Convergences

Publié le par Hari Seldon

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Il n’y a pas de direction privilégiée pour observer l’origine de l’univers : le bruit de fond émanant du Big Bang initial (d’une longueur d’onde de 21 cm) provient de toutes les directions. C’est normal puisqu’à l’origine il n’y avait qu’un point, qu’une singularité et que nous sommes toujours dedans, d’une certaine manière.

De même, me semble-t-il, si l’on s’attache à remonter le fil de nos représentations, à ce qu’elles ont de plus ancré en nous, si par l’introspection, en faisant l’épochè du monde extérieur comme de notre « Moi », nous remontons à la racine du « Je » transcendantal de Husserl, il ne faut pas s’étonner d’y retrouver l’état d’« Éveil » du bouddhiste qui a pu contempler la vacuité, ou bien le derviche tourneur, axe du Monde, ou encore de l’Empereur chinois autre axe du monde planté entre Ciel et Terre, qui doit rester droit, même ivre, baigné d’une lumière sans ombre portée.

Les schèmes par lesquels les différentes sociétés expriment leur expérience doivent présenter une certaine similitude, puisque avant tout, l’humanité provient d’une même souche, ou à tout le moins, que les hommes sont tous des êtres parlants. C’est ainsi que les drames humains peuvent se résumer à quelques archétypes, reproduits de génération en génération (par exemple le complexe d’Œdipe pour les Occidentaux). Le « connais-toi toi-même » de Socrate est un vieil adage plus profond qu’il n’y paraît.

Ceci pour répondre à une réflexion que Fred m’a faite il y a quelques jours et qui m’avait donné à réfléchir. Nous parlions de mon désir de suivre une analyse (pour en faire l’expérience, et pouvoir en parler en initié et non plus de l’extérieur). Pour Fred, ce désir était avant tout nombriliste et pour tout dire une occupation bien vaine, tandis que le monde extérieur a bien d’autres préoccupations plus urgentes. Je pense au contraire qu’il s’agit d’une préparation nécessaire pour qui s’occupe de schématiser le comportement humain : il faut rechercher le plus loin possible à l’intérieur d’un individu ce qui sera le plus universel possible.

De plus le résultat sera d’autant meilleur qu’il paraîtra à tous évident (l’important c’est le « à tous »), banal. Et le commentaire sera alors : « tout ça pour ça ? ».

C’est une autre façon de répondre comme Voltaire : « le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement, comme il l’a fait. Car il a peint la nature humaine. » En réponse à Pascal : « le sot projet que Montaigne a de se peindre ».

Pense-bête 1 :

Rapprochement entre la structure absolue et « la pensée chinoise » de Marcel Granet.

 Les figures du Yin et du Yang figurent une alternance perpétuelle entre les valeurs qu’elles symbolisent. C’est, au-delà du principe du plaisir de Freud, comme le commente Lacan, le principe d’alternance qui est premier.

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« Le Ming t’ang (p. 90) constitue une prérogative proprement royale et la marque d’un pouvoir solidement établi. C’est une Maison du Calendrier, où l’on voit comme une concentration de l’Univers. Édifiée sur une base carrée, car la terre est carrée, cette maison doit être recouverte d’un toit de chaume, rond à la façon du Ciel. Chaque année et durant toute l’année, le souverain circule sous le toit. En se plaçant à l’orient convenable, il inaugure successivement les saisons et les mois... ». Par des moyens symboliques, l’empereur règne sur le monde au moyen des images qu’il transmet.

Mieux : à chaque dynastie, les symboles pertinents sont redéfinis (voir à ce sujet la théorie musicale des chinois et la redéfinition des rapports des douze tubes par l’initiateur d’une dynastie). Voir page 203 : « Sous la dynastie des Yin,…, on divisait les unités en 8 sections. Les Tcheou adoptèrent la division par 9. »

Le centre du dallage du Ming t’ang représente l’élément terre, symbolisé par le chiffre 5, à la croisée de deux axes perpendiculaires : Nord/yin/humide/eau – Sud/Yang/feu et Est/bois – Ouest/ métal. L’empereur, à la verticale entre Terre et Ciel est ainsi une image de l’axe entropique qui s’élève au centre du modèle sénaire d’Abellio, à la croisée des deux axes horizontaux.

Pense-bête 2 :

Lecture du colloque de Cerisy : Abellio et la phénoménologie transcendantale de Husserl par Michel Camus page 199. Il y a me semble-t-il une similitude entre la démarche de Husserl et la voie bouddhiste.

Michel Camus écrit :

« La « réduction phénoménologique » ou épochè est l’acte sacrificiel le plus absolu qui soit. Ce n’est pas du jour au lendemain que le regard de la conscience naturellement naïve conquiert le pouvoir de tout mettre entre parenthèses : la vision de son propre corps et son moi psychologique, les pensées et les émotions, la mémoire, l’imagination, les mots, les concepts, les idées, les objets et les contenus de conscience, bref, l’être humain tout entier ainsi que tout l’univers (cosmologique, quantique, cybernétique et autres), y compris tout le langage. »

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Cette démarche « engage l’homme à se transformer jusqu’à mourir à soi-même pour se délivrer de soi ».

Comment ne pas faire ici le parallèle avec l’aspiration du bouddhiste à contempler la vacuité ?

Cette démarche est également suivie, quoique dans un but différent par Maître Eckhart :

« Il faut briser la coque pour que puisse sortir ce qui est dedans » (sermon 51).

C’est également la démarche des kabbalistes qui suivent la voie de l’arbre de vie des sephiroth. En effet, lorsque L’initié franchit le troisième voile (vers le haut de l’arbre de vie), il atteint sa nature divine, mais perd sa propre individualité : c’est le domaine de l’extase mystique (voir ici).

Bref tout est dans tout et vis versa.

Bonne rumination.

 

Hari.

une petite denière pour la route :

Tout est lié et uni en un même tout…au point qu’il est facile de voir que tout est un … "(extrait du Zohar).

Publié dans philosophie

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