30 Novembre 2025
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Le 30/ 11/ 2025 :
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Référence : Sommaire Partie 3 p.158 — 217
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- Nous en étions à ceci (voir "#24— Abélard"):
"La solution «linguistique» du problème des universaux chez Abélard n’est pas la seule version de la théorie du «statut» qu’ait connue le XIIe siècle. L’école réaliste des Melidunenses en a professé une autre, comme elle a aussi discuté et reformulé la théorie de l’indifférence. Elle a, surtout, relancé la position stoïcienne, confirmant par là le diagnostic posé par Degérando sur la querelle, à triple détente, «des Réalistes et des Nominaux». Un autre réalisme : l’Ars Meliduna" p.198
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Petit rappel en image de ce que nous avons vu du réalisme jusqu'à maintenant.
| Reales | ||||
| Concepts | ♡⚤ | ♡♻ | Un | |
| ↓ | ⇖ | ↓♢♻ | catégories | |
| flatus vocis | ♧⚤ | ♧♻ | étants | |
"L’Ars Meliduna contient une discussion détaillée du «problème des universaux». L’auteur place toute la discussion sous la figure du différend Platon- Aristote. Platon pensait que les genres et les espèces étaient «de certaines Idées ou Formes» ; Aristote, qu’ils n’étaient qu’une «ressemblance intelligible (similitudo intellecta) des choses différant par l’espèce ou par le nombre».
Le 05/ 12/ 2025 :
J'ai éprouvé une difficulté à situer sur notre schéma d'Aristote ce qu'il fallait entendre par "ressemblance intelligible"; et ça m'a obligé à reprendre ce que j'avais retenu de sa philosophie ( voir "Vade-mecum— Aristote")
- N'est-ce pas en ♡⚤ tout simplement ?
- Pas si simple, pour le vérifier, j'ai relancé Perplexity (qui a déjà une bonne compréhension de notre entropologie et sur qui je me suis appuyé pour mon vade-mecum).
— 🤖: Tu n’as pas «tout faux», mais il faut affiner la place du nous : le point clef est de distinguer où se produit la saisie de l’essence (intelligible au sens fort) et où elle est travaillée discursivement.
Dans ton schéma, ces deux fonctions correspondent naturellement à deux positions :
Autrement dit, le nous aristotélicien a un «pied» en ♡♻ (réception/saisie de l’intelligible) et un «pied» en ♡⚤ (travail logique et scientifique).
Ensuite, cette ressemblance intelligible (♡♻) est :
Tu peux donc, dans ton blog, rectifier ainsi :
- Et c'est ce qui t'a pris cinq jours à démêler ?
- Oui, ça et la référence à Zénon, car je ne connais rien des Stoïciens (voir "Découvrir Zénon et les Stoïciens"). Ceci dit, avoue que Perplexity commence à bien manier notre syntaxe, non?
- Tu peux même préciser le sens la phrase "ressemblance intelligible (similitudo intellecta) des choses différant par l’espèce ou par le nombre" après avoir différencié le genre et l'espèce des autres catégories :
- Je crois que nous avons compris ce qu'il fallait entendre par "similitudo intellecta", et si tu avançais ?
- Poursuivons :
"L’auteur [de l'Ars Meliduna] énumère les thèses couramment admises au XIIe siècle :
Aucune des deux opinions ne le satisfait. Il explique sa propre thèse, puis présente une autre théorie selon laquelle les universaux ne sont ni des termes ni des choses, mais l’être même des choses, esse rerum." p. 199
Là c'est plus facile : les objets substantiels, ou étants sont en ♧♻ quand les signifiants sont en ♧⚤ et donc :
"La thèse propre de l’Ars Meliduna distingue le problème des universaux en général de celui des genres et des espèces. Tout universel est une «chose intelligible participable par une pluralité». L’auteur, qui emprunte beaucoup à Boèce, est assez discret sur la nature de cette participation, il est, en revanche, plus disert sur le chapitre de l’intelligibilité." p. 199
- Nous l'avons déjà pris en compte, car c'est directement visible chez Aristote.
- Il y a quand même cette "pluralité" qui pose question : sommes-nous bien au niveau [♻] ?
- Oui, dans la mesure où il est question de "participation", autrement dit il s'agit de parts♻ de tartes et non de billes⚤ dans un sac.
"En posant que l’universel est une chose intelligible, il veut dire avant tout que «c’est quelque chose qui ne peut être perçu que par l’intellect». p. 199
Bien, là nous sommes revenus à ce qui m'avait arrêté dans ma première lecture d'il y a une semaine. Nous avons vu depuis qu'il fallait soigneusement distinguer entre ♡⚤ et ♡♻. Ici il faut comprendre que l'Ars Meliduna délaisse l'aspect ♡⚤ au seul profit d'une "intelligibilité" au sens de ♡♻.
— 🤖: "Ainsi, dans le cadre melidunien, l’universel comme «chose intelligible» déborde radicalement le registre de l’imagination : ce que l’intellect appréhende dans l’universel n’est ni une image ni une simple abstraction psychologique, mais une réalité commune dotée d’un certain mode d’être, que les singuliers participent sans qu’elle soit localisée en eux comme une forme sensible." (lien)
Il semble y avoir une variation de degré entre genre et espèce :
"Les définitions du genre et de l’espèce se laissent, de ce point de vue, facilement formuler : «Le genre est la ressemblance intelligible de plusieurs choses différant [par l’espèce. L’espèce est la ressemblance intelligible de plusieurs choses différant] par le nombre.» Toutefois, cette ressemblance étant immédiatement glosée comme une «convenance» (convenientia) entre «les choses par lesquelles le genre» ou l’espèce sont «participés», l’auteur précise que les genres et les espèces ne sont pas des relations (relationes) entre les choses, mais une «communion intelligible de choses différant» par l’espèce ou le nombre." p. 200
Je trouve remarquable de voir dans cette thèse comment la participation en [♻] est clairement différenciée du niveau [⚤], en excluant explicitement le passage par des "relations" typiquement en ♢⚤.
- Qu'y a-t-il de si remarquable ?
- Une solution de continuité qui insiste au fil des siècles, et conforte ma conviction que l'Imaginaire est conditionné —en deçà de toutes les couches culturelles qui se superposent, tel un palimpseste culturel— par l'architecture neuronale de notre cerveau.
- Et d'où vient cette solution de continuité d'après toi ?
- De la multiplicité des individus aux espèces, puis des espèces au genre, il y a un principe de répétition difficilement exprimable en ♧⚤ car ces principes de répétition ne sont pas du même ordre.
- Ce n'est pas clair.
- Les hommes sont semblables en tant qu'espèce "Homme" et les espèces sont semblables au regard du genre qu'elles partagent. Il y a là un effet "poupées Russes" qui n'est pas réductible au simple principe de répétition caractérisant ♧⚤. Le mode ♢ appelle une approche topologique...
- Mais c'est impensable à l'époque... (Note 2)
- Je le sais, mais cela nous permet de comprendre la difficulté à l'exprimer. Retenons pour l'heure que la relativité du duo individu/ espèce et espèce/ genre est identifiée comme «convenance» (convenientia),(Note 1)
Maintenant il faut comprendre en quoi ce duo diffère des autres catégories d'Aristote.
Ici, l’Ars prolonge la distinction aristotélicienne entre le
(c)Schématiquement, ça donnerait ceci :
| Ars Meludina | ||||
| prédicable | ♡⚤ | ♡♻ | aliquid | |
| quale quid⚤ | ♢⚤↓ | ⇖ | ↓♢♻ | quale quid♻ |
| flatus vocis | ♧⚤ | ♧♻ | hoc aliquid | |
- Es-tu sûr que les "prédicables" sont uniquement en ♡⚤?
- Vérifions :
— 🤖 : Dans le vocabulaire aristotélico‑scolastique, «prédicable» vise d’abord une structure de discours (ce qui peut être affirmé d’un sujet), donc relève au premier chef de ♡⚤. (pour les détails suivre le lien)
Ce qui donnerait donc :
- Sans vouloir ergoter, les cheminements ↑ font plutôt penser à Aristote qu'aux Reales...
- Effectivement, mais la discussion nous entraînerait certainement à reparler des fonctions du verbe "être" (voir au sujet de la Trinité en #24) :
Et les deux se rencontrent en ♡⚤𓁜 sous forme de "prédicable". Restons-en là pour l'instant.
"C’est cette déhiscence entre :
l’attribution d’un genre ou d’une espèce indique ce d’où (unde) les choses sensibles tiennent d’être quelque chose, par exemple des animaux ou des hommes; l’autre genre de prédication attribue seulement à un sujet quelque chose qui est en lui: l’universel blanc, par exemple, «montre seulement, quand il est prédiqué, l’inhérence d’une blancheur» dans le sujet dont il est prédiqué " p. 200
(a)- Il y a bien une difficulté chez l'auteur à reconnaître un parcours Aristotélicien ↻ lorsqu'il s'agit des catégories de type ♢⚤. D'où l'idée de "quelque chose qui est en lui", en ♢♻ selon nos termes, du genre blanc⊂Socrate⊂espèce, mais cette construction ne peut tenir longtemps. En effet, quelle est la substance de cette "blancheur", incluse par exemple en Socrate et Platon, quand les deux sont singuliers ?
Je retiens au passage :
"une distinction qui reprend ainsi, en termes voilés, la distinction aristotélicienne de
Nous arrivons maintenant à la pierre d'achoppement qui m'a retenu 5 jours hors de ce texte :
"Autrement dit, l’Ars Meliduna est bien un texte réaliste, mais ce réalisme n’est pas un réalisme ordinaire. En reprenant à Boèce l’essentiel de sa théorie de la cogitatio collecta, ce qui l’amène à soutenir comme lui :
- Et qu'est-ce qui t'as bloqué ?
- Le cogitatio collecta. L'idée de "collection" au sens où l'on ramasse des cailloux est de niveau [⚤] tandis que genres et espèces supposent une dialectique tout/ partie en [♻] qui ne cadre pas avec l'aspect procédural de la collection.
— 🤖 : Chez de Libera, la «cogitatio collecta» renvoie à une manière boécienne de décrire la formation de l’universel : une pensée rassemblante, non encore discursive, par laquelle l’intellect saisit ensemble ce qu’il y a de commun dans plusieurs individus. [1][2]
Contenu minimal de la cogitatio collecta
Rôle dans l’Ars Meliduna
Quand il écrit que l’Ars Meliduna «reprend à Boèce l’essentiel de sa théorie de la cogitatio collecta», de Libera veut dire :
- Je crois que c'est clair : il s'agit de la répétition des passages ♢♻𓁜↑𓁝♡♻𓁜; caractéristique par exemple des espèces au genre, puis des genres au genre suprême (genus summum) en ♡♻𓁜.
Et tu as ta réponse à (a) : cette cogitatio collecta par la "ressemblance"♢♻𓁜↑𓁝♡♻𓁜; initiée en ♢♻, évite de "substantiver" le "blanc" en "blancheur" par ♢⚤↑♡⚤ et inclusion ♡⚤/♧♻ dans l'objet en ♧♻.
- Il y a cependant une difficulté quant au passage à la limite 𓁝♡♻↑♡♻𓁜. Lorsque tu passes des humains aux lapins, puis aux veaux, vaches, cochons pour arriver au genre commun "mammifères", il est évident que tu n'as pas épuisé toutes les espèces pour en induire "mammifères". Il y a un "etc." qui se glisse quelque part...
- Tu te focalises sur une problématique qui n'est pas d'époque. L'important c'est que Boèce parle ici de ♢♻↑♡♻, et non d'une détermination catégorique à partir des «flatus vocis» : ♧⚤↑♢⚤.
- OK, l'important est sans doute dans la suite :
Ici s'introduit le "quelque chose" stoïcien (voir "Découvrir Zénon et les Stoïciens") qui est du genre ou de l'espèce, sans être un "étant" à proprement parler, bien que substantiel donc :
=> en ♢♻ ou ♡♻ sans être en ♧♻.
Ce que l'on retrouve aisément sur le schéma Stoïcien :
| Stoïcisme | |||
| ↺ | ♡♻ | Logos | |
| ↑♢♻ | Lekton φαντασίαι (représentations). |
||
| [⚤]♧ | → | [♻]♧/♧♻ | corporel |
| Logique | Physique | ||
"l’Ars s’oppose énergiquement aux thèses des Montani, qui soutiennent au contraire que les genres et les espèces «sont posés dans les sensibles, ont leur être des sensibles et sont seulement intelligés hors des sensibles»." p. 201
— 🤖: Les «Montani» désignent ici un courant réaliste issu de l’école d’Albéric de Paris (les Albricani), installée sur la montagne Sainte‑Geneviève, d’où leur nom.
Qui sont les Montani
Ce que de Libera vise ici
Dans la phrase que tu cites, de Libera oppose :
En résumé : «Montani» renvoie à l’école réaliste d’Albéric de Paris sur la montagne Sainte‑Geneviève, qui défend l’inhérence totale des genres et espèces dans les sensibles, position contre laquelle l’Ars Meliduna construit son «autre réalisme». (Sources : lien)
— HS : Pour les Montini, les universaux sont-ils en ♡⚤ ?
— 🤖: Pour les Montani, il faut distinguer nettement où est l’être de l’universel et où il est intelligé.
Être et intellection de l’universel chez les Montani
Donc, pour les Montani :
Pour résumer l'opposition entre Ars Meludina et Montani :
| Montani | |||||
| Universaux | ♡⚤ | ♡♻ | |||
| Noétique | ♢⚤↓ | ⇖ | ↓ | Ontologie | |
| ♧⚤ | ♧♻ | sensibles | |||
En opposition avec l'Ars Meludina vu précédemment :
| Ars Meludina | ||||
| prédicable | ♡⚤ | ♡♻ | aliquid | |
| quale quid⚤ | ♢⚤↓ | ⇖ | ↓♢♻ | quale quid♻ |
| flatus vocis | ♧⚤ | ♧♻ | hoc aliquid | |
- Avoue que nos petits schémas permettent de mieux situer les débats, et de clarifier les discours ...
- ... Pour en discuter et les rectifier en cas de mauvaise interprétation. En résumé :
"Le réalisme de l’Ars réside ainsi dans trois thèses :
C’est dans la modulation particulière qu’elle donne de la thèse 2 , que l’Ars atteint le fin mot de sa doctrine. Avant de l’examiner, il faut considérer, toutefois, les deux formulations de la théorie, rapportée avec plus ou moins de complicité par l’auteur, selon laquelle les universaux ne sont ni des termes ni des choses mais «l’être même des choses»." p. 201
Si j'interprète bien le texte :
Deux théories de l’indifférence
Ce qui suit découle directement de ce qui précède :
"Cette thèse donne lieu à deux positions différentes.
A : l'être indifférent d'une pluralité d'individus :
"L’être indifférent de deux individus désigne leur indifférence ou non-différence essentielle ou substantielle. En posant qu’un genre est l’essence indifférente d’individus numériquement distincts les partisans de la théorie de l’indifférence ou non-différence essentielle renouent, sans le savoir, avec la formule platonicienne du Ménon expliquant que l’εἶδος est ce par quoi des individus sont non différents περὶ οὺσίας." p. 202
- Rapprochement intéressant qui nous convie à faire un parallèle avec le Ménon (voir ici dans article #19), chez Platon :
| Forme séparée περὶ ούσίας |
[⚤]♡ | ← | [♻]♡ | Forme εἶδος |
| ⇗ | ||||
| être sensible | [⚤]♧ | ← | [♻]♧ |
- Ce n'est pas tout à fait ce que tu écrivais à propos de εἶδος.
- Oui, mais la critique dont il fait l'objet ici, m'a permis rétrospectivement de mieux le caractériser chez Platon : (b)
"Deux individus «se rencontrent» dans la mesure où ils participent le même être essentiel. Cette participation au même être essentiel ne signifie pas pour autant qu’ils ont le même être. L’auteur distingue en effet trois sortes d’être :
Disons que notre topologie permet de repérer les deux discours sans trop de discordance; l'important étant ici de bien représenter le retour "immanent" ⇗ [⚤]♧/[♻]♡ découlant chez Platon, de la cause éponymique.
Quant à l'universel indifférent à la pluralité, il rejoint effectivement la thèse stoïcienne sur les incorporels:
| Stoïcisme | |||
| ↻ Pneuma |
♡♻ | Éthique | |
| ↓♢♻ | incorporel | ||
| [⚤]♧ | ← | [♻]♧/♧♻ | corporel |
| Logique | Physique | ||
(nota : sur le cross cap la succession des flèches dans le mouvement ↻ se lit ← suivi de ↓).
| Reales thèse A | ||||
| prédicable | ♡⚤ | ♡♻ | Universel indifférent | |
| ↓ ♢♻ | ||||
| flatus vocis | ♧⚤ | ♧♻ | être des choses | |
B : L’essence désigne l’être essentiel :
"De même, la thèse selon laquelle l’essence désigne l’être essentiel ou prédicable essentiellement, «quant au quoi», de la chose prolonge la thèse platonicienne selon laquelle l’l’εἶδος est le caractère qu’il faut avoir en vue pour que la réponse à la question sur ce qu’est la vertu «soit correcte et fasse saisir en quoi elle consiste». Le sens de l’expression «prédication in quid» est en effet celui d’un énoncé apportant une réponse à la question platonicienne par excellence : Quid est ? («qu’est-ce» ?). p. 203
Nous retrouvons ici une idée plus "moderne" si je puis dire; où la thèse en ♡⚤ définit "l'observable" comme "quantité conservée" en ♧♻
| Reales thèse B | ||||
| prédicable Quid est ? εἶδος |
♡⚤ | ♡♻ | ||
| ⇘ | ||||
| flatus vocis | ♧⚤ | ♧♻ | être des choses | |
- Ceci dit, il faut ensuite remonter de ♧ à ♡ ...
- Exactement :
"L’universel n’est pas inhérent aux choses, il n’en fait pas partie comme une essence ou une propriété intrinsèque, car une essence ou une propriété inhérente à une chose ne peut en même temps appartenir à plusieurs autres choses. L’être essentiel d’une chose [i.e.: ♡♻] est sa constitution à partir de tout ce qui, universel et singulier [i.e.: ♢♻ et ♧♻ ] , constitue son être. C’est cette constitution essentielle qui est appelée «statut». Chaque chose a un statut, et toutes les choses qui ont même statut (et non pas «le» même statut) sont essentiellement non différentes. Le statut d’une chose est d’ordre intelligible. Il est séparé d’elle, mais «intelligé» à son sujet." p. 204
Tu retrouves les 3 étages dont nous parlions tantôt (b) et une construction gigogne : ♧♻↑♢♻↑♡♻; qui rappelle effectivement le Ménon, et les "abeilles toutes semblables en tant qu'elles sont abeilles", mais dans une perspective platonicienne radicalement différente : [⚤]♧ /[♻]♡.
Le statut :
Pour en arriver au "status" de l'Ars Meliduna en ♢♻ :
"C’est cette constitution essentielle qui est appelée «statut». Chaque chose a un statut, et toutes les choses qui ont même statut (et non pas «le» même statut) sont essentiellement non différentes. Le statut d’une chose est d’ordre intelligible." p. 204
Et l'on retrouve l'incorporel stoïcien à sa place :
"La comparaison du type d’être du statut à celui de l’«énonçable», qui renvoie à la théorie stoïcienne du λεϰτόν, [i.e.: ♢♻] indique clairement, que l’universel n’est
mais une structure intelligible [i.e.: ♢♻] exprimée par une expression complexe [i.e.: ♢⚤] plutôt que par un nom commun [i.e.: ♧⚤] ." p. 205
Avoue que ça commence à se préciser, non ?
Universaux et énonçables, ou le retour de Zénon
- Il y a une ambiguïté dans le texte de Libera que je n'arrive pas à lever.
- Dommage, ça commençait à se mettre en place !
- C'est au sujet des 3 problèmes de Porphyre qui portent spécifiquement sur les genres et espèces. Nous avons vu qu'il était nécessaire de les installer au niveau [♻] à cause de l'utilisation de l'inclusion.
Petit rappel :
- Ça a l'air parfaitement clair, qu'est-ce qui cloche ?
- La suite d'Alain de Libera :
"C’est donc la thèse 2.2 qui, chez lui, permet de comprendre la nature de sa reprise des deux termes de l’alternative ouverte dans la première question de Porphyre et de son rejet des deux termes de l’alternative ouverte dans la troisième.
Or, sur ce point, il n’y a pas d’ambiguïté possible : «Les universaux ne sont ni des substances ni des propriétés, mais ils ont un être bien à eux (habent suum esse per se), comme les énonçables, le temps, les sons vocaux et la gloire.»" p. 207
Porphyre ne parle que du genre et de l'espèce, or de Libera généralise à l'ensemble des "universaux"... Et je ne sais pas au point où nous en sommes de notre lecture si c'est l'auteur de l'Ars Meludina ou de Libera lui-même qui fait l'amalgame entre :
À lire ta liste de 3 problèmes il semble bien que l'Ars Meliduna rejette les formes séparées d'Aristote, mais n'exclut pas formellement le passage par ♢⚤?
- C'est toi qui fais une erreur de contexte ! De Libera insiste bien sur le fait que l'Ars Meliduna doit se lire à partir du Stoïcisme (où le niveau [⚤] réduit à [⚤]♧).
"Or, sur ce point, il n’y a pas d’ambiguïté possible : «Les universaux ne sont ni des substances ni des propriétés, mais ils ont un être bien à eux (habent suum esse per se), comme les énonçables, le temps, les sons vocaux et la gloire.» Enuntiabilia, tempora, voces, fama : c’est la liste, remaniée, des incorporels selon les stoïciens, amputée du vide et du lieu – un remaniement fâcheux du point de vue de la doctrine stoïcienne, où les étaient au contraire des êtres corporels, un remaniement qui, toutefois, préserve l’essentiel : les universaux, comme les «exprimables», ont un mode d’être spécifique. Par-delà le remaniement infligé aux thèses stoïciennes, dont la notion de statut individuel qui reprend un aspect central du concept stoïcien de qualité individuelle (être moins la qualité spéciale à un individu que la propriété qui est cause que l’individu a le nom qui est le sien – ce qui rejoint, sur un autre terrain la causalité éponymique de la Forme platonicienne), mais en abandonne un autre, plus important encore (qui est qu’une qualité est toujours corporelle), la thèse de l’Ars Meliduna témoigne d’une surprenante reviviscence de l’ontologie stoïcienne." p. 207
Très sincèrement, sans notre repérage topologique, je ne sais pas comment je pourrais m'y retrouver ! Il faudra que je bricole un petit pense-bête sous forme de bloc de calques permettant de superposer sur la même topologie les différents concepts utilisés par chaque école de pensée.
De libera termine en faisant remarquer à quel point ces considérations sont sources de réflexions encore actuelles :
"La thèse de l’Ars Meliduna témoigne d’une surprenante reviviscence de l’ontologie stoïcienne. Elle s’inscrit aussi de manière inattendue dans l’ontologie moderne, dans la mesure où le mode d’être spécifique attri- bué aux universaux évoque ce que les philosophes modernes ont appelé la «subsistance», entendant par là le mode d’être des objets du discours ou de la pensée qui, à proprement parler, n’existent pas. Par là, les universaux de l’Ars Meliduna prennent rang au côté des «représentations en soi» (Vorstellungen an sich) de Bolzano et des objets apatrides (homeless Objects) de Meinong- Chisholm : objets de pensée, intentionalia, objectifs et objets incomplets – sans oublier, pour prendre une référence plus médiévale, le significabile complexe de Grégoire de Rimini." p. 207
Ce fut, dès le XIIe siècle, le point de départ de nombres réflexions :
"À simplement regarder la liste des exclus [des universaux], on voit, en effet, s’esquisser en creux un système fondé sur un jeu subtil de distinctions entre points de vue ontologique, épistémique et linguistique." p. 208
- Je sens que tu fatigues...
- Oui, nous avons vu l'essentiel me semble-t-il, il est temps de passer à l'école Porrétaine.
- Amen.
Hari
Note 1 :
Ce qui nous ramène à mon étonnement matinal (voir cette note dans #25) que Foucault n'ai pas fait le rapprochement entre le système des signatures à la Renaissance et le mouvement philosophique au Moyen Âge : là où il indique une rupture radicale, je ne vois que la continuité d'une querelle millénaire.
Je relève également la similitudo substantialis de Boèce. C'est la seconde similitude que nous cueillons dans ce texte et je m'étonne encore une fois du silence de Foucault, parlant du système des signatures et des similitudes à la Renaissance sans y faire référence...
Note 2 :
Nous avons pu définir cet automatisme de répétition à partir d'une réflexion concernant les groupes d'homologie. Ce qui nous a conduit à identifier un principe de répétion en mode ♢.
La métaphore topologie se développe autour du concept de "simplexe" ∆.
Pour prolonger la discussion avec Foucault : toutes les "révolutions" que nous identifions, Platon/ Aristote; Aristote/ el Fârânî ; Reales/ Nominales etc.; tournent autour de fractures indépassables et parfaitement repérées dans le langage mathématique, donnant lieu à des choix axiomatiques.
En particulier; nous nous intéressons ici à la césure (diachronique) entre :
Une métaphore pour comprendre l'irréductibilité de ℕ à ℝ : la démarche de Cantor.