27 Février 2026
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Le 27/ 02/ 2026 :
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6. La révolution du XIVe siècle
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- Nous en étions hier (cf. #36) à la dextre et à la senestre d'un triptyque dont le panneau central serait la théorie des références (cf. lien) :
Mais avant de poursuivre, il serait peut-être bon d'avoir sous les yeux un résumé de ce que nous en avions dit.
Tout d'abord la topologie générale qui nous sert de scène pour cette représentation :
| R3↑ | ||||||
| R2↑ | ||||||
| R1↑ | ||||||
| écrit | voces | intentiones | objet | |||
| ♡e⚤ | ♡v⚤ | ♡i⚤ | ♡♻ | |||
| ↑♢e⚤ | ⇙ | ↑♢v⚤ | ⇙ | ↑♢i⚤ | ⇙ | ↑♢♻ |
| ♧e⚤ | ♧v⚤ | ♧i⚤ | ♧♻ | |||
Par la suite, il est peu question de R3↑, par ailleurs l'intention d'Occam est de détacher l'intellectuation de l'aspect intuitif du rapport à l'objet que l'on retrouve dans "l'intellect agent" d'Aristote situé en ♡♻ au coeur du volet R1↑. Nous pouvons donc nous focaliser sur les deux éléments centraux de R2↑. (Note 1)
Ensuite il faut placer les concepts et le vocabulaire y afférent sur ce panneau R2↑:
| Occam | |||||
| Imposition | voces | verbe intérieur | Intention | ||
| ♡v⚤ | ♡i⚤ | ||||
| 2ème | ↑♢v⚤ | ⇙ | ↑♢i⚤ | 2ème | catégorème |
| 1ère | ♧v⚤ | ♧i⚤ | 1ère | ||
Voilà, tout est en place pour continuer nos fouilles:
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La théorie occamiste des universaux
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- Occam répond aux 3 questions de Porphyre concernant les universaux par une thèse générale répondant à la première, thèse qu'il précise ensuite pour répondre aux deux autres.
"Il y a, toutefois, une différence entre langage mental et langage oral. Il ne suffit pas de dire que les universaux sont des noms de seconde intention, il faut préciser comment ces catégorèmes fonctionnent à ces deux niveaux référentiellement. C’est là qu’intervient la nouvelle théorie occamiste de la suppositio, qui, telle que la formule Occam, «complète harmonieusement la théorie des métalangages amorcée par les distinctions des impositions et des intentions»." p. 479
"Occam distingue fondamentalement trois types de suppositio : la supposition personnelle, la supposition matérielle et la supposition simple.
- Où tu vois se marquer la différenciation entre les deux niveaux associés aux mots et aux intentions. Exerçons-nous sur l'exemple canonique d'Occam :
"Soit les énoncés oraux : [donc tous les 3 en ♢v⚤]
1/ Homo Currit— supposition personnelle
"Chez Occam, la supposition est personnelle «lorsque le terme suppose pour son signifié, que celui-ci soit une chose en dehors de l’âme, un son vocal, une intention de l’âme, un mot écrit ou quoi que ce soit d’autre que l’on puisse imaginer» (Summa logicae, I, 64). On voit en quoi cette définition complète harmonieusement la théorie des métalangages."
- Il faut d'abord préciser ce qu'Occam entend par l'âme. (suivre le lien)
"— 🤖: Chez Occam, quand il parle de l’âme, il s’agit d’abord de la puissance intellective comme sujet de l’acte de concept (intentio animae), et non d’un intellect agent séparé au sens aristotélico‑averroïste.[1][2] [...]" (Sources : suivre le lien)
- Nous donc ici en ♡i⚤ ?
- Oui, mais c'est bon de le préciser car chez les Reales, il est plutôt, dans la filiation d'Aristote en ♡♻, et donc sur le premier volet du parcours R1↑.
- Alors que nous nous intéressons plutôt aux rapports entre intentions et impositions sur le deuxième volet R2↑, c'est ça ?
- Nous sommes à la charnière des deux: l'âme en ♡i⚤ fait ici le lien entre :
- Concrètement, quel chemin pour passer de l'objet hors de l'âme au son vocal ?
- Le point important est qu'ici tous les référés sont des éléments singuliers, qui supposent pour eux-mêmes, autrement dit de mode ♧, donc les signifiés en question, (points de départ de nos chemins) sont :
Quant aux points d'arrivée ils sont tous de mode ♢⚤, et tu peux suivre les différents parcours potentiels sur le schéma d'ensemble.
2/ Homo est species — supposition simple / intention seconde
"le terme «homme» [i.e.: en ♧v⚤] suppose pour une intention de l’âme. Cela, parce que c’est une intention de l’âme qui est l’«espèce» [i.e.: en ♢i⚤] en question (et non, évidemment, une chose singulière en dehors de l’âme, ou un son vocal, ou un mot écrit ou quoi que ce soit d’autre que l’on puisse imaginer – par exemple une chose universelle en dehors de l’âme).
Mais le terme oral «homme» [i.e.: en ♧v⚤] n’est pas pour autant pris significativement. De fait, il ne signifie pas l’intention mentale [i.e.: en ♢i⚤], il lui est seulement subordonné comme signe [i.e.: en ♢i⚤↑♡i⚤/♧v⚤], et tous deux signifient la même chose : les hommes individuels existant en dehors de l’âme [i.e.: en ♡♻/♧i⚤↑♢i⚤]. Il est donc non plus seulement insuffisant, mais faux de dire, comme le faisaient les logiciens du XIIIe siècle et, plus tard, le grand adversaire réaliste d’Occam à Oxford, Gauthier Burley, qu’il y a supposition simple «quand un terme suppose pour son signifié» (pro suo significato) : la supposition est simple quand le terme suppose pour une intention de l’âme qui, à proprement parler, n’est justement pas le signifié du terme, puisque ce terme «signifie de vraies choses» (ici, les hommes individuels) et non des concepts mentaux." p. 482
- Où est le point de dispute ?
- Le schéma d'Occam est très différent du précédent, en gros, celui d'Aristote.
| Aristote | |||||
| prédicat | ♡⚤ | ♡♻ | concepts | ||
| catégories | ↑♢⚤ | ⇙ | ♢♻↑ | abstraction | |
| quiddité | ♧⚤ | ♧♻ | choses | ||
Pour les logiciens du XIIIe siècle "homo est species" est une supposition simple dans le mouvement ♧⚤↑♢⚤, alors que dans ♢i⚤↑♡i⚤/♧v⚤, le concept est d'abord une intension seconde en ♢i⚤.
3/ Homo est nomen — supposition matérielle/ imposition seconde
"Telle que la redéfinit Occam, il y a supposition matérielle «lorsque le terme [i.e.: non en ♧i⚤] ne suppose pas significativement, mais pour un son vocal ou pour un signe écrit». La supposition matérielle comporte le trait caractéristique de la supposition simple (au sens occamiste) : elle n’est pas prise significativement. Elle s’en distingue, cependant, par le fait que le terme pris en supposition simple ne suppose pas pour un élément du langage mental (un concept) [i.e.: ♧i⚤], mais pour des éléments du langage conventionnel (un mot oral ou un mot écrit [i.e.: ♧v⚤] ou [♧e⚤]) [autrement dit soit ♧v⚤↑♢v⚤, soit ♧e⚤↑♢e⚤]." p. 480
- Nous sommes ici dans le métalangage, et le mode syntaxique est tourné vers les éléments de langage, soit parlés, soit comme ici écrits :
Homo est nomen <=> ♧e⚤↑♢e⚤, qui a effectivement la structure d'une supposition simple au sens des logiciens de l'époque, ce qui peut prêter à palabres.
"Dans tous ces cas, dont certains comportent une dimension métalinguistique, le terme suppose pour ses signifiés. Il est donc insuffisant de dire, comme le faisaient les logiciens du XIIIe siècle, qu’il y a supposition personnelle «quand un terme suppose pour une chose» (pro re), il faut dire qu’il y a supposition personnelle «quand un terme suppose pour son signifié et est pris significativement». C’est ce qui permet de distinguer la supposition personnelle de la supposition simple." p. 481
Le 28/ 02/ 2026 :
— 🤖 : Contester un des types de supposition d’Occam permet à Buridan de «reconfigurer» le terrain de la querelle des universaux autour d’une autre coupure décisive que celle d’Occam, en articulant nominalisme logique et stratégie institutionnelle.
Cette simplification renforce le contraste entre ce qui renvoie à des réalités (personnelle) et ce qui relève du métalangage (impropre), ce qui rend plus lisible la frontière entre sémantique réaliste et nominaliste.
Autrement dit, le gain est de passer d’une topologie très sophistiquée des «types de supposition» à une topologie plus simple des régimes de lecture (propre / impropre) et de vérité.
Contester un type de supposition, ce n’est donc pas un détail technique : c’est ce qui permet à Buridan de proposer un compromis entre un nominalisme logique très fort et une éthique institutionnelle de la lecture, fondée sur un principe de charité.
Le bénéfice est double : garder le cœur nominaliste (pas d’universaux réels) tout en adoptant une logique plus souple, mieux ajustée aux pratiques de lecture et d’enseignement à Paris."
- Que t'arrive-t-il ce matin, tu ne sais plus lire, qu'il te faille les lunettes de Perplexity ?
- Non, pas, mais le passage fait sept pages et faute de contexte, je ne comprenais pas l'importance qu'Alain de Libera accorde à Buridan et Albert de Saxe.
- Et maintenant ?
- J'ai l'impression qu'Occam, avec son rasoir, et "une pratique professorale agressive" a dû agacer sérieusement la hiérarchie cléricale (cf. lien) :
— 🤖 : La théorie d’Occam a été très discutée à son époque, mais il faut distinguer deux plans assez différents :
Sur le plan ecclésial et politique
Donc, oui : il suscite de très forts débats au sein de l’Église, mais sur la pauvreté, l’autorité du pape, l’hérésie, plus que sur la seule question des universaux.
Sur le plan philosophique et universitaire
Réactions institutionnelles (Paris, XIVᵉ siècle)
En résumé : la théorie d’Occam déclenche un important débat philosophique sur le statut des universaux et du langage, qui structure tout le nominalisme tardomédiéval, tandis que son engagement sur la pauvreté et contre Jean XXII ouvre une crise politique et ecclésiale majeure, sans déboucher toutefois sur une condamnation globale et définitive de son œuvre." (Voir détails et sources en suivant le lien lien)
- Autrement dit, la rigueur d'Occam, qui se constate dans son oeuvre philosophique, reflète une attitude morale qui l'a poussé à s'opposer au Pape, et conduit à l'excommunion cf. ici. Il lui faudra la protection de Louis de Bavière pour assurer ses arrières, et d'autres s'inspireront de cette rigueur (cf. lien)
"— 🤖 : [...] Luther se forme dans un environnement occamiste (via Gabriel Biel, d’Ailly, etc.) et reste marqué, même quand il rompt avec certains éléments de cette théologie; des historiens parlent d’un Luther «resté en partie occamiste toute sa vie»" (Sources : lien)
Par ailleurs, déclarer que certaines autorités morales fort respectées disent des bêtises, a dû le rendre plus populaire auprès de ses élèves qu'auprès de ses pairs.
- Un peu comme Socrate à Athènes...
- C'est une image. En réaction, Buridan —enseignant laïc de la faculté de Paris dont il fût le recteur à deux reprises (cf. lien)— a un intérêt institutionnel à mettre un peu de graisse dans les rouages.
- OK, merci pour le contexte, mais en résumé ?
- Buridan veut arrondir les angles en évitant les jugements trop radicaux d'Occam concernant certaines propositions d'auteurs. Cette attitude miséricordieuse n'est pas nouvelle et se trouve déjà dans la Somme théologique de Thomas d'Aquin (cf. lien), qui servira ensuite à préciser le rôle des confesseurs, pour aboutir au XVIe - XVIIe à la casuistique classique (cf. lien):
"— 🤖 : [...] Donc, à l’époque de Buridan, l’Église dispose déjà d’un outillage assez fin pour graduer la responsabilité du pécheur en fonction de cas concrets, même si la «casuistique» n’est pas encore une discipline nommée comme telle."
- Tu nous fais un parallèle entre développement de la Réforme contre la casuistique et le développement de Buridan à partir d'Occam ?
- Ça permet au moins de donner un enjeu social à cette querelle scolastique autour des universaux, et j'ai besoin de stimulant pour continuer ma lecture...
- Et si tu y retournais ?
- Buridan attaque la distinction entre suppositions simples & matérielles du système ternaire d'Occam :
| Occam | ||||||
| supposition | Imposition | voces | verbe intérieur |
Intention | supposition | |
| ♡v⚤ | ♡i⚤ | |||||
| matérielle | 2ème | ↑♢v⚤ | ⇙ | ↑♢i⚤ | 2ème | simple |
| 1ère | ♧v⚤ | ♧i⚤ | 1ère | |||
en regroupant les deux (i.e.: ♢i⚤ & ♢v⚤), à la position ♢⚤ du schéma d'Aristote:
| Buridan | Aristote | |||||
| régime de lecture | prédicat | ♡⚤ | ♡♻ | concepts | ||
| ↑ | ↑ | ↑ | ||||
| impropre | universaux | ♢⚤ | ⇙ | ↑♢♻ | ||
| ↑ | ||||||
| propre | quiddité | ♧⚤ | ♧♻ | choses | ||
Où il regroupe en ♧⚤, tout ce qui se réfère au mode [⚤] chez Occam, à savoir les suppositions personnelles.
"Certains ont ajouté un troisième membre, qu’ils ont appelé supposition simple. Ils l’ont fait parce qu’ils croyaient qu’il y avait des natures universelles en dehors de l’âme, distinctes des singuliers. Ils ont donc dit qu’un terme commun supposait personnellement quand il supposait pour les singuliers mêmes, qu’il supposait simplement quand il supposait pour cette nature universelle, et qu’il supposait matériellement quand il supposait pour lui-même. Mais je crois qu’Aristote a détruit une fois pour toutes cette opinion dans le livre VIIe de la Métaphysique ; il faut donc supprimer cette supposition simple, au moins telle qu’elle est expliquée dans cette version.[...]
Certains disent qu’il y a supposition simple quand un son vocal suppose pour le concept selon lequel il a été imposé, et supposition matérielle quand il suppose pour lui-même ou quelque chose de semblable. On peut autoriser cela, mais je ne m’en soucie pas, car j’appelle l’un et l’autre «supposition matérielle». (Cf. Jean Buridan, Lectura Summae logicae, IV, 3, 2 (texte cité d’après la transcription inédite d’Hubert Hubien)" p. 485
- Remarque comment, au fond du fond, resurgit toujours l'impossibilité de penser le rapport tout/ parties (en [♻]), pour le ramener à une dialectique un/ multiple (en [⚤])...
- C'est en cela qu'Occam et Buridan sont Nominalistes, n'est-ce pas ?
- Oui, mais Buridan referme l'avancé vers la sémiotique, en s'interdisant de juger la structure formelle d'un discours, qui garde l'opacité de la chose.
"Cette assimilation apparente des deux types de supposition témoigne, semble-t-il, de la même volonté de réduire la capacité référentielle d’un terme à un bipartisme strict : d’un côté, la supposition propre ou personnelle ; de l’autre, la supposition impropre (matérielle ou simple). C’est le cas au-delà du nominalisme, chez l’averroïste éclectique du XVe siècle, Paul de Venise, et dans le camp nominaliste même, chez Albert de Saxe, qui dans ses Questions sur Porphyre paraît, lui aussi, éliminer la distinction marquée par Occam entre les propositions du type de «Homo est species» et de « Homo est nomen»." p. 486
Tout ceci mène au statut de Paris de 1340, attribué à Buridan, qui stipule ceci :
Pour illustrer sathèse, Buridan va discuter l'interprétation de la proposition "Homo est species" par le Reale Pierre d'Espagne (pour qui l'universel "espèce" est en ♢♻ et le terme commun en ♢♻↑♡♻ /♧⚤);...
"...lui donnant l'occasion d'un vaste exposé sur le vrai et le faux de "virtute sermonis" ou il recense et critique trois grandes opinions.
C’est donc cette signification «communément admise», c’est-à-dire admise par une communauté linguistique (et professionnelle) déterminée, qui constitue le sens propre des mots, et c’est en fonction d’elle qu’il y a sens littéral, tout autre étant impropre. On peut ainsi dire, selon Buridan,
Conclusion, qui relève d’une sorte de principe de charité institutionnel : chaque fois qu’un auteur formule un énoncé susceptible de revêtir un sens vrai, même s’il est impropre, on ne saurait le refuser absolument sans faire preuve d’«entêtement» (negare simpliciter propositionem esset esse dyscolum et protervum) – une prescription plus nette que la critique occamienne des scriptores veteres, voilée en forme d’hommage." p. 487
- Donner pour "faux" le mouvement ♧⚤↑♡⚤, c'est rejeter ce qui précède, à savoir l'espèce en ♢♻; donc la doctrine Reale. Donner pour "vrai" une proposition ♢⚤↑♡⚤ c'est accepter de disputer de toute théorie, en s'interdisant d'en condamner aucune... Il n'y a dès lors que des "échanges d'opinions".
Une conséquence logique à ceci :
"...la capacité d’«attraction» exercée par le prédicat intensionnel est bloquée par la quantification du sujet au moyen d’un syncatégorème (i.e.: ♡⚤↓♢⚤) appartenant au même genre grammatical que le sujet." p. 489
En effet, si le genre et l'espèce, comme l'accident inséparable, sont liés à la substance en ♢♻, pour les Reales, les autres catégories (additives) sont en ♢⚤; indifférentes à l'existence, qui leur est attribuée par ♡⚤↓♢⚤ (cf. Duns Scot). Et de façon générale, nous avons distingué :
Donc, l'emploi d'un syncatégorème dans une proposition, ramène celui-ci à une proposition ♢⚤𓁜↑𓁝♡⚤, toujours possible (i.e.: 𓁝♡⚤↑♡⚤𓁜), en fonction des choix 𓁝♡⚤↓♢⚤𓁜 de l'Auteur.
"Le terme homme pris matériellement est du genre neutre, comme le mot omne. Il faut donc concéder la phrase «Omne homo est species» [i.e.: ♢⚤↑♡⚤], car son sens est : ce terme «homme» est une espèce (« Iste terminus homo est species »), et tout ce qui lui est semblable au niveau oral, écrit ou mental est une espèce. En revanche, cette proposition, «Omnis homo est species» [i.e.: ♧⚤↑♡⚤], est à refuser, car elle signifie qu’il n’est pas un homme ni une femme qui ne soit une espèce,[i.e.: en ♢♻] ce qui est faux. Cf. Albert de Saxe, Perutilis Logica, I, 13 ." p. 490
En résumé :
"Dans ces conditions, l’interprétation occamiste de «Homo est species» est reformulée dans l’école buridanienne, mais le fond de la doctrine d’Occam n’est pas remis en cause : par-delà les retouches de détail, le credo nominaliste reste le traitement de la ci-devant supposition simple comme simple usage métalinguistique." p. 492
"Dans le cours naturel des choses (c’est-à-dire abstraction faite d’une intervention divine provoquant en l’âme la connaissance singulière permettant de juger, en son absence, qu’une chose n’existe pas) [i.e.: 𓁝∅↓♡⚤𓁜 ], la connaissance intellectuelle intuitive et l’appréhension sensible d’une chose singulière physiquement présente vont de pair [i.e.: ♡♻𓁜/♡⚤𓁜 ]. À la question de savoir si «dans l’état présent» de l’humanité, «l’intellect» de l’homme «peut connaître intuitivement les sensibles», Occam répond sans hésiter : oui. La cooccurrence de l’appréhension sensible et de la connaissance intellectuelle du singulier ne pose pas de problème spécial, car celle-ci a une fonction spécifique à laquelle celle-là ne peut prétendre : c’est elle, et elle seule, qui engendre le jugement d’existence. Pour justifier l’existence de la connaissance intellectuelle intuitive, Occam n’a pas besoin de faire un long détour. Il lui suffit d’alléguer le principe selon lequel «c’est dans le même sujet», la même faculté cognitive, que doit se trouver et la «connaissance complexe» et « la connaissance incomplexe qu’elle présuppose»." p. 496
(a)- Pour comprendre cette cooccurrence de l'intellectuel et du sensible, il faut revenir au jugement d'existence, que nous avons vu chez Matthieu d’Aquasparta (cf.: "ici" dans #34) à partir de l'indifférence de l'essence à l'existence chez Duns Scot. Le concept d'existence venant d'Avicenne. Rappel :
Donc :
- OK, mais ça, c'est l'approche de Duns Scot et Matthieu d’Aquasparta, pas celle d'Occam.
"Tenant d’une «psychologie modulaire» au sens de J. Fodor, Occam traite l’âme sensitive et l’âme intellective comme «deux sujets cognitifs distincts». L’argument, moins tortueux que celui de Scot en faveur de la connaissance intellectuelle intuitive, est donc que,
- Effectivement. Il semblerait qu'Occam revienne à une dualité dans l'âme du Sujet, et un parcours purement aristotélicien en R↑ :
- Et l'intuition ?
- À ce que je comprends, Occam garde l'idée du jugement de Duns Scot, mais il oublie sa filiation avicennienne R↓, pour revenir à Aristote R↑. Il remplace donc
| prédicat | ♡⚤ | ⇖Avicenne ⇙Aristote |
♡♻ | Essence |
| ↓↑ | ↓↑ | |||
| quiddité | ♧⚤ | ♧♻ | Existant |
Et ce retour à Aristote, va se concrétiser par une redéfinition en [⚤] des processus aristotéliciens de niveau [♻] :
"L’aspect le plus immédiatement visible de cette refonte de l’aristotélisme est la réécriture de la série sensation, mémoire/imagination, abstraction (universel d’expérience)/perception, intuition intellectuelle, qui, jusque-là avait, semble-t-il (si l’on accepte la réorganisation occamiste) alimenté plusieurs domaines de problèmes à la fois mal distingués et donc mal coordonnés." p. 496
"Tel que le reconstruit Occam, le processus cognitif se présente comme une «séquence causale complexe» : la chose sensible produit
L’acte abstractif n’est pas l’abstraction de l’universel." p. 498
(b)- Pour éviter de paraphraser, je te propose ce circuit, construit sur R↑ :
| Occam R1↑ | ||||
| intentiones | choses | |||
| intuition intellectuelle du singulier |
♡⚤ | ♡♻ | intuition éidéïque des essences |
|
| ↑c | ↑ e | ⇘ f ⇙ b2 |
↑ | b1 |
| ♢⚤ | ||||
| ↑ d | ||||
| ♧⚤ | ♧♻ | a | ||
- À l'aide de son grand rasoir, Occam a donc coupé l'abstraction et l'actualisation d'Aristote, en [♻] pour ne garder qu'une intuition directe du singulier b1, et distinguer dans l'intellect deux types d'abstraction soit directe c, soit indirecte d. La cooccurrence dont il est question ici est le parallèle entre b1 et c.
La formation de l'habitus e, évite d'en référer au donateur de forme avicennien pour assurer le jugement du Sujet en ♡⚤𓁜.
- Et dans la manoeuvre, l'abstraction en passant de [♻] en [⚤], évite toute discussion épineuse concernant la relation tout/ parties, n'est-ce pas ?
- Comme tu le vois, nous ne perdons pas notre fil rouge ! Toute la démarche est cohérente et permet ensuite à Occam de se concentrer sur ce que nous avons repéré comme R2↑ :
| Occam R2↑ | ||
| voces | intentiones | |
| ♡v⚤ | ♡i⚤ | |
| ↑♢v⚤ | ⇙ | ↑♢i⚤ |
| ♧v⚤ | ♧i⚤ | |
En résumé :
"... Occam redistribuait toutes les cartes. Il réglait le problème de la mémoire intellectuelle laissé pendant dans la tradition avicennienne, déplaçait la notion d’indifférence de l’essence de la sphère des choses à celle des concepts, ou plutôt des concepts interprétés comme actes d’intellection, mais il réglait aussi les (pseudo-) problèmes liés à la distinction, tirée par les médiévaux de Seconds Analytiques, II, 19, entre la formation de l’universel d’abstraction (induction abstractive) et l’intuition de l’essence dans sa séparation éidétique." p. 498
Le 02/ 03/ 2026 :
"Le point central de ce dispositif, dont on a donné jusqu’ici tous les éléments sauf un, est précisément celui qui reste à définir. Panaccio l’a remarquablement formulé : «Quel rapport y a-t-il entre l’acte-signe d’une part [i.e.: ♧⚤], celui qui est l’élément constitutif de la proposition mentale [i.e.: ♢⚤] et qui peut y recevoir une suppositio [i.e.: ♡⚤], et d’autre part les actes intuitifs et abstractifs [i.e.: ♡♻/♧⚤↑/♡⚤]?» Dans le cas de l’abstraction, qui nous intéresse ici prioritairement, la réponse coule de source : l’acte d’abstraction est un catégorème conceptuel [i.e.: ♧⚤↑♢⚤], un nom commun susceptible en principe de signifier plusieurs entités singulières distinctes. Autrement dit : toute connaissance abstractive simple «est un terme général du langage mental»." p. 500
- Là, je pense que nous avons déjà mis tous les éléments de langage en place sur notre topologie pour suivre cette présentation...
- Suffisamment je l'espère pour comprendre l'importance d'Occam dans la construction de l'habitus Occidental. Mais avant cela, j'aimerais souligner la différence d'approche entre Duns Scot et Occam, concernant ce qu'il faut bien voir comme la "prise de conscience de l'objet", même si cette terminologie n'est pas d'époque.
- Tu veux faire référence à la dualité percept/ concept mise en évidence dans les travaux du neurobiologiste JP. Changeux ?
- Exactement, or, je vois chez l'un et l'autre l'idée d'une double connaissance intuitive et intellectuelle de l'objet qui m'y fait penser. Le principe général étant que l'on n'appréhende jamais un objet inconnu, mais qu'on le reconnait.
- C'était déjà dans la réminiscence de Platon...
- Sans doute, mais revenons aux parcours dont j'ai parlé en passant (cf. en (a) pour Duns Scot et en (b) pour Occam). La question est : où se fait la rencontre entre l'intuition et la représentation intellectuelle ?
| Duns Scot | Occam R1↑ | |||||
| intuition existence | intuition essence | |||||
| ♧♻/♡⚤ | ♡i⚤ | habitus | jugement | |||
| ↓ | ↑ | ↑c | ↑ | |||
| jugement | ♢⚤ | ♢i⚤ | ||||
| ↑ | ↑ | ↑ d | abstraction | |||
| quiddité | ♡♻/♧⚤ | ♡♻/♧i⚤ | ||||
J'ai le sentiment, que le jugement concernant l'existence de l'objet ne se situe pas au même niveau selon le parcours.
- Il faudrait préciser...
- Tentons ceci :
Dans ce premier cas, chacun des termes d'une proposition en ♢⚤ "est", puisqu'ils sont tous définis à partir de leur quiddité ♡♻/♧⚤. La question porte donc sur l'existence de cet assemblage comme unité (c'est la maison heptagonale d'Avicenne).
Dans ce second cas, les éléments de langage ♧i⚤ ne sont que des étiquettes dont seule l'expression globale ♢i⚤ (comme corbeau noir) peut "être" un sensible singulier.
- Et donc ?
- C'est là que j'ai eu une intuition ce matin au réveil : le tour suivant R2↑ d'Occam est similaire à celui de Matthieu d’Aquasparta !
| Occam R2↑ | ||||||
| Imposition | voces | verbe intérieur |
Intention | |||
| ♡v⚤ | ♡i⚤ | |||||
| 2ème | ↑♢v⚤ | ⇙ | ↑♢i⚤ | 2ème | ||
| 1ère | ♧v⚤ | ♧i⚤ | 1ère | |||
Les passages (♡i⚤/♧v⚤)𓂀Occam et (♡♻/♧⚤)𓂀Scot portent l'un sur l'essence des mots l'autre sur celle des choses, et ce qui est "présentation" chez Duns Scot, devient "représentation" chez Occam.
- Il y aurait un recul dans l'Imaginaire ?
- Oui, et le rattachement ontologique des mots aux choses en ♡i⚤, initiant ♧v⚤ dans R2↑, permet ensuite soit de répliquer le processus de [⚤]v à [⚤]m, soit de juger une proposition en ♢v⚤, en termes d'existence comme l'avait fait Duns Scot plus directement i.e.: 𓁝♡v⚤↓♢v⚤𓁜.
- Hum... C'est une thèse personnelle, mais nous sera-t-elle utile par la suite?
- Même si elle n'est pas pertinente pour l'instant, je gage que nous n'avons pas fini de discuter du duo essence/existence... Mais revenons au texte d'Occam lui-même :
"Il faut dire que tout universel, quel qu’il soit [i.e.: en ♢i⚤], est bien une chose singulière, mais seulement au sens d’universel par signification [i.e.: en ♡i⚤], c’est-à-dire parce qu’il est signe de plusieurs choses [i.e.: en ♧i⚤↑♢i⚤]. C’est ce que dit Avicenne dans la Métaphysique, livre V : «Une forme qui est dans l’intellect est en relation avec une multiplicité ; sous ce rapport, c’est un universel, puisque c’est une intention mentale dont la relation aux choses auxquelles elle se rapporte est invariable…» Et il poursuit : «Bien qu’universelle dans sa relation aux individus, cette forme, rapportée à l’âme rationnelle où elle est imprimée, est individuelle [i.e.: en ♡i⚤]. En effet, elle n’est qu’une d’entre les formes qui sont dans la pensée.» [i.e.: l'habitus] Ce qu’il veut dire, c’est que l’universel est une intention singulière de l’âme elle-même, apte à être prédiquée de plusieurs choses [i.e.: en ♡i⚤/♧v⚤]. Autrement dit : c’est parce qu’elle est apte à être prédiquée de plusieurs choses, non pour se représenter elle-même, mais pour représenter la pluralité en question, qu’elle est dite universelle [i.e.: universalité en ♡i⚤]. En revanche, en tant qu’elle est une forme qui existe réellement dans l’intellect, elle est dite singulière. Cf. Guillaume d’Occam, Summa logicae, I, 14." p. 499
- C'est un peu délicat à comprendre, mais remarque que :
- Lâche le morceau, je sens que tu n'as pas tout dit !
- Mon intuition portant sur l'être de la parole, m'a renvoyé en écho la Sainte Trinité de l'Église : "le Fils —la parole de Dieu— Est". Ce que Dieu créé en ♧♻ , le Sujet le créé par la pensée en ♡i⚤. Mais ce n'était rien d'autre qu'une pensée fugace, ne nous y attardons pas aujourd'hui. (Note 2) Revenons à Occam :
"Le cœur de la thèse d’Occam, ce qui fait que sa position est irréductible aux théories empiristes de l’abstraction, est que «le concept de l’espèce», disons le concept spécifique, «peut être abstrait à partir d’un unique individu». Cette thèse, seul Duns Scot l’avait auparavant approchée, en posant qu’une seule perception sensible suffisait pour que l’intellect puisse formuler les concepts universels correspondants. Mais elle prend chez Occam un sens différent." p. 501
- Ce qui me frappe le plus, c'est l'influence considérable sur toute la pensée occidentale, d'un dispositif motivé par le seul désir de surmonter l'incapacité à penser la relation tout/ parties. Un peu comme le tracé d'une autoroute est dévié pour éviter de perturber la reproduction d'une espèce protégée de grenouilles. Nous en avons maintes fois discuté, avançons.
"... ce que soutient Occam, ce n’est pas qu’une seule perception sensible suffit pour que l’intellect puisse formuler un concept universel, c’est qu’un seul acte de connaissance intellectuelle abstractive suffit pour former un concept spécifique." p. 501
- Où nous retrouvons les deux circuits parallèles de la cooccurrence ?
- Oui, ça vient confirmer notre comparaison de ce matin, comme d'ailleurs la suite du texte. J'en arrive à la conclusion d'Alain de Libera :
"C’est pourquoi Occam présente la «première connaissance abstractive» engendrée par la connaissance intuitive (l’appréhension directe) d’un homme comme «une connaissance générale et commune à tout homme» (omni homini), non comme une connaissance de l’homme. Il s’agit d’une représentation schématique capable de fonctionner (c’est-à-dire de s’appliquer à tout homme) à partir d’un échantillon unique. Contrairement aux apparences, Occam n’est donc pas empiriste au sens où le sont les empiristes de l’âge classique. Le concept spécifique n’est pas pour lui le résultat d’une comparaison des individus entre eux, qui en dégage, en «abstrait», un certain nombre de traits communs." p. 504
C'est sans doute le point discriminant qu'il faut garder en mémoire.
- Très bien, nous sommes maintenant parés pour la suite : "La critique du Réalisme".
- Amen.
Hari
Note 1 :
- Il y a une petite difficulté technique concernant ta représentation : les deux mouvements sont de même niveau [⚤].
- Il faut que j'y réfléchisse. Je pourrais mettre un indice pour distinguer les 3 parcours au niveau [⚤]; par exemple :
Autre possibilité: reprendre les étiquettes (A), (B), (C) & (D), qui nous ont servi à repérer les différentes définitions des mots et intentions hier. C'est une identification d'un carré par ses coins dans le sens horaire, que j'utilise avec Perplexity. Le problème est que j'utilise déjà cette notation pour le carré réduit :
| (A)♡⚤ | (B)♡♻ | |
| (C)♧⚤ | (D)♧♻ |
Ça facilite mes échanges avec l'IA car assez intuitif, mais c'est difficilement généralisable...
Pour l'instant, je vais garder l'écriture avec le niveau [⚤] et les indices, qui donne le maximum de renseignements sur la situation topologique du concept repéré, au prix d'une certaine lourdeur typographique...
Note 2 :
- On est pas loin du "cogito ergo sum"...
- Par curiosité, fouillons un peu le contexte de cette fameuse nuit du 10 novembre 1619, au cours de laquelle Descartes a eu son illumination :
— 🤖 : À ma connaissance, il n’existe ni chez Descartes, ni dans la grande littérature cartésienne classique, une lecture qui assume explicitement le cogito comme structure «trinitaire» (ego / cogito / sum) en analogie directe avec Père / Verbe / Esprit. Autrement dit, ton hypothèse est philosophiquement très intéressante, mais elle n’est pas textuellement appuyée ni canonisée par les commentateurs de première main : elle relève d’un geste interprétatif créateur plutôt que d’une reconstruction philologique.[1][2][3][4]
Les études classiques sur le cogito (analyses logiques, statut d’intuition, rapport au scepticisme) ne dégagent pas un schème triadique interne, mais plutôt :
Cela va plutôt contre l’idée que Descartes ait voulu explicitement calquer la structure de son cogito sur le dogme trinitaire, même de façon cryptée.
Ces études concluent plutôt à :
Donc, du point de vue d’une recherche «à partir des textes de Descartes et des études de première main», l’hypothèse ne peut pas être confirmée comme ayant un ancrage explicite ; elle devrait être assumée comme une construction herméneutique personnelle, possiblement féconde pour penser les rapports sujet/parole/être dans un horizon chrétien, mais non comme une propriété démontrable du cartésianisme.
Si tu voulais néanmoins la travailler en philosophe, la question suivante serait : préfères‑tu que l’on cherche maintenant à formaliser proprement la triade ego/cogito/sum (hors Trinité) pour voir jusqu’où elle tient, ou que l’on examine quelques textes trinitaire augustiniens pour tester la pertinence de l’analogie de structure ?" (Sources : suivre le lien)
- La réponse est plutôt négative.
- Je ne m'attendais pas non plus à enfoncer une porte ouverte, mais il y a là quelque chose à fouiller : une opposition est déjà en soi l'indice d'une filiation... Et quand ce sera le moment, il sera toujours temps d'y revenir...