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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #33 Bis— XIIIe siècle — La doctrine modiste des intentions

Proposé par Perplexity pour illustrer sa présentation

Le 03/ 02/ 2026 :

- Nous voici revenus au texte qui m'avait fait prendre conscience de mon erreur d'interprétation de la théorie d'Avicenne. 

- À peine quinze jours...

- Qui m'ont paru une éternité, à reprendre tout depuis Aristote. Ceci dit, en relisant le résumé ci-dessous, j'ai ri de constater combien mon erreur était évidente et comment je serais passé pour un imbécile aux yeux d'un lecteur ayant les moindres lueurs sur le sujet...

5. La scolastique latine du XIIIe siècle

 Présentation de la doctrine modiste des intentions
(pages 363-395 d'Alain de Libera, La Querelle des universaux)

La doctrine modiste des intentions articule systématiquement ontologie, cognition et langage à partir de la distinction entre intentions premières et secondes, et du parallélisme entre modi essendi, modi intelligendi et modi significandi.

Cadre général des intentions

Les Modistae définissent

  • les intentions premières comme des concepts de choses (par exemple «homme», «animal»)
  • les intentions secondes comme des concepts portant sur ces concepts (genre, espèce, différence, prédicable, etc.).

Historiquement, cette distinction prolonge la logique avicennienne (intention seconde comme objet propre de la logique) et la tradition des «noms de première et de seconde imposition» (noms de choses / noms de noms).

Intentions et statut logique

Au XIIIᵉ siècle, la logique est définie comme science des intentions secondes en tant qu’elles s’appliquent aux premières. Roger Bacon, par exemple, distingue des noms de première intention, qui signifient des choses extramentales, et des noms de seconde intention, qui ne signifient pas des choses mais des «raisons» sous lesquelles l’intellect subordonne les choses, et qui n’entrent dans aucune catégorie réelle (elles ont un être «dans l’âme»).

Virage modiste : intentions et modes d’être

Chez les Modistae, les intentions sont des entia rationis fondées sur des modes d’être des choses (entia rationis fundata super modos essendi). La grammaire analyse les modi significandi des mots, la logique les intentions premières et secondes, mais les deux séries sont parallèles, parce qu’elles renvoient toutes deux aux modi essendi :  

  • voces ↔ modi essendi via rationes significandi
  • intellectus ↔ modi essendi via intentiones primae et secundae.

Occam et la réduction des intentions

Occam redéfinit l’intention comme concept mental-signe :

  • une première intention est un concept supposant pour une chose qui n’est pas signe,
  • une seconde intention est un concept signifiant plusieurs premières intentions et supposant pour elles.

Toutes les intentions sont alors des qualités réelles de l’intellect (entia realia) prises comme signes ; la distinction première/seconde est logique et référentielle, non plus ontologique au sens fort.

Simon de Faversham : intentions et opérations de l’esprit

Simon de Faversham systématise le lien entre intentions et trois opérations de l’intellect (appréhension des simples, composition/division, raisonnement) en distinguant :

  • des intentions secondes simples (genre, espèce) fondées sur des objets simples («homme», «animal») ;
  • des intentions secondes complexes (proposition, énoncé) fondées sur des objets composés (sujet-prédicat) ;
  • des intentions secondes «plus complexes» (syllogisme, lieu, argument) fondées sur des enchaînements de propositions.

Paronymie, concret/abstrait et intention

Simon met en parallèle la signification des paronymes d’accidents (blanc / blancheur) et celle des intentions secondes :

  • un nom concret d’accident signifie à la fois forme et sujet,
  • de même «genre» signifie à la fois une intention et la réalité qui la supporte. 

Le genre est ainsi un ens respectivum, intention seconde causée par l’intellect, appliquée à une chose intelligée et dénotant une nature essentielle dans ses sujets spécifiquement distincts.

Raoul le Breton : triade res / intentio concreta / intentio abstracta

Raoul le Breton radicalise cette structure en une triade :

  • res intenta (la chose visée),
  • intentio prima in abstracto (connaissance de la chose),
  • intentio prima in concreto (chose ainsi connue).

Toute connaissance dénomme son objet comme l’accident abstrait dénomme son sujet ; l’intention seconde (universel) se divise, elle aussi en abstraite (connaissance de la nature comme commune à plusieurs) et concrète (universel comme «chose ainsi connue», prédicable de plusieurs). La paronymie devient ainsi le schème général de l’onto‑sémantique intentionnelle : l’intention abstraite n’est pas prédicable «en tant que telle», seule l’intention concrète (universel) est prédicable.

Intentionalité comme orientation et statut ontologique

Les Modistae conçoivent l’intentionnalité comme orientation de l’intellect vers la chose (tendere in rem), ce qui permet de dépasser le simple modèle aristotélicien de la «similitude» (species comme image passive) en introduisant un mouvement actif vers l’objet. Raoul distingue alors

  • l’être des intentions comme habitus dans l’intellect (réel) et
  • leur être comme «similitudes des choses» (entia debilia, faibles réalités),

en précisant que la logique ne les considère pas comme réalités, mais seulement en tant qu’elles dénomment leurs objets.

Synthèse modiste

Au total, la doctrine modiste des intentions :

  • ancre les intentions dans les modi essendi tout en les définissant comme entia rationis ;
  • articule en parallèle
    • grammaire (modes de signifier),
    • logique (intentions) et
    • ontologie (modes d’être) ;
  • pense l’universel comme intention seconde concrète, paronymiquement liée à la nature commune, et prédicable «pour être d’intention» (pro esse intentionis).

(y)- En préambule, je dois préciser comment notre représentation du Sujet 𓁝𓁜 se déplace sur le cross cap (voir "syntaxe de l'entropologie"). Attention, l'écriture dépend de la voie (selon la voie ⇅ ou  ) suivie.

  • 𓁜 : posture ex post : permettant d'identifier un élément —objet, signifiant, concept— comme un "tout"
    => [α]𓁜 ou α𓁜
  • 𓁝 : posture ex ante : tournée vers "ce qui dépasse le Sujet" ou le conditionne; compris comme "la partie d'un tout":
    => soit 𓁝[α] ou 𓁝α ;
  • Un "choix" se comprend comme le passage d'un tout à une partie :
    => 𓁝[α][α]𓁜 ou α𓁜𓁝α (Note 5 sur l'habitus)
  • La "compréhension" d'un concept se représente par :
    => un "passage à la limite"  𓁝[β][β]𓁜 ou 𓁝β​​β𓁜;
    => corrélatif à l'arrêt d'un "automatisme de répétition" [α]𓁜𓁝[β] ou α𓁜𓁝β de niveau/ mode inférieur;
  • Un "jugement" exprime (en ♧) un choix sémantique ♡ :
    =>choix(♡𓁜𓁝♡)↓(𓁝♡(♧ ou ♢)𓁜)expression.

- Pourquoi ces rappels ?

- Parce que notre représentation du Sujet 𓁝𓁜 est fondamentalement "topologique" (sur les deux voies ⇅ & ⇆), et que je vais l'utiliser pour représenter une pensée qui, étant linéaire et unipolaire (un seul principe Unitaire), ne se représente pas elle-même en ces termes :

  • Platon est sur R;
  • Aristote est sur R;
  • Les néoplatoniciens ainsi qu'Avicenne sont sur R.

Cette mise au point étant fait, revenons à Avicenne (cf. ici dans  #28 Bis) et à son "intention universalis" en ♡ :

"L’universel n’est ni un faisceau d’impressions sensibles lié dans l’imagination et conservé dans la mémoire, ni un simple terme ou nom «collectif». Pour définir ce qu’est l’universel, Avicenne utilise un terme qui, à travers sa traduction latine, va marquer en profondeur toute l’histoire de la philosophie : l’universel est une «intention». Le mot «intention», en Latin intentio, qui rend les termes arabes ma «qûl et ma «nâ (pensée, mais aussi idée et signification), est généralement considéré comme un synonyme de concept." p. 228

À partir de cette "intention universalis", il vient immédiatement :

Les intentions :

  • Mouvement 𓁝♡𓁜 : les intentions premières comme des concepts de choses (par exemple «homme», «animal»)
  • Mouvement 𓁝♡𓁜 : les intentions secondes comme des concepts portant sur ces concepts (genre, espèce, différence, prédicable, etc.).

La nature selon Thomas d'Aquin

Maintenant, nous avons vu que Thomas introduit en [♻] une "nature" qui se décline, elle aussi, sur nos 3 modes (cf. "l'appréhension des quiddités") :

"...Il s'agirait donc, pour Thomas, de distinguer l'essence en fonction du mode (puisqu'elle se retrouve également dans "l'être" en ♧, dans un mouvement descendant par la Grâce de Dieu Trinitaire; ce qui permet de retrouver sa terminologie :

  1. comme partie (per modum partis):
    => posture 𓁝 qui peut concerner 𓁝♡ ou 𓁝♢;
  2. comme séparée (en tant que «chose» existant hors des singuliers) ;
    => en mode ♡ ou ♢ ;
  3. comme tout (per modum totius), c’est-à-dire :
    1. en elle-même (selon sa «raison» propre),
      => en 𓁜;
    2. selon l’être qu’elle a en ceci ou en cela, c’est-à-dire :
      1. selon l’être qu’elle a dans les singuliers,
        => en 𓁜;
      2. selon l’être qu’elle a dans l’esprit
        => en 𓁜."

Toute la problématique étant de passer de l'une à l'autre :

  • À la manière d'Aristote R, par abstraction :
    => 
  • À la manière d'Avicenne R : par émanation du "donateur de formes":
    => 

Le hiatus :

1/ Les deux démarches, d'Aristote  et d'Avicenne /  sont "bouclées" sur notre cross cap Imaginaire, c.-à-d. qu'elles permettent, chacune à sa manière, de développer une représentation cohérente du monde (le Sujet tourne en boucle dans son Imaginaire comme un hamster dans sa cage) ;

2/ Thomas mixte les deux approches tout en récusant le fondement purement transcendent du cheminement d'Avicenne (i.e;: le donateur de formes, qui explique la similitude des points hauts (la théorie des deux sujets en & ♡), rappelant (superficiellement) le premier tronçon  du chemin de Platon soit [⚤][♻].

- Mais l'intention est clairement d'Avicenne    ?

- Oui, maintenant, il y a un embarras dans la conception de l'objet qui mélange abstraction  et information d'une essence indifférente ..

- Il dégage en touche avec l'ontologie trinitaire, non ?

- C'est une hypothèse à vérifier. Nous avions vu ici chez Thomas ce fondement ontologie  du sujet sensible, en ♡ ; là où Avicenne posait son "existence" :

- Je te propose un rapprochement simple : "l'homme est à l'image de Dieu"...

- Et donc ?

- Il faut qu'il "soit" !

  Credo  ♡   Père ≡ Âme
         
Image ≡ Fils
Art
  Esprit
être
≡ corps

Ce qui permet à Thomas de voir de l'ontologie partout :

  • En ♡♻ : la "nature" en son essence;
  • En ♻ :  la "nature" dans le singulier;
  • En ♢: la "nature" d'objets déjà soustraits à la matière (la forme tirée de la substance d'Aristote)

 - D'après ton interprétation ça a l'aire te tenir : il serait purement en R ?

- Ça ressemble malgré tout à un bricolage cherchant à :

  • Garder une démarche immanente (Aristote);
  • Récuser la démarche transcendante de Platon en gardant sa symétrie entre niveaux [♻] et [[⚤] (le rapport du un au multiple);
  • Récupérer la démarche d'Avicenne tout en récusant l'aspect transcendant, l'illumination, les deux sujets, remplacer l'existence de l'objet par l'ontologie;
  • Intégrer le credo de la trinité (un schéma plutôt stoïcien au demeurant)

- Je pense qu'il est temps d'aller voir de près ce qu'il en est advenu chez les Modistes.

LA DOCTRINE MODISTE DES INTENTIONS

 

- L'auteur commence par retracer l'historique des intentions sur laquelle je ne m'étends pas, pour arriver à un distinguo introduit par les scolastiques entre les intentions et les "suppositions", sans doute lié à leur façon de structurer les "disputes" et de former des syllogismes.

"La distinction des «suppositions» n’est que partiellement liée à la problématique des intentiones. Elle a ainsi un développement autonome : théorie des suppositions et théorie des intentions couvrent des domaines aussi distincts que le sont originairement les problèmes de référence et de signification." p. 364

Nous l'avons vu en introduction : la différence tient au sens de parcours. Dans la voie des mots (qui seule nous occupe ici ) :

  • Une supposition se termine en posture 𓁝 :
    => α𓁜𓁝β;
  • Une intention commence par un choix pour s'actualiser en posture 𓁜 :
    => β𓁜𓁝βα𓁜.

Ceci sera d'importance lorsque nous arriverons à Occam, et je te propose de garder cette perspective en tête, sans nous y attarder pour l'instant. Ce qui nous importe ici, c'est que l'histoire va tendre à limiter l'intention au seul niveau [⚤].

- Pourquoi nous parler ici d'Occam ?

- À cause de la réflexion suivante de l'auteur :

"Si, comme l’affirme Occam, les «intentions» sont des «entités mentales qui, de nature, signifient quelque chose» (entia in anima nata significare aliquid), on peut effectivement se demander si ce ne sont pas de pures «fictions» (figmenta), de simples «êtres de raison» [ce que nous venons de voir]
en ce cas, il n’y a aucune distinction réelle entre premières et secondes intentions, concepts de choses et concepts de concepts),
mais comme, en tant qu’actes d’intellection, on ne peut pas ne pas leur attribuer un certain mode d’être spécifique, dès la fin du XIIIe siècle, l’habitude est prise de s’interroger sur le statut ontologique des intentions, spécialement des intentions secondes : «Sont-elles quelque chose ou rien ?», ce qui, du même coup, détermine une étape spécifique dans l’histoire des universaux." p. 365

J'ai sans doute surdéterminé le discours en distinguant les intentions premières et secondes au niveau [⚤] (voir ci-dessus).

- Tu parles des intentions premières que tu représentais par 𓁝♡𓁜 ?

- Oui : il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas encore de théorie d'un "signe" aussi nettement séparé de l'objet. Ici, a priori, le "concept" est pris pour "universel simple", que nous avions placé chez Aristote sur ce schéma :

Prédicat  ♡   actuel
universel composé  ♢   
universel simple   potentiel

Mais chez Avicenne, nous avons vu un renversement de perspective :

intention d'universalité  ♡   essence
universel composé    
universel simple   existence

- Et la question est : où sommes-nous ?

- Exactement. À la lecture d'Alain de Libera, il me semble que la distinction se fasse ici, selon une grille de lecture aristotélicienne:

  intellect agent
intentions secondes actualisation
    phantasma
intellect potentiel
intentions premières abstraction de la forme
  potentiel

- Ça semble cohérent avec l'intention de Thomas d'une démarche aristotélicienne et "Reale", et tu as une congruence entre les niveaux [⚤] et [♻] :

 
intentions secondes
     
intentions premières
 

- Sans doute, mais vois-tu de quelle façon, l'intention d'Avicenne a été retournée ?

- OK, et donc, Occam va de nouveau retourner la situation, pour limiter l'intention au niveau [⚤]?

- C'est en tout cas ce que nous pouvons imaginer à ce moment de notre lecture. Poursuivons.

Genèse des théories médiévales de l’intentionnalité

"Ce cadre général posé, l’évolution de la problématique des intentiones se déroule principalement au niveau de la définition de l’objet de la logique. C’est à l’époque des Summulae dialectices de Roger Bacon (vers 1250) que la définition avicennienne de la logique («le sujet de la logique, ce sont les intentions secondes en tant qu’appliquées aux intentions premières») fait son entrée." p. 366

- J'avoue avoir eu du mal à situer la logique en ♢ (note 1), mais bon, il faut savoir s'adapter.

- Remarque que cet effort pour tordre tes habitudes rend tout de suite le discours plus cohérent : dans une approche Reale, les intentions sont de niveau [♻], comme la logique qui permet d'articuler les concepts seconds (tirés des fantasma) à partir des concepts premiers.

- Toujours est-il que le grand sujet à la mode sera de distinguer grammaire et logique :

  • En ♢ : la logique ;
  • En ♢ : la grammaire.

Et donc, en premier de définir l'objet de la logique :

"Au XIIIe siècle, la détermination de l’objet de la logique, véritable lieu commun épistémologique, se fait en trois directions :

  • a/ distinction avec la grammaire, dans l’opposition entre
    • les intentions secondes reliées par l’intellect aux propriétés des choses (intentions logiques) [i.e.: en ♢ ] et
    • les intentions secondes considérées comme propriétés des noms des choses (intentions grammaticales) [i.e.: en ♢ ] ;

(x)- C'est différent de ce que tu avais écrit ?

- Effectivement : considère que la discussion bat son plein à l'époque et que les concepts cherchent leur place. En l'occurrence tu peux considérer que l'intention seconde que j'avais placée en ♡, se trouve immédiatement "nommée" dans la jointure ♡/♧, (dans une approche R) pour être l'objet de la grammaire en ♢

  • b/ distinction avec la physique, assignée au niveau du genre d’abstraction effectuée :
    • «abstraction d’une intention à partir d’une chose», ce qui est le mode de détermination de l’étant physique, [i.e.: en ♧ ]
    • «abstraction d’une intention à partir d’une intention», ce qui est le mode de détermination propre à la logique  [i.e.: en ♢ ];
  • c/ distinction avec la métaphysique, qui, dans le genre et l’espèce comme principes des accidents, reconnaît des «essences simples et séparées», ou intentions premières, alors que la logique n’y voit que des intentions secondes fondées sur ces essences.

Cette triple distinction, qui suppose l’entrée du corpus aristotélico-avicennien, a un invariant : quel que soit l’aspect considéré, l’objet de la logique reste constitué par les intentions secondes." p. 366

- Au point c/ j'ai eu un moment de flottement en pensant que si la physique était de niveau [♻], la métaphysique devait être de niveau [⚤]. C'était oublier que l'ontologie baigne la physique comme la métaphysique (Note 2). Plus sérieusement :

  1. La physique :
    • Intentions premières : ♧: on part de la substance (Aristote)pour en abstraire la forme;
    • Intentions secondes : ♢: l'intellect agent applique la logique à l'intellect potentiel;
  2. La métaphysique :
    • intentions secondes : ♢: on ne traite que des concepts déjà constitués.

- Je note qu'inconsciemment tu parles des intentions dans un mouvement , alors qu'en introduction tu en parlais comme de l'intuition du Sujet, en mode ♡ ?

- Effectivement, il y a ici superposition de concepts qui furent définis dans des contextes différents. En distinguant physique & métaphysique, il est assez naturel de se retrouver dans les pas d'Aristote...


Le 05/ 02/ 2026 :

- En relisant mon texte sur l'objet de la logique, j'ai ajouté un petit commentaire (cf. (x)), que la suite commande de développer.

Roger Bacon est complètement dans l'approche b/ et c/, mais le débat va évoluer vers a/ :

"En fait, comme les noms signifiant des choses, ce sont des expressions «catégorématiques» (i.e. qui signifient «par elles-mêmes»). La différence entre les intentions réside uniquement dans le fait que les universels logiques ne sont d’aucune catégorie (non sunt in predicamento), bref «n’appartiennent pas au monde réel» et n’ont qu’un être purement intentionnel, un «être dans l’âme» (esse in anima). Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, la question du statut ontologique des intentions secondes se développe dans un contexte plus psychologique, en liaison avec la théorie des trois opérations de l’intellect." p. 367

Et ma petite note de ce matin va sans doute nous être utile pour suivre cette évolution.

- Un petit schéma ?

- Précisons le sens de la jointure / en modifiant le schéma précédent de cette façon :

      Roger Bacon
    intentions secondes
catégories   intentions premières
Universaux    
Grammaire <= Logique

Il y a fort à parier que la logique en [♻] chez Roger Bacon, va évoluer vers la grammaire, retrouvant ainsi ce qu'Avicenne avait développé à partir de l'intentio universalis, en ♡ sur .

- Avec une confusion entre les "intentions" des uns et des autres ... 

Simon de Faversham :
 La théorie des intentions et la distinction des trois opérations de l’esprit

"L’intention première n’est ainsi rien d’autre que l’intellection d’une chose dans ce qu’elle est, par exemple homme subsumé par un «concept essentiel» (sub intellectu essentiali) [i.e.: ]. C’est cette intellection essentielle de la réalité humaine, cette intuition de l’essence homme, qui est dite intentio prima. En revanche, l’intellection d’homme comme espèce [i.e.: ] ou définition est une intentio secunda. L’intuition de l’essence, identifiée par Simon à l’intention première, n’évoque pas d’emblée l’intuition de l’essence avicennienne dans son «indifférence» et sa séparation éidétique, mais plutôt ce qu’Aristote appelle l’«intellection des indivisibles»" p. 370

- Je crois que nous sommes ici à la charnière ♡/ :

  • Intuitio prima : restant en ♡, toujours appréhendée selon Aristote R et non Avicenne R↓ (son essence indifférente);
  •  Intentio secunda : passant dans le domaine du langage ♧⚤ avec sa définition grâce à l'usage d'une grammaire ♧ pour avoir un sens ♢.

"De fait, Simon propose sa classification des intentions à partir d’une distinction des trois opérations de l’intellect précisément extrapolée d’Aristote (De an., III 6, 430a26-28) :

  • appréhension des simples,
  • composition et division,
  • ratiocination

un topos que l’on trouve déjà dans la Lectura Tractatuum de Guilhem Arnaud, qui définit la première opération de l’intellect comme «appréhension des quiddités simples» [i.e.: en ♡]– et il distingue trois types d’intentions secondes («simples et incomplexes», «composées ou complexes» et «plus complexes») d’après cette même division.

  • Les intentions secondes du premier type, par exemple celles de genre et d’espèce, sont fondées sur des objets (obiecta) eux-mêmes simples et incomplexes, l’animal, l’homme, qui, tous deux, sont «quelque chose de simple » (quid simplex), un indivisible au sens aristotélicien du terme. Elles sont simples parce qu’elles découlent de la première opération de l’intellect qui est l’«appréhension des réalités simples» (simplicium apprehensio). [i.e.: mouvement ]
  • Les intentions secondes du deuxième type, par exemple celles d’énoncé ou de proposition, sont fondées sur des objets «composés et complexes», c’est-à-dire sur l’inhérence d’un prédicat à un sujet. À ce titre, elles relèvent de la seconde opération de l’intellect qui est la composition et la division des réalités simples.[i.e.: en ]
  • Enfin, les intentions secondes du troisième type sont fondées sur des objets «plus complexes». Ce sont les intentions correspondant à un enchaînement de propositions ou d’énoncés : raisonnement, syllogisme, lieu ou argument. Comme telles, elles découlent de la troisième opération de l’intellect : la ratiocinatio. [i.e.: mouvement ]" p. 371

Ce que l'on peut assez facilement, me semble-t-il situer de cette façon :

Simon de Faversham
intentions secondes   intentions premières
3e type   quiddités
2e type    
1er type    

Paronymie et intentionnalité : la thèse des modistes

"Simon établit un parallélisme strict entre le problème de la signification des paronymes d’accident et celui de la signification des intentions secondes du premier type. Un nom d’accident signifie à la fois un sujet individuel (une res subiecta) et une forme accidentelle : le nom «blanc» détermine en même temps l’intellection de la blancheur comme forme accidentelle et celle de la chose qui «supporte cette forme»." p. 372

- Ici, Simon axiomatise le passage ♡/ : le mot "blanc" en ♧ implique l'existence d'une "chose qui supporte la forme" en-dessous de la quiddité en ♡; soit en ♻ (la blancheur) ou en ♧ (ce cheval blanc). (Note 3)

Maintenant, il semble qu'il y ait un glissement dans le sens de "l'intentionnalité" :

  • Jusqu'à présent, l'intentionnalité était dans le "sujet sensible" ♧, se traitant par la logique en ♢. Il en découle que l'auteur du discours en ♡ est lui-même mû par son intentionnalité, au titre de sujet sensible particulier.
  • Cependant, et c'est là où il y a glissement, son intention verbale, passe par la grammaire, en .

- Tu veux dire que la paronymie implique un parallélisme entre la logique en ♻ et la grammaire en ?

- Ce sont (localement) les deux faces d'une même position sur notre ruban de Moébius R. Vérifions-le :

«Par le genre animal, j’intellige une intention [il s'agit de l'intention de l'auteur en ♡] et en même temps l’animal qui est la chose sujet de cette intention.» [i.e.: ♧]
Dès lors, la comparaison avec la signification [i.e.: en ♡] des paronymes d’accident commande toute la doctrine de l’intention seconde du premier type [i.e.: ♧]
«Il est donc clair que par un genre logique [i.e.: ♢] nous n’intelligeons rien d’autre qu’une intention seconde [i.e.: de niveau [⚤]] causée par l’intellect [i.e.: en ♡], appliquée à une chose intelligée [i.e.: ♢] et dénotant [i.e.: / ] une nature essentielle et quidditative [i.e.: ♡] relativement à des sujets formellement et spécifiquement distincts.[i.e.: ♧]» p. 372

- Hum, il y a plusieurs lectures possibles ! Tu places la logique en ♢... Et puis l'intellect de Simon en [⚤] n'a plus rien à voir avec le duo intellect actif—♡/♢passif des Parisiens !

- Oui, il faut vérifier dans le texte :

"Le genre est une intention seconde parce qu’il est un «être de raison», un «être logique». L’intention seconde est «causée par l’intellect», car son être est un être intentionnel et non pas un être réel." p. 372

Cette phrase n'a de sens qu'en situant les termes de "raison", "être de raison", "intellect" "être intentionnel" au niveau [⚤] , je pense que cela devrait lever tes doutes, non ?

- Soit, mais ça fait une sacrée évolution !

- C'est pour cela qu'il est important de bien prendre conscience de cette évolution marquant la séparation des mots et des choses, même si pour l'heure leurs voies sont encore parallèles et non orthogonales ! Et dès cette séparation, la voie des mots est subordonnée à l'intention de l'auteur ! (Note 4)

Être, intentionnalité et référence

"Concernant les différents types d’être, Simon distingue :

  • l’«être dans les sujets» (esse in suppositis),
  • l’être d’intention (esse intentionis)
  • l’être d’essence  (esse essentiae).

Cette distinction marque l’apogée de l’influence d’Avicenne sur la psychologie intentionnelle médiévale, notamment par la reprise de la notion controversée d’être d’essence." p. 373

- La controverse concernant l'être dans l'essence se comprend assez bien :

  • Pour Avicenne, en R :
    • On part de l'"essence indifference" en ♡;
    • Qui l'on "habille" d'accident en ♢;
    • Pour trouver le sujet sensible "existant" en ♧;
  • Depuis Nicée et la trinité : le sujet sensible "est" corps et âme :
    • L'être est dans le sujet (esse essentiae) en ♧

Donc il y a un télescopage entre l'être dans l'essence d'Avicenne et l'être dans le sujet des scolastiques.

- Mais ils se retrouvent sur l'être d'intention <=> intention universalis ?

- Oui, toute activité créatrice est essentiellement un bricolage de choses à portée de main. Ici  on garde l'intention, et on oublie le "donateur de formes", avec en prime un rapprochement entre "intention" et supposition (cf. (y) en préambule).

"La réalité de l’universel est donc liée à sa «prédicabilité de plusieurs suppôts». Elle se définit par l’aptitude, au sens où, l’universel étant ce qui est «apte de nature à être prédiqué de plusieurs», il a une réalité de prédication. Le réalisme de Simon est celui de la prédicabilité de l’essence, qui fait d’elle un «universel réel de prédication» (universale reale predicationis) : une réalité qui n’est ni celle d’une chose ni celle d’une propriété dans les choses. La réalité de l’universel est d’être vérifiable d’autres réalités quant à «l’être de l’intention», pro esse intentionis." p. 374

Il y a là quelque chose d'intéressant à souligner : alors que l'on vient d'introduire la relativité du discours par rapport à l'intention de l'auteur, ce qui le rend "substantiel" c'est son universalité. Une "universalité déjà chez Avicenne, que l'on retrouvera chez Kant, et jusqu'à nos jours avec la propriété universelle, et le principe de conservation...

Intentionnalité et ontologie

- L'auteur revient au fondement aristotélicien de la démarche, ce qui me donne l'occasion de reprendre mes petits schémas :

  • "la doctrine de la signification exposée au premier livre du De interpretatione (16a6-7 : «Les sons vocaux sont les signes des concepts de l’âme, et les concepts sont les signes des choses ») ou de celle de
Aristote
    concepts
     
sons vocaux   choses
  • l’espèce intelligible formulée au troisième livre du De anima (8, 431b30-432a1 : «Ce n’est pas la pierre elle-même qui est dans l’âme, mais la forme, species, de la pierre »)." p. 375
Aristote
    âme
    species
    pierre

- OK : toute la manoeuvre va donc consister à passer la hiérarchie choses/ species/ concepts du niveau [♻] (en re) au niveau [⚤] (de rem) et le concept devient signe ?

- Oui : avec l'ontologie en [♻] et l'intentionnalité en [⚤].

- À ceci près que chez Avicenne, l'intentionnalité part dans l'autre sens R

- Bah oui... 

- Et où est le symptôme de ce décalage ?

- En ♧ naturellement :

  • Chez Aristote, le nom est le signe (paronymique)de la chose : ♡/;
  • Chez Avicenne : il y a un ajustement du signe à la quiddité : ♧/.

- Cette inversion de sens ne te posait pas problème dans le schéma de Platon ?

Platon
monde des idées [⚤] [♻] Un
       
monde sensible [⚤] [♻]  

- Parce que chez lui, il n'y avait pas de questions de ce type. Lorsque Socrate demande à Ménon s'il saurait dire en quoi les abeilles sont "semblables en tant qu'abeilles", il suffit qu'il réponde oui, pour que Socrate n'ait aucun doute qu'il le sache... Depuis Platon, la vérité n'est plus si sûre, et la casuistique, qui commence à se développer au sein de l'Église, a de beaux jours devant elle...

- Bref, le signe s'émancipe de son référé ?

- Michel Foucault nous rappelle malgré tout qu'à la Renaissance encore, la séparation n'est pas nette (voir le système de signatures).

- OK, et si tu avançais ?

"... Or le signe conceptuel aristotélicien est un invariant (il est «le même» chez tous les hommes), contrairement aux mots (qui varient d’une langue à l’autre), parce que, pour Aristote :

  • le rapport existant entre les mots et les concepts est conventionnel (il relève d’une impositio), alors que
  • celui des concepts aux choses est naturel, c’est-à-dire fondé sur une ressemblance.

Pour Aristote, le concept est donc une similitudo rei. C’est cette similitudo que les «intentionnistes» s’efforcent de déconstruire en introduisant l’idée nouvelle de l’intentio rei comme présence intentionnelle de la chose même. La présence intentionnelle est destinée à éliminer la «forme-similitude » d’Aristote : l’invariance du concept ne tient pas à sa «ressemblance» avec la chose extérieure, mais à la possibilité pour l’âme de se rendre présentes les choses intentionnellement." p. 375

- J'ai eu un doute, vite levé (suivre le lien) concernant "l'intentio rei", parce que cela me paraissait trop facile, mais oui : il s'agit bien du pointage complémentaire ♡/

Modistes
  paronymie   
intention   concept
imposito    similitido rei
mots   sujet sensible
  intentio rei   

- En résumé : la paronymie/ appelle l'intentio rei ♡/ pour boucler le circuit R ?

- C'est un moyen efficace d'éliminer l'imposito , en bouclant un parcours sans heurt en R.

Présence intentionnelle et objectité

"On retrouve donc chez eux [Les Modistes], portée à son maximum de systématicité, l’idée d’une détermination des intentions secondes comme caractérisation «transcendantale» des choses, réglée par le topos de la triple activité de l’intellect : «Ce sur quoi porte (Gegenstand) une intention seconde n’est pas un objet en soi (ein Objekt an sich), mais un objet considéré dans sa relation avec d’autres objets.» Pour faire face aux contraintes du modèle sémantique d’Aristote, et le dépasser, la doctrine de l’intention est ainsi complétée par une doctrine de l’imposition qui pose de manière nette l’idée d’un mouvement de l’intellect vers son objet." p. 376

- Je te laisse imaginer tous les développements philosophiques qui vont puiser à cette source !  Retenons pour l'heure :

  • Que là où l'existence de l'objet (au plan physique) était commandée par le donateur de forme (son intention) chez Avicenne ♡;
  • C'est maintenant l'intention de l'Auteur qui "transcende" l'objet ♡/ (visant sa quoddité);
  • Le sujet sensible "est" en ♧, par la grâce de Dieu (ontologie sur un plan métaphysique où ♡).

Le 06/ 02/ 2026 :

Pierre d’Auvergne : l’intentionnalité comme orientation vers les choses

"Pour Pierre d’Auvergne, les noms sont imposés par l’intellect aux choses qu’il saisit par un acte d’intellection. Mais l’intellect a deux façons de s’orienter vers les choses (supra res ipsas intellectus duplicem habet motum).

  • Le premier mouvement est celui par lequel l’intellect s’oriente vers les choses directement ou immédiatement. Par ce mouvement, il acquiert la connaissance de la nature des choses auxquelles il impose un nom. Cette «nature» est la quiddité, et le nom imposé lui-même est un nom de première intention («homme», «animal», «Socrate»), car il signifie «le concept de l’intellect orienté de manière première vers la chose même (in rem ipsam primo intendentis)».
  • Le second mouvement est celui par lequel l’intellect s’oriente vers une chose «déjà appréhendée», pour y rattacher les «conditions» de la considération desquelles dépend l’attribution d’un nom de seconde intention ou «nom universel».

Le thème de l’intentionnalité est donc ici intrinsèquement lié à celui de l’activité, ou mouvement (motus), par laquelle l’intellect s’oriente vers les choses."  p. 377

- Cette dualité de mouvements semble conforter ce que nous avions déjà identifié :

Pierre d'Auvergne
intention première   intention seconde
  paronymie        paronymie   
intellect   nature
quiddité
  intellect   nature
quiddité
        conditions    
mots    sujet   mots universaux   sujet
  intentio rei        intentio rei   

Le "mot universel" peut être vu comme la confirmation d'une proposition ♡/, lorsqu'il "revint en place" après bouclage d'un tour de circuit i.e.: ♡/.

Dans cette interprétation d'Aristote, l'intellect s'est dépassé de ♡("l’impression psychique, ou passio animae") vers ♡, où il retrouve l'intentio universalis d'Avicenne; et :

  • D'une puissance cognitive de l'âme recevant "«des espèce exprimées dans la pensée», species impressa, species expressa –" :  ♧;
  • On passe à une intention orientée vers l'objet : ♡/.

Chez Pierre d'Auvergne le mouvement  ♡/, indique seulement une "orientation de l'auteur vers l'objet". La théorie évolue ensuite avec Duns Scot :

"C’est chez Duns Scot, Questions très subtiles sur la Métaphysique, VII, quest. 14, § 5, que la théorie trouve sa formulation complète, quand il affirme que «dans une puissance appréhensive, l’élément moteur n’a pas à être l’objet propre de cette puissance sous l’angle où il est moteur, mais l’objet sous l’angle où il termine ladite puissance », c’est-à-dire lui sert de terme, de pôle d’actualisation, de terminaison – ce qui revient à dire que «la puissance cognitive n’a pas tant à recevoir l’espèce de l’objet (recipere speciem obiecti) qu’à s’orienter vers lui par son activité» (tendere per actum suum in obiectum)." p. 378

  Alain de Libera marque ainsi très fortement un retour à Avicenne avec une séparation radicale des deux Sujets ♡ et ♡.

Raoul Le Breton : la structure de l’intentionnalité et la psychologie intentionnelle

"... il articule les distinctions courantes (celles de Simon de Faversham ou de Pierre d’Auvergne) en une véritable combinatoire où l’on retrouve le topos des trois opérations de l’intellect et la théorie sémantique des paronymes. Il peut ainsi faire jouer aux trois niveaux d’opération une même distinction entre l’abstrait et le concret, qui lui permet de résorber l’opposition triviale de l’intention [de niveau [⚤]] et de la chose.[de niveau [♻]] " p. 379

- En fait, nos schémas précédents ont un peu sur-déterminé les thèses de Pierre d'Auvergne, et nous revenons sur nos pas avec Raoul Le Breton pour construire le tableau final. 

"il soutient que toute espèce de connaissance dénomme son objet comme les accidents abstraits dénomment leur sujet, c’est-à-dire concrètement : Et ita semper cognitio denomi- nat suum obiectum, sicut accidentia abstracta denominant suum subiectum." p. 380

Nous avons bien ici l'identification de nos deux niveaux [⚤] & [♻]; par ailleurs j'attire ton attention sur le terme "dénommer" son objet de discours, qui rappelle la posture 𓁜 se démarquant de la pensée mythique qui connote 𓁝  l'objet symbolique (cf. la forme canonique de Lévi-Strauss).

- Sauf que le passage d'Aristote en R↑ à Avicenne en R devrait conduire à une inversion de sens, non ?

- C'est ce que la suite nous dira sans doute.

- Hum... il semble qu'encore une fois je sois trop conditionné par mon propre entendement, pour avoir eu une intuition correcte du bon déroulement de la pièce qui se joue.

- De quoi parles-tu ?

- Notre approche n'a rien à voir avec l'ontologie du Sujet 𓁝𓁜, alors qu'ici, nous sommes dans un parcours purement "Reale", qui nous est étrangère, avec un questionnement quand à la "nature". Je voulais juste souligner ce recul en discutant du cheminement des Modistes.

  • Pour nous : le principe universel en ♡♻ est lié à la contravariance de la voie des choses ;
  • Pour les Reales : en   la montée ♧ est liée à l'abstraction d'Aristote et la connaissance en ♡ est universelle chez l'homme au sens où une "armée en débandade se fige" pour reprendre le concept de mouvement comme actualisation d'un potentiel chez Aristote (suivre le lien)

Une fois ceci bien présent à l'esprit, nous pouvons avancer sans nous perdre !

"La prima intentio in concreto est le couplage d’une res intenta et d’une prima intentio in abstracto. La nouveauté du programme «intentionniste» est manifeste dès cette définition. Une chose n’est pas dans l’âme, ni seulement sa représentation ou «similitude» : ce qui est «dans l’âme», c’est une intention première concrète. Cette correction n’est pas purement terminologique. Ce que veut dire Raoul, c’est qu’une chose est présente à l’âme

  • a/ en tant qu’elle est le pôle de sa visée, qu’elle est ce vers quoi l’âme est orientée, res intenta, et
  • b/ en tant qu’elle est visée à travers une idée correspondante, une intentio abstracta." p. 380

Je te propose cette interprétation, à discuter évidemment:

Raoul Le Breton
  paronymie   
primera intentio
in concreto
  primera intentio
in abstracto
     
    res intenta
  intentio rei   

- Il y a un déplacement de l'âme, de réceptacle passif en ♡, à actif en ♡?

- Oui et vois-tu l'implication ?

- On s'éloigne de la conception aristotélicienne du mouvement !

- Exact. L'intention première n'est plus dans le "sujet sensible" dont on perçoit le mouvement dont la "compréhension" nous arrive passivement par abstraction, mais dans l'oeil de l'observateur. Le circuit de l'intention se boucle par ♡/, et ensuite la raison va manipuler des concepts...

- En rejoignant Avicenne : ♡⚤ ?

- C'est ce que nous verrons. 

"À cette première intention d’une chose s’oppose, au niveau même de la première opération de l’intellect, la connaissance d’homme «en tant qu’il est en plusieurs» (in pluribus). La connaissance d’homme «en tant qu’il est en plusieurs» est la connaissance d’homme comme «principe d’intellection d’une pluralité», c’est-à-dire d’homme en tant que «repérable en plusieurs» (reperibilis in pluribus). C’est une connaissance relative (respectiva), ou relationnelle (in habitudine ad aliud), une intention seconde qui dépend de la première opération de l’intellect." p. 380

- Là il faut comprendre que la montée ♧ passe évidemment par le palier ♢ auquel sont attachées le genre et d'espèce comme attributs de la forme extraite de la substance dans ♧(désolé si c'est un peu répétitif, mais j'ai besoin de m'approprier les concepts par leur répétition: j'apprends). Donc, la "connaissance en ♡ est par nécessité celle de l'homme "en tant qu'il est plusieurs". 

- C'est un peu tiré par les cheveux : l'intention première serait individuelle et la seconde, découlant de celle-ci, serait universelle ?

- C'est du moins cohérent dans la démarche aristotélicienne... Et c'est grâce à cela que le bouclage ♡/⚤ peut de faire. 

"Mais cette intention seconde se divise à son tour en abstraite et concrète. 1. Cf. J. Pinborg, «Radulphus Brito’s Sophism on Second Intentions », Vivarium, 13 (1975), p. 141.

  • Est abstraite l’intentio secunda in abstracto, la connaissance d’homme «en relation à autre chose» ;
  • est concrète l’intentio secunda in concreto, la «chose ainsi connue», l’universel." p. 381

Ce qui nous complète notre schéma : ♢ 

Raoul Le Breton
  paronymie   
primera intentio
in concreto
  primera intentio
in abstracto
secunda
in abstracto
  secunda
in concreto
    res intenta
  intentio rei   

- "Et voici justement ce qui fait que votre fille est muette"...

- Oui, je sais, ce qui est "concret" s'obtient par "abstraction", et ce qui est dit abstrait est du domaine du pur langage... Il y a de quoi s'y perdre, mais nous assistons à mon sens à un moment important de la mue occidentale, et les efforts du papillon pour s'extraire de sa chrysalide sont considérables !

"Raoul réaffirme ainsi la systématicité du lien entre paronymie et intentionnalité : «Homme est une espèce» est une prédication paronymique (denominativa) au sens où, précisément, l’esse intellectum reste accidentel à la chose. L’universalité n’est prédicable qu’in concreto : «Quand je dis qu’“Homme est une espèce” je dis seulement que je saisis “homme” comme prédicable quidditativement de plusieurs numériquement distincts.»" p. 381

- Raoul Le Breton développe le parallèle entre les deux voies [⚤] et [♻] pour chacune des 3 opérations de l'intellect (nos 3 modes ♧ ♢ ♡) (cf. ci-dessus). Il articule donc un parallèle entre la grammaire en [⚤] et la "logique" en [♻]. L'une étant liée à l'autre grâce à un rapport paronymique. On peut retenir :

  • La "nature" en ♡;
  • Les "intentions" en ♡; le "réservoir des intentions forment l'habitus (Note 5).

 

"La thèse générale est simple : de même qu’un accident réel «dénomme» son sujet de deux manières différentes selon qu’il est pris in concreto («blanc») ou in abstracto («blancheur»), de même les intentiones «dénomment» leur objet ou fondement de deux manières, selon qu’elles sont prises concrètement ou abstraitement." p. 383

- Bon, nous avons déjà fait le lien entre les deux sur nos schémas précédents. la suite traduit la difficulté conceptuelle de cette "co-signification".

"«Si l’intellect saisit une chose sous un certain concept, il n’y a pas d’inconvénient à poser qu’il coïntellige à la fois ce concept et le fait qu’il intellige la chose même.» Il faut ainsi distinguer intelliger et coïntelliger, et de même signifier et consignifier, car, si c’est bien «la chose qui est signifiée par le son vocal, le concept et la raison d’intellection, sous lesquels la chose est signifiée, sont consignifiés par le son vocal»." p. 385

"Ce que veut préserver Raoul, c’est le parallélisme du réel et de la pensée,

  • des modi intelligendi [i.e.: [⚤]] et
  • des modi essendi [i.e.: [♻]] ,

tout en écartant l’hypothèse d’une action directe du sensible sur l’âme. Mais, tout en introduisant la considération des modes chère aux modistes, il maintient la psychologie intentionnelle dans le cadre de la théorie averroïste de l’abstraction." p. 386

- C'est ce qui ressort de ce que nous avons déjà vu.

- Cela mène à quelques impasses !

"La théorie de l’intentionnalité comme orientation vers un objet [i.e.: /] est donc finalement contredite par la théorie de l’origine de l’universel, parce qu’elle s’exprime dans le cadre de l’aristotélisme averroïste, qui pose que l’action de l’intellect agent s’exerce sur l’espèce imaginaire pour la dépouiller de son « idole sensible» [i;e.: ♢↑♡ ]..." p. 388

- Qu'il y ait des hiatus dans la représentation, on s'en doutait un peu. L'important, pour nous est de pouvoir éclairer la scène afin de voir y jouer les acteurs, sans rien laisser dans l'ombre. Il semble que ce soit le cas, et que nous pouvons comprendre le sens général de la représentation : se dégager aux forceps de ce qui est supposé se passer en [♻] pour "en parler" en [⚤], sans passer pour un Sophiste.

"La seconde question traitée par Raoul est intrinsèquement liée à la première. Mais, là encore, il offre deux solutions, dont l’une réintroduit la notion aristotélicienne du concept comme similitudo rei.

  • Selon la première, seules les intentions secondes de la première opération de l’intellect, c’est-à-dire genre, espèce ou différence, ont une réalité ontologique. [i.e.: en ♢]
  • Selon la seconde, toutes les intentions secondes ont une réalité (in predicamento sunt), mais cette réalité est atténuée, c’est celle d’«êtres faibles» (entia debilia)." p. 390

- Il y a un embarras évident à conserver toutes les catégories en ♢, nous en avons déjà maintes fois parlé, et l'on retombe sur une partition entre ce qui peut être ajouté (en ♢) et ce dont le sujet fait partie  (en ♢). Quant à la "réalité atténuée", cela à tout d'un cache-misère...

Avec un lien entre cette typologie et les intentions :

  • "La première solution consiste à rapporter les intentions à l’intellect qu’elles informent à titre d’habitus dispositif. Dans ce cas, ce sont de vraies réalités (vere res sunt).
  • La seconde consiste à les rapporter non plus à l’intellect, mais à la res cognita extérieure. De ce point de vue, la connaissance d’une chose n’ayant pas le même coefficient ontologique (entitas) que la chose connue, lesdites intentions seront, comme «similitudes des choses», ontologiquement inférieures à leurs objets.

Raoul ne tranche pas. Toutefois, il rappelle que la logique considère les intentions secondes prises au second sens, c’est-à-dire non pas en tant que dispositions ou habitus intellectuels, mais plutôt en tant que connaissances des choses." p. 390

Ce qui conforte notre représentation :

Raoul Le Breton
  paronymie   
habitus intentions    
    genre espèce accident
     
  intentio rei   

- Ouf ! nous voici au bout de ce chapitre... Je n'en voyais plus le bout.

- Que peut-on en retenir ?

- Que nous assistons ici à un mouvement de fond tendant à séparer la "voie des mots" ⇅ de la "voie des choses" . Mais il ne s'agit pour l'heure que d'émanciper le "langage" en [⚤] de ce qui "est", puisque depuis le concile de Nicée, le niveau [♻] est férocement "ontologique" !

- La suite au prochain numéro !

- Amen.

Hari

Note 1 :

- Cette lecture m'a obligé à une grande remise en question de mes propres a priori pour comprendre de quoi il retourne !

  1. Je suis formaté pour comprendre la logique comme un "langage", et d'une façon très générale "les mathématiques" comme un langage au niveau [⚤] (i.e.: basé sur des "axiomes"  choisis en ♡ et l'utilisation d'une "syntaxe" ♢ sur des "signifiants"  ♧ );
  2. Or ici, la logique concerne directement les "objets", au niveau [♻] !

- Mais nous avons déjà vu, chez Thomas dernièrement, qu'il n'y a pas de conscience d'une spécificité de la logique au niveau [⚤] et qu'implicitement, les scolastiques s'attendent à ce qu'elle s'applique au niveau [♻]. Il faut donc oublier qui tu es —si faire se peut. Les choses en deviendront plus simples !

- OK, je vais quand même préciser le niveau de cette logique, pour m'en souvenir; donc :

  • En ♢ : la logique ;
  • En ♢ : la grammaire.

Note 2 :

J'étais parti sur une voie de garage :

- Est-ce que le niveau [⚤] serait celui de la "métaphysique" ?

- Dans la mesure où chez Aristote / l'exploration du niveau [⚤] succède  au niveau [♻] —défini ici comme celui de la physique— ce ne serait pas idiot. Vérifions (suivre lien ici). Perplexité se fait un peu tirer l'oreille, et reviens toujours sur cette définition de la métaphysique :

"— 🤖 : La métaphysique est une « philosophie première », distincte de la physique, parce qu’elle étudie l’être en tant qu’être et les causes ultimes, tandis que la physique étudie un certain genre d’êtres, à savoir les êtres naturels, matériels et soumis au mouvement."

Ce qui n'arrange pas mes bidons, dans la mesure où l'ontologie aurait tendance à se situer au niveau [♻], mais en insistant, l'I.A. lâche le terme de Logos, et je suis le lapin dans son terrier :

"— 🤖 : Le mot grec logos est fondamentalement polysémique; il combine l’idée de «parole/discours» et celle de «raison/structure intelligible».[1][2]

  • Sens de base du terme
    • Étymologiquement, logos signifie «parole», «discours», mais aussi «raison», «concept», «explication» ou «principe».[2][3][1]
    • Dans la tradition philosophique grecque (d’Héraclite à Aristote), *logos* peut désigner à la fois un discours rationnel et l’ordre rationnel des choses, l’articulation intelligible du réel.[3][4][5]
  • Chez Aristote en particulier
    • Chez Aristote, *logos* renvoie, selon les contextes, à la faculté rationnelle de l’âme humaine, au discours argumenté (en rhétorique) et à la «définition» qui exprime l’essence d’une chose (le *logos* de ce qu’elle est).[5][6][1]
    • On peut donc dire, en condensant : le logos est la capacité de formuler un discours rationnel qui expose la structure d’une chose, et ce discours réfléchit en même temps la structure rationnelle du réel lui‑même.[4][6][1]" (Sources : suivre le lien)

Donc :

  1. Physique et métaphysique sont au même niveau [♻] (à cause de ce concept ontologique accroché à la métaphysique ET à la physique)
  2. Le logos, lui, est bel et bien de l'ordre de la parole  en [⚤] depuis la nuit des temps (Héraclite); et nous l'avions déjà placé en ♡ (cf. Aristote)

Note 3 :

- C'est la jointure complémentaire de celle ♧/ de Platon ?

- La problématique était différente : ici la démarche se veut immanente.

Note 4 :

Je ne voudrais pas insister lourdement mais quand même : dans notre syntaxe :

  • La voie des choses  est contravariante;
    => ne dépend pas des choix de l'auteur;
  • La voie des mots   est covariante;
    => dépend des choix de l'auteur.

Note 5

- Concernant l'habitus, de Libera en parle peu dans son texte, mais il est bon de le pointer ici comme le "réservoir" d'intentions du Sujet en ♡𓁜 ; à partir duquel il va faire des "choix" ♡𓁜𓁝♡ ou diriger son attention sur l'objet : ♡𓁜/𓁜.

"— 🤖: ... introduit explicitement la notion d’habitus comme manière de rapporter les intentions secondes à l’intellect qu’elles informent «à titre d’habitus dispositif» (Raoul le Breton, modistes). Ici, l’habitus est brièvement caractérisé comme mode d’être des intentions dans l’esprit, mais là encore, il ne consacre pas de section autonome à une «théorie de l’habitus» modiste.
Donc, dans ces pages, il est bien question d’habitus :

  • chez Thomas, à propos des dispositions intellectuelles et de l’habitus des principes ;
  • chez les Modistes, à propos des intentions secondes en tant qu’habitus de l’intellect ;

mais toujours à l’intérieur d’analyses centrées sur les universaux et la théorie de la connaissance, non comme thème principal isolé."

 

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