La voie occidentale

Publié le par Hari Seldon

En quoi les hommes actuels porteraient-il en eux les germes de la déchéance de  l’homo sapiens sapiens ?

C’était l’objet de mon précédent article, centré sur la recherche d’une cause fonctionnelle, découlant d’une loi de la nature; de l’ordre du discours scientifique.

 

Il est toujours très difficile de se placer à ce niveau de discours lorsque l’on aborde un sujet qui nous touche de si près. Je ne sais trop pourquoi l’on pourra parler du pêché originel comme cause de la chute de l’homme, ou bien rejeter le darwinisme au nom de sa foi, sans faire rire alors que, même de nos jours, envisager l’évolution de notre espèce comme soumise au hasard et à la nécessité sent le soufre.

 

C’est sans doute pour cela que les propos de Diderot me semblent si rafraîchissants, pour moi qui vis dans un monde où les femmes se voilent et les hommes s’éclatent.

 

Or, me demandant d’où me venait la nécessité d’un tel article (ma perpétuelle rumination en boucle), la réponse évidente fût qu’elle me venait de cette relecture de l’entretien de Diderot et d’Alembert, faite quelque temps auparavant :

 

Car en effet, cette fameuse phrase écrite en 1769:

"Tenez, mon ami, si vous y pensez bien, vous trouverez qu'en tout, notre véritable sentiment n'est pas celui dans lequel nous n'avons jamais vacillé, mais celui auquel nous sommes le plus souvent revenus."

Peut être vu comme une définition rigoureusement scientifique de l’état stable.

 

Tout ceci, virevolte entre Ockham et son rasoir, Fermat et Maupertuis pour arriver à Boltzmann qui, inspiré des travaux de Darwin, exercera à son tour une influence décisive sur le cercle de Vienne. Ce qui connote une filiation subliminale de Darwin à Turing, via Boltzmann ; autrement dit, des êtres vivants, au fonctionnement des machines symboliques, via la thermodynamique.

 

Et si j’insiste à ce point sur l’importance de cette approche de Diderot, qui va aboutir plus ou moins directement à la notion d’entropie et au 3ème principe de la thermodynamique, c’est que l’entretien part sur cette question:

D’Alembert :

- Je voudrais bien que vous me disiez quelle différence vous mettez entre l’homme et la statue, entre le marbre et la chair.

Diderot :

- Assez peu. On fait du marbre avec de la chair, et de la chair avec du marbre.

 

S’ensuit alors le détail des opérations par lesquelles le marbre se fait chair. L’enchaînement est juste, et la démonstration, qui aurait menée son auteur au bûcher un siècle plus tôt, ou même de nos jours en certains pays, est savoureuse  et s’accompagne d’un doux parfum de liberté, mais nous laisse cependant sur un sentiment de manque.

En effet le marbre peut certes mener à la chair, mais il y de l’un à l’autre transformation d’énergie, complexification, passage de la quantité à la qualité, bref toutes questions qui ne peuvent surgir qu’après avoir digérer les concepts d’entropie et d’énergie.

 

Je n’avais pas noté, en écrivant l’article, le grand écart entre cette démonstration très datée siècle des Lumières, qui me poussait à parler de «choses si peu évidentes, surtout pour l’époque», et l’extrême modernité de la phrase de Diderot que je mettais par ailleurs en exergue. Phrase dénotant une posture intellectuelle conduisant directement à la notion de stabilité thermodynamique en physique d’où dérive celle d’homéostasie pour les êtres vivants.

 

C’est certainement en mitonnant doucement, que ce sentiment diffus d’un hiatus entre l’esprit de Diderot et les outils à sa disposition, a suscité mon dernier article.

 

J’avais envie, sans doute d’explorer ce devenir de l’homo sapiens sapiens, avec le même type d’arguments que ceux employés par Diderot. Il envisageait le passage du marbre à l’homme, de l’inanimé au vivant,  quand je m’intéresse au pas suivant. Et j’ai voulu, comme lui, utiliser des arguments minimalistes, toujours le rasoir d’Ockham.

Armé de ces nouveaux concepts d’inertie, d’énergie, d’entropie, qui se sont développés depuis Diderot, j’espère avoir respecté la rigueur de son approche, si, malheureusement, je n’ai pas la légèreté de son style.

 

Et pour finir, j’en reviendrais à cette remarque que j’ai tant ressassée, concernant la sècheresse de mon discours : tout compte fait je m’y tiens, je m’y retâte.

La voie scientifique, cette approche spécifique à l’Occident, permet à sa façon de limiter les distorsions que notre «Moi» imprime à notre conscience, ce qui n’empêche pas de suivre de conserve une autre voie spirituelle qui puisse nous mener à la contemplation de la vacuité.

Il y a plusieurs rayons sur la roue du Dharma.

 

Sur ce, bonne soirée à tous, c’est l’heure du jaune et les amis s’impatientent.

Publié dans philosophie

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