21 Février 2026
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Le 21/ 02/ 20206 :
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6. La révolution du XIVe siècle
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- Cette fois-ci j'ai donné pour consigne à Perplexity de résumer le chapitre, en tenant compte de mon article précédent sur Duns Scot, sans toutefois se hasarder à utiliser notre entropologie pour s'exprimer. Mon intention est d'en tirer si possible un "fil conducteur" afin de corriger mes priori au fil du texte, c'est encore la meilleure façon d'apprendre...
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La position d’Occam sur les universaux est l’aboutissement d’une mise en crise systématique du dispositif scotiste (nature commune, distinction formelle, haecceitas) et, plus largement, de tout réalisme «in re», au profit d’une ontologie intégralement singulière et d’une théorie du signe centrée sur le langage mental. 1. De Scot à Occam : déplacement du problème
Occam reprend ce cadre comme point de départ, mais en inverse la logique :
Ainsi, Occam se présente comme la «maladie du scotisme» : il ne revient pas à Thomas, mais pousse jusqu’à la crise la configuration épistémique inaugurée par Scot. 2. Ontologie parcimonieuse contre réalisme (Scot, Harclay, Burley)
Sa critique vise successivement :
Contre tous, Occam pose un principe simple : Il en conclut qu’«aucune chose n’est universelle» : l’universel ne peut être qu’effet de signification, de prédicabilité et de «tenir lieu», jamais un mode d’être de la chose. 3. Langage mental, intentions et noms
Les noms correspondants :
Toute la problématique des universaux se redistribue alors sur cette double échelle : langage mental (intentions premières / secondes) et langage conventionnel (noms de première / seconde imposition). 4. Supposition : articulation des niveaux
Exemples classiques :
Cette tripartition vaut aussi pour les termes mentaux, ce qui permet d’appliquer une même structure aux propositions mentales, orales et écrites et de loger les énoncés sur les universaux dans un cadre métalinguistique précis. 5. Définition nominaliste de l’universel
D’où la distinction :
Albert de Saxe cristallisera cette solution en une définition canonique : un universel est un terme incomplexe, apte, naturellement ou par une seule imposition, à être prédicable de plusieurs choses distinctes, à les signifier ou à «tenir lieu» d’elles. 6. Intuition, abstraction et formation des concepts : reprise de Scot, rupture avec Scot
Mais il infléchit l’usage de ces distinctions :
Ainsi :
En ce sens, Occam reconduit la distinction scotiste entre objet et chose, entre être réel et être objectif, mais la vide de toute prétention réaliste au niveau de la nature commune : ce qui reste, c’est une topologie des actes (intuition / abstraction), non une topologie des essences dans les choses. 7. Logique, langage et crise du scotisme
On quitte ainsi moins Scot que Thomas : Occam radicalise la révolution du XIIIe–XIVe siècle inaugurée par Scot, mais en en tirant une conclusion nominaliste, où l’universalité n’est plus qu’un certain fonctionnement des signes mentaux et des prédications, sur fond d’une ontologie saturée d’individus. |
- Et donc, ce fil conducteur ?
- Occam met le doigt très exactement là où ça fait mal : "Tout ce qui existe réellement est logiquement incapable d’exister simultanément dans plusieurs choses numériquement distinctes.", autrement dans une part de tarte, il n'y a pas de tarte...
- Tu es content, tu l'as ton symptôme !
- J'avoue que je ne m'attendais pas à le voir surgir aussi rapidement, dès le premier coup de pioche dans cette fouille !
Le 22/ 02/ 2026 :
- Je parlais hier de "symptôme" en pensant à la construction d'Occam comme d'une concrétion autour d'un grain de sable, mais entendons-nous : il y a bien une perle de toute beauté, promise à un bel avenir. Et avant de parler du grain de sable, il faut comprendre en quoi Occam impacte notre entendement, en particulier concernant le rôle du langage dans sa démarche.
- Oui, et je me demande comment tu vas séparer la représentation de la cognition et celle de la linguistique, puisqu'elles suivent apparemment le même schéma ?
- Et bien, je crois que nous avons notre fil rouge pour commencer cette lecture :
- Occam est ici en univers aristotélicien, et sa critique vient de l'intérieur du système.
"Pour Occam, donc, tous les étants sont singuliers. La conséquence la plus remarquable de cette ontologie dite «particulariste» ou «parcimonieuse» est l’élimination des entités qui, jusqu’alors, avaient posé le plus de problèmes aux philosophes :
- Voilà qui est radical : il s'appuie à fond sur cette idée d'objet singulier déjà chez Duns Scot, et qu'il m'a fallu du temps à intégrer. Occam garde bien le dispositif général aristotélicien du niveau [♻] :
| Occam | |||||
| ♡⚤ | ♡♻ | essence singulière | actuel | ||
| ↑ | actualisation | p o t e n t i e l |
|||
| ↑♢⚤ | ♢♻ | forme individuelle fantasma |
|||
| ↑ | abstraction | ||||
| ♧⚤ | ♧♻ | étants singuliers substances premières (substance + forme) |
|||
mais en éliminant tout de qui tourne autour de la participation, c.-à-d. des entités ontologiques autres que singulières en ♢♻.
"Il n’y a donc pas, pour Occam, de généralité dans les choses. Il n’y a généralité que par la signification. Ce point est capital, car il permet, à lui seul, de situer Occam dans le débat sur les universaux." p. 455
- Et donc les noms peuvent désigner plusieurs choses ?
- Dès que tu passes de [♻] à [⚤] —où règne la logique du 1er ordre— tu oublies toute "participation" forclose de ce fait, pour accéder au multiple platonicien, et étiqueter plusieurs choses avec le même signifiant, aux côtés de Socrate multipliant les abeilles sous les yeux ébahis de Ménon...
"Un signe est une chose singulière à laquelle il arrive de représenter simultanément une pluralité d’autres choses, soit
Le nom commun «cheval» est un signe par convention. Pour tout locuteur qui l’entend, ce nom représente tous les chevaux singuliers. La généralité est ainsi seulement l’affaire des noms communs." p. 455
Et en particulier les espèces et les genres sont des noms communs.
"Cependant, les noms communs premiers ne sont pas les noms écrits (les litterae d’Aristote) ou prononcés vocalement (les voces), mais les concepts mentaux (les passiones animae, selon la terminologie du De interpretatione)." p. 455
- Les concepts sont en ♡♻ ou en ♧⚤?
- Il faut attendre pour se prononcer.
"Les noms communs mentaux appartiennent à ce qu’Occam appelle le «discours conceptuel» (Summa logicae, I, 1), c’est-à-dire le langage mental, antérieur à toutes les langues que les hommes ont instituées et dont ils se servent pour communiquer. Le langage mental est donc composé de mots qui sont des concepts qui sont des signes naturels, par opposition aux mots écrits et oraux dont la signification est le produit de conventions."
Utilisons le rasoir d'Occam et choisissons la plus simple des représentations topologiques, en doublant tout simplement le parcours. (Note 1)
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- Le second circuit se fait uniquement en [⚤] ?
- Oui, car nous restons dans sous les mêmes lois logiques pour les deux types de discours.
| Premier circuit — conceptuel | ||||
| discours conceptuel | ♡⚤ | ♡♻ | essence | |
| ↑♢⚤ | ⇙ | ♢♻↑ | ||
| concepts | ♧⚤ | ♧♻ | sensible | |
| Second circuit — conventionnel | ||||
| discours conventionnel |
♡⚤ | ♡⚤ | discours conceptuel |
|
| ↑♢⚤ | ⇙ | ♢⚤↑ | ||
| noms communs | ♧⚤ | ♧⚤ | concepts | |
Le 23/ 02/ 2026 :
- Ce n'est pas simple de figer sur notre topologie les concepts d'Aristote, car ils ont tendance à se balader selon les textes. En particulier la substance οὐσία (ousia) (voir "Aristote"), mais pour comprendre ce qui suit et les rapports entre mots, concepts et choses, nous pouvons nous arrêter à cette mise en perspective simplifiée :
| Aristote | ||||
| prédicat | ♡⚤ | ♡♻ | concepts | |
| logique | ↑♢⚤ | ⇙ | ♢♻↑ | abstraction |
| mots | ♧⚤ | ♧♻ | choses | |
Le point essentiel étant que les sous-catégories secondaires relatives à la substance telles qu'espèce et genre sont en ♢♻, quand les autres catégories adjointes (qualifiant l'objet) peuvent être, selon les auteurs Reales en ♢♻ , et pour les Nominales en ♢⚤, en réponse aux questions de Porphyre sur les universaux.
- C'est ainsi que tu représentes le "triangle sémiotique d'Aristote" dont par Alain de Libera ?
- Oui, très grossièrement : les universaux, tirés directement des fantasma, ou indirectement des êtres sensibles, et singuliers sont "en re" et les mots sont "de rem".
"Le triangle sémiotique qui, depuis Aristote, déterminait le rapport des mots, des concepts et des choses est remplacé par une structure de subordination entre les signes. Tel que le présentait le De interpretatione, le rapport des mots, des concepts et des choses s’établissait grâce à deux relations fondamentales :
La relation a était posée comme conventionnelle, le son émis par la voix étant présentée comme le σύμϐολον des états de l’âme. La relation b était, en revanche, posée comme naturelle, le concept étant «signe» (σημεῖον) «immédiatement» ou «premièrement» (πρώτως) des choses." p. 456 (lexique mots grecs ici)
| Aristote | ||||||
| prédicat | ♡⚤ | ♡♻ | concepts noèmes |
«affections de l’âme»), les νοήματα |
||
| logique | ↑♢⚤ | ⇙ | ♢♻↑ | abstraction | ||
| «sons vocaux» (φωναί) |
mots | ♧⚤ | ♧♻ | choses | ||
Sur ce schéma :
"Dans ce dispositif, il n’y avait donc pas de relation directe, «immédiate» , des mots aux choses, mais une relation, symbolique et conventionnelle, [i.e.: ♡♻/♧⚤] des mots aux concepts et une autre, sémiotique et naturelle, [i.e.: ♧♻↑♡♻] des concepts aux choses, relation précisée par Aristote comme une relation de «ressemblance» ou «similitude»." p. 456 (Note 2)
- J'ai été un peu surpris de devoir envisager la "sémiotique" en [♻] sur le schéma d'Aristote, mais après réflexion, il me semble que ce ne soit ici que le premier volet de nos deux "circuits" pressentis pour les développements d'Occam :
"Les «mots écrits» étant eux-mêmes définis comme les symboles des mots émis par la voix, on avait ainsi une série de relations hétérogènes : deux relations conventionnelles :
Ce décrochage rendait compte de deux phénomènes :
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- De Libera lui-même recourt à un schéma pour représenter des relations entre concepts !
- Oui, ce que nous pouvons reprendre facilement sur notre topologie :
| Aristote | ||||
| prédicat | ♡⚤ | ♡♻ | Concepts | |
| Mots écrits | ♢⚤ | ⇙(a1) | ♢♻ | (b) |
| (a2) | ↑ | ↑ | ||
| Mots parlés | ♧⚤ | ♧♻ | Choses | |
- Ça bouleverse un peu ta conception d'un mode "syntaxique", non ?
- Aristote n'était pas tourné vers les "relations" : les concepts comme les choses sont toujours des "essences" bien circonscrites afin d'en parler... (Vérification Perplexity: lien)
Ensuite, en refaisant l'historique de cette liaison mots/ concepts/ choses, de Libera revient aux Modistes, et ce qu'il en écrit me laisse à penser qu'il y avait déjà chez eux l'amorce d'un second circuit :
"Chez les modistes, le triangle d’Aristote était interprété d’un point de vue fondationnel :
on pouvait dire que les manières de signifier étaient fondées sur les manières de penser et celles-ci à leur tour sur les manières d’être des choses. En outre, la plupart des auteurs s’accordaient à dire que la théorie sémantique, c’est-à-dire l’analyse de la signification, portait sur les relations de type a , spécialement sur a2, et laissaient à l’extérieur, comme relevant de la psychologie, l’étude du rapport b." p. 458
- Toutefois, j'ai peur que la suite te donne tort !
"Occam a fait éclater les cadres de la division entre sémantique et psychologie tout en rétablissant une relation immédiate entre les mots et les choses. La théorie de la subordination vise à rendre compte de la primauté du concept sur les autres signes. Occam rejette la thèse aristotélicienne classique (amplifiée par la traduction de Boèce) selon laquelle les mots écrits signifient les mots oraux, qui eux-mêmes signifient les concepts, qui, et eux seuls, signifient les choses.
[...]
Bien que leurs significations soient subordonnées les unes aux autres, les trois sortes de mots, mots écrits, mots oraux, mots mentaux, ont la même signification, ils signifient les choses singulières. On a ainsi le dispositif suivant :" p. 458
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Tu retombes encore sur un seul schéma (et non deux comme tu le présupposais), avec un rapport de subordination entre mots et concepts, qui n'a rien d'évident à caser sur ta topologie...
- J'avoue avoir eu un coup de mou en voyant ce schéma. J'ai donc laissé décanter quelques heures, et en discutant un peu avec Perplexity, ça m'a aidé à démêler les fils...
- Pour aboutir à quoi ?
- Si Occam, comme tout le laisse supposer reste dans la tradition aristotélicienne, c.-à-d. sur le ruban de Moébius R↑ alors ce n'est pas 2 tours mais 3 qu'il faut envisager pour représenter sa démarche :
| R3↑ | ||||||
| R2↑ | ||||||
| R1↑ | ||||||
| écrit | voix | concept | objet | |||
| ♡⚤ | ♡⚤ | ♡⚤ | ♡♻ | |||
| ♢⚤ | ⇙ | ♢⚤ | ⇙ | ♢⚤ | ⇙ | ♢♻ |
| ♧⚤ | ♧⚤ | ♧⚤ | ♧♻ | |||
J'ai bien entendu demandé à Perplexity de vérifier si ce circuit n'était pas incohérent par rapport au texte (cf. Note 3), la réponse est plutôt positive. Je te propose donc de le prendre comme schéma de lecture.
Le 24/ 02/ 2026 :
- Je ne suis pas tout à fait satisfait de mes 3 tours de manège : cela rend bien compte de la subordination Concept=>Mots oraux=>Mots écrits, mais le rapport direct à l'objet est moins évident...
- N'oublie pas ce qu'est un ruban de Moébius : chaque "tour", se terminant en ♡⚤, ramène au point de départ ♧♻. En ce sens, il y a bien une hiérarchie entre les 3 voies et un retour au signifié dans les trois parcours.
- OK, continuons. Point important :
"Ce dispositif n’exclut pas qu’il y ait des mots spécialement institués pour désigner non les choses, mais les concepts eux-mêmes. C’est d’ailleurs sur ce point que repose la théorie des universaux." p. 459
Gageons que notre dispositif va nous être utile à ce sujet !
- Encore une fois toutes mes excuses pour mes longues citations du texte d'Alain de Libera, mais nous faisons ici du point de croix, pas des points de capiton...
"L’ontologie aristotélicienne, telle que la tradition l’avait héritée de la typologie établie en Catégories, 2, distinguait deux sortes de substances,
et deux sortes d’accidents,
L’ontologie réduite d’Occam ramène cette classification à une bipartition :
sont particuliers. Cette réduction a deux sortes de conséquence.
C'est une parfaite occasion de réviser le peu que j'ai cru comprendre des théories de Platon et Aristote, essentiellement il faut bien le dire, à l'occasion de cette lecture.
Tout d'abord commençons par positionner le vocabulaire sur la topologie d'Aristote :
| Aristote | ||||||
| ♡⚤ | ♡♻ | |||||
| accident | séparable | ↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢♻ | inséparable | |
| substance | 1ère | 2è | ||||
| ↑ | ↑ | ↑ | ||||
| ♧⚤ | ♧♻ | substance + matière |
||||
Pour la paronymie il faut, comme l'auteur nous y invite, comparer les deux schémas de Platon et Aristote :
| Platon | Aristote | ||||||
| Séparer | [⚤]♡ | ← | [♻]♡ | ♡⚤ | ♡♻ | ||
| ⇘ | ♢⚤↑ | ⇙ | ↑ | ||||
| [⚤]♧ | ← | [♻]♧ | ♧⚤ | ♧♻ | |||
| Multiple | un | Abstraire | |||||
- Les deux notions ne sont pas très proches ?
- Il y a malgré tout chez Platon un usage des mots en [⚤]♧, avec l'idée d'une congruence entre ceux-ci et la forme éponyme en [⚤]♡, qui se retrouve peu ou prou dans ♧⚤↑♡⚤ chez Aristote, en shuntant bien entendu le mode ♢ qui est forclos par Platon (séparation stricte entre les idées et le monde sensible).
- Merci pour le rappel, mais avançons.
- Il faut encore approfondir les définitions aristotéliciennes :
"Dans le chapitre 1 des Catégories, Aristote distinguait trois sortes de choses :
Avant d'aller plus loin, j'ai besoin de comprendre pourquoi Aristote s'intéresse à ce trio:
— 🤖 : Aristote commence les Catégories par ces trois définitions parce qu’il doit d’abord régler, au niveau le plus élémentaire, la question : «qu’est‑ce que cela veut dire, pour un même mot, d’être ‘dit de plusieurs choses’ ?». Sans cette clarification linguistique, sa théorie de la prédication (les «dits‑de» et les « dans un sujet ») et, plus largement, sa théorie des catégories et de l’«être» resteraient équivoques.[1][2][3]
Pourquoi ces trois définitions au début
Aristote distingue homonymes, synonymes et paronymes pour classer les cas où un terme commun s’applique à plusieurs réalités.[3][4]
Il s’agit donc de fixer d’emblée dans quel sens un mot est «commun» : de façon univoque (synonyme), équivoque (homonyme) ou dérivée (paronyme).[1][4]
Le lien avec la théorie des catégories et de la prédication
Le chapitre 2 des Catégories introduit aussitôt les deux grands types de prédication : «être dit de» (katêgoreisthai, ce qui correspond aux genres, espèces, etc.) et «être dans un sujet» (les qualités, états, etc.). Or pour que cette théorie soit opératoire, il faut savoir si, lorsque je dis «animal» d’un homme et d’un bœuf, je le dis selon une définition commune (synonymie) ou non (homonymie).[2][6][3]
En effet, Aristote précise plus loin que tout ce qui est dit à partir de substances et de différences l’est «synonymement» : même nom et même logos pour tous les sujets concernés. La synonymie est ainsi la condition formelle de la prédication scientifique (un genre univoque), tandis que l’homonymie signale un piège : un même mot ne garantit pas une même essence.[6][7][4]
Le lien avec sa théorie de l’être
Dans la Métaphysique, Aristote fera valoir que «l’être se dit en plusieurs sens (pollachôs legomenon), en particulier comme homonyme «pros hen» (centré sur un foyer, par exemple ‘sain’, ou ‘être’ rapporté à la substance). Cette doctrine de l’«être» homonyme à foyer central suppose déjà l’outillage des Catégories : distinguer une ambiguïté pure (homonymie) d’une communauté de définition (synonymie) et d’une dérivation à partir d’un terme de base (paronymie).[8][9][10][4]
Ainsi, les définitions d’homonyme, synonyme et paronyme ne sont pas un préambule lexical neutre : elles organisent les types de communauté et de dérivation de sens, conditionnant la possibilité même d’une science des catégories, puis d’une ontologie où «être» se dit à la fois de manière ordonnée et non purement univoque.[11][2][1]" (Sources suivre le lien)
- J'ai une difficulté avec ce passage :
"les deux grands types de prédication :
- Mon ami, tu n'es pas le seul, et c'est pourquoi pendant plus de mille ans les philosophes ont tourné autour des 3 questions de Porphyre concernant la nature des universaux, et Alain de Libera nous explique ici ce qu'Occam nous en dit.
(a)Pour avancer dans notre lecture, je te propose de nous limiter à ce qui pourrait faire consensus a minima entre nous :
Avec ce minimum syndical, arrivons-en à la notion de "terme absolu".
"Les termes absolus sont ceux qui s’appliquent de façon uniforme à tous leurs signifiés. Ce sont les catégorèmes mentaux désignant les substances premières, c’est-à-dire les choses singulières, qui sont des substances. Le terme absolu remplace donc, dans l’économie de Catégories, 1, les choses synonymes et, dans celle de Catégories, 2, les substances secondes. Mais l’indécision ontologique entre les mots et les choses caractéristique du cercle des Catégories est levée. Il n’y a que des choses singulières, l’absoluité caractérise des termes." p. 462
Autrement dit, les "termes absolus" sont l'aboutissement en ♧⚤ :
Quelque soit la genèse des substances, celles-ci sont uniques en ♡♻; le terme "absolu" caractérisant le terme en ♧⚤, accroché à l'essence.
"Le terme absolu n’établit aucune différence entre ses signifiés, il les signifie tous à égalité et à titre premier. Les signifiés d’un terme absolu T sont à leur tour définis prédicativement, c’est l’ensemble des individus dont il est (a été, sera ou peut être) vrai de dire « ceci est T »." p. 462
C'est ce que nous avons identifié plus haut :
"Aux termes absolus Occam oppose les termes connotatifs. Le terme connotatif a deux significations :
En faisant du terme «blanc», contre l’intention expresse d’Aristote, un terme connotatif, qui ne signifie pas la qualité de manière absolue, mais deux séries de signifiés :
- Là, il me faut le temps de respirer un coup, car j'ai en tête le discours de Lévi-Strauss parlant des récits mythiques qui "connotent" un symbole, absent, du discours. Il me semble indispensable de faire le lien avant de continuer.
Le 25/ 02/ 2026 :
- Rappelle-moi l'importance que tu accordes à la pensée mythique, et surtout le rapport avec ce qui nous occupe aujourd'hui ?
- Ma thèse est que nous recyclons toujours les mêmes mécanismes mentaux, et que parmi ceux-ci, le plus vieux peut-être, est la création de nouveaux concepts en suivant la forme canonique des mythes de Lévi-Strauss. C'est peut-être maintenant l'occasion de revoir ce que nous en avions dit il y a plus d'un an (cf. "Moi-peau & forme canonique") car à l'époque je n'avais pas encore exploré notre topologie du cross-cap.
- OK, mais concernant Occam ?
- Il y a ici un non-dit : la difficulté à représenter le rapport tout/partie, lorsque l'objet est considéré comme une singularité insécable, et ce depuis Parménide. Nous voyons les efforts faits, et très clairement depuis Duns Scot, pour ramener le problème à un simple rapport du Un au multiple, déjà identifié par Platon.
Comment une chose singulière et insécable pourrait-elle être divisible en parties ? C'est une contradiction dans les termes comparable à celle de voir une femme potière chez les Jivaros. Et là, je vois surgir sous la plume d'Alain de Libéra le terme "connotation", qui fait penser immédiatement à la forme mythique... Le rapprochement fût immédiat! Par sécurité je vérifie les occurrences du terme dans le livre, afin de vérifier qu'il surgit bien ici spécifiquement à propos d'Occam (voir lien). Il n'apparaît effectivement que dans ce passage et je retiens ceci :
"— 🤖: Il commente notamment la façon dont Occam «résorbe ainsi le phénomène de la paronymie dans celui, plus général, de la connotation», en définissant les «termes connotatifs» (blanc, père, etc.) qui signifient directement des substances singulières et secondairement les qualités ou relations qu’ils «connotent»."
C'est bien la "relation" entre objets faisant partie d'un même "tout" qui est "connotée".
Mais avant de nous référer à cette forme canonique, il convient de la représenter sur notre cross-cap.
- Tu fais un article dans l'article ?
- Je relègue cette mise au point en Note 6, retenons pour ce qui nous concerne ici que la pensée mythique connote par un récit, un symbole indicible. Ce que nous avons identifié à une posture 𓁝♢⚤. Ce qui m'amène à acclimater notre duo 𓁝𓁜 au vocabulaire de l'époque :
Cette mise au point faite, revenons à la "connotation" développée par Occam.
"Aux termes absolus Occam oppose les termes connotatifs. Le terme connotatif a deux significations :
L’exemple canonique du terme connotatif est «blanc» – un terme doté d’une lourde histoire au moment où Occam s’en empare, puisque Aristote l’utilise
En faisant du terme «blanc», contre l’intention expresse d’Aristote [i.e.: ne pas en rester à ♧⚤𓁜], un terme connotatif, qui ne signifie pas la qualité de manière absolue, mais deux séries de signifiés :
- Hum, nous sommes bien loin de tes considérations matinales...
- Il faut aller y voir de plus près. Reviens d'abord sur la remarque "Occam résorbe ainsi le phénomène de la paronymie dans celui, plus général, de la connotation", que nous avons représenté par le passage ♧⚤↑♢⚤ (cf. ci-dessus en (a)).
J'ai surligné en jaune, dans le texte d'Alain de Libera, les postures associées aux concepts de niveau [⚤]. Concernant les signifiés eux-mêmes, de niveaux [♻], ils sont implicites sur le schéma d'Aristote :
| Termes | Occam | Signifiés | |||
| ♡⚤ | ♡♻ | premier | second | ||
| connotatifs | ↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢♻ | substance | |
| 𓁝♢⚤𓁜 | 1er | 2è | |||
| ↑ | ↑ | ↑ | |||
| absolus ♧ ⚤𓁜 |
♧⚤ | ♧♻ | substance + matière |
||
L'évolution d'Occam consiste à pousser tous les universaux en ♢⚤ sans se préoccuper de leur origine.
"Le terme connotatif est le paronyme ou terme accidentel concret de la tradition intentionniste. La différence avec les intentionnistes est qu’Occam ne se contente pas de poser le paronyme dans l’ordre du langage oral et écrit. Le langage mental lui-même est d’abord composé de termes absolus et de termes connotatifs." p. 463
Structure qui se décline donc sur les 3 tronçons du circuit R1↑;R2↑ ;R3↑.
"La connotation épouse parfaitement la bipartition ontologique du réel en substances et accidents. Dire que le paronyme est un terme qui connote un accident, c’est dire qu’il signifie à titre premier l’ensemble des individus auxquels il s’applique et qu’il signifie à titre secondaire les accidents qui inhèrent à ces individus." p. 463
- La posture 𓁝 permet cette souplesse du signifié (puisque précisément, il n'est pas dénoté).
Tu apprécieras au passage de quelle façon la question du rapport entre tout/ parties s'efface au profit d'une relation exclusive un/ multiple —axiomatisée par Peano.
- En plaçant l'accident inséparable en ♢♻, ce qui conduit à considérer l'essence du "corbeau noir" en ♡♻; qui donne un "terme absolu" de "corbeau noir" en ♧⚤ via ♡♻/♧⚤, il y a ensuite une difficulté à le dissocier en "corbeau+noir" en ♢⚤, après élévation ♧⚤↑♢⚤.
"Comment, en effet, considérer qu’un terme comme «cheval» et un terme comme «corbeau» sont de même type, si le signe conceptuel «corbeau» connote automatiquement un accident particulier : la noirceur individuelle.
Selon Pierre Alféri, il y a là une impasse, l’«impasse de l’accident», dont Occam se tire au prix d’une «astuce» qui préserve la distinction ontologique de l’accident inséparable et du propre ou propriété, mais «cache une profonde faiblesse» – celle de l’ontologie du singulier considérée comme telle, faiblesse d’où découle la nécessité même d’un dépassement de l’ontologie." p. 464
- Quand je parle de "symptôme" en philosophie, je ne suis quand même pas loin d'une forclusion freudienne ! Pour Occam :
"«L’accident inséparable est celui qui ne peut être supprimé naturellement sans que le sujet soit détruit, encore qu’il puisse l’être par la puissance divine.»" p. 465
- Quand on en arrive à évoquer la puissance divine, en général, c'est mauvais signe ! Mais Occam est subtil :
"«[l’accident inséparable diffère du propre, car,] bien qu’il ne puisse pas être naturellement supprimé du sujet dont il est l’accident inséparable, il peut cependant être supprimé d’un autre sujet sans que celui-ci soit détruit.»" p. 465
- Je ne sais pas si en l'occurrence Occam s'est servi de son rasoir, mais tentons ceci :
Le raisonnement est ici purement logique, de niveau [⚤]. L'appel à Dieu 𓁝∅↓♡♻𓁜 est rétrospectif, pour justifier la jointure ♡♻/♧⚤débarrassée du noir...
- Ça reste léger : quid d'un corbeau à une patte ? Avons-nous toujours un corbeau, ou faut-il une essence spéciale "corbeau à une patte" ?
- Oui, la thèse d'Occam au tout du cataplasme.
Le 26/ 02/ 2026 :
"La base de la redistribution occamiste de la sémantique et de la psychologie qui fonde toute sa théorie des universaux est que :
Ces deux réquisits sont complémentaires, et chacun a son importance propre."
- Nous avons vu plus haut que notre représentation topologique respecte cet impératif, car quel que soit le chemin, nous avons toujours un bouclage final ♡⚤/♧♻ du discours sur la chose.
| écrit | voix | concept | objet | |||
| ♡⚤ | ♡⚤ | ♡⚤ | ♡♻ | |||
| ↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢♻ |
| ♧⚤ | ♧⚤ | ♧⚤ | ♧♻ |
"En termes logiques, Occam pose que, fondamentalement, le langage mental, c’est-à-dire la pensée, est composé de propositions elles-mêmes constituées de termes (termini), c’est-à-dire de concepts (conceptus). En tant que signes, ces concepts ont des propriétés sémantiques – signification et référence –, comme l’ont, en leur ordre propre, les mots (dictiones) qui interviennent dans les différentes langues."
- Oui, l'homme est un animal qui parle, mais peut-on réduire sa "pensée" à la seule manipulation des mots ?
- Il n'est pas temps de philosopher. Remarque plutôt la disparition des "fantasma" d'Aristote en ♢♻, au profit d'une syntaxe en ♢⚤. Plus précisément :
Maintenant, Occam va préciser la nature des autres termes qui ne sont pas directement issus de concepts premiers (en ♧⚤). Certains sont purement de convention.
"Occam distingue d’abord
(b)- Je suis allé un peu vite en écrivant ♡⚤↓♢⚤, mais ça m'a semblé implicite : si un signe, mot, concept ne signifie pas un objet, c'est qu'il traduit une intention du Sujet. Ça reste à confirmer, bien entendu. (hypothèse erronée, cf. infra!)
Occam part de la grammaire du trivium universitaire, qui distingue huit parties de la phrase. (Note 7) Après simplification, Occam ne retient que les cinq principales, bref je te passe les détails pour en arriver à ceci :
"le point de vue d’Occam est l’atomisme sémantique. Cet atomisme est lié à la conception même de la signification du catégorème mental. Il est lié à un «nominisme». La signification sur quoi tout repose, en dernière analyse, est comprise comme la relation du nom propre ou commun aux choses singulières dont il est le signe. La signification du signe conceptuel mental est donc purement extensionnelle, en complète affinité avec un monde physique composé exclusivement de substances et de qualités." p. 469
- J'ai tiqué sur le terme "extensionnel" (Note 8), pour me souvenir d'une vieille distinction en mathématique entre une démonstration "en extension" et "en compréhension" (ici). Or Occam, non seulement évacue la possibilité de structure interne d'un concept en [⚤], mais calque ce discours "extensionnel", sur la nature même des objets, en [♻]...
- Mais ça, nous le savons depuis le début, depuis Parménide !
- C'est très vrai, mais j'ai toujours autant de mal à m'y faire. Ceci dit, Occam est très cohérent : des objets singuliers, ont une essence singulière, chacune repérée par signe conceptuel singulier. Les seules articulations en ♢⚤ portent donc sur des éléments singuliers dénotés en ♧⚤ ; c'est radical.
"...la signification n’est médiatisée par «aucun universel extramental, aucune Idée platonicienne ni aucune entité abstraite à la Frege». Le nominalisme d’Occam commence dès le niveau de la théorie de la signification des termes." p. 470
- L'universel extramental renvoie au genre extrémal d'Aristote, limite "stable" en ♡♻ d'une série basée sur la dualité espèce/ genre en ♢♻.
- Tout ceci revient toujours au même, avance un peu.
"Mais, dans la mesure où la signification était directement attribuée à titre premier aux concepts mentaux eux-mêmes, c’est tout l’édifice du réalisme fondé sur la relation indirecte des mots parlés ou écrits aux choses, par l’intermédiaire d’une entité abstraite (concept quidditatif), qui était remis en cause. Par là même, la doctrine des universaux d’Occam prenait une place particulière dans l’alternative ouverte jusqu’alors face au réalisme :
En passant d'un seul circuit R↑ à une cascade R1↑R2↑R3↑, les mots vocaux ne sont plus couplés directement aux concept de quiddité et de chose, mais sont déportés en R2↑ :
| voix | concept | |
| ♡⚤ | ♡⚤ | |
| ↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢⚤ |
| ♧⚤ | ♧⚤ |
Pour plus de clarté par la suite : (voir ici)
De façon générique le rapport des mots aux intentions est sur un schéma de ce type :
| mots | intentions | |
| ♡⚤ | ♡⚤ | |
| ↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢⚤ |
| ♧⚤ | ♧⚤ |
Quant au rapport des concepts aux choses, il garde le schéma général d'Aristote :
| intentions | choses | |
| ♡⚤ | ♡♻ | |
| ↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢♻ |
| ♧⚤ | ♧♻ |
- Un point de départ important : Occam définit l'esprit comme une substance première, et de ce fait mon hypothèse (b) concernant la constitution des syncatégorèmes, à partir d'un choix du Sujet ♡⚤↓♢⚤ tombe d'elle-même. Ces derniers, ainsi que les catégorèmes tirent leur sens d'une substance première singulière, par ♡♻/♧⚤↑♢⚤.
- Il s'oppose aux Thomistes ?
- Effectivement : nous avions vu chez eux le jugement sur l'existence ou non d'un concept comme un choix primaire ♡⚤↓♢⚤, qui est évacué par Occam.
"Occam est donc amené à refondre entièrement la doctrine des «impositions» et des «intentions» que les modistes avaient portée à un point de systématisation maximale dans le cadre de la psychologie intentionnelle liée à leur ontologie réaliste." p. 472
Je vais tenter de résumer la présentation de l'auteur :
| R2↑ | ||||
| R1↑ | ||||
| mots | intentions | choses | ||
| ♡⚤ | ♡⚤ | ♡♻ | ||
| (A)♢⚤↑ | ⇙ | (B)♢⚤↑ | ⇙ | ↑♢♻ |
| (D) ♧⚤ | (C) ♧⚤ | ♧♻ | ||
Ce qui nous permettra peut-être d'entrer dans les détails !
1/ Nom de seconde imposition ((A)♢⚤)
"L’expression «nom de seconde imposition» s’entend de deux manières :
Il y a là une distinction entre :
En nous rapportant au repère (A) sur le schéma R2↑ précédent, les noms de seconde imposition:
2/ Nom de première imposition (D) ♧⚤
"2 Les noms de première imposition sont tous les noms qui ne sont ni noms au sens 1a ni noms au sens 1b . Toutefois, l’expression «nom de première imposition» s’entend de deux manières :
- Il y en a encore pour longtemps ?
- Désolé si c'est rasoir, mais nous assistons ici à l'accouchement d'une réflexion sur le langage promise à un bel avenir, et puis ce n'est pas ta patience que je teste, mais notre topologie. Donc, patience... Et donc, les mots de première imposition (D) ne sont pas de seconde imposition (A), vu sur le schéma, ça tombe sous le sens.
Pour comprendre la suite, il faut garder à l'esprit que le duo syncatégorématique/ catégorématique concerne en premier lieu les images mentales (cf. ici) , donc constitué dans le premier circuit R1↑.
3/ Nom de première imposition au sens strict de 2b : (C)♧⚤↑♢⚤↑♡⚤/♧⚤(D)
- Franchement il faudrait une boussole pour s'y retrouver !
- J'espère que notre topologie contribuera à te rendre la chose intelligible. Il faut lire avec le doigt sur les schémas pour comprendre la structure d'ensemble...
"Cette complexe classification, qui permet de dégager un aspect métalinguistique, en repérant une possibilité d’application réciproque au double niveau du langage mental et du langage conventionnel (puisque le nom de seconde imposition peut s’appliquer à un concept mental, et que le nom de seconde intention peut s’appliquer à un signe conventionnel), est, si l’on fait abstraction de la thèse ontologique «particulariste» qui porte tout le système, un des trois piliers de la doctrine des universaux. Le deuxième est la doctrine des intentions elle-même ; le troisième, la doctrine de la supposition. C’est l’articulation des trois qui fournit à Occam le principe de sa solution." p. 475
"Ce qui est dans l’âme signe d’une chose [i.e.: ♡♻/♧⚤(C)] est ce dont la proposition mentale est composée.[i.e.: ♧⚤(C)↑♢⚤(B)] " p. 475
"... à quoi il ajoute, comme en passant, que ce signe, «Boèce, dans son commentaire sur le Peri hermeneias, l’appelle “intellection” (intellectum) [i.e.: ♧⚤(C)↑♢⚤(B)↑♡⚤] ». Cette dernière note mène au cœur de la redéfinition occamiste de l’intentio." p. 476
- L'idée est bel et bien de s'éloigner de l'objet (niveau [♻]), pour parler des mécanismes internes de l'intellection (niveau [⚤]).
"Chaque fois que quelqu’un profère une proposition vocale, il forme d’abord en son for intérieur (interius) une proposition mentale, qui n’appartient à aucune langue, puisque beaucoup d’hommes forment fréquemment en leur for intérieur des propositions qu’ils ne savent pas exprimer à cause des insuffisances de leur idiome. Les éléments de ces propositions mentales s’appellent concepts, intentions, similitudes et intellections. Cf. Guillaume d’Occam, Summa logicae, I, 12." p. 476
- Soit, mais concrètement, qu'est-ce que l'intellection ? L'avoir situé au niveau [⚤] ne suffit pas.
"La seule question est ainsi de savoir ce qu’est ce signe dans l’âme, que la tradition a appelé de plusieurs façons. Occam mentionne trois opinions, qu’il a lui- même professées successivement :
- J'avoue avoir un peu de mal à assimiler un signe à un acte ?
- Toujours est-il qu'après avoir envisagé ces différentes voies, Occam s'est arrêté à la dernière.
"L’argument d’Occam est simple : puisqu’il serait «inutile de faire avec un plus grand nombre» de principes «ce qui peut se faire avec moins», il est inutile de poser une qualité existant subjectivement dans l’âme en plus et hors (praeter) de l’acte d’intellection lui-même. Or, étant donné la définition la plus générale du signe – signifier autre chose et supposer pour autre chose–, comme les deux propriétés de signification et de référence peuvent convenir à l’acte d’intellection aussi bien qu’à un autre signe, il n’y a pas de raison de maintenir que le signe mental est une qualité subjective distincte de l’acte même d’intelliger."
- Comme je fatigue, j'ai demandé un coup de main pour comprendre le rapport entre l'inellectuation et "signifier autre chose et supposer pour autre chose" :
— 🤖 : Occam identifie l’acte d’intelliger lui‑même à un signe au sens logique strict.
Dans sa définition générale, un signe catégorématique [i.e.: en ♧⚤] est «ce qui fait venir quelque chose à la connaissance et est de nature à supposer pour cette chose»; de Libera résume cela par: «signifier autre chose et supposer pour autre chose».
Occam constate que:
Quand tu as un acte d’intellection de cheval, cet acte:
Donc, l’acte d’intellection remplit exactement les deux conditions qui définissent un signe: signification + supposition. Il n’est pas seulement accompagné d’un «concept‑qualité» supplémentaire qui serait le signe; cet acte est déjà, en tant que tel, ce signe mental.
Le rapport est donc:
D’où le rasoir: inutile de postuler, en plus de l’acte d’intelliger, une qualité mentale distincte qui remplirait ces deux fonctions; l’acte suffit pour assurer signification et supposition."
- Merci Perplexity : sa paraphrase du texte de Libera me l'a rendu plus clair, signe que je fatigue !
- Nous avons donc les deux premiers piliers (mots et intentions) il manque la théorie des suppositions pour articuler le tout...
- Oui, mais sera pour un prochain article : là je fatigue.
- Amen.
Hari
Note 1 :
- J'ai hésité un moment avant de choisir ma représentation. Il y avait pour moi une difficulté, et j'ai peur de faire un contresens.
- De quel genre ?
- Jusqu'à présent le niveau [♻] est celui de la chose (en re) et l'essence est indépendante de qui en parle : c'est "la chose en soi". Pour nous, ici et maintenant ce niveau au changé de statut : il est devenu relatif au Sujet : il n'y a plus d'objet "en soi", mais "pour moi", c'est lié au choix d'un mètre pour "mesurer" l'objet. Et là où chez Aristote, nous avons deux voies parallèles de niveau [⚤] et [♻], l'objet pour nous est ce qui persiste à tout changement de "mètre".
- Autrement dit, ce qui est parallèle chez Aristote ([⚤] // [♻]) est orthogonal chez nous :
Mais tu avais bien représenté Platon sur le ruban R←, non ?
- Effectivement : chez lui le mot colle à la chose, et c'est à peu-près la même idée que l'on retrouve ici dans ce discours conceptuel. En parlant d'abeilles, Socrate et Ménon sont bien d'accord sur ce qui fait qu'une abeille est une abeille, sans avoir à l'exprimer verbalement. Par ailleurs cette idée de "signe naturel" me rappelle tout ce que nous avons vu du système de signatures, avec Michel Foucault. Il y a encore, à l'époque d'Occam, une "épaisseur" des mots, qui nous échappe totalement aujourd'hui.
- OK, et donc, faut-il passer à une représentation complète sur le cross-cap ?
- Non : nous sommes très loin de rapporter le discours sur la chose à l'expérience que l'on en a. Par ailleurs, il y a un parallèle assumé entre ce "discours conceptuel" et les différentes langues. D'où mon choix dans le texte.
Note 2 :
- Je tique un peu sur les termes "symbolique" et "sémiotique" employés ici :
— 🤖 : Les mots «symbolique» et «sémiotique» dans cette phrase sont le vocabulaire d’Alain de Libera, pas celui d’Aristote ni d’Occam.
Donc :
Ce qui nous place la "sémiotique" au niveau [♻], concernant "la chose" et non de que l'on en dit...
- Un peu curieux pour une science du langage, non ?
- À moins que nous n'ayons là le second tour évoqué plus haut avec un "langage intérieur en [⚤] et son expression en [♻] ? Approfondissons le concept de "sémiotique". Je questionne Perplexity sur le rapport entre syntaxe et sémantique en sémiotique :
— 🤖 : Oui, la sémiotique distingue précisément ces niveaux, et elle s’occupe de leurs rapports.
Triptyque classique : syntaxe / sémantique / pragmatique
Dans la tradition de Morris, souvent reprise en sémiotique :[1][2][3][4]
La sémiotique contemporaine intègre ces trois dimensions sous un même cadre, plutôt que d’opposer «sémiotique» à «sémantique» : la sémantique est une partie de la sémiotique.[4][6][7]
Syntaxe sémiotique vs. production de sens
Beaucoup de travaux insistent justement sur l’articulation : comment les formes (syntaxiques, au sens large : combinaisons de signes) contraignent et ouvrent des possibles de sens, sans les déterminer complètement.[9][10][12]" (Sources : suivre le lien)
Pour cadrer avec une éventuelle distinction [⚤] / [♻] on peut partir sur :
La syntaxe étant le mode ♢ commun ou non aux deux niveaux, à discuter.
Note 3 :
- Petite vérification de ma proposition, par rapport au texte de l'auteur :
— 🤖 : Oui, ton interprétation par les trois tours sur un seul ruban de Möbius «voie des mots» est compatible avec ce que De Libera reconstruit d’Occam sur tout le passage 453‑520, à condition de garder trois points fermes.[1][2]
1. Tout universel = acte conceptuel mental, signe naturel
De Libera insiste : chez Occam,
Dans ton ruban :
- le premier tronçon (expression mentale en [⚤] visant ce qui est «de re» en [♻]) correspond bien à ce concept‑signe comme acte abstractif simple, universel «par signification», issu d’une intuition d’un singulier.[3][1]
2. Primauté du langage mental et subordination oral/écrit
De Libera résume la refonte du triangle sémiotique :
Cela colle très bien avec tes trois tours sur le ruban MOTS :
Chaque tour reste sur la même voie (MOTS), et la subordination écrit→oral→mental est exactement celle qu’expose De Libera.[1][4]
3. Déplacement de la généralité dans l’ordre des signes
De Libera insiste encore :
Ton schéma respecte ce point :
Autrement dit :
Cela est exactement ce que De Libera souligne : Occam déplace l’indifférence / universalité de l’ordre des natures (Avicenne, Scot) vers l’ordre des actes conceptuels et des signes.
Donc, en résumé :
Note 6 : La forme canonique (en référence à l'article "Moi-Peau & forme canonique").
- J'ai écrit cet article avant d'avoir développé l'utilisation d'une représentation sur le cross-cap, et caractérisé la dualité :
voie des mots— covariance/ contravariance—voie des choses.
Avec le recul, il est évident que tout ce que j'ai développé devait se trouver dans la voie des mots et non celle des choses. Donc lorsque j'écris :
Pour avoir une chance de correctement rendre compte de la pensée mythique, il faut faire le saut 𓁝[#]𓁜♢ ⏩𓁝[#]𓁜♢, et considérer cette forme canonique d'un point de vue topologique.
Il faut rectifier par 𓁝♢♧↑♢♧𓁜, ce qui tient compte du fait qu'ici, non seulement nous sommes sur R↑, mais également que le niveau [#] n'étant pas identifié, la problématique se traite au niveau du langage [⚤].
Ensuite il serait intéressant de redéfinir le problème Jivaro pour représenter "la femme potière" en termes de catégories aristotéliciennes :
Lévi-Strauss écrit ainsi sa forme canonique :
Fjalousie(engoulevent) : Fpotière(femme) : : Fjalousie(femme) : Fengoulement-1(potière)
Bien entendu, notre représentation ne peut pas "fonctionnelle", car à l'époque d'Occam, tout est "objectivé" en [♻] comme en [⚤], sous forme d'objet de concept ou de mots, d'où cette interprétation :
| Jivaro | ||||||
| ♡⚤ | ♡♻ | femme jalouse | ||||
| Femme = potière+jalouse |
↑♢⚤ | ⇙ | ↑♢♻ | potière | ||
| 1ère | jalousie | |||||
| ↑ | ↑ | ↑ | ||||
| totem | engoulevent | ♧⚤ | ♧♻ | Femme | ||
Soit le positionnement suivant des 4 termes de la forme canonique :
C'est sans doute là qu'il faut parler de connotation : le problème n'est pas attaqué de front, par exemple en modifiant le totem de la femme, pour lui donner celui du fournier, que Lévi-Strauss repère comme antinomique de l'engoulevent. À la place, les tribus Jivaro racontent une série de mythes qui tous présentent la même structure, pour "connoter" par le discours en ♢⚤ le problème réel en ♢♻.
L'opération en son essence consiste à "tuer" le représentant "engoulevent" en ♧⚤, pour rendre possible un lien "potière+jalouse" en ♢⚤. (la déesse Engoulevent aux trousses de son époux le dieu Lune s'échappant au Ciel, meurt en tombant et son corps se disperse au sol en donnant la terre à poterie).
D'un certain point de vue, pour dénoter simplement la "femme", il suffirait de lui associer le totem "fournier", ce que les Jivaros n'envisagent pas. On pourrait dire qu'ils "connotent" la femme par un symbole "engoulevent" qui :
- Je suppose que tu te réfères à Duns Scot pour parler de l'indifférence des universaux à l'existence, avec un choix de la part du Sujet 𓁝♡⚤↓♢⚤𓁜 ?
- Oui, bien entendu. Je me rends compte en écrivant cette note que si la forme canonique est d'usage universel, elle doit malgré tout être réinterprétée en fonction du contexte épistémologique de l'époque.
- À quoi penses-tu ?
- Au fait que pour identifier une impossibilité :
- OK, mais concrètement, comment représenter cette forme canonique avec les outils à la disposition d'Occam ?
- A priori, en jouant sur l'existence ou non 𓁝♡⚤↓♢⚤𓁜 , des concepts mis en relation dans ♧𓁜⚤↑𓁝♢⚤.
- C'est un schéma qui rejoint la cohomologie ?
- Oui : les choix sont autant de "cochaînes" ou restrictions des possibilités apportées par le langage. On s'éloigne un peu d'un pur cheminement R↑. Nous l'avions déjà envisagé à propos de Dun Scot, voyons si ça se précise chez Occam...
Note 7 :
— 🤖 : "La grammaire scolaire latine de l’époque (héritée de Donat et Priscien) distingue huit partes orationis:
C’est ce système des «octo partes orationis» qui structure l’enseignement grammatical dans le trivium médiéval.[4][1]" (sources : lien)
Note 8 :
— 🤖 : «Purement extensionnelle» signifie ici que la signification d’un terme mental (catégorème) se réduit entièrement à l’ensemble des individus auxquels il s’applique, et ne passe par aucun contenu «interne» de type nature commune, essence, intention ou sens fregeen.[1]
Plus précisément:
Dire que la signification est «purement extensionnelle», c’est donc dire: pas de médiation par des entités universelles, pas de niveau sémantique intermédiaire de type sens/intention commune; seulement un signe et la pluralité des individus pour lesquels ce signe peut valoir dans les propositions mentales.