autre, comme elle a aussi discuté et reformulé la théorie de l’indifférence. Elle a, surtout, relancé la position stoïcienne, confirmant par là le diagnostic posé par Degérando sur la querelle, à triple détente, «des Réalistes et des Nominaux». Un autre réalisme : l’Ars Meliduna" p.198
- Restons-en à Abélard pour aujourd'hui. Il nous donne déjà suffisamment de sujets de méditation.
- Amen
Hari
- Ce matin, je me suis réveillé en pensant : "mais comment Foucault peut-il parler du système de signatures à la Renaissance, sans penser à la causalité éponymique de Platon, alors même qu'elle est apparue nécessaire à Abélard ?"
J'ai cherché via Perplexity si quelqu'un avait fait le rapprochement avant moi (voir lien). Chou blanc. Et faute d'interlocuteur humain avec qui échanger, je lui ai soumis le présent texte, en lui demandant si cette analyse ne rendait pas la chose évidente.
- Et qu'en dit-elle ?
- Je te laisse lire le détail (voir lien), pour retenir sa conclusion :
— 🤖: "Les sources disponibles confirment que ce type de mise en correspondance précise – cause éponymique platonicienne / statut abélardien / système des signatures foucaldien, formalisés par votre syntaxe entropologique – n’est pas thématisé dans la littérature. En ce sens, votre article construit un pont conceptuel nouveau, en rendant explicite, via la distinction des niveaux et modes, le fil que Foucault laisse implicite entre nom, chose et cause de la nomination."
Les IA actuelles font des diagnostique médicaux plus fiables que ceux des toubibs, gageons qu'à l'avenir, elles nous donneront des leçons de philosophie...
Note 1 : pour le détail :
— Q : Parle-t-on à l'époque de logique ? Sur quelle base et dans lequel des arts ?
— 🤖 : Oui, on parle très clairement de «logique» à l’époque, mais le terme le plus courant est celui de «dialectica», qui désigne l’art de raisonner et de discuter selon des règles formelles . Cette logique/dialectique est au cœur de la méthode scolastique, en particulier dans les disputationes et la construction d’arguments pour et contre une thèse.
— Q : Fait-on référence au principe du tiers exclu et celui de non-contradiction ?
— 🤖 : Oui, ces deux principes sont bien présents, même si la terminologie n’est pas toujours stabilisée comme dans la logique contemporaine.
Principe de non-contradiction
Principe du tiers exclu
— Q : Ces 2 principes sont-ils perçus comme des "choix", d'autres choix conduisant à d'autres logiques ?
— 🤖 : Pour un scolastique médiéval, ces deux principes ne sont absolument pas des «choix» parmi d’autres logiques possibles, mais des conditions nécessaires de toute pensée et de tout discours vrai. Ils sont reçus comme des principia prima : on ne les adopte pas conventionnellement, on les présuppose comme ce sans quoi il n’y a plus ni science, ni démonstration, ni même discussion rationnelle possible. (lien)
Note 2 : du 29/ 11/ 2025
- Hier j'ai fait une longue Note 8 à l'article "#24 — Le Haut Moyen Âge—1" concernant le verbe "être", placé en ♧♻ avec le Saint-Esprit dans la Sainte Trinité Catholique, car depuis que ce schéma m'est venu en tête, je n'arrête pas de tourner autour :
| Doctrine | ♡⚤ | ♡♻ | Père | |
| Fils | ♧⚤ | ♧♻ | Saint-Esprit |
- Et qu'est-ce qui te tracasses ?
- J'ai dans l'idée que l'Occident Chrétien se distingue par le fait d'avoir réifié le mouvement, pour en faire un "objet" de discours. J'avais d'ailleurs commencé l'article en parlant de "réifier" l'idée de "cause" d'un mouvement.
Si tu penses au duo Yin/ Yang, le mouvement est bien entendu le principe premier de stabilité, mais on n'en "parle" pas. De la même façon, le Ma 間 Japonais est le lien social, les syllabes nécessaires à l'harmonie d'un poème, mais qui n'est pas écrit; impossible à saisir dans les filets des kangis d'origine chinoise.
Or, nous à l'inverse, en figeant le mouvement dans une représentation, nous pouvons en parler.
Nous l'avons vu dans la Trinité, mais plus tard, Descartes, puis Newton vont introduire la "quantité de mouvement" (lien ici), et Leibnitz introduit la conservation de l'énergie (le vis viva) (lien ici).
- Et tu fais le parallèle avec ce verbe "être" provenant d'une longue histoire linguistique indo-européenne ?
- Oui dès lors que pour les Chrétiens, Dieu a donné sur Terre son fils en témoignage de son existence, la langue grecque, puis latine nous a travaillés pour que nous accouchions de la Trinité.
Je pense qu'il y a là quelque chose à approfondir...
Note 3 :
Voici la liste :
"On peut formuler ainsi le système de thèses où s’articule la nouvelle théorie ontologique du status, qui a rendu possible à l’ère moderne, par un retournement remarquable, l’émergence même de la notion de statut ontologique.