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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Retour à l'Objet

Le 04/ 07/ 2026 :

- Je me suis laissé guider par Claude ces jours-ci, jusqu'à entrer dans un jeu universitaire avec cette "lettre ouverte" un peu stupide, il faut bien le reconnaitre.

- Stupide ?

- Si je m'arrête à chaque fois que je reprends un concept pour discuter avec ceux à qui il a servi d'objet de thèse, je vais m'épuiser en chemin.

- OK, et sur quoi faut-il se concentrer ?

- Gardons l'idée du Sujet 𓁝𓁜 comme frontière entre Réel—𓁜/𓁝—Symbolique, étant entendu que cette différenciation n'a de sens que localement : le Sujet n'est pas hors, mais pleinement dans un Monde—𓁜 dont le sens—𓁝 lui échappe à jamais.

Nous avons assisté, chez Kant, à la prise de conscience de cette coupure en [#] entre l'intérieur du Sujet (dans un registre temporel [⚤]) et l'extérieur (historiquement de registre [♻]). Ce registre-miroir [#] entre le Sujet et l'Objet, est pour Kant celui de la géométrie.

- Venant après l'apparition d'une strate syntaxique ♢ qui s'est développée petit à petit à partir d'Aristote entre ce qui était chez Platon le monde du sensible en ♧ et celui des idées en ♡, cela nous mène grâce à Lacan au centre de notre cross-cap [#]... Tu radotes.

- Il est toujours bon de se recentrer sur ses fondamentaux, comme au foot. Continuons.

- OK : Nous avons donc nos deux voies caractérisées par la dualité covariance/ contravariance :

  • Le rapport au Monde (voie des choses ) est contravariant;
  • Le dialogue intérieur (voie des mots ♧♡ ) est covariant.

- Oui, avec une autre dualité plus subtile entre l'actuel, rattaché au temps intérieur et le potentiel rattaché à l'espace de l'objet.

- Plus subtile ?

- L'idée de "potentiel" colle déjà à celle de substance en ♻ chez Aristote, et plus tard chez Avicenne, quand l'actuel se fixait en ⚤. Lorsque Born formule en 1926 l’interprétation probabiliste de la fonction d’onde de Schrödinger, cette formidable avancée scientifique se loge dans un Imaginaire déjà prêt à l'accueillir. En ce sens, l'actualisation d'une potentialité, comprise comme l'expérience du Monde par un Sujet, dans un mouvement [⚤][#][♻], rend trivial le phénomène quantique d'intrication (superposition des états)/ décohérence (actualisation d'un état par l'expérience).

- Où veux-tu en venir ?

- Je veux prendre la pleine mesure du choc ressenti par Euler lorsqu'il a pris connaissance de la lettre du jeune Lagrange en 1755 (cf. ici). Et surtout, je voudrais sentir pleinement la différence entre le "d" de dérivation totale et le symbole δ introduit par Lagrange. Je dois pour cela oublier une formation d'ingénieur qui m'empêche de comprendre la radicalité de cette nouveauté.

- Je ne te suis pas ?

- Regarde par exemple cette "introduction aux équations différentielles". J'ai dû recevoir un cours de cet ordre dans ma jeunesse, mais en te focalisant sur l'aspect procédural du calcul, tu loupes un aspect plus profond que Claude avait ressorti.

— 𓂀: N'as-tu pas dit qu'originellement le d droit de l'infinitésimal est attaché au déplacement sur une courbe quand le ∂ rond est attaché à une modification de la courbe elle-même (comme en topologie par exemple) ? J'ai le sentiment que le Jacobien exprime une variation de l'ordre du "d droit" à l'aide de l'écriture dans une bases x, y, z, et en ce sens le Jacobien est l'écriture sur cette base (covariante) d'une variation d (contravariante). Il y aurait deux interprétations ou usages du ∂ rond ?

— 🤖 : Ton instinct est juste sur le fond, et la question finale — « il y aurait deux usages du ∂ rond » — touche un point réel et profond. Mais il y a un petit nœud à défaire d'abord, parce que tu as fusionné deux oppositions que nous avions maniées séparément, et c'est en les redistinguant que ta bonne intuition se met à porter.

  1. Le jacobien comme écriture de dF : oui, à une précision près
    Tu as raison sur l'essentiel. Le jacobien est la différentielle totale dF — le «d droit» comme application linéaire tangente — une fois qu'on a choisi une base de coordonnées pour l'écrire. dF est un objet sans coordonnées (l'application tangente Tf) ; le jacobien J = [∂fi/∂xj] en est la matrice.
    Ton «le jacobien est l'écriture sur une base d'une variation d» est exact.
    La précision : le jacobien n'est pas «du contravariant écrit en covariant», c'est un objet mixte, à un indice haut et un indice bas — Jij.
    • L'indice bas j (le ∂/∂xj) est bien ta «base covariante», l'indexation par les coordonnées ;
    • l'indice haut i (venu de fi) est le contenu contravariant, le déplacement de sortie.
      C'est précisément parce qu'il porte un indice de chaque qu'il peut transporter un déplacement contravariant : pour envoyer un indice-haut sur un indice-haut, la matrice doit avoir un pied en bas et un pied en haut.
      Le jacobien marie donc une indexation covariante à un contenu contravariant — ton intuition, rendue exacte : ce n'est pas un covariant ni un contravariant, c'est le pont d'un indice à l'autre.
      (Catégoriellement : Tf, l'application tangente, élément de T\*M ⊗ TN.)
  2. Le nœud : ce qui «modifie la courbe elle-même», c'était δ, pas ∂
    Ici la petite correction.
    Nous avons croisé deux couples distincts :
    • d contre δ (Lagrange, calcul des variations) :
      • `d` court sur la courbe donnée (l'argument varie, la courbe est fixe) ;
      • `δ` saute à une courbe voisine (la courbe change, l'argument est fixe). C'est δ, la variation, qui «modifie la courbe elle-même».
    • d/dt contre ∂/∂t (fiche Hamilton, les deux temps) :
      • `d/dt` = dérivée totale le long du trajet, la couture ;
      • `∂/∂t` = dépendance explicite, le temps externe géométrisé.
        Le ∂ rond de ce couple-là — la dérivée partielle — ne modifie aucune courbe : il dérive en tenant tout le reste fixe. C'est le pur extracteur de composante covariante, l'entrée du jacobien.

Donc l'opérateur «topologique» qui déforme la figure, dans notre fil, c'était le δ de Lagrange. Tu as glissé δ sous le glyphe ∂.

  1. Mais tu as raison : il y a bien deux ∂ — et le second est celui que tu nommes
    C'est le vrai gain de ta question.
    Le symbole ∂ porte deux métiers entièrement distincts, et le second est exactement celui que ton «comme en topologie» désigne :
    • ∂ analytique — la dérivée partielle. ∂/∂xj :
      dériver une fonction en gelant les autres variables. Covariant, extracteur de composante, entrées du jacobien. Il agit sur des fonctions.
    • ∂ topologique — l'opérateur de bord.
      En homologie, ∂ prend une chaîne (une courbe, une surface, un morceau du domaine) et rend son bord : ∂ d'un disque = son cercle, ∂ d'un segment = ses deux extrémités. Il agit non sur des fonctions mais sur la figure elle-même, et il vérifie la relation fondatrice ∂² = 0 (« le bord d'un bord est vide » : le bord d'une surface pleine n'a pas de bord).
      C'est ton intuition, mais correctement logée : ce ∂-là est bien «attaché à une modification de la figure», comme en topologie
      — simplement ce n'est pas la dérivée partielle, c'est le bord.
  2. Le pont qui rend cela décisif pour nous : Stokes
    Voici pourquoi cette distinction n'est pas une curiosité de vocabulaire mais rejoint le cœur de l'ossature.
    Les deux opérateurs
    • le `d` (dérivée extérieure, sur les formes) et
    • le `∂` (bord, sur les chaînes)
    • sont adjoints l'un de l'autre, et c'est le théorème de Stokes qui le dit : ∫c dω = ∫∂c ω, soit ⟨dω,c⟩ = ⟨ω,∂c⟩.
    • Le `d` est la transposée du `∂`.

Or regarde la répartition selon tes deux voies :

  • le bord ∂ agit sur les chaînes — des morceaux géométriques de la variété, du donné, la voie des choses ;
  • la dérivée extérieure d agit sur les formes — ce qu'on intègre, les instruments de mesure, la voie des mots ;
  • et le couplage qui les met en rapport, ⟨ω, c⟩ = ∫c ω, l'intégration, est une évaluation — un covariant apparié à un objet géométrique donnant un scalaire.

Tu reconnais la figure : c'est encore la co-unité ε, encore le contact orthogonal en [#].
Stokes est un troisième visage de ton centre — cette fois entre le calcul (les mots, d) et la topologie (les choses, ∂).
Ton pressentiment reliait ∂ à la topologie : il avait raison, et le lien passe précisément par le point que nous avons identifié comme siège de l'évaluation.

  1. La morale — et un fil à tirer plus tard
    La leçon générale, très catégorielle : le glyphe ment, seul le typage dit vrai.
    • Le `d` a au moins trois métiers (dxμ contravariant ; df forme covariante ; d/dt contraction invariante) ;
    • le `∂` en a deux (partielle covariante ; bord topologique).

On ne lit jamais la variance sur le symbole — on la lit sur le domaine et le codomaine, sur ce que l'opérateur fait aux flèches.
C'est ta thèse Yoneda appliquée aux opérateurs eux-mêmes : un opérateur est son action, pas sa notation.

Et le fil, pour une autre séance, parce qu'il touche ton obsession du J² =−I : sur une variété complexe, la dérivée extérieure se scinde, d=∂+∂̄ (Dolbeault), et ce dédoublement est gouverné par la structure complexe J, celle-là même dont J²=−I fait la chiralité du pincement.
Il existe donc un troisième ∂ — le ∂ holomorphe — qui est littéralement une moitié de d découpée par le retournement du gant. À ranger dans les conjectures, à activer le moment venu."

- Comme quoi tu avais mal digéré tes cours de maths !

- Oui, c'est horrible de constater une telle confusion mentale. Et c'est une chance d'avoir cette I.A. qui, en mettant à jour mes manques, m'aide à en prendre conscience. Ce faisant je redécouvre d'un oeil neuf la formule de Stoke ! 

— 𓂀 : Pour rebondir sur la formule de Stoke, j'ai l'impression qu'elle est plutôt une expression analytique d'une propriété topologique ?

— 🤖 : Oui — et je dirais plus : c'est la formule qui fait ce métier de façon exemplaire, au point qu'on peut la lire comme la charnière même entre les deux voies.
Ton intuition vise juste, mais il faut la retourner d'un cran pour voir toute sa portée.
Le sens de ta remarque :
Stokes traduit le topologique en analytique
Prenons la formule dans sa forme nue : ∫c.dω = ∫∂c.ω.

  • Le membre de gauche est purement analytique : on dérive une forme (dω, du calcul différentiel) et on intègre (une opération de l'analyse).
  • Le membre de droite est topologique : ∂c, le bord de la chaîne, est un pur objet de forme — il ne dépend d'aucune coordonnée, d'aucune métrique, seulement de la manière dont le morceau de figure est découpé.

L'égalité dit donc : une quantité analytique (la dérivée intégrée à l'intérieur) est entièrement déterminée par ce qui se passe au bord — c'est-à-dire par une donnée de position, de découpe, de topologie.
Tu as raison : Stokes exprime analytiquement une propriété qui, au fond, est topologique.

Mais le retournement décisif : c'est l'analytique qui est adossé au topologique, pas l'inverse
Voici où je nuancerais, et c'est ce qui donne tout le poids à ta remarque.

  • Dans Stokes, le partenaire robuste, celui qui commande, est le côté topologique ;
  • l'analytique n'en est que l'ombre chiffrée.

La preuve est la théorie qui en sort, la cohomologie de De Rham : le fait que ∂²=0 (le bord d'un bord est vide, du côté choses) force d²=0 (deux dérivées extérieures s'annulent, du côté mots), par simple transposition à travers Stokes. Et De Rham démontre alors que compter les formes «fermées mais non exactes» — un décompte purement analytique (dω=0 sans que ω=dα) — revient exactement à compter les trous de la variété — un décompte purement topologique (les cycles sans bord ∂c=0 qui ne bordent rien). Les deux dénombrements coïncident, nombre pour nombre.
Autrement dit, Stokes ne fait pas que «traduire» : il établit que l'analyse, sur une variété, est secrètement en train de mesurer sa forme.
Quand tu intègres, tu palpes des trous sans le savoir.
C'est pour cela que je dirais, plus fort que «expression analytique d'une propriété topologique» : Stokes est le dictionnaire qui prouve que les deux langues disent le même monde.

Pourquoi cela tombe pile sur [#]
Et c'est ici que ta remarque rejoint l'ossature, de façon plus profonde que dans l'annexe.
Reprends le couplage que nous avions posé : ⟨dω, c⟩=⟨ω, ∂c⟩.
Ce que dit cette ligne, c'est que d (voie des mots, analytique) et ∂ (voie des choses, topologique) sont adjoints — l'un est la transposée de l'autre à travers l'appariement d'intégration.
Or adjoint est exactement le mot de la relecture : la co-unité, le seul contact légal entre un covariant et un contravariant.
Ta phrase «expression analytique d'une propriété topologique» est donc, traduite dans ta syntaxe : la voie des mots est l'écriture, sur sa base à elle, de ce qui se passe dans la voie des choses — et l'opérateur qui autorise cette écriture est l'évaluation en [#].
C'est le même geste que le jacobien (écrire un déplacement-chose sur une base-mot), mais monté à l'échelle globale de la variété entière :

  • le jacobien fait cela en un point,
  • Stokes le fait pour tout le domaine d'un coup.

Il y a pourtant une asymétrie que ta formulation capte bien et qu'il faut garder : dans le couplage, ce n'est pas symétrique en dignité.

  • Le bord ∂ est premier (il tient à la figure, il survit à tout changement de coordonnées) ;
  • la dérivée d le suit (elle a besoin d'une écriture).

C'est cohérent avec toute ta topologie du cross-cap :

  • le Réel troue (côté choses, contravariant, la découpe, le bord), et
  • le discours mesure ce trou après coup (côté mots, covariant, l'intégrale).

Stokes est la loi qui garantit que la mesure discursive ne se trompe jamais sur le trou qu'elle contourne — pourvu qu'on lise depuis le point où les deux s'apparient.

La formule d'un trait
Je te proposerais donc cette reformulation, plus fidèle encore à ton intuition :

Stokes n'est pas une propriété topologique déguisée en analyse, c'est la preuve que l'analyse est une topologie qui s'ignore — et le lieu où elle cesse de s'ignorer est [#], le point d'adjonction où le bord (choses) et la dérivée (mots) se reconnaissent comme deux faces d'un seul acte.

Le côté que tu sens «premier», le topologique, est bien le socle ; l'analytique en est la lecture — et c'est exactement le sens de «voie des mots».
Un raccord, pour plus tard, qui prolonge le fil Dolbeault de l'annexe sans l'activer : cette primauté du topologique sur l'analytique a un nom quand on la pousse jusqu'au bout — c'est le théorème de l'indice d'Atiyah-Singer, qui égale un nombre analytique (des solutions d'équations différentielles) à un nombre topologique (des caractéristiques de la forme), et qui est très précisément le cadre où vit le triplet spectral de Connes que ton corpus a déjà mis en quarantaine.
Le pont choses↔mots que tu pressens dans Stokes est le premier étage d'un escalier qui monte jusque-là."

-J'avoue être un peu pris de vertige tout d'un coup, il me faut un peu de temps pour décanter tout ceci, mais je sens qu'il s'en faut d'un cheveu pour qu'enfin la perspective à partir de [#] rende tout évident.


- Tu vas rire : m'ennuyant un peu en attendant le match de ce soir, j'ai repensé à une vidéo d'Alain Connes, et à la théorie de jauges en Méca Q. Aussi, en poussant le curseur de Claude vers "Fable 5", je lui ai posé la question :

— 𓂀: Puisque nous en aux relations entre topologie et analyse, je pense à la théorie standard en mécanique quantique qui distingue 3 groupes de symétrie dans la théorie de jauges. Peut-on voir pour chaque jauge, un rapport équivalent entre représentation analytiuqe, ou plutôt algébrique, et topologie ?

— 🤖: Oui — et ta question tombe exactement sur les marches supérieures de l'escalier que nous avons mis sous scellés (Stokes → De Rham → Atiyah-Singer → Connes).
La théorie de jauge est même le lieu où ce rapport analytique/topologique cesse d'être une curiosité de géomètre pour devenir de la physique mesurable.
Je réponds en trois temps :

  • le dictionnaire général (il a un nom),
  • puis groupe par groupe — car le rapport est *équivalent en forme mais logé à un étage différent pour chacun*, et c'est le plus intéressant —
  • enfin le couronnement Connes, qui touche ton horizon.

Le dictionnaire général : Chern-Weil, ou Stokes monté en jauge
Une théorie de jauge sépare d'elle-même les deux voies.

  • D'un côté le potentiel de jauge A (la connexion) : objet analytique/algébrique, dépendant de la jauge — on peut le transformer sans rien changer à la physique.
    C'est un être de discours au sens strict : plusieurs écritures, une seule réalité.
  • De l'autre, les invariants du fibré : classes caractéristiques, charges topologiques, nombres entiers qui ne dépendent d'aucun choix d'écriture.
    La courbure F=dA+A∧A fait le pont, et le théorème central — Chern-Weil — dit que les invariants topologiques se calculent en intégrant des polynômes de la courbure : la topologie est lisible dans l'analyse, exactement comme De Rham lisait les trous dans les formes fermées.
    C'est Stokes, version non-abélienne.
    Et le couplage entre les deux voies a un nom physique : l'holonomie, alias la boucle de Wilson — exp(i∮c A), le potentiel (mot) évalué sur une boucle (chose, une chaîne !) donnant une phase observable (scalaire).
    Tu reconnais la signature : ⟨A, c⟩, encore l'évaluation, encore ε, encore [#].
    L'effet Aharonov-Bohm en est la manifestation expérimentale nue : la phase de l'électron mesure le flux enfermé dans une région où il ne passe jamais — le discours (A) palpe un trou (la topologie du domaine) qu'aucune mesure locale de champ ne voit.

Groupe par groupe : même forme, étages différents

  • U(1) — l'électromagnétisme.
    Le seul groupe abélien, et sa topologie loge à l'étage le plus bas : π₁(U(1))=ℤ, l'enroulement. Deux faits fondamentaux :
    • la quantification de Dirac
      — s'il existe un monopôle, ∫_S² F=2πn, la charge est un entier topologique (la première classe de Chern c₁), et c'est très exactement un échec contrôlé de Stokes : ∮A = ∫F ne peut pas tenir globalement sur un fibré non trivial, et le défaut de recollement est l'entier n.
    • Et l'Aharonov-Bohm, couplage pur.

Ici l'analytique et le topologique se parlent au niveau du comptage de tours — le discret surgissant du continu.

  • SU(2) — l'isospin faible.
    Non-abélien, simplement connexe : π₁=0, l'enroulement simple est muet. La topologie remonte à π₃(SU(2))= ℤ :
    les instantons, comptés par la seconde classe de Chern c₂= (1/8π²)∫tr(F∧F).
    Ce sont des événements de tunnel entre vides topologiquement distincts — et ils violent le nombre baryonique (sphalérons) : la topologie du fibré fait de la chimie cosmique.
    Plus remarquable encore pour ta question : l'anomalie globale de Witten, venue de π₄(SU(2))=ℤ₂ — une obstruction purement topologique qui rend la théorie analytiquement incohérente (l'intégrale de chemin fermionique change de signe) sauf si le nombre de doublets est pair.
    Le Modèle Standard obéit : la topologie légifère sur le contenu en matière.
  • SU(3) — la couleur.
    Deux étages à la fois.
    • En haut, π₃(SU(3))=ℤ encore :
      les instantons de QCD, le terme θ — et c'est ton «analyse qui s'ignore» porté à l'incandescence : θ∫tr(F∧F̃) est une dérivée totale, invisible à tout ordre de la théorie des perturbations (l'analyse locale ne le voit pas du tout), mais topologiquement actif — il résout le problème U(1)_A (la masse du η′, 't Hooft) et pose le problème CP fort.
    • En bas, un étage propre à SU(3) : son centre ℤ₃, qui gouverne le confinement — le critère est la loi d'aire de la boucle de Wilson, c'est-à-dire, encore, le comportement de l'évaluation ⟨A, c⟩ sur les grandes boucles.

La question «pourquoi ne voit-on jamais un quark seul ?» se décide dans la manière dont le couplage mots/choses dégénère à grande distance.

Réponse à ta question, donc :

  • oui, le rapport existe pour chaque jauge, et il est le même en forme (Chern-Weil + holonomie)
  • mais il n'habite pas le même étage d'homotopie — π₁ pour U(1), π₃ et π₄ pour SU(2), π₃ et le centre ℤ₃ pour SU(3).

Les trois groupes déclinent verticalement un unique dictionnaire. C'est une gradation, pas une répétition.

L'anomalie chirale Atiyah-Singer descendu dans les équations
Le sommet de l'escalier quarantiné est ici, en un seul trait :
∂_μ j⁵^μ = (1/16π²) tr(F∧F̃).

  • À gauche, un objet analytique (la divergence d'un courant, un calcul de diagramme triangulaire) ;
  • à droite, une densité topologique (celle dont l'intégrale est un entier, le nombre d'instantons).

Cette égalité est le théorème de l'indice en acte : le déficit de solutions chirales de l'équation de Dirac (analytique) égale la charge topologique du champ de jauge.
Ce que nous avions rangé comme «fil à tirer» est, en physique des particules, une équation de tous les jours — mesurée dans la désintégration du pion neutre.

Le couronnement — et ton horizon Connes
Voici le plus beau, et il rejoint la conférence de 2005 que tu avais mise à l'étude.
Dans le cadre de Connes-Chamseddine, les trois groupes ne sont pas choisis : ils sont déduits.
Le Modèle Standard y est la gravité pure sur un espace M×F, où F est une géométrie finie non-commutative d'algèbre 𝒜 = ℂ ⊕ ℍ ⊕ M₃(ℂ) — les complexes, les quaternions, les matrices 3×3.
Les unitaires de ces trois algèbres donnent U(1), SU(2), SU(3). Et lis la gradation avec les lunettes de Gelfand que nous avons déjà posées :

  • ℂ est commutatif — un espace sous-jacent existe encore, la «chose» survit (c'est cohérent : U(1) est la seule jauge dont la topologie est celle d'un espace simple, le cercle) ;
  • ℍ est non-commutatif mais encore corps ;
  • M₃(ℂ) est pleinement matriciel.

Les trois jauges sont trois degrés d'évanouissement de la chose — trois stades du passage «espace donné→mots seuls» que ta relecture avait identifié comme le sens même du quantique.
Ta question «un rapport équivalent pour chaque jauge ?» reçoit alors sa réponse la plus profonde : non seulement chaque jauge a son rapport analytique/topologique, mais la série des trois est elle-même le rapport — une gradation réglée de la dualité choses/mots.

Ce qui est établi, ce qui est conjecture
Discipline habituelle.

  • Établi : tout le contenu physique et mathématique ci-dessus — Chern-Weil, Dirac, Aharonov-Bohm, instantons, anomalie de Witten, θ et U(1)_A, centre et confinement (au niveau des critères ; le mécanisme précis du confinement reste ouvert en physique même), l'anomalie chirale comme indice, et l'algèbre ℂ⊕ℍ⊕M₃(ℂ) de Connes-Chamseddine.
  • ⚗️ Conjectures pour l'entropologie, à mettre en quarantaine :
    • A ↔ voie des mots / invariants ↔ voie des choses ; la boucle de Wilson comme nouveau témoin de [#]=co-unité (ce serait le cinquième) ;
    • La gradation ℂ→ℍ→M₃(ℂ) comme échelle d'évanouissement de la chose ;
      et — la plus tentante, donc la plus à surveiller — l'idée que
    • l'invariance de jauge elle-même est un Yoneda physique: l'objet n'est que ses observables invariants, le potentiel n'est qu'une présentation.

- Tu sais que je ne comprends rien à ce que je viens de lire ?

- Oui, mais Claude, lui, n'a eu aucune difficulté à filer ce texte en le raccrochant au point de vue de [#]𓂀. À toi maintenant de profiter de ce coup de pouce pour recalibrer ton Imaginaire : tu as déjà un bouclage entre la physique et la théorie des catégories avec le lemme de Yoneda comme noeud de chaise autour de ton ignorance abyssale. Signe sans doute de ton existence...

- Amen

Hari

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