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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Kant — Les prolégomènes #8 — Partie 3— Métaphysique de XL à LIII

Les Tontons flingueurs

Le 22/ 05/ 2026 :

- Nous pouvons dresser une bonne partie de la topologie représentant l'approche de Kant. Et sans encore avoir abordé la métaphysique, nous avons déjà certaines indications :

  Liberté
jugement
esthétique
Logique
transcendantale
nature
Sujet [⚤]  [#]
(4)→
[♻]—♡
catégories (1)↑ (3)↓
phénomène —[⚤] [#]
←(2)
[♻]
  temps logique espace⊥temps noumène

- Ce tableau me semble presque familier, car on y retrouve pratiquement ce que tu as déjà présenté (cf. "Syntaxe de l'Entropologie") :

    [⚤] [#]  [♻]
Sémantique aléa symétrie résilience
Syntaxe nombre forme grandeur
Signifiant discret continu mesure

- Oui, d'ailleurs il faudra mettre à jour cet article assez rapidement, après avoir terminé notre exploration des prolégomènes. Le rapprochement le plus profond, sans doute, est d'avoir compris le registre [#] comme une "symétrie entre l'intérieur du Sujet (son discours) et l'extérieur de la nature.

- Ce qui justifie ton approche "topologique" de l'Imaginaire ?

- Disons que cela simplifie nos représentations. De même que la strate syntaxique est le média entre le signe et le sens que le Sujet lui donne. Les deux se croisant en un point central du cross-cap [#], qui échappe précisément à l'approche kantienne.

Maintenant, le point faible de notre représentation reste le tronçon (3) du parcours, sur lequel nous n'avons aucune indication de l'existence ou du rôle de la position .

J'espère que notre lecture de cette 3e partie va nous éclairer.

Prolégomènes à toute métaphysique future.

TROISIÈME PARTIE— de XL à LIII
Comment une métaphysique en général est-elle possible ?

"XLLa troisième question qui s'offre à nous maintenant concerne donc comme le noyau et l'essence de la métaphysique, c'est-à-dire l'application de la raison à elle-même, et, puisqu'elle couve ses propres notions, la connaissance des objets qui en résulte présumablement, sans avoir besoin pour cela de l'intervention de l'expérience, et sans qu'on puisse en général y parvenir par ce moyen (1). 
Si cette question reste sans réponse , la raison n'est jamais satisfaite.[...]
(1) Si l'on peut dire qu'une science est réelle au moins dans l'idée de tous les hommes, dès qu'il est certain que les problèmes qui y conduisent sont présentés par la nature à la raison humaine de chacun, et qu'ils sont par conséquent l'objet constant, inévitable, d'une multitude de recherches, quoique infructueuses, il faudra dire aussi qu'il y a réellement une métaphysique subjective (et même nécessairement), et se demander alors avec raison comment elle est possible (objectivement ).
" p. 121

- Le grand mérite de Kant, à mes yeux, est de reconnaître la nécessité d'une métaphysique, alors même que la science tentera jusqu'au XXe siècle de la forclore.

- Tu veux dire que l'on revient à Kant de nous jours ?

- Non, pas si directement. Il s'agit plutôt de reconnaître l'importance dans le phénomène, de chacun des deux termes du rapport, et ne pas oublier de porter notre attention aussi bien sur le Sujet que sur l'Objet. La mécanique classique pouvait se le permettre d'évacuer le Sujet, la mécanique quantique ne le peut plus. Repense à l'expérience du choix retardé d'Alain Aspect. C'est en ce sens qu'il importe de revenir au père : Kant, quitte à le tuer ensuite, as usual.

"L'usage expérimental auquel la raison restreint l'entendement pur, ne remplit pas toute sa propre destinée. Chaque expérience particulière n'est qu'une partie de l'étendue complète de son domaine ; mais l'ensemble absolu de toute l'expérience possible n'est plus une expérience; mais c'est cependant un problème nécessaire aux yeux de la raison, pour la simple représentation duquel il lui faut de tout autres notions que ces notions intellectuelles pures dont l'usage n'est qu'immanent, c'est-à-dire n'a de rapport qu'à l'expérience, si étendue qu'elle puisse être, au lieu que les notions rationnelles ont pour objet l'intégralité, c'est-à-dire l'unité collective de toute l'expérience possible, et, dépassant ainsi toute expérience donnée, deviennent transcendantes." p. 122

Il y a ici un problème fondamental que nous comprenons comme le "passage à la limite" de type 𓁝=>𓁜, qui se traduit en langage catégorique par un changement d'objet :

  • Dirigé vers l'objet initial : 𓁝[∅] ;
  • Dirigé vers l'objet final [∃]𓁜.
  • (voir "identité et idempotence")

Je suis tenté aujourd'hui d'aller un pas plus loin : il y a sans doute chez Kant un changement de voie associé à ce passage 𓁝=>𓁜 :

  • en 𓁝: c'est l'accumulation des expériences des phénomènes, dans la répétition (1)-(2);
  • en [⚤]𓁜 : c'est la formation métaphysique des a priori du jugement dans le passage (4)-(1).
  • Que l'on peut repérer sur le cross cap par les bordures associées :
  [∅]   
[∃]
[⚤]𓁜
  𓁝  

- C'est pas très clair...

- Prenons un autre point de vue: 𓂀Lacan.

  1. Le Sujet est "objectivement" porté par "Lalangue" qui le conditionne avant même toute prise de conscience de lui-même. Cette langue qui le détermine et qu'il apprend jusqu'à ce qu'elle le forme peut être représentée en [⚤]𓁜;
  2. Le discours du Sujet, est typiquement en 𓁝; et ce qui fait "symptôme" aux yeux de l'observateur 𓂀Lacan, c'est la répétition des cycles (1)-(2).
  3. L'accord est donc dans l'identification : 𓁝[⚤]𓁜.

- Et tout ceci est chez Kant ?

- Le point important est que "l'ensemble absolu", donc vu [⚤]𓁜, déborde de l'expérience concrète repérée 𓁝.

La différence entre Kant et Lacan tient au mécanisme en [#]. Chez Kant il s'agit d'une sorte de symétrie (esthétique/ logique transcendantale) entre l'intérieur du Sujet et la Nature qui lui est extérieure.

"De même donc que l'entendement a besoin des catégories [i.e. en ] pour l'expérience, de même la raison contient en soi le principe des Idées [i.e. en [#]] , c'est-à-dire des notions nécessaires dont l'objet cependant ne peut être donné dans aucune expérience. Les dernières sont dans la nature de la raison au même titre précisément que les premières sont dans la nature de l'entendement, et si celles-là emportent avec elles une apparence qui peut facilement séduire, cette apparence est inévitable quoiqu'on puisse bien se défendre d'être entraîné ." p. 122

- Tu vois bien je l'espère, comment le passage (4)=>(1), fait que les principes transcendantaux en [#] servent à définir les catégories en ? Avec au passage une clarification du vocabulaire employé :

  • Entendement en (1);
  • Raison en (4) => rapporté à la Logique transcendantale  en [#] . 

"Comme toute apparence consiste en ce que le principe subjectif [esthétique] du jugement est considéré comme objectif [Logique], une connaissance de la raison pure par elle-même dans son usage transcendant (infini) sera l'unique préservatif contre les égarements dans lesquels tombe la raison lorsqu'elle s'abuse sur sa destinée, et qu'elle rapporte d'une manière transcendante [i.e.: en (3)] à un objet en soi  [i.e.: en ] ce qui ne concerne que son propre sujet et sa conduite [i.e.: en [⚤] ]  dans tout usage immanent." p. 122

- Tu admireras comme moi la limpidité du programme de Kant !

- Toujours amoureux des jardins à la française ?

- C'est Lalangue qui m'a bercé...

"XLI : La distinction des Idées, c'est-à-dire des notions rationnelles pures, d'avec les catégories ou notions intellectuelles pures, comme connaissances entièrement différentes quant à l'espèce, à l'origine et à l'usage, est un point si important lorsqu'il s'agit de fonder une science qui doit contenir le système de toutes ces connaissances a priori, que sans cette distinction une métaphysique est absolument impossible, ou n'est tout au plus qu'une tentative irrégulière et indigeste, sans connaissance des matériaux dont on s'occupe, et de leur propriété de servir, suivant un dessein ou un autre, à la construction d'un château de cartes ." p. 123

- Nous abordons ici le tronçon (3) et surtout la position  qui sera donc celle des "idées". Ce qui fixe le vocabulaire :

  • Catégories en  sur (1);
  • Idées en  sur (3).

Ici, Kant tranche définitivement quant à la nature des catégories d'Aristote qui traverse la querelle des universaux.

- Sans pour autant avoir articulé pleinement une dialectique partie—𓁝/𓁜—tout.

- Effectivement : sa dichotomie idées/ catégories, lui permet de contourner cette aporie du discours. Note au passage de quelle façon nous retrouvons peu ou prou la relation des idées aux sujets sensibles de Platon : 

  Platon
idées [⚤] [♻] 
séparer
sensible [⚤] [♻]
  multiple   Un

Kant médiatise par (3)(4), la jointure platonicienne [⚤]/[♻] :

  • Le domaine des idées [⚤] de Platon est maintenant celui du Sujet, dans un rapport intérieur/ extérieur avec la nature;
  • Placer les idées en , efface la solution de continuité platonicienne entre le monde des idées et celui des sujets sensibles (la nature).

- Et ça permet de comprendre cette reprise du terme "idée" par Kant comme une double inversion : 

  • L'idée extérieure au monde sensible devient intérieure au Sujet;
  • La mort de l'idée s'imposant de l'extérieur au monde permet à Kant de la com-prendre de l'intérieur.

"XLIII : Comme j'avais trouvé l'origine des catégories dans les quatre fonctions logiques de tous les jugements de l'entendement, il était bien naturel de chercher l'origine des Idées dans les trois fonctions des raisonnements rationnels; car dès qu'une fois des notions rationnelles pures (des Idées transcendantales) sont données, elles ne peuvent (à moins qu'on ne veuille les considérer comme innées), être trouvées que dans la même opération rationnelle qui, en tant qu'elle concerne simplement la forme, représente le côté logique des raisonnements rationnels, mais qui, en tant qu'elle représente les jugements intellectuels comme déterminés a priori par rapport à une forme ou à une autre, constituent les notions transcendantales de la raison pure." p. 125

Nous avons déjà passé en revu les 3 tables permettant d'établir les catégories de l'entendement (cf. #5), il s'agit donc de s'intéresser maintenant à ces 3 "trois fonctions des raisonnements rationnels".

— 🤖 : Kant vise ici les trois types de raisonnements (ou «fonctions des raisonnements de la raison») qui donnent lieu aux trois familles d’idées transcendantales : psychologiques, cosmologiques et théologiques.[1][2]

Les trois fonctions de la raison

Dans la «Vorläufige Bemerkung zur Dialektik der reinen Vernunft» du troisième volet des Prolégomènes («Wie ist Metaphysik überhaupt möglich?»), Kant précise que les «idées de la raison» se laissent ramener à trois fonctions correspondant aux trois formes fondamentales de syllogismes de la raison.[2][1]

  1. La fonction catégorique du raisonnement de la raison donne lieu aux idées psychologiques, c’est‑à‑dire l’idée d’un sujet absolument simple et permanent (l’âme).[1][2]
  2. La fonction hypothétique du raisonnement de la raison donne lieu aux idées cosmologiques, c’est‑à‑dire l’idée de la totalité inconditionnée de la série des conditions dans le monde (le monde comme totalité finie ou infinie, première cause, etc.).[3][1]
  3. La fonction disjonctive du raisonnement de la raison donne lieu à l’idée théologique, c’est‑à‑dire l’idée d’un être absolument nécessaire comme totalité suprême de la réalité (Dieu).[3][1]

Autrement dit, chaque «fonction de raisonnement» de la raison pure, en cherchant l’inconditionné pour un type déterminé de liaison logique (catégorique, hypothétique, disjonctive), engendre un type spécifique d’«idée transcendantale» : psychologique, cosmologique ou théologique.[2][1]" (Sources : suivre le lien)

Ce que Kant catégorise ainsi :

"la division de toute la dialectique de la raison pure opère en conséquence comme il suit :

  • le Paralogisme ,
  • l'Antinomie et
  • l'idéal de la raison pure.

Par cette dérivation nous sommes parfaitement sûrs que toutes les prétentions de la raison pure se trouvent ici pleinement représentées, qu'il n'en est aucune qui n'y trouve sa place, parce que la faculté de raisonner elle-même, d'où elles tirent toute leur origine, est par là complètement parcourue ." p. 126

Là, il faut vraiment partir à la découverte.

"XLIV : [...] Que l'âme soit ou ne soit pas une substance simple, c'est ce qui est tout à fait indifférent pour l'explication de ses phénomènes; car nous ne pouvons, par aucune expérience possible, rendre sensible, par conséquent faire comprendre in concreto, la notion d'un être simple. Cette notion est donc tout à fait vaine par rapport à tout ce qu'on pouvait espérer de connaître en fait de cause des phénomènes, et ne peut servir de principe pour expliquer ce que nous présente l'expérience interne ou externe.
Les idées cosmologiques du commencement du monde ou de son éternité (a parte ante) nous servent aussi peu à expliquer un événement dans le monde même.
Enfin nous devons, suivant une juste maxime de la philosophie de la nature, nous abstenir de toute explication de l'arrangement des choses , qui serait tirée de la volonté d'un être suprême, parce que ce n'est plus là de la philosophie naturelle, mais un aveu du terme de notre connaissance.
Ces idées ont donc une tout autre destination pratique que les catégories qui seules, avec les principes dont elles sont le fondement, rendent l'expérience possible ." p. 127

Nous avons donc ici les 3 pôles de la métaphysique...

- Ne les as-tu pas déjà positionnés ?

- Avec l'âme en ♡ et l'être Suprême au-dessus [∅] ou à côté de la nature en ♡ je pense m'y retrouver, mais les idées cosmologiques sont plus difficiles, d'autant que nous avons les noumènes en ♧.

- Ne sont-elles pas des idées en  précisément destinées à relier l'être Suprême/ Nature aux noumènes en (4) : ♡ ?

- Kant revient précisément à ces noumènes :

"XLV : observation préliminaire sur la dialectique de la raison pure.
[...]
Ces objets hyperboliques sont donc ceux qu'on appelle noumènes ou êtres intellectuels purs (ou mieux êtres de raison), tels, par exemple qu'une substance mais qui est conçue sans permanence dans le temps, ou une cause mais qui n'agit pas dans le temps, etc., puisqu'on leur donne des prédicats qui ne servent qu'à rendre possible la légitimité de l'expérience, et qu'on en dé- tache cependant toutes les conditions de l'intuition sous lesquelles seules l'expérience est possible, et qu'ainsi ces notions perdent toute signification
."

Tu remarqueras que les notions dont il va être question en métaphysique sont détachées d'un temps interne au Sujet dans le registre [⚤].

- Cela me fait penser au temps des grands anciens dont il est question dans la pensée mythique...

- Il s'agit effectivement du même registre ancestral, ce qui conforte l'idée kantienne que l'homme a besoin d'une approche transcendant son expérience mondaine pour lui donner un sens. D'ailleurs, nous-mêmes gardons cette nécessité d'une résilience de l'objet au-delà de son impermanence, que l'on retrouve dans le triptyque de Noether (indétermination / symétrie# / conservation).

Étant entendu que nous ne pouvons jamais cerner complètement un "noumène" par l'entendement :

"XLVI — 1/ Idée psychologique (Critique T.2 p. 44)
il n'est, comme dans tous les autres cas, que le rapport des phénomènes internes à leur sujet inconnu. Néanmoins cette idée (qui sert très bien, comme principe régulateur, à renverser complètement toutes les explications matérialistes des phénomènes internes de notre âme), par un malentendu très naturel, est l'occasion d'un argument fort spécieux qui conclut de cette prétendue connaissance du substantiel de notre être pensant, sa nature, en tant que sa connaissance dépasse entièrement l'ensemble de l'expérience." p. 132

- J'avoue avoir du mal à parcourir le passage de XLVI à XLIX, faute d'une culture suffisante, sans doute. Je cerne mal les enjeux. Il y a d'une part l'idée religieuse de l'immortalité de l'âme, et d'autre part le doute cartésien systématique. Kant semble vouloir se parer des deux côtés, mais son écriture me rebute.

— 🤖 : "L’objectif de Kant, dans ce bloc XLVI–XLIX, est double : 1/ montrer ce que peut et ne peut pas nous donner l’«idée psychologique» de l’âme en tant que substance, 2/ dissiper en même temps deux illusions métaphysiques classiques : la preuve de l’immortalité de l’âme et le doute cartésien sur l’existence des corps extérieurs.[1][2]
Point de départ : ce que veut la raison
La raison pure a une exigence structurelle : pour tout prédicat, elle cherche un sujet dernier, un «porteur» absolu des prédicats.[1]
Autrement dit, dès qu’il y a quelque chose prédicat de quelque chose, la raison remonte la chaîne et demande : «de quoi cela est-il prédicat ?», sans s’arrêter.[1]

Cette tendance à remonter vers un «sujet absolu» produit une idée : l’idée d’un support ultime, substantiel, simple, qui serait ce que la chose est «en soi».  
Dans le cas de nous-mêmes comme êtres pensants, cette idée est l’idée d’âme (l’«idée psychologique»).[2]

XLVI : pourquoi l’âme n’est pas donnée comme substance connue
Kant commence par rappeler un fait important : nous ne connaissons jamais le «sujet propre» des choses, le substantiel, mais seulement des prédicats (qualités, accidents).[1]
Notre entendement est discursif : il ne connaît que par concepts, donc par prédicats, et ne peut jamais faire apparaître dans un concept le «sujet absolu».[1]

Puis il examine le cas du moi :

  • Nous avons l’impression que dans la conscience de soi (le «je pense») nous possédons enfin ce sujet substantiel, donné immédiatement.  
  • Mais Kant insiste : le moi n’est pas un concept déterminé qui contiendrait des prédicats, c’est seulement la désignation de l’objet du sens interne, le point d’unification des états internes.[1]

Ainsi :

  • Le «je» ne peut pas servir de prédicat à autre chose, mais cela ne signifie pas qu’il soit un concept positif du sujet absolu.  
  • C’est simplement le repère auquel se rapportent les phénomènes internes; le sujet en soi reste, lui, inconnu.[1]

Du coup, l’«idée psychologique» d’un moi-substance simple et pleinement connu comme tel est déjà un dépassement illégitime de ce que nous donne l’expérience interne.  
Kant signale que cette idée, bien comprise, est utile comme principe régulateur (par exemple pour contrer les explications matérialistes de l’âme), mais qu’elle devient source de sophismes dès qu’on croit y trouver la connaissance du substantiel.[2]

XLVII–XLVIII : la permanence de l’âme et l’immortalité
Ensuite Kant passe au problème de la permanence de l’âme.

  • On peut appeler l’âme «substance» comme dernier sujet de la pensée, si l’on veut, mais cette notion reste vide tant qu’on ne lui associe pas une caractéristique empirique féconde : la permanence.[1]
  • Or, la permanence n’est pas déductible de la simple notion de substance en tant que chose en soi; elle est un principe qui vaut uniquement pour l’expérience possible.[1]

Cela a deux conséquences :

  1. La permanence d’une substance (par exemple le «moi» empirique) ne peut être affirmée que dans le cadre de l’expérience.  
  2. Donc, même si l’on prouvait que l’âme est substantielle et permanente, on ne pourrait la prouver que pour la durée de la vie, car la mort marque la fin de toute expérience pour nous.[1]

Autrement dit : on ne peut pas passer du principe de permanence (nécessaire pour lier nos perceptions dans l’expérience) à une preuve de l’immortalité de l’âme comme chose en soi.  
Kant reproche aux métaphysiciens d’avoir confondu : ils ont pris un principe a priori de l’expérience (la permanence des substances comme condition de l’expérience) pour un fait sur les choses en soi, notamment l’âme après la mort.[2][1]

XLIX : existence des corps extérieurs et «idéalisme formel»
Enfin, Kant articule le rapport entre le sujet interne et les objets externes.

  • On ne peut pas prouver que quelque chose existe hors de nous comme «chose en soi» dans l’espace ; on peut seulement prouver une existence empirique : quelque chose est donné à la perception dans l’espace, donc «hors de nous» au sens phénoménal.[1]
  • De même, je ne connais mon âme que comme objet du sens interne, dans le temps, par des phénomènes internes; son être en soi m’est tout autant inconnu.[1]

Il en résulte une stricte symétrie :

  • La réalité empirique de mon âme comme phénomène interne dans le temps est aussi sûre que la réalité empirique des corps comme phénomènes externes dans l’espace.[1]
  • Le doute cartésien qui ferait de l’âme quelque chose de certain et des corps quelque chose de douteux repose sur une mauvaise interprétation de ce que signifient «dans le temps» et «dans l’espace».[3][1]

C’est pourquoi Kant introduit son «idéalisme formel» ou transcendantal :

  • L’espace et le temps ne sont pas des réalités en soi, mais des formes de la sensibilité.  
  • Ainsi, l’existence «hors de nous» signifie : être donné dans l’espace, c’est-à-dire sous la forme de l’intuition externe ; et cela est aussi réel (pour nous) que l’existence du moi dans le temps.[3][1]

Cet idéalisme formel a pour effet de :

  • Dissoudre l’idéalisme cartésien : une fois admis que l’espace est une forme subjective de l’intuition, la question «les corps existent-ils vraiment hors de nous ?» se reformule en «existe-t-il réellement des phénomènes dans l’espace suivant les lois de l’expérience ?», ce qui est assuré par la régularité des perceptions.
  • Montrer que nous n’avons pas plus accès à l’âme «en soi» qu’aux corps «en soi» ; dans les deux cas nous n’avons que des phénomènes, internes ou externes.[3][1]

Fil directeur du passage
On peut maintenant reformuler le fil de manière très compacte :

  1. La raison cherche un sujet absolu et produit l’idée d’un moi-substance (idée psychologique).  
  2. Mais l’entendement ne connaît jamais qu’en prédicats : même le «je» n’est qu’un point de ralliement des phénomènes internes, non un concept du sujet en soi.
  3. Le principe de permanence de la substance est un principe a priori de l’expérience possible, non une propriété des choses en soi; il ne permet donc pas de conclure à l’immortalité de l’âme.  
  4. La réalité empirique de l’âme (dans le temps) et des corps (dans l’espace) est symétrique : toutes deux sont également assurées comme phénomènes, mais leur être en soi reste inconnu.
  5. L’idéalisme transcendantal (espace et temps comme formes de la sensibilité) renverse l’idéalisme cartésien : il garantit l’objectivité empirique des corps extérieurs sans faire d’eux des choses en soi.  

Ainsi, le rapport sujet intérieur / objet extérieur que tu repères est bien au centre, mais Kant veut précisément montrer qu’il y a parallélisme phénoménal et ignorance symétrique quant aux choses en soi : on ne connaît pas plus l’âme en soi que les corps en soi, et les idées métaphysiques qui prétendent dépasser l’expérience (immortalité de l’âme, etc.) reposent sur une extrapolation illégitime des principes de l’expérience." (Sources : suivre le lien)

Cette remise en forme me rend du coup l'approche de Kant extrêmement limpide, plus même : cela me permet de prendre conscience des a priori que je suivais inconsciemment, et m'ont conduit à notre représentation de l'Imaginaire.

- Concrètement ?

- Pour notre représentation topologique, nous devons nous centrer sur les symétries, en particulier concernant la représentation de l'Imaginaire :

  • J'adopte en ([#])𓂀Hari une représentation topologique;
  • Kant adopte deux points de vue différents :
    • ([⚤])𓂀Kant : une représentation catégorique de l'entendement appliqué à la physique et la mathématique ;
    • ([♻])𓂀Kant : une représentation idéale de la raison appliquée à la métaphysique.
  • Nos positions relatives [⚤]—[#]—[♻]♢ doit me permettre de caractériser les deux approches de Kant par leurs symétries.

- Mais concrètement ?


Le 28/ 05/ 2026 :

- Tu as la tête ailleurs ?

- Oui, un peu : j'ai beaucoup avancé avec mon cross-cap sur Blender, et je devrais pouvoir le manier aisément d'ici une semaine ou deux, pour refondre ensuite toute notre syntaxe. Je pense qu'il sera particulièrement utile pour comprendre comment les 4 bords de notre carré topologique se superposent au croisement de la surface du cross cap sur elle-même.

Remarque en particulier le moment où, dans la transformation, le cercle initial (déformé des 4 côtés du carré topologique initial), se pince pour faire un "8". Les deux boucles de ce 8 sont les deux circuits "physique" (les tronçons (1)-(2)) et "métaphysique" (les tronçons (3)-(4)) de Kant.

- C'est entendu, il y aura beaucoup à dire à ce sujet, mais en attendant il faut absolument terminer ces prolégomènes à la métaphysique afin de boucler correctement le deuxième cercle, si je puis dire...

- En relisant mon texte, le suis frappé par l'aspect kantien du discours de Lacan... Il faudra y revenir en détail. Par ailleurs, placer l'idée de substance en , me semble conforter notre nature de "bricoleur", comme le remarquait Lévi-Strauss : nous recyclons ce qui est déjà là :

  • Chez Aristote, la substance abstraite du sujet sensible se retrouvait à cette place  ♧;
  • Kant garde la nécessité d'organiser nos pensées autour d'un référé stable, comme "objet" des phénomènes;
  • Noether identifie un principe de conservation d'une "quantité" au coeur de la mécanique quantique.

Il y a bien de l'un à l'autre une évolution quant à la nature de cette "conservation", mais le besoin d'un tel concept est bien là, et c'est la leçon de Kant !

- Et si nous poursuivions ?

- Nous avons passé en revue l'idée psychologique, qui nous conduit à poser un couple de référés ultimes, soit "l'Objet en soi" et le "Sujet en soi", qui ne doivent être vus que comme des repères formels nécessaires au discours. Kant en arrive à présent aux idées cosmologiques.

"L. II. IDÉES COSMOLOGIQUES ( Critique, t. II , p. 67 ).
Ce produit de la raison pure dans son usage transcendant en est le phénomène le plus digne de remarque, celui qui, aussi, tend avec le plus de force à faire sortir la philosophie de sa torpeur dogmatique, et à la porter à l'œuvre difficile de la critique de la raison même.
J'appelle cette Idée cosmologique parce qu'elle ne prend son objet que dans le monde sensible, et qu'elle n'a besoin d'aucune autre que de celle dont l'objet tombe sous les sens, en tant par conséquent qu'il est immanent et non transcendant, et n'est point jusque-là, par le fait, une idée.
Au contraire, concevoir l'âme comme une substance simple, c'est dire déjà qu'on la conçoit comme un objet (le simple), tel que les sens n'en peuvent pas saisir. Malgré cela l'Idée cosmologique étend si loin la liaison du conditionné avec sa condition (qui peut être mathématique ou dynamique) que l'expérience ne peut jamais l'égaler, et qu'à ce point de vue c'est toujours une Idée, dont l'objet ne peut jamais être donné d'une manière adéquate dans une expérience quelconque." p. 137

Autrement dit, l'idée cosmologique est métaphysique, non par sa "nature", mais par l'impossibilité d'en faire concrètement l'expérience.

- On pense assez naturellement au Big Bang ou à l'exploration d'un trou noir...

- Oui et la cosmologie questionne effectivement toutes les sociétés à travers l'histoire.

"LI. [...] Ces idées transcendantes sont au nombre de quatre seulement, autant que d'espèces de catégories ; mais dans chacune d'elles elles n'ont pour but que l'intégralité absolue de la série des conditions dans un conditionné donné. [...]" p. 138

Nous avons déjà passé en revue ces 4 espèces de catégories, mais le texte les rattache à 4 sortes d'affirmations dialectiques de la raison pure, qui ont du m'échapper.

— 🤖 : "Ces quatre sortes d'affirmations dialectiques correspondent aux quatre idées cosmologiques et sont classées en deux catégories : deux antinomies "mathématiques" et deux antinomies "dynamiques".[1]

Les quatre antinomies

  • Première antinomie (du temps et de l'espace)
    Elle concerne la limitation de l'univers par rapport à l'espace et au temps. La thèse affirme que le monde a un commencement dans le temps et est également limité dans l'espace, tandis que l'antithèse soutient que le monde n'a ni commencement ni limites dans l'espace, étant infini tant dans le temps que dans l'espace.[1]
  • Deuxième antinomie (de l'atomisme)
    Elle porte sur la divisibilité de la matière. La thèse postule que toute substance composée dans le monde est constituée de parties simples et indivisibles, alors que l'antithèse nie l'existence de telles parties simples.[1]
  • Troisième antinomie (de la spontanéité et du déterminisme causal)
    Elle traite du problème du libre arbitre en relation avec la causalité universelle. La thèse affirme qu'il existe une causalité par spontanéité en plus de la causalité naturelle, nécessaire pour expliquer les phénomènes du monde, tandis que l'antithèse soutient qu'il n'y a pas de spontanéité et que tout dans le monde se produit uniquement selon les lois de la nature.[2][1]
  • Quatrième antinomie (de l'être nécessaire)
    Elle concerne l'existence d'un être nécessaire. La thèse affirme qu'il appartient au monde, soit comme partie soit comme cause, un être absolument nécessaire, alors que l'antithèse nie qu'un être absolument nécessaire existe quelque part dans le monde ou en dehors de lui comme sa cause.[1]

Signification dans le système kantien
Ces antinomies démontrent que chaque affirmation dialectique est opposée par une assertion contraire "suivant des principes de la raison pure d'une égale apparence". Cette antinomie n'est pas arbitraire mais "fondée dans la nature de la raison pure même", forçant ainsi le philosophe à remonter aux premières sources de la raison pure pour comprendre les limites de celle-ci.[3][4][5]" (Sources ; suivre le lien)

 - Comment ai-je pu vivre aussi longtemps sans avoir lu Kant ?

- Tu peux préciser ?

- Il y a d'abord cette idée qui me travaille depuis longtemps, que sur la strate sémantiquement ♡, la logique à l'oeuvre semblait se limiter à celle du 1er ordre. C'est ce qu'implique la nécessité de faire des choix ou de juger. Donc là, oui, avec Kant nous plaçons cette nécessité en [#], qui subsume notre indétermination quant à ces  4 "idées" en ♢. Vient ensuite le constat que ces antinomies perdurent au fil de l'histoire humaine. Nous ne sommes effectivement pas plus avancés aujourd'hui qu'une tribu Jivaro quant à ces diverses questions :

  1. La théorie du Big Bang n'arrive toujours pas à trancher la première antinomie;
  2. La matière est onde et corpuscule, selon notre façon de l'appréhender;
  3. Notre libre arbitre est en dualité avec l'indétermination du monde;
  4. La cohérence du monde, en particulier son existence conditionnée par des valeurs très précises des constantes universelles interroge aujourd'hui comme elle interrogeait hier.

Maintenant j'attends de voir comment Kant va démontrer que ces 4 antinomies sont un ensemble complet.

— 🤖 : " Kant établit qu'il n'y a que quatre antinomies et seulement quatre en se fondant sur une déduction systématique à partir de la table des catégories. Cette limitation découle directement de l'architecture de son système transcendantal.[1]

Le principe de déduction à partir des catégories
Kant affirme explicitement dans la Critique de la raison pure : "Il n'y a donc pas plus de quatre Idées cosmologiques, conformément aux quatre titres des catégories". Comme il l'écrit dans le paragraphe LI que vous citez : "Ces idées transcendantes sont au nombre de quatre seulement, autant que d'espèces de catégories".[2][1]
La table des catégories de Kant comprend quatre classes (quantité, qualité, relation, modalité), et chaque classe génère une idée cosmologique correspondante lorsque la raison cherche "l'intégralité absolue de la série des conditions dans un conditionné donné".[3][2]

Correspondance entre catégories et antinomies
Les quatre antinomies correspondent aux quatre titres des catégories de la manière suivante  :[1]

  1. Quantité : l'absolue complétude de la composition de la totalité donnée de tous phénomènes (limitation du monde dans l'espace et le temps)
  2. Qualité : l'absolue complétude de la division d'une totalité donnée dans le phénomène (divisibilité de la matière en parties simples ou non)
  3. Relation : l'absolue complétude de la genèse d'un phénomène en général (causalité et liberté)
  4. Modalité : l'absolue complétude de la dépendance de l'existence de ce qu'il y a de changeant dans le phénomène (existence d'un être nécessaire)

La nécessité systématique
Cette déduction n'est pas arbitraire mais découle de la "nature de la raison pure même". Pour Kant, la raison cosmologique cherche systématiquement l'inconditionné pour chaque type de condition imposée par les catégories. Puisqu'il n'existe que quatre classes de catégories dans son système, il ne peut exister que quatre façons pour la raison de chercher la totalité absolue, donc exactement quatre antinomies cosmologiques.[4][5][2][1] (Sources : suivre le lien)

- CQFD. Là j'avoue qu'il m'impressionne.

- L'I.A. avait distingué entre antinomies mathématiques et dynamiques ? 

— 🤖 : "La distinction entre antinomies mathématiques et dynamiques repose sur la nature des objets et des synthèses auxquels elles se rapportent. Cette division est fondamentale pour comprendre comment Kant résout ces contradictions apparentes.[1]

Nature des antinomies mathématiques
Les deux premières antinomies sont dites "mathématiques" parce qu'elles concernent la relation entre les objets sensibles et l'espace-temps. Elles portent sur l'intuition a priori et impliquent une synthèse de type composition de parties homogènes.[2][3][1]
Ces antinomies traitent de la quantité et de la qualité : la limitation du monde dans l'espace et le temps (première), et la divisibilité de la matière en parties simples (deuxième). Elles se rapportent à des objets de l'intuition sans corrélats externes.[1][2]

Nature des antinomies dynamiques
Les deux dernières antinomies sont dites "dynamiques" parce que leurs propositions ne se limitent pas à des affirmations sur les objets spatio-temporels. Elles portent sur l'existence et impliquent une synthèse de type connexion de parties hétérogènes.[3][2][1]

Ces antinomies concernent la relation et la modalité : la causalité et la liberté (troisième), et l'existence d'un être nécessaire (quatrième). Elles se rapportent à l'existence des objets avec des corrélats, dans leurs relations entre eux ou en relation avec l'entendement.[2][1]

Résolution différenciée
Cette distinction est cruciale pour la résolution des antinomies.

  • Dans les antinomies mathématiques, thèse et antithèse sont toutes deux fausses car elles traitent l'espace et le temps comme des réalités en soi.[4][5]
  • Dans les antinomies dynamiques, thèse et antithèse peuvent être toutes deux vraies : dans le monde des phénomènes tout est déterminé et nécessaire (antithèse), tandis que la même réalité considérée comme chose en soi peut manifester la liberté ou avoir un fondement absolu (thèse). Cette distinction permet d'introduire l'hétérogénéité entre le sensible et l'intelligible.[5][1]" (Sources : suivre le lien)

 - Je ne cesse de m'émerveiller, à voir se déployer chez Kant un univers dichotomique, si profondément ancré en nous que Lévi-Strrauss le découvre dans toutes les sociétés qu'il a étudiées.

- Mais pourquoi ces qualificatifs de "mathématique" vs "dynamique" ?

- L'I.A. tourne en boucle (cf. ici) et ne nous est d'aucun secours, il faut avancer dans le texte pour y voir plus clair.

"LII a. Voici le plus singulier phénomène de la raison humaine, dont on ne peut montrer ailleurs aucun exemple dans quelque autre des usages de cette faculté. Si, comme il arrive ordinairement, nous concevons les phénomènes du monde sensible comme des choses en soi, si nous regardons les principes de leur liaison comme ayant une valeur universelle par rapport aux choses en elles-mêmes, et non simplement par rapport à l'expérience, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, inévitablement même sans notre Critique, il en sort une opposition inopinée qui ne peut jamais être conciliée par la voie dogmatique ordinaire, parce que thèse et antithèse peuvent être établies par des preuves également saisissantes de clarté et de force, - car pour ce qui est de la justesse de toutes ces preuves je n'en suis pas dupe,- et la raison se partage elle-même en deux, situation qui fait le triomphe du sceptique, mais qui doit porter le philosophe critique à la réflexion et à l'examen ." p. 139

"LII b. [...] Le seul cas possible où la raison découvrirait malgré elle la dialectique secrète qu'elle donne faussement pour dogmatique, serait celui où elle assoierait une assertion sur un principe universel, et où d'un autre principe aussi bien fondé résulterait de la manière la plus rigoureuse tout le contraire. Or c'est ici le cas, et même par rapport aux quatre Idées naturelles de la raison, d'où résultent d'un côté quatre assertions, et d'un autre côté quatre propositions diamétralement opposées aux précédentes, et chacune déduite avec une conséquence rigoureuse de principes reconnus pour universels, et qui par là témoignent dans l'usage de ces principes de l'apparence dialectique de la raison pure, apparence qui autrement eût pu rester éternellement cachée." p. 144

- Remarque au passage comment Kant, qui par sa critique cherche à clore le discours métaphysique, conduit tout droit aux théorèmes de Gödel...

- Apparemment tu n'es pas le premier à avoir fait le rapprochement :

🤖 : "Gaetano Chiurazzi est l’auteur qui a développé ce rapprochement entre Kant et Gödel. Il a publié en 2023 un article intitulé “Kant précurseur de Goedel? Sur la contradiction et l’incomplétude dans la ‘Critique de la raison pure’”. (voir discussion et liens ici et ici)

Mais j'ai du mal à entrer dans ce discours...

- Oui, parce qu'il s'adresse à des dogmatiques tels que Wolff, quand l'I.A. nous a déjà tracé l'objectif : faire la part entre des antinomies toujours fausses et d'autres ne répondant pas au principe de non-contradiction. Laisse-lui le temps d'aplanir le terrain.

"Il y a donc ici une expérience décisive, qui doit nécessairement nous révéler un vice secret dans les suppositions de la raison. Deux propositions qui se contredisent l'une l'autre ne peuvent être fausses toutes deux, excepté le cas où la notion même qui leur sert de fondement commun est elle-même contradictoire; par exemple les deux propositions :

  • Un cercle quadrangulaire est rond, et
  • Un cercle quadrangulaire n'est pas rond,

sont fausses toutes les deux. Car la première est fausse puisqu'il n'est pas vrai qu'un cercle carré soit rond, attendu qu'il est carré; mais il est faux également que ce qui est un cercle ne soit pas rond, ou qu'il ait des angles. Le caractère logique de l'impossibilité d'une notion consiste précisément en ce que sous la supposition de cette notion deux propositions contradictoires seraient fausses en même temps, et qu'ainsi rien d'intermédiaire entre elles ne pouvant être conçu, rien absolument n'est pensé par cette notion."

- Logique imparable : si une proposition est fausse et son contraire l'est également, l'objet de cette proposition n'est pas concevable.

"LII c. Or une notion contradictoire de cette sorte est la base des deux premières antinomies, que j'appelle mathématiques, parce qu'elles s'occupent de l'addition ou de la division de l'homogène; d'où j'explique comment il arrive que thèse et antithèse sont également fausses . Quand je parle d'objets dans le temps et l'espace je ne parle pas de choses en soi, par la raison que je n'en sais rien ; je ne parle que des choses phénoménales , c'est-à- dire de l'expérience, comme d'une espèce particulière de connaissance des objets, la seule dont l'homme soit doué. Or je ne puis dire de ce que je conçois dans l'espace ou dans le temps, qu'il est en soi, qu'il est aussi sans cette pensée ou conception, dans l'espace et le temps, car il y aurait là contradiction, attendu que l'espace et le temps, avec les phénomènes qu'ils comprennent, ne sont rien d'existant en soi et en dehors de mes représentations. Il n'y a donc là que des espèces même de représentations , et il est évidemment contradictoire de dire qu'un simple mode de représentation existe aussi en dehors de notre représentation. Les objets des sens n'existent donc que dans l'expérience ; leur accorder une existence propre, subsistant par elle-même, sans l'expérience ou avant elle, c'est donc s'imaginer qu'il y a aussi une expérience sans l'expérience ou avant elle. Quand donc je me demande quelle est l'étendue du monde dans le temps et dans l'espace, il est également impossible à toutes mes notions de dire qu'il est infini ou qu'il est fini. Ni l'un ni l'autre en effet ne peut se rencontrer dans l'expérience, parce que ni un espace ni un temps infini, ni une limitation du monde par un espace vide ou par un temps vide qui aurait précédé n'est une affaire d'expérience possible ; ce ne sont là que des Idées. Cette grandeur déterminée du monde devrait donc être déterminée en lui d'une manière ou d'une autre , indépendamment de toute expérience.[...]

C'est la même chose pour la deuxième antinomie, celle qui a pour objet la division des phénomènes. Car ces phénomènes sont de pures représentations, et les parties n'en existent que dans leur représentation, c'est-à-dire dans une expérience possible où elles sont données, et chacune va juste aussi loin que cette représentation même. Admettre qu'un phénomène, par exemple celui du corps, contient en soi avant toute expérience toutes les parties auxquelles une expérience possible peut seule arriver, c'est en même temps accorder à un simple phénomène, qui ne peut exister que dans l'expérience, une existence propre avant toute expérience, ou dire qu'il y a de simples représentations avant qu'elles se produisent dans la faculté représentative; ce qui est contradictoire, ainsi que toute solution du problème mal conçu, que les corps se composent en soi d'une infinité de parties, ou d'un nombre fini de parties simples." p. 144

- Là je dois confesser une erreur de ma part !

- Tu ne cesses d'apprendre, ce qui est en soi une bonne nouvelle, mais qu'as-tu à confesser mon fils ?

- Je ne cesse de penser à la dualité partie—𓁝/𓁜—tout comme une évidence de registre continu, soit initialement [♻] puis [#]; mais il semble que Kant la situe dans le registre du discours, par nécessité discontinu en [⚤]. C'est ce qui m'avait guidé au cours de notre exploration de la querelle des universaux...

- Fort heureusement personne n'y faisait allusion.

- Sans doute, mais j'avais quand même cette idée en tête en plaçant les sous catégories d'Aristote (espèce, genre, accident) relatives à la substance en ♢.

- Lorsque tu coupes une tarte en parts de tarte, n'est-ce pas en [♻] ?

- Et non : couper la tarte c'est en faire l'expérience, et passer par le filtre [#], avant de les dénombrer en [⚤]; soit [⚤][#][♻] ! (Note 1)

- OK, encore un sujet de méditation, mais si nous avancions en attendant ?

- Juste une dernière remarque avant de continuer: regarde comment l'approche quantique (dualité onde/ particule) a renouvelé, sans la rendre pour autant obsolète, la remarque de Kant :

"...que les corps se composent en soi d'une infinité de parties, ou d'un nombre fini de parties simples..."

"LIII.

  • Dans la première classe des antinomies (la mathématique) la fausseté de la supposition consiste en ce que ce qui se contredit (à savoir un phénomène comme chose en soi) serait représenté comme susceptible d'être uni dans une notion.
  • Dans la seconde classe des antinomies, la dynamique, la fausseté de la supposition consiste à se représenter comme contradictoire ce qui est susceptible d'être uni.

Et comme dans le premier cas les deux assertions opposées entre elles étaient fausses, ici au contraire celles qui sont opposées par simple malentendu peuvent être vraies toutes deux. La liaison mathématique suppose donc nécessairement l'homogénéité de ce qui est lié (dans la notion de quantité) ; la dynamique n'exige rien de semblable." p. 144

- Hum, à lire ce passage, il faut peut-être revenir sur ce que j'ai présenté comme une erreur de ma part !

- Explique-toi.

- J'ai trop vite baissé pavillon en assimilant "représentation" à "discours"... Toute notre topologique n'est qu'une représentation, notre Imaginaire coincé entre le Réel et le Symbolique.

- Et donc tu peux garder dualité partie—𓁝/𓁜—tout hors de [⚤] ?

- Oui.

- Et qu'est-ce qui te fait revenir en arrière ?

- L'idée d'homogénéité associée à celle de quantité renvoie en fait à l'idée d'ordre introduit par la mesure. La théorie de la mesure au sens moderne date de Borel, vers 1894, il n'est donc pas étonnant que Kant ne fasse pas le distinguo entre une quantité et un ordre appréhendés en [⚤] (par exemple ℕ) et au sens de "quantité conservée" en [♻].

- Et donc ?

- Pour garder toute sa force au propos de Kant, il conviendrait d'adapter un peu son vocabulaire. Sa première classe d'antinomies devrait être rattachée à la "mesure" et non la "mathématique". Sa proposition serait alors que le mètre et l'objet doivent être de même "espèce" (homogénéité de la quantité), ce qui prolonge la validité de ce type d'antinomies jusqu'à nos jours. 

- Je te propose d'arrêter là cet article qui commence à être très long.

- OK, nous continuons donc par les antinomies dynamiques.

- Amen

Hari

Note 1 :

Je ne vais pas développer ici, mais je me rends compte en l'écrivant que ce chemin n'est déjà plus à la strate ♧ mais ♢, ce qui implique la conscience du point [#], sommet de notre cross-cap. Quand je dis qu'il est temps de reformuler notre syntaxe ! 

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