24 Avril 2026
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Le 24/ 04/ 2026 :
- Je ne peux pas m'en remettre à ces resucées d'IA pour conforter mes a priori sur Kant (cf. #1), il faut maintenant lire le texte. Ça risque d'être fastidieux, mais Kant est à la racine de notre épistémè actuelle...
- Arrêter de procrastiner et fonce.
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Prolégomènes à toute métaphysique future.
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"Demander si une science est réellement possible, c'est supposer qu'on doute de son existence. Et ce doute blesse tous ceux qui ont peut-être mis tout leur avoir dans ce prétendu trésor. Celui qui l'élève doit donc s'attendre à une résistance universelle. Il en est qui, fiers de leur ancienne possession, et la réputant légitime par le fait, avec leurs cahiers de métaphysique en mains, jetteront sur lui un regard dédaigneux; d'autres, qui ne voient jamais que ce qui ressemble à ce qui a été vu déjà, ne le comprendront pas, et tout se passera pendant quelque temps comme s'il n'était rien arrivé qui pût faire craindre ou espérer un changement prochain." p. 11
- Il commence à me plaire ce Kant : tu pourrais resservir cette préface à certains qui te lisent ! 😉
"Hume partit surtout d'un concept unique de la métaphysique , mais important, à savoir du concept de la liaison de la cause et de l'effet (par conséquent aussi de la notion consécutive à celle-là , celle de force et d'action , etc. ) ; il somma la raison, qui prétend l'avoir engendré dans son sein, de lui dire de quel droit elle pense que quelque chose peut être de telle nature que , s'il est posé, quelque autre chose nécessairement doit être aussi posé par le fait ; car c'est ce que dit la notion de cause. Il prouve invinciblement qu'il est tout à fait impossible à la raison de penser a priori et par des notions une pareille liaison, puisqu'elle renferme une nécessité." p.13
- Je m'attarde un peu sur ce préambule, et tu m'en excuseras, mais j'attire ton attention sur le fait que Kant définit la raison comme lien de cause à effet, c.-à-d. en terme de succession, donc au niveau [⚤].
- Oui, j'avais compris : soit dans l'observation ♧⚤ d'un lien ♢⚤, — i.e. une induction ♧⚤↑♢⚤— qu'est-ce qui m'assure en ♢⚤𓁜↑𓁝♡⚤ qu'il en sera toujours ainsi ? Une loi ou règle déjà là, ex post 𓁜 soit : 𓁝♡⚤↑♡⚤𓁜. Kant en arrive à la nécessité d'une base "a priori" de jugement.
"D'où il conclut que la raison se trompe entièrement sur ce concept ; qu'elle le tient faussement pour son enfant, qu'il n'est qu'un bâtard de l'imagination, qui , engrossée par l'expérience, a soumis certaines représentations à la loi de l'association, et fait passer une nécessité subjective qui en découle , c'est-à-dire une habitude, pour une nécessité objective par intuition." p. 13
- Nous arrivons ici au coeur du débat : pour Hume, l'imaginaire en ♢⚤développe l'habitude en ♡⚤ par répétition ♢⚤𓁜↑𓁝♡⚤, et passage à la limite 𓁝♡⚤↑♡⚤𓁜. L'intuition n'étant dès lors qu'un accord de l'observation à l'habitude, qui lui donne sens 𓁝♡⚤≡♡⚤𓁜 (Note 1); ce à quoi Kant va opposer ses "a priori".
"La question n'était pas de savoir si la notion de cause est légitime, applicable, et nécessaire par rapport à toute la connaissance de la nature , car Hume n'en avait jamais douté ; mais il s'agissait de savoir si elle est conçue a priori par la raison, et si elle possède ainsi une vérité interne, indépendante de toute expérience, et qui par conséquent soit susceptible d'une utilité bien plus étendue, qui ne soit pas restreinte aux seuls objets de l'expérience : voilà ce que demandait Hume." p. 15
"J'avoue de grand cœur que c'est à l'avertissement donné par David Hume que je dois d'être sorti depuis bien des années déjà du sommeil dogmatique, et d'avoir donné à mes recherches philosophiques dans le champ de la spéculation, une direction toute nouvelle." p. 17
Voici une citation devenue célèbre, et cette autre que je pourrais facilement resservir en guise d'excuse aux détournements que je fais du cross cap de Lacan :
"En partant d'une pensée vraie, qui nous a été laissée par un autre, mais sans qu'il l'ait réalisée, on peut espérer d'aller plus loin par une réflexion continue, dans la voie ouverte par l'homme pénétrant auquel on doit la première étincelle de cette lumière ." p. 17
Ensuite Kant expose sa méthode :
Enfin, Kant justifie la nécessité de la lecture de la Critique par un principe de complétude de ladite Critique, comme préalable à l'édification de toute "métaphysique" :
"On peut donc dire d'une semblable critique qu'elle n'est certaine qu'autant qu'elle est entièrement achevée jusque dans les derniers éléments de la raison pure, et qu'on peut ou tout déterminer et statuer de la sphère de cette faculté , ou qu'au contraire on ne peut rien de semblable ." p. 21
- Cette exigence de complétude, marquant à nos yeux, l'impossibilité de l'exercice, bien entendu; Gödel est passé par là....
"On peut, maintenant que l'ouvrage est fait [la Critique], suivre une méthode analytique, quand on ne pouvait au contraire composer l'ouvrage même qu'en suivant la méthode synthétique, afin de mettre sous les yeux tous les membres de la science, comme arrangement d'une faculté de connaître toute particulière dans sa liaison naturelle ." p. 22
Voici pour la différence de méthode entre les Prolégomènes et la Critique, quant aux métaphysiciens d'occasion, désireux de briller grâce au "bon sens" faute de connaissance en quelque autre matière, Kant termine sa préface par ce vers de Virgile, se référant aux abeilles :
"Ignavum fucos pecus a praesepibus arcent."
Elles chassent loin des ruches les faux-bourdons, troupe paresseuse. (ici)
De nos jours ils font des tutos... 😉
"Cette connaissance, en effet , doit être non pas physique, mais métaphysique, c'est-à-dire dépasser l'expérience. Par conséquent, ni l'expérience externe, qui est la source de la physique, ni l'interne, qui est le fondement de la psychologie empirique, ne peuvent lui servir de base. Elle est donc une connaissance a priori, ou d'entendement pur et de raison pure." p. 25
Ce qui nous renvoie à nos considérations d'hier (cf. #1) et l'on peut même découpler la physique (au sens aristotélicien) de la psychologie:
| Physique | Métaphysique | |||
| (1) | (2) | (3) | (4) | |
| psychologie interne |
↻ | ↻ | ↻ | ↻ |
| physique externe |
||||
| expérience | ||||
Où l'on peut comprendre que la métaphysique ne soit pas reliée à l'expérience interne ou externe du Sujet...
Vient ensuite une difficulté : Kant fait référence à la Critique dans laquelle il a explicité la différence entre "mathématique pure" et "connaissance philosophique pure".
— 🤖 : "chez Kant, la différence se formule surtout comme connaissance rationnelle par construction de concepts versus connaissance rationnelle par concepts.
Le point décisif est le suivant : pour Kant, la mathématique ne se contente pas d’analyser un concept ; elle construit son concept dans une intuition pure, c’est-à-dire principalement dans l’espace pour la géométrie et dans le temps / la succession pour l’arithmétique. Kant précise juste après que construire un concept, c’est présenter a priori l’intuition qui lui correspond.
Donc :
Le contexte polémique est important : Kant veut empêcher la métaphysique dogmatique de se donner le prestige de la méthode mathématique. Les mathématiques peuvent démontrer parce qu’elles construisent leurs objets a priori ; la philosophie, elle, doit argumenter par concepts et rester critique sur les conditions de possibilité de l’expérience. La Stanford Encyclopedia résume ce point en citant précisément A713/B741 : la spécificité du raisonnement mathématique, chez Kant, vient de la construction des concepts." (Sources : suivre le lien)
- J'ai choisi de représenter la topologie Imaginaire associée à la démarche de Kant, essentiellement à partir de considérations sur l'appréhension de la géométrie par Newton ↻. En faisant confiance à cette intuition, tout le parcours (1)(2)(3)(4) en découle.
- Tu cherches à te rassurer ?
- Oui. Donc si je fais confiance à mon schéma, il vient que le langage mathématique, en ♢⚤ est une construction, certes mais de signifiants : ♧⚤↑♢⚤.
- Pas de problème : il suffit de repérer le signifié, or il vient facilement [⚤]♧←[♻]♧ précédé de ♡⚤/[♻]♧. En prime, tu inclus la géométrie dans le même circuit [⚤]♧←[#]♧←[♻]♧. Un petit schéma pour fixer les choses :
| concept | ♡⚤ | |||
| mathématique | ↑♢⚤ | ⇘ | ||
| signifiant | ♧⚤—[⚤]♧ | [#]♧ ← |
[♻]♧ | signifié |
Où tu retrouves au passage la jointure ♡⚤/[♻]♧ si chère à Platon, dont nous avons amplement discuté au sujet des abeilles du Ménon. La Forme(concept) donne l'abeille archétype unique [♻]♧ du multiple [⚤]♧. Le lien entre les deux chez Socrate vient d'une "réminiscence", où Kant nous parlera "d'a priori".
Face à ce schéma, la philosophie ne dispose que des concepts ♡♻ et catégories ♢♻, appliquées discursivement aux signifiés ♡♻↓♢♻↓♧♻.
- Ça reste à valider !
- Bien entendu, mais gardons-le comme hypothèse de lecture.
2.1/ Jugement synthétique et jugement analytique en général.
"Une connaissance métaphysique ne doit contenir que des jugements a priori purs; le caractère propre de ses sources l'exige. Mais quelle que soit l'origine ou la forme logique des jugements, ils présentent une différence, quant à la matière, suivant qu'ils sont ou purement explicatifs et n'ajoutent rien au contenu de la connaissance, ou qu'ils sont extensifs et étendent la connaissance donnée : les premiers peuvent s'appeler des jugements analytiques , les seconds des jugements synthétiques. " p. 25
- Il faudrait retrouver une symétrie entre la philosophie dont relève la métaphysique et la mathématique qui gouverne la physique.
| [⚤]♡ | → | [♻]♡—♡♻ | |
| ⇖ | ↓♢♻ | Catégories | |
| ♧♻ | signifié |
- Tu as sans doute raison. La descente rappelle Avicenne : une essence neutre ♡♻, qui s'habille de formes ♢♻ pour donner un existant ♧♻. La démarche métaphysique de Kant consisterait à faire dériver ce parcours d'un principe "raisonnable" en [⚤]♡ que nous n'avons pas pour l'instant à identifier.
La "raison" en question n'ajoute rien à l'objet, puisque le Sujet en a immédiatement conscience par ♧♻/[⚤]♡. La suite est donc une "analyse" philosophique de cette donnée immédiate.
- Et par symétrie, la mathématique, en procédant pas construction, serait synthétique ?
- N'est-ce pas ce que nous faisons en définissant un objet par ses propriétés ?
- Mouais, mais l'affaire est d'importance, reviens au texte en détail pour nous en assurer :
"Des jugements analytiques ne disent dans le prédicat rien qui n'ait déjà été pensé réellement dans la notion du sujet, quoique pas aussi clairement et avec la même conscience.
Tous les jugements analytiques absolument portent sur le principe de contradiction, et sont, quant à leur nature, des connaissances a priori, que les notions qui leur servent de matière soient empiriques ou non. Car le prédicat d'un jugement analytique affirmatif étant déjà pensé dans la notion du sujet, il n'en peut être nié sans contradiction ." p. 27
- Son exemple n'est pas terrible, mais suffisant pour que je te propose une lecture, qui aura l'avantage de remettre en selle une dualité intérieur/ extérieur à laquelle Kant a déjà fait allusion.
- Curieux de voir cela.
- L'intuition de Kant se réfère au Sujet :
Or, dans son exemple, les jugements du Sujet se réfèrent à l'objet :
Dans l'expérience que le Sujet a de l'objet, ce qui est interne au Sujet est externe à l'objet et vice versa.
- C'est une lapalissade !
- Comme je les aime; mais cela a l'avantage de souligner le rôle de frontière de l'espace en [#] entre ce qui relève du Sujet en [⚤] et de l'objet en [♻]. (Note 3)
| Sujet | de rem | in re | (Note 6) | |
| concept a priori | ♡⚤—[⚤]♡ | [#]♡ (4)→ |
[♻]♡—♡♻ | (essence) |
| mathématique synthétique |
♢⚤↑(1) | ⇖ ⇘ |
(3)↓♢♻ | philosophie analytique |
| ♧⚤—[⚤]♧ | [#]♧ ←(2) |
[♻]♧—♧♻ | Existant | |
| signifiant | signifié | Objet | ||
| sciences de la nature | ||||
(nota : se souvenir que l'enchaînement se fait ici dans le sens anti-horaire)
- Tu as mis un niveau ♢♻ ?
- Oui parce que je sais déjà qu'il va parler de "catégories" dans un sens proche de celles d'espèce/ genre attachées à la substance, dans son approche "philosophique".
- Mais que serait ce niveau [#]♡ ?
2.2/ Le principe commun à tous les jugements analytiques est le principe de contradiction
- Ah ! Il s'agit du principe de non-contradiction :
"... Car le prédicat d'un jugement analytique affirmatif étant déjà pensé dans la notion du sujet, il n'en peut être nié sans contradiction.
De même l'opposé de ce prédicat dans un jugement analytique, mais négatif, est nécessairement nié du sujet , et toujours en conséquence du principe de contradiction. C'est ce qui arrive dans les propositions : Tout corps est étendu, et Nul corps n'est inétendu (simple )."
- Ce qui fragilise toute la construction ?
- Ben oui. En appliquant ces principes de non-contradiction, et de tiers exclu —i.e.: dans la logique du 1er ordre— il ne peut pas parler correctement du rapport entre le tout et les parties de l'objet "in re"... (Note 2)
- OK, mais je retiens que :
- Oui, le jugement a posteriori étant celui dont nous parlons tout le temps : ♢⚤𓁜↑𓁝♡⚤↑♡⚤𓁜.
Ensuite, Kant passe en revue les différents types de jugements.
2.3/ Les jugements synthétiques ont besoin d'un principe différent du principe de contradiction
"Il serait absurde, en effet, de fonder un jugement analytique sur l'expérience, puisque je ne dois absolument pas sortir de ma notion pour embrasser le jugement, et que je n'ai besoin pour cela d'aucun témoignage de l'expérience. Qu'un corps soit étendu , c'est là une proposition qui subsiste a priori, et non un jugement expérimental. Avant de m'adresser à l'expérience en effet, j'ai déjà toutes les conditions de mon jugement dans la notion d'où je n'ai qu'à tirer le prédicat en suivant le principe de contradiction; et par là j'ai en même temps la conscience de la nécessité du jugement, nécessité que l'expérience ne m'apprendrait pas même." p. 28
- Là j'avoue avoir du mal à suivre. Cette idée que la "notion" est tirée de nulle part est un peu déroutante. À partir d'un tel point de vue, comment aurions-nous pu avoir ne serait-ce que la notion de photon; sans étendue?
- Il précise que l'on ne doit pas sortir de la notion pour établir un jugement analytique.
- Oui et ce qu'il récuse, c'est la possibilité d'un passage 𓁝=>𓁜 dans un jugement analytique. C'est lié au fait qu'en métaphysique, son principe de non-contradiction est lié au principe du tiers exclu. C'est implicite dans le fait de ne rien pouvoir ajouter à une proposition.
Ici la contrainte sur le tiers exclu est abandonnée dans la répétition du circuit (1)—(2), permettant d'inclure au domaine a priori de nouveaux objets par construction.
Tu remarqueras que la définition du jugement empirique résulte seulement de ne pas être analytique : il est donc droit dans ses bottes en utilisant de facto la logique du 1er ordre dans sa présentation. Sorte de "preuve par l'absurde" permise par cette logique du 1er ordre, mais jugée faible par nombre de matheux préférant une démonstration constructiviste (cf. ici)
- Cela tient sans doute au point de vue adopté pour les Prolégomènes qui ne sont qu'une synthèse de la Critique. Il en a d'ailleurs averti le lecteur en préambule :
"On peut, maintenant que l'ouvrage est fait [la Critique], suivre une méthode analytique, quand on ne pouvait au contraire composer l'ouvrage même qu'en suivant la méthode synthétique" p. 22
Là Kant insiste un peu sur l'aspect contradictoire de sa proposition 2/, mais la discussion qu'il alimente est très datée, et ne remet pas en cause notre représentation. Sa démonstration est en accord avec l'axiomatique de Peano pour la construction de ℕ à partir d'un principe de succession, qui revient à ajouter 1 à n pour construire (n+1). (Note 4)
La différence entre ces deux jugements d'expérience/ mathématique, tient essentiellement à une "règle" de construction explicite en ♢⚤, qui respecte évidemment le principe de non-contradiction.
Dans l'exemple de la construction de ℕ (Note 4), il s'agirait de l'axiome 5 d'induction, la non-contradiction étant dans l'axiome 4 d'identité.
Tu remarqueras la rigueur de l'architecture interne de sa méthaphysique :
Le jugement mathématique est ainsi défini de façon synthétique par l'ajout d'une contrainte au jugement d'expérience,
Le point important à mon sens est la base "a priori" du jugement, qui rejoint la question toujours épineuse de l'axiome de choix en mathématiques. (Note 5)
- Il y a également, concernant la différence empirique/ mathématique l'idée que d'a priori en mathématique, qui ne se retrouve pas dans le jugement empirique...
- Oui : nous parlerions d'un choix d'axiomes. Mais comme tout ceci est sur un circuit fermé, la discussion porte sur le point de départ.
- Là je relève une petite contradiction dans son argument polémique contre Wolff et consort :
"Cette division est indispensable par rapport à la critique de l'entendement humain, et mérite d'y être considérée comme classique. Je ne sache pas qu'elle puisse avoir ailleurs une grande utilité; et je trouve ici la cause pour laquelle des philosophes dogmatiques qui ne cherchaient jamais les sources des jugements métaphysiques que dans la métaphysique même, et non hors d'elle, dans les lois de la raison en général, ont négligé cette division, qui semble cependant s'offrir d'elle-même, et comment le célèbre Wolff ou le pénétrant Baumgarten, qui en a suivi les traces , ont pu chercher dans le principe de contradiction la preuve du principe de la raison suffisante , qui est évidemment synthétique." p. 32
- Autrement dit, il reproche à Wolff de rester enfermé dans le cadre de la métaphysique pour la définir, quand lui-même vient de nous dire que c'est ce qu'il faut faire, puisque la métaphysique ne traite que de jugements analytiques...
- Posons la question à Perplexity (suivre ici)
- Bien sûr, je ne suis qu'un âne ! Kant veut instaurer la métaphysique comme science ! Mais du coup, comment la métaphysique qui, chez Aristote, détermine les conditions de la physique, peut-elle être ramenée au rang de la physique ?
— 🤖: [...] Kant repart justement de la question : «La métaphysique est‑elle possible comme science ?».
Mais chez lui, «science» ne veut pas dire «science empirique comme la physique», plutôt :
Kant déplace donc la question «première philosophie» :
C’est en ce sens qu’on peut dire qu’il «ramène la métaphysique au rang de science» : il veut lui donner le même type de rigueur et de limitation que les sciences, en la reconduisant à l’examen de la raison elle‑même. [...]" (Sources : suivre le lien)
- Bon, j'ai déjà la confirmation d'une intuition : ce que j'ai étiqueté "in re" en [♻] relève plutôt de ce qu'Occam appelle le verbe intérieur. (Note 6)
- Oui mais du coup, j'aimerais bien une définition du "transcendantal", et en quoi il diffère de la métaphysique.
— 🤖: "[...] Les études récentes sur «Kant, Wolff et le dogmatisme» explicitent cette rupture : Kant conserve à Wolff l’idée d’un système rigoureux, mais transforme entièrement le niveau d’où on parle : du discours sur l’être en soi, il passe au discours sur la possibilité du discours lui‑même. [...]" (Développement et sources : suivre le lien)
- Elle est là ton "ouverture du discours".
- À voir :
En partant du pied ♡⚤𓁜, il y a nécessairement une ouverture antérieure 𓁝∅☯↓♡⚤𓁜 qui est forclose. (Note 7)
- Soit, mais en attendant, il s'agit d'étudier la construction de Kant, puisqu'il est notre père à nous, Occidentaux : Il s'agit de définir une métaphysique comme "sciences", dans une démarche synthétique, à partir de règles de construction "transcendantes".
- Autrement dit il va falloir ajouter d'autres critères à un premier, indéracinable : celui de non-contradiction. (Note 8)
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"Ceux qui ne pensent jamais d'eux-mêmes sont cependant assez intelligents pour tout voir, après qu'on le leur a montré, dans ce qui a déjà été dit auparavant, mais où néanmoins personne jusque-là n'avait pu l'apercevoir." p. 33
- Là, c'est carrément "duel à OK Corral"...
- Oui, il y a véritablement dans la révolution kantienne un meurtre du père Wolff accompagné de quelques répliques du séisme ! 😉
"La différence essentielle de la connaissance mathématique pure avec toute autre connaissance a priori, c'est qu'elle doit procéder non par notions , mais toujours par la construction des notions (Critique , t . II , p . 314) . Comme elle doit par conséquent sortir, dans ses propositions, de la notion pour aller à ce qui contient l'intuition correspondant à cette notion, ses propositions ne doivent jamais s'obtenir par une décomposition des concepts, c'est-à-dire analytiquement ; elles sont donc toutes synthétiques." p. 35
- Nous touchons là au désir de Kant : utiliser une méthode semblable à la démarche mathématique pour développer une métaphysique par une démarche synthétique et non analytique.
- Il est remarquablement cohérent.
- Il s'agit de Kant mon ami ! Maintenant, son regard sur Hume, pouvait non éclairé rétrospectivement à son sujet :
"[...] ce fut cependant tout comme s'il eût dit : les mathématiques pures ne contiennent que des propositions analytiques, et la métaphysique que des propositions synthétiques a priori. Mais il se trompa très fort en cela, et cette erreur eut une influence fâcheuse sur toute sa conception. Car autrement il aurait porté sa question de l'origine de nos jugements synthétiques bien au-delà de sa notion métaphysique de la causalité et l'aurait étendu a priori jusqu'à la possibilité des mathématiques, puisqu'il devait considérer aussi les mathématiques comme ayant un caractère de synthèse." p. 36
- À première vue, le principe de causalité de Hume est en ♡♻ ; tandis que Kant se situe en ♡⚤.
- OK, garde-le en Note 9, et poursuivons le texte de Kant.
"Les jugements métaphysiques proprement dits sont tous synthétiques. Il faut distinguer les jugements qui appartiennent à la métaphysique des jugements proprement métaphysiques. Les premiers comprennent un grand nombre de jugements analytiques, mais qui ne sont que des moyens pour les jugements métaphysiques, but exclusif de la science, et qui sont toujours synthétiques." p. 37
- De nos jours, je pense que nous parlerions de langage et de méta-langage, avec un développement indéfini dans lequel chaque méta-langage devient l'objet d'un méta-langage de niveau supérieur. Construction qui demeurerait en cela synthétique au sens de Kant.
Pour en revenir à notre schéma
| Physique | Métaphysique | |||
| (1) | (2) | (3) | (4) | |
| psychologie interne |
↻ | ↻ | ↻ | ↻ |
| physique externe |
||||
| expérience | ||||
Il rend parfaitement compte d'une telle construction dans laquelle chaque étape conduisant pas synthèse à enrichir ♡⚤ ; permet ensuite de le considérer comme une totalité globalisante permettant des jugements analytiques en métaphysique... Et passage de l'un à l'autre traverse la frontière [#] entre le Sujet et l'objet; et ce passage par l'expérience est fondamental chez Kant :
"Car longtemps avant qu'il fût question d'interroger méthodiquement la nature, on s'adressait simplement à sa raison personnelle , déjà exercée jusqu'à un certain point par l'expérience commune, attendu que la raison est toujours là , mais que les lois de la nature ne peuvent en général être recherchées qu'avec peine." p. 34
En ce sens, la métaphysique prise ainsi dans un processus n'est plus figée (Note 10) et Kant est cohérent. La critique qu'il faut lui porter est que la démarche elle-même est close par des principes "transcendants" a priori... Il a simplement desserré d'un cran le carcan.
- C'est le terme "absolu" de tu remets en cause ?
- Oui : là encore il cherche une complétude du système, qui le rendrait nécessairement inconsistant.
- En résumé : la métaphysique avant lui était inconsistante parce que fermée sur à la voie des mots ⇅, mais en cherchant à "compléter" son approche scientiste par des a priori transcendantaux intangibles (tels le principe de non-contradiction), Kant ne fait que desserrer l'étau ?
- Il faudra attendre Gödel en 1931 pour en prendre conscience (cf. ici).
Autre point : il prépare la constitution de "catégories en ♢♻, en reformulant ainsi ce positionnement :
"Car si des notions appartiennent à la métaphysique, par exemple la notion de substance, les jugements qui résultent de leur simple décomposition appartiennent nécessairement aussi à la métaphysique, par exemple : la substance est ce qui n'existe qu'à titre de sujet, etc. , et nous cherchons à l'aide de plusieurs de ces jugements analytiques à approcher de la définition des notions " p. 37
Dans cette perspective, les catégories d'espèce et de genre viennent "naturellement" se nicher en ♢♻...
Kant termine et reformulant ceci :
"Mais heureusement que tout en ne pouvant pas admettre qu'une métaphysique comme science soit réelle, nous pouvons néanmoins assurer que certaines connaissances synthétiques a priori sont réelles et données, à savoir les mathématiques pures et la physique pure; car ces deux sciences contiennent des propositions qui sont les unes apodictiquement certaines par la raison seule, les autres par l'accord universel résultant de l'expérience, et qui les unes et les autres sont universellement reconnues indépendantes de l'expérience . Nous avons donc au moins quelques connaissances synthétiques a priori incontestables, et nous pouvons deraander, non pas si elles sont possibles (puisqu'elles existent), mais seulement comment elles sont possibles, afin de pouvoir dériver du principe de la possibilité de celles qui sont données, la possibilité de toutes les autres ." p. 40
- Dans ce passage il y a à la fois un programme basé sur la mathématique et la physique, ainsi que sa limite : l'expérience sert à construire un savoir agrégatif, mais Kant n'envisage pas encore qu'elle puisse invalider toute la construction, telle la catastrophe ultraviolette de la fin du XIXe; qui en apportera la cuisante démonstration.
- En restreignant la discussion à la mathématique la question devient :
"Comment des propositions synthétiques a priori sont-elles possibles ?" p. 41
- Dans ton schéma c'est assez évident : dans une circulation passant toujours par ♡⚤, une construction au tour n (par exemple un théorème) soit un aboutissement a posteriori, devient au tour suivant un jugement a priori sur lequel construire une nouvelle proposition...
- Oui, et Kant ajoute une note intéressante, car elle introduit la dialectique :
"La méthode analytique, comme opposée à la synthétique, est tout autre chose qu'un ensemble de propositions analytiques; elle signifie seulement que l'on part de ce qui est cherché, comme s'il était donné, et qu'on s'élève aux conditions sous lesquelles il est possible. Dans cette marche, on se sert souvent de simples propositions synthétiques , comme l'analyse mathématique en est un exemple ; on pourrait l'appeler plus exactement méthode regressive, pour la distinguer de la méthode synthétique ou progressive. Le nom d'analytique est encore usité pour indiquer une partie de la logique; et alors il s'agit de la logique de la vérité, par opposition à la dialectique, sans qu'il soit proprement question de savoir si les connaissances qui la concernent sont analytiques ou synthétiques." p. 42
Autrement dit : la logique de la vérité (du 1er ordre ici) manipule des objets définis ex post en 𓁜. Elle est considérée comme "absolue", c'est pourquoi je l'ai placée dans la voie des choses ↻ pour fermer la marche (1)-(2)—(3)—(4).
Par opposition, la dialectique, s'inscrit en ♢⚤ , puisqu'elle participe à la "synthèse" dans ↻. Et là encore, tu remarqueras une jolie symétrie entre les deux autour de la diagonale Sujet—♡⚤/ [⚤]♧—Objet.
Tout ceci nous conduit à son programme :
"Il faut , en un mot, faire entrer dans notre question capitale l'aptitude naturelle pour une telle science; et alors la principale question transcendantale , décomposée en quatre autres, recevra une réponse successive .
Ce qui confirme, s'il en était besoin qu'il est véritablement sur le cross-cap.
- Amen
Hari
Note 1 :
Je m'aperçois en l'écrivant que nous retrouvons ici l'approche actuelle de neurologistes comme JP Changeux et Dehaene : la prise de conscience serait une rencontre entre un percept et un concept. (cf. ici).
Note 2 :
Et ce pour plusieurs raisons :
Note 3 :
Ce qui questionne le rôle du Ma (間) dans une perspective Japonaise.
Je m'en suis beaucoup servi pour illustrer la relative nouveauté de la séparation des concepts de temps et d'espace, chez les Japonais à l'ère Meiji et chez nous avec Galilée.
J'ai même proposé cette équivalence :
Or le 間 est par essence ce qui "supporte et sépare" et fait "lien culturel" au-delà de l'exprimable. De ce point de vue, le 間 serait plutôt une "frontière" entre les individus, soit au niveau [#]... Il faudrait en discuter avec des Japonais...
Note 4 :
La construction axiomatique de ℕ à partir de l'axiomatique de Peano est d'ailleurs un excellent exemple de la démarche de Kant. (cf. ici)
Peano nous offre ici une belle illustration de la démarche Kantienne.
Note que cette construction mathématique en ♢⚤ respecte le principe de non-contradiction, mais pas celui du tiers exclu; en effet, à chaque passage on ajoute un nouvel élément à un ensemble pré-existant : nous construisons synthétiquement (a posteriori) n+1 au-delà de n (a priori).
Note également que la distinction kantienne a priori/ a posteriori est directement liée au temps séquentiel en [⚤], et qu'à chaque bouclage du circuit ce qui était a posteriori (i.e. : n+1) devient a priori du pas suivant (i.e. : (n+1)+1).
Pour "clore" ℕ, il faudrait un point à l'infini ∞, mais ceci est une autre histoire...
Note 5 :
Pour ne pas alourdir l'article, je relègue certaines réflexions en notes de bas de page, mais c'est sans doute ici le plus intéressant pour la suite de notre recherche.
Là où Kant parle d'a priori, et de jugements, il est assez facile de parler de choix. Ça n'enlève rien à la théorie de Kant tout en lui offrant une "ouverture" formellement nécessaire (oui, toujours Gödel).
Prenons pour exemple la géométrie Euclidienne, fondée sur 5 postulats (cf. ici)
Si je ferme le discours sur ces 5 a priori de base, je suis bloqué dans les développements qui peuvent surgir du non-respect du 5eme postulat, celui des droites parallèles. C'est pourtant ce qui permettra de parler de relativité.
- Oui, mais il s'agit d'un principe de non-contradiction...
- Nous en revenons toujours à la fermeture du discours, cette fois-ci au niveau métaphysique !
Bref : il suffirait d'un peu de flexibilité pour que l'ossature générale de la démarche kantienne nous soit encore familière...
- C'est ce que tu avais déjà repéré chez Bohr en étiquetant la séquence (1)(2)(3)(4) de "Quantique" !
- N'est-ce pas ce que je viens de dire ?
Note 6 :
Je reprends les étiquettes "de rem" et "in re" par commodité, car elles ont une longue histoire scolastique derrière elles. Mais sans doute "in re" devrait-il être remplacé par le "verbe intérieur" dont parle Occam, et le schéma de Kant devrait être rapproché de ce que nous avons identifié comme R2↑ chez Occam.(cf. #32)
Ce qui relève proprement de l'objet n'étant dès lors perçu que dans la voie des choses [⚤]♧←[♻]♧. Mais c'est une discussion qu'il est un peu prématuré d'engager maintenant.
Note 7 :
- Ça me fait penser à une critique que Derrida adressait aux structuralistes lors d'un séminaire à Cerisy : vos structures n'expliquent pas leur propre genèse.
«Husserl tente donc sans cesse de concilier l’exigence structuraliste qui conduit à la description compréhensive d’une totalité, d’une forme ou d’une fonction organisée selon une légalité interne et dans laquelle les éléments n’ont de sens que dans la solidarité de leur corrélation ou de leur opposition, avec l’exigence génésique, c’est-à-dire la requête d’origine et du fondement de la structure. On pourrait montrer pourtant que le projet phénoménologique lui-même est issu d’un échec de cette tentative.
(Derrida, Genèse et structure et la phénoménologie, 1973), p. 233.»
Extrait de
L'Homme Quantique - Essai sur les fondements d'une entropologie
- Ce qui nous conduit directement à la forme canonique des mythes de Lévi-Strauss ?
- On ne peut rien te cacher !
Note 8 :
- J'ai l'air critique à première vue, mais ce principe de non-contradiction peut très bien se comprendre comme une forme de résilience du Sujet à son expérience du monde.
- Autrement dit un principe de conservation du Sujet ?
- Exactement, avec une belle symétrie entre l'objet et le Sujet.
Pour qui fait de la voile, l'utilisation du vent pour aller d'un point à un autre devrait être parlante.
En ce sens, le principe de non-contradiction est relativisé, ce qui le rend plus résiliant...
Note 9 :
- il faudra y revenir à tête reposée, en reprenant le schéma R↑ de Hume.
De notre point de vue, l'important est la transition voie des mots— ⇅/⇆ —voie des choses, qui n'est pas encore entièrement décantée chez Hume, quand elle l'ai à l'évidence chez Kant.
Note 10 :
- Il y a un autre point à souligner : avant Kant, toute la métaphysique se traitait uniquement dans la voie des mots, essentiellement sur le ruban R↑ d'Aristote, covariante. Les seules armes de nos philosophes se limitaient à la logique et la dissertation syllogistique, exactement les mêmes que celles des Sophistes... Sa critique de la métaphysique classique n'a donc rien qui puisse nous choquer.
- Il faut contextualiser; Kant n'a pas été reçu avec des roses sans épines.
— 🤖: "[...] Donc, pour répondre clairement :
Ceci dit, Kant marque à jamais un tournant, car il est très vite suivi.
— 🤖: "[...] Historiquement, la Critique « jette la philosophie du XIXᵉ siècle dans un état de confusion temporaire », comme le notent certains commentateurs : elle oblige à repenser toute la métaphysique et la théorie de la connaissance.
Un chapitre de la Cambridge Companion parle même d’«aetas Kantiana» pour désigner environ 1781‑1800 : les réactions à la Critique n’accompagnent pas seulement Kant ; elles modifient sa pensée et façonnent tout l’idéalisme allemand." (Suivre le lien)
Prolégomènes à toute métaphysique future.
PREMIÈRE PARTIE : Comment une métaphysique pure est-elle possible ? 48
Première observation .
58 Deuxième observation 61
Troisième observation 64
DEUXIÈME PARTIE : Comment la physique pure est -elle possible
70 Appendice à la physique pure : du système des catégories .
113 482 TABLE .
TROISIÈME PARTIE : Comment une métaphysique en général est- elle possible ?
I. Idée psychologique
II . Idée cosmologique
III . Idée théologique ..
Observation genérale sur les idées transcendantales .
Conclusion sur la destination restreinte de la raison pure..
121 130 137 152 153 156 Solution de la question générale des prolégomènes :
Comment la métaphysique, comme science, est possible 179
Appendice touchant ce qui peut arriver par rapport à la constitu- tion de la métaphysique comme science.
Epreuve d'un jugement sur la critique avant examen
189 191 Proposition pour un examen de la critique avec conclusion possible. 202