Point sur la réception d'Avicenne et Averroès par l'Église au XIIè siècle.
8 Février 2026
Rédigé par Hari Seldon et publié depuis
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Proposé par Perplexity — le script de la scène en lien
Le 08/ 02/ 2026 :
- Au moment d'attaquer la révolution du XIVe avec Duns Scot, je sens que, focalisé sur ce thème de la querelle des universaux, je n'aperçois qu'une petite partie de la scène théologico-philosophique médiévale.
- Comment t'en es-tu rendu compte ?
- Par exemple, la dualité essence-existence n'est pas centrale dans le débat qui nous occupait jusqu'à présent, mais c'était malgré tout une préoccupation majeure de Thomas. J'ai rattrapé le coup en laissant une petite note de bas de page dans mon article, mais c'est insuffisant. Je ne peux pas non plus retracer toute l'histoire de ce duo conceptuel depuis Aristote, sinon je n'avancerais jamais.
- Tu renonces ?
- Disons que comme en toute chose, il faut être conscient de ses limites, et pour ce faire, prendre un peu de champ par rapport au texte d'Alain de Libera. C'est nécessaire, dans la mesure où les disputationes de l'époque pouvaient mener au bûcher, ce qui donnait une force au débat qui n'avait rien d'une discussion à la terrasse du Flore autour d'un café crème !
— 🤖 : Du point de vue ecclésial, la réception d’Avicenne et d’Averroès au XIIIᵉ–XIVᵉ siècle est un mélange d’intégration massive et de filtrage dogmatique serré, surtout à Paris.[1][2]
Cadre institutionnel : interdits et condamnations
1210 (synode de Sens) : interdiction de lire à Paris les livres d’Aristote de philosophie naturelle et leurs commentaires, sous peine d’excommunication ; cela touche indirectement les commentaires arabes, donc Avicenne et, plus tard, Averroès.[1]
1215 (statuts de Robert de Courçon) : réaffirmation que les livres d’Aristote de physique et de métaphysique ne doivent pas être lus avant examen et correction, ce qui vise surtout à encadrer le nouvel aristotélisme gréco‑arabe.[3]
1270 : le même évêque de Paris, Étienne Tempier, condamne treize propositions, visant explicitement des thèses aristotélico‑averroïstes sur l’âme, l’intellect unique et un Dieu « moteur » trop passif.[4][1]
1277 : Tempier condamne 219 propositions, parmi lesquelles beaucoup sont attribuées à l’«averroïsme latin» (éternité du monde, nécessité cosmique, intellect unique, séparation excédée entre vérité philosophique et vérité de foi).[5][6][1]
Ces mesures ne rejettent pas le corpus entier, mais interdisent certaines thèses et certains usages doctrinaux, tout en laissant se poursuivre l’enseignement d’Aristote avec des commentaires contrôlés.[7][1]
Ce qui est largement accepté chez Avicenne Pour Avicenne, les scolastiques retiennent surtout des outils métaphysiques et logiques, qu’ils réinterprètent dans un cadre chrétien.[2][8]
La distinction essence/existence : la séparation conceptuelle entre ce qu’est une chose et le fait qu’elle existe, et l’idée que l’existence vient à l’essence comme un « acte », sont intégrées chez des auteurs comme Thomas d’Aquin (esse/essentia, nécessaire/possible).[9][10][11][2]
Les modalités nécessaire/possible et la notion de «nécessaire par soi» : Avicenne distingue soigneusement
l’Être nécessaire (Dieu) et
les êtres possibles par soi, nécessaires par un autre, ce qui nourrit la métaphysique de la création et certaines voies de preuve de l’existence de Dieu.[8][10][11]
La psychologie intellective : la structure facultative de l’âme, le rôle de l’intellect agent séparé, l’idée d’une abstraction des formes intelligibles à partir des fantasmes, sont reprises et corrigées par les maîtres scolastiques.[2][8]
En logique et en théorie de la science, les analyses avicenniennes sur le syllogisme, la démonstration, la notion de science certaine, entrent dans la logica nova et la théorie scolastique de la scientia.[2]
En résumé, Avicenne est surtout reçu comme grand métaphysicien de l’esse/essentia et des modalités, et comme logicien/psychologue utile, quitte à neutraliser les aspects les plus systématiques de son émanatisme.[10][11][2]
Ce qui est problématique ou limité chez Avicenne Certains éléments de son système sont jugés dangereux ou doivent être fortement réinterprétés.[8][2]
L’émanation nécessaire à partir de Dieu : la structure cosmologique où le monde procède par nécessité d’un Premier Principe est suspecte car elle réduit la liberté absolue de la création ex nihilo.[8][2]
L’éternité du monde : même si Avicenne tente des compromis, l’idée d’un ordre cosmique éternel, procédant nécessairement de Dieu, est perçue comme incompatible avec la doctrine de la création temporelle.[1][2]
Le statut de la prophétie et de la révélation : ses analyses naturalisantes de l’imagination prophétique, compatibles avec l’islam, demandent d’être infléchies pour cadrer avec la prophétie chrétienne.[2][8]
Ces points ne font pas l’objet d’une condamnation nominative d’«Avicenne», mais ils sont visés à travers les condamnations de thèses sur l’éternité du monde, la nécessité cosmique et certaines conceptions du rapport entre Dieu et le monde.[7][1][2]
Ce qui est accepté chez Averroès Averroès devient la grande autorité philosophique sur Aristote, surtout dans les facultés des arts, et une partie de son aristotélisme est pleinement exploitée.[12][2]
Commentateur d’Aristote : ses grands commentaires (grand, moyen, petit) fournissent le texte aristotélicien le plus intelligible et le plus complet, au point que l’on parle de «Commentateur» par excellence.[12][2]
Physique et logique : la rigueur de ses analyses en logique, physique, cosmologie, médecine, nourrit l’enseignement universitaire, y compris chez des auteurs qui s’opposent à lui en métaphysique ou en psychologie.[12][2]
Méthode philosophique : son insistance sur la cohérence systématique, la primauté de la démonstration et la lecture littérale d’Aristote sont valorisées dans la culture scolastique.[12][2]
Ainsi, même des adversaires théologiques d’Averroès restent tributaires de son travail de clarification et de systématisation d’Aristote.[2][12]
Ce qui est condamné ou fortement suspect chez Averroès L’«averroïsme latin» cristallise tout ce qui apparaît inconciliable avec la foi : c’est là que les condamnations du XIIIᵉ siècle sont les plus explicites.[6][5][12]
Unité de l’intellect (monopsychisme) : la thèse selon laquelle tous les hommes partagent un seul intellect possible séparé est condamnée, car elle met en cause l’immortalité et la responsabilité personnelles ; Thomas lui consacre le De unitate intellectus contra Averroistas.[4][12][2]
Éternité du monde et nécessité cosmique : l’idée que le monde est éternel et qu’il découle nécessairement de Dieu, sans liberté de décision divine, entre en conflit frontal avec la création ex nihilo et la toute‑puissance.[5][12][2]
Suspension de la providence et du gouvernement providentiel détaillé : une providence trop générale, médiatisée uniquement par les sphères et les intelligences, semble affaiblir la providence particulière sur les individus.[12][2]
«Double vérité» : même si Averroès lui‑même ne formule pas cette doctrine, on impute aux averroïstes latins une attitude où une thèse peut être vraie en philosophie et fausse en théologie, ou inversement, ce que Tempier dénonce en 1277.[6][5]
Ces thèses sont expressément visées dans les condamnations de 1270 et 1277, qui reprochent aux maîtres de Paris de préférer les «philosophes païens» à la Révélation et de soutenir des doctrines incompatibles avec les dogmes chrétiens.[5][7][1][12]
Bilan : un tri scolastique entre outils et thèses
Chez Avicenne, les scolastiques retiennent volontiers les outils (essence/existence, nécessaire/possible, analyses de l’intellect), mais neutralisent ou corrigent son émanatisme et tout ce qui met en cause la liberté créatrice de Dieu et la création temporelle.[11][10][8][2]
Chez Averroès, ils exploitent les commentaires et la puissance logique de la lecture aristotélicienne, tout en condamnant explicitement l’intellect unique, l’éternité nécessaire du monde et toute forme de dissociation «double vérité» entre philosophie et foi.[4][6][5][12]
Les condamnations de 1210–1277 ne suppriment donc pas Avicenne et Averroès du paysage scolaire ; elles fixent plutôt une frontière entre l’usage acceptable de leurs analyses et les thèses jugées incompatibles avec le dogme, frontière que chaque scolastique (Albert, Thomas, Siger, Scot, Ockham) redessinera à sa manière.[7][1][2]
Si tu veux, on peut, dans un second temps, cartographier précisément ces «outils acceptés» et «thèses proscrites» sur ton carré entropologique, en distinguant par exemple le pôle avicennien de l’essence et le pôle averroïste de la nécessité cosmique. (Note 1)" (Sources : suivre le lien)
- Ça met en lumière des points sur lesquels nous ne nous étions pas appesantis... Il y a chez les Chrétiens cette idée de la liberté de Dieu et de sa volonté de créer, qui vont à l'encontre d'une nécessité de toute éternité, du monopsychisme et de l'émanation...
- Certes mais l'important n'est-il pas pour nous, la postérité de certains questionnements ?
- À quoi penses-tu ?
Nécessité / contingence :
- Je me demande, par exemple si la discussion autour de la "nécessité" n'est pas le germe d'une discussion plus tardive sur la grâce "suffisante" que l'on retrouvera chez les Jansénistes ?
— 🤖: Oui, la notion de «nécessité» évolue nettement entre la scolastique médiévale (type Avicenne/Thomas) et les débats jansénistes sur la grâce suffisante / efficace.[1][2][3]
La nécessité dans la scolastique (Avicenne, Thomas) Au Moyen Âge, la nécessité est d’abord une catégorie ontologique et modale :
Avicenne distingue nettement le nécessaire par soi (Dieu, dont l’essence implique l’existence) et le possible par soi (les créatures, qui ne deviennent nécessaires que par un autre).[2][4][5]
Cette modalité structure tout un vocabulaire : nécessaire, possible, impossible, avec des raffinements sur la nécessité conditionnelle, temporelle, etc.[1][2]
Thomas d’Aquin reprend cette grille pour penser la création contingente dépendant d’un Dieu absolument nécessaire, en donnant à la «nécessité» un rôle dans les preuves de l’existence de Dieu, l’ordre des causes, la stabilité des lois naturelles.[6][1]
Ici, «nécessité» désigne surtout :
la structure de l’être (ce qui ne peut pas ne pas être),
la dépendance causale (ce qui devient nécessaire par un autre),
la modalité logique des propositions (nécessairement vrai / contingemment vrai).[2][1]
Glissement vers la nécessité de la grâce À l’époque moderne, la même idée d’un ordre nécessaire se **déplace** vers la théologie de la grâce :
Les controverses post-tridentines reprennent la matrice « nécessaire / contingent » en l’appliquant aux actes salutaires : un acte bon est-il possible sans une aide spéciale de Dieu, ou cette aide est-elle « nécessaire » au sens fort (sans elle, impossibilité radicale) ?[3]
Chez les thomistes tardifs, la grâce efficace est conçue comme un mouvement divin qui « prémotionne » la volonté et lui donne de façon infaillible l’acte bon, tout en maintenant en théorie la puissance contraire de la volonté.[7][3]
La grâce suffisante, elle, donne le « pouvoir prochain » d’agir mais n’est pas de fait suivie de l’acte ; d’où un jeu subtil entre pouvoir possible et réalisation nécessaire ou non.[3][7]
On retrouve ici une transposition du schème avicennien/thomiste :
Dieu comme cause nécessaire de tout acte bon (aucun bien sans Lui).[3]
La créature comme cause seconde, en principe capable d’agir ou non, mais dépendante de mouvements divins qui peuvent devenir infaillibles.[7][3]
Le durcissement janséniste : nécessité morale/physique de la grâce efficace Les jansénistes radicalisent ce schème :
Pour Jansen, depuis la chute, la volonté humaine ne peut que mal faire sans une grâce spéciale ; seule une grâce efficace, donnée à certains, rend l’obéissance possible, et elle est irrésistible.[8][3]
Cette grâce n’est pas seulement nécessaire au sens faible (condition sine qua non), mais au sens fort : sans elle, l’acte bon est impossible ; avec elle, l’acte bon est infalliblement produit.[8][7]
Les thomistes et jansénistes peuvent s’accorder sur une «nécessité» de la motion divine pour tout acte bon, mais se divisent sur la notion de grâce suffisante : pour les thomistes, elle confère vraiment un pouvoir prochain (donc un possible non actualisé) ; pour les jansénistes, ce langage est trompeur si, de fait, l’acte ne se produit jamais.[7][3]
La « nécessité » devient alors :
un concept au croisement de la métaphysique de la cause première et d’une anthropologie pessimiste (volonté corrompue) ;
le pivot de la question : y a‑t‑il encore un espace réel pour une contingence de la volonté humaine, ou uniquement une distribution divine d’actes nécessaires de salut ?[8][3][7]
Continuité et mutation du concept
Continuité :
On retrouve dans le jansénisme une reprise des distinctions médiévales : nécessité par soi vs par autre, dépendance de la cause seconde à la cause première, nécessité conditionnelle (si Dieu donne telle grâce, alors l’acte suit infailliblement).[1][3][7]
Mutation :
Le centre de gravité se déplace de l’ontologie générale (ordre de l’être et des causes) vers la soteriologie (ordre du salut, efficience de la grâce).[3][8]
La «nécessité» change de charge polémique : de catégorie descriptive de l’être, elle devient enjeu polémique autour de la liberté, de la responsabilité et de la justice divine (Dieu peut‑il « nécessairement » déterminer certains au salut et laisser les autres sans moyens véritables ?).[8][3]
En ce sens, la discussion avicennienne et scolastique sur le nécessaire/possible fournit un arrière‑plan conceptuel à partir duquel les débats jansénistes reformulent la tension entre nécessité divine et contingence ou liberté humaine, en la durcissant sur le terrain de la grâce efficace/suffisante.[5][1][7][8]" (Sources : suivre le lien)
- Je ne te savais pas si intéressé par les Jansénistes ?
- Non, c'est juste un vieux souvenir de classe à propos de Pascal, mais au-delà, la discussion n'est pas éteinte de nos jours... Pense par exemple à Jacques Monod et son livre "Hasard et nécessité". Et pour nous qui portons en mode ♡, le triptyque d'Emmy Noether au rang des principes les mieux établis:
"incertitude [⚤]♡/ symétries [#]♡/ quantité conservée [♻]♡",
tu retrouves dans cette conservation qui fait l'unité de la mesure, une nécessité qui nous échappe, et de l'incertitude dans la contingence.
- Principe de conservation qui se situe comme par hasard en lieu et place de l'essence ♡♻, du donateur de forme, de l'intellect agent et Dieu lui-même, ou de la propriété universelle pour faire moderne.
- Ah ! tu vois que nous revenons à notre mise en "perspectives" !
- J'ai le sentiment de tourner en rond comme un hamster dans sa cage...
- Mais tu es bel et bien coincé dans ton Imaginaire comme une puce sur un cross cap mon ami.
- Déprimant...
- Non : si tu vois le cross cap, c'est que tu as déjà pu sauté suffisamment haut pour en apercevoir la rotondité.
- Si tu veux, mais l'aspiration est sans doute plus philosophique... Bref, pour en revenir à l'archéologie du Savoir de Michel Foucault, nous avons ici un questionnement moderne sur la signification de nos constantes physiques fondamentales, qui nous renvoie directement à Parménide via la "nécessité" telle qu'elle apparaît chez Avicenne et Thomas.
Une autre dualité toute aussi importante : essence/ existence.
Essence / existence :
— 🤖: La distinction essence / existence d’Avicenne sert de fil rouge à une bonne partie de la métaphysique postérieure, jusqu’à son renversement explicite chez les existentialistes.[1][2][3]
Avicenne : mise en place du duo
Avicenne distingue clairement ce qu’est une chose (son essence, quiddité) du fait qu’elle est (son existence), en montrant que l’essence est «indifférente» à l’existence : on peut concevoir «chevalité» sans décider si des chevaux existent.[2][3][4]
Il articule cela avec la distinction entre
nécessaire par soi (Dieu, dont essence et existence coïncident) et
possible par soi (les créatures, dont l’essence n’implique pas l’existence).[3][5][2]
Scolastique latine : Thomas et la tradition thomiste
Thomas d’Aquin reprend Avicenne, systématise la distinction réelle essence / esse chez les créatures, et identifie Dieu à l’ipsum esse subsistens (l’Être même, où essence et existence sont identiques).[6][7][1]
Cette distinction devient le pivot de la métaphysique thomiste :
pour les preuves de l’existence de Dieu (un être nécessaire dont l’essence est d’exister) ;
pour l’analogie de l’être (divers modes d’esse selon les essences).[7][1][6]
Après Thomas, la tradition thomiste multiplie les analyses techniques de ce duo (réelle vs modale vs de raison), en faisant de la distinction essence/existence un dogme interne de la métaphysique classique.[8][9][1]
Tardo‑scolastique et modernité : remaniements et critiques
Chez Suárez et d’autres tardo‑scolastiques, la distinction est réinterprétée : certains tendent à la «modaliser» (existence comme mode de l’essence) plutôt qu’à en faire deux principes réellement distincts, ce qui affine ou affaiblit l’héritage avicennien‑thomiste.[9][8]
La philosophie moderne (Descartes, Leibniz, Wolff) conserve souvent le vocabulaire essence/existence, mais dans des cadres plus logiques (concepts possibles vs existence réelle) et moins ontologiques au sens médiéval.[10][1]
Kant déplace la question dans la critique de la preuve ontologique : l’existence n’est pas un «prédicat réel» qui s’ajoute au concept, mais la position d’un objet correspondant au concept ; ce geste critique mine l’usage direct de la distinction essence/existence comme base d’une preuve de Dieu.[1][10]
Heidegger : problématisation du couple et «oubli de l’être»
Heidegger lit la tradition (d’Aristote à Thomas, via Avicenne) comme ayant confondu l’être avec la présence et les déterminations ontico‑catégoriales, et voit dans la distinction essence/existence un moment de l’« histoire de l’oubli de l’être ».[11][12][13]
Il ne reprend pas la distinction médiévale telle quelle, mais la problématise : la question n’est plus de séparer essence et existence dans les étants, mais de réouvrir la question de l’être comme tel (Seinsfrage), au‑delà de ce schème.[12][13][11]
Sartre et l’existentialisme : renversement de la priorité
Sartre cible explicitement la tradition où l’essence précède et règle l’existence (Platon, Avicenne/Thomas, métaphysique classique) pour affirmer : «l’existentialisme athée déclare que, s’il n’y a pas de Dieu, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, et cet être c’est l’homme».[14][15]
La formule «l’existence précède l’essence» est une inversion polémique du couple avicennien : il n’y a plus de nature humaine fixée a priori, mais une existence factuelle qui se définit elle‑même par ses choix.[15][14]
D’autres existentialistes (Heidegger, mais aussi certains phénoménologues) retravaillent, chacun à leur manière, l’opposition entre «ce que c’est» et «le fait d’être», en l’inscrivant dans l’analyse du Dasein, de la liberté ou de l’historicité.[11][12][14]
Bilan très condensé
Avicenne : formulation explicite et systématique du duo essence/existence, articulé à nécessaire/possible.[2][3]
Thomas et la scolastique : intégration dans une métaphysique de la création et de l’analogie de l’être, avec Dieu comme identité essence/esse.[6][1]
Tardo‑scolastiques et modernes : transformations (Suárez), logisation et critique (Kant).[8][9][10]
Heidegger : relecture de l’histoire de l’être, mise en question du cadre essence/existence.[13][12][11]
Existentialisme (Sartre) : renversement explicite de la hiérarchie (existence précède essence), en dialogue conflictuel avec toute cette tradition.[14][15" (Sources : suivre le lien)
- Bon, comme tu le vois, ça nous ouvre une piste à suivre, jusqu'à nous jours...
- J'y vois encore autre chose : la dualité essence/ existence croise la précédente : nécessité—essence / contingence—existence.
- Oui sans doute y a-t-il moyen de faire quelques thèses là-dessus, mais ce n'est pas notre propos...
- Non, mais repense au couple état intriqué / décohérence et au rôle de l'observable qui peut ou non "exister"... Vois-tu enfin comment nos façons les plus actuelles de nous représenter le Monde sont façonnées par nos "habitus" bien au-delà de ce que Bourdieu a pu en dire en sociologie ?
- Un peu méfiant quand même j'ai laissé Perplexity utiliser mon analyseur entropologique pour voir s'il arrivait à situer automatiquement les concepts clefs en question sur notre topologie.... Après pas mal de cafouillages il arrive un tableau que je laisse en Note 1. Rien de transcendant, avec un placement de la logique qui me semble naturel, mais questionne dans le contexte de l'époque : il semble qu'il y ait de celle-ci une double définition, selon que l'on s'occupe de la chose (en re — physique) ou de sa représentation (de rem).
La réponse en tableau de Perplexiy :
Avicenne
Donateur
de Formes
prédicat / Intention
Essence
Intellect agent
↓
↓
intellect possible
phantasma
↓↑
↓↑
voix
Existence
sensible
exist
exist
de rem
en re
logique
noétique
Légende Avicenne (R↓) : ce schéma figure Avicenne sur le ruban transcendant R↓ (voie des MOTS descendante) : du Donateur de formes vers l’intellect possible, où l’essence indifférente se reçoit par cooccurrence forme intelligible / image sensible, articulant la distinction essence / existence et la nature commune (esse in multis / dici de multis).
Intelligence séparée, émanée, cause de l’actualisation.
Nature de l’abstraction
Réduction, dépouillement du sensible.
Illumination, donation de la forme via l’intellect agent.
Rapport au néoplatonisme
—
Intégration dans une hiérarchie émanative d’Intelligences.
Rapport aux universaux
—
Articulé à l’essence indifférente et aux trois intentions.
Légende Averroès (R↑) sur ce tableau Aristote / Avicenne : Averroès reste sur le ruban montant R↑ : il renforce la voie aristotélicienne d’abstraction à partir du phantasma, refuse la donation émanatiste avicennienne, et pousse jusqu’au bout la lecture unitaire de l’intellect et de l’ordre cosmique, telle qu’elle sera reçue comme « averroïsme latin ».
Il me faudrait beaucoup travailler avec cet IA, ou un outil plus adapté (qui apprenne réellement) pour en sortir quelque chose de vraiment intéressant...