L'impossible "passe"

Publié le par Hari Seldon

Je parle ici de la passe en réseau telle qu’elle se discute au sein, par exemple, de « Dimensions de la psychanalyse ».

De quoi s'agit-il tout d'abord?

Lacan se préoccupait de la postérité de son mouvement, conçu non comme une "école de pensée", close sur un corpus délivré par le maître, mais plus profondément d'une façon de faire de la psychanalyse, qu'il s'efforça de transmettre au cours de ses séminaires. Sa transmission n'était pas livresque, mais orale. Il faisait réagir ses auditeurs individuellement à ses propos, pour que chacun s'y engage, qu'il se transforme, qu'il évolue. Or, Lacan avait une stature d'oracle et son soucis fut de ne pas laisser derrière lui une sorte de secte confite dans la dévotion d’un maître. Faire des psychanalystes libres dans la voie qu'il a tracé et non des exégètes ratiocineurs ressassant des leçons d'autant plus absconses qu'elles sont mal digérées.

Dans cette perspective, comment pérenniser son mouvement, sans sa présence ? Comme le psychanalyste doit, condition nécessaire, être sorti de sa propre analyse, la question primordiale est de savoir comment s’assurer qu’il en est bien ainsi.

La réponse classique, ancestrale passe par une initiation : un jeune homme devient adulte lorsque lui sont révélés quelques mystères structurant Symboliquement la culture dont il aspire à devenir membre à part entière. Les Francs-Maçons de nos jours ne procèdent pas autrement.

Mais, c’est précisément ce que refuse de faire Lacan, pour que son école ne puisse pas tomber dans les travers d’une secte. D’où une procédure assez complexe de double rapport afin que l’impétrant ne soit pas coopté directement par ses pairs.

Or cette problématique peut très facilement être mise en structure : il s’agit pour l’impétrant d’effectuer un mouvement diachronique, vers le Symbolique. Ce que Lévi-Strauss caractérise à l’aide de la forme canonique des mythes, et que j’ai explicité dans l’Homme Quantique.

Ce que je dis, c’est que la tentative de Lacan pour circonvenir une action mythique en développant « la passe », est vouée à l’échec.

Pour l’anecdote : je me suis retrouvé en novembre dernier, presque par hasard dans une réunion de 3 mouvements lacaniens soucieux d’unifier leurs pratiques, et donc de se mettre d’accord entre eux sur cette fameuse « passe ». En faire un mécanisme indépendant de leurs structures particulières. Et, au fil de la discussion, ce parallèle avec une initiation qui ne veut pas dire son nom s’est imposé à moi. J’en ai fait part à René Lew, qui a diffusé ma lettre, et lui a valu un retour enflammé d’un participant.

Ce qui m’amusait en l’occurrence, c’est de voir combien des spécialistes du Sujet, de l’individu, pouvaient être désarmés devant des phénomènes de groupe. Pour donner une idée de la chose c’est un peu comme le mouvement écologique, qui s’occupe des régulations à l’échelle planétaire et se révèle incapable de s'auto-réguler…

Mais, depuis, j’ai lu chez Zizek des réflexions du même tonneau, et je me dis qu’il y a là, peut-être, un point où appuyer pour que ça fasse mal et engager par ce retour au Réel, un dialogue au sein du mouvement Lacanien.

A suivre...

Hari

 

 

Publié dans Psychanalyse

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