ADN et haïku

Publié le par Hari Seldon

ADN et haïku

Bon, aujourd’hui, j’ai mangé des kilomètres entre Saintes et Seix. Je me suis arrêté près du but, dans un routier sympa, pour mettre au propre quelques divagations qui m’avaient occupé en chemin.

Je repensais à mon dernier billet concernant le "corps quantique" de Deepak Chopra répondant à cet autre "la verbalisation de la chair". L’idée que j’en avais dégagé était qu’en fait, l’ADN est une parole "synchronique", puisqu’elle se répète, identique à elle-même, de génération en génération. Sauf, bien entendu lorsqu’une mutation, une erreur se produit, amenant à un autre discours. Et le principe diachronique de ce mouvement, c’est quelque chose comme le hasard et la nécessité, qui peut s’exprimer en fonction du temps de l’entropie etc.

Mais, Chopra me parlait d’autre chose : pour répondre à une certaine nécessité de l’organisme dans son ensemble, l’ADN s’exprime en produisant de l’ARN, qui va produire à son tour les molécules (je reste vague volontairement : ne pas vous focaliser sur le processus lui-même) nécessaires pour, par exemple, combattre une invasion microbienne.

Bien, bien, bien…

J’ai donc une molécule au coeur de la cellule, qui s’exprime sous forme de 4 molécules (adénine (A), cytosine (C), guanine (G) ou thymine (T)) et se lit, littéralement, comme un discours. Par exemple : AATTCGGTA etc. Sauf que le discours en question est d’une longueur proprement vertigineuse. (un peu plus de 3 325 Mb pour le génome humain). Discours qui d’une part est le résultat d’une histoire, celle de la vie en général, des espèces et de la nôtre en particulier, mais également discours que chacun porte en soi, le définissant au plus intime de son être. Dans la mesure où cet "être" a un sens, bien entendu. On peut donc articuler deux discours totalement différents à partir de cet ADN, et deux thématiques, deux "mouvements", l’un portant sur l’évolution des espèces, l’une sur le mode de survie d’un individu.

Et, si donc cet ADN, expression synchronique sur lequel s'appuient ces deux discours est bien identifié, où donc se situe, pour chacun d'entre eux, le concept diachronique complémentaire avec lequel il s’articule pour qu'il y ait mouvement, transformation, ou évolution, enfin bref, une histoire à raconter?

Voilà, voilà le type de questionnement induit par l’approche que je vous propose.

Arrêtons-nous, si vous le voulez bien à cet instant fugace où, sans que l’idée se développe, notre façon de penser, cependant, oriente le champ des possibles à venir. Un peu comme la forme du haïku en limitant ce qui peut être calligraphié, permet d’autant mieux au poète de s’exprimer, qu’elle le contraint. De même qu’une vigne, pour donner un grand vin doit enfoncer ses racines au plus profond d’un sol pauvre en nutriments. L’important, c’est le mouvement inaugural de la pensée, l'attaque du pinceau d’un aquarelliste sur le papier, ou la pose d’une première pierre au jeu de go. Instant suspendu qui détermine tout le développement futur.

Je me souviens d’une réflexion de Mme Mugur Schachter, célèbre physicienne à qui j’avais soumis l’Homme Quantique. Elle m’avait dit lors d’une visite que, ce qu’elle appréciait dans mon travail, c’était la poésie qui s’en dégageait. J’ai été un peu vexé sur le coup, mais à la réflexion, c’était un sacré compliment. La poésie, donc, la légèreté sans détour, pour coller au plus près du sens. Oui, s’il est une vertu à notre démarche, c’est dans la pauvreté des moyens employés pour exprimer beaucoup. Pour atteindre à l’élégance du mathématicien (je pense à la théorie des catégories, il faudra bien y venir), ou d’un physicien comme Dirac. Nous en sommes donc là. Bon.

J’allais donc, cheminant tranquillement sur l’A64 lorsque cette histoire d’ADN et d’ARN, telle qu’elle était contée par Chopra, me fit souvenir de ce billet "Pourquoi lignes de fuites ?". J’y écrivais que, sans doute, les fermions sont des "éléments" décrits à un "niveau synchronique donné, et les "bosons de jauge" les éléments diachroniques qui les relieraient au champ correspondant, à un niveau Imaginaire supérieur. Ce qui permettrait d’exprimer un "mouvement" du fermion dans le champ considéré. Et ma lecture de Chopra induisit une métaphore de ce qui se passait au niveau cellulaire :

l’ARN est l’élément diachronique qui lie l’ADN d’une cellule particulière au système dont elle dépend. Il est là mon haïku.

Ce qui justifie cette approche, c’est, comme le décrit Chopra, l’extraordinaire quantité d’ADN dans chacune de nos cellules, ainsi que la non moins extraordinaire variété de molécules qu’exprime cet ADN, par l’intermédiaire de ces ARN messagers.

Voilà pour un côté de l’histoire, que dire de l’autre approche ? C’est assez simple en fait : nous venons de voir que les cellules et leur ADN sont au niveau inférieur, disons Ik, quand le système qui les contient est à un niveau supérieur Ik + 1. L’ARN messager faisant la liaison entre Ik et Ik + 1. Maintenant, lorsque l’on considère l’évolution historique de l’ADN, depuis l’apparition des premières protéines, jusqu’au génome humain, dans ce cas, l’ADN contemporain occupe de niveau supérieur (disons Ip). Les briques élémentaires étant cette fois-ci les premières protéines (à un niveau Ip-1), apparues il y a quelques milliards d’années. Tout ceci n’est pas très clair encore, et il y a certainement, de ces premières molécules à l’ADN, bien des étapes qui seront autant de "niveaux Imaginaires" à venir. Mais quelque qu'elles soient, le duo "hasard et nécessité" semble pertinent comme concept diachronique (il faudra y revenir plus formellement), en attendant mieux.

Comprenons-nous bien: je n'ai rien dit de neuf, encore moins prouvé quelque chose. J'ai juste proposé une façon de former une interrogation, et donc, une certaine façon de voir. Est-elle fructueuse? Aux chercheurs de s'en emparer pour le dire. Quant à moi, j'ai un plaisir esthétique à retrouver dans l'expression de l'ADN sous forme d'ARN, un lointain écho à ce qui se dessine en physique dans cette danse des fermions et des bosons.

Ce qui me permet de retrouver Foucault (comme toujours), voyant l'Humanité se déliter au contact du Réel comme "à la limite de la mer un visage de sable".

Voilà où me porte ma méditation, et de quelle façon je chemine vers la contemplation de la vacuité de mon être.

Sur ce, bonne nuit à vous.

Hari.

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DORNIER 25/06/2016 09:24

J'ai l'intuition qu'il y a quelque chose de juste dans cette hypothèse. On peut même se demander si l'imagination n'est pas à la manœuvre de la dimension imaginaire évoquée ici. Auquel cas le "hasard" lui-même serait nécessité.