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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

De l'hypostase

- Après un certain temps mis à digérer "la solution linguistique du problème des universaux chez Abélard", dixit de Libera, j'attaque donc gaillardement ce matin au petit-déjeuner la suite : "Un autre réalisme : l'Ars meliduna".

Je bloque immédiatement sur "Ars meliduna", d'où un petit tour sur Google, qui me renvoie via Wikipédia à Robert de Melun mort en 1164.

"Robert de Melun est un "réiste", proche des noministes (comme Pierre Abélard). Il voit dans le discours une intention plus qu'une réification. Ses disciples écrivirent un Ars meliduna (Art de Melun), qui eut une grande influence. Les Menuniens affirment que l'institution des voix n'a pas été faite pour signifier mais seulement pour appeler." Wikipédia

C'est donc un élève d'Abélard. Mais je surfe dans Wikipédia, comme jadis enfant je feuilletais les pages du catalogue Manufrance chez mes grands-parents : on regarde les articles de camping, pour finir par ce demander quelle peut être la différence entre le canon d'un fusil Robusta "demi shock" et celui du Simplex "shock".

- Arrête de faire le vieux, et dis-nous pourquoi cet article sur l'hypostase.

- En survolant cet article de Wikipédia, mon regard bute sur le synode de Reims en 1148 au cours duquel Robert a oeuvré à la condamnation de Gilbert de la Porrée (ou Gilbert de Poitiers). D'un clic, je me porte sur icelui, pour découvrir qu'il est Réaliste, et qu'il a participé lui-même à la condamnation d'Abélard lors du concile de Sens en 1141.

"On dit que l'accusé, l'ayant aperçu, lui lança ce vers d'Horace : Nam tua res agitur, paries cum proximus ardet («Quand le feu est à la maison voisine, vous pouvez craindre pour la vôtre»). Wikipédia

- Tu nous amuses, là ! Par pitié ne nous fais pas étalage de ton ignorance.

- Il n'est pas question de cela, mais de ma prise de conscience que tout ce petit monde est formé d'ecclésiastiques, et que la querelle des universaux n'est que la partie philosophique d'une préoccupation autre, à savoir faire coller l'approche philosophique Grecque à des préoccupations d'ordre religieuses, et au premier chef de comprendre la nature de Dieu.

- Oui, merci, c'est la définition même de la scolastique.

- Et bien, je n'en avais pas trop conscience, focalisé comme je le suis par ce problème des universaux. Et puisque j'y étais, j'en ai profité pour rechercher d'où venait cette idée de "Sainte Trinité".

- C'est sans doute le moment puisque nous sommes le Vendredi Saint, à l'approche de Pâques.

- Le hasard as usual... Bref, voici ce que je trouve, toujours sur Wikipédia :

"Dans le christianisme, la Trinité (ou Sainte Trinité) est le Dieu unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, égaux, participant d'une même essence divine et pourtant fondamentalement distincts. Le terme Trinitas (= tri + unitas) est forgé en latin par Tertullien (155-220). La croyance en la Trinité est le principe fondateur commun aux principales confessions chrétiennes : catholicisme, orthodoxie et protestantisme.

Le fondement de cette doctrine est exprimé dans le synode de Nicée. Le concept de «Trinité» ne figure pas explicitement dans le Nouveau Testament, mais les trois personnes y sont nommées et s’y manifestent à plusieurs reprises, dans leur distinction comme dans leur unité.

Pour la théologie chrétienne, ces trois personnes, ou hypostases, constituent le Dieu unique sous forme de Trinité." Wikipédia

Je m'attendais plus ou moins à un rappel des dieux trinitaires chers à Dumézil, mais passons, ce n'est pas le sujet : ici, Trinité renvoie à hypostase, terme que je ne connais pas, d'où un nouveau clic :

"Le terme hypostase vient du mot hypostasis, terme latin qui à son tour vient du grec ancien ὑπόστασις/hupóstasis, qui désigne «l'action de se placer dessous». La signification étymologique du substantif «hypostase» serait donc «ce qui est placé en dessous». Il a comme doublet en français le mot «substance» (sub-stantia). En partant de la même origine étymologique, le terme «hypostase» a été repris dans différents domaines." Wikipédia

Là, franchement je me traite de gourde !

- À quel sujet ?

- Substance ! Je me prenais pour un petit malin d'avoir compris que la substance s'exprime en posture ex ante en suivant péniblement Aristote à la trace : 𓁝[♲], alors que c'était déjà là, dans l'étymologie même du terme sub-stantia.

Par ailleurs, l'étymologie de hypostase renvoie directement à l'action de mettre sous, et donc implicitement à la posture de l'acteur, ici ex ante 𓁝; et tu fais immédiatement le parallèle entre :

  • La posture propre à la substance 𓁝[♲];
  • et celle propre à l'appréhension de la nature de Dieu 𓁝[∅], ou plus spécifiquement, dans une philosophie ayant un principe Unitaire en position d'objet initial, la posture 𓁝[1].

Tout ce qui je lis me conduirait facilement à une méditation sans fin, mais ce n'est pas là où je veux te mener aujourd'hui. Il y a un autre article Wikipédia qui nous ramène à notre sujet : "hypostase (métaphysique)".

Dans le néopythagorisme :

"Avant le néoplatonisme, Eudore d'Alexandrie (fondateur à Alexandrie, vers 40 av. J.-C., du néopythagorisme) posait un principe fondateur, absolument transcendant, et ensuite une paire d'opposés qui en découleraient :

  • la Monade (limite, forme) et
  • la Dyade (illimité, matière),
  • constituant le second Un.

Tandis que

  • la dyade serait l'archétype de la matière,
  • la monade serait celui des Idées.
  • L'une et l'autre s'intègreraient dans le Logos, dont l'action sur la matière réaliserait l'univers.

Dans cette succession de

  • l'Un suprême,
  • de l'Un composé (de monade et de dyade),
  • puis du Logos comme unité d'une multiplicité,

se manifesterait la présence de «trois dieux ordonnés selon une hiérarchie». Les premières traces de cette notion triadique sont perceptibles dès les trois premières hypothèses du Parménide de Platon, ainsi que dans la lettre II du pseudo-Platon." Wikipédia

Est-ce que tu vois aussi clairement que moi dans cette présentation, ce qui de nos jours amène Grothendieck à voir "le topos comme le lit commun du discret et du continu" ?

- Ça ne saute pas aux yeux au premier coup d'oeil !

- Certes, mais il y a bien une filiation qui nous interroge sur notre propre capacité à envisager l'objet de notre attention.

Essayons d'avancer dans ce labyrinthe :

  1. Le "Un suprème" : pas de difficulté, c'est notre [♲]𓁝⇆𓁜[1];
  2. Le "Un composé", est la perception rationnelle [♲]𓁝⇆𓁜[1] de
    • Monade
    • Dyade
  3. Le "logo" étant l'équivalence entre les deux points de vue 𓁝𓁜

Or, cette équivalence est l'essence même du lien au coeur du concept de topos entre discret vu ex post 𓁜, et topologie vue ex ante 𓁝, tel que nous l'entendons actuellement.

- Je vois à peu près mais quid du couple "monade" et "dyade" ?

- Difficile de se prononcer doctement vu mon ignorance de cette philosophie, néanmoins, il semblerait qu'Eudore d'Alexandrie soit "moyen platonicien" dans une filiation qui conduira à Plotin :

"Mais, certains savants (dont J. Dillon, 1977)3 donnent pour fondateur Eudore d'Alexandrie (40 av. J.-C.), qui est extra-platonicien. D'autres avancent des caractéristiques différentes : le monisme de l'Un, surtout, par opposition aux tendances dualistes du dernier Platon ou de platoniciens. D'autres savants, comme M. Frede (1987), refusent de distinguer moyen-platonisme et néo-platonisme." Wikipédia

Pour m'accrocher à quelque chose de pas trop compliqué, je repère une discussion entre l'Un, le dualisme, et le multiple (pour nous recentrer sur Platon).

Dans une écriture moderne :

1/ Dans la dyade; le dualisme et le multiple s'inscrivent au niveau Imaginaire [⚤]:

  • Le dualisme dans l'objet discriminant de la logique du 1er ordre, avec le principe du tiers exclu (concevable par Platon) : (0;1)
  • Le multiple par la répétition du même : [1]⇅[⚤] selon un mécanisme largement discuté sur ce blog.

2/ Dans la nomade, l'Un qui est déjà le principe premier Unitaire en 𓁝[1], est également le "même" au plus près du réel [1]𓁜 (à la suite d'un choix dont nous venons de parler dans l'article précédent "La querelle des universaux #16").

Si ma lecture est correcte, alors le "Un composé" vu de [♲]𓁝⇆𓁜[1] provient de:

  • La monade vue en 𓁝[1];
  • La dyade vue en [⚤]𓁜.

Ce qui s'inscrit tout à fait dans la structure Imaginaire que nous avons déjà identifiée : ([1]𓁝⇅𓁜[⚤]𓁝⇅𓁜[♲]𓁝⇆𓁜[1]𓂀

- Soit et alors ? Il n'y a rien de bien neuf dans tout ceci...

- Je te rappelle que nous nous intéressons ici à cette trinité ou triade, bâtie à partir d'une monade et d'une dyade.

Nous sommes, avec des gens se réclamant de Pythagore dans une pensée fascinée par les nombres et la numérologie.

- Et ?

- Eh bien; là où je vois en [♲]𓁜 le topos qui permet le lien 𓁝𓁜, Eudore d'Alexandrie rapproche :

  • le "Un Suprême"  ([♲]𓁝⇆𓁜[1]𓂀
  • Du "Un composé" issu de deus processus :
    • S↑ : ([⚤]𓁝⇅𓁜[♲]⏩[⚤]𓁝⇅𓁜[♲]⏩𓁝[♲]𓁜𓂀
    • S↓ :  ([♲]𓁝⇆𓁜[1]⏩𓁝[♲]𓁜𓂀

Il y a, bien entendu un passage S↓ (de l'Un) / S↑ (à la Trinité) qui fait toute la dispute entre Platon et Aristote autour de 𓁝[♲]𓁜 ...

- Bon, soit, et c'est tout ?

- Le rapprochement que j'ai fait entre cette conception trinitaire et la trinité "catégorique" qui nous occupe en mathématiques topos/ continu/ discontinu me renvoie à ce que nous avons dit de la pensée mythique telle que rapportée par Lévi-Strauss dans sa forme canonique !

- Encore ?

- Oui, encore et toujours. Dans la Sainte Trinité, ce n'est pas le fils qui tue le père, comme dans le mythe Oedipien, mais le Père qui tue le fils, comme dans le mythe de la reine Pokou chez les Baoulés.

La parole de la reine Pokou "l'enfant est mort" (ou "Bâ wouli"donne naissance au peuple Baoulé, comme la crucifixion donne naissance à la Chrétienté en révélant le Père. Dans les deux cas, les fils servent de verbe.

- Il y a un regard dual : Jésus naît de l'absence du père, comme Horus naît de l'absence du sexe de son père Osiris, nous en avions déjà discuté (voir "Père ne vois-tu pas que je brûle").

- Et n'est-ce pas cette dualité que l'on retrouve dans la forme canonique, avec la double inversion du 3ème terme de la formule ? je te renvoie au mythe de la potière jalouse, dont nous avons discuté tant de fois déjà ! Ce qui nous a conduits à sa reformulation en termes de covariance et de contravariance (voir "covariance et contravariance du Sujet et de l'Autre")

  1. "Processus covariant : le maître et l'élève partagent une posture ex ante similaire face au Symbolisme 𓁝m[] <=> 𓁝e[];
  2. Processus contravariant : le maître part de  [∃]𓁜m quand l'élève en toujours en 𓁝e[].

- Oui, avant de transmettre son "savoir", le maître a eu le choix entre ces deux parcours:

  contravariant   covariant    
  [∃]𓁜m       𓁝m[] inconscient 𓂀
       
  𓁝m[]    𓁝e[♲]𓁜m 𓁝m[] conscient 𓂀

Se pose alors la question de l'intention du maître concernant l'élève."

- Pour en revenir à nos hypostases ?

- Eh bien, tu retrouves

  • notre "Un Suprême" dans la communion des fidèles en 𓁝[] (maître comme élève) ou dans la scolastique en 𓁝[1];
  • L'explicitation de ce Un Suprême donne le "Un composé", vu par le maître en [♲]𓁜m .

Dans ce schéma, la double inversion porte sur l'oubli de la structure trinitaire [∃]𓁜m dans l'acte de foi 𓁝m[] (surligné en jaune sur le schéma) : (Note 1)

    [∃]𓁜m    →  𓁝m[] 𓂀
       
  𓁝e[♲]𓁜m   𓁝m[]   𓂀

- Mouais, mais qu'est-ce que cela devient dans ton topos ?

- Il faudrait s'exprimer en termes de brisure de symétrie, ou dissymétrie entre discret et continu, qui tient à l'impossibilité de passer du discret au continu en termes de processus (Cantor) en mode ♧.

- Admettons, mais est-ce que ton approche cadre au moins un minimum avec les concepts de Père/ Fils/ Saint Esprit ?

- Vérifions-le dans la théologie Catholique :

"La divinité n'existe pas en tant que caractéristique indépendante des personnes divines.

  • (a) La divinité, ou unité, ou encore monarchie, du Père et du Fils n'est autre que l'Esprit.
  • (b) La divinité, ou unité, ou encore monarchie, du Fils et de l'Esprit n'est autre que le Père.
  • (c) La divinité, ou unité, ou encore monarchie, du Père et de l'Esprit n'est autre que le Fils.

Il n'y a rien en Dieu, sauf le Père, le Fils et l'Esprit qui sont tout.

Les hypostases divines, bien que distinctes, ne doivent pas être posées comme indépendantes l'une de l'autre.

  • Le Fils, le Verbe, est engendré éternellement par le Père : il est le Fils de Dieu.
  • L'Esprit Saint procède éternellement du Père et du Fils, comme étant un seul Dieu : il est l'Esprit de Dieu.
  • Le Père est l'origine de tout, y compris de la divinité et de la Sainte Trinité.

Le Fils est le médiateur de tout, y compris en Dieu et dans la Sainte Trinité, car l'Esprit Saint procède du Père et du Fils. L'Esprit est la fin, ou l'accomplissement de tout, y compris de la divinité et de la Sainte Trinité, car il achève éternellement le processus divin." Wikipédia

- Bref, tout est dans tout et réciproquement...

- Certes, mais cela ne revient-il pas à dire qu'à partir de ces trois instances on peut écrire trois types de récits mythiques  ?

Discours (a) (b) (c)
[∃]𓁜m     Père Fils St Esprit
St Esprit Père Fils
𓁝m[]    Fils St Esprit Père

- Amen !

Hari

Nota 1 :

Attention : il y a une petite difficulté de lecture lorsque l'on passe du mode ♢ à ♧, tenant au fait qu'il s'agit des deux faces d'un ruban de Moebius : lorsque je régresse en mode ♧; je progresse en mode ♢ et vice versa...

C'est pourquoi, malgré une présentation différente, il s'agit du même schéma que le précédant.

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