20 Mai 2026
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Le 20/ 05/ 2026 :
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Prolégomènes à toute métaphysique future.
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DEUXIÈME PARTIE— de XXVIII à XXXIX
Comment la physique pure est-elle possible.
- Nous sommes ici à la charnière des Blocs 2 et 3 définis à l'article #4 :
Bloc 2 – Déploiement de la physique pure à partir des principes (XXIII–environ XXX)
XXIII et suivants : Application de la table des principes :
Ces sections montrent comment chaque type de jugement et de catégorie fournit un principe transcendantal qui fonde les lois les plus générales de la physique newtonienne, mais seulement pour les phénomènes.
Ce bloc déploie la charpente du Bloc 1 et montre concrètement comment elle soutient une «physique pure» (dans le sens newtonien) comme science synthétique a priori.
Bloc 3 – Limites de la physique pure et transition vers la métaphysique (fin de la Deuxième partie, jusqu’à la veille de la Troisième partie, avant XXXIX)
Dans les sections finales de la Deuxième partie (numéros immédiatement avant XXXIX), Kant :
Ce bloc sert de charnière : il ferme le dossier «physique pure» (nous savons désormais comment elle est possible) et ouvre le terrain où la métaphysique devra être repensée à partir de ces limites (Idée psychologique, cosmologique, théologique, etc.)." (lien)
Après avoir présenté et explicité en quoi ses 3 tables sont nécessaires et suffisantes, Kant va montrer que si Hume fut un initiateur, il s'en écarte cependant.
"XXVIII : C'est ici le lieu de saper le doute de Hume par sa base. Il affirmait avec droit que nous ne voyons d'aucune manière par la raison la possibilité de la causalité, c'est-à-dire du rapport de l'existence d'une chose à l'existence de quelque autre chose qui est posée par celle-là nécessairement." p. 95
Kant explique ici que Hume a raison sur un point précis (on ne voit pas la causalité par la raison), mais qu’il a tort de conclure que la causalité n’est qu’une habitude psychologique : des notions comme causalité et substance sont bien a priori, mais ne valent que pour organiser l’expérience possible, pas pour parler des choses en soi.
Je voudrais que tu remarques la modernité du propos, qui rejoint l'interprétation de l'école de Copenhague à la suite de Bohr, contre Einstein; ainsi du reste que les recherches récentes en neurologie du cerveau (J.P. Changeux). L'expérience seule ne conduit pas à la compréhension des "lois naturelles"; ni par accumulation ni par "abstraction". La compréhension d'un phénomène passe par une confrontation de l'expérience au langage, ce que nous repérons sur le cross-cap par le circuit (1)-(2) ou ↻/ ↻ de Kant. Et dans le processus, le phénomène est un rapport du Sujet à l'Objet : Kant l'avait théorisé, l'expérience quantique l'a constaté.
L'hypothèse des quanta de Planck ne s'est pas imposée par l'expérience, mais en réponse à une impossibilité mathématique (la catastrophe de l'ultraviolet); donc propre au langage utilisé pour exprimer le rayonnement du corps noir. Et la réponse avait la structure de la forme canonique : le quanta existe de n'être pas une onde (double inversion); soit une manipulation Imaginaire, et non une abstraction de l'expérience.
- Tu insistes bien lourdement ?
- Oui parce que l'avenir — jusqu'à présent— donne raison à Kant, ce qui fait que tous les efforts qu'il déploie pour justifier son approche rendent la lecture de ce qui suit un peu fastidieuse. Je passe par Perplexity pour aller plus vite :
— 🤖 : XXIX : Kant dit ici : nous n’avons aucune idée de la manière dont les choses «en soi» sont liées comme substances, causes ou parties d’un tout, mais nous avons dans notre entendement des formes de liaison (issues des types de jugements) qui imposent aux phénomènes des notions comme substance, cause, commerce, et c’est cette subsomption qui rend l’expérience possible [...]. (voir ici)
XXX : Kant montre ici comment, à partir de la forme logique du jugement hypothétique, on passe d’une simple conjonction empirique («après A, B») à une loi nécessaire et universelle, et donc à la notion de cause, qui vaut non pour les choses en soi mais comme forme de l’expérience.
1. Point de départ : la « crux philosophorum »
• Hume fait de la notion de cause une «notion problématique», un casse-tête pour les philosophes («crux philosophorum»), car on ne voit pas d’où lui vient sa nécessité.
• Kant propose «d’expérimenter» cette notion en partant de la forme logique du jugement conditionnel (hypothétique) : «si A alors B». Cette forme nous est donnée a priori par la logique, indépendamment de toute expérience.
Donc : avant même de parler de causalité dans le monde, nous avons dans notre entendement la forme d’un jugement où une proposition joue le rôle de principe, l’autre de conséquence.[...] (voir ici)"
XXXI : Kant dit ici que les catégories (les «notions intellectuelles pures») ne veulent rien dire si on les applique aux choses en soi ; elles ont un sens et une validité uniquement comme formes a priori de l’expérience possible, ce qui permet de répondre à Hume en conservant l’a priori tout en limitant strictement son usage aux phénomènes.[...] (voir ici)
- À noter que Kant introduit ici le concept de "noumène" en opposition au "phénomène", pour un usage ultérieur.
"Les notions intellectuelles pures n'ont donc absolument aucune signification si elles désertent les objets de l'expérience et veulent être rapportées aux choses en soi (noumena) ." p. 98
—🤖: XXXII : Kant explique ici que sa critique donne enfin un critère clair pour la métaphysique : les dogmatiques comme les partisans de la «saine raison» ont parlé au hasard au-delà de l’expérience, sans examiner les conditions et les limites de l’entendement pur, et ils se trompent même quand ils prétendent rester dans le champ de l’expérience.[...] (voir ici)
- Ensuite, Kant commence à faire le lien entre physique et métaphysique :
"XXXIII : Déjà dès les temps les plus reculés de la philosophie des scrutateurs de la raison pure avaient conçu en dehors des êtres sensibles ou des phénomènes (phænomena) qui constituent le monde sensible, des êtres intelligibles particuliers (noumena) qui doivent composer un monde intelligible; et comme ils tenaient le phénomène et l'apparence (Scheim) pour identiques (ce qui était bien pardonnable à un âge encore grossier), ils n'accordèrent de réalité qu'aux êtres intelligibles .
Il revient :
Je rappelle pour mémoire les deux schémas en présence :
| Platon | Aristote | |||||||
| idées | [⚤]♡ | ← | [♻]♡ | ♡⚤ | │ | ♡♻ | Actuel | |
| séparer | ─ | ⤡ | ─ | ↑ | ⤡ | ↑ | Abstraire | |
| sensible | [⚤]♧ | ← | [♻]♧ | ♧⚤ | │ | ♧♻ | Potentiel | |
| multiple | Un | de rem | in re | |||||
- Mais où se trouve le noumène ?
- Dans la jointure [⚤]♡/[♻]♧ chez Platon ou ♧♻/♡⚤ chez Aristote, qui se retrouve d'ailleurs chez Kant :
| Sujet | ♡⚤—[⚤]♡ | [#]♡ (4)→ |
[♻]♡—♡♻ | nature |
| mathématique | (1)↑♢⚤ | ⤡⤡ | (3)↓♢♻ | |
| phénomène | ♧⚤—[⚤]♧ | [#]♧ ←(2) |
[♻]♧—♧♻ | Observable |
| signifiant | noumène | Objet |
- Les schémas évoluent, mais le rapport du Sujet à l'Objet est toujours d'actualité !
- Oui, et ce depuis la nuit des temps. C'est un lien nécessaire au chasseur embusqué dans l'espérance de sa proie. Et chacun d'entre nous passe par une phase d'apprentissage de la permanence de l'objet, comme Freud l'a constaté en voyant le petit Ernst jouer au fort/da. L'apport de Kant par rapport à Platon ou Aristote est précisément le lien tissé entre l'expérience ⇆ et sa représentation ⇅. Lien redoublé —signe du passage du ruban de Moébius au cross cap— puisqu'il est commun à la physique et la métaphysique. (Note 1)
- Faut-il voir une dualité : observable—[♻]♧/♧♻—noumène ?
- Ça me paraît en tout cas une hypothèse séduisante par sa simplicité, c'est ce qu'il reste à vérifier.
"Dans le fait, si nous considérons les objets des sens, ce qui est permis, comme de simples phénomènes , nous reconnaissons par là toutefois qu'une chose en soi leur sert de fondement, quoique nous ne sachions pas ce qu'elle est, mais que nous n'en connaissions que le phénomène, c'est-à-dire la manière dont nos sens sont affectés par ce quelque chose d'inconnu . L'entendement donc, par cela qu'il admet des phénomènes, reconnaît également l'existence de choses en soi, et à ce titre on peut dire que la représentation d'êtres, qui sont la base des phénomènes, d'êtres purement intellectuels par conséquent, est non seulement légitime, mais encore inévitable." p. 102
- On ne peut pas être plus clair me semble-t-il.
"Notre déduction critique n'exclut point de pareilles choses (noumena), mais elle restreint plutôt les principes de l'esthétique à ce point, de ne pas s'étendre à tout, ce qui convertirait toute chose en simple phénomène, mais de n'avoir de valeur légitime que pour des objets d'une expérience possible." p. 102
Nous retrouvons ici l'esthétique à la manoeuvre dans l'analyse des noumènes.
— 🤖 : "[...] Au niveau transcendantal (Critique de la raison pure)
- Et tu la placerais en ♢♻?
- Cette place est bien vide pour l'instant. C'est une hypothèse encore fragile à ce moment de notre lecture, mais avoue que cela offrait un duo intéressant :
=> mathématique—♢♧/♢♻—esthétique, qui se développerait en esthétique transcendantale dans le mouvement (3)—(4).
— 🤖: XXXIV : Dans ce passage, Kant explique que nos concepts purs de l’entendement (substance, cause, réalité, etc.) sont captieux au sens où ils nous induisent subrepticement en erreur : ils ont l’air de parler des choses en soi, alors qu’ils ne valent légitimement que pour l’expérience possible. (voir ici)
- Nous avons ici la confirmation de la position en♢♧ des concepts purs de l'entendement, en lien avec les phénomènes.
— 🤖 : XXXV : Kant rappelle ici deux résultats essentiels de la Critique de la raison pure :
- Bis repetita placent : je n'insiste pas, nous en sommes déjà persuadés.
"XXXVI : L'imagination est peut-être excusable s'il lui arrive parfois de délirer, c'est-à-dire de ne pas se renfermer prudemment dans les limites de l'expérience, car au moins elle est animée et fortifiée par un libre saut, et il lui sera toujours plus facile de modérer son audace que d'exciter sa langueur. Mais que l'entendement, qui doit penser, délire au contraire, c'est ce qu'on ne peut jamais lui passer; car sur lui seul se fonde tout l'espoir de mettre autant que possible des bornes au délire de l'imagination." p. 105
- Kant précise le rôle de contrôle de l'expérience : il annonce Popper mezza-voce.
- Il y a quand même une méconnaissance profonde de l'imagination dans l'entendement.
- Oui : nous sommes encore au temps de la raison triomphante, au Siècle des lumières, et si Kant ouvre la voie à l'étude de l'homme ,selon Michel Foucault, il n'est pour l'heure qu'un "être de raison" dans le discours philosophique...
Le plus intéressant ici est l'idée que l'imagination "déborde" l'entendement, pour être ensuite bridé par ce dernier. (Note 2)
"C'est ce qu'il [l'entendement] entreprend avec beaucoup de retenue et de modestie. Il commence par tirer au clair les connaissances élémentaires qui peuvent résider en lui avant toute expérience, mais qui doivent néanmoins avoir toujours leur application dans l'expérience. II oublie peu à peu ces limites; qu'est-ce qui pourrait l'en empêcher, puisque entièrement libre, il a tiré ses principes de lui-même ? Il va donc, pour commencer, à des forces nouvellement imaginées dans la nature, bientôt après à des êtres en dehors de la nature, en un mot à un monde pour l'édification duquel nous ne pouvons manquer de matériaux, puisqu'une féconde imagination en fournit abondamment, et que si l'expérience ne confirme pas l'œuvre, elle ne la contredit jamais. Telle est aussi la raison pour laquelle de jeunes penseurs se passionnent pour la métaphysique d'une manière toute dogmatique, et lui consacrent souvent leur temps et des talents d'ailleurs précieux." p. 105
- Là, il s'agit bien entendu du développement d'un concept hors du contrôle de l'expérience, ce que Kant appelle "dogmatisme", mais sous le contrôle de l'expérience, le processus peut être utile.
- Certes, mais ce n'est pas à cette utilité que s'arrête Kant, il s'attaque ici à la "raison pure", c.-à-d. sans retour d'expérience.
"Mais il ne peut servir à rien de vouloir modérer ces tentatives infructueuses de la raison pure en rappelant sur tous les tons la difficulté de la solution de questions si profondément obscures sur les limites de notre raison, et de nous ramener des assertions à de simples présomptions. En effet si l'impossibilité n'en est pas clairement établie , et si la connaissance de la raison par la raison ne devient pas une vraie science où le champ de son usage légitime soit distingué avec une certitude pour ainsi dire géométrique du champ de son usage vain et stérile , ces efforts impuissants ne seront jamais abandonnés." p. 106
Ce qui justifie son programme de Critique de la Raison pure, et entame le Bloc 3 de de ce chapitre, à savoir la nécessité d'établir les conditions transcendantales de toute métaphysique.
Et il entame par la nature, que nous avions eu quelques difficultés à placer en ♡♻. (cf. #4 — de l nature)
"XXXVII : Comment une nature même est-elle possible ?
Cette question, qui est le point le plus élevé que la philosophie transcendantale puisse jamais atteindre, et auquel elle doit aussi être conduite comme à ses limites et à son achèvement, en contient proprement deux.
Je suis tenté de voir la jointure de la nature sur le phénomène comme duale de la double liaison du Sujet sur l'Objet, présentée plus haut :
| Sujet | ♡⚤—[⚤]♡ | [#]♡ (4)→ |
[♻]♡—♡♻ | nature |
| mathématique | (1)↑♢⚤ | ⤢⤢ | (3)↓♢♻ | |
| phénomène | ♧⚤—[⚤]♧ | [#]♧ ←(2) |
[♻]♧—♧♻ | Observable |
| signifiant | noumène | Objet |
Seulement, cette fois-ci les chemins (4)—(1) et (2)—(3) mêlent joyeusement physique et métaphysique, ce qui rend le discours un peu plus délicat.
- On retrouve des discussions entamées par Platon et Aristote...
- Oui, oui, bien entendu, mais nous n'allons par rependre ici toute l'histoire. Tentons ce rapprochement (à discuter, bien entendu) :
En résumé : notre entendement nous pousse à supposer que les phénomènes sont intelligibles parce qu'ils procèdent d'une "nature" commune, et réciproquement, la cohérence des phénomènes connotent l'existence d'une nature commune.
"La proposition principale même, qui fait l'objet de toute cette section, à savoir que des lois universelles de la nature peuvent être connues a priori, conduit déjà d'elle-même à la proposition: que la législation suprême de la nature doit se trouver en nous [i.e.: (4)—>(1)], c'est-à-dire dans notre entendement, et que nous n'en devons pas chercher les lois universelles en partant de la nature par le moyen de l'expérience, mais que nous devons au contraire chercher la nature de leur légitimité universelle en partant uniquement des conditions de la possibilité de l'expérience qui sont dans notre sensibilité et notre entendement.
[...]
nous devons distinguer les lois empiriques de la nature, qui supposent toujours des perceptions particulières, des lois pures ou universelles de la nature qui, sans se fonder sur des perceptions particulières, contiennent simplement les conditions de leurs liaisons nécessaires dans une expérience; par rapport à ces dernières, la nature et l'expérience possible sont tout à fait la même chose [i.e.: (2)—>(3)]." p. 109
La conclusion fondamentale étant que :
"l'entendement ne tire pas ses lois (a priori) de la nature, mais qu'il les lui impose." p. 110
Ensuite, Kant donne ensuite quelques exemples.
— 🤖 : "XXXVIII : Kant veut montrer ici que certaines lois qui nous paraissent «dans les choses» (géométrie, gravitation) sont en réalité des expressions de la façon dont notre entendement structure l’espace et l’expérience.[...]) (ici le lien)
Pour terminer sur les catégories, que nous avons déjà situées en ♢♧ :
— 🤖 : "XXXIX : Kant expose ici l’idée suivante : pour la première fois, il construit un véritable système des catégories, au lieu de la «rhapsodie» sans principe héritée d’Aristote, et il en déduit leur nombre, leur structure et leur usage à partir d’une source unique : les fonctions du jugement.[...]) (ici le lien)"
- Pressé d'en finir ?
- Oui : nous sommes ici dans le détail que ce qui a déjà été vu; et j'ai hâte de passer à la métaphysique.
- Amen.
Hari
Note 1 :
- J'ai en tête une refonte complète de notre syntaxe de l'entropologie, avec un modèle sur Blender de notre cross-cap, qui m'occupe particulièrement l'esprit en ce moment.
J'ai donc cherché rapidement l'origine précise de ce concept chez Lacan (voir ici), et je suis tombé sur cette idée d'une extension d'un ruban de Moebius par une "coupe" contenant en son centre l'objet "a".
Il est clair que si j'ai récupéré ce cross cap, la position centrale [#]♢ ne peut en aucun cas correspondre à l'objet petit "a"; que je verrais bien, par contre en [♻]♧/♧♻.
La place [#]♢ est beaucoup plus prometteuse que cela : j'y pense comme étant le point de passage entre les deux faces de l'espace évoquées par Alain Connes; le point d'inversion d'un tenseur, la rencontre entre le bra 〈 | et le ket | 〉 de Dirac.
Je le note ici pour faire plus tard le lien avec Kant, mais nous y reviendrons en détail, bien entendu.
Note 2 :
- Je ne vais pas insister aujourd'hui, mais cela a un petit air de démarche cohomologique : un foisonnement covariant des possibles maîtrisé par une "co-chaîne" contravariante ...