Métonymie et métaphore

Publié le par Hari Seldon

Maintenant que les bases sont exposées dans l’Homme Quantique, je peux enfin aller un peu plus loin. Par exemple, revisiter le vocabulaire de Lacan pour voir ce que cela devient dans notre perspective.

Commençons par des choses simples telles que la différence qu’il y a entre « métaphore » et « métonymie », (voir ici pour une définition).

Dans la métonymie ; il y a une notion de « contiguïté » par exemple prendre une partie pour le tout ou le contenant pour le contenu (boire un verre). Je propose de radicaliser la chose en disant que la métonymie est un principe synchronique : il n’y a pas de surprise ni de nouveauté dans son emploi.

Dans la métaphore, il y a l’idée d’un changement de registre ; ainsi dira-t-on d’un homme courageux que c’est un lion. Le principe commun aux deux termes mis en balance (ici l’homme et le lion) fait appel à un niveau de langage plus élevé. Dans cet exemple, il faut avoir à l’esprit une classification de type courageux/fuyant. Le lion est courageux, quand le cheval mise tout sur la fuite. Pour marquer la différence avec la métonymie précédente, on peut caractériser la métaphore comme une figure de style diachronique.

Mettre ainsi en perspective ces deux termes, permet alors d’aller un peu plus loin dans ce que j’ai dit de la différence entre Imaginaire conscient/inconscient.

Dire que l’inconscient met à plat la structure arborée de notre Imaginaire conscient, peut alors se traduire ainsi : les métaphores s’aplatissent en métonymies.

C’est dire en particulier qu’il n’y a pas de circulation d’énergie entre les termes mis en relation.

Prenons, pour éclairer ce point un exemple tiré de la linguistique.

L’évolution diachronique du langage indique que l’on a toujours tendance à limiter l’énergie déployée pour parler, et l’évolution de tous les langages marquent une certaine usure avec le temps. Par exemple, le français a perdu au fil du temps les déclinaisons latines. Mais d’autres transformations ne sont pas du même ordre ; par exemple, et c’est très visible dans les langues isolantes comme le mandarin, on peut utiliser le sens d’un mot comme son ou signe d’un autre mot. Il y a collapse de deux niveaux distincts du langage : signifié/signifiant. Et cet effacement de l’aspect diachronique portant de l’un à l’autre est assez semblable à ce que l'on peut repérer dans les rêves. 

Dans cette optique, nos rêves seraient la trace d’un processus d’aplatissement métaphore ==> métonymie du à l’évanouissement de tout repère temporel, du même ordre que ce mécanisme à l’œuvre en linguistique.

Ramener une différence psychologique à un mécanisme repérable en linguistique n’a rien franchement pour nous étonner, non ?

Ce qui éclaire singulièrement ce qu'en dit Lacan dans son séminaire sur le psychoses; où il expose que:

"d'une manière générale, ce que Freud appelle condensation, c'est ce qu'on appelle en réthorique la métaphore, et ce qu'il appelle le déplacement, c'est la métonymie". 

Je pense qu’il y a là une voie à explorer plus avant.

Hari

Note du 22/09/2017

En écrivant le chapitre 4 du mon prochain bouquin, consacré à la théorie des Catégories, je me rends compte qu'il me faudra revenir sur cette différence métaphore / métonymie.

L'approche présentée ici est trop élémentaire !

Métonymie et métaphore

Publié dans Psychanalyse

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Guillaume 05/05/2014 13:08

Bon, ceci dit, il ne faut pas que cela m'empêche de tenter de comprendre exactement ce que tu as voulu dire par " les métaphores s’aplatissent en métonymies." :)

Alain Simon 05/05/2014 13:19

J'y viens tout doucement: l'inconscient aurait plutôt une structure le rapprochant du niveau Symbolique, que lui n'est plus structuré.
Comme le Réel: imagine une espèce de structure gonflable en son milieu (l'Imaginaire), que se dégonflerait par les deux ouvertures que seraient le Réel d'un côté, le Symbolique de l'autre. Nous aurions la possibilité de nous y déplacer en créant notre bulle d'air autour de nous.
Tu vois par là comment la notion de mouvement est proprement ce qui nous fait "exister"...

Guillaume 05/05/2014 12:46

Merci pour cette réponse.
J'utilise également le blog comme bloc-notes, mais je n'ai pas le courage et la constance comme toi de le rassembler (ni peut-être d'ailleurs la volonté même, il faudra qu'on en reparle, c'est ta photo style ryoanji qui me fait penser à cela), et je suis content que nous puissions échanger un peu en " dynamique".
A propos de blog, tu as vu que nous avons utilisé la même image ? Mais pas tout à fait pour la même chose, quoique... Nos pensées se croisent parfois, cela me fait penser à ces avions qui larguent du fumigène, j'ai l'impression qu'on parcourt le même tableau de fils, mais pas selon le même trajet (mais ce n'est pas vraiment plus une preuve de l'intersubjectivité pour autant :)
.
Pour ce qui est du temps, c'est clairement un truc qui gratte :)
Ce qui me frotte les manches quand je circule dans tes réflexions, c'est en premier le fait que tu utilises l'opposition synchronique / diachronique, opposition construite " en tant que telle" comme issue du " temps long " (usure de la langue...), tu la transposes semble-t-il dans le temps intérieur.
J'ai suivi ta démonstration du petit Hans avec fort/da, et effectivement, on ne voit pas au long de quoi d'autre l'oscillation de la structure se " cristalliserait " (au sens de Piaget) qu'au long du temps.
Je crois que la réponse à ma question est cette question que tu poses à la fin de mouvement et réflexion (http://www.entropologie.fr/2014/04/mouvement-et-reflexion.html) que tu as renommé conscient / inconscient.
J'aime que tout cela soit fixé d'un rêve (" je fixais des vertiges") déjà. Ensuite cette image de la canopée me parle complètement. Nous ne sommes que des taxinomies (je dis des parce qu'une taxinomie a un sens de lecture, donc c'est une structure qui en héberge plusieurs !).
Donc tu te demandes quel est ce temps intérieur. J'ai écouté Etienne Klein confirmer les doutes que j'avais sur les étiquettes du temps.
Je suis toujours étonné de voir à quel point la notion de temps se fixe tard dans la vie humaine. J'ai une fille de 7 ans avec qui tu peux discuter pour bien des aspects comme avec un adulte, sauf pour ce qui est du temps. Comment une chose aussi indispensable, nous semble-t-il, peut mettre aussi longtemps à se figer, dans un édifice cognitif où tant de choses sont déjà en place ?
Tu me diras que ceci apporte de l'eau à ton moulin : Le temps intérieur n'est pas nécessaire. Nous l'intériorisons très tardivement.
Mais du coup cela me ramène à ma gêne. Si nous l'intériorisons si tardivement (alors qu'il a participé très tôt à notre construction), comment peux-tu utiliser " telle quelle " cette notion de diachronie synchronie ?
Je sais que tu vas me trouver excessif sur ce point, mais je remets en cause le temps comme " ce qui accompagne l'accroissement d'entropie, en thermodynamique" : Je me demande si ce n'est pas parce que nous avons besoin d'un propter hoc que nous appelons de nos voeux un " post hoc" !
Le " repérage d'une fréquence" me gêne moins mais me questionne. Cette question ne cesse de me hanter depuis que je l'ai lue dans Les Mots et les Choses je crois. Elle est réentrante : pour repérer du changement, déceler le différent / similaire, il faut de la mémoire. Mais garder quoi en mémoire le différent par rapport au similaire.

Pour le dire dans tes mots, pour repérer les différences, il faut du temps référence, mais pour percevoir ce temps, il faut s'appuyer sur des différences notables.
Encore une fois, il y a là une sorte d'équilibre oscillant, et je garde de ton article le mot " mouvement ". Si tout cela ne pouvait exister que DANS le mouvement, dans une chose (j'évite volontairement " dans une physique", qui se veut les lois d'une physis) que tant qu'elle est en vie, en mouvement, en branle ? On ne peut l'exprimer avec des équations qui partent du principe que la physis à laquelle on se réfère est, tant soit peu :), en paix, et qu'on peut la dessiner sur une feuille.
On suppose qu'elle est, un instant, en paix. On demande, on imagine, un instant, suspendu, le monde immobile, pour pouvoir le dessiner.
Je continue de te lire. Je viens de voir au dessus de la fenêtre où j'écris, le mot " auto-organisation", qui évoque la self-assembly qui m'est chère. Tu me divertis sans cesse toi-même de la lecture de tes textes :D Je vais finir par devoir cesser de te lire pour mieux pouvoir te lire :)
Mais j'avoue que le " fraîchement pressé " de ton blog me va aussi bien que la Bible pdf :)

Simon 09/05/2014 20:08

Je reviens sur ton commentaire, et précisément en ce qui concerne le temps. Il faudra que je fasse un point plus précis dans un article, mais enfin:
1/ Nous n'avons aucune possibilité de savoir "à quoi" (je n'emploie même pas le mot) correspond le "temps" tel que nous nous le représentons: c'est un concept et comme tel, par définition, Imaginaire; avec ce problème particulier que nous n'avons aucune possibilité sensorielle d'en faire l'expérience (contrairement à l'espace).
2/ Ce concept se forme par la représentation d'un mouvement, et ce mouvement, nous l'expérimentons patiemment, étant enfant, par la répétition. Hans lance la bobine et elle va revenir (ou pas).
3/ Le concept le plus élémentaire, la représentation la plus primitive du temps, c'est précisément le repérage d'une fréquence; nous en sommes au réflexe du chien de Pavlov.
4/ PARTANT DE LA; tu peux te faire toutes les représentations Imaginaires qui te plaisent pour pouvoir y rapporter tes impressions. Et cette représentation peut varier en fonction de tes besoins, de tes envies ou de tes croyances.
5/ C'est si vrai, qu'en physique, pour aller au plus près de du Réel, le temps n'est pas le même en fonction du type de phénomènes que tu observe. Il y a le temps qui te permet de repérer une vitesse, lié à une énergie, et au principe d'inertie, et un temps qui te permet de repérer une variation de vitesse (accélération), une force cet... C'est pourquoi le temps de la thermo (l'entropie croie) n'est pas celui de Galilée...
Mais, entre ces différentes figures élémentaires du temps et celui dont tu as besoin ou celui des historiens ou celui des géologues, tu peux choisir à quel niveau d'intégration du temps tu t'arrête, pour tout dire le temps est un concept fractal, voilà, c'est dit.

Alain Simon 05/05/2014 13:01

Tu as parfaitement raison de te poser la question de savoir quel statut peut avoir cette différence synchronique/diachronique sur laquelle je m'appuie, parfois assez lourdement, sans doute.
Je pense qu'il faudrait creuser jusqu'à l'organisation particulière de notre cerveau: non seulement nous sommes sexués (mâle/femelle); mais notre cerveau lui-même fonctionne selon deux modes apparemment différents (gauche/droite). Et je pense que les neuro-sciences auront beaucoup à nous apprendre lorsqu'elles se pencheront sur le sujet. J'ai quelques espoirs en ce domaines, dont nous reparlerons en temps opportun.
La note de ce jour pour peut-être éclairer un peu le sujet?

Guillaume 05/05/2014 11:09

Ce n'est pas moi qui te contredirai ici, tu t'en doutes ! Le langage nous offre en effet sur un plateau les possibilités de " mettre à plat " nos structures les plus intimes, il nous les " expose ", dépliées, déployées sous forme de milliers d'exemple, mais encore faut-il les examiner sous cet angle.
Après, pour ce qui est de ta façon d'articuler avec le temps, j'ai plus de mal.
Je vais continuer de te lire, mais je retrouve là quelque chose contre laquelle je " râcle " (comme on râcle un mur en passant) dans ta pensée.

Alain Simon 05/05/2014 11:59

Ne t'inquiète pas, moi aussi je racle; et ce n'est pas fini. J'utilise ce blog comme bloc-notes, pour fixer pas à pas les développements qui me viennent... Accroche-toi, parce que j'ai quelques idées en cours de gestation qui ne sont pas piqués des vers... Ceci dit, essaie d'exprimer le plus clairement possible ce qui te dérange dans ma façon de représenter le temps? Peut-être ne suis-ja pas assez clair moi-même: parler du temps comme d'un repérage de fréquence n'invalide pas les autres façons que nous avons de nous le représenter:
- soit comme une variable continu en mécanique,
- soit ce qui accompagne l'accroissement d'entropie, en thermodynamique.
Simplement, ces diverses représentations s'étagent, diachroniquement.
Le repérage d'une fréquence semble être le premier pas, le plus élémentaire, celui qui vient avec l'avènement du langage; avant, il y a le chien de Pavlov, par exemple.
Est-ce plus clair?