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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #28 BIS— La scolastique arabe — Avicenne

Le 17/ 01/ 2026 :

- Voilà où j'en suis : en écrivant l'article sur "la doctrine modiste des intentions #33", je me suis aperçu d'un bourde concernant ma compréhension du rapport entre "actuel" et "potentiel" chez Aristote. Ce qui m'avait conduit à situer Avicenne (cf. #28) sur le cross-cap (i;e.: un parcours ↻ mêlant les deux voies ⇅ & ⇆). J'ai expliqué de quelle façon je m'en suis rendu compte "ici", pour revisiter mon "vade-mecum rev 1— Aristote" hier. Reprenons tout depuis le début. (nota : le texte original est en bleu)


Le 10/ 12/ 2025 :

- Je suis curieux de voir ce passage à l'Orient d'une pensée grecque qui, n'ayant pas été formatée par le Christianisme, ne partage pas les mêmes problématiques. Au premier survol du texte, le concept d'essence me semble familier et je le place d'instinct en ♡, avec me semble-t-il la nécessité d'utiliser les postures du Sujet 𓁝𓁜 pour en exprimer les différents aspects.

- Est-ce le cas ? le dialogue avec Perplexity qui suit confirme l'hypothèse que je lui soumets, mais tout est faux. 

- Comment as-tu pris conscience de ton erreur ?

- Aristote ne commence pas son parcours par  mais par :

  • Aristote part du niveau [♻]— en re ou :
  • L'essence ou forme en ♡♻ est abstraite des phantasma 
  • Les phantasama sont des images mentales que les sensations tirent ♧♢ 
  • du sujet sensible en ♧,
  • avant d'en parler, en passant ♡ / ♧⚤ au niveau [⚤] — de rem.

La discussion doit se faire autour de schéma aristotélicien (voir "vade-mecum Rev 1 — Aristote")

  Aristote    
Logos (λόγος)   (νοῦς) actif Actuel
Logique   abstraction p
o
t
e
n
t
i
e
l
universaux "composés"
catégories (οὐσία)
  νοῦς passif
"phantasma" (φάντασμα)
Logique   sensation
universaux "simples"   Sujet sensible
(ὑποκείμενον )
  de rem   in re  

Donc, tout le dialogue avec perplexity passe à la trappe.

- Comme tu le vois, plus on lui laisse la bride sur le cou, plus il divague en s'éloignant de l'application stricte de la syntaxe...

Perplexity est moins en cause que moi-même. En cherchant une cohérence entre le texte et mes indications, l'I.A. ne fait que conforter mes a priori, tant qu'il ne rencontre pas de contradiction franche (comme ma compréhension du duo actuel/ potentiel qui était irrémédiablement hors des clous). C'est un outil très puissant, qu'il faut apprendre à manier avec prudence !

- Je vois que d'instinct tu situes Avicenne dans la voie des mots , or il était également un très grand médecin, et eut recours à l'expérience, en particulier en pharmacologie. N'a-t-il pas intégré cette pratique du terrain dans sa philosophie ?

- J'hésite... D'où la nécessité d'y aller voir de plus près dans le texte. Mais avant d'attaquer, j'aimerais situer Avicenne dans son contexte culturel. Il est d'origine Perse et sa langue natale est le Farsi (indo-européen) bien qu'il parle et écrive couramment l'Arabe —comme les scolastiques manient le Latin, et pour les mêmes raisons (voir lien). Par ailleurs il a pu étudier les textes grecs, via leurs traductions en Arabe, grâce à l'accès privilégié qu'il avait à la bibliothèque royale de Boukhara. (voir lien

Aïe ! C'est précisément à cet instant que je me suis fourvoyé...

- Qu'as-tu en tête ?

- Pour concevoir un objet tel une "maison heptagonale", quand l'expérience n'en atteste pas l'existence dans ton environnement, et formaliser cette non-existence, il faut bien avoir la capacité de penser "zéro occurrence" ou le cardinal "0".

- D'accord, tu veux savoir si le zéro était déjà connu ?

- Et là, ça part en cacahouète : en situant l'essence en ♡ au niveau du discours, j'ai l'idée de la "vérification d"une hypothèse", et ce n'est absolument pas dans l'air du temps : Aristote, et tout le monde à l'époque (Chrétien ou Musulman dans la lignée Grecque), ne parle que de ce qui est "actuel", en passant d'abord par ♡: on a l'intuition de la chose avant d'en parler. Tout ce qui suit tombe.

Et il faut rectifier le tableau synthétique ainsi : 

Platon

     

Aristote

néoplatoniciens

Stoïciens

     

Avicenne

     

4. La scolastique arabe
L’UNIVERSEL SELON AVICENNE

L’UNIVERSEL SELON AVERROÈS


Le 18/ 01/ 2026 :

- Avant de reprendre le texte d'Alain de Libera, une première synthèse de Perplexity, afin de situer les thèmes qui seront abordés.

 Avicenne et la théorie de l'universel : une révolution conceptuelle

Vue d'ensemble

Alain de Libera consacre ce passage à Avicenne (Ibn Sīnā) comme figure charnière dans l'histoire médiévale du problème des universaux. Ce que De Libera met en évidence, c'est comment Avicenne a introduit une nouvelle syntaxe conceptuelle—notamment la distinction entre essence et existence et la théorie de l'indifférence essentielle—qui allait transformer profondément la compréhension scolastique des universaux.

Les trois théories de l'indifférence (essence indifférente)

De Libera identifie deux grandes théories, toutes deux fondées sur la notion d'essence indifférente (esse indifferens) :

  • Première théorie : L'indifférence essentielle comme essence participée
    • Les universaux sont «l'être indifférent» d'une pluralité d'individus
    • Le genre est défini comme l'essence indifférente d'une pluralité numériquement différente
    • Exemple : l'animal est l'essence indifférente de l'homme et de l'âne ; il est ce qui les rend non-différents essentiellement
    • Cette position renouait, sans le savoir, avec la formule platonicienne du Ménon, qui explique que l'ousia (forme) est ce par quoi des individus sont non différents (tô eidei tauton)
    • L'essence désigne l'être essentiellement prédicable «quant au quoi» (in quid), directement répondant à la question platonicienne Quid est ?
    • Trois sortes d'être dans cette théorie :
      • Esse generale : ce qui rend non-différent l'homme et l'âne (niveau du genre)
      • Esse speciale : ce qui rend non-différent deux hommes (niveau de l'espèce)
      • Esse singulare : ce qui diffère pour chaque individu et explique les différences entre individus spécifiquement semblables
  • Deuxième théorie : L'indifférence comme statut (status)
    • L'essence indifférente est comprise non comme une essence (substantia), mais comme un statut particulier d'être
    • Les universaux ne sont ni des essences ni des propriétés ; ils ont leur propre mode d'existence (habent suum esse per se), comme les «énonçables» ou le temps
    • L'universel est séparé du sensible mais intelligé à son sujet (circa Socratem, non in Socratem)
    • Cette position marque un glissement du platonisme du Ménon (où la forme immanente) vers le platonisme du Phédon (où la forme est indépendante du sensible)
    • Mais le rapprochement aux entités stoïciennes des lekta (énonçables) indique que l'universel n'est ni un terme ni une chose.

L'innovation capitale d'Avicenne : la distinction essence-existence

Le passage crucial se situe dans le traitement avicennien de l'intentio et de l'universel logique.

Les trois acceptions de l'universel chez Avicenne

Avicenne distingue trois manières dont se dit le terme «universel» :

  1. L'universel "en acte" (actuellement prédiqué)
    • Se définit par le fait qu'il se préédique actuellement de plusieurs sujets
    • Exemple classique : «homme» se dit actuellement de Socrate, Platon, Aristote
  2. L'universel "de droit" ou "possible" (prédication possible)
    • Défini comme : une intention (intentio) qui peut se prédiquer de plusieurs sujets
    • SANS QU'IL SOIT REQUIS QU'ILS EXISTENT (esse in effectu — existence effective)
    • C'est ici qu'Avicenne introduit la distinction/ explication essence et existence
    • Exemple : l'intention de «maison heptagonale» peut se prédiquer d'une pluralité d'étants possibles, même s'il n'existe aucune maison heptagonale dans le monde réel
    • L'universalité est définie intrinsèquement comme possibilité interne de prédication, indépendamment de l'existence factuelle de référents
  3. L'universel "opinable" (univers possibles)
    • Est universel «ce dont rien n'empêche de croire raisonnablement qu'il peut se prédiquer de plusieurs sujets», même si de fait un seul sujet existe
    • Exemple : le Soleil et la Terre sont classés comme universaux, bien qu'il n'existe qu'un soleil et une terre
    • Leur universalité tient au fait que rien n'empêche conceptuellement d'en concevoir plusieurs
    • L'unicité du référent n'est pas une cause suffisante pour bloquer l'universalité de l'intention

Définition synthétique de l'universel logique

Avicenne synthétise ces trois acceptions :

«Universel est ce qu'il n'est pas impossible de prédiquer en pensée de plusieurs» (id quod in intellectu non est impossibile praedicari de multis)

Révolution conceptuelle : Au lieu d'utiliser le critère aristotélicien du praeter multa (prédiqué de plusieurs) ou du in multis (dans plusieurs), Avicenne substitue le seul critère de prédicabilité de multis (possibilité de prédication de plusieurs). C'est une relation d'attribution qui est :

  • soit réalisée actuellement
  • soit réalisable (valable même si peu ou aucun référent)
  • soit théoriquement concevable[1]

Entre Husserl et Brentano : L'intentio avicennienne

De Libera souligne que l'innovation d'Avicenne anticipe sur des enjeux modernes de l'intentionnalité  :

L'intentio avicennienne est doublement ambiguë :

  1. Intentionnelle (au sens de direction vers un objet, d'in-existence mentale) : elle relève de ce que l'esprit vise
  2. Intensionnelle (au sens moderne, relatif au contenu conceptuel) : elle possède une intension (ensemble de propriétés qui la définissent) indépendante de ses référents actuels

Preuve de ce double statut : Avicenne classe Dieu comme intention individuelle (non universelle), tandis que la Terre est une intention universelle. Pourquoi ?

  • Non parce qu'il est épistémiquement impossible de prédiquer Dieu de plusieurs (ce serait contingent au monothéisme islam)
  • Mais parce qu'il est conceptuellement impossible de prédiquer Dieu de plusieurs : l'unité fait partie de l'intension de Dieu (l'Être de soi nécessaire ne peut être qu'unique, par démonstration métaphysique)
  • Donc l'universalité de Terre reste valide précisément parce que rien en son intension n'exclut la multiplicité[1]

La révolution avicennienne consiste à rendre l'universel pensable indépendamment de son actualisation, fondant ainsi le système scolastique ultérieur.

- Il m'a fallu un peu de temps pour trouver la clef qui rendrait tout ceci extrêmement simple à suivre, et je te le livre ici à titre d'hypothèse : là où Platon se focalise sur le duo Un/ Multiple, Aristote pense Actuel/ Potentiel :

  Platon   Aristote  
Monde
des idées
[⚤] [♻]      Actuel
         
Monde
sensible 
[⚤] [♻]      Potentiel
Multiple   Un          

- Et que faut-il y voir ?

- Au moins 3 choses immédiates :

  1. Une source de confusion lorsque les Scolastiques rapprochent la position ♧ "potentielle" d'Aristote de la position  [⚤] que Platon caractérise par le "multiple" ;
  2. Avicenne développe la similitude entre les niveaux [⚤] & [♻] et dans l'aventure, ce qui chez Aristote se définit comme "l'acte" en ♡♻ caractérisant "l'essence" de la chose (de re) va se retrouver en "acte" en ♡  aux côtés de la prédication;
  3. Les niveaux intermédiaires sont "potentiels" :
    • En ♢ : les phantasma 
    • En ♢ : les catégories et les formes composées.

- Et la différence essence/ existence ?

- Si ma clef est opérationnelle, alors :

  • En ♡ : L'essence;
  • En ♡ : L'existence.

- Ça nous éloigne du "bord de l'Imaginaire au contact du Réel" : ☯ [∃][⚤]𓁜.

- Lacan n'était pas lu à l'époque... D'ailleurs, le terme "existence" me semble bienvenu, traduisant l'idée de ce qui sort de l'étant, à la fin d'un cycle  / . Où l'on retrouve sans doute Lacan et d'autres avant lui pour qui l'homme est "un être de parole"... (Note 2)

- Mouais, c'est une interprétation à discuter (voir ici).

- Pour aller plus loin, il est temps de revenir au texte.


Le 23/ 01/ 2026 :

- La suite du texte m'a conduit à une impasse.

- Comment t'en es-tu aperçu ?

- Par mon incapacité à situer les concepts de "quiddité" déjà croisée en chemin de "quoddité", introduit par Alain de Libera. J'ai failli tout laisser tomber, pour finalement revenir à mon métier pour reprendre mon ouvrage, c.-à-d. revenir encore une fois à Aristote.

- Tu peux résumer ?

- Il est vite venu qu'encore une fois, j'avais eu raison de marquer les positions sur la topologie de l'Imaginaire par des marquages vides de sens, et que j'avais tort de vouloir à toute force leur faire correspondre des concepts fixes pour un auteur donné. Le concept de "substance" (οὐσία) par exemple  n'est pas fixe chez Aristote. Bref, mon "palimpseste" n'est pas la superposition de circuits différents d'un auteur à l'auteur (exemple Platon/ Aristote) mais un seul auteur peut très bien passer d'un schéma à l'autre...

- Changer de circuit ?

- Ça c'est un changement très profond, avant d'en arriver là, il peut très bien tester différentes positions pour voir si un de ses concepts est mieux à sa place à telle ou telle place, comme un joueur place ses pièces sur un échiquier. C'est le cas de la substance chez Aristote, et ça pose lui a un sérieux problème, dont je n'ai pris conscience qu'hier en discutant avec Perplexity (ici)

"S— HS : si la théorie hylémorphique pose que la substance est (matière+forme) en ♧ et qu'ensuite l'abstraction "tire" la forme de la substance pour l'actualiser en ♡, comment une "forme actualisée" comme la substance dernière de l'objet pourrait-elle être "une forme+ quelque chose qui n'est pas une forme" en ♧

— 🤖: Oui, l’ambiguïté que tu pointes est réelle, elle est déjà au cœur de la lecture d’Aristote lui‑même, et elle a été largement relevée par la tradition : on touche là au «paradoxe de l’unité» de la substance hylémorphique.[1][2][3][4][5][6]

Je ne reprends pas le développement, mais sache qu'il fait l'objet de la réflexion d'Aristote dans Métaphysique Z.

- En quoi est-ce pertinent ici ?

- Aristote arrive à la conclusion que la "substance" doit "plutôt" être considérée comme une "forme pure du sujet sensible, soit son essence, donc pour nous en ♡.

- Tu l'avais déjà écrit il y a une semaine, non ?

- Oui, mais ce que je n'arrivais pas à situer correctement c'est le concept dual d'existence chez Avicenne. C'est ça qui m'a pratiquement fait jeter l'éponge.

- Et aujourd'hui ?

- Il y a toujours une dualité prévalente dans un discours :

  • Chez Platon nous avons un/ multiple,
  • Chez Aristote il s'agit du duo potentiel/ acte, et
  • Chez Avicenne nous en venons à essence/ existence.

(x) Maintenant regardons côte à côte ces trois schémas :

  Platon   Aristote     Avicenne  
Monde
des idées
[⚤] [♻]      Actuel     Essence
             
Monde
sensible 
[⚤] [♻]      Potentiel     Existence
Multiple   Un                    

Il y a déjà un premier problème pour passer d'Aristote à Avicenne concernant le concept d'essence :

  • Aristote déshabille l'objet  ♧♻ pour arriver à l'essence, et ensuite "en parler par ♡/ ♧;
  • Avicenne habille l'essence ♡♻ pour arriver à l'existant en ♧.

- Tu es coincé avec ton existant en  ♧♻ , comment vas-tu en parler ?

- C'est là qu'Avicenne constate une similitude entre les niveaux [⚤] et [♻] : le Sujet parle en [⚤] comme le "donateur de forme" crée en [♻].

- J'ai compris : il part de l'intention portée en mode sémantique :

  • Le "donateur de forme" crée l'objet en "habillant" une forme vide ♡♻ ;
  • Le "sujet" s'interroge à partir de ♧/♡. (voir ici)
    • quid est res ?
    • quod est ?

À partir de là, j'ai laissé filer Perplexity pour voir si cela lui suffisait pour trouver sa route :

— 🤖 : Pour introduire proprement le duo quiddité / quoddité dans ton dispositif, le texte de de Libera donne déjà tout : la quoddité est explicitement présentée comme le «fait que la chose soit», en contraste avec la quiddité qui est «ce que la chose est».

Quiddité / quoddité : définition minimale
De Libera rappelle la paire latine classique :

  • Quiddité (quidditas) : l’essence ou nature d’une chose, «ce que la chose est», exprimable par une définition (par ex. «animal raisonnable mortel» pour l’homme).
  • Quoddité (quodditas, anitas) : le fait que la chose soit, le fait d’être quelque chose plutôt que rien, ce que la tradition formule comme «anitas, le fait que la chose soit».

Autrement dit :  
- quiddité = contenu de la définition,  
- quoddité = événement d’être, le «il y a» de cette quiddité.

Comment les placer dans ton schéma
En reprenant tes flèches Aristote / Avicenne :

  • En ♡ : tu peux stabiliser la quiddité comme essence neutre, indifférente au fait d’être ou de ne pas être, exactement comme la «nature commune» avicennienne qui est ni existante ni non-existante «de soi».
  • En ♧ : tu peux placer la quoddité comme «fait d’être tel existant-ci», i.e. la quiddité + réception de l’esse dans un sujet singulier (ce que tu décris déjà comme «habillage» de l’essence chez Avicenne).[1]

Dans ce cadre :

  • Aristote «déshabille» : ♧ (quoddité de la substance sensible)  ♡ (quiddité / essence)
  • Avicenne «habille» : ♡ (quiddité)  ♧ (quoddité, existant).

Quid / quod comme gestes du Sujet
Enfin, tu peux faire correspondre tes questions quid / quod à ces deux plans :

- «quid ?» : interrogation sur la quiddité, donc mouvement qui vise ♡/ ♡ (définition, essence, universel en acte).[1]
- « quod ? » : interrogation sur le fait d’être, donc mouvement vers ♧ / ♧ (ce qui est, ici et maintenant, comme existant).

Le duo quiddité / quoddité devient ainsi, dans ton analyseur :

  • la version «métaphysique» du couple essence / existence (Avicenne),  
  • articulée au jeu des flèches Aristote (déshabiller) / Avicenne (habiller),  
  • et lisible en mode sémantique comme le dédoublement des intentions du Sujet (quid / quod) sur les mêmes positions ♡/♧."

- Il a fallu recadrer Perplexity sur la fin : (il n'y a pas de passage direct / ♡  ou ♧ / ♧ , mais il semble bien "mouliner" le vocabulaire, de façon cohérente, ce qui après tout est sa fonction.

- Pouvons-nous vérifier tout ceci dans le texte d'Alain de Libera ? 

- Tentons l'aventure. Je ne reprendrai dans le texte du 19/ 01 que les éléments qui ont été précisés aujourd'hui.


Le 19/ 01/ 2026 :

"Là où, soucieux de présenter la connaissance aristotélicienne et la connaissance platonicienne comme deux moments distincts et successifs d’un même processus de remontée à l’Intelligible, al-Fârâbî présentait l’induction abstractive comme un préalable à la contemplation des intelligibles séparés, Avicenne renoue avec la problématique de Syrianus : expliquer l’origine des universaux à la jonction de l’empirique et de l’intelligible. Abandonnant les notions de Formes psychiques et de Formes séparées, non moins que la projection et la réminiscence qui les instrumentent, il redéfinit, dans la perspective émanatiste, le rôle de la connaissance sensible : la connaissance «empirique» est bien un préalable à l’acquisition des intelligibles..." p. 224

- La perspective émanatiste d'Avicenne consiste à partir d'un principe unitaire pour que tout en découle, rejoingnant en cela le discours platonicien.

- Autrement dit, c'est typiquement une démarche néoplatonicienne qui inverse celle d'Aristote ?

- Exactement. Ceci dit, comme nous avons changé notre représentation d'Aristote, les deux démarches sont beaucoup plus faciles à mettre en parallèle :

Aristote
Avicenne

- Hum.... Ça pose quand même pas mal de questions. 

- Par exemple ?

- Au premier pas de chaque parcours, au niveau [♻]—"en re", je comprends bien qu'Aristote part du sensible en ♧ pour en abstraire l'essence♧, et qu'à l'inverse Avicenne part du "donateur de formes" en ♡ d'où "émane" le sensible ♡ ; mais Avicenne doit certainement réinterpréter les rôles de la sensation et de la sensibilité qui s'articulent autour du point médian ♢ , non ?

Second problème : la démarche logique qui imprègne tout le niveau [⚤]—"de rem" chez Aristote est une machine bien rodée, partant d'universaux simples en ♧, pour les composer ensuite ♧ et former des prédicats ♢; mais comment imaginez le chemin inverse ?

-  L'intention, il faut partir de l'intention en ♡

"L’universel n’est ni un faisceau d’impressions sensibles lié dans l’imagination et conservé dans la mémoire, ni un simple terme ou nom «collectif». Pour définir ce qu’est l’universel, Avicenne utilise un terme qui, à travers sa traduction latine, va marquer en profondeur toute l’histoire de la philosophie : l’universel est une «intention». Le mot «intention», en Latin intentio, qui rend les termes arabes ma «qûl et ma «nâ (pensée, mais aussi idée et signification), est généralement considéré comme un synonyme de concept." p. 228

Pour tester mon hypothèse, je la vérifie sur tout le texte d'Alain de Libera, en limitant l'accès de Perplexity au seul analyseur entropologique, et cet article lui-même :

— HS : Où placer "l'intentio" d'Avicenne ?

— 🤖: Chez Avicenne, l’intentio universalis est d’abord un ajout logique à l’essence «indifférente», non une modification de l’être même de la chose; elle relève donc premièrement de ♡ dans ta syntaxe. L’universalité est ce «caractère de prédicabilité de plusieurs» que l’intellect ajoute à la quiddité, en tant que contenu intentionnel et règle de discours, plutôt qu’une détermination de la substance comme telle en [♻].[1][2][3]

Intentio et statut «mental

  • L’essence, considérée en elle-même (humanité, animalité), n’est ni universelle ni particulière; l’universalité vient d’une intentio que l’intellect conçoit en plus de cette essence, comme disposition à se dire de plusieurs.[2][1]
  • Cette «intentio d’universalité» est donc au niveau de ce qui est dit de la chose (de rem) et du travail logique de l’intellect, ce qui correspond à ton niveau discursif discret [⚤] et au mode sémantique ♡.[3][1]

Lien avec [♻] et la voie des choses

  • L’intentio suppose néanmoins que la quiddité en re ait une structure de communauté réelle, c’est‑à‑dire une base extramentale dans les individus, qui relève de ton continu / mesure / ordre objectif ([♻] + éventuellement [#]).[4][5]
  • Si tu voulais marquer cette double face dans ta topologie, tu pourrais :
    • placer l’intentio universalis en ♡ (intentio comme règle de prédication et contenu mental),
    • en lui associant un «ancrage» en ♧ ou ♡ pour la communauté essentielle extra‑mentale, mais seulement comme corrélat, non comme lieu propre de l’intentio.[1][2][3]

En bref : l’intentio avicennienne, en tant qu’universalité ajoutée par l’intellect, se cartographie au mieux en ♡; ce que tu peux ensuite relier, sur un tour de circuit complet, à la structure commune des essences en [♻] qui en fournit la matière. (Sources : suivre le lien)

Au passage, l'I.A. :

  • Fait le lien avec la quiddité, sur laquelle nous reviendrons au fil du texte : faut-il la placer en ♧ ou en .
  • Place la question de l'universalité en rapport avec l'intentionnalité ♡, ce qui prend le contre-pied de l'universel simple chez Aristote, tel que nous l'avons placé en ♧.

- L'intention serait donc à rapprocher de ce que tu définis comme un choix : ♡𓁜𓁝♡𓁜.  De ce point de vue l'utilisation de la logique en ♢𓁜 serait un "choix" au sens plus général où nous l'entendons ?

- C'est à garder en mémoire, mais ne nous aventurons pas plus loin pour l'instant. Restons-en à l'idée qu'il y aurait bien un parallélisme entre :

  • L'émanation du "donateur de formes" agissant en [♻] : ↻ ;
  • L'intentio universalis d'ordre intellectuel agissant en [⚤]: ↺ .

Ce qui conforte notre hypothèse de départ : Avicenne serait sur un schéma R comme les néo-platoniciens.

- OK, il me semble que c'est le moment d'aborder les 3 acceptions du terme "universel" chez Avicenne; avec l'introduction du Sujet, comme porteur d'intention qui a l'intuition de l'objet avant d'en parler.

- Et c'est là que nous allons retrouver nos Modistes au XIIIe siècle... Ça valait le coup de refaire le voyage !

"Le terme universel «peut [arabe : qad] se dire» de trois manières, parce qu’il y a trois manières de prédiquer un universel.

  1. On peut parler d’«universel» «dans la mesure où» ce dont on parle «se prédique en acte de plusieurs» sujets.
  2. Est également «universel» «ce qui peut se prédiquer de plusieurs» sujets. C’est là que sont introduits
    • a/ le terme intention et
    • b/ la distinction entre essence et existence, la définition complète étant : «On appelle «universel» (universale) une intention qui peut se prédiquer de plusieurs sujets, sans qu’il soit requis qu’ils existent» (arabe : wa-in lam yashtarit), ou, comme dit la version latine : «même si aucun d’eux n’est doté d’un être effectivement réel» (esse in effectu). C’est ainsi que l’intention «maison heptagonale» peut se dire d’une pluralité d’étants singuliers. Cette possibilité n’est pas entamée s’il n’existe dans le monde aucune maison heptagonale ou s’il en existe peu. L’existence d’une pluralité de référents actuels n’a rien à voir avec l’universalité de l’expression, qui se définit par sa seule possibilité interne de prédication.
  3. Enfin, est «universel» «ce dont rien n’empêche de croire raisonnablement (opinari) qu’il peut se prédiquer de plusieurs sujets», même si, de fait, il n’y a en tout et pour tout qu’un seul sujet concerné. Ici, l’unicité du référent n’est pas une cause suffisante pour bloquer l’universalité de l’intention. L’universalité est à nouveau définie intrinsèquement comme possibilité conceptuelle interne. L’exemple de tels universaux est la Terre ou le Soleil." p. 266

- Tentons de mettre ceci en musique sur notre partition :

  Avicenne  
prédicat / Intention   Donateur de Formes
   
    Sujet sensible
  de rem   en re  
  1. Ce dont on parle «se prédique en acte de plusieurs» sujets.

- Je te propose l'expérience suivante : (avec notre Sujet 𓁝𓁜 pour faciliter la lecture)

  • En ♧𓁜 : je "vois" 3 "étants" (quoddité) Pierre, Paul et Jacques ;
  • Passage ♧𓁜/♡𓁜: j'y "reconnais" des "amis" avec l'intention d'en parler;
  • 𓁝♡𓁜: je choisis une catégorie "ami";
  • 𓁝𓁜: j'exprime (voices) à l'aide d'étiquettes "Pierre" et "Paul" mon intention :
    => (("Pierre","Paul")+("ami"))𓁜

- Comment comprendre "la parole en acte" ?

- À mon sens, il y a nécessairement une distorsion entre ce qu'Aristote définit comme "acte" au plus épuré de l'essence, immobile —en opposition au potentiel— et la démarche inverse d'Avicenne. En définissant l'existant, Avicenne est strictement à l'opposé d'un objet en puissance. C'est ce que nous venons de mettre en évidence ici (x), et sur quoi nous buttons maintenant.

Si le Sujet a le "choix" de porter son "intention" ici où là, alors ce "réservoir d'intentions en ♡" , est le siège du "potentiel du discours", et la parole exprimée en ♧𓁜, est l'actualisation d'une potentialité d'intentions.

- Mais cette actualisation n'est pas de niveau [♻] ?

- Non, et pour lever toute ambiguïté, il serait sans doute préférable de dire que la parole "existe" lorsque le Sujet s'est "exprimé", en raccourci :  𓁝♡𓁜; de même que l'objet "existe" lorsque le donateur de forme a "habillé" l'essence indifférente de la chose : 𓁝♡𓁜.

Ce qui trouble les esprits, et provoque des palabres sans fin, c'est que les scolastiques empilent les schémas les uns sur les autres, sans les distinguer. Ainsi, une même position ♧♻ sur notre échiquier renvoie indifféremment :

  • Au multiple chez Platon;
  • Au potentiel chez Aristote;
  • À l'existant chez Avicenne.

Une fois ceci bien compris, le reste devient plus simple.

  1. Est également «universel» «ce qui peut se prédiquer de plusieurs» sujets.

- Ça ne pose plus de problème, puisque nous somme dans le langage (niveau [⚤]) en partant de l'intention (en mode ♡) et dans un mouvement .

  1. est «universel» «ce dont rien n’empêche de croire raisonnablement (opinari) qu’il peut se prédiquer de plusieurs sujets»

- Cela peut se comprendre en comparant les 3 points de vue :

  • Avicenne : 𓁝↓♧𓁜: les catégories  sont accolées à des universaux simples ♧;
  • Aristote :  𓁜𓁝: idem (l'outil commun étant la logique);
  • Platon[⚤]𓁜𓁝[♻] : les abeilles "semblables en tant qu'abeilles" en 𓁝[♻] (sans que [♻]𓁜 soit précisé) sont dénombrables (traités logiquement).

En partant de l'intention, Avicenne n'a pas à s'assurer, avant de parler, de l'existence des "objets dont il parle" (ce qui aurait sans doute hérissé le poil de Platon  et de Parménide!). Il n'a pas besoin de l'intuition de l'objet : il suffit de jouer avec le langage : ♡.

- Tu parles de la "maison heptagonale" ?

- Oui : à partir de catégories comme "lieu" ou "forme" en ♢, tu peux "choisir des éléments" en ♧ et bricoler une proposition, et même faire une logorrhée sans référé ♧: "maison+heptagonale" ou "tunnel+triangle" ou "piscine+ronde" etc... Ces propositions ayant ou non un ou des référés actuels... Je te propose de vérifier cette base en continuant notre exploration du texte :

"Tel que le définit Avicenne, l’universel n’est ainsi considéré ni comme une unité en dehors de la multiplicité ni comme une unité résidant dans tous les sujets particuliers, mais comme une intentio que rien n’interdit de penser prédicable de plusieurs. Au praeter multa et au in multis d’Aristote Avicenne substitue donc le seul critère de prédicabilité de multis, une relation un- plusieurs – ou plutôt un-beaucoup (one- many) –, qui n’est pas une relation de signification, mais une relation d’attribution, laquelle est

  1. soit réalisée actuellement (dans tous les sens du terme),
  2. soit réalisable, c’est-à-dire valable même si elle est réalisée en peu ou en aucun, ou
  3. en un seul." p. 229

- Autrement dit, ce qui est "universel", c'est l'intention de l'auteur 𓂀 du discours ?

- Avoue que ça résonne pas mal, jusqu'à l'universalisme kantien, et même la propriété universelle de la théorie des catégories. Mais si nous situons ce principe au plus haut en ♡, Avicenne démarre ici en ♡; et c'est effectivement une attribution de 𓂀 à son discours.

- Tu prépares tes coups à l'avance, comme aux échecs ?

- J'essaie... Je me plante souvent !

"Les commentateurs néoplatoniciens, Ammonius, Élias, David, Simplicius, distinguaient trois types d’universaux :

  1. les universaux antérieurs à la pluralité (πρὸ τῶν πολλῶν) ;
  2. les universaux dans la pluralité (ἐν τοῖς πολλοῖς);
  3. les universaux postérieurs à la pluralité (ἐπὶ τοῖς πολλοῖς).

Avicenne reprend cette distinction dans la Logique du Shifâ’, précisément dans la partie, conservée en Latin, consacrée à la paraphrase de l’Isagoge. Il la déclare lui-même ancienne, ou «usuelle», et la répète fidèlement, jusque dans le vocabulaire.

- Bon, de l'aveu même d'Avicenne, il s'agit d'un discours "cosmétique", pour raccrocher les wagons au néoplatonisme ambiant.

- Voyons ce que tu pourrais en dire.

- Partout des abeilles du Ménon, pour ne pas changer, et tentons d'en parler avec les concepts d'Avicenne :

  1. Antérieur à la pluralité : ♡
    Avant de compter des abeilles, il y a un accord tacite entre Socrate et Ménon pour dire que "les abeilles sont semblables en tant qu'abeilles".
    • Soit [♻] chez Platon, avant [⚤][♻];
    • Avicenne n'a pas besoin de se poser de question métaphysique sur l'être de l'abeille (quiddité), il lui suffit des les "voir" leur "quoddité" en ♧, constater leur "existence" avant d'en parler :
      => en ♧/: quoddité abeille + intention, avant la pluralité ;
  2. Dans la pluralité : ♢
    En en tant qu'éléments "semblables", Avicenne peut avoir l'intention de les compter :
    => ♡ : où la quantité est une "catégorie" : i.e. (quoddité abeille + quantité)
  3. Postérieur à la pluralité : ♧
    Les éléments sont identifiables séparément :
    => en ♢.
Universaux/ pluralité Avicenne  
Antérieur   quiddité
dans   
postérieur   quoddité
  de rem   en re  

- Tu bouges les lignes : la pluralité de Platon en ♧  passe en ♢.

- Exact, mais il faut dire que Platon ne pouvait pas articuler un mode syntaxique ♢ entre les idées en ♡ et le sensible en ♧ sur le chemin R... (sa lutte contre les Sophistes !)

Poursuivons.

"Le détachement intentionnel de la choséité par rapport à l’existence, de la quiddité par rapport à la quoddité, selon la formule frappée par Heidegger dans La Métaphysique en tant qu’histoire de l’Être, est capital pour la redéfinition avicennienne de l’universel." p. 234

C'est à cet endroit que je suis resté bloqué, et qu'il m'a fallu revenir jusqu'à Aristote.

- Je pense que ce que nous avons déjà mis en place permet de couper au plus court du texte, sans le dénaturer : 

"D’une formule : l’universalité est un accident de la choséité ou, plus brutalement, l’universalité est un accident de l’universel. Dans le texte porteur de la nouvelle doctrine des universaux (Métaph., V, 1), Avicenne pose que l’intention d’un universel, par exemple l’intention d’humanité ou celle de caballéité, n’est ni une ni multiple. L’universel, couramment défini comme «un dit de plusieurs» ou «un en plusieurs», n’est donc de soi ni un ni plusieurs. Cette doctrine a semblé paradoxale ou contradictoire. Elle énonce pourtant un caractère constitutif de l’universel en tant que tel, à savoir que l’intention d’unité ou de pluralité s’«attache» à celle de l’universel sans faire partie de son contenu propre, disons de son . C’est ce caractère qu’Avicenne isole et théorise dans la doctrine de l’indifférence de l’essence." p. 236

Si l'on continue de placer l'universel simple en ♧, sans rien changer à l'approche d'Aristote, l'intention en ♡, portant sur un universel comme l'humanité ou celle de caballéité, s'exprime par ♡♢⚤. De là :

  • Avicenne peut s'exprimer : "Blanchette est un cheval" dans ♢⚤.
  • Aristote y retrouve ses catégories construites par ♧.

Dans la rencontre construction  ♧⚤ versus intention ♡⚤ les deux définissent un mode syntaxique ♢ entre (chez Avicenne) le mode de l'existant ♧ et le mode de l'essence ♡ (et du "sens"). 

"Dire que la caballéité est seulement caballéité n’est pas une simple tautologie : c’est le λόγος identitaire qui exprime la possibilité de l’intuition d’une essence. Pour Avicenne, cela revient à soutenir qu’«en elle-même elle n’est ni une ni multiple». dire que la caballéité est seulement caballéité ne revient à dire d’elle «ni qu’elle existe dans la réalité sensible ni qu’elle existe dans l’âme, ni qu’elle est en acte ni qu’elle est en puissance au sens où cela ferait partie de son essence». Autrement dit : toutes les propriétés de l’essence, en dehors de son essentialité, sont des accidents de l’essence. Cette conception de l’essence est antiplatonicienne." p. 237

- On avons déjà placé le logos (λόγος) en ♡ chez Aristote, où il "colle" maintenant avec l'intentionnalité d'Avicenne.

- Il n'y a rien à ajouter ?

- Si quand même : la question reste de l'intuition de l'essence. Pour Avicenne, il faut travailler à accorder sa propre compréhension des choses de façon à percevoir ce qui "émane" du "donateur de formes". L'intuition correspond à un "accord".

- Autrement dit, un bouclage final entre ce qui est "dit"— ♧ / ♡ — ce qui "est" ?

- Oui : il y a un principe de répétition et l'on affine nos représentations, jusqu'à ce que l'intention "colle" à ce qui "est".

- Un peu comme Archimède s'écriant eurêka en sortant de son bain ?

- Il y a de ça... Et me semble-t-il, c'est là où Avicenne est très fort : l'intuition demande un travail sur soi, pensée très actuelle...

- Il y a quelque chose de très perturbant pour moi dans l'idée qu'un concept doit "être", puisque l'on "en parle".

- Tu veux dire que l'on ne peut imaginer un pur "langage" en [⚤] , il faut une contrepartie "substantielle" en [♻] ?

- Oui, et c'est très difficile d'y revenir. L'indifférence de l'essence par exemple vient de ce que l'objet "est substantiel", alors que nous pensons aujourd'hui la "conservation" à partir d'un principe d'universalité ♡, en partant du vide 𓁝∅𓁜...

- Autrement dit : nous remplaçons l'essence par l'universalité, en supprimant l'essence ?

- À peu près... Pour nous : du vide tout peut advenir, pour Avicenne l'essence est indifférente et l'existence est ce qui advient par accident à l'essence.

Bon, l'auteur passe en revue la critique qu'Avicenne porte à Platon, rien de bien excitant. L'idée de parler de ce qui n'existe pas (comme une maison heptagonale) était précisément ce que voulait combattre Platon, à la suite de Parménide. Avicenne, en partant de l'intention du Sujet est directement dans la ligne de tir, rien d'étonnant à cette critique de Platon en retour !

Poursuivons :

"On doit, en bon avicennisme, sérier les domaines. Il faut distin-guer, en effet :

  • a/ le problème de la saisie du général dans le particulier au niveau de la perception ;
  • b/ la saisie de l’essence dans son «indifférence» ;
  • c/ la connaissance des «premiers intelligibles», principes de toute connaissance scientifique ;
  • d/ l’élaboration de l’universel logique.

Tous ces problèmes sont distincts ; ils sont malheureusement mêlés par les interprètes." p. 243


Le 24/ 01/ 2026 :

- Avant d'aborder le texte, ma problématique est la suivante : comment Avicenne, un médecin, pharmacien qui a fait des expériences pour améliorer sa pratique, en partant de l'existant pour bâtir des théories, c.-à-d. dans une approche immanente, va-t-il s'en sortir pour coller cette démarche a priori  (peu ou prou aristotélicienne) sur un circuit émanatiste R ?

— 🤖 :  Non, l’abstraction noétique d’Avicenne n’est pas simplement identique à celle d’Aristote; elle la reprend mais la transforme profondément dans un cadre néoplatonisant et émanatiste.

1. Ce qui est commun avec Aristote

  • Chez Aristote, la connaissance commence par la sensation d’un individu, passe par la mémoire et l’expérience, et aboutit à la formation de l’universel par induction abstractive (Métaphysique A 1, Seconds analytiques II 19).
  • (y) La thèse-clé, que reprennent Farabi et Avicenne, est que «bien que l’acte de perception ait pour objet l’individu, la sensation n’en porte pas moins sur l’universel» : le sensible individuel est le point de départ de l’accès aux formes universelles.
  • Les deux systèmes utilisent la structure psychologique aristotélicienne : sens externes, imagination (fantasmes), intellect possible, intellect agent.

En ce sens, on peut dire qu’Avicenne conserve l’idée d’une abstraction à partir du sensible et l’appareil des deux intellects comme chez Aristote.

2. Ce que change le modèle arabo-avicennien

De Libera montre que, chez al-Fârâbî d’abord puis chez Avicenne, la doctrine d’Aristote est insérée dans un schème émanatiste venu du néoplatonisme.

  • Chez al-Fârâbî, l’intellect agent devient la dernière d’une hiérarchie d’Intelligences séparées émanant de Dieu; il émet une lumière intelligible qui agit simultanément sur l’imagination (où sont stockées les images sensibles) et sur l'intellect possible.
  • Cette lumière produit, par double action simultanée, la cooccurrence d’une forme dans l’imagination et d’une forme intelligible en acte dans l’intellect : c’est le fameux modèle de la cooccurrence.
  • Ce modèle «fond» l’abstraction aristotélicienne dans une dynamique quasi mystique de donation de formes, typiquement néoplatonicienne : la connaissance devient le résultat d’une illumination descendante plus que d’une simple généralisation inductive.

Avicenne hérite de ce cadre : l’intellect agent n’est plus seulement un principe psychologique interne, mais une Intelligence séparée qui «donne» les formes intelligibles, tout en s’appuyant sur les images sensibles.

3. Spécificités avicenniennes par rapport à Aristote

Trois différences majeures :

3.1 Statut métaphysique de l’intellect agent

  • Chez Aristote, le texte du De anima III 5 est énigmatique, mais la lecture strictement psychologique reste possible : l’intellect agent comme puissance de l’âme humaine.
  • Chez Avicenne, dans le contexte du pripattisme arabe, l’intellect agent est clairement une substance séparée, dernière Intelligence de la chaîne émanative, qui actualise les intelligibles et les imprime dans l’intellect possible humain.

→ L’abstraction n’est plus un simple passage du sensible à l’intelligible, mais un effet de l’action d’un intellect séparé.

3.2 Donation vs réduction

  • Dans la lecture aristotélicienne classique, l’abstraction est une réduction : on retire (abstrait) les conditions sensibles pour ne garder que la forme intelligible universelle contenue dans le sensible.
  • Chez Avicenne (dans le sillage d’al-Fârâbî), la tendance est à penser l’abstraction comme une donation de l’intelligible par l’intellect agent, à l’occasion du travail sensible et imaginatif.
  • Averroès critiquera précisément cela comme une «pensée de la donation» et proposera de revenir à une abstraction conçue comme dépouillement du fantasme, non comme don direct d’une forme pure.

3.3 Articulation avec essence–existence et les universaux

  • Aristote ne dispose pas de la distinction systématique essence/existence ni de l’«essence indifférente» qui joue un rôle central chez Avicenne.
  • Chez Avicenne, l’abstraction noétique donne accès à une nature commune qui, en elle-même, est indifférente à l’unité ou à la multiplicité, à l’existence ou à la non-existence; c’est sur cette base qu’il redéfinit l’universel comme « ce qui est en plusieurs et dit de plusieurs ».[file:2]

→ L’abstraction ne produit pas seulement un concept logique, mais dévoile une structure ontologique (la nature commune) que la scolastique latine pourra utiliser pour un réalisme des universaux.

4. Synthèse contrastive

On peut donc résumer ainsi :

Aspect Aristote Avicenne
(dans le cadre décrit par de Libera)
Point de départ Perception du singulier,
induction abstractive.
Même point de départ sensible.
Intellect agent Puissance problématique,
interprétable psychologiquement.
Intelligence séparée, émanée,
cause de l’actualisation.
Nature de l’abstraction Réduction /
dépouillement du sensible.
Illumination /donation de la forme via intellect agent.
Rapport au néoplatonisme Intégration dans une hiérarchie émanative d’Intelligences.
Rapport aux universaux Articulé à l’essence indifférente et aux trois intentions.

Donc : l’abstraction avicennienne ressemble à l’abstraction aristotélicienne par sa structure (du sensible au concept universel via imagination et intellect), mais elle diffère par la place accordée à un intellect agent séparé, par sa coloration néoplatonicienne (lumière, donation), et par son enracinement dans la métaphysique essence/existence et la théorie des natures communes."

- J'ai bien l'impression qu'il y a deux schémas superposés : dans la connaissance noétique, il y a d'une part l'abstraction et d'autre par l'action de l'intellect agent .

- Tu pourrais ajouter une approche platonicienne  dans la cooccurrence.

- Explique-moi ?

- L'accord entre l'intention universel —dans une approche logique en ♡— et la connaissance noétique en ♡, il y a un passage émanatiste ♡, qui rappelle la réminiscence platonicienne [⚤][♻].

- Tu en reviens à décrire le parcours d'Avicenne sur le cross cap ?

- Ah ! C'est là le point théorique que je n'avais pas dégagé : un "parcours Imaginaire sur le cross cap" se boucle, tandis qu'ici nous n'avons que des superpositions mal articulées entre elles. Avicenne excluant toute "réminiscence" n'a aucun moyen de lier ♡ .

- Mais comment parler dès lors de "cooccurrence" ?

- Toujours passer par le haut : si tu ne peux "imaginer" le passage, passe par le symbolique. Souviens-toi de ce problème classique : comment lier 9 points par 4 traits sans lever le crayon de la feuille (voir ici) ?

- La réponse est connue : il faut sortir du cadre. Donc dans notre cas, il faut examiner les "bords de l'Imaginaire ?

- Oui : j'ai pris l'habitude de simplifier notre topologie en ne marquant pas les bordures, mais là, il faut les réintroduire :

  Avicenne  
       
  𓁝∅ Donateur
de Formes
𓁝∅  
prédicat / Intention Essence Intellect agent
     
intellect possible   phantasma
  (↑)   (↑)  
voices Existence sensible
  𓁜   𓁜  
       
  de rem   en re  
  logique   noétique  

- Ça ressemble à un jeu de marelle où les pieds se rejoignent sur Terre et au Ciel, ton histoire !

- Oui, un peu. Bref, en introduisant au sens propre un "deus ex machina" pour accorder les deux voies [⚤] et [♻], Avicenne évite d'emprunter le chemin platonicien, pour retrouver malgré tout une concomitance entre :
niveaux logique—[⚤]/[♻]—noétique dans les modes essence—♡/♧—existence.

- OK pour cette récupération du schéma de Platon, mais quid de l'abstraction d'Aristote ?

— 🤖 :  elle est reprise, mais de manière réorganisée : Avicenne reprend le schème aristotélicien «à partir du sensible» (sensation  phantasmata  abstraction par l’intellect) mais il l’insère dans un dispositif plus complexe où interviennent les sens internes et surtout l’Intellect agent séparé.

Ce qui est proprement repris d’Aristote

Chez Aristote, abstraction = séparation par l’intellect de la forme intelligible hors des conditions matérielles, à partir des images fournies par les sens (phantasmata), avec un couple intellect possible / intellect agent.

Avicenne conserve ce schème de base :

  • connaissance issue des sensibles (les formes sensibles sont d’abord reçues et traitées par les sens externes et internes) ;
  • phantasmata comme support de l’opération intellective ;
  • distinction intellect en puissance / intellect en acte pour rendre compte du passage à l’intelligible.
Là où Avicenne dépasse Aristote

Avicenne étend et raffine la partie «pré‑intellective» : abstraction «sensible» opérée par les sens internes (sens commun, imagination, estimation, mémoire), qui dégagent déjà des contenus communs mais encore sensibles.

Il ajoute ensuite une articulation forte avec l’Intellect agent séparé : ce n’est pas seulement l’intellect humain qui «dégage» la forme, mais l’Intellect agent qui actualise l’intelligible à partir des dispositions produites par le travail des images.

Une partie importante du mécanisme aristotélicien est donc «conservée» (origine sensible, rôle des phantasmata, couple puissance/acte), mais elle est enchâssée dans une théorie émanationniste où l’abstraction humaine dispose la psychè à recevoir, plutôt qu’elle ne produit seule, l’intelligible universel.

- Ça reste quand très capillo-tracté ce mécanisme !


Le 26/ 01/ 2026 :

- Pas tant que cela : souviens-toi de la façon très moderne de J.-P. Changeux de définir la "prise de conscience comme la rencontre d'un percute et d'un concept : nous retrouvons en neurologie un double cheminement, que nous voyons se dessiner chez Avicenne.

Aristote   Avicenne  
  Actuel   Essence
    abstraction     émanation
  phantasma   phantasma
         
  Potentiel   Existence

Et le mode  ♢ comme en "miroir" des modes adjacents ♧ & ♡ permet de déployer le mode ♢ à l'infini comme nous l'avons déjà rappelé (ici dans #28)

- Mais quelle est la cohérence avec le schéma d'ensemble R ?

- Vois les doubles cheminements ♡♢ et ♧♢, comme des mécanismes d'ajustement internes. Tu retrouves ainsi une phase de "répétition" très freudienne pour le coup, qui prend fin lorsque l'esprit est "accordé" à l'objet, c.-à-d. lorsque le circuit R est "bouclé" :

  • En [♻] : ce que l'on voit s'accorde au concept "donné" : ♡/ et
  • En [⚤] : ce qui est prédiqué et énoncé, s'accorde à l'essence de l'objet ♡/.

- Hum... C'est une lecture qui t'arrange, mais respectes-tu le texte de Libera?

- Il y a dans la doctrine d'Avicenne quelque chose qui agace profondément, parce que non rationnel. C'est l'idée d'un accord du Sujet lui permettant de "recevoir" l'émanation du "donateur de formes"; et je trouve au contraire ce mécanisme d'ajustement extrêmement intéressant, parce qu'il permet une lecture  pour tout dire "psychologique", en replaçant l'automatisme de répétition au coeur d'un processus proprement "mystique". Je me souviens encore du bon père canadien des Servites de Marie de ma jeunesse, nous expliquant que si Dieu déverse en nous sa bonté infinie, nous ne pouvons l'accueillir qu'à notre propre mesure, prenant comme métaphore une bouteille d'eau se déversant dans un dé à coudre. Le vase ne retient que ce qu'il peut contenir... 

- Quel rapport ?

- L'état d'esprit des scolastiques n'est pas mystique : il s'agit au contraire de prouver rationnellement la doctrine, et de mettre à l'index les textes subversifs (forclusion), voire  mener leurs auteurs au bûcher.

- OK, nous avons un marqueur, et si tu revenais au texte ?

- Je vais passer sur le détail des différents "sens" impliqués dans la perception : il faudrait faire appel à un principe de répétition interne au mode ♢ (ici dans #28) qui nous éloignerait de l'essentiel. Retiens simplement qu'Avicenne distingue :

  • 3 sens internes : réception des formes sensibles  ♧ :
    • Le sens commun,
    • L'imagination,
    • L'imaginative ou cogitative;
  • L'estimative  ♡: en rapport avec les 'intentions' du sujet sensible en observation;
  • La mémorative en ♢"Son rôle est de retenir les intentions des sensibles perçues par l’estimative." p. 248

- Je croyais que l'intention était le propre, soit du donneur de formes en ♡, soit de celui qui se pose des questions en ♡?

- Avicenne est plus subtil que toi, et surtout, il n'a pas la même compréhension du "mouvement" que toi. N'oublie pas que nous partons d'Aristote, pour qui le sujet sensible "actuel" a réalisé l'action en ♡.  D'une façon très générale, avant l'invention de la machine à vapeur, les hommes n'ont que très peu l'expérience du mouvement hors du monde vivant, ce qui fait que l'esclavage a régressé plus vite grâce au cycle de Carnot, que poussé par des considérations humanistes. 

— 🤖: Dans ce contexte, «sujet sensible» renvoie à un sujet capable de sentir, c’est‑à‑dire un vivant doté de facultés de sensation (aisthèsis), par opposition au sujet purement intelligible ou pensé seulement par l’intellect. [1][2][3]

La « sensibilité » en question
Chez les Grecs, la sensibilité renvoie d’abord à :

  • La capacité de recevoir des affections par les sens (vue, ouïe, odorat, goût, toucher) et d’éprouver des sensations (aisthèmata). [2][4]
  • La dimension de l’âme qui est informée par ces sensations, c’est‑à‑dire la partie «sensitive» de l’âme chez Aristote, commune aux animaux et aux humains. [3][2]

Platon
Chez Platon, est «sensible» (aisthēton) ce qui est accessible aux sens et soumis au devenir, en contraste avec ce qui est intelligible (noēton), saisi par la seule pensée. [5][6][7]
Par «sujet sensible», on vise donc l’âme en tant qu’elle est affectée par les apparences sensibles (couleurs, sons, etc.), non en tant qu’elle contemple les Idées. [8][9]

Aristote
Aristote distingue des «sensibles» (aisthēta) qui sont les objets de la sensation et un sujet qui les perçoit, le «sujet du sensible» (to hupokeimenon aisthēton) – littéralement : ce en quoi le sensible est présent et qui en est affecté. [4][2]
La sensibilité est ici la puissance, propre aux êtres animés, de recevoir les formes sensibles (couleurs, sons, saveurs, etc.) sans recevoir la matière, et de les discerner. [10][2][3]

Dans la tradition issue d’eux

  • «Sensible» désigne ce qui peut être senti, et la sensibilité est la puissance de réception de ces qualités sensibles. [11][12][1]
  • «Sujet sensible» désigne soit le vivant doté de sensation, soit, plus techniquement, le support (hypokeimenon) qui reçoit les affections sensibles (par exemple le corps ou l’âme sensitive). [2][3] (Sources : suivre le lien)

Et donc, concernant le versant "sensible" [♻] de la perception, il y a congruence entre le mécanisme propre à la noétique, chez l'homme, comme dans le "sujet sensible", objet de cette connaissance, qui fait de ♢ le réservoir de toutes les "potentialités". 

De tout ce qui précède, il faut comprendre qu'en ♢, la perception du "général" venu de ♡♻  n'est perçue qu'à l'occasion du particulier, dans le mouvement  ♧, y compris par exemple la perception de l'intention d'un loup  ♡♻  qui accompagne la perception effective d'un loup ♧

"Quand on dit que le général est d’emblée saisi dans le particulier, il faut donc bien voir qu’il y est saisi de manière particulière. Ce qui assure l’unité de l’objet de perception, par exemple la forme d’homme dans la saisie d’un homme singulier, est toujours relatif à cet homme singulier. C’est seulement dans l’abstraction intellectuelle que la forme appréhendée est libérée des accidents de la matière, de la quantité, de la qualité, de la position et du lieu. C’est ce qui la rend «universelle» c’est-à-dire applicable à une pluralité d’individus. Mais qu’est-ce que l’abstraction intellectuelle ?" p. 249

Et là je trouve particulièrement remarquable de traduire ceci immédiatement par ♢/ : c'est dans la "reconnaissance" de la forme ♢ qui "habille" l'objet ♧, que l'intention universaliste de l'homme ♡⚤ va permettre de construire son discours en [⚤].

- Tu penses à Kant et à la propriété universelle ?

- Oui ! Elle est là, en germe, et c'est remarquable de la voir éclore chez Avicenne. Maintenant il s'agit de voir comment ça s'organise.

- Et nous retombons sur "l'abstraction intellectuelle" ?

- Ah ! Là c'est délicat, car Avicenne a l'intuition de deux voies parallèles en [⚤] et [♻] et nous avons vu en [♻] que l'émanation était à l'opposé de l'abstraction d'Aristote.

"Si, comme l’impose le dualisme rigoureux de l’intellect et du corps, les intelligibles ne peuvent être directement tirés des données sensibles, si le sensible ne peut être la source immédiate de l’intelligible, comment articuler le passage du sensible à l’intelligible au niveau de l’abstraction ?" p. 250

Et ce n'est pas un problème simple à cerner :

"Reprenant la distinction aristotélicienne entre l’intellect dit, depuis Alexandre d’Aphrodise, «patient» ou «possible» (De an., III, 4) et l’intellect dit «agent» (De an., III, 5), Avicenne limite l’intellectualité de l’âme humaine au seul intellect patient. La théorie avicennienne de l’intellect possible est dirigée contre Platon, dans le cadre même du dualisme platonicien." p. 250

- Je le comprends ainsi chez Aristote ::

  • L'intellect agent est "actif" => de mode ♡ ;
  • L'intellect patient est "potentiel" => de mode ♢.

Mais chez Avicenne, le principe "émanatiste" réserve le rôle "actif" à dieu seul (le donateur de formes).

  • En [♻] : l'essence ♡ est "habillée" de formes ♡ pour donner le sujet sensible ♢ ;
  • En [⚤] : pour "accueillir" cet objet actuel, il faut l'envisager comme "potentiel" :
    => l'intention ♡ doit être "universelle" pour capter l'objet ♧ (sujet sensible) dans ♧/.

- Je comprends bien, mais où se trouve le rapport actif/ passif ?

- Je crois qu'il faut prendre en compte les postures du Sujet pour s'en sortir.

  1. Dieu est actif ♡𓁜, et agit sur l'essence indifférente autrement dit : 𓁝♡;
  2. La création est un choix : 𓁝♡𓁜 dans un réservoir de formes "potentielles;
  3. les formes particulières  𓁝♢ habillant l'essence font exister l'objet 𓁝♢𓁜

Ce que je schématise pour aller vite par : ♡𓁜↓𓁜

Maintenant l'intellectualité de l'âme humaine, se limite à "percevoir" le sujet sensible : ♧𓁜/𓁝♡, et là où dieu est acteur ♡𓁜, sa créature ne peut être que passive 𓁝.

- Mouais, et l'universalité ?

- Ah ! Nous retrouvons le besoin de fermer les possibles, c'est le geste d'Aristote définissant ses catégories en ♢𓁜, avec l'espoir que cela soit potentiellement suffisant pour accueillir les objets ♢𓁜𓁝♡?

- Deux remarques par rapport à ta syntaxe : 

  • Tu indiques ici ♧𓁜/𓁝♡, quand tu indiques un bouclage par ♧𓁜/𓁜 ?
  • Tu mets ici l'universel en ♢𓁜, quand tu le situais en ♡𓁜 ?

- C'est le signe que nous ne sommes plus dans l'univers d'Avicenne, et nous reviendrons certainement sur cette évolution. Pour l'instant je voudrais juste m'assurer que notre représentation d'Avicenne ne dénature pas sa démarche.

- Je crois que c'est assuré :

  • Le seul acteur est dieu, agissant en ♡𓁜; => intellect agent
  • L’intellectualité de l’âme humaine est seulement l'intellect patient. => 𓁝⚤ 

Ceci étant établi, qu'en est-il de la connaissance ?

- Revenons au texte :

"... l’âme humaine est seulement le «récepteur» des intelligibles [i.e.: 𓁝], il n’y a pas en elle «un trésor d’intelligible» en acte [i.e.: 𓁜], dont elle serait provisoirement détournée par l’affairement sensible, mais qu’elle pourrait recouvrer intact à condition d’opérer une conversion intérieure. Avant même de savoir comment l’âme humaine les acquiert, il faut souligner que, pour Avicenne, les espèces intelligibles ne sont pas même conservées dans l’intellect récepteur : elles ne restent en l’âme qu’au moment où elles sont perçues ; il n’y a pas de mémoire intellectuelle. il n’y a pas de mémoire intellectuelle. Ce qui perdure et se fortifie, c’est l’aptitude à percevoir. Contrairement à ce que soutenait al-Fârâbî, l’intellect possible ne devient donc pas intellect acquis, car «la substance intelligente, lorsqu’elle connaît une forme intellectuelle, ne devient pas cette forme». L’intellect acquis n’est pas une puissance de l’âme, c’est la forme elle-même, en tant qu’accessible à une puissance réceptive qui s’est rendue apte à la recevoir. Ni intellect acquis au sens d’al-Fârâbî ni trésor des Formes psychiques au sens de Syrianus, l’intellect possible d’Avicenne a besoin du sensible pour se préparer à l’intelligible : il ne le possède pas d’avance et ne le conserve pas une fois qu’il l’a reçu." p. 250

Comme tu le vois, sur ce point Avicenne est un peu sec. J'ai l'impression qu'en ce domaine [⚤], où règne encore pour longtemps la logique aristotélicienne, articulant entre eux les 3 modes ♧ / ♢ / ♡, Avicenne fait profil bas...

- Là, il faut comparer les circuits empruntés par Platon et Avicenne :

  Platon   Avicenne  
Monde
des idées
[⚤] [♻]      Essence
     
Monde
sensible 
[⚤] [♻]      Existence
Multiple   Un          

Le trouble vient de l'ambivalence des positions sur l'échiquier selon l'auteur du discours.

  1. Réminiscence de Platon : [⚤][♻]:
    Bien entendu ce mouvement est inenvisageable dans le circuit R suivi par Avicenne;
  2. Le rapport de [⚤]—♡ à [♻]—♧♻ : est inverse :
    • Platon : la forme détermine l'objet sensible [⚤][♻];
    • Avicenne : l'intellect passif reçoit l'existant : ♡.

"Avicenne soutient au contraire que l’âme doit se rendre apte à recevoir en elle les principes de son savoir grâce à l’étude des données sensibles, par une «recherche active», inquisitio activa (De an., V, 2 ; Van Riet, p. 92)." p. 251

Là où Socrate peut, par le dialogue (en [⚤]) faire que l'esclave de Ménon "se remémore" le calcul de l'aire d'un carré à partir de la mesure de son côté, Avicenne fait appel à l'expérience de l'existant (en [♻]) pour se "préparer" à "comprendre" (ce que je traduis par un "bouclage du circuit R).

«En s’attachant aux formes sensibles par un certain type d’attachement», l’âme rationnelle «s’habilite à recevoir en elle ces formes mêmes, dénuées de tout mélange», elle acquiert la capacité de s’unir à l’intellect agent à volonté et d’en recevoir les formes intelligibles. Selon Gilson (1926, p. 44), cette doctrine «va au rebours de toute vraisemblance métaphysique» : la raison de cette invraisemblance est qu’«au fond la doctrine d’Avicenne n’est pas autre chose qu’un pla- tonisme, mais un platonisme inconséquent»." p. 251

Et là je m'étonne de l'incompréhension —par Gilson, un spécialiste contemporain— de ce qui me semble assez clair, sinon facile à "représenter".

- Ne polémique pas : tu as déjà dit des bêtises qu'il t'a fallu pratiquement un mois pour corriger !

- OK, faisons profil bas. Notons cependant que cette idée d'un rapport direct Avicenne/ Platon va avoir la vie dure, et sera l'objet de bien des incompréhensions.

- Plus important à mes yeux : l'opposition :
passage transcendant—♡♧ / ♧♡—passage immanent
préfigure une différence fondamentale qui se retrouve en théorie des catégories (et en topologie) entre :
projection—SB / BS—section ou "pullback" (voir "Identité et indempotence").

- Tu as raison : il semble qu'Avicenne a senti une nécessité extrêmement profonde, pour se dégager d'une démarche réductible à la simple "logique" d'Aristote, et nous assistons là, encore une fois chez Avicenne, à un tournant décisif dans la pensée. 

"L’interprétation de la doctrine avicennienne des universaux bute sur un autre obstacle : comment situer la connaissance abstraite de l’essence dans le cadre général d’une conception émanatiste de la forme intelligible ? Tout se passe comme si les grandes découvertes d’Avicenne étaient incompatibles avec l’horizon théorique dans lequel il les formule." p. 253

- Oui, effectivement, nous avons déjà repéré le silence d'Avicenne sur la constitution de ♢.

- Il y a une similitude entre les deux voies [⚤] et [♻], et sans doute entre ♢ et ♢ ? Le l'adaptation de ♢ à ♢ se faisant par "apprentissage", dans des boucles R?

- Avoue que c'est difficilement exprimable sans l'aide de notre topologie... On ne peut qu'être d'accord avec de Libera : "les grandes découvertes d’Avicenne étaient incompatibles avec l’horizon théorique dans lequel il les formule."; même si nous représentons différemment cette "incompatibilité".

"La nouveauté de l’avicennisme est de compléter le dispositif péripatéticien gréco- arabe par une théorie qui en est, dans son principe, indépendante, d’ajouter à la connaissance abstractive de l’universel en tant qu’universel une connaissance abstraite de la chose singulière dans son essence indifférente. Là, il faut concéder que l’on sait d’autant moins articuler ces deux motifs que l’on est tenté de concevoir un système où les prestations réparties entre les deux types de connaissance seraient fondées ultimement et exclusivement sur un seul. C’est cette tentation qui a, semble-t-il, guidé la postérité latine d’Avicenne." p. 254

Bon, je crois que c'est bien résumer tout ce que nous avons vu en détail...

- Tu nous parles de la postérité d'Avicenne chez Meinong et Bolsano ?

- Pas maintenez : je te propose d'y revenir plus tard : ce n'est pas immédiatement nécessaire pour en revenir à Thomas d'Aquin et aux Modistes, là où nous avons achoppé sur mon erreur d'analyse. Vérifions d'abord ce que j'ai pu dire d'Averroès avant d'y revenir !

- Amen

Hari

Note 1 :

J'ai du mal à différencier "essence" et "quiddité"

- Après notre précédente déconvenue dans l'interprétation du système d'Avicenne, j'avance à pas comptés. Je n'ai malheureusement que Perplexité avec qui dialoguer, et ses réponses dépendant grandement orienté par ma façon de poser mes questions, tout ceci est donc à prendre avec des pincettes.

- Ces échanges permettent à minima de vérifier la cohérence de tes différentes interventions...

- Oui, c'est un premier pas, mais c'est loin d'être suffisant : il me faudrait l'oeil d'un spécialiste. Voici l'échange :

Essence

— HS Peut-on dire : pahatasma— ♢— essence ?
— 🤖 : Oui, la syntaxe que tu proposes est cohérente, à condition de bien distinguer les niveaux de traitement.

  • Phantasma en ♢
    • Le phantasma se place bien en ♢ : c’est une image issue du sensible, déjà «travaillée» par un début de mise en forme (sélection, schématisation), mais encore liée à la mesure/corps [♻] et au mode processuel ♢.[1][2]
    • Dit autrement : phantasma = contenu imaginal intermédiaire, support nécessaire pour que l’intellect opère l’abstraction, donc objet d’un parcours en ♢ à partir du sensible vers l’intelligible.[3][4]
  • Essence en ♡
    • L’essence (ou quiddité !) correspond alors au résultat stabilisé de ce travail : forme intelligible, universelle, dégagée des conditions singulières, que tu peux placer en ♡.[4][5]
    •  En ♡, on a la forme comme «mesure idéale» : ce qui donne la règle de l’étant (son ce‑que‑c’est), là où le phantasma en ♢ n’en est encore que la matière imaginale, provisoire, sur laquelle travaille l’intellect.[6][1]
  • Lecture de ta flèche
    • La flèche «phantasma en ♢↑ essence en ♡» décrit bien le mouvement aristotélicien : l’intellection monte des phantasmata (images mesurées, encore mêlées au corps) vers l’essence (forme mesurante, stabilisée dans l’Imaginaire logique).[3][4]
  • Si tu valides cette convention, on obtient un schéma clair : sensible → phantasma (♢) → essence/quiddité (♡) → éventuellement formalisation logique explicite en [#], ce qui s’intègre très proprement à ta topologie de l’Imaginaire.[7][8] (Sources : suivre le lien)

Plus intéressant est son déplacement de l'abstraction que j'estimais en ♧ à l'étage supérieur ♢ . Il faut vérifier, en supprimant toute référence à mes propres textes... Après vérification (suivre le lien) il faut différencier :

  •  : sensation
  •  : abstraction

Note 2 :

- Il faudra évidemment revenir sur ce que j'avais cru comprendre du cogito cartésien !

Descartes a reçu une éducation classique à l'époque, dispensée par les bons pères Jésuites, en particulier le père Étienne Charlet (voir lien) qu'il appelle son "père de substitution". 

Et sił faut comprendre une "révolution" comme construite à partir de la forme canonique, ce ne peut être qu'en "renversant" le rapport entre des termes qui sont déjà familiers.

- Et donc ?

- C'est à vérifier, mais ce qui vient immédiatement à l'esprit, comme hypothèse c'est qu'à l'époque les notions d'essence" en ♡ : et d'existence en ⚤ étaient familières, dans une pensées exclusivement dans la voie des mots  .

En rapprochant les deux pôles : Je penseJe suis , Descartes ouvrait littéralement une nouvellesvoie entre deux îlots isolés. 

- En quoi est-ce meilleur que ce que tu avais imaginé jusqu'à présent ?

- "L'existence" en [∃] pensée au plus proche du Réel, est très moderne, et complètement étrangère à la pensée de l'époque. Le schéma  liant des pôles déjà bien caractérisés est beaucoup plus probable. Par ailleurs la "révolution" est ici une orthogonalité, qui renvoie à une autre révolution opérée par Aristote R à partir de Platon R.  Et ça nous rapproche également de la forme canonique de Lévi-Strauss...

Note 3 :

- J'ai positionné le terme "quoddité" qu'Alain de Libera introduit comme dual de la quiddité, à titre de proposition.

- Est-ce que cela éclaire la discussion ?

— 🤖 : Chez de Libera, la quoddité est le corrélat «quod est» de la quiddité «quid est» : la quiddité vise ce que la chose est (essence), la quoddité vise ce qu’elle est comme étant, sous le rapport de l’être ou de l’existence.[1][2]

Définition rapide

  • Quiddité (quidditas) : ce qu’est la chose, son «ce que c’est», l’essence telle qu’exprimée dans la définition (par ex. «l’homme est un animal raisonnable»).[2][1]
  • Quoddité (quodditas) : le «ce qu’elle est» en tant qu’étant déterminé, le fait d’être cette chose‑là plutôt qu’une autre, sous l’angle de l’être de quelque chose (esse quod), non plus seulement du *quid*.[3][2]

Relation / opposition structurante

  • La quiddité relève du plan essentiel : elle est indifférente à l’existence (on peut penser la quiddité d’«homme» ou de «maison heptagonale  qu’il y en ait ou non en acte).[1]
  • La quoddité relève du plan existentiel / ontique : ce qui est «ce qui est tel ou tel étant», ce par quoi la quiddité est portée dans un être déterminé (par ex. ce Socrate‑ci, ce triangle‑là comme existant ou déterminé).[2][1]

Dans la dynamique Avicenne – scolastique

  • Avicenne centre l’analyse sur la quiddité indifférente, à laquelle s’ajoute l’esse (existence) : la quoddité, chez les scolastiques qui prolongent cette ligne, désigne alors le registre de ce qui est comme étant déterminé, ce qui relève de l’esse quod plutôt que de l’esse quid[4][5][1]
  • De Libera exploite cette dualité pour articuler :  
    • d’un côté, la sphère objective mentale de la quiddité (objet de la science, en [♻] «en re» dans ta syntaxe) ;  
    • de l’autre, ce qui, du côté de l’être et de l’actualisation, fait que «quelque chose est ceci plutôt que cela» (quoddité, liée au passage vers l’esse in effectu, donc au registre que tu situes en [⚤] «de rem»).[6][1]

En résumé : quiddité = essence comme réponse au “quoi ?” ; quoddité = être déterminé comme réponse au “ce qui est” – les deux formant la paire conceptuelle qui remplace, dans la lecture avicennienne-scolastique, le simple couple aristotélicien substance/accident.[4][1][2] (Sources : suivre le lien)

J'ai le sentiment que pour comprendre tout ceci il faut partir de l'hypothèse (l'acadienne!) que l'homme est un "être de langage"...

Bon, le sujet est posé, il faut laisser décanter...

-  L'intention Le 26/ 01/ 2026

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