28 Avril 2026
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Le 28/ 04/ 2026 :
- Il est peut-être utile de rappeler les schémas auxquels nous sommes parvenus, car ils résument assez simplement ce que nous avons lu jusqu'à présent. Si j'utilise quelques termes étrangers à Kant (signifiant/ signifié, observable, actuel/ potentiel) c'est uniquement pour nous aider à faire le lien avec une façon plus actuelle de nous repérer. Mais l'important est le balisage du parcours sur le cross-cap, et le repérage des points fixes par nos glyphes permet d'en constater la résilience; au-delà d'une toponymie évolutive. Pour mémoire : (cf. ici dans #2)
| Physique | Métaphysique | |||
| (1) | (2) | (3) | (4) | |
| psychologie mathématique temps interne |
↻ | ↻ | ↻ | ↻ |
| physique espace externe |
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| expérience | ||||
Où la jointure (2)-(3) fait passer de l'expérience sensible en [⚤]♧ à l'essence, ou l'être, de la chose en ♡♻. Tu remarqueras que nous avons déjà chez Kant un schéma qui se retrouve inchangé de nos jours :
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Prolégomènes à toute métaphysique future.
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DEUXIÈME PARTIE
Comment la physique pure est -elle possible.
"XIV - La nature est l'existence des choses en tant qu'elle est déterminée suivant des lois universelles. S'il fallait entendre par nature l'existence des choses en elles-mêmes, nous ne pourrions jamais la connaître, ni a priori ni a posteriori." p. 70
- Kant tranche vraiment dans le vif : dans la tradition Occidentale, la "Nature" est la création de Dieu, et dans une démarche selon la voie des mots ⇅, on la retrouve plus ou moins explicitement selon les auteurs, toujours au sommet ♡♻ de la branche "in re" du tronçon ↺. Ici, Kant place la Nature à l'origine ♧⚤ du tronçon "de rem" (2) : ↻. Et c'est une mutation durable, puisqu'on la retrouve encore dans l'idée du trauma du Réel qui bouscule l'Imaginaire chez Lacan, ce que nous représentons par ☯[∃]♧𓁜.
- D'accord, mais suis plutôt la démonstration de Kant.
"Ni a priori, car comment voudrions-nous savoir ce qui convient aux choses en elles-mêmes, puisque le fait est impossible par la décomposition de nos notions (propositions analytiques), par la raison que je ne veux pas savoir ce qui est contenu dans ma notion d'une chose (car cela fait partie de son essence logique), mais ce qui, dans la réalité de la chose convient à cette notion , et par quoi la chose même est déterminée dans son existence en dehors de ma notion." p. 71
- Connaître la "chose en elle-même" est du domaine de la métaphysique, limitée à un discours analytique utilisant la logique du 1er ordre. De ce fait Kant reste toujours dans l'approche de Parménide et de l'objet insécable. Il y a impossibilité de mesurer l'objet puisque je ne se réfère qu'à la notion que j'en ai. C'est cohérent avec la logique du 1er ordre, qui ne permet pas de penser le duo partie/ tout, mais ça bloque toute récupération du niveau [♻] par le physicien pour remplacer l'objet par un principe de conservation d'une quantité mesurable.
- OK, mais tu t'éloignes du texte, suis la démonstration de Kant :
"Mon entendement, et les conditions sous lesquelles seules il peut lier les déterminations des choses dans leur existence, ne prescrit aux choses mêmes aucune règle; ces règles ne se déterminent pas sur mon entendement; c'est au contraire mon entendement qui doit se régler sur elles. Elles devraient donc m'être données d'abord pour en tirer ces déterminations, et alors elles ne seraient pas connues a priori." p. 71
- Tout ceci est d'une rigueur impeccable :
La réciproque maintenant :
"Une telle connaissance de la nature en soi est également impossible a posteriori. En effet, si l'expérience doit m'apprendre les lois auxquelles l'existence des choses est soumise, alors ces lois, en tant qu'elles concernent les choses en soi, leur conviennent nécessairement encore en dehors de mon expérience. Or l'expérience m'apprend bien ce qui existe et comment il existe, mais jamais qu'il doive être nécessairement ainsi et pas autrement. Elle ne peut donc jamais faire connaître la nature des choses en soi." p. 71
C'est remarquablement moderne ! Et en y réfléchissant, Kant est dans la perspective de Bohr, contre Einstein.
- Je me demande si ceci a été relevé ?
— 🤖:"[...] Des auteurs comme Ernst Cassirer (néo-kantien) et Grete Hermann ont explicitement relié la complémentarité de Bohr à l’épistémologie kantienne, voyant dans la quantique une extension des limites de la connaissance phénoménale. Des études modernes confirment cette affinité, notant que Bohr intégrait des éléments kantiens sans citation directe des Prolégomènes, mais via une tradition philosophique commune. Aucune revendication formelle par Bohr n’est attestée, mais la proximité est un topos philosophique récurrent." (Sources : suivre le lien)
- Voilà qui est rassurant ! (Note 1)
"XV - Et cependant nous sommes réellement en possession d'une science naturelle pure, qui présente des lois a priori, et avec toute la nécessité requise pour des propositions apodictiques, lois auxquelles la nature est soumise. Je n'en donnerai ici comme preuve que cette propédictique de la physique, qui sous le titre de physique universelle, précède toute autre physique (qui est fondée sur des principes empiriques). On y trouve une mathématique appliquée à des phénomènes, et des principes purement discursifs (par notions) qui constituent la partie philosophique de la connaissance pure de la nature."
- Nous retrouvons, (fort heureusement pour notre représentation !) un automatisme de répétition du circuit (1)-(2), qui fait qu'une construction à partir de l'expérience (a posteriori) puisse ensuite servir de base (a priori) permettant des prévisions. C'est un prote-greffe qui pourra recevoir le greffon Popper et son concept de "falsification".
- Le seul bémol étant cette idée que la jugement en "apodictique" !
- Oui, c'est ce que fera sauter Popper : il n'y a jamais de certitude scientifique, seulement un accord actuel entre une thèse et la répétition d'une expérience. (Note 2)
"Mais il s'y trouve cependant beaucoup de choses encore qui n'est pas entièrement pur et indépendant des sources de l'expérience : comme la notion du mouvement, de l'impénétrabilité (fondement de la notion empirique de la matière), de l'inertie, etc., qui ne permettent pas de l'appeler tout à fait une physique pure." p. 72
- Je suis émerveillé de la perspicacité de Kant, quand il pointe effectivement les concepts fondamentaux de la physique à venir, mais étonné qu'il n'envisage pas plus clairement l'idée d'un progrès scientifique permettant ultérieurement de les agréger aux concepts a priori qu'il limite —pour la physique— à l'espace et au temps.
- Il est quand même un peu rigide dans toute sa démarche, non ?
- Sans aller jusqu'à la caricature (cf. ici), il est certain qu'il n'avait pas une prédisposition particulière à conceptualiser les accidents, ou toute stratégie de "rupture", par rapport à sa thèse; qui en soit est La rupture épistémologique. Comme s'il eût épuisé en un seul geste tout son potentiel créatif.
Je reviens sur sa réception du principe de moindre action de Maupertuis (voir ici)
— 🤖 : "[...] Kant admet la validité mathématico‑physique du principe (comme principe variationnel efficace pour unifier des lois de la nature), mais refuse d’y voir une preuve métaphysique de la finalité du monde ou de l’existence de Dieu : pour lui, ce type de principe doit être compris comme un principe heuristique ou régulateur de la raison, non comme une détermination constitutive de la chose en soi. [...]" (Source : suivre le lien)
Vois-tu ce que je veux dire ? Il est focalisé par son combat (en critiquant la partie métaphysique de la formule de Maupertuis), mais loupe l'essence même du principe, qui fonde toute la physique depuis l'équation fondamentale de Lagrange en 1788 (cf. ici); son contemporain ! (Note 3)
- Il reste arc-bouté à son principe de non-contradiction, qui doit, pour la solidité de sa construction, rester superbement solitaire en sa transcendance.
- C'est un principe Unitaire !
- Ah! Tu tiens peut-être quelque chose. Kant fait passer le principe unitaire Platonicien de [♻]♡ à [⚤]♡... Ce serait la clôture du circuit en (4); [⚤]♡→[♻]♡. Chemin que Platon parcours dans l'autre sens en initiant sa propre démarche : [⚤]♡←[♻]♡.
"[...] parmi les principes de cette physique universelle , il en est qui possèdent réellement l'universalité désirée, telles sont les propositions : que la substance demeure et persiste, que tout ce qui arrive est toujours déterminé antérieurement par une cause suivant des lois constantes, etc. Ces lois physiques sont réellement universelles, qui existent pleinement a priori. Il y a donc en réalité une physique pure." p. 72
- Vois-tu comment cette recherche d'absolu chez Kant le conduit à une erreur de parallaxe ?
- Explique ta parallaxe ?
- Il a fait un pas considérable en passant de la connaissance de la chose à celle des phénomènes, mais il continue de rechercher, grâce à la physique (donc exprimables en (1) ↻, des lois relatives à la substance, qui relèvent de (3) ↻ en métaphysique !
- Toujours la substance d'Aristote ?
- Je ne peux qu'évoquer, encore un fois, l'idée que notre Imaginaire se forme par "couches" comme un palimpseste (voir "Palimpseste"); et que nous réinvestissons des positions topologiques déjà chargées d'histoire, et que nous dialoguons avec des morts...
- N'est-ce pas ce que tu fais ?
- Bien entendu.
- Mais tu parlais de "parallaxe" ?
- Oui, une réminiscence de Žižek sans doute (voir ici). Je parle d'"erreur de parallaxe" parce que, si Kant a remarquablement compris que la physique porte sur les phénomènes, et non des "objets" ou une quelconque "substance", en résonance avec l'idée de "mouvement" au coeur de la physique; il change de lunettes pour voir ces "principes physiques" comme la nouvelle "substance" à défendre, sans penser à définir la physique elle-même par son propre "mouvement" et non par les concepts qu'elle fige à un instant donné de son histoire, pour sans cesse les retravailler.
Par exemple acceptant comme "principe universel" que "la substance demeure et persiste", Kant plombe toute possibilité de distinguer un boson d'un fermion, on de parler d'intrication/ décohérence... Dans ces exemples, le principe de conservation a évolué de la substance à l'énergie; c.-à-d. au mouvement et au phénomène.
Quant au passage "tout ce qui arrive est toujours déterminé antérieurement par une cause suivant des lois constantes, etc." , je n'en parle même pas !
- On pourrait malgré tout s'interroger sur le rôle de la liberté dans son système ?
- Vaste débat dans lequel nous risquons de nous enliser (cf. ici). De toute manière, il ne pourrait pas envisager une "indétermination" dans la chose en elle-même... Jocker !
- N'est-ce pas la rupture entre l'Âge Classique et l'épistémè moderne dont parle Foucault ?
- Nous ne nous focalisons pas sur les mêmes ruptures... (Note 4) Je te propose d'arrêter nos remarques pour reprendre à partir de sa conclusion :
"Il y a donc en réalité une physique pure. Il s'agit maintenant de savoir comment elle est possible ."
- Donc acte. Mais en survolant les pages suivantes (50 pages), je suis pris de vertige ! Avec ma mémoire de poisson rouge, je ne peux plus commenter pas à pas, il ne faut déjà une vue d'ensemble. Le discours de Kant se développe en 23 étapes, la première étant notée XVI, page 72. Laissons Perplexity débroussailler le chemin :
- 🤖: "Voici la structure en trois blocs, avec les numéros de passages concernés, telle qu’on peut la dégager dans les Prolégomènes à partir de XVI.
Bloc 1 – De la nature à la table des principes (XVI–XXII)
Ce bloc montre comment Kant passe de la question «qu’est-ce que la nature ?» à la construction systématique des principes a priori qui rendent possible une physique pure des phénomènes.
Bloc 2 – Déploiement de la physique pure à partir des principes (XXIII–environ XXX)
XXIII et suivants : Application de la table des principes :
Ces sections montrent comment chaque type de jugement et de catégorie fournit un principe transcendantal qui fonde les lois les plus générales de la physique newtonienne, mais seulement pour les phénomènes.
Ce bloc déploie la charpente du Bloc 1 et montre concrètement comment elle soutient une «physique pure» (dans le sens newtonien) comme science synthétique a priori.
Bloc 3 – Limites de la physique pure et transition vers la métaphysique (fin de la Deuxième partie, jusqu’à la veille de la Troisième partie, avant XXXIX)
Dans les sections finales de la Deuxième partie (numéros immédiatement avant XXXIX), Kant :
Ce bloc sert de charnière : il ferme le dossier «physique pure» (nous savons désormais comment elle est possible) et ouvre le terrain où la métaphysique devra être repensée à partir de ces limites (Idée psychologique, cosmologique, théologique, etc.)." (lien)
Le 29/ 04/ 2026 :
- C'est le moment de vérité : est-ce que mes élucubrations précédentes, vont résister à une approche plus fine ?
XVI–XVII : De la nature :
- Nous avions déjà situé les sciences de la natures —i.e.: la physique— sur le tronçon (2) ou ↻ soit explicitement dans la voie des choses :
| Sujet | de rem | in re | (Note 6) | |
| concept a priori | ♡⚤—[⚤]♡ | [#]♡ (4)→ |
[♻]♡—♡♻ | (essence) |
| mathématique synthétique |
♢⚤↑(1) | ⇖ ⇘ |
(3)↓♢♻ | philosophie analytique |
| Existant | ♧⚤—[⚤]♧ | [#]♧ ←(2) |
[♻]♧—♧♻ | Observable potentiel |
| signifiant | signifié | Objet | ||
| sciences de la nature | ||||
Quant au mot nature lui-même, j'ai un doute : s'agit-il du référé lui-même en [♻]♧, ou de son signifiant, c.-à-d. de ce que l'on peut en expérimenter [⚤]♧; afin d'en parler ♧⚤?
"XVI - Le mot nature prend encore une autre signification, celle qui détermine l'objet, tandis que, dans l'acception précédente, il n'indiquait que la légitimité des déterminations de l'existence des choses en général. La nature, matériellement considérée, est donc l'ensemble de tous les objets de l'expérience." p. 73
Pour être sûr de ne pas faire de contresens, je recherche cette acception précédente et je lance Perplexity à la recherche de cet antécédent (je confirme : j'ai une mémoire de poisson rouge, et le matin, avant deux ou trois tasses de café, je ne suis pas réveillé) :
— 🤖 : "Oui, les deux acceptions sont bien introduites et définies par Kant lui‑même dans ce passage des Prolégomènes.
1. Première acception (formelle / légale)
Au début du § XIV, Kant propose explicitement une première définition :
«La nature est l’existence des choses en tant qu’elle est déterminée suivant des lois universelles.»
Dans cette acception, nature ne signifie que la «légitimité des déterminations de l’existence des choses en général», c’est‑à‑dire l’ordre légal, la validité nécessaire des lois auxquelles tout objet possible de l’expérience doit être soumis.
2. Deuxième acception (matérielle / champ des objets)
Au § XVI, il annonce qu’il donne au mot une autre signification :
Ici, nature désigne «matériellement» le tout des objets effectivement donnés (ou donnables) dans l’expérience, c’est‑à‑dire le domaine que structurent les lois précédemment évoquées." (lien)
Ça reste flou, il faut continuer.
"Nous n'avons affaire qu'à celle-là, puisque autrement des choses qui ne peuvent jamais être des objets d'une expérience, si elles devaient être connues quant à leur nature, exigeraient de nous des notions dont le sens ne pourrait ja- mais être donné in concreto (dans un exemple quelconque d'une expérience possible)." p. 73
Ça devient plus clair : il s'agit des objets dont nous pouvons faire l'expérience, dans notre champ de conscience, et nous sommes bien en [⚤]♧. A contrario, l'objet en général en [♻]♧, pourrait avoir une détermination métaphysique qui échappe à la science (vu comme création de Dieu par exemple).
- Dans ces conditions, je te propose l'hypothèse de lecture suivant :
"Nous sommes donc obligés de nous faire de cet ensemble de simples no- tions, de la réalité desquelles (c'est-à-dire si elles se rapportent réellement à des objets) nous ne pouvons absolument pas décider." p. 73
Cette approche ne serait pas répudié par Bohr lui-même !
- Oui, nous l'avions déjà constaté (cf. ici) , avance une peu.
- Désolé d'être prudent en inspectant les prémisses du discours avec circonspection, mais c'est nécessaire à ma compréhension.
"Ce qui ne peut être un objet de l'expérience, et dont la connaissance serait hyper-physique, n'est point ici notre affaire; nous n'avons à nous occuper que de la connaissance physique dont la réalité peut être confirmée par l'expérience, quoiqu'elle soit possible a priori, et antérieure à toute ex- périence." p. 73
Pour l'instant, nous sommes en phase.
"XVII - L'élément formel de la nature, entendue dans cette acception étroite, est donc la légitimité de tous les objets de l'expérience, et, en tant qu'elle est connue apriori, sa légitimité nécessaire." p. 74
- Je ne vois pas comment l'on peut comprendre le processus si l'on n'a pas en tête notre représentation !
- Précise ?
- La légitimité a priori est en ♡⚤, est une intention qui porte l'attention du Sujet sur l'objet en [♻]♧ soit la jointure ♡⚤/[♻]♧ entre (1)—(2) ou ↻—↻.
- Autrement dit l'objet relève de l'étude de la nature par ce bouclage a priori ?
- Oui, Le duo intention/attention n'est certes pas explicite chez Kant, mais ça me semble assez direct, non ?
"Mais nous avons prouvé aussi que les lois de la nature dans les objets, s'ils ne sont pas considérés par rapport à une expérience possible, mais comme des choses en soi, ne peuvent jamais êtres connues a priori." p. 74
- Il y a une ambiguïté à lever concernant le lieu des "lois de la nature" quant à savoir s'il parle de mathématiques en ♢⚤ sur le tronçon (1), ou de géométrie en [#]⚤ sur le tronçon (2). Quoi qu'il en soit, les deux sont pris dans une répétition du cycle (1)—(2) ; ce qui pose la question de l'amorçage du cycle : avant toute expérience, comment appréhender les lois qui en découlent ?
"Je me demande donc si, quand il s'agit de la possibilité d'une connaissance physique a priori, il vaut mieux poser ainsi la question : comment est-il possible de connaître la légitimité nécessaire des choses comme objets de l'expérience; ou de cette façon : Comment peut-on connaître a priori en général la légitimité nécessaire de l'expérience même par rapport à tous ces objets ?"
- Je crois que mon décalage par rapport à Kant tient à ce qu'il parle de "légitimité" de façon "absolue", quand je rapporte nécessairement celle-ci au désir du Sujet, en parlant de choix...
- Et tu retombes sur l'axiome de choix.
- Oui, nous butons toujours sur une limite de ce genre chez Kant. Il passe bien de l'objet à sa relativité par rapport au Sujet en parlant de phénomènes et de mouvement, mais il ne va pas jusqu'à relativiser la "connaissance" par rapport à ce même Sujet.
- Ce qui nous amène à l'habitude, quand il veut nous conduire à la transcendance.
- Oui, nous y reviendrons lorsqu'il argumentera contre Hume; mais poursuivons.
"Nous n'aurons donc affaire ici qu'à l'expérience et aux conditions universelles et données a priori de leur possibilité, et à déterminer en conséquence la nature, comme l'objet total de toute expérience possible. Je présume que l'on comprendra bien que je n'entends pas parler ici des règles pour observer une nature qui est donnée; elles supposent déjà une expérience. Il ne s'agit donc pas de savoir comment nous pouvons (par l'expérience) apprendre à connaître les lois de la nature, car elles ne seraient pas alors des lois a priori, et ne donneraient aucune physique pure, mais bien de savoir comment les conditions a priori de la possibilité de l'expérience sont en même temps les sources d'où toutes les lois universelles de la nature doivent être dérivées." p. 76
J'espère que personne ne m'en voudra si je parle ici de la forme canonique des mythes ! (Note 5)
- Tu ne vas pas dire que nous sommes dans la pensée mythique ?
- Il n'y a rien d'insultant à dire que Kant est dans un processus créatif dont nous connaissons la structure immémoriale grâce à Lévi-Strauss.
- OK, quels sont les 4 pôles de la structure ?
- Attends ! Il faut déjà exprimer correctement l'impossibilité. C'est un peu loin, aussi permets-moi de me référer à la potière jalouse pour éviter les erreurs
Tentons ceci :
- Pour en revenir à Kant, Ici qu'est-ce qui bloque ?
- La loi dégagée a posteriori de l'objet en (2) à partir de ♧⚤ est cependant nécessaire a priori pour en faire un objet d'expérience [⚤]♧ à partir de (1). La solution de Kant est de faire pro-céder l'objet en ♧⚤ d'une "nature a priori".
- Ce serait la bordure Imaginaire ∃↑♧⚤?
- Excellente suggestion, ce qui par régression, nous amène à des considérations métaphysiques : (4)—(1) ou ↻— ↻. La pensée mythique n'est-elle pas une pensée métaphysique pure ? En ce sens, le Sujet en posture finale ♡⚤, manipule un signifiant ♧⚤ d'une façon "canonique" à partir d'un précédent —i.e.: l'objet— en l'inversant :
- J'ai compris ! De cette manière, avec la "nature en ♧⚤ , je peux initier la répétition des cycles (1)—(2) !
- J'avoue que je ne saisissais pas bien pourquoi Kant initiait son développement en s'appesantissant sur cette "nature", à présent, cela semble évidemment nécessaire pour initier sa démarche en ♧⚤.
XVIII–XX : jugements de perception (subjectifs) et d’expérience (objectifs)
"Des jugements empiriques, s'ils ont une valeur objective, sont des JUGEMENTS D'EXPÉRIENCE; mais ceux qui n'ont qu'une valeur subjective sont de simples jugements de perception.
- Je pense qu'il faut comprendre la différence au sens de "raisonnable" c.-à-d. qui se réfère à quelque critère, dans le tronçon (1).
- Autrement dit, on retrouverait ou non la position ♢⚤ sur le tronçon (1) — ↻:
- Vérifions cette hypothèse dans la suite du texte.
"Tous nos jugements ne sont d'abord que de simples jugements de perception , valables uniquement pour nous seuls, c'est-à-dire pour notre sujet; ce n'est, qu'ensuite que nous leur donnons un nouveau rapport, un rapport à l'objet, et que nous voulons qu'ils soient toujours valables pour nous, et même pour chacun." p. 78
- Ça semble un peu plus complexe que tu l'envisagerais, sans faire encore intervenir la position , qui viendra sans doute ensuite (avec les catégories).
Et l'universalité vient se raccrocher à ce changement [⚤]♧—♧⚤.
- Je ne te suis plus ?
- Ici, l'objet référé n'est pas discuté, et ce qui se donne à voir, en particulier dans ses références au temps et à l'espace arrivent en [⚤]♧ par (2). Mais l'expérience commune que peuvent en avoir une pluralité de Sujets, tient à la possibilité d'une répétition (1)—(2) dans laquelle (2) est commune et chaque perception (1) est individuelle.
- Il y a en quelque sorte une double lecture ?
- C'est en tout cas une manière très simple d'introduire l'universalité, la suite confirmera ou non cette interprétation.
"En effet si un jugement s'accorde avec un objet, tous les jugements sur cet objet doivent aussi s'accorder entre eux, et alors la valeur objective du jugement d'expérience n'en est que l'universalité nécessaire. Mais réciproquement , si nous trouvons une raison de regarder un jugement comme nécessairement universel (ce qui ne tient jamais à la perception, mais à la notion intellectuelle pure à laquelle est subsumée la perception) , nous devons aussi le réputer objectif, c'est-à-dire qu'il n'exprime pas seulement un rapport de la perception au sujet , mais encore une propriété de l'objet; car il n'y aurait pas de raison pour que des jugements d'autrui dussent nécessairement s'accorder avec le mien , sans l'unité de l'objet auquel ils se rapportent tous, avec lequel ils s'accordent ; ce qui fait qu'ils doivent aussi s'accorder tous entre eux." p. 77
Je pense que cela confirme notre interprétation précédente, avec une précision complémentaire :
Pour que deux individus tombent d'accord sur leurs expériences d'un même objet, il leur faut un critère commun pour en "parler". Si je dis que cette table où j'écris fait un mètre de large, mon interlocuteur peut également faire la mesure, en nous accordant sur un étalon commun.
"XIX - La validité objective et l'universalité nécessaire (pour chacun) sont donc des notions réciproques, et quoique nous ne connaissions pas l'objet en soi, lors cependant que nous regardons un jugement comme universellement valable et par conséquent comme nécessaire, nous entendons par là précisément la validité objective." p. 78
- Voilà qui a le mérite de fixer le vocabulaire.
- Comment vas-tu le prendre en compte ?
- De façon très "topologique" —n'oublie pas que je suis à ce niveau ([#]♢)𓂀Hari— je dirais que dans l'observation de l'objet [♻]♧, ce que nous en voyons en [⚤]♧, obéit à un principe de symétrie (au sens de Noether) de l'espace et du temps, en [#]♧.
- OK, mais là tu nous parles de la validité objective ? Et l'universalité ?
- La correspondance dont parle Kant est une symétrie entre un critère d'universalité en ♢⚤ et cette objectivité en [#]♧.
| Universalité | ♡⚤—[⚤]♡ | [#]♡ (4)→ |
[♻]♡—♡♻ |
| Notion universelle |
♢⚤↑(1) | ⇖ ⇘ |
(3)↓♢♻ |
| ♧⚤—[⚤]♧ | [#]♧ ←(2) |
[♻]♧—♧♻ | |
| objectivité | |||
- Avoue que tu te fais plaisir !
- Disons qu'une représentation topologique simplifie bien des choses... J'attends avec impatience qu'elle devienne utile aux yeux de quelques-uns 😉
"les jugements d'expérience emprunteront donc leur valeur objective, non pas de la connaissance immédiate de l'objet [i.e.: en [♻]♧](laquelle est impossible) , mais uniquement de la condition de la valeur universelle des jugements empiriques, valeur qui, comme on l'a déjà dit, ne repose jamais sur les conditions empiriques [i.e.: en [⚤]♧], sur des conditions sensibles en général [i.e.: en ♧⚤], mais sur une notion intellectuelle pure [i.e.: en ♢⚤]. L'objet [i.e.: en [♻]♧] reste donc toujours inconnu en soi; mais si la liaison des représentations qui sont données par l'objet à notre sensibilité [i.e.: en [#]♧] reçoit une valeur universelle par la notion intellectuelle, l'objet se trouve déterminé par ce rapport, et le jugement est objectif" p. 78
- J'ai sans doute été un peu vite en mettant l'universalité en ♢⚤ ; sans doute est-ce un a priori transcendantal en ♡⚤, servant de base ♡⚤𓁜 à un jugement 𓁝♡⚤↑♡⚤𓁜 à partir d'une notion intellectuelle ♢⚤𓁜↑𓁝♡⚤. (j'ai rectifié le schéma précédent en conséquence).
- Ça permettrait de retrouver le mouvement : ♧⚤𓁜↑𓁝♢⚤↑ ♢⚤𓁜↑𓁝♡⚤↑♡⚤𓁜.
- Disons à tout le moins qu'il n'y a pas de hiatus entre les deux approches.
"Qu'une chambre soit chaude, que le sucre soit doux, l'absinthe amère, ce sont là des jugements d'une valeur purement subjective. Je ne demande pas de sentir toujours ainsi, ou que chacun sente comme je dois sentir. Ces jugements n'expriment qu'un rapport de deux sensations à un même sujet, moi-même, et moi seulement dans mon état actuel de perception, et ne valent par conséquent pas relativement à l'objet ; je les appelle donc des jugements perceptifs ." p 79
- Passage intéressant qui permet de différencier le jugement purement subjectif très simplement : il n'implique pas de critère d'universalité.
- Toujours la même approche logique de Kant :
- Oui : pas de relativisme, pas de zone d'ombre, pas l'habitude ni de sens commun : tout est carré.
"Ce que l'expérience m'apprend dans certaines circonstances, elle doit me l'apprendre toujours et à chacun, et sa valeur ne se borne pas au sujet ou à son état du moment. J'énonce donc tous ces jugements comme objectivement valables, lors par exemple, que je dis : L'air est élastique, ce jugement n'est immédiatement qu'un jugement de perception; je rapporte deux sensations l'une à l'autre dans mes sens. Pour que je puisse l'appeler un jugement d'expérience,[i.e.: en ♢⚤] il faut que cette liaison soit soumise à une condition qui la rende universellement valable [i.e.: ♢⚤𓁜↑𓁝♡⚤↑♡⚤𓁜]. Il faut donc que je sois toujours et que chacun soit comme moi dans la nécessité de faire cette liaison dans les mêmes circonstances [i.e.: en [#]♧]." p. 79
- Je crois que tout le monde aura compris...
"XX - Il ne suffit donc pas pour qu'il y ait expérience, comme on se le figure ordinairement, qu'il y ait liaison en une seule conscience par le moyen du jugement; il n'y aurait là ni universalité de valeur ni nécessité du jugement, seules conditions cependant de valeur objective et d'expérience . Pour qu'il y ait expérience par perception il faut encore un jugement tout différent de celui-là. L'intuition donnée doit être subsumée à une notion qui détermine la forme du jugement en général par rapport à l'intuition, qui relie la conscience empirique de l'intuition en une seule conscience en général, et donne ainsi aux jugements empiriques une valeur universelle: cette notion est une notion intellectuelle pure a priori, propre seulement à déterminer la manière dont une intuition peut servir aux jugements." p.81
- J'ai un peu de difficulté avec cette "intuition subsommée à une notion"...
- Je te propose de revenir à la prise de conscience entre un percept et un concept. On peut sans difficulté assimiler l'intuition de Kant à cette "prise de conscience" de JP Changeux, ce qui reviendrait à ce passage en (1) :
Dans ce schéma commun à tout type de rapport du Sujet à l'Objet, il faut que le concept en question ait une valeur universelle: notion intellectuelle pure a priori.
- On a fait du chemin depuis l'universel scolastique défini comme "ce qui se dit de plusieurs" !
- J'espère que cela nous rendra la suite facile à comprendre :
"La notion de cause est donc une notion intellectuelle [i.e.: en ♢⚤], entièrement différente de toute perception possible [i.e.: en ♧⚤], et qui ne sert qu'à déterminer la représentation à elle soumise [i.e.: en ♧⚤↑♢⚤], par rapport au jugement en général [i.e.: en ♢⚤𓁜↑𓁝♡⚤↑♡⚤𓁜], par conséquent à rendre possible un jugement d'une valeur universelle [i.e.: en ♡⚤𓁜]." p. 81
XXI–XXII : Présentation de la table des jugements, de la table des catégories et de la table des principes
- Là je m'attends à quelques évolutions par rapport à ce que nous avions dit des "tableaux" de Francis Bacon, que j'avais situé en ♢♻, ainsi que la taxinomie de Foucault en opposition à sa mathèsis en ♢⚤. Je me fondais pour ce faire sur l'idée qu'en [♻] la logique du 1er ordre —a priori en [⚤]— n'était pas explicitement requise (cf. "De Francis Bacon à Hume #1 — Francis Bacon").
- Le temps à passé...
- Oui, et surtout, Wolff —contre qui Kant se positionne— a ordonné tous les savoirs en catégories en ♢⚤. Je m'attends donc à voir Kant réinvestir ♢⚤, tout en réfutant l'approche de Wolff.
"Pour exposer la possibilité de l'expérience, en tant qu'elle se fonde a priori sur des notions intellectuelles pures, il faut donc avant tout représenter dans une table complète ce qui fait partie du jugement en général, et les divers moments de l'entendement en matière de notions de ce genre; car les notions intel- lectuelles pures, n'étant que des concepts d'intuitions en général, en tant qu'ils sont déterminés en eux-mêmes par rapport à l'un ou à l'autre de ces moments pour juger en conséquence d'une manière nécessaire et universellement valable, leur sont tout à fait parallèles. Par là se trouvent aussi déterminés avec une entière précision les principes a priori de la possibilité de toute expérience, comme connaissance empirique d'une valeur universelle. Car ils sont tout simplement des propositions qui subsument toute perception (suivant certaines conditions universelles de l'intuition) à ces notions intellectuelles pures." p. 83
- il y a toujours un moment où le récit ne suffit plus, et où l'on doit faire appel à une représentation spatiale. Nous l'avons vu chez Lacan, chez Grothendieck dans récoltes et semailles, et ici maintenant...
- Arrête de nous faire languir et attaque ce schéma !
- Je suis un peu perdu...
Le 04/ 05/ 2026 :
- Le concept de "modalité" m'avait conduit à écrire l'article "À propos des modalités du jugement chez Kant et Lacan" qui nous à ramené à Lacan, et par ailleurs à utiliser la forme canonique pour mettre l'accent sur l'aspect révolutionnaire de Kant dans "Kant - Forme canonique de la révolution kantienne", de ce fait il serait sans doute plus judicieux de reprendre sur cette base l'exploration du tableau proposé dans les Prolégomènes.
- OK, reprenons ce tableau dans un autre article :
Hari
Note 1 :
- En creusant la référence à Cassier, j'ai trouvé quelques repères intéressants en psychanalyse (ici) :
— 🤖 : "En résumé, Cassirer n’est pas une référence majeure de la tradition psychanalytique classique, mais sa théorie de la forme symbolique a inspiré, directement ou indirectement, des psychanalystes et des cliniciens intéressés par le symbolique, le mythe et la culture, souvent via des médiations philosophiques (néo-kantisme, phénoménologie, théorie de la culture) plutôt que par une filiation psychanalytique directe."
et philosophie (ici) : un débat à Davos en 1929 avec Heidegger qui a marqué les esprits et une reprise de certains concepts par Merleau-Ponty (autour du "système symbolique").
Note 2 :
- Je ne veux pas encombrer l'article par mes digressions mais en la matière, l'expérience des fentes de Young est un exemple admirable (cf. ici):
Dirac a résumé cette relativité de l'expérience en disant que la constitution de l"l'observable" est un réponse à un questionnement, ce que nous plaçons dans la jointure (1)-(2) soit ♡⚤/[♻]♧.
Note 3 :
Sur le principe de Maupertuis :
«L’Action est proportionnelle au produit de la masse par la vitesse et par l’espace. Maintenant, voici ce principe, si sage, si digne de l’Être suprême : lorsqu’il arrive quelque changement dans la Nature, la quantité d’Action employée pour ce changement est toujours la plus petite qu’il soit possible»
Dans l'aveuglement de Kant sur le sujet, entre sans doute son rejet de Leibniz...(voir "... Et Kant comme arbitre")
Note 4 :
Je place ici un jalon à reprendre lorsque nous reviendrons à Michel Foucault et "Les mots et les choses" :
—🤖: [...] Le rappel à Foucault est plutôt cohérent, mais il faut préciser où se situe Kant dans Les mots et les choses : chez Foucault, Kant n’est pas le penseur de l’«âge moderne de la physique en mouvement», mais le seuil qui fait passer de l’âge classique de la représentation à l’épistémè moderne des sciences humaines.
Ce que Foucault dit de Kant et de la rupture
• Foucault distingue trois épistémès : Renaissance (ressemblance), âge classique (représentation), âge moderne (où apparaissent la vie, le travail et le langage comme objets).
• Il insiste sur le fait que c’est précisément avec Kant que s’ouvre l’épistémè moderne : Kant introduit la distinction empirique/transcendantal et problématise la finitude, ce qui permet de penser l’homme comme «double empirico-transcendantal».
Autrement dit : pour Foucault, Kant marque une «rupture» avec l’ordre classique, mais la rupture porte sur la manière de penser les conditions de possibilité du savoir (empirique/transcendantal, finitude), pas directement sur une «fluidification» historique des concepts scientifiques." (Suivre le lien)
- Comme tu le vois, je ne suis pas du tout dans la même perspective que Foucault !
- C'est normal : vous ne vous intéressez pas aux mêmes choses...
Note 5 :
Pour les nouveaux : je passe régulièrement en revue la "forme canonique des mythes" sur ce blog. Je n'ai pas encore terminé de l'intégrer parfaitement dans notre représentation topologique de l'Imaginaire, quoique cette nécessité ne me lâche pas. Quelques repères sur ce blog :
Note 6 :
- Le duo objectif/ subjectif me semble renvoyer à un duo tiré de la dualité des voies ⇅ ⇆ :
objectif ≡ contravariant— ⇆ / ⇅ —covariant≡subjectif
- Non, c'est prématuré : cela renverrait les mathématiques que tu places en ♢⚤ au rang de la subjectivité (avec le choix d'une algèbre par exemple), et ce n'est certainement pas ce que Kant a en tête.
Note 7 :
Voir les modalité du jugement à l'article suivant "À propos des modalités du jugement chez Kant et Lacan"