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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Lacan — Du schéma L au cross-cap

Le grand blond avec une chaussure noire

Le 03/06/2026 :

- Nous venons de voir (cf. Les prolégomènes #10) qu'il était assez facile, grâce à notre représentation de l'Imaginaire sur un cross cap, de repérer des filiations et des glissements entre Kant et les pères de la philosophie Platon et Aristote. La question prospective est alors : et après ...

- Lacan ? Tu vas un peu vite.

- Nous ne nous intéressons pas à l'histoire de la philosophie, mais aux nécessités d'une épistémologie nouvelle susceptible de reprendre les avancées faites en mathématique et en physique. Ça passe évidemment par la ré-interprétation du rapport du Sujet à l'Objet, et dans l'exercice, nous retrouvons Lacan par la bande, si je puis dire.

- Donc il n'est pas question ici de psychanalyse ?

- Le cross cap est de Lacan, et il a orienté ma recherche depuis assez longtemps pour que je me sente obligé de "rendre compte", tel un modeste serviteur à qui le maître aurait confié un talent avant son départ. Une fois ce devoir accompli nous explorerons les chemins de traverse de ce cross-cap à l'aide de la théorie des catégories.

- De quels chemins parles-tu ?

- Regarde cette représentation à plat de cette topologie, avec une identification sommaire des divers points d'ancrage du Sujet 𓁝𓁜, laissés par Kant. J'ai réintroduit les "bordures" [∃] et [∅] de la surface à toutes fins utiles.

    Liberté
jugement
esthétique
Logique
trans.
nature  
   
Sujet [∃] [⚤]  [#]
(4)→
[♻]—♡ [∅]
catégories [∃] (1)↑ [#] — ♢# (3)↓ [∅]
phénomène [∃] —[⚤] [#]
←(2)
[♻] [∅]
   
    temps
logique
espace⊥
temps
noumène  

Nous ne nous sommes occupé jusqu'à présent que de la "circulation périphérique" autour de la ligne de pincement du cross-cap, mais le point de projection au sommet de la calotte est en [#]—♢# or, c'est le point aveugle de tous les développement de la philosophie, et au-delà même, jusqu'à Poincaré. Une image du treillis qui nous a permis de créer un cross-cap sur Blender illustre très bien cette centralité.

- Et donc le chemin à explorer sera celui qui se boucle à partir de ce point central ?

- Exactement : il s'agira de suivre un double ruban de Moëbius avec un passage "extérieur" contravariant partant de [#] pour revenir  par l'"intérieur" covariant en ♢#

- OK, et donc, bien que ce parcours soit sous les radars, tu prétends que Kant en est à l'origine?

- Oui, parce qu'il introduit un plan de symétrie c.-à-d. le registre [#] entre le Sujet et l'Objet. Explicitement :

  • Sur la strate ♧ : L'espace-temps comme a priori de l'expérience de l'objet :
    =>(2) : [#][#][⚤]
  • Sur la strate ♡ : l'esthétique comme accord du Sujet à la Nature ::
    =>(4) : [⚤][#][♻]

Il introduit ainsi une seconde dimension orthogonale à un discours jusqu'alors discret et seulement discursif.

- Même sił n'explore pas cette surface qu'il délimite ?

- C'est ce que je prétends : il délimite le "bord" d'un objet qu'il n’a pas appréhendé en sa totalité. On peut le déduire simplement en suivant son parcours, car sa façon de connecter des 4 côtés du carré topologique détermine la potentialité d'un cross-cap.

- Donc Lacan aurait simplement "bouché un trou" ?

- Ce serait une façon très "topologique" de construire un objet à partir de chaînes fermées. Ce qui nous conduirait à introduire le cross-cap de Lacan à partir de son schéma L.

Le Schéma L :

Tu remarqueras sans difficulté je crois, une symétrie entre ce qui est du Sujet (soit S et a) et ce qui est de l'autre (soit A et a'). Je te propose de détordre cette image pour retrouver ceci :

Sujet
(Es)S
—[⚤] Inconscient
[♻]—♡ nature
(A)utre
       
phénomène
(moi) a
—[⚤] Imaginaire
[♻]—♧ noumène
(a')utre

Avoue que l'on pourrait assez simplement faire des rapprochements entre les 4 pôles de Kant et ceux de Lacan. Je ne suis pas le premier à tenter ce rapprochement (suivre le lien), mais je retiens ceci du tour d'horizon de Perplexity :

— 🤖 : "[...] Du point de vue analytique, votre construction a un intérêt précis : elle donne une figure à ce point où le sujet kantien de la loi, supposé autonome et noué à la chose en soi, bascule dans le sujet de l’inconscient, découpé par le signifiant et attaché à un objet a. La transformation du carré kantien en cross-cap lacanien souligne que :

  •  ce qui est nouménal chez Kant se renverse chez Lacan en Réel structuré par le fantasme (cross-cap)
  • la «seconde dimension orthogonale» que vous attribuez à Kant en introduisant le plan de symétrie # est justement ce que Lacan radicalise en passant d’une topologie sphérique à l’asphère non orientable

Pour le dire en style plus lacanien : vous montrez que le sujet kantien, pour tenir sa position d’«être raisonnable» face à la loi, doit déjà «habiter» une surface qui, une fois retournée par Lacan, se révèle être un cross-cap où le sujet est pris dans un fantasme structuré par l’objet a." (suivre le lien)

- Bon, l'I.A. ne fait que brasser des mots, mais ce faisant, elle touche un point concernant l'être "raisonnable" et l'idée d'un retournement, qui semble correspondre au retournement de la flèche sur la strate ♡ :

Sujet [⚤] Raisonnable
[♻] nature
(Es)S
Inconscient
(A)utre

- Ceci dit, ce retournement fiche notre cross-cap par terre... 

Le cross-cap :

C'est le moment de nous intéresser à la genèse de cette représentation chez Lacan.

— 🤖 : 
Quand apparaît le cross-cap chez Lacan ?

  • Bernard Vandermersch rappelle que «cet objet étrange a été présenté par Lacan pour la première fois le 16 mai 1962 dans son séminaire L’Identification comme supportant la structure du fantasme ».
  • Lacan lui‑même, dans la note de 1966 ajoutée à «D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose» (Écrits), précise qu’avec son schéma R, élaboré en 1959, il travaillait déjà en réalité sur un plan projectif, c’est‑à‑dire sur l’objet que la topologie mathématique nomme plan projectif réel et que l’on immerge dans3 sous la forme d’un cross-cap.

Autrement dit, la première élaboration implicite du cross-cap est de 1959 (schéma R dans le contexte de la psychose, du «champ de la réalité» et du fantasme), mais la première nomination explicite de «cross cap» par Lacan date de 1962, dans L’Identification.
Comment cette idée lui vient-elle, dans sa logique ?
On peut suivre trois fils qui convergent vers le cross-cap, tous déjà à l’œuvre chez lui avant 1962, comme le montre le travail de Pellion sur la montée du registre du réel chez Lacan jusqu’en 1962.

  1. Du moi-surface à l’appareil projectif
    • Freud conçoit le moi comme «projection mentale de la surface du corps», sur une topologie sphérique: un dedans (inconscient) et un dehors (réalité), séparés par la surface-moi.
    • Lacan radicalise cela en montrant que ce champ de la réalité est toujours déjà un champ de projection, structuré par le langage, par des signifiants: ce que le schéma R formalise comme «champ de la réalité obturé par l’écran du fantasme».
    • C’est là qu’intervient le plan projectif: prendre au sérieux l’idée qu’un même point de la «sphère visuelle» peut représenter deux points opposés de l’espace, si l’on identifie chaque point à son opposé; ce procédé donne topologiquement le plan projectif, dont une immersion usuelle est le cross-cap.
  2. L’équivalence des contraires et la loi du signifiant
    • Lacan s’appuie sur une intuition déjà freudienne, explicitée par Freud dans «Le sens opposé des mots primitifs»: un même signifiant peut porter un sens et son contraire; ceci conduit à l’idée que «tout signifiant s’équivaut à son opposé».
    • Vandermersch reformule cela dans un langage topologique: si, sur la sphère visuelle, chaque point est identifié à son antipode, on obtient un plan projectif, dont la représentation en trois dimensions est le cross-cap; c’est donc une écriture topologique de la loi du signifiant, c’est‑à‑dire d’une structure où une même position signifiante vaut pour elle‑même et son contraire."

Il y a bien, dès l'origine, l'idée d'une "surface" entre un dedans et un dehors, mais qui n'est pas comprise explicitement comme "bord" au sens homotopique ou homologique du terme.

Ensuite l'idée de "traverser" la surface pour faire coïncider les deux faces en un même point (nous retrouvons le point de capiton) demande une opération exogène à la représentation — non théorisée — alors que le cross-cap permet justement de passer d'un aspect de cette surface à l'autre (une seule face mais deux approches) par un chemin continu. Or le distinguo est fondamental en ce qui nous concerne, spécialement en Méca Q. (voir "anima/ aminus vs boson/ fermion") 

Enfin l'opposition visée par Freud et Lacan est purement dialectique, alors que les deux dimensions de notre surface topologique doivent être définies par une orthogonalité ! C'est comme vouloir représenter un nombre complexe en ℂ par sa projection sur ℝ.

- Continuons :

— 🤖 : 

  1. Inconscient comme langage, objet a et fantasme
    • Avant 1962, le mouvement décrit par Pellion montre que Lacan pousse de plus en plus loin la dématérialisation du «réel» au profit d’un réel comme impossible, noué à l’objet a et au fantasme: le réel est ce qui échappe à l’imaginaire du moi et au réseau symbolique, tout en les conditionnant.

- Là, nous retrouvons l'essence même de la représentation de l'Imaginaire, qui rejette le Réel (j'utilise le symbole ) hors de la surface topologique. En ce sens, l'objet a présente bien les caractéristiques du noumène kantien.

  • Lacan cherche alors une figure où l’on puisse tenir ensemble:
    • le sujet comme effet de coupure signifiante,
    • l’objet a comme reste de cette coupure,
    • et le fait que «le champ de la réalité ne fonctionne qu’à s’obturer de l’écran du fantasme».

- Je ne suis certes pas psychanalyste, mais il m'apparaît que la "coupure" en question se retrouve dans le saut diachronique 𓁝𓁜. Un mouvement indicible, que j'avais récupéré du duo synchronie/ diachronie de Saussure, avec cette indétermination du saut nécessaire à toute articulation d'un discours. Discours bien entendu primitivement dichotomique, comme le rappelle Lévi-Strauss.

Il n'y a donc pas nécessité de pratiquer une coupure dans un tissu continu, puisque nous sommes nativement (l'Homme comme être de parole, porté par Lalangue) dans un discours discontinu. 

- Tu ne peux pas t'en tirer par une pirouette, il faut comprendre pourquoi Lacan en vient à cette idée de "sujet comme coupure signifiante".

- Après une longue réflexion, que je laisse en Note 1, certains aspects élémentaires de cette coupure tiennent simplement à la dualité 𓁝𓁜, avec une résonance plus profonde peut-être, renvoyant  à la Liberté kantienne dans la jointure ♡/[♻] (cf. Les prolégomènes #10). Je te propose de poursuivre :

  • Le cross-cap, composé d’une bande de Möbius (sujet) et d’un disque (objet a), liés dans une seule surface non orientable, permet de formaliser cette hétérogénéité interne du fantasme : une seule surface apparente, mais intrinsèquement composée de deux types d’espace irréductibles l’un à l’autre.

- Alors là, je suis profondément contre ce bricolage !

- Explique-toi ?

- Le cross-cap n'a pas besoin de ce collage d'un disque et d'un ruban de Moëbius; où serait le bricoleur dans la représentation ? Cet objet est défini d'un seul tenant par une équation, et c'est d'ailleurs ainsi que l'I.A. Claude me l'a servi pour le créer dans Blender : un carré topologique que l'on tord pour le replier en cross-cap. 

Dans cette perspective, on peut dire que l’idée du cross-cap «vient» à Lacan au point où son travail sur le réel comme impossible, sur l’objet a, et sur la logique du signifiant rencontre la nécessité d’une figure topologique qui ne soit ni simplement sphérique (intérieur/extérieur), ni simplement möbienne, mais qui combine en une seule surface un morceau möbien (le sujet pris dans la coupure signifiante) et un morceau orientable (l’objet a, comme reste).

Le Réel comme impossible, Kant l'a fort clairement exprimé, non pas en faisant appel à l'inconscient, mais en pleine conscience de surcroît ! Là comme ailleurs, utilisons le rasoir d'Occam... La pensée topologique, consiste à se placer comme auteur 𓂀 au centre [#]du carré topologique, afin de "voir" et représenter les instances nécessaires à la représentation. du Sujet 𓁝𓁜. L'objet "petit a" n'a pas besoin d'y être situé pour que 𓂀 exprime l'impossibilité d'un accès au Réel : il l'est déjà par nature, soit en [♻]♧ en suivant Kant, soit comme traumatisme non médiatisé à la bordure de l'Imaginaire au contact du Réel [∃]𓁜.


Un mot sur la fonction du cross-cap dans l’enseignement

  • Lacan appelle aussi le cross-cap l’«asphère», insistant sur le fait qu’il ressemble à une sphère, mais qu’il ne partage pas la propriété principale de la sphère, à savoir séparer un dedans et un dehors: le cross-cap n’a qu’une seule face, comme la bande de Möbius, et ne délimite plus un intérieur psychique et un extérieur.
  • L’hétérogénéité interne (disque + bande de Möbius) donne à Lacan un modèle dans lequel le sujet est intrinsèquement noué à un objet qui n’est ni une simple image du moi, ni un contenu «interne», mais l’objet cause du désir, topologiquement distinct et pourtant indissociable du sujet.
  • C’est pourquoi Lacan peut dire que le cross-cap est «la forme topologique du fantasme fondamental qui conditionne la réalité, c’est‑à‑dire le réel passé au crible du signifiant»." (Source : suivre le lien)

Comme tu le vois, si je me suis effectivement approprié le cross-cap de Lacan, ce que nous en tirons nous offre une perspective hors du champ Lacanien.

- Encore un meurtre Oedipien !

- Il ne pouvait raisonnablement en être autrement. Ceci dit, et par curiosité, j'ai posé la question de la postérité du cross-cap (voir ici) et en me focalisant sur le rapport des mathématiciens à Lacan, j'ai trouvé ceci :

— 🤖 : " Quelques noms émergent clairement, mais il faut distinguer deux niveaux : les mathématiciens qui ont travaillé directement avec des psychanalystes sur le cross‑cap lacanien, et ceux dont les constructions topologiques ont été reprises, adaptées ou expliquées dans ce contexte.[1][2]

Mathématiciens en lien direct avec des psychanalystes

  • Jean‑Pierre Petit (géomètre, physicien) est sans doute le premier à avoir dialogué de près avec Lacan lui‑même sur le cross‑cap : il lui montre des modèles, discute avec lui des cuspides et de leur permutation, et témoigne d’une véritable tentative de mise au point mathématique de ce que Lacan voulait en faire.[3]
  • Alain Connes (médaille Fields) intervient plus tard, non pas avec Lacan vivant, mais avec des psychanalystes lacaniens (Mathinées lacaniennes, ALI, etc.), pour clarifier certains aspects de la topologie des surfaces (bouteille de Klein, tore, cross‑cap) et, plus généralement, la rigueur mathématique du recours lacanien à la topologie.[2]

Mathématiciens ou topologues mobilisés comme références

  • Les constructions classiques du cross‑cap remontent aux travaux de topologie de surfaces du début du XXᵉ siècle (Hilbert, etc.), et plusieurs textes psychanalytiques citent explicitement la présentation du cross‑cap dans le traité de Hilbert et Cohn‑Vossen comme modèle de départ pour reconstruire «proprement» l’objet dont parle Lacan.[4]
  • Certains auteurs lacaniens travaillent avec des mathématiciens ou s’appuient sur leurs cours (par exemple autour d’Étienne Ghys/Henri Paul de Saint‑Gervais pour l’intuition géométrique des surfaces non orientables), ce qui a permis de préciser des points comme : lien exact bande de Möbius / cross‑cap, définition du plan projectif réel, nature de la ligne d’auto‑intersection.[1]

Groupes où cette collaboration est structurée

  • Le site des Mathinées lacaniennes indique explicitement que le groupe de psychanalystes travaillant la topologie de Lacan le fait «avec le mathématicien Alain Connes», ce qui en fait un lieu institutionnel où les mathématiques (y compris la géométrie des surfaces comme le cross‑cap) sont discutées conjointement par mathématiciens et analystes.[2]
  • Des formations récentes en «topologie et psychanalyse» au Brésil et en France font intervenir des mathématiciens pour reprendre le dossier des surfaces lacaniennes (bande de Möbius, cross‑cap, bouteille de Klein, tore, surface de Boy), souvent en lien avec la clinique de l’objet a et des nœuds.[5]

En résumé, on peut vraiment nommer Jean‑Pierre Petit comme interlocuteur mathématicien direct de Lacan sur le cross‑cap lui‑même, et Alain Connes comme mathématicien majeur associé ensuite aux travaux lacaniens sur la topologie, tandis que d’autres (Hilbert/Cohn‑Vossen, Ghys, etc.) fournissent le socle topologique repris par les analystes.[3][4][1][2]" (Sources : suivre le lien)

- Quand te décideras-tu à contacter Alain Connes ?

- Dès que j'aurais refondu notre syntaxe entropologique, avec un cross-cap sur Blender enfin pédagogique !

- Amen

Hari

Note 1 :

— 🤖 : "L’idée surgit quand Lacan prend au sérieux que le langage ne fait pas que «exprimer» un sujet déjà là, mais le produit en opérant une coupure, une division, dont l’effet est justement ce sujet barré et l’objet a comme reste.[1][2]

1. Point de départ : le sujet représenté par un signifiant
Dans son premier temps structural, Lacan formule : «Un signifiant représente le sujet pour un autre signifiant » (S1 représente le sujet pour S2).[2]
Cela veut dire : il n’y a pas de sujet plein derrière les mots; il y a un effet de représentation, toujours pris dans une chaîne signifiante, toujours manquant là où il est représenté.[3][2]

Déjà là, le sujet apparaît comme effet du fonctionnement de la chaîne, pas comme origine.

Notre représentation du Sujet 𓁝𓁜, en relation avec la propriété universelle des objets initial/ final de la théorie des catégories, qui se ramène ici à [∃]𓁜/𓁝[∅], respecte —à mon sens— l'idée que le Sujet est pris dans le fonctionnement d'une chaîne : c'est même toute notre démarche, qui rejoint une interrogation de Lacan, dans ce séminaire du 16/ 05/ 1962 : représenter le signifiant sur une surface. 

"Pour marquer l'intérêt de ceci, nous allons évoquer une question encore jamais posée qui concerne le signifiant; un signifiant n'a-t-il pas toujours pour lieu une surface ?"(doc de Gaogoa "Séminaire 09 IDENTIFICATION 61-62 AFI") p. 296

Mais ce "repérage" ne demande pas que la surface de présentation soit elle-même "coupée" ! Il y a dans cette opération de coupure, un transfert de l'action concernant le Sujet 𓁝𓁜 au support de 𓂀 qui sert à son repérage. Nous avons à cet effet le saut diachronique nécessairement vide dans le passage de 𓁝 à 𓁜.

Pire encore : faire une coupure (donc trouer la surface) modifie la topologie et d'une surface tu passes à sa périphérie. Tu n'agis pas sur le Sujet mais sur la représentation que tu t'en fais !

2. La division signifiante : quotient et reste

Ensuite, il radicalise cette intuition en recourant à la division comme modèle : la «division signifiante» installe le sujet dans le langage comme on divise un nombre en arithmétique entière : il y a un quotient et un reste.[1][2]

Là encore, je comprends et partage le désir de représentation de Lacan, mais notre démarche me semble beaucoup plus prometteuse : le retour orthogonal de [#] à ♢# peut se présenter comme une inversion matricielle, et ce que Lacan présente comme "reste" devient alors son "déterminant"; l'équivalent du volume enfermé par une surface. Avec au passage un rapprochement intéressant avec la mesure d'un observable par le ⟨bra||ket⟩ de Dirac.

- Attention, tu te places en plein centre de la topologie or, a priori, si l'on se réfère au schéma L, Lacan n'y est toujours pas. 

  • Le quotient, c’est le sujet barré $ : la part du sujet qui se laisse prendre dans les signifiants, qui est «représentable» dans le champ de l’Autre (S1, S2…).[2][1]

- On n'en finit jamais avec ces histoires de vocabulaire ! Qu'est-ce que "le champ de l'Autre" ?

- Après réflexion (Note 2), on peut situer ainsi le champ de l'Autre à la source du représentable par le Sujet en 𓁝[∅]. Alors le "représentable" tient au passage : (♧𓁜/[♻]𓁜)←𓁝[∅], avec :

  • Le retournement 𓁜←𓁝 signant le passage du virtuel à l'actuel;
  • La jointure (♧𓁜/[♻]𓁜) qui chez Kant tient à la "nécessité".

Poursuivons :

  • Le reste irréductible, c’est l’objet a, ce bout de réel qui ne se laisse pas déduire du jeu des signifiants, mais qui est produit comme reste par la coupure.[1]

Bon : ce qui n'est pas du discours du sujet dans le registre [⚤] est concevable par le Sujet comme "noumène" ou objet d'expérience" en [♻], on est toujours avec une botte de Kant et une autre de Lacan. Le "Réel" appréhendable par le Sujet de Lacan renvoyant à l'expérience du phénomène chez Kant.

Ensuite :

Un site de travail lacanien résume bien :  

  • «La division s’applique à du réel, en l’occurrence le réel du sujet.  
  • Elle engendre le sujet barré qui est le quotient au sens de la division.  
  • Dans l’opération de division, il y a un reste réel : l’être du sujet, appelé aussi l’objet petit a. »[2][1]

Et il précise que cette division signifiante / coupure / castration sont trois noms pour la même opération, vue sous des angles différents (arithmétique, acte, référence à la castration).[1]

Ah ! J'ai compris le sens profond de cette "coupure" : il s'agit de caser la castration dans le paysage.

- Tu as sans doute compris le lien entre la coupure sur une surface de 𓂀 et une castration du Sujet 𓁝𓁜 courant dessus, ce qui revient à griser la glace sous le patineur pour expliquer sa chute. Il y a là un renversement de perspective que tu peux déplorer, mais il faudrait malgré tout représenter cet aspect clinique de l'expérience psychanalytique d'une coupure. Écrire 𓁝/𓁜 est certainement insuffisant... Voyons la suite pour essayer de t'en sortir :

3. La coupure comme acte qui instaure le sujet
À partir du Séminaire sur L’acte psychanalytique (1967–1968), Lacan parle explicitement de coupure :  

  • La coupure est un acte qui s’applique au réel du sujet (l’objet a),  
  • en divisant ce réel, elle «délivre» un signifiant (S1) qui représente le sujet dans le champ de l’Autre,  
  • en même temps elle laisse un reste (a) qui n’est pas intégrable au savoir S2.[4][3]

- J'en suis resté à l'idée que le Réel est hors de l'Imaginaire, [∃]𓁜, en miroir de la posture du sujet face au Symbolique 𓁝[∅], et je trouve absurde l'idée de traiter dans l'Imaginaire de ce qui —par définition— est hors de l'Imaginaire. Procédé qui rappelle la division scolastique "de rem"/ "in re"... À cet égard Kant aurait dû nous vacciner, mais apparemment, il y a des réfractaires.

- OK, le "Réel du Sujet" en dehors du Sujet peut être perçu lors d'un trauma qui se représenterait par un recul [∃]𓁜[⚤]𓁜; c'est le cri de douleur de Jacques heurtant un caillou du genou.

Jacques. Eh bien, monsieur, qu'en pensez-vous ?
Le maître. De quoi ?
Jacques. De la blessure au genou.
Le maître. Je suis de ton avis ; c'est une des plus cruelles.
Jacques. Au vôtre ?
Le maître. Non, non, au tien, au mien, à tous les genoux du monde.
Jacques. Mon maître, mon maître, vous n'y avez pas bien regardé ; croyez que nous ne plaignons jamais que nous.
Le maître. Quelle folie !
Jacques. Ah ! si je savais dire comme je sais penser ! Mais il était écrit là-haut que j'aurais les choses dans ma tête, et que les mots ne me viendraient pas.

Hors ces circonstances, ce ne peut être que le "noumène" de Kant, ou pour faire plus moderne "l'observable" de la physique, qui a pris la place du "sujet sensible" d'Aristote en [♻]. Nous l'avons déjà identifié sur le schéma ci-dessus. Maintenant, l'acte en question —s'il s'agit bien de celui du Sujet lui-même— est dans ce qui est chez Kant de l'ordre de la Liberté, dans la jointure ♡/[♻].

- Ce qui te permet de situer S1 et S2, non ?

- Écoute, je m'y perds dans cette avalanche de vocabulaire, qui de surcroit évolue au fil du temps chez Lacan... S1 et S2 me font penser à un emprunt à la sémiotique, que nous avions survolée il y a quelque temps (voir autour de "Une épistémè en gestation — Le carré sémiotique"). Dans ce contexte, nous avions à l'époque placé S1 en ♡⚤ et S2 en ♡, mais c'est loin, et nous avons bien évolué depuis lors.

[...] D’où cette formule reprise par plusieurs commentateurs :

  • «La coupure est l’acte qui instaure le sujet en le divisant.  
  • En divisant le réel, la coupure délivre un signifiant qui représente le sujet dans le champ de l’Autre […] Simultanément, S2 désigne le savoir, l’addition des autres signifiants qui sont déjà là. »[3][4]

Et Lacan :  

«La psychanalyse nous apprend que le sujet, de par ce qui est l’effet même du signifiant, ne s’institue que comme divisé, et d’une façon irréductible. Voilà ce qui sollicite de nous l’étude de ce qu’il en est du sujet comme effet de langage.» (Séminaire 15, 13/03/1968)[1]

Ici, le mot important est effet : le sujet n’est rien d’autre que ce qui surgit comme effet de la coupure signifiante.

- J'en reviens à la représentation par 𓂀  du Sujet 𓁝𓁜 par un "groupe" comme objet classifiant (𓁝; 𓁜; e)𓂀; (voir "syntaxe de l'entropologie") où l'élément neutre, comme "frontière" entre 𓁝 et 𓁜 peut très bien représenter ladite "coupure". Ça aurait au moins le mérite de situer cet aspect du Sujet, dans l' Imaginaire de l'auteur 𓂀 en ♢, sur la strate syntaxique.

- Mais nous ne sommes toujours pas dans une approche topologique en [#] ?

- C'est ce que je viens d'écrire...

4. Topologie : écrire la coupure sujet / objet

Enfin, dans la série topologique (Möbius, cross‑cap), cette idée devient visible :

  • sur le tore, une double coupure laisse encore l’objet a « s’échapper »,  
  • sur le cross‑cap, Lacan cherchera une coupure (double boucle particulière) qui ne passe plus entre sujet et Autre, mais entre le sujet et l’objet qui le mène, isolant ainsi \$ et a.[5]

Un texte de l’Association lacanienne dit :

  • «D’où la nécessité d’une coupure qui ne passe pas entre le sujet et l’Autre, mais entre le sujet et l’objet qui le mène.  
  • C’est avec le cross-cap que Lacan rendra compte de cette coupure entre a et \$ qui en est l’effet. »[5]

La coupure signifiante est donc à la fois :  
- logique (S1 / S2, sujet représenté),  
- clinique (division, castration, reste d’objet a),  
- et topologique (coupure sur une surface qui sépare \$ et a).  

Formulé en une phrase : l’idée du sujet comme effet d’une coupure signifiante s’introduit quand Lacan passe du sujet représenté par un signifiant (S1 → S2) à la division signifiante qui produit un quotient (\$) et un reste (a) – division qu’il nomme coupure ou castration – et qu’il finit par inscrire topologiquement comme coupure sur des surfaces (cross‑cap) qui séparent le sujet de l’objet qui le cause.[5][2][1]" (Sources : suivre le lien)

Très sincèrement, pour débrouiller tout ceci, il faudrait en discuter avec des psychanalystes un peu curieux ...

Note 2 : Le champ de l'autre

— 🤖 : "Le «champ de l’Autre» n’est ni un dedans psychique du sujet, ni un dehors purement objectif : c’est le lieu du langage, de la loi et du trésor des signifiants, dans lequel le sujet vient se représenter et se diviser.[1][2][3]

Ce que recouvre le champ de l’Autre

  • L’Autre (grand A) est défini par Lacan comme le lieu du langage, de la loi symbolique, du «trésor des signifiants» : c’est là que se trouvent les signifiants qui vont représenter le sujet, avant même qu’il ne parle en propre.[3][1]
  • On parle de «champ de l’Autre» pour désigner l’ensemble des effets de ce lieu : la grammaire, les interdits, les signifiants familiaux, la langue, le discours déjà‑là, bref tout ce qui fait que la parole du sujet est toujours prise dans un réseau symbolique pré‑existant.[2][4]

Quand je dis : «le sujet barré est représentable dans le champ de l’Autre», cela veut dire :  

  • ce sujet n’existe pas comme noyau intérieur pré‑linguistique,  
  • il est ce qui est pris en charge et découpé par des signifiants qui viennent de ce lieu Autre (parents, institutions, langue, discours de l’époque…).  

Intérieur ou extérieur au sujet ?
Lacan casse justement cette opposition simple :

  • D’un côté, l’Autre est radicalement extérieur: je ne choisis pas ma langue, mon nom, mes signifiants fondamentaux; ils me viennent de l’Autre, ils me précèdent et me déterminent.[1][2]
  • D’un autre côté, l’Autre est aussi intime, au sens où l’inconscient est «le discours de l’Autre» : ce qui parle en moi (lapsus, rêves, formations de l’inconscient) relève du champ de l’Autre, mais se manifeste comme mon «dedans».[4][5]

Donc : le champ de l’Autre n’est pas «hors du sujet» comme un objet extérieur, ni «à l’intérieur» comme un petit théâtre psychologique; c’est la structure symbolique dans laquelle le sujet trouve sa place, et qui, pour une part, parle et jouit en lui.[3][1]

Par rapport à l’Imaginaire

  • L’Imaginaire, c’est le registre des formes, des images, du corps propre, des identifications spéculaires (moi, rival, double).  
  • Le champ de l’Autre relève du Symbolique*: les signifiants qui organisent et découpent ces images, qui donnent place, nom, signification.[1]

Quand le sujet «se laisse prendre» dans les signifiants, ce n’est pas dans son Imaginaire (moi‑image), mais dans ce champ symbolique de l’Autre. L’Imaginaire vient ensuite garnir cela d’identifications, de fantasmes, de scénarios.  

Disons‑le dans ta langue : le sujet barré \$ est le quotient de la coupure signifiante opérée dans le champ de l’Autre (symbolique), tandis que le moi imaginaire se déploie sur la surface du cross‑cap ou de la bande de Möbius; l’Autre n’est ni dedans ni dehors de ce «corps imaginaire», il est ce qui le structure comme surface de signifiants.[6][7][1]" (Sources : suivre le lien)

- OK : je te propose ceci : le "champ de l'Autre" est perçu par le Sujet ex ante : 𓁝[∅]. Où l'on retrouve bien l'inversion déjà repérée entre l'approche kantienne (à partir du Sujet raisonnable et chez Lacan avec "Lalange" qui détermine le Sujet ).

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