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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #36 — XIVe siècle — Occam & les Nominalistes

Le 21/ 02/ 20206 :

6. La révolution du XIVe siècle

- Cette fois-ci j'ai donné pour consigne à Perplexity de résumer le chapitre, en tenant compte de mon article précédent sur Duns Scot, sans toutefois se hasarder à utiliser notre entropologie pour s'exprimer. Mon intention est d'en tirer si possible un "fil conducteur" afin de corriger mes priori au fil du texte, c'est encore la meilleure façon d'apprendre...

La position d’Occam sur les universaux est l’aboutissement d’une mise en crise systématique du dispositif scotiste (nature commune, distinction formelle, haecceitas) et, plus largement, de tout réalisme «in re», au profit d’une ontologie intégralement singulière et d’une théorie du signe centrée sur le langage mental.

1. De Scot à Occam : déplacement du problème
Chez Scot, le XIVe siècle s’ouvre par une double rupture :

  • d’un côté, une nouvelle épistémologie, avec l’intuition intellectuelle des essences (intention première de nature commune, puis universel «complet» dans son être objectif) entre perception sensible et logique des intentions secondes ;
  • de l’autre, un nouveau réalisme subtil, qui fonde l’unité de l’espèce sur la «nature commune» formellement distincte de la singularité et individualisée par l’haecceitas.

Occam reprend ce cadre comme point de départ, mais en inverse la logique :

  • il conserve le rôle décisif de la distinction entre chose extramentale et objet, de la distance entre sensation et concept, et de la hiérarchie intentions premières / secondes ;
  • il refuse que cette architecture entraîne la postulation d’un quelconque «commun réel» (nature commune, formalité, heccéité) et reconduit tout le travail d’unification au seul niveau des actes de l’intellect et des signes.

Ainsi, Occam se présente comme la «maladie du scotisme» : il ne revient pas à Thomas, mais pousse jusqu’à la crise la configuration épistémique inaugurée par Scot.

2. Ontologie parcimonieuse contre réalisme (Scot, Harclay, Burley)
L’ontologie d’Occam est particulariste :

  • tout ce qui existe réellement est individu (substance première individuelle et qualités individuelles) ;
  • il n’y a ni formes communes, ni natures communes, ni qualités «universelles» partagées (pas de blancheur réelle commune, pas d’humanité réelle une dans plusieurs).

Sa critique vise successivement :

  • le réalisme «grossier» : un universel réellement distinct, tout entier présent dans chaque individu, ce qui rend impossible de sauver à la fois son unité réelle et sa présence multiple ;
  • le réalisme «subtil» de Scot : la nature commune + distinction formelle + haecceitas, que Occam enferme dans un dilemme (ou la distinction est réelle et on retombe dans le réalisme grossier, ou elle est de raison et alors la « nature commune » n’est qu’un être de raison) ;
  • les réalismes mitigés (Thomas, Durand, Henri de Harclay) qui font du même individu, par des considérations différentes, à la fois singulier et universel, au prix d’absurdités du type «Socrate est universel» ou «Socrate est Platon conçu confusément».

Contre tous, Occam pose un principe simple :  
=> Tout ce qui existe réellement est logiquement incapable d’exister simultanément dans plusieurs choses numériquement distinctes.

Il en conclut qu’«aucune chose n’est universelle» : l’universel ne peut être qu’effet de signification, de prédicabilité et de «tenir lieu», jamais un mode d’être de la chose.

3. Langage mental, intentions et noms
Occam reconstruit la triade aristotélicienne «mots – concepts – choses» en la réordonnant autour du langage mental :

  • le langage mental est un discours composé de signes conceptuels (intentions, conceptus) qui sont des actes d’intellection et, en même temps, des signes naturels des choses individuelles ;
  • les mots oraux et écrits sont des signes seconds, institués, subordonnés aux concepts, mais ayant la même signification que ceux-ci (ils signifient les mêmes choses singulières).
  • Il raffine alors la doctrine des impositions et intentions :
    • intentions premières : signes mentaux qui signifient des choses non-signes (individus extramentaux, etc.) ;
    • intentions secondes : signes mentaux qui signifient d’autres signes mentaux (concepts de genre, espèce, universel, prédicable, etc.).

Les noms correspondants :

  • noms de première imposition : termes oraux/écrits imposés pour des choses extramentales ;
  • noms de seconde imposition : termes imposés pour signifier des signes (par ex. «nom», «verbe», «cas»), avec un sens large et un sens strict ;
  • noms de seconde intention : termes (mentaux ou oraux) signifiant précisément des intentions de l’âme (concepts), parmi lesquels «genre», «espèce», «universel», «prédicable».

Toute la problématique des universaux se redistribue alors sur cette double échelle : langage mental (intentions premières / secondes) et langage conventionnel (noms de première / seconde imposition).

4. Supposition : articulation des niveaux
Pour connecter langage mental et langage parlé, Occam remanie la théorie de la supposition :

  • supposition personnelle : un terme «tient lieu» de son signifié (chose extramentale, concept, son vocal, mot écrit…) tant qu’il est pris significativement ;
  • supposition simple : un terme suppose pour une intention de l’âme sans être pris significativement (il renvoie à un concept qui n’est pas son signifié propre) ;
  • supposition matérielle : le terme suppose pour lui-même comme mot (oral ou écrit), sans signifier ce pour quoi il suppose.

Exemples classiques :  

  • «Homo currit» : homo a supposition personnelle (pour les hommes individuels) ;
  • «Homo est species» : homo a supposition simple (pour le concept d’homme) ;
  • «Homo est nomen» : homo a supposition matérielle (pour le mot «homo»).

Cette tripartition vaut aussi pour les termes mentaux, ce qui permet d’appliquer une même structure aux propositions mentales, orales et écrites et de loger les énoncés sur les universaux dans un cadre métalinguistique précis.

5. Définition nominaliste de l’universel
Aux questions de Porphyre, Occam répond :

  1. Les genres et espèces existent-ils hors de l’âme ?  
    → Ils ne sont que des intentions ou concepts formés par l’intellect, exprimant les essences des choses et signifiant des individus ; ce sont des termes prêtable à plusieurs, non des choses communes.
  2. Sont-ils corporels ou incorporels ?
    → En tant que concepts, ils sont incorporels (qualités de l’âme) ; en tant que mots vocaux universels, ils sont des qualités corporelles (sons), universels par institution seulement.
  3. S’ils sont incorporels, sont-ils séparés ou dans les sensibles ?
    → Ils ne sont ni dans les sensibles, ni parties de leur essence ; ils font connaître les choses comme tout signe fait connaître son signifié.

D’où la distinction :

  • universel naturel : concept mental, signe naturel prêtable de plusieurs (le concept d’«homme») ;
  • universel conventionnel : mot vocal ou écrit institué pour signifier plusieurs (le mot «homo»).

Albert de Saxe cristallisera cette solution en une définition canonique : un universel est un terme incomplexe, apte, naturellement ou par une seule imposition, à être prédicable de plusieurs choses distinctes, à les signifier ou à «tenir lieu» d’elles.

6. Intuition, abstraction et formation des concepts : reprise de Scot, rupture avec Scot
Sur la connaissance, Occam reprend et simplifie le dispositif scotiste :

  • comme Scot, il distingue une connaissance abstractive, indifférente à l’existence ou non-existence de l’objet, et une connaissance intuitive, portant sur le singulier présent comme existant ;
  • comme Scot encore, il admet une intuition intellectuelle du singulier, en cooccurrence avec la sensation, qui fonde les jugements d’existence et de contingence au présent.

Mais il infléchit l’usage de ces distinctions :  

  • chez Scot, la nature commune est d’abord saisie dans une «intuition d’essence» (intention première) puis comme universel complet dans un second acte, avant de devenir objet d’intentions secondes ;
  • chez Occam, il n’y a plus de nature commune à fonder ces actes : l’intellect, à partir d’intuitions de singuliers, produit des concepts universels qui sont d’emblée des signes naturels «ouverts» à une pluralité maximale de singuliers semblables, sans être plus propres à l’un qu’à l’autre.

Ainsi :

  • tout acte de connaissance abstractive simple est déjà un concept général ;
  • la connaissance sensible reste cause occasionnelle de la formation des concepts, mais la généralité est due au mode de signification de l’acte intellectuel, non à une structure commune dans la chose.

En ce sens, Occam reconduit la distinction scotiste entre objet et chose, entre être réel et être objectif, mais la vide de toute prétention réaliste au niveau de la nature commune : ce qui reste, c’est une topologie des actes (intuition / abstraction), non une topologie des essences dans les choses.

7. Logique, langage et crise du scotisme
L’ensemble du dispositif (langage mental, intentions, supposition, universaux naturels et conventionnels, intuition / abstraction) a deux effets :

  • il déplace le centre de gravité du débat des structures ontologiques (nature commune, distinction formelle) vers les structures linguistiques et cognitives (types de signes, modes de référence, niveaux de discours) ;
  • il retourne contre Scot le propre geste scotiste : là où Scot avait fracturé l’héritage aristotélicien en introduisant l’intuition des essences et l’universalité comme mode de l’être intelligible, Occam fait de cette nouvelle configuration l’objet d’une critique de type «rasoir», en montrant qu’elle peut être intégralement reformulée sans postuler de commun réel.

On quitte ainsi moins Scot que Thomas : Occam radicalise la révolution du XIIIe–XIVe siècle inaugurée par Scot, mais en en tirant une conclusion nominaliste, où l’universalité n’est plus qu’un certain fonctionnement des signes mentaux et des prédications, sur fond d’une ontologie saturée d’individus.

- Et donc, ce fil conducteur ?

- Occam met le doigt très exactement là où ça fait mal : "Tout ce qui existe réellement est logiquement incapable d’exister simultanément dans plusieurs choses numériquement distinctes.", autrement dans une part de tarte, il n'y a pas de tarte...

- Tu es content, tu l'as ton symptôme !

- J'avoue que je ne m'attendais pas à le voir surgir aussi rapidement, dès le premier coup de pioche dans cette fouille !


Le 22/ 02/ 2026 :

- Je parlais hier de "symptôme" en pensant à la construction d'Occam comme d'une concrétion autour d'un grain de sable, mais entendons-nous : il y a bien une perle de toute beauté, promise à un bel avenir. Et avant de parler du grain de sable, il faut comprendre en quoi Occam impacte notre entendement, en particulier concernant le rôle du langage dans sa démarche.

- Oui, et je me demande comment tu vas séparer la représentation de la cognition et celle de la linguistique, puisqu'elles suivent apparemment le même schéma ?

- Et bien, je crois que nous avons notre fil rouge pour commencer cette lecture :

Sémantique et ontologie

- Occam est ici en univers aristotélicien, et sa critique vient de l'intérieur du système.

"Pour Occam, donc, tous les étants sont singuliers. La conséquence la plus remarquable de cette ontologie dite «particulariste» ou «parcimonieuse» est l’élimination des entités qui, jusqu’alors, avaient posé le plus de problèmes aux philosophes :

  • a/ les «substances secondes», c’est-à-dire les genres et les espèces, et
  • b/ les qualités communes, telle la blancheur entendue comme propriété réelle partagée par une pluralité d’individus." p. 454

- Voilà qui est radical : il s'appuie à fond sur cette idée d'objet singulier déjà chez Duns Scot, et qu'il m'a fallu du temps à intégrer. Occam garde bien le dispositif général aristotélicien du niveau [♻] :

Occam  
    essence singulière actuel
      actualisation p
o
t
e
n
t
i
e
l
  ↑♢   forme individuelle
fantasma
      abstraction
    étants singuliers
substances premières
(substance + forme)

mais en éliminant tout de qui tourne autour de la participation, c.-à-d. des entités ontologiques autres que singulières en ♢.

"Il n’y a donc pas, pour Occam, de généralité dans les choses. Il n’y a généralité que par la signification. Ce point est capital, car il permet, à lui seul, de situer Occam dans le débat sur les universaux." p. 455

- Et donc les noms peuvent désigner plusieurs choses ? 

- Dès que tu passes de [♻] à [⚤] —où règne la logique du 1er ordre— tu oublies toute "participation" forclose de ce fait, pour accéder au multiple platonicien, et étiqueter plusieurs choses avec le même signifiant, aux côtés de Socrate multipliant les abeilles sous les yeux ébahis de Ménon...

"Un signe est une chose singulière à laquelle il arrive de représenter simultanément une pluralité d’autres choses, soit

  • a/ par nature, soit
  • b/ par convention.

Le nom commun «cheval» est un signe par convention. Pour tout locuteur qui l’entend, ce nom représente tous les chevaux singuliers. La généralité est ainsi seulement l’affaire des noms communs." p. 455

Et en particulier les espèces et les genres sont des noms communs.

"Cependant, les noms communs premiers ne sont pas les noms écrits (les litterae d’Aristote) ou prononcés vocalement (les voces), mais les concepts mentaux (les passiones animae, selon la terminologie du De interpretatione)." p. 455

- Les concepts sont en ♡ ou en ♧?

- Il faut attendre pour se prononcer.

"Les noms communs mentaux appartiennent à ce qu’Occam appelle le «discours conceptuel» (Summa logicae, I, 1), c’est-à-dire le langage mental, antérieur à toutes les langues que les hommes ont instituées et dont ils se servent pour communiquer. Le langage mental est donc composé de mots qui sont des concepts qui sont des signes naturels, par opposition aux mots écrits et oraux dont la signification est le produit de conventions."

Utilisons le rasoir d'Occam et choisissons la plus simple des représentations topologiques, en doublant tout simplement le parcours. (Note 1)

  • Premier circuit : discours conceptuel (de rem)—[⚤]/[♻]—(en re);
  • Second circuit : discours conceptuel—[⚤]/[⚤]—discours conventionnel

- Le second circuit se fait uniquement en [⚤] ?

- Oui, car nous restons dans sous les mêmes lois logiques pour les deux types de discours.

Premier circuit — conceptuel
discours conceptuel    essence
   
concepts   sensible

 

Second circuit — conventionnel
discours
conventionnel
  discours
conceptuel
   
noms communs   concepts

Le 23/ 02/ 2026 :

- Ce n'est pas simple de figer sur notre topologie les concepts d'Aristote, car ils ont tendance à se balader selon les textes. En particulier la substance οὐσία (ousia) (voir "Aristote"), mais pour comprendre ce qui suit et les rapports entre mots, concepts et choses, nous pouvons nous arrêter à cette mise en perspective simplifiée :

Aristote
prédicat   concepts
logique abstraction
mots   choses

Le point essentiel étant que les sous-catégories secondaires relatives à la substance telles qu'espèce et genre sont en ♢, quand les autres catégories adjointes (qualifiant l'objet) peuvent être, selon les auteurs Reales en ♢ , et pour les Nominales en , en réponse aux questions de Porphyre sur les universaux. 

- C'est ainsi que tu représentes le "triangle sémiotique d'Aristote" dont par Alain de Libera ?

- Oui, très grossièrement : les universaux, tirés directement des fantasma, ou indirectement des êtres sensibles, et singuliers sont "en re" et les mots sont "de rem". 

"Le triangle sémiotique qui, depuis Aristote, déterminait le rapport des mots, des concepts et des choses est remplacé par une structure de subordination entre les signes. Tel que le présentait le De interpretatione, le rapport des mots, des concepts et des choses s’établissait grâce à deux relations fondamentales :

  • a/ la relation des «sons vocaux» (φωναί) aux concepts mentaux («passions» ou «affections de l’âme»), les νοήματα, selon l’exégèse néoplatonicienne ;
  • b/ la relation de ces «affects» (ou «noèmes») aux choses.

La relation a était posée comme conventionnelle, le son émis par la voix étant présentée comme le σύμϐολον des états de l’âme. La relation b était, en revanche, posée comme naturelle, le concept étant «signe» (σημεῖον) «immédiatement» ou «premièrement» (πρώτως) des choses." p. 456 (lexique mots grecs ici)

  Aristote  
  prédicat   concepts
noèmes
«affections de l’âme»),
les νοήματα
  logique abstraction  
«sons vocaux»
(φωναί)
mots   choses  

Sur ce schéma :

  • Liaison a/ :  ♡/ :
    => "la voix étant présenté comme le σύμϐολον des états de l’âme"
  • Liaison b/ :  ♧♻ :
    => "le concept étant «signe» (σημεῖον) «immédiatement» ou «premièrement» (πρώτως) des choses."

"Dans ce dispositif, il n’y avait donc pas de relation directe, «immédiate» , des mots aux choses, mais une relation, symbolique et conventionnelle, [i.e.: /] des mots aux concepts et une autre, sémiotique et naturelle, [i.e.: ] des concepts aux choses, relation précisée par Aristote comme une relation de «ressemblance» ou «similitude»." p. 456 (Note 2)

- J'ai été un peu surpris de devoir envisager la "sémiotique" en [♻] sur le schéma d'Aristote, mais après réflexion, il me semble que ce ne soit ici que le premier volet de nos deux "circuits" pressentis pour les développements d'Occam :

  • 1er circuit : rapport discours intérieur—[⚤]/[♻]—objet ;
  • 2e circuit : rapport sémantique—[⚤]/[♻]—pragmatique. (cf. Note 2)

"Les «mots écrits» étant eux-mêmes définis comme les symboles des mots émis par la voix, on avait ainsi une série de relations hétérogènes : deux relations conventionnelles :

  • a1 entre les mots écrits et les mots oraux,
  • a2 entre les mots oraux et les concepts ;
  • b une relation naturelle entre les concepts et les choses.

Ce décrochage rendait compte de deux phénomènes :

  • la diversité des écritures et des langues,
  • l’identité des concepts «chez tous» les hommes, fondée sur l’identité des choses pour tous les hommes." p. 456

- De Libera lui-même recourt à un schéma pour représenter des relations entre concepts !

- Oui, ce que nous pouvons reprendre facilement sur notre topologie :

Aristote
prédicat   Concepts
Mots écrits (a1) (b)
(a2)  
Mots parlés   Choses

- Ça bouleverse un peu ta conception d'un mode "syntaxique", non ?

- Aristote n'était pas tourné vers les "relations" : les concepts comme les choses sont toujours des "essences" bien circonscrites afin d'en parler... (Vérification Perplexity: lien)

Ensuite, en refaisant l'historique de cette liaison mots/ concepts/ choses, de Libera revient aux Modistes, et ce qu'il en écrit me laisse à penser qu'il y avait déjà chez eux l'amorce d'un second circuit :

"Chez les modistes, le triangle d’Aristote était interprété d’un point de vue fondationnel :

  • les modi significandi des mots parlés étant parallèles aux
    => [i.e. : les mots parlés en [♻]]
  • modi intelligendi des concepts
    => [i.e. : en [⚤] entre les choses et les mots],
  • eux-mêmes parallèles aux modi essendi des choses,
    =>[i.e. : les chose en [♻]]

on pouvait dire que les manières de signifier étaient fondées sur les manières de penser et celles-ci à leur tour sur les manières d’être des choses. En outre, la plupart des auteurs s’accordaient à dire que la théorie sémantique, c’est-à-dire l’analyse de la signification, portait sur les relations de type a , spécialement sur a2, et laissaient à l’extérieur, comme relevant de la psychologie, l’étude du rapport b." p. 458

- Toutefois, j'ai peur que la suite te donne tort ! 

"Occam a fait éclater les cadres de la division entre sémantique et psychologie tout en rétablissant une relation immédiate entre les mots et les choses. La théorie de la subordination vise à rendre compte de la primauté du concept sur les autres signes. Occam rejette la thèse aristotélicienne classique (amplifiée par la traduction de Boèce) selon laquelle les mots écrits signifient les mots oraux, qui eux-mêmes signifient les concepts, qui, et eux seuls, signifient les choses.
[...]
Bien que leurs significations soient subordonnées les unes aux autres, les trois sortes de mots, mots écrits, mots oraux, mots mentaux, ont la même signification, ils signifient les choses singulières. On a ainsi le dispositif suivant :"
p. 458

Tu retombes encore sur un seul schéma (et non deux comme tu le présupposais), avec un rapport de subordination entre mots et concepts, qui n'a rien d'évident à caser sur ta topologie...

- J'avoue avoir eu un coup de mou en voyant ce schéma. J'ai donc laissé décanter quelques heures, et en discutant un peu avec Perplexity, ça m'a aidé à démêler les fils...
- Pour aboutir à quoi ?

- Si Occam, comme tout le laisse supposer reste dans la tradition aristotélicienne, c.-à-d. sur le ruban de Moébius R alors ce n'est pas 2 tours mais 3 qu'il faut envisager pour représenter sa démarche :

  • 1er circuit : rapport discours intérieur—[⚤]/[♻]—objet :
    =>  départ aristotélicien
  • 2e circuit : rapport voix—[⚤]/[⚤]—sémantique:
    => production d'un discours
  • 3e circuit : rapport écrit—[⚤]/[⚤]—voix :
    => représentation du discours
R3        
    R2    
        R1
écrit   voix   concept   objet
     
     

J'ai bien entendu demandé à Perplexity de vérifier si ce circuit n'était pas incohérent par rapport au texte (cf. Note 3), la réponse est plutôt positive. Je te propose donc de le prendre comme schéma de lecture.


Le 24/ 02/ 2026 :

- Je ne suis pas tout à fait satisfait de mes 3 tours de manège : cela rend bien compte de la subordination Concept=>Mots oraux=>Mots écrits, mais le rapport direct à l'objet est moins évident...

- N'oublie pas ce qu'est un ruban de Moébius : chaque "tour", se terminant en ♡, ramène au point de départ ♧. En ce sens, il y a bien une hiérarchie entre les 3 voies et un retour au signifié dans les trois parcours.

- OK, continuons. Point important :

"Ce dispositif n’exclut pas qu’il y ait des mots spécialement institués pour désigner non les choses, mais les concepts eux-mêmes. C’est d’ailleurs sur ce point que repose la théorie des universaux." p. 459

Gageons que notre dispositif va nous être utile à ce sujet !

- Encore une fois toutes mes excuses pour mes longues citations du texte d'Alain de Libera, mais nous faisons ici du point de croix, pas des points de capiton...

"L’ontologie aristotélicienne, telle que la tradition l’avait héritée de la typologie établie en Catégories, 2, distinguait deux sortes de substances,

  • les substances premières et
  • les substances secondes,

et deux sortes d’accidents,

  • les accidents particuliers et
  • les accidents universels.

L’ontologie réduite d’Occam ramène cette classification à une bipartition :

  • les substances et
  • les accidents

sont particuliers. Cette réduction a deux sortes de conséquence.

  • Au niveau ontologique, elle fait passer au premier plan la distinction de Porphyre entre accident séparable et accident inséparable.
  • Au niveau sémantique, elle entraîne une redéfinition de la notion de parony- mie, version aristotélicienne de la théorie platonicienne des Formes éponymes. Quoique ces deux remaniements posent chacun en leur ordre des problèmes spécifiques et appellent des réponses distinctes, on peut facilement constater qu’ils sont liés au niveau sémantique." p. 459

C'est une parfaite occasion de réviser le peu que j'ai cru comprendre des théories de Platon et Aristote, essentiellement il faut bien le dire, à l'occasion de cette lecture.

Tout d'abord commençons par positionner le vocabulaire sur la topologie d'Aristote :

    Aristote    
         
accident séparable inséparable
substance   1ère
       
      substance
+ matière
 

Pour la paronymie il faut, comme l'auteur nous y invite, comparer les deux schémas de Platon et Aristote :

  Platon   Aristote
Séparer [⚤] [♻]     
     
[⚤] [♻]     
  Multiple   un   Abstraire
  • Chez Platon : "éponymie" : ​[⚤]/[♻]
    • En [⚤]♡ : La forme commune  des abeilles—éponymes;
    • En [♻] : chaque abeille, "toutes semblables en tant qu'elles sont abeilles";
    • En [⚤] : passage du simple au multiple par [⚤][⚤];
  • Chez Aristote : "paronymie" :
    "la définition canonique se trouve en Catégories, 1a, §3 (chapitre 1), où il écrit que sont paronymes les choses qui reçoivent leur appellation d’après le nom d’une autre, avec différence de «cas» ou de terminaison (exemple : «grammairien» à partir de «grammaire», «courageux» à partir de «courage»)."
    • Le concept est en ♡;
    • Le mot (voice) est en ♧;
    • La paronymie est dans le passage ♧.

- Les deux notions ne sont pas très proches ?

- Il y a malgré tout chez Platon un usage des mots en [⚤], avec l'idée d'une congruence entre ceux-ci et la forme éponyme en [⚤], qui se retrouve peu ou prou dans ♧⚤ chez Aristote, en shuntant bien entendu le mode ♢ qui est forclos par Platon (séparation stricte entre les idées et le monde sensible).

- Merci pour le rappel, mais avançons.

- Il faut encore approfondir les définitions aristotéliciennes :

"Dans le chapitre 1 des Catégories, Aristote distinguait trois sortes de choses :

  • les homonymes (ayant même nom et une définition différente),
  • les synonymes (ayant même nom et même définition) et
  • les paronymes (choses qui, «différant d’une autre par le cas, reçoivent leur appellation d’après son nom»)." p. 459

Avant d'aller plus loin, j'ai besoin de comprendre pourquoi Aristote s'intéresse à ce trio:

— 🤖 : Aristote commence les Catégories par ces trois définitions parce qu’il doit d’abord régler, au niveau le plus élémentaire, la question : «qu’est‑ce que cela veut dire, pour un même mot, d’être ‘dit de plusieurs choses’ ?». Sans cette clarification linguistique, sa théorie de la prédication (les «dits‑de» et les « dans un sujet ») et, plus largement, sa théorie des catégories et de l’«être» resteraient équivoques.[1][2][3]

Pourquoi ces trois définitions au début
Aristote distingue homonymes, synonymes et paronymes pour classer les cas où un terme commun s’applique à plusieurs réalités.[3][4]

  • Homonymes : «même nom, définition différente» (animal pour l’homme et pour un tableau).[5][3]
  • Synonymes : «même nom, même définition» (animal pour l’homme et le bœuf).[3][5]
  • Paronymes : dérivés d’un autre nom par changement de terminaison (grammairien à partir de grammaire, courageux à partir de courage).[4][3]

Il s’agit donc de fixer d’emblée dans quel sens un mot est «commun» : de façon univoque (synonyme), équivoque (homonyme) ou dérivée (paronyme).[1][4]

Le lien avec la théorie des catégories et de la prédication
Le chapitre 2 des Catégories introduit aussitôt les deux grands types de prédication : «être dit de» (katêgoreisthai, ce qui correspond aux genres, espèces, etc.) et «être dans un sujet» (les qualités, états, etc.).  Or pour que cette théorie soit opératoire, il faut savoir si, lorsque je dis «animal» d’un homme et d’un bœuf, je le dis selon une définition commune (synonymie) ou non (homonymie).[2][6][3]
En effet, Aristote précise plus loin que tout ce qui est dit à partir de substances et de différences l’est «synonymement» : même nom et même logos pour tous les sujets concernés.  La synonymie est ainsi la condition formelle de la prédication scientifique (un genre univoque), tandis que l’homonymie signale un piège : un même mot ne garantit pas une même essence.[6][7][4]

Le lien avec sa théorie de l’être
Dans la Métaphysique, Aristote fera valoir que «l’être se dit en plusieurs sens  (pollachôs legomenon), en particulier comme homonyme «pros hen» (centré sur un foyer, par exemple ‘sain’, ou ‘être’ rapporté à la substance).  Cette doctrine de l’«être» homonyme à foyer central suppose déjà l’outillage des Catégories : distinguer une ambiguïté pure (homonymie) d’une communauté de définition (synonymie) et d’une dérivation à partir d’un terme de base (paronymie).[8][9][10][4]
Ainsi, les définitions d’homonyme, synonyme et paronyme ne sont pas un préambule lexical neutre : elles organisent les types de communauté et de dérivation de sens, conditionnant la possibilité même d’une science des catégories, puis d’une ontologie où «être» se dit à la fois de manière ordonnée et non purement univoque.[11][2][1]" (Sources suivre le lien)

- J'ai une difficulté avec ce passage : 

"les deux grands types de prédication :

  • «être dit de» (katêgoreisthai, ce qui correspond aux
    • genres,
    • espèces, etc.) et
  • «être dans un sujet» (les qualités, états, etc.).
    Or pour que cette théorie soit opératoire, il faut savoir si, lorsque je dis «animal» d’un homme et d’un bœuf, je le dis selon une définition commune (synonymie) ou non (homonymie).

- Mon ami, tu n'es pas le seul, et c'est pourquoi pendant plus de mille ans les philosophes ont tourné autour des 3 questions de Porphyre concernant la nature des universaux, et Alain de Libera nous explique ici ce qu'Occam nous en dit. 

(a)Pour avancer dans notre lecture, je te propose de nous limiter à ce qui pourrait faire consensus a minima entre nous :

  1. Ces définitions concernent le discours, donc notre niveau [⚤];
  2. La paronymie : concerne des dérivations à partir d'une racine commune soit dans le mouvement vu précédemment :  ♧;
  3. Synonymie / homonymie se rapporte au rapport entre l'essence en ♡ et le mot/ voix/ concept en ♧ :
    1. Synonymie :  une seule essence—♡/plusieurs mots/ voix/ concepts; (ce qui correspond en gros aux abeilles du Menon);
    2. Homonymieplusieurs essences—♡/un seul mot/ voix/ concept : dans ce cas, le parcours sur le ruban de Moébius R est ambiguë : il n'y a aucune garantie que la jonction prédicat—♡/ —sujet sensible puisse se faire.
  4. Si deux mots homme et boeuf sont synonymes sont l'essence unique animal, alors, j'ai esquivé une difficulté existentielle, liée à la partition de la globalité "animal" en ♢ , en renvoyant la difficulté dans le domaine du langage en ♢ : "l'homme ET le boeuf sont des animaux".

Avec ce minimum syndical, arrivons-en à la  notion de "terme absolu".

"Les termes absolus sont ceux qui s’appliquent de façon uniforme à tous leurs signifiés. Ce sont les catégorèmes mentaux désignant les substances premières, c’est-à-dire les choses singulières, qui sont des substances. Le terme absolu remplace donc, dans l’économie de Catégories, 1, les choses synonymes et, dans celle de Catégories, 2, les substances secondes. Mais l’indécision ontologique entre les mots et les choses caractéristique du cercle des Catégories est levée. Il n’y a que des choses singulières, l’absoluité caractérise des termes." p. 462

Autrement dit, les "termes absolus" sont l'aboutissement en ♧ :

  • Soit de substances premières en ♢  : via ♧ /;
  • Soit de substances secondes en ♢  : via ♢ /;

Quelque soit la genèse des substances, celles-ci sont uniques en ♡; le terme "absolu" caractérisant le terme en ♧, accroché à l'essence.

"Le terme absolu n’établit aucune différence entre ses signifiés, il les signifie tous à égalité et à titre premier. Les signifiés d’un terme absolu T sont à leur tour définis prédicativement, c’est l’ensemble des individus dont il est (a été, sera ou peut être) vrai de dire « ceci est T »." p. 462

C'est ce que nous avons identifié plus haut :

  • "l'homme ET le boeuf sont des animaux";
  • l'homme est un animal;
  • le boeuf est un animal.

"Aux termes absolus Occam oppose les termes connotatifs. Le terme connotatif a deux significations :

  • l’une première, qui est du même type que celle du terme absolu,
  • l’autre secondaire, qu’Occam appelle connotation. L’exemple canonique du terme connotatif est «blanc» – un terme doté d’une lourde histoire au moment où Occam s’en empare, puisque Aristote l’utilise en Catégories, 2, pour illustrer l’accident particulier – «un certain blanc existe dans un sujet, savoir dans le corps, mais il n’est affirmé d’aucun sujet» (on ne dit pas : «Le corps est ce blanc») –, et en Catégories, 5, pour poser que, contrairement à «l’espèce et au genre qui signifient une substance de telle qualité», « le blanc ne signifie rien d’autre que la qualité», c’est-à-dire «signifie la qualité de manière absolue».

En faisant du terme «blanc», contre l’intention expresse d’Aristote, un terme connotatif, qui ne signifie pas la qualité de manière absolue, mais deux séries de signifiés :

  • les signifiés premiers, les choses individuelles blanches, auxquels il s’applique et dont il peut tenir lieu dans une phrase, et
  • les signifiés seconds, les blancheurs singulières, attribuées dénominativement aux choses individuelles blanches, Occam résorbe ainsi le phénomène de la paronymie dans celui, plus général, de la connotation, qui s’applique aussi aux termes relationnels (comme «père»)." p. 463

- Là, il me faut le temps de respirer un coup, car j'ai en tête le discours de Lévi-Strauss parlant des récits mythiques qui "connotent" un symbole, absent, du discours. Il me semble indispensable de faire le lien avant de continuer.


Le 25/ 02/ 2026 :

- Rappelle-moi l'importance que tu accordes à la pensée mythique, et surtout le rapport avec ce qui nous occupe aujourd'hui ?

- Ma thèse est que nous recyclons toujours les mêmes mécanismes mentaux, et que parmi ceux-ci, le plus vieux peut-être, est la création de nouveaux concepts en suivant la forme canonique des mythes de Lévi-Strauss. C'est peut-être maintenant l'occasion de revoir ce que nous en avions dit il y a plus d'un an (cf. "Moi-peau & forme canonique") car à l'époque je n'avais pas encore exploré notre topologie du cross-cap.

- OK, mais concernant Occam ?

- Il y a ici un non-dit : la difficulté à représenter le rapport tout/partie, lorsque l'objet est considéré comme une singularité insécable, et ce depuis Parménide. Nous voyons les efforts faits, et très clairement depuis Duns Scot, pour ramener le problème à un simple rapport du Un au multiple, déjà identifié par Platon.

Comment une chose singulière et insécable pourrait-elle être divisible en parties ? C'est une contradiction dans les termes comparable à celle de voir une femme potière chez les Jivaros. Et là, je vois surgir sous la plume d'Alain de Libéra le terme "connotation", qui fait penser immédiatement à la forme mythique... Le rapprochement fût immédiat! Par sécurité je vérifie les occurrences du terme dans le livre, afin de vérifier qu'il surgit bien ici spécifiquement à propos d'Occam (voir lien). Il n'apparaît effectivement que dans ce passage et je retiens ceci :

"— 🤖:  Il commente notamment la façon dont Occam «résorbe ainsi le phénomène de la paronymie dans celui, plus général, de la connotation», en définissant les «termes connotatifs» (blanc, père, etc.) qui signifient directement des substances singulières et secondairement les qualités ou relations qu’ils «connotent»."

C'est bien la "relation" entre objets faisant partie d'un même "tout" qui est "connotée".

Mais avant de nous référer à cette forme canonique, il convient de la représenter sur notre cross-cap.

- Tu fais un article dans l'article ?

- Je relègue cette mise au point en Note 6, retenons pour ce qui nous concerne ici que la pensée mythique connote par un récit, un symbole indicible. Ce que nous avons identifié à une posture 𓁝♢. Ce qui m'amène à acclimater notre duo 𓁝𓁜 au vocabulaire de l'époque :

  • αβ𓁜 : ex post, tourné vers l'objet final : le Sujet dénote le concept αβ
  • 𓁝αβ : ex ante, tourné vers l'objet initial : le Sujet connote le concept αβ.

Cette mise au point faite, revenons à la "connotation" développée par Occam. 

"Aux termes absolus Occam oppose les termes connotatifs. Le terme connotatif a deux significations :

  • l’une première, qui est du même type que celle du terme absolu, [i.e.: ♢𓁜]
  • l’autre secondaire, qu’Occam appelle connotation [i.e.: 𓁝♢].

L’exemple canonique du terme connotatif est «blanc» – un terme doté d’une lourde histoire au moment où Occam s’en empare, puisque Aristote l’utilise

  • en Catégories, 2, pour illustrer l’accident particulier – «un certain blanc existe dans un sujet, savoir dans le corps, mais il n’est affirmé d’aucun sujet» (on ne dit pas : «Le corps est ce blanc») –, [i.e.: 𓁝♢] et
  • en Catégories, 5, pour poser que, contrairement à «l’espèce et au genre qui signifient une substance de telle qualité», «le blanc ne signifie rien d’autre que la qualité», c’est-à-dire «signifie la qualité de manière absolue». [i.e.: ♢𓁜]

En faisant du terme «blanc», contre l’intention expresse d’Aristote [i.e.: ne pas en rester à ♧𓁜], un terme connotatif, qui ne signifie pas la qualité de manière absolue, mais deux séries de signifiés :

  • les signifiés premiers, les choses individuelles blanches, auxquels il s’applique et dont il peut tenir lieu dans une phrase, et
  • les signifiés seconds, les blancheurs singulières, attribuées dénominativement aux choses individuelles blanches, Occam résorbe ainsi le phénomène de la paronymie dans celui, plus général, de la connotation, qui s’applique aussi aux termes relationnels (comme «père»)." p. 463

- Hum, nous sommes bien loin de tes considérations matinales...

- Il faut aller y voir de plus près. Reviens d'abord sur la remarque "Occam résorbe ainsi le phénomène de la paronymie dans celui, plus général, de la connotation", que nous avons représenté par le passage ♧ (cf. ci-dessus en (a)).

J'ai surligné en jaune, dans le texte d'Alain de Libera, les postures associées aux concepts de niveau [⚤]. Concernant les signifiés eux-mêmes, de niveaux [♻], ils sont implicites sur le schéma d'Aristote :

Termes Occam Signifiés
    premier second
connotatifs substance
𓁝♢𓁜 1er
     
absolus
♧ 𓁜
  substance
+ matière
 

L'évolution d'Occam consiste à pousser tous les universaux en ♢ sans se préoccuper de leur origine.

"Le terme connotatif est le paronyme ou terme accidentel concret de la tradition intentionniste. La différence avec les intentionnistes est qu’Occam ne se contente pas de poser le paronyme dans l’ordre du langage oral et écrit. Le langage mental lui-même est d’abord composé de termes absolus et de termes connotatifs." p. 463

Structure qui se décline donc sur les 3 tronçons du circuit R1;R2 ;R3.

"La connotation épouse parfaitement la bipartition ontologique du réel en substances et accidents. Dire que le paronyme est un terme qui connote un accident, c’est dire qu’il signifie à titre premier l’ensemble des individus auxquels il s’applique et qu’il signifie à titre secondaire les accidents qui inhèrent à ces individus." p. 463

- La posture 𓁝 permet cette souplesse du signifié (puisque précisément, il n'est pas dénoté).

Tu apprécieras au passage de quelle façon la question du rapport entre tout/ parties s'efface au profit d'une relation exclusive un/ multiple —axiomatisée par Peano.

- En plaçant l'accident inséparable en ♢, ce qui conduit à considérer l'essence du "corbeau noir" en ♡; qui donne un "terme absolu" de "corbeau noir" en ♧ via ♡/, il y a ensuite une difficulté à le dissocier en "corbeau+noir" en ♢, après élévation ♧.

"Comment, en effet, considérer qu’un terme comme «cheval» et un terme comme «corbeau» sont de même type, si le signe conceptuel «corbeau» connote automatiquement un accident particulier : la noirceur individuelle.
Selon Pierre Alféri, il y a là une impasse, l’«impasse de l’accident», dont Occam se tire au prix d’une «astuce» qui préserve la distinction ontologique de l’accident inséparable et du propre ou propriété, mais «cache une profonde faiblesse» – celle de l’ontologie du singulier considérée comme telle, faiblesse d’où découle la nécessité même d’un dépassement de l’ontologie." p. 464

- Quand je parle de "symptôme" en philosophie, je ne suis quand même pas loin d'une forclusion freudienne ! Pour Occam :

"«L’accident inséparable est celui qui ne peut être supprimé naturellement sans que le sujet soit détruit, encore qu’il puisse l’être par la puissance divine.»" p. 465

- Quand on en arrive à évoquer la puissance divine, en général, c'est mauvais signe !  Mais Occam est subtil :

"«[l’accident inséparable diffère du propre, car,] bien qu’il ne puisse pas être naturellement supprimé du sujet dont il est l’accident inséparable, il peut cependant être supprimé d’un autre sujet sans que celui-ci soit détruit.»" p. 465

- Je ne sais pas si en l'occurrence Occam s'est servi de son rasoir, mais tentons ceci : 

  1. Si la noirceur; pour le corbeau est un accident inséparable;
  2. La noirceur peut se présenter comme accident séparable, par exemple une balle noire, qui pourrait être blanche ou rouge;
  3. Donc puisque le terme "noir" peut être isolé, le terme "corbeau noir" n'est pas premier en ♧.
  4. L'appel à Dieu assure seulement le passage ♡/ : si Dieu le voulait, des corbeaux blancs pourraient exister, et le terme premier en ♧ est donc "corbeau" sans l'accident "noir" dit "inséparable".

Le raisonnement est ici purement logique, de niveau [⚤]. L'appel à Dieu 𓁝∅𓁜 est rétrospectif, pour justifier la jointure ♡/débarrassée du noir...

- Ça reste léger : quid d'un corbeau à une patte ? Avons-nous toujours un corbeau, ou faut-il une essence spéciale "corbeau à une patte" ?

- Oui, la thèse d'Occam au tout du cataplasme.


Le 26/ 02/ 2026 :

"La base de la redistribution occamiste de la sémantique et de la psychologie qui fonde toute sa théorie des universaux est que :

  • les concepts sont les signes premiers des choses et que
  • les mots ne signifient pas les concepts, mais les choses.

Ces deux réquisits sont complémentaires, et chacun a son importance propre."

- Nous avons vu plus haut que notre représentation topologique respecte cet impératif, car quel que soit le chemin, nous avons toujours un bouclage final ♡/ du discours sur la chose.

écrit   voix   concept   objet
     
     

"En termes logiques, Occam pose que, fondamentalement, le langage mental, c’est-à-dire la pensée, est composé de propositions elles-mêmes constituées de termes (termini), c’est-à-dire de concepts (conceptus). En tant que signes, ces concepts ont des propriétés sémantiques – signification et référence –, comme l’ont, en leur ordre propre, les mots (dictiones) qui interviennent dans les différentes langues."

- Oui, l'homme est un animal qui parle, mais peut-on réduire sa "pensée" à la seule manipulation des mots ?

- Il n'est pas temps de philosopher. Remarque plutôt la disparition des "fantasma" d'Aristote en ♢, au profit d'une syntaxe en ♢. Plus précisément :

  • La signification (significatio) d'un concept vient de ♧/;
  • Il sert de référence (suppositio) dans les manipulations dont il est l'objet ♧;

Maintenant, Occam va préciser la nature des autres termes qui ne sont pas directement issus de concepts premiers (en ♧). Certains sont purement de convention.

"Occam distingue d’abord

  • [i.e.:♧] : les catégorèmes (qui ont «une signification définie et déterminée», finita et certa), qui signifient indépendamment d’un contexte propositionnel, et
  • [i.e.: ♡] les syncatégorèmes, qui ont seulement une fonction syntactico-sémantique, puisque, sans rien signifier par eux-mêmes (c’est-à-dire sans signifier aucune chose), ils affectent la fonction ou la référence des catégorèmes : ce sont, par exemple, les «signes de quantité» (les quantifieurs) tels que «tout», «aucun», etc., ainsi que certaines prépositions et adverbes, comme «sauf», «seulement», «en tant que», etc. L’utilisation de catégories grammaticales montre que l’on peut, par ce moyen, affiner l’analyse des constituants du langage mental." p. 469

(b)- Je suis allé un peu vite en écrivant ♡, mais ça m'a semblé implicite : si un signe, mot, concept ne signifie pas un objet, c'est qu'il traduit une intention du Sujet. Ça reste à confirmer, bien entendu. (hypothèse erronée, cf. infra!)

Occam part de la grammaire du trivium universitaire, qui distingue huit parties de la phrase. (Note 7) Après simplification, Occam ne retient que les cinq principales, bref je te passe les détails pour en arriver à ceci :

"le point de vue d’Occam est l’atomisme sémantique. Cet atomisme est lié à la conception même de la signification du catégorème mental. Il est lié à un «nominisme». La signification sur quoi tout repose, en dernière analyse, est comprise comme la relation du nom propre ou commun aux choses singulières dont il est le signe. La signification du signe conceptuel mental est donc purement extensionnelle, en complète affinité avec un monde physique composé exclusivement de substances et de qualités." p. 469

- J'ai tiqué sur le terme "extensionnel" (Note 8), pour me souvenir d'une vieille distinction en mathématique entre une démonstration "en extension" et "en compréhension" (ici). Or Occam, non seulement évacue la possibilité de structure interne d'un concept en [⚤], mais calque ce discours "extensionnel", sur la nature même des objets, en [♻]...

- Mais ça, nous le savons depuis le début, depuis Parménide !

- C'est très vrai, mais j'ai toujours autant de mal à m'y faire. Ceci dit, Occam est très cohérent : des objets singuliers, ont une essence singulière, chacune repérée par signe conceptuel singulier. Les seules articulations en ♢ portent donc sur des éléments singuliers dénotés en ♧ ; c'est radical. 

"...la signification n’est médiatisée par «aucun universel extramental, aucune Idée platonicienne ni aucune entité abstraite à la Frege». Le nominalisme d’Occam commence dès le niveau de la théorie de la signification des termes." p. 470

- L'universel extramental renvoie au genre extrémal d'Aristote, limite "stable" en ♡ d'une série basée sur la dualité espèce/ genre en ♢.

- Tout ceci revient toujours au même, avance un peu.

"Mais, dans la mesure où la signification était directement attribuée à titre premier aux concepts mentaux eux-mêmes, c’est tout l’édifice du réalisme fondé sur la relation indirecte des mots parlés ou écrits aux choses, par l’intermédiaire d’une entité abstraite (concept quidditatif), qui était remis en cause. Par là même, la doctrine des universaux d’Occam prenait une place particulière dans l’alternative ouverte jusqu’alors face au réalisme :

  • elle était nominaliste, dans la mesure où elle réduisait les universaux à des noms communs, mais
  • elle était aussi bien conceptualiste, dans la mesure où ces noms communs étaient des concepts, plus exactement un sous-ensemble des concepts mentaux – des signes conceptuels non plus naturels, mais conventionnels." p. 471

En passant d'un seul circuit R à une cascade R1R2R3, les mots vocaux ne sont plus couplés directement aux concept de quiddité et de chose, mais sont déportés en R2

voix   concept
 
 

Pour plus de clarté par la suite : (voir ici)

  • Le terme "mot" est relatif aux mots vocaux ou écrits, en fonction du contexte;
  • Le terme "intention" est relatif aux concepts.

De façon générique le rapport des mots aux intentions est sur un schéma de ce type :

mots   intentions
 
 

Quant au rapport des concepts aux choses, il garde le schéma général d'Aristote :

intentions   choses
 
 

- Un point de départ important : Occam définit l'esprit comme une substance première, et de ce fait mon hypothèse (b) concernant la constitution des syncatégorèmes, à partir d'un choix du Sujet ♡ tombe d'elle-même. Ces derniers, ainsi que les catégorèmes tirent leur sens d'une substance première singulière, par  ♡/.

- Il s'oppose aux Thomistes ?

- Effectivement : nous avions vu chez eux le jugement sur l'existence ou non d'un concept comme un choix primaire  ♡, qui est évacué par Occam.

"Occam est donc amené à refondre entièrement la doctrine des «impositions» et des «intentions» que les modistes avaient portée à un point de systématisation maximale dans le cadre de la psychologie intentionnelle liée à leur ontologie réaliste." p. 472

Je vais tenter de résumer la présentation de l'auteur  : 

  • Noms de première imposition : (D)
    • signifient conventionnellement des choses extramentales individuelles
  • Intentions premières : (C)
    • signes conceptuels naturels de choses individuelles auxquels ils sont subordonnés
  • Noms de seconde imposition : (A)
    • mots catégorématiques signifiant conventionnellement d’autres signes conventionnels
  • Intentions secondes : (B)
    • signes conceptuels catégorématiques mentaux signifiant naturellement d’autres signes mentaux
R2    
    R1
mots   intentions   choses
   
(A) (B)
(D)    (C)   

Ce qui nous permettra peut-être d'entrer dans les détails !

1/ Nom de seconde imposition ((A))

"L’expression «nom de seconde imposition» s’entend de deux manières :

  • 1a Au sens large, est nom de seconde imposition tout nom qui signifie des sons institués conventionnellement en tant que sons institués conventionnellement, c’est-à-dire en tant que significatifs, qu’il soit ou non applicable aux intentions de l’âme (qui sont des signes naturels). C’est le cas des expressions telles que «nom», «pronom», «conjonction», «verbe», «cas », «nombre», «mode», «temps», etc., «comprises comme en use le grammairien», c’est-à-dire «pour signifier des parties du discours pendant qu’elles signifient» (les noms prédicables de sons vocaux aussi bien quand ils ne signifient pas que quand ils signifient ne sont donc pas des noms de seconde imposition).
  • 1b Au sens strict, est nom de seconde imposition tout nom qui signifie des signes conventionnellement institués sans pouvoir être appliqués aux intentions de l’âme (qui sont des signes naturels). C’est le cas des expressions telles que «conjugaison» ou «figure», qui ne peuvent (et c’est la seule raison de les exclure des noms de seconde imposition au sens strict) signifier une intention de l’âme, puisqu’il n’y a pas de distinctions de conjugaison et de figures pour les verbes mentaux.

Il y a là une distinction entre :

  • Langage (qui signifie des parties du discours pendant qu'elles signifient)
  • Métalangage (sans rapport avec les verbes mentaux)

En nous rapportant au repère (A) sur le schéma R2 précédent, les noms de seconde imposition:

  • 1a Au sens large: sont une convention de ♡/(A) ;
  • 1b Au sens strict : sont relatifs aux rapports entre mots : ♧(A) .

2/ Nom de première imposition (D) 

"2 Les noms de première imposition sont tous les noms qui ne sont ni noms au sens 1a ni noms au sens 1b . Toutefois, l’expression «nom de première imposition» s’entend de deux manières :

  • 2a au sens large, tout ce qui n’est pas nom de seconde imposition est nom de première imposition : en ce sens, les termes syncatégorématiques sont des noms de première imposition ;
  • 2b au sens strict, seuls les noms catégorématiques qui ne sont pas des noms de seconde imposition sont des noms de première imposition.

- Il y en a encore pour longtemps ?

- Désolé si c'est rasoir, mais nous assistons ici à l'accouchement d'une réflexion sur le langage promise à un bel avenir, et puis ce n'est pas ta patience que je teste, mais notre topologie. Donc, patience...  Et donc, les mots de première imposition (D) ne sont pas de seconde imposition (A), vu sur le schéma, ça tombe sous le sens.

Pour comprendre la suite, il faut garder à l'esprit que le duo syncatégorématiquecatégorématique concerne en premier lieu les images mentales (cf. ici) , donc constitué dans le premier circuit R1.

  • 2a au sens large : les termes syncatégorématiques viennent de
    => (B)/(D) 
  • 2b au sens strict : les termes catégorématiques viennent de
    => (C)/(D)

3/ Nom de première imposition au sens strict de 2b(C)/(D)

  • "3 Les noms de première imposition au sens strict de 2b sont eux-mêmes de deux sortes, i.e. certains 3a sont des noms de seconde intention, d’autres 3b sont des noms de première intention.
    • 3a [i.e.: /(C)↑(B)/(D) ] Les noms de seconde intention sont ceux qui sont précisément imposés pour signifier des intentions de l’âme ou précisément imposés pour signifier à la fois des intentions de l’âme qui sont des signes naturels [i.e.: /(C)] et d’autres signes qui sont institués conventionnellement (ou ce qui caractérise de tels signes) [i.e.: (B)] . Il y a donc 3a1 un sens large et 3a2 un sens strict de l’expression «noms de seconde intention».
      • Au sens large 3a1, un nom de seconde intention [i.e.: (B)] est un nom qui signifie des intentions de l’âme (qui sont des signes naturels) et qui peut aussi signifier ou non «des signes institués conventionnellement, uniquement pendant qu’ils sont signes», c’est-à-dire des noms de seconde imposition au sens 1a [i.e.: synonymie (A) & (B)]. Au sens 3a1 un nom de seconde intention [i.e.: (B)] peut ainsi être en même temps un nom de seconde imposition [i.e.: (A)]. C’est le cas des noms utilisés à propos de ce qu’on appelle les «universaux». Les noms «genre», «espèce», etc., tout comme les noms «universel» et «prédicable» sont des noms de seconde intention parce qu’ils ne signifient rien d’autre que des intentions de l’âme (qui sont des signes naturels) ou des signes institués arbitrairement.
      • Au sens strict 3a2 , un nom de seconde intention est un nom qui signifie seulement des intentions de l’âme (qui sont des signes naturels) [i.e.: (B)]. Au sens 3a2 , aucun nom de seconde intention n’est donc un nom de seconde imposition. [i.e.: distinction entre (A) & (B)]
    • 3b Les noms de première intention  [i.e.: (C)]  sont tous les autres noms, c’est-à-dire ceux qui signifient des choses   [i.e.: /(C)] qui ne sont ni des signes ni ce qui caractérise ces signes. Et, là encore, on peut distinguer entre
      • 3b1 les noms qui signifient précisément des choses qui ne sont pas des signes destinés à supposer pour d’autres choses   [i.e.: /(C)] et
      • 3b2 les noms qui signifient simultanément de telles choses et des signes, comme les noms «chose», «être», «quelque chose» (aliquid), etc., c’est-à-dire, ce que les scolastiques appellent les «transcendantaux», dans la formulation dérivée d’Avicenne.  [i.e.: /(C)]

-  Franchement il faudrait une boussole pour s'y retrouver !

- J'espère que notre topologie contribuera à te rendre la chose intelligible. Il faut lire  avec le doigt sur les schémas pour comprendre la structure d'ensemble...

"Cette complexe classification, qui permet de dégager un aspect métalinguistique, en repérant une possibilité d’application réciproque au double niveau du langage mental et du langage conventionnel (puisque le nom de seconde imposition peut s’appliquer à un concept mental, et que le nom de seconde intention peut s’appliquer à un signe conventionnel), est, si l’on fait abstraction de la thèse ontologique «particulariste» qui porte tout le système, un des trois piliers de la doctrine des universaux. Le deuxième est la doctrine des intentions elle-même ; le troisième, la doctrine de la supposition. C’est l’articulation des trois qui fournit à Occam le principe de sa solution." p. 475

"Ce qui est dans l’âme signe d’une chose [i.e.: /(C)] est ce dont la proposition mentale est composée.[i.e.: (C)(B)" p. 475

"... à quoi il ajoute, comme en passant, que ce signe, «Boèce, dans son commentaire sur le Peri hermeneias, l’appelle “intellection” (intellectum) [i.e.: (C)(B)] ». Cette dernière note mène au cœur de la redéfinition occamiste de l’intentio." p. 476

- L'idée est bel et bien de s'éloigner de l'objet (niveau [♻]), pour parler des mécanismes internes de l'intellection (niveau [⚤]).

"Chaque fois que quelqu’un profère une proposition vocale, il forme d’abord en son for intérieur (interius) une proposition mentale, qui n’appartient à aucune langue, puisque beaucoup d’hommes forment fréquemment en leur for intérieur des propositions qu’ils ne savent pas exprimer à cause des insuffisances de leur idiome. Les éléments de ces propositions mentales s’appellent concepts, intentions, similitudes et intellections. Cf. Guillaume d’Occam, Summa logicae, I, 12." p. 476

- Soit, mais concrètement, qu'est-ce que l'intellection ? L'avoir situé au niveau [⚤] ne suffit pas.

"La seule question est ainsi de savoir ce qu’est ce signe dans l’âme, que la tradition a appelé de plusieurs façons. Occam mentionne trois opinions, qu’il a lui- même professées successivement :

  • a/ le signe mental est «un produit fictif de l’âme» (quoddam fictum per animam) [i.e.: ♢/(C)];
  • b/ le signe mental est
    • b1/ une qualité existant subjectivement dans l’âme [i.e.: /(C)] et
    • b2/ distincte de l’acte même d’intelliger (distincta ab actu intelligendi); [i.e.: en l'âme ♡ distinct d'intelliger au niveau [⚤]]
  • c/ le signe mental est l’acte d’intellection lui-même." [i.e.: l'acte ] p. 477

- J'avoue avoir un peu de mal à assimiler un signe à un acte ?

- Toujours est-il qu'après avoir envisagé ces différentes voies, Occam s'est arrêté à la dernière.

"L’argument d’Occam est simple : puisqu’il serait «inutile de faire avec un plus grand nombre» de principes «ce qui peut se faire avec moins», il est inutile de poser une qualité existant subjectivement dans l’âme en plus et hors (praeter) de l’acte d’intellection lui-même. Or, étant donné la définition la plus générale du signe – signifier autre chose et supposer pour autre chose–, comme les deux propriétés de signification et de référence peuvent convenir à l’acte d’intellection aussi bien qu’à un autre signe, il n’y a pas de raison de maintenir que le signe mental est une qualité subjective distincte de l’acte même d’intelliger."

- Comme je fatigue, j'ai demandé un coup de main pour comprendre le rapport entre l'inellectuation et "signifier autre chose et supposer pour autre chose" :

— 🤖 : Occam identifie l’acte d’intelliger lui‑même à un signe au sens logique strict.
Dans sa définition générale, un signe catégorématique [i.e.: en ♧] est «ce qui fait venir quelque chose à la connaissance et est de nature à supposer pour cette chose»; de Libera résume cela par: «signifier autre chose et supposer pour autre chose».
Occam constate que:
Quand tu as un acte d’intellection de cheval, cet acte:

  • a un contenu qui représente des chevaux singuliers (il «signifie autre chose»)[i.e.: un référé en ♡];
  • peut entrer comme terme mental dans une proposition mentale («[ce] cheval est blanc») [i.e.: en ♧] où il suppose pour ces chevaux (il remplit une fonction référentielle).[1] 

Donc, l’acte d’intellection remplit exactement les deux conditions qui définissent un signe: signification + supposition. Il n’est pas seulement accompagné d’un «concept‑qualité» supplémentaire qui serait le signe; cet acte est déjà, en tant que tel, ce signe mental.

Le rapport est donc:

  • l’intellectuation = acte par lequel l’âme pense un objet;  
  • cet acte, en tant qu’il représente cet objet et peut tenir lieu de lui dans le langage mental, est ce qui «signifie autre chose et suppose pour autre chose».

D’où le rasoir: inutile de postuler, en plus de l’acte d’intelliger, une qualité mentale distincte qui remplirait ces deux fonctions; l’acte suffit pour assurer signification et supposition."

- Merci Perplexity : sa paraphrase du texte de Libera me l'a rendu plus clair, signe que je fatigue !

- Nous avons donc les deux premiers piliers (mots et intentions) il manque la théorie des suppositions pour articuler le tout...

- Oui, mais sera pour un prochain article : là je fatigue.

- Amen.

Hari

Note 1 :

- J'ai hésité un moment avant de choisir ma représentation. Il y avait pour moi une difficulté, et j'ai peur de faire un contresens.

- De quel genre ?

- Jusqu'à présent le niveau [♻] est celui de la chose (en re) et l'essence est indépendante de qui en parle : c'est "la chose en soi". Pour nous, ici et maintenant ce niveau au changé de statut : il est devenu relatif au Sujet : il n'y a plus d'objet "en soi", mais "pour moi", c'est lié au choix d'un mètre pour "mesurer" l'objet. Et là où chez Aristote, nous avons deux voies parallèles de niveau [⚤] et [♻], l'objet pour nous est ce qui persiste à tout changement de "mètre".

- Autrement dit, ce qui est parallèle chez Aristote ([⚤] // [♻]) est orthogonal chez nous :

  • La voie des mots ⇅ est covariante (l'aspect conventionnel)
  • La voie des choses  est contravariante (le discours conceptuel)

Mais tu avais bien représenté Platon sur le ruban R, non ?

- Effectivement : chez lui le mot colle à la chose, et c'est à peu-près la même idée que l'on retrouve ici dans ce discours conceptuel. En parlant d'abeilles, Socrate et Ménon sont bien d'accord sur ce qui fait qu'une abeille est une abeille, sans avoir à l'exprimer verbalement. Par ailleurs cette idée de "signe naturel" me rappelle tout ce que nous avons vu du système de signatures, avec Michel Foucault. Il y a encore, à l'époque d'Occam, une "épaisseur" des mots, qui nous échappe totalement aujourd'hui.

- OK, et donc, faut-il passer à une représentation complète sur le cross-cap ?

- Non : nous sommes très loin de rapporter le discours sur la chose à l'expérience que l'on en a. Par ailleurs, il y a un parallèle assumé entre ce "discours conceptuel" et les différentes langues. D'où mon choix dans le texte.

Note 2 :

- Je tique un peu sur les termes "symbolique" et "sémiotique" employés ici :

— 🤖 : Les mots «symbolique» et «sémiotique» dans cette phrase sont le vocabulaire d’Alain de Libera, pas celui d’Aristote ni d’Occam.

  • Aristote, en De interpretatione 16a3‑8, parle de σύμβολον (symbolon) pour les sons vocaux par rapport aux passions de l’âme, et de σημεῖον (sēmeion), «signe», ainsi que de «ressemblance» (ὁμοιότητα) entre affections de l’âme et choses. Il ne dispose pas d’une opposition théorique «relation symbolique» / «relation sémiotique» au sens moderne.[1][2][3]
  • Dans la phrase que tu cites, De Libera reconstruit ce dispositif avec un vocabulaire contemporain :
    • relation «symbolique et conventionnelle» = lecture moderne du fait que la voix est σύμβολον «par convention» des affections de l’âme ;
    • relation «sémiotique et naturelle» = lecture moderne du fait que les affections (νοήματα) sont σημεῖα et «ressemblances» des choses.[3][4]
  • Occam, de son côté, distingue bien signes ad placitum (conventionnels) et signes naturels, et il parle d’utterances comme signes «subordinés» aux concepts mentaux ; mais il n’emploie pas les catégories lexicales «symbolique» / «sémiotique» telles quelles.[5][6]

Donc :  

  • σύμβολον, σημεῖον, «ressemblance» : Aristote.  
  • Distinction formulée en termes de «relation symbolique» vs «relation sémiotique» : reformulation historienne de De Libera, éclairée par la sémiotique moderne, non un lexique aristotélicien ou occamien d’époque.[4][7]" (Sources : suivre le lien)

Ce qui nous place la "sémiotique" au niveau [♻], concernant "la chose" et non de que l'on en dit...

- Un peu curieux pour une science du langage, non ?

- À moins que nous n'ayons là le second tour évoqué plus haut avec un "langage intérieur en [⚤] et son expression en [♻] ? Approfondissons le concept de "sémiotique". Je questionne Perplexity sur le rapport entre syntaxe et sémantique en sémiotique :

— 🤖 :  Oui, la sémiotique distingue précisément ces niveaux, et elle s’occupe de leurs rapports.  

Triptyque classique : syntaxe / sémantique / pragmatique
Dans la tradition de Morris, souvent reprise en sémiotique :[1][2][3][4]

  • Syntaxe (ou syntactics) : relations formelles entre signes entre eux, indépendamment de ce qu’ils veulent dire (combinaisons possibles, ordre, contraintes de structure).
  • Sémantique : relation des signes à ce qu’ils signifient (référence, sens, intension/extension, dénotation/connotation).[5][6]
  • Pragmatique : relation des signes à leurs usagers et aux contextes d’usage (intentions, effets, situations, institutions).[2][3][5]

La sémiotique contemporaine intègre ces trois dimensions sous un même cadre, plutôt que d’opposer «sémiotique» à «sémantique» : la sémantique est une partie de la sémiotique.[4][6][7]

Syntaxe sémiotique vs. production de sens

  • Ce que tu appelles «production de signe de l’ordre de la syntaxe du signifiant» correspond, côté sémiotique, à l’étude des structures de combinaison des signes : syntagmes, paradigmes, codes, grammaires de discours.[8][9][10]
  • Ce que tu appelles «ordre de la sémantique et du sens» correspond à :
    • la sémantique : ce que ces structures signifient (contenus, référents, valeurs),
    • et, en pratique, à la pragmatique : comment ces contenus prennent un sens effectif pour des sujets situés (effets de sens, implicites, actes de langage).[6][11][5]

Beaucoup de travaux insistent justement sur l’articulation : comment les formes (syntaxiques, au sens large : combinaisons de signes) contraignent et ouvrent des possibles de sens, sans les déterminer complètement.[9][10][12]" (Sources : suivre le lien)

Pour cadrer avec une éventuelle distinction [⚤] / [♻] on peut partir sur :

  • Premier tour : de rem—[⚤]/[♻]— en re : on développe le "langage intérieur" en [⚤];
  • Second tour : sémantique—[⚤]/[♻]—Pragmatique : avec les effets du langage dès lors que la parole est donné (comme "existant" hors du Sujet).

La syntaxe étant le mode ♢ commun ou non aux deux niveaux, à discuter.

Note 3 :

- Petite vérification de ma proposition, par rapport au texte de l'auteur :

— 🤖 : Oui, ton interprétation par les trois tours sur un seul ruban de Möbius «voie des mots» est compatible avec ce que De Libera reconstruit d’Occam sur tout le passage 453‑520, à condition de garder trois points fermes.[1][2]

1. Tout universel = acte conceptuel mental, signe naturel
De Libera insiste : chez Occam,

  • «L'universel n’est pas une chose, mais un concept»,
  • ce concept est un acte de l’âme, une qualité réelle in anima, qui «signifie plusieurs choses dont il tient lieu»,
  • il est un signe naturel (signum naturale) de ces choses, «similitudo» schématique applicable à plusieurs singuliers.[2][3][1]

Dans ton ruban :  
- le premier tronçon (expression mentale en [⚤] visant ce qui est «de re» en [♻]) correspond bien à ce concept‑signe comme acte abstractif simple, universel «par signification», issu d’une intuition d’un singulier.[3][1]

2. Primauté du langage mental et subordination oral/écrit
De Libera résume la refonte du triangle sémiotique :  

  • Langage mental : «discours conceptuel», composé de mots mentaux (concepts) qui signifient naturellement les choses singulières.[4][1]
  • Langage parlé et écrit : deux langages conventionnels subordonnés au mental.
    • Dans leur institution, le signe écrit est subordonné au signe vocal,
    • et le signe vocal est subordonné au concept ;
    • mais une fois institués, «les trois sortes de mots ont la même signification : ils signifient les choses singulières».[5][1][4]

Cela colle très bien avec tes trois tours sur le ruban MOTS :  

  1. oratio mentalis (concepts, propositions)  
  2. oratio vocalis (voix)  
  3. oratio scripta (écrit)  

Chaque tour reste sur la même voie (MOTS), et la subordination écrit→oral→mental est exactement celle qu’expose De Libera.[1][4]

3. Déplacement de la généralité dans l’ordre des signes
De Libera insiste encore :

  • Ontologiquement, « tous les étants sont singuliers » (substances premières et accidents individuels).[6][1]
  • «Il n’y a généralité que par la signification» :
    • pas de nature commune in re,
    • mais un concept universel comme «intention singulière de l’âme, apte à être prédicable de plusieurs»,
    • et des mots (oraux/écrits) qui peuvent être institués pour signifier la même pluralité.[7][3][1]

Ton schéma respecte ce point :

  • Schéma 1 : tu gardes, à la manière aristotélicienne, une case [♻] où tu «vois» encore la chose visée.
  • Schémas 2 et 3 : tu fais progressivement «monter» [♻] dans l’ordre des MOTS : d’abord produit de discours mental, puis contenu vocal, puis codé graphiquement.  

Autrement dit :

  • la généralité ne vient jamais de la chose elle‑même,
  • elle apparaît comme propriété du flux symbolique sur ton ruban : concept (universel par signification), parole, écrit.[8][2][1]

Cela est exactement ce que De Libera souligne : Occam déplace l’indifférence / universalité de l’ordre des natures (Avicenne, Scot) vers l’ordre des actes conceptuels et des signes.  

Donc, en résumé :

  • Rester sur un seul ruban covariant (voie des mots) en trois tours successifs mental→voix→écrit est pleinement cohérent avec la théorie occamienne telle que la reconstruit De Libera.[2][4][1]
  • Ton usage de [⚤]/[♻] pour marquer, à chaque tour, la polarité «support discret» / «contenu stabilisé» du flux symbolique respecte bien :
    • la primauté de l’oratio mentalis,
    • la subordination voix/écrit,
    • et la thèse que toute universalité est de l’ordre de la signification, non de la chose en soi."(Sources : suivre le lien)

Note 6 : La forme canonique (en référence à l'article "Moi-Peau & forme canonique").

- J'ai écrit cet article avant d'avoir développé l'utilisation d'une représentation sur le cross-cap, et caractérisé la dualité :
voie des mots— covariance/ contravariance—voie des choses.

Avec le recul, il est évident que tout ce que j'ai développé devait se trouver dans la voie des mots et non celle des choses. Donc lorsque j'écris :

Pour avoir une chance de correctement rendre compte de la pensée mythique, il faut faire le saut 𓁝[#]𓁜 ⏩𓁝[#]𓁜, et considérer cette forme canonique d'un point de vue topologique. ​​​​​​

Il faut rectifier par 𓁝♢𓁜, ce qui tient compte du fait qu'ici, non seulement nous sommes sur R, mais également que le niveau [#] n'étant pas identifié, la problématique se traite au niveau du langage [⚤].

Ensuite il serait intéressant de redéfinir le problème Jivaro pour représenter "la femme potière" en termes de catégories aristotéliciennes :

Lévi-Strauss écrit ainsi sa forme canonique :

Fjalousie(engoulevent) : Fpotière(femme) : : Fjalousie(femme) : Fengoulement-1(potière)

Bien entendu, notre représentation ne peut pas "fonctionnelle", car à l'époque d'Occam, tout est "objectivé" en [♻] comme en [⚤], sous forme d'objet de concept ou de mots, d'où cette interprétation :

    Jivaro    
      femme jalouse
  Femme =
potière+jalouse
potière
  1ère jalousie
       
totem engoulevent   Femme  

Soit le positionnement suivant des 4 termes de la forme canonique :

  1. En ♡♻ :  Fjalousie (femme) <=> l'essence de la femme;
    => La femme est par nature jalouse et criarde
  2. En ♧⚤ : Fjalousie (engoulevent) <=> le totem ou quiddité de la femme;
    => Son totem est l'oiseau engoulevent qui caractérise cet état
  3. En ♢♻ : Fpotière (femme) <=> accident inséparable de la femme;
    => La femme est potière, ce qui demande au contraire des qualités de soin et de méticulosité qui ne cadrent pas avec ce totem;
  4. En ♢: Fengoulement-1(potière)<=> la proposition impossible;
    => Comment représenter la femme jalouse et potière ?

C'est sans doute là qu'il faut parler de connotation : le problème n'est pas attaqué de front, par exemple en modifiant le totem de la femme, pour lui donner celui du fournier, que Lévi-Strauss repère comme antinomique de l'engoulevent. À la place, les tribus Jivaro racontent une série de mythes qui tous présentent la même structure, pour "connoter" par le discours en ♢ le problème réel en ♢.

L'opération en son essence consiste à "tuer" le représentant "engoulevent" en ♧, pour rendre possible un lien "potière+jalouse" en ♢. (la déesse Engoulevent aux trousses de son époux le dieu Lune s'échappant au Ciel, meurt en tombant et son corps se disperse au sol en donnant la terre à poterie).

D'un certain point de vue, pour dénoter simplement la "femme", il suffirait de lui associer le totem "fournier", ce que les Jivaros n'envisagent pas. On pourrait dire qu'ils "connotent" la femme par un symbole "engoulevent" qui :

  • tantôt existe (pour la qualifier de jalouse) : Fjalousie (engoulevent)
  • tantôt n'existe pas (pour la qualifier de potière) : Fengoulement-1(potière)

- Je suppose que tu te réfères à Duns Scot pour parler de l'indifférence des universaux à l'existence, avec un choix de la part du Sujet 𓁝♡𓁜 ?

- Oui, bien entendu. Je me rends compte en écrivant cette note que si la forme canonique est d'usage universel, elle doit malgré tout être réinterprétée en fonction du contexte épistémologique de l'époque.

- À quoi penses-tu ?

- Au fait que pour identifier une impossibilité :

  • Soit nous allons jouer sur l'existence ou non d'un concept déjà là (ex: le chat de Schödinger), et "connoter" ce qui échappe à la représentation (l'indétermination);
  • Soit on invente un nouveau symbole pou "dénoter" le concept. Par exemple le symbole √2 pour le nombre "a" dont le carré axa=2 ou i pour le nombre  "b" dont le carré bxb=-1.

- OK, mais concrètement, comment représenter cette forme canonique avec les outils à la disposition d'Occam ?

- A priori, en jouant sur l'existence ou non 𓁝♡𓁜 , des concepts mis en relation dans ♧𓁜𓁝♢.

  • Pour exprimer le caractèPour exprimer le caractère jaloux de la femme : 
    • Question : Jalouse ?𓁜𓁝♢
    •  Choix : 𓁝♡𓁜 : engoulevent existe;
    • Jugement : 
      • 𓁜𓁝♡ : jalouse ? 
      • 𓁝♡𓁜 : oui.
    • Pour exprimer l'association engoulevent et potière :
      • Question : Potière ? ♧𓁜𓁝♢
      • Choix : 𓁝♡𓁜 : engoulevent n'existe pas;
      • Jugement : 
        • 𓁜𓁝♡ : potière ? 
        • 𓁝♡𓁜 : oui.

- C'est un schéma qui rejoint la cohomologie ?

- Oui : les choix sont autant de "cochaînes" ou restrictions des possibilités apportées par le langage. On s'éloigne un peu d'un pur cheminement R. Nous l'avions déjà envisagé à propos de Dun Scot, voyons si ça se précise chez Occam...

Note 7 :

— 🤖 :  "La grammaire scolaire latine de l’époque (héritée de Donat et Priscien) distingue huit partes orationis:

  1. Nomen – le nom (substantif/adjectif)  
  2. Pronomen – le pronom  
  3. Verbum – le verbe (y compris l’infinitif)  
  4. Adverbium – l’adverbe  
  5. Participium – le participe  
  6. Coniunctio – la conjonction  
  7. Praepositio – la préposition  
  8. Interiectio – l’interjection[1][2][3]

C’est ce système des «octo partes orationis» qui structure l’enseignement grammatical dans le trivium médiéval.[4][1]" (sources : lien)

Note 8 :

— 🤖 : «Purement extensionnelle» signifie ici que la signification d’un terme mental (catégorème) se réduit entièrement à l’ensemble des individus auxquels il s’applique, et ne passe par aucun contenu «interne» de type nature commune, essence, intention ou sens fregeen.[1]

Plus précisément:

  • La signification d’un nom propre ou commun est comprise comme «la relation du nom […] aux choses singulières dont il est le signe».
  • Pour un terme comme homo, «ce qu’il signifie» n’est rien d’autre que la classe de tous les hommes possibles ou existants (présents, passés, futurs), c’est‑à‑dire son extension; il n’y a pas, derrière ou au-dessus d’eux, d’«homme en soi», de statut, d’essence universelle extra‑mentale ou de Sinn autonome.
  • De Libera insiste donc sur le fait que, chez Occam, la sémantique du signe conceptuel mental ne fait intervenir que des substances individuelles et leurs qualités particulières comme corrélats, en parfaite homologie avec une ontologie qui n’admet que ces deux types d’êtres.

Dire que la signification est «purement extensionnelle», c’est donc dire: pas de médiation par des entités universelles, pas de niveau sémantique intermédiaire de type sens/intention commune; seulement un signe et la pluralité des individus pour lesquels ce signe peut valoir dans les propositions mentales.

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