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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Kant — Les prolégomènes #10 — Conclusion

Caméra café

Le 02/ 06/ 2026 :

- Après lecture, j'ai laissé Perplexity faire un résumé de ces pages (voir le lien), mais nous ne sommes pas ici pour rendre une copie de philo. Il est plus intéressant de nous arrêter sur quelques passages qui me semblent  très contemporains :

"Des limites (dans un être étendu) supposent toujours un espace qui se trouve en dehors d'un certain lieu déterminé et l'enveloppe; des bornes n'ont besoin de rien de semblable : ce sont de pures négations qui affectent une quantité en tant qu'elle n'a pas d'intégralité absolue. Mais notre raison veut en quelque sorte autour de soi une place pour la connaissance des choses en elles-mêmes, bien qu'elle n'en puisse jamais avoir des notions déterminées, et qu'elle soit réduite à des phénomènes ." p. 159

Et plus loin :

"[...] maintenant que les idées transcendantales nous ont rendu nécessaire le progrès jusque-là, et qu'elles ne nous ont pour ainsi dire conduit que jusqu'aux confins de l'espace plein (de l'expérience), avec l'espace vide (dont nous ne pouvons rien savoir, les noumènes) nous pouvons déterminer aussi les limites de la raison pure ; car dans toutes limites est aussi quelque chose de positif (par exemple une surface est la limite de l'espace corporel, tout en étant un espace ; une ligne est un espace qui est la limite de la surface ; un point est la limite de la ligne , mais toujours cependant un lieu dans l'espace), quand au contraire de simples bornes ne contiennent que de pures négations. Les bornes indiquées dans les paragraphes cités ne suffisent pas, après avoir trouvé qu'il y a encore en dehors d'elles quelque chose (quoique nous ne devions jamais connaître ce que c'est en soi). Car on se demande maintenant comment notre raison se comporte dans cette liaison de ce que nous connaissons avec ce que nous ne connaissons pas, et que nous ne connaîtrons jamais? " p. 162

- Tu veux nous parler de limites et de bornes ?

- Bien sûr. Une borne est quelque chose contre quoi tu butes 𓁝[...], tandis que pour parler d'un point comme limite d'une droite, il faut se situer sur la droite pour voir le point ex post [...]𓁜. De ce point de vue le Sujet 𓁝𓁜 balance entre la raison transcendantale en [⚤]𓁜 et l'entendement en 𓁝♡.

- Et tu retrouves ton Moi-peau !

- Quand je te dis que Kant est résolument moderne ! Par ailleurs, il est à un cheveu de la formule magique de Poincaré "une limite n'a pas de limite" pour structurer l'enchaînement qu'il décrit :

"une ligne est un espace qui est la limite de la surface ; un point est la limite de la ligne"

Et c'est en pensant à cette approche topologique de la limite que j'ai relu cette conclusion de Kant.

Prends le "noumène" par exemple: il apparaît clairement comme limite entre l'objet d'expérience en [♻] et l'objet en soi en ♧, partageant avec le Sujet une même liberté ::

       
  [⚤] (4)→ [♻]—♡  
  (1)↑ Liberté
Nécessité
(3)↓  
  —[⚤] (2)← [♻]  
       

- Pendant que tu y es, parle-nous de la nécessité qui intéresse le couple complémentaire ?

- Nous retrouvons cette représentation de l'Imaginaire comme surface limite entre le Réel et le Symbolique Réel—[[∃]𓁜Imaginaire𓁝[∅]]—Symbolique. La nécessité kantienne est alors celle de cet espace "Réel—Symbolique" permettant l'existence d'une telle limite en son sein.

- OK, et donc l'expérience au contact du Réel, et l'idée théologique at contact du Symbolique ?

"Nous devons donc concevoir un être immatériel, un monde intelligible, et un être au-dessus de tous les êtres (purs noumènes), parce que la raison ne rencontre que là, comme en des choses en soi, l'intégration et la satisfaction qu'elle ne peut jamais espérer en dérivant les phénomènes de leurs principes homogènes , et parce que ces principes se rapportent réellement à quelque chose différent d'eux (par conséquent tout à fait hétérogène), puisque des phénomènes supposent toujours une chose en soi, et qui par conséquent est indiquée par là, qu'elle puisse ou non être connue plus intimement." p. 163

 - Oui, et là encore remarque l'extrême modernité de Kant : il parle de l'idée d'un Être Suprême comme de la satisfaction d'un désir... Et tu comprends pourquoi Kant est le point de bascule où la pensée moderne fait apparaître “l’homme” —doublet empirico-transcendantal.— comme figure épistémique, c’est-à-dire comme être à la fois objet de savoir et condition de possibilité du savoir.

- Et donc, l'homme défini par son désir ?

- Non, il en tient pour la morale, mais du moins trace-t-il le champ sur lequel Schopenhauer et Nietzsche vont le combattre, celui où se retrouverons Hegel, Freud et bien entendu Lacan.

Mais cette simple "satisfaction du désir" est plus profonde qu'il n'y paraît.

- À quoi penses-tu ?

- Souviens-toi de mon hésitation lorsqu'il s'agissait de situer le principe d'universalité (voir ici dans "#9"). Je m'étais fait la réflexion que le désir de repos chez le Sujet en  ♡ renvoyait à Aristote. (Note 1J'avais même évoqué les constatations cliniques qui démontrent que la "prise de conscience" d'un percept correspond à une baisse d'activité entre synapses.

- Où veux-tu en venir ?

- Le besoin de réification des concepts (Sujet, noumènes, Être Suprême) répond primitivement à un principe économique élémentaire. Et là encore, Kant marque la direction, même s'il a loupé Maupertuis au passage !

- C'est l'idée d'une référence à l'Être Suprême d'où Maupertuis fait dériver son principe qui l'a heurté.

«C'est le principe de la moindre quantité d'action : principe si sage, si digne de l'Etre suprême, et auquel la Nature paroît si constamment attachée ; qu'elle l'observe non seulement dans tous ses changements, mais que dans sa permanence, elle tend encore à l'observer.»

- Oui, Maupertuis le plaçait comme Aristote en ♡; alors qu'il suffisait de se limiter à l'expérience universelle que nous en avons, en ♡, pour en faire un principe de raison en [⚤] attaché à notre désir de moindre effort.

- Tu ne peux quand même pas ramener l'expérience au seul désir du Sujet !

- La résistance du Réel à notre désir doit s'expliciter en termes d'une différence entre covariance et contravariance, mais nous en reparlerons plus tard.

Pour l'heure, je voulais juste souligner la fécondité du terrain balisé par Kant : on peut le regarder comme le père de notre univers contemporain, un père que chacun tuera à sa façon, comme il se doit, mais c'est la figure tutélaire qu'il faut apprendre à connaître.

"Quand je dis que nous sommes forcés de considérer le monde comme s'il était l'œuvre d'une intelligence et d'une volonté suprême, je ne dis en réalité qu'une chose, c'est ce que le rapport qui existe entre une horloge, un navire, un régiment, et un horloger, un constructeur, un colonel, est le même qui existe entre le monde sensible (ou tout ce qui compose le fondement de cet ensemble de phénomènes) et l'inconnu que je ne connais par conséquent pas en lui-même, mais que je connais cependant par rapport à moi, par rapport au monde, dont je fais partie." p. 167

- OK, il replace le Sujet au centre du débat; nous avons compris, est-ce tout ?

- Il parle au paragraphe suivant d'analogie :

"LVIII : Cette connaissance est la connaissance par analogie, qui ne signifie pas, comme le mot l'indique ordinairement, une parfaite ressemblance de deux choses, mais une parfaite ressemblance de deux rapports entre choses entièrement dissemblables." p. 167

Ça ne te rappelle rien ?

- Il s'intéresse aux liens entre objets plus qu'aux objets eux-mêmes, mais ça découle de toute sa démarche...

- Oui, mais nous en étions à imaginer les prolongements de ce qu'il a semé, ne vois-tu pas à l'horizon les ponts d'Olivia Caramello ?

- N'en jette plus, La cour est pleine !

- Amen

Hari

Note 1 :

En parlant de la genèse de la connaissance des principes, dans les Seconds Analytiques II, 19, il compare la formation de l’universel dans l’âme à une armée en déroute qui retrouve peu à peu son ordre. Mouvement aboutissant chez lui en ♡. Conception du mouvement comme retour au repos qui contamine ensuite toute idée de mouvement comme une perturbation d'un état statique idéal.

Fiche de lecture a posteriori de Claude

Fiche 15 — Kant : les Prolégomènes #10 (Conclusion)

2 juin 2026 · série De Kant au cross-cap · entropologie.fr
Place dans le cheminement : la limite, le désir, et le seuil de Lacan. Clôture de la lecture des Prolégomènes : la distinction limite/borne (topologique), l'Être Suprême comme satisfaction d'un désir, et l'ouverture de deux chantiers — covariance/contravariance et ponts de Caramello — juste avant le passage à Lacan.

Apport propre
  • Limite contre borne. Une borne est ce contre quoi l'on bute, 𓁝[…] (pure négation) ; une limite est positive — pour voir un point comme limite d'une droite, il faut se situer sur la droite, ex post […]𓁜 (une surface limite l'espace tout en étant un espace, une ligne limite la surface, un point limite la ligne — « toujours un lieu »). Le Sujet 𓁝𓁜 balance entre la raison transcendantale [⚤]𓁜 et l'entendement 𓁝♡ : on y retrouve le Moi-peau. Kant est « à un cheveu » de la formule de Poincaré, « une limite n'a pas de limite ». Le noumène est une telle limite, entre l'objet d'expérience [♻] et l'objet en soi ♧, « partageant avec le Sujet une même liberté » (diagonale A).
  • L'Imaginaire comme surface limite. Réel — ☯[[∃]𓁜 Imaginaire 𓁝[∅]]☯ — Symbolique : la nécessité kantienne est celle de cet espace « Réel—Symbolique » qui permet l'existence d'une telle limite en son sein (diagonale B).
  • L'Être Suprême comme satisfaction d'un désir. Kant présente l'idée d'un Être Suprême comme la satisfaction que la raison ne peut espérer ailleurs — soit la satisfaction d'un désir. Il est le point de bascule où apparaît « l'homme » comme doublet empirico-transcendantal (Foucault) : objet de savoir et condition de possibilité du savoir. Kant tient pour la morale, mais trace le champ où Schopenhauer, Nietzsche, Hegel, Freud et Lacan le combattront.
  • Réification et principe économique. Le besoin de réifier les concepts (Sujet, noumènes, Être Suprême) répond à un principe économique élémentaire (moindre effort) ; le désir de repos du Sujet en ♡ renvoie à Aristote (l'immobilité comme actualisation), et à la clinique (la prise de conscience d'un percept = baisse d'activité synaptique). Maupertuis plaçait le principe de moindre action en ♡ (comme Aristote, dérivé de l'Être Suprême) ; il suffisait de s'en tenir à l'expérience universelle ♡ pour en faire un principe de raison [⚤] attaché à « notre désir de moindre effort ». Mais « la résistance du Réel à notre désir doit s'expliciter en termes de covariance / contravariance — nous en reparlerons ».
  • La connaissance par analogie. (LVIII) « une parfaite ressemblance de deux rapports entre choses entièrement dissemblables » : Kant s'intéresse aux liens entre objets plus qu'aux objets — d'où l'on voit poindre « à l'horizon les ponts d'Olivia Caramello ».

Kant est salué comme père tutélaire de l'univers contemporain — « un père que chacun tuera à sa façon, comme il se doit ».

Notation mobilisée
  • Limite / borne : limite = positif / lieu (𓁜, ex post) ; borne = négation / butée (𓁝).
  • Noumène = limite : [♻] / ♧, partageant la liberté du Sujet (diagonale A).
  • Imaginaire = surface limite : Réel — ☯[[∃]𓁜 … 𓁝[∅]]☯ — Symbolique ; nécessité = l'espace qui la permet (diagonale B).
  • Désir : Être Suprême = satisfaction du désir ; réification = principe économique (moindre effort) ; désir de repos = ♡ (Aristote).
  • Chantiers ouverts : covariance / contravariance (résistance du Réel au désir) ; analogie = rapports → ponts de Caramello.
Relecture a posteriori (à la lumière du cross-cap)
✅ Tient La distinction limite (positif, lieu) / borne (négation, butée) et son ancrage topologique (Poincaré : « une limite n'a pas de limite ») est solide et importante. Le noumène comme limite et l'Imaginaire comme surface limite Réel/Symbolique (nécessité = l'espace qui la permet) tiennent et s'articulent au schéma des diagonales (fiche 14). L'ouverture vers les ponts de Caramello (l'analogie comme ressemblance de rapports) est juste et féconde.
⚠️ Corrigé / avoué Rappel que Kant a « loupé Maupertuis » (principe de moindre action mal placé en ♡). La tentation de ramener l'expérience au seul désir du Sujet est tempérée (« tu ne peux quand même pas… ») : la résistance du Réel reste à expliciter (covariance/contravariance, reporté). L'Être Suprême comme satisfaction du désir est une relecture moderne (Foucault) assumée comme projetée sur Kant.
🔁 Redites Le résumé « copie de philo » est délégué à Perplexity (documentaire). Le Moi-peau, le schéma des diagonales (Liberté/Nécessité), Maupertuis / moindre action (fiche 06), la filiation Schopenhauer → Nietzsche → Freud → Lacan et le « désir de repos / Aristote / clinique » (fiche 14) sont repris.
✂️ Laissé de côté La covariance / contravariance est explicitement reportée (« nous en reparlerons plus tard »). Les ponts de Caramello sont évoqués sans développement (« la cour est pleine ! »). La théologie / morale (Être Suprême, devoir) n'est pas développée. Le résumé exhaustif des dernières pages est laissé à l'I.A.
Raccord au centre [#]
Étape 15 — le centre comme limite positive. La distinction limite/borne éclaire le statut du centre : une limite est positive (un lieu — point, ligne, surface), non une simple négation (la borne contre quoi l'on bute). Le noumène est une telle limite, partageant la liberté du Sujet ; et l'Imaginaire est lui-même une surface limite entre Réel et Symbolique, la nécessité kantienne étant l'espace qui permet l'existence d'une limite en son sein. Le centre [#], sommet du cross-cap, s'inscrit dans cette logique de la limite-lieu. L'article ouvre deux chantiers qui touchent le centre : la covariance/contravariance (résistance du Réel au désir) et les ponts de Caramello (l'analogie comme ressemblance de rapports). La lecture de Kant est close ; le seuil de Lacan est atteint.
🔗 Pivot
Amont : Fiche 14 — Prolégomènes #9 (les diagonales Liberté/Nécessité).
Aval : Fiche 16 — Lacan : Du schéma L au cross-cap — fin des Prolégomènes, début de la seconde moitié du parcours (la topologie du Sujet proprement dite).

⚗️ Zone de quarantaine — conjectures de Claude (à activer ou écarter à la relecture finale)

  • Limite (positif/lieu) vs borne (négation/butée) : le vocabulaire kantien du jeu présence/absence. Le centre comme limite (lieu positif) et non borne (négation) est exactement la distinction qui éclairera le statut présence/absence de [#] (point non-trou des équations / point absent de RP² / point fixe de Brouwer non absent). L'article 15 en fournit le vocabulaire. Conjecture mise en réserve pour les fiches finales, non activée ici conformément à la consigne.
  • Covariance / contravariance = résistance du Réel au désir. Hari pose que la résistance du Réel s'explicite en covariance/contravariance. Conjecture : cela rejoint [#] comme point d'inversion covariant/contravariant (fiche 11, bra/ket de Dirac) et la distribution des diagonales — le désir (covariant, voie des mots) contre la résistance du Réel (contravariant, voie des choses). À activer pour V13.
  • Les ponts de Caramello : le cross-cap comme « topos classifiant ». L'analogie comme ressemblance de rapports entre choses dissemblables → les ponts toposiques de Caramello (équivalences via un classifiant commun). Conjecture : le cross-cap pourrait jouer ce rôle d'objet classifiant unifiant les filiations Platon / Kant / Lacan — à relier à la question ouverte du topos de Grothendieck en ♢. À reverser dans la synthèse rétrospective.
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