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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #41 — XIVe siècle — Les Réalismes continentaux

LES RÉALISMES TARDIFS ET LA RÉACTION ANTI-OCCAMISTE

Le 23/ 03/ 2026 :

- Nous sommes au bout de chemin, et Alain de Libera commence par l'exposé historique d'un débat entre Reales et Nominales qui déborde largement le champ philosophico-théologique pour mobiliser le pouvoir.

Les réalistes continentaux

- Pour qui, comme moi, n'a pas vocation à se souvenir de la partie proprement historique de l'exposé, il y a au minimum deux périodes autour desquelles se cristallise l'histoire de cette querelle : (pour un résumé plus détaillé suivre le lien)

  • Vers 1339‑1341 : première crise parisienne autour d’Occam 
    • 25 septembre 1339 : statut de la faculté des arts interdisant d’enseigner la doctrine de Guillaume d’Occam, même en privé, et même d’en citer les écrits, sans exposé de motifs doctrinaux explicites;
    • 29 décembre 1340 : nouveau statut «de reprobatione quorundam errorum ockanicorum», mentionnant des «erreurs occamiques», mais ambigu sur son véritable objet; il reprend la peine d’exclusion déjà prévue en 1339;
    • 10 octobre 1341 : serment anti‑occamiste imposé aux maîtres : ils jurent de s’en tenir à la doctrine d’Aristote, d’Averroès et des «anciens» commentateurs, et de rejeter la «scientia occamica» et toutes les doctrines similaires.
  • Louis XI :
    •     1er mars 1474 : édit de Senlis.
      • Louis XI, sur la demande de Jean de Montigny (procureur de la nation française), interdit l’enseignement des doctrines des «rénovateurs» : Occam, Grégoire de Rimini, Buridan, Pierre d’Ailly, Marsile d’Inghen, Adam Dorp, Albert de Saxe et «autres Nominaux».
      • Les livres des Nominaux sont retirés des bibliothèques ou cloués sur les pupitres pour empêcher leur consultation.
    • 1474 : Mémoire des nominalistes à Louis XI.
      • Rédigé par des maîtres parisiens frappés par l’interdiction, ce texte présente le nominalisme comme une ontologie «économique» (ne pas multiplier les choses selon la multiplicité des termes) et une méthode d’analyse logico‑sémantique des discours (étudier les propriétés des termes dont dépend la vérité ou la fausseté des énoncés).
      • De Libera souligne que ce Mémoire formule, pour se défendre, ce qui ressemble au «programme nominaliste» moderne, alors que l’édit lui‑même reste doctrinalement très vague.
    • Avril 1481 : revirement royal.
      • Louis XI ordonne de «faire déclouer et défermer tous les livres des Nominaux», annulant de fait l’effet de l’édit.
      •  Les motifs du revirement ne sont connus que par une allusion: ils ont été communiqués oralement par le prévôt de Paris et le recteur; les documents parlent de «raisons précises» en 1474 et de «raisons plus précises encore» pour la levée de l’interdiction, sans autre justification écrite.

- C'est quand même une période assez longue !

- Oui, longue et confuse car ce qui est craint n'est pas à proprement parlé la doctrine d'Occam, mes ses développements éventuels, susceptibles de réfuter les enseignements de la Bible.

- Pas clair.

- Revenons au schéma d'Occam : (cf #39 & #40)

  • 1er circuit : rapport discours intérieur—[⚤]/[♻]—objet :
    =>  départ aristotélicien
  • 2e circuit : rapport vocês—[⚤]/[⚤]—intentiones:
    => production d'un discours
  • 3e circuit : rapport écrit—[⚤]/[⚤]—voix :
    => représentation du discours
R3        
    R2    
        R1
écrit   voces   intentiones   objet
♡e   ♡v   ♡i  
♢e ♢v ♢i
♧e   ♧v   ♧i  

Dans l’édit de 1474 comme dans les statuts de 1339‑1340, les universaux ne sont presque jamais le thème explicite; on vise des auteurs ou des «erreurs» globales, non des thèses précises sur le statut de l’universel : 

"Toutefois, comme le statut de 1339 ne précise rien de la doctrine de «Guillaume dit “Occam”», on peut être tenté, sous l’autorité de l’intitulé du statut de 1340, de chercher les «erreurs occamiques» dans trois des positions par lui dénoncées et que l’historiographie a traditionnellement associées à l’occamisme :

  • que la vérité d’une proposition (y compris celle d’un auctor) doit être jugée sur le seul critère du sens littéral des mots ;
  • qu’une proposition est absolument ou littéralement (de virtute sermonis) fausse parce qu’elle est fausse selon la supposition personnelle des termes qui la composent ;
  • qu’il n’y a pas de «sciences des choses», mais seulement des «sciences des signes», c’est-à-dire «des termes et des propositions»." p. 557

Tu auras compris que limiter la portée d'un texte à sa seule cohérence interne (les circuits R2↑ & R3) mettrait la Bible elle-même sous le feu d'une approche purement sémantique, et derrière Occam c'est cette perspective qui doit être refoulée.

Le plus étrange dans l'affaire paraît être le revirement de Louis XI qui annule son interdiction de 1474, alors que pour leur défense, un groupe de professeurs, frappés directement par l'édit royal, présentent une doctrine très proche de ce qui justifia le statut de 1339, et apparaît aujourd'hui comme "la doctrine nominaliste" :

"Cette apologie [...] est très conforme à ce que nous entendons aujourd’hui par «nominalisme». Elle met en exergue deux attitudes, «ne pas multiplier les choses selon la multiplicité des termes» et étudier soigneusement «les propriétés des termes dont dépendent la vérité et la fausseté des discours» pour «être habiles à reconnaître le bon et le mauvais dans n’importe quel argument», qui évoquent deux caractères du nominalisme moderne :

  • professer l’ontologie «la plus économique possible» et
  • pratiquer assidûment «l’analyse logico-sémantique»." p. 560

- Autrement dit Louis XI revient sur son décret, en acceptant l'étude d'idées qui avaient précisément conduit à leur interdiction ?

- En gros, oui : la défense caractérise les seuls circuits R2↑ & R3 !

"Le paradoxe de la querelle des universaux est que, en bonne logique, c’est précisément ce nominalisme-là que le roi devait interdire s’il y allait véritablement du nominalisme dans la condamnation des nominalistes. Or c’est tout le contraire qui se produit : l’interdiction est philosophiquement muette, et c’est le plaidoyer qui, pour y faire pièce,  énonce le seul vrai programme nominaliste figurant dans l’ensemble du dossier.
[...]
Revenir, en somme, à la saine tradition de l’aristotélisme, «à la doctrine des temps anciens, saine et sûre», celle des «Averroès (!), Albert le Grand, Thomas d’Aquin, Gilles de Rome, Alexandre de Halès, Scot et Bonaventure». L’élément réel de la «querelle» n’est peut-être pas, dans ces conditions, la sententia de praedicabilibus, mais la querelle des Anciens et des Modernes, et son produit le plus immédiat la naissance d’une première néoscolastique. C’est elle qu’instaurent dès le début des années 1400 les acteurs du retour à la pensée du XIIIe siècle : les néo-albertistes, avec leur chef de file, Jean de Maisonneuve.
" p. 561-562

- Jean de Maisonneuve est le premier adversaire acharné du nominalisme buridanien (cf. ici dans #37), mais il boycotte le débat et fait agir l'institution contre la présence des Nominales. Quoique refusant la confrontation scolaire, il y a cependant l'élaboration d'une théorie.

Jean de Maisonneuve et les épicuriens littéraux

 - À première lecture, je pense au donateur de formes d'Avicenne, alors que de Libera met l'accent sur un retour à Syrianus. Nous l'avons déjà croisé en début de parcours (cf. #20) et à ma grande honte j'avoue l'avoir zappé. Problème : en relisant mes notes d'il y a 4 mois, je pense voir fait alors une erreur dans la caractérisation du schéma R ; que j'ai corrigée par la suite (voir le "vade mecum" révisé mi-janvier, à la suite de mon erreur d'interprétation d'Avicenne). Il faudrait donc que je m'astreigne à un travail de relecture pour corriger mes textes entre-deux.

- Bref, on a compris que tu ajustes tes schémas au fil de ta lecture, c'est ton problème, mais pour en revenir à Syrianus ?

- Désolé, il me faut faire une pause pour reprendre mon développement qui sonne complètement faux : Aristote ne progresse pas du niveau [⚤] vers le niveau [♻], mais à l'inverse. Je n'avais pas encore intégré ce parcours inimaginable à mes yeux, par ignorance de l'époque, tout simplement.

Je vais donc reprendre mon approche, dans un encart, nous verrons ensuite s'il pourra être simplement copié-collé dans l'article #20, ou s'il faut tout réécrire...


Correction de l'article :

"La querelle des Universaux # 20 — Du néoplatonisme grec au péripatétisme arabe"

- Il reste à traiter le dernier point, avant d'en arriver au développement proprement historique de l'auteur.

La critique d’Aristote par Syrianus : un paradigme néoplatonicien de la problématique médiévale des universaux :

Syrianus va réfuter la critique qu'Aristote fait à Platon, en utilisant les principes énoncés dans les Catégories contre les arguments avancés en Métaphysique.

"La réponse de Syrianus est capitale, parce qu’elle se concentre sur le statut de ce que la scolastique néoplatonicienne du VIe siècle appelle l’universel dans la pluralité (έν τοῖς πολλοῖς) et parce qu’elle relève le défi d’Aristote en Z, 13, 1038b1-8 : elle répond en prenant l’«universel comme une cause dans le plein sens du mot, et un principe»." p. 102

- Bon, le problème est assez simple à visualiser en reprenant les deux topologies de Platon et Aristote :

  Platon   Aristote  
  multiple   Tout   de dicto   de re  
Idées [⚤] [♻]    ♡   actuel
        potentiel
Étant [⚤] [♻]     
  cause éponymique          
  • Platon construit le multiple à partir de l'Un (démarche transcendante) multiple Un;
  • Aristote, dans une démarche immanente, mais limité au niveau [⚤] [♻], part du multiple pour décanter le Un : multiple Un; . Non : erreur tenant à ma mauvaise compréhension de la nature du mouvement chez Aristote.
  • La différence d'approche se constate non en [⚤]—♡  mais en [♻]—♡.
    • Chez Platon on passe de l'un au multiple : directement : [⚤][♻];
    • Chez Aristote le multiple, en tant que catégorie accessoire (en supplément de l'essence de la chose) est de l'ordre du langage en ♢ , et donc dans le passage ♡♢ ;

En superposant les deux schémas, il y a effectivement dans chacun des mouvements, un passage de :

  •  [♻]—♡: l'Un platonicien correspondant à l'essence "actuelle" et singulière de l'objet aristotélicien au multiple au niveau [⚤],
  • [⚤]♧ — ♧ : au multiple 

Mais ces proximités cachent des divergences d'approches très visibles.

- Et l'universel "dans la pluralité" ?

- Que l'on en revienne au Ménon (la multiplicité des abeilles toutes semblables) où à la partition aristotélicienne de dicto/ de re :

  • la "multiplicité" est de l'ordre du discours en [⚤], quand
  • la "singularité", et ce depuis Parménide, est de l'ordre de l'être, en [♻]. 

- Et postérieur à la multiplicité ?

- Là, on quitte Platon, pour parler de la montée aristotélicienne en [⚤] ; soit ♧, donc postérieure à la multiplicité des signifiants en ♧.

Pour rendre la chose plus sensible, tout en allégeant l'écriture de mes commentaires, je vais les indiquer entre crochets [...] dans le corps du texte même d'Alain de Libera.

"La thèse générale repose sur la distinction entre

  • universel dans la pluralité [i.e. : ♧] et 
  • universel postérieur à la pluralité [i.e. : ♧] .

Syrianus soutient que

  • si Aristote parle des «universaux» qui
    • a «sont confus et engendrés postérieurement» [i.e. : ♧] et
    • b «ont leur être dans notre imagination» [i.e. : ♡], comme la notion (ἔννοια) de l’homme en tant que tel,

il a raison de dire que ce ne sont pas des οὐσίαι [i.e.: substance abstraite du sensible par ♧], car «elles ont tout leur être relativement à nous [intention du Sujet en ]».

En revanche,

  • s’il parle des «universaux qui sont dans la pluralité», [i.e. : ♡/]  non seulement il a tort, mais de plus il parle contre lui-même, puisque, «de fait, il ne les nie pas, mais les pose» [i.e. : ♡] .

Il n’est pas ici question d’intuition intellectuelle : l’universel «postérieur» est confiné à la sphère du φάντασμα [de dicto : niveau [⚤]], de ce que les commentateurs modernes appellent l’«image générique». Syrianus s’enferme volontairement dans le cadre réduit de l’aristotélisme [i.e.: R], et il fait porter tout son effort sur une redéfinition de l’universel «dans la chose».[i.e.: abstrait ♧ et actualisé ♢]p. 103

Ensuite je suis parti dans des délires sur un schéma mixte Platon— R/R—Aristote, et c'est en trébuchant sur Avicenne, que je reprendrai pied. Nous resterons jusqu'au XIVe dans la voie des mots en privilégiant R.

Mais revenons à Aristote et Syrianus. Or donc :

"Cette focalisation est imposée par la stratégie argumentative d’Aristote, qui, pour préparer le rejet des Formes séparées en Métaphysique, Z, 14 (i.e. le rejet de l’universel antérieur à la pluralité, πρὸ τῶν πολλῶν), commence par établir l’impossibilité pour l’universel d’entrer dans le singulier [il continue en et refuse Platon ]: avant de montrer que la Forme séparée est impossible, il prouve d’abord qu’elle est inutile puisqu’il ne peut y avoir d’universel dans la chose même[l'universel est "de dicto" niveau [⚤] et non "de re" niveau [♻]]" p. 103

Pour comprendre ce "rejet des formes séparées de Platon", comparons les deux schémas :

  Platon   Aristote  
  multiple   Tout   de dicto   de re  
formes séparées [⚤] [♻]    ♡    
        abstraction
Étant [⚤] [♻]       

Avec un petit bémol, qui viendra tardivement : le bouclage final ♡ permet, ensuite, de ramener l'universel dans le singulier sensible.

- OK, mais apparemment, pour l'instant ce n'est pas le sujet.

- Certes. Continuons :

"Syrianus s’efforce donc de retravailler indirectement le concept même d’εἶδος, afin de prouver qu’un Universel, au sens de Platon, peut être dans la pluralité.
Le combat pour le platonisme ne consiste pas à défendre contre Aristote l’existence de Formes séparées, mais à défendre, en s’appuyant sur lui, l’existence de formes participées."
p. 103

Où tu vois ces "formes participées" en ♢, en particulier l'espèce et le genre, attachées à la substance, abstraite du sujet sensible. 

- Et donc toujours le même problème de fond : comment penser la "participation" à un universel singulier insécable puisque "in re", comme tout "objet", qu'il soit matériel ou non?

- Oui, bien évidemment : le problème est déjà chez Porphyre, et subsistera jusqu'à la fin du Moyen Âge. 

"En pratiquant de la sorte, Syrianus affronte les questions qu’affronteront les réalistes et les nominalistes au Moyen Âge, l’essentiel du débat médiéval portant moins directement sur l’existence de Formes séparées (puisque, à quelques exceptions près, ce qu’on appelle alors les «Idées de Platon» est presque unanimement rejeté) que sur le statut de l’universel in re. Par bien des côtés, en effet, la thèse historiographiquement

  • dite «nominaliste» prolonge ou reproduit le binarisme de Z, 13,
  • tandis que le réalisme prolonge la défense de Platon par Syrianus." p. 104

Il y aura quelques remarques à faire concernant cette dernière caractérisation de la dualité nominaliste/ réalisme (cf: #40).


- Bien, cette petite mise au point concernant Syrianus faite, on comprend que Jean de Maisonneuve y revienne : les Reales n'ont pas avancé d'un pouce depuis cette époque. Ou plutôt, ils sont dans un magnifique automatisme de répétition.

- Vraiment rien de neuf ?

- Disons qu'il se tourne vers Dieu pour assurer la cohérence du tout, et ses arguments nous renvoient, me semble-t-il au Donateur de formes d'Avicenne.

- Avicenne est en R et les Reales en R avec Aristote...

- Bien, sûr, mais il y a quand même un air de famille.


Le 24/ 03/ 2026 :

- Après cette digression concernant Syrianus, il est bon de revenir à Albert le Grand, puisque Jean de Maisonneuve reprend sa tripartition des universaux pour y ajouter une quatrième classe (cf. ici dans #31Bis).

"À l’époque d’Albert, plus précisément au début des années 1250, les logiciens et les théologiens distinguent potentiellement trois aspects de l’universel, selon qu’ils considèrent l’unité de l’universel comme

  • a/ unité dite du multiple,
  • b/ unité hors du multiple ou
  • c/ unité dans le multiple.

- L’unité a/ est celle du prédicable logique,
- l’unité b/ celle du concept,
- l’unité c/ celle de la nature commune.
Ce dispositif est une instantiation particulière de la relation mots, concepts, choses, qui, cependant, ne s’élève jamais à une théorie d’ensemble. Les éléments sont combinés ou opposés deux par deux. La structure triadique n’est pas posée comme telle." p. 314

C'est une réécriture en termes d'espace d'une tripartition en termes de succession chez Avicenne et Aristote (voir ici dans #30 Bis).

  Avicenne   Aristote / Paris  
Antérieur       postérieur
dans  ↓♢   ↑♢ dans
postérieur       antérieur
  de rem   in re   de rem   in re  

Le 30/ 03/ 2026 :

- J'ai un peu perdu le fil depuis une semaine, trop préoccupé sans doute par la suite du programme :

- Il serait bon pour une fois que tu finisses ta lecture d'un livre sans le laisser en plan, comme pour Récolte et semailles, par exemple...

- Tu as raison, un peu de rigueur ne serait pas de trop.

Concernant Maisonneuve, le point important est le retour à Avicenne via le "Liber de causis", et en particulier le rapport au divin qui nous avait obligés à introduire explicitement le "bord" 𓁝∅ supérieur et son complément inférieur ∃𓁜 de notre topologie pour en rendre compte : (cf. # 28Bis):

  Avicenne  
       
  𓁝∅ Donateur
de Formes
𓁝∅  
prédicat / Intention Essence Intellect agent
     
intellect possible phantasma
  (↑)   (↑)  
voices Existence sensible
  𓁜   𓁜  
       
  de rem   in re  
  logique   noétique  

- Je suis un peu perdu avec tous ces schémas : lequel choisir ?

- Le point fixe, si je puis dire, c'est l'universel dans le multiple de mode ♢ : 

  • En : les Reales
  • En : les Nominales

Ce qui ressort ici en a/ comme  prédicable logique, indique que le Reale Maisonneuve en reste au ⚤ d'Avicenne.

- OK, donc de rem, mais quid de l'universel ante rem ? Est-il en R avec Aristote ou en R avec les néoplatoniciens ?

- Suivons notre guide :

"Comme Albert, il dédouble donc l’universel ante rem.

  • Le premier état (= universel ante rem-1) est l’être idéal des universaux qui existent dans l’intellect divin (esse ydeale et in intellectu cause prime) : c’est l’universel selon Platon, la Forme séparée du sensible, mais située en Dieu, sur le mode de l’Idée divine, cause paradigmatique des étants ;
  • le deuxième (= universel ante rem-2) est l’être dit «purement intellectuel» ou «formel» présenté par les formes intelligibles prises dans la lumière de l’Intelligence séparée d’où elles émanent : c’est l’universel des péripatéticiens, autrement dit l’universel selon le Livre des causes, celui des formes émanées dont chaque «Intelligence est remplie».

Ces deux premiers types d’être correspondent à ce que la terminologie ancienne, transmise par Avicenne, eût appelé théologiques. " p. 563

Nous retrouvons l'émanation duale d'Avicenne :

  • 𓁝∅𓁜 <=> Ante rem-1 : le "donateur de formes" créateur correspondant au principe unitaire Platonicien : [♻]𓁜𓁝[∅];
  • 𓁝∅𓁜 <=> Ante rem-2 : le désir d'universalité ("dont chaque intelligence est remplie") en quoi le Sujet s'accorde au donateur de formes, proprement Avicennien;

- Mais je croyais que Maisonneuve revenait à Aristote en R?

- C'est là que c'est ambigu; car dans cette voie R, tu peux très bien comprendre le concept comme Ante Rem-1 dans le schéma d'Aristote : 

Aristote  
de dicto   de re  
 ♡   concept
ante rem-1 
 
   

- Mais quid de Ante rem-2 ?

- En ;  mais il y a une dualité implicite du côté de l'intellect, c.-à-d. de dicto :

  • 𓁝∅𓁜  : l'intention du Sujet précède, peu ou prou
  • 𓁜𓁝♡𓁜 : l'expression d'un prédicat, ou d'un jugement ... 

"Jean se contente de noter que l’universel ante rem- 2 a un esse metaphysicum." p. 563

Nous reste à placer les autres universaux :

"Le troisième état, dans l’ordre de l’émanation, est physique, c’est l’être «formel et formé» – celui de l’universel considéré dans l’étant singulier, le multiple ou la matière : l’universel in re d’Aristote, interprété comme forme émanée dans le monde des corps." p. 564

On reste dans l'émanation d'Avicenne (l'objet "formel et formé", après avoir habillé l'essence indifférente), et "de re", soit le singulier sensible en : Avicenne arrive là d'où part Aristote. 

"Le quatrième est logique, c’est l’être psychique ou abstrait – celui de l’universel présent intentionnellement dans l’âme humaine qui l’a tiré du sensible par un acte de connaissance abstractive (in intellectu abstrahente) [i.e.:♢], celui de l’universel post rem, dernier dans l’ordre de la genèse." p. 56

- Autrement dit en ?

- Oui, et tu vois comment se télescopent les deux conceptions d'Avicenne en R↓ et d'Aristote en R↑ en ♡, ce qui au demeurant sonne comme une "prise de conscience" entre :

  • 𓁝∅𓁜  : l'intention du Sujet (l'universel présent intentionnellement dans l'âme humaine);
  • 𓁝♡𓁜 : son attention attirée par l'objet via ♡()⚤ (connaissance abstractive d'Aristote).

"Grâce à cette quadruple distinction, Jean pense pouvoir dépasser et intégrer à la fois le point de vue des nominalistes, «épicuriens littéraux», qui réduisent l’universel à un simple concept abstrait, un figmentum conceptuel, ou une «fiction» dans la première terminologie d’Occam, et le point de vue des Formalizantes – notamment Jérôme de Prague –, assimilés à d’authentiques partisans des Idées platoniciennes comprises comme universaux doublement séparés et existant ainsi in re extra Deum, à la fois «hors des singuliers et hors de l’intellect divin»." p. 564

Je te laisse méditer là-dessus, et jouer avec nos schémas pour assimiler ce patchwork...

- Ceci dit, si nous pouvons le représenter topologiquement sur notre ruban de Moëbius, ça devait quand même laisser quelques problèmes en suspend à l'époque :

"(a)Comment concevoir le passage de l’universel émané dans la chose individuelle [i.e.: ♡] à l’universel post rem compris comme universel abstrait [i.e.: ♧]? Le problème est dirimant, car il ne s’agit plus seulement de passer de l’universel abstrait à la Forme séparée par l’intermédiaire de la forme psychique, autrement dit de l’universel d’Aristote à l’universel de Platon, comme chez Syrianus, mais de suivre le trajet inverse et, si l’universel post rem est bien celui des épicuriens littéraux, de passer de l’universel théologique [i.e.: 𓁝∅𓁜] du péripatétisme gréco-arabe au concept abstrait de Buridan [i.e.:♡/]!" p. 565

- Oui, bien entendu: on ne peut que tourner en rond. Ce qui importe ici est la réponse apportée par Maisonneuve, puisqu'elle va perdurer jusqu'à remise en cause de cette approche scolastique. Pour ne pas reprendre tout le texte de Libera : en un mot comme en cent : on revient au schéma néoplatonicien : R. Dieu est le principe unificateur, point barre.

"Les trois degrés de l’être de l’universel émané sont donc :

  • en lui- même, l’être d’essence (esse essentiae) [i.e.: ∅];
  • dans les choses, l’être d’existence actuelle (esse actualis existentiae) [i.e.: ♧ ]; et
  • dans l’âme [i.e.: ∅], l’être intentionnel ou «de raison» (esse intentionale sive rationis) encore appelé « être amoindri » (esse diminutum)."

Sur notre schéma cela donne :

Jean de Maisonneuve / l'être
  de dicto   de re (n° universel)
     
immanence
dans l'âme
  immanence
en lui-même
(2) ante rem-2  ♡   (1) ante rem-1
(4) abstraction (3) dans les choses
abstraction
     

En résumé: Jean a mis un nappage immanent à la sauce Avicéenne sur un gâteau Aristotélicien.

- En Dieu comme cerise sur le gâteau ?

- Plaisanterie mise à part cette question ontologique va en préoccuper plus d'un jusqu'à nos jours.

"La conséquence de cette doctrine est que le quatrième état de l’universel, l’universel dans l’âme, n’est pas pensé par lui sur le mode nominaliste de l’abstraction. La thèse de Jean est que ce que les nominalistes interprètent à l’aide de la théorie aristotélicienne de l’abstraction est, en réalité, le fruit du fait que l’«âme humaine est l’instrument de la lumière de la Première Intelligence», qu’elle est «ce en quoi la Première Intelligence déverse (invehit) ses formes selon la capacité de réception du récepteur»." p. 566

La difficulté reste encore liée à la logique du 1er ordre, qui ne permet pas la convergence en  ♡ par deux voies différentes...

- Tu penses à un principe de symétrie ?

- Effectivement : l'idée de symétrie renvoie à Évariste Galois, et à l'élément neutre (i.e. : a.a-1=e) qui échappe à la dichotomie {a;¬a}. 

"C’est sur l’interprétation de ce quatrième mode [i.e.: ], laissé en quelque sorte oscillant entre l’abstraction [i.e.: ♧] et l’émanation [i.e.: ∅], que le disciple de Jean, Heimeric de Campo, va paradoxalement affirmer l’originalité de l’albertisme non seulement par rapport au nominalisme buridanien, mais par rapport au thomisme." p. 567


Le 31/ 03/ 2026 :

Heimeric de Campo, ou Albert contre Thomas

— 🤖 : Heimeric de Campo (Heimeric Van de Velde) est un théologien réaliste du XVe siècle qui, en se réclamant d’Albert le Grand contre Thomas d’Aquin, reconfigure la querelle des universaux au sein même du camp réaliste.
Né en 1395 à Zon (diocèse de Liège), il étudie à Paris vers 1410–1415 auprès de Jean de Maisonneuve, puis à Cologne, où il devient bachelier bibliste (1423), maître en théologie (1428), vice‑chancelier (1431) et recteur (1432), avant d’enseigner à Louvain à partir de 1435. Sa contribution majeure se situe à Cologne, dans le Wegestreit opposant via antiqua et via moderna, où il défend un néo‑albertisme continental.
Fait central : il concentre ses attaques davantage sur le réalisme «modéré» de Thomas que sur le nominalisme, en construisant trois places fortes albertistes (Paris, Cologne, Louvain) qui assurent la diffusion d’un réalisme albertin distinct du thomisme. Ce déplacement fait rebondir la querelle des universaux à l’intérieur du réalisme lui‑même et contribue à différencier durablement la tradition continentale de la tradition anglaise, où la polarisation passe surtout entre réalistes et nominalistes.
En mettant explicitement en scène le conflit métaphysique Albert/Thomas, deux figures tutélaires de l’«aristotélisme chrétien», Heimeric impose une problématique que l’Angleterre ignore et que le Continent cherchera ensuite à neutraliser par l’idée d’un «aristotélisme albertino‑thomiste» consensuel
. (lien)

- Tu ne te gênes plus pour faire faire un résumé par perplexité ?

- Il s'agit d'un passage dans lequel de Libera présente l'importance historique de Heimeric, il n'y a rien à commenter, juste à situer le personnage dans sa dimension historique, le mieux étant de lire le livre, le plus rapide d'en extraire le jus. Poursuivons cette mise en scène :

— 🤖 :  Le déclencheur de la querelle colonaisse des universaux est le Tractatus problematicus (ou Problemata inter Albertum Magnum et Sanctum Thomam), rédigé par Heimeric vers 1424–1425 et publié en 1428. Ce texte devient la pièce maîtresse des albertistes de Cologne (Bursa Laurentiana) dans leurs controverses avec les thomistes de la Bursa Montana, car il propose, au nom d’Albert, une critique radicale de l’ontologie de Thomas d’Aquin.
D’autres écrits suivront, notamment l’Invectiva (lettre ouverte de 1456 aux professeurs de Cologne), auxquels répond le principal représentant thomiste local, Gerhard ter Steghen (Gerardus de Monte), par une Apologia puis surtout par un Tractatus ostendens concordantiam sancti Thome et venerabilis Alberti…, qui s’efforce de montrer l’accord fondamental entre Thomas et Albert là où on les disait opposés. Ce dernier texte inaugure la lecture consensuelle connue sous le label d’«aristotélisme albertino‑thomiste», qui marquera durablement la néoscolastique.

Bref, l'argument essentiel du Tractatus est celui-ci :

"Heimeric attaque Thomas sur un point précis, la source ou origine de l’universalité : pour Thomas, l’intellect humain ; pour Albert, l’Intellect divin." p. 569

Ce qui nous permet de revisiter ce que nous en avions déjà dit.

Concernant Albert (cf ici dans #31bis), nous avons vu qu'il était néoplatonicien soit en R, et suivait Avicenne :

"Professant une métaphysique syncrétique, péripatéticienne, c’est-à-dire l’aristotélisme néoplatonisant des Arabes, ici ou là tempéré soit par Averroès, soit par le néoplatonisme chrétien de Denys, Albert reproduit en fait dans le monde latin le geste qui, dans le monde musulman, avait vu le transfert du modèle de Syrianus sur le terrain de l’émanatisme. Il le fait dans une perspective originale, qui a passé pour confuse, faute d’être élucidée historiquement, et qui s’avérera décisive puisque, jusqu’à la fin du XVe siècle, la théorie albertinienne des universaux restera, face au nominalisme de la via moderna, un des principaux vecteurs du réalisme de la via antiqua." page 323

Son apport a été de placer les universaux en ♢, donc effectivement d'inspiration divine par ♡  etc.

Concernant Thomas (ici dans #32Bis)) nous avons vu qu'il fait un retour à Aristote en R; tout en gardant l'idée d'Avicenne d'une propention universaliste en ♡. l'idée de base étant que l'homme séparé de Dieu, ne peut qu'avoir une connaissance imparfaite de l'objet (en usant de la logique ♢), composants et divisant).

"Les âmes séparées ont elles aussi une connaissance des choses naturelles par les «espèces» infuses qu’elles reçoivent «sous l’influence de la lumière divine», une connaissance qui, toutefois, reste «commune et confuse» (Summa theologiae, I, quaest. 89, art. 3)., qui leur sont communiquées au moment de leur création et qui sont la source directe, purement intelligible, de leur connaissance." p. 340

Ce qui conduit à placer les universaux en ♢, par analogie avec l'action de Dieu en ♢.

"Thomas reprend l’analogie de la pensée [i.e.: [⚤]] avec la sensation [i.e.: [♻]], en l’inscrivant dans le cadre général du processus [i.e.: R] menant de la connaissance sensible à la connaissance intelligible. Le processus aboutissant à la formation de l’image [i.e.: ♧♢ ] devient ainsi le modèle structurel du processus allant de l’image au concept [i.e.: ♢]." p. 350

En un certain sens, Thomas retrouve la démarche Nominaliste, mais vue pour ainsi dire "par défaut"; faute de pouvoir appréhender directement les dessins de Dieu. 

Pour en arriver à la critique portée par Heimeric :

"Le réalisme de l’essence s’inscrit donc ultimement chez lui dans un émanatisme intellectualiste où, comme chez Albert, se combinent les multiples formes du néoplatonisme : de Denys à Scot Érigène (qu’il connaît par le Corpus dionysien de l’université de Paris) en passant par l’aristotélisme néoplatonisant d’Avicenne. C’est cet aspect de sa pensée qui lui fait définir la logique comme une «science spéculative», ramenant les significations à des propriétés de la réalité elles-mêmes réductibles à un Principe, là où, selon lui, Thomas, comme les nominalistes, n’y voyait qu’une «science pratique», manipulant des «êtres de raison» (entia rationis), ou «artefacts conceptuels» (conceptus fabricatus)." p. 569

Et nous retrouvons ici une attitude commune à bien des physiciens, persuadés, même après l'interprétation de Copenhague, qu'une théorie portant sur un objet d'étude traduit un certain état du monde "réel". Gödel, Bohr et même Lacan, sont passés par là, mais rien n'y fait...

- On aura compris l'importance de cette empreinte sur l'habitus occidental, essentiellement continental, d'ailleurs, mais si tu continuais ?

- Ensuite vient un morceau de bravoure qu'il faut décortiquer comme on épluche un oignon :

"C’est une seule et même essence simple (par exemple l’humanité) qui donne l’esse, en émanant (exserit)  [i.e.: ∅]

  • d’abord l’être ante rem, [i.e.: sur R : ♧]
  • puis l’être in re, [i.e.: sur R : ∅]
  • puis l’être post rem. [i.e.: sur R↑ : ♡]
    En posant sur cette base que l’universel post rem a un être double, Heimeric s’efforce de résoudre le problème laissé irrésolu par Jean de Maisonneuve.
    • Le premier être de l’universel post rem est l’«être» dit «matériel»
      ​=> [i.e.: sur R↑ : ♡]
      – une expression trompeuse désignant l’être de l’espèce intelligible, accident intentionnel de la première espèce de la qualité, qui informe à titre d’habitus l’intellect possible.
    • Le second être de l’universel post rem est l’être dit «formel»
      ​=> [i.e.: sur R↑ : ♧]
      – qui fait de lui une nature prédicable de plusieurs.
      Les deux pourtant émanent de l’essence simple." p. 570

- Tu es sûr de tes commentaires ?

- Non cela reste une interprétation possible, mais la souplesse de notre représentation topologique nous y conduit, comme elle a permis de représenter Syrianus, Averroès ou Thomas, et c'est de qui nous importe. De toute façon les repères "avant/ après" sur un ruban de Moébius ne peuvent être que locaux et non "absolus", puisque l'on y tourne en rond... (Note 1)

- Ça paraît bancal...

- Nécessairement, puisque, comme de Libera l'a souligné lui-même plus haut cf. (a) —sans référence à notre représentation R et R — il s'agit de concilier deux approches de sens contraire. Non seulement "avant" et "après" sont des repères locaux sur un seul parcours, mais ici, nous mêlons deux sens de parcours : à partir de là, tu peux dire à peu près n'importe quoi... Tu as là un générateur de thèses à l'infini...

"La philosophie tchèque a connu divers courants. Si le platonisme semble y avoir été aussi discret que dans le reste du monde médiéval, il faut faire une exception pour Jérôme de Prague, qui, après des études à Oxford et Paris (où il enseigne en 1405-1406) et des séjours à Cologne et à Heidelberg, a payé de sa vie l’attachement qu’il portait à la doctrine de Platon, «roi des philosophes». Arrêté une première fois et jugé à Vienne en 1410-1412, c’est au concile de Constance, où il s’était rendu, muni d’un sauf-conduit de l’empereur Sigismond, pour défendre Jean Hus, qu’il est de nouveau arrêté, puis jugé, condamné à mort et brûlé, le 30 mai 1416." p. 570

- Qu'est-ce qui a bien pu susciter un sort si funeste ?

— 🤖 : Jérôme de Prague défend un platonisme surtout médiatisé par Augustin, la Quaestio de Ideis, Wyclif et les sources scolastiques habituelles, mais il renverse l’ordre d’autorité traditionnel : Augustin compte parce qu’il appartient à l’«école» platonicienne, seule, selon lui, à enseigner la connaissance et la contemplation des universaux. Posant que nul n’est philosophe sans science des universaux, Jérôme affirme que l’école platonicienne est l’unique véritable école de philosophie, ce qui donne à son platonisme une dimension à la fois militante et statutaire, lourde de conséquences institutionnelles.
En revendiquant l’enseignement des Idées à la faculté des arts, il s’oppose aux théologiens de Prague qui se sont «arrogé la question» et qui refusent aux philosophes l’accès aux Idées; il valorise les «artistes» comme ceux qui connaissent des choses (universaux in re) plutôt que de simples mots ou prédicables, réactivant ainsi, via Platon, la vieille revendication réaliste de la scientia realis contre la scientia sermocinalis nominaliste. Mais, ce faisant, il attaque aussi l’aristotélisme dominant dans les arts en réservant le «monopole de la sagesse» à la lignée platonicienne (Platon, ses premiers disciples, puis les platonisants pragois), ce qui lui vaut les attaques convergentes des philosophes parisiens et heidelbergeois, hostiles à son usage des Idées divines contre l’école buridanienne, ainsi que de Jean Gerson, qui le dénonce comme un scotiste «formalizans» introduisant en Dieu une distinction formelle.

Il y a dans le retour à Platon la volonté d'échapper à l'emprise des mots, comme le père des philosophes voulait échapper aux Sophistes, ce que nous avons caractérisé par le ruban R, dans notre jargon de "voie des choses/ contravariante" par opposition à la "voie des mots/ covariante".

Et cette volonté de retrouver le sens du réel, se retrouve dans la revendication de Jérôme de philosopher en "artiste" et non en théologien. La rupture est essentielle car c'est toute l'approche Aristotélicienne in re  qu'il est question de basculer en .

- J'ai compris : ce mouvement, avec le durcissement de l'approche , permettrait à terme la démarche scientifique : /  ?

- Oui, mais nous sommes en 1410 et le revirement de Louis XI concernant les Nominales n'intervient qu'en 1481, c'est dire que le rapprochement n'est pas encore d'actualité. Et puis Dieu est toujours l'alpha et l'oméga de toute représentation de rem ou in re. Il convenait qu'un basculement platonicien   ne puisse — en faisant glisser la philosophe dans le champ des Arts— remettre cette suprématie divine en question. 

"On peut ici parler de système, non au sens occamiste, où la construction de la pensée passe en partie par l’élimination, la réduction ou la reformulation de données traditionnelles, mais en un sens différent ou, pour mieux dire, opposé, puisque la construction de la théorie passe au contraire par la totalisation englobante des distinctions et des langages conceptuels antérieurs." p. 572

Admire comme moi combien ce raccourcit laisse présager l'avenir :

  • D'une part un durcissement concernant la cohérence du langage et de sa syntaxe, en ;
  • D'autre part la multiplicité des approches .

- La cohérence de l'objet ne serait plus dans sa dépendance à Dieu, mais dans sa résilience au changement (autre rapport du un au multiple)? Tu anticipes très largement !

- Sans doute, mais il est bon de remonter la trace aussi loin que possible dans le passé. La condamnation de Jérôme en 1416 tend à prouver que l'Église avait bien flairé la piste :

"La forme suprême incréée est identique au monde archétypal, c’est-à-dire à l’essence divine contenant les Idées et dont l’unicité exclut a priori l’hypothèse d’une pluralité des mondes." p. 572

Deux siècles plus tard, en 1632, Galilée aura appris la prudence...

Laissons le mot de la fin à l'auteur :

"Les flammes du bûcher de Jérôme ne signent donc pas la défaite finale du réalisme, mais la victoire prochaine du platonisme sur l’aristotélisme. Ainsi, la querelle des univer- saux s’achève comme elle a commencé : par l'assomption des idées". p. 573

- Ouf ! Mon ami, je ne suis pas mécontent d'arriver à la fin de ce parcours qui m'a pris exactement 5 mois pleins (Premier article : #17).

- Encore était-ce une reprise d'une première exploration qui t'avait tenu du 16/ 10/ 2021 (#1) au 29/ 03/ 2022 (#16), soit 5 autres mois, à la même période de l'année... Bel automatisme de répétition.

- Et j'ai énormément appris d'Alain de Libera, à force de revenir sans cesse sur mes erreurs innombrables !

- Il faudrait nettoyer tout ça...

- Oui, j'en suis conscient, et j'ai écrit en ce sens  il y a quelques jours à peine une sorte de "#42 —retour à l'introduction"... Mais je n'irai pas plus loin, tant qu'un évènement extérieur ne m'y forcera pas.

- C'est-à-dire ?

- Manière de ne jamais dire jamais... Pour l'instant, l'essentiel me semble être savoir identifié le "manque" conceptuel autour duquel tout la scolastique  tourne en boucle.

L'étape suivante tient précisément à ce passage  => , et j'aimerais trouver pour me guider un guide aussi sûr que de Libera tout eu long du Moyen Âge...

- Amen

Hari

Note 1 :

Franck Lepage

- En écrivant ceci, me vient irrésistiblement cette "conférence gesticulée" de Franck Lepage, improvisant n'importe quel discours à partir de mots écrits sur des cartons, qu'il tire au fur et à mesure de son improvisation.

À la fin de l'ère scolastique, nous sommes me semble-t-il exactement dans la même situation... À force d'être ressassé le discours "convenu", l'habitus culturel, se vide de sens...

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