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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #39 — XIVe siècle — Les Réalismes tardifs

Illustration Chat GPT

Le 05/ 03/ 2026 :

 - Au sortir du livre, je musarde un peu, car j'aimerais anticiper la suite alors qu'il me manque un guide assuré pour aborder la Renaissance.

- D'où ta recherche de ce matin (cf. "De la scolastique à la Renaissance"); en as-tu tiré quelque chose ?

- Oui : l'impression que jusqu'à l'entrée en scène de Francis Bacon et Galilée au XVIIe siècle, nous resterons dans la voie des mots . Je garde ce schéma en tête, impliquant la covariance des représentations, et donc l'importance d'une autorité morale garante du discours. 

"— 🤖: ... il faut arrêter de raconter l’histoire comme un “grand saut” et regarder une transition en trois couches : (1) mutation interne de la scolastique (XIVe), (2) révolution humaniste des pratiques textuelles (XVe), (3) déplacement progressif du lieu de preuve (fin XVe–XVIe), qui ouvre ensuite la porte aux sciences “dures”."

L'évolution passe donc prioritairement par des remises en cause douloureuses de l'autorité de l'Église (des 95 thèses de Martin Luther en 1517 jusqu'à Giordano Bruno au bûcher le 17/ 02/ 1600). Ensuite seulement, se développera une mise à l'épreuve des mots par l'expérience des choses. 

Dans ce contexte, nous abordons ici avec de Libera, le premier pas de la démarche, à savoir cette mutation interne de la scolastique, qui servira de cadre dans un premier temps et de repoussoir ensuite à la pensée Occidentale.

- Et si tu entrais dans le texte ?

LES RÉALISMES TARDIFS ET LA RÉACTION ANTI-OCCAMISTE

"Notre projet étant d’articuler l’histoire des universaux de Platon à la fin du Moyen Âge, la critique d’Occam ne nous intéresse ici que comme figure du dispositif dont nous suivons les métamorphoses depuis sa première inscription dans l’argument du Ménon. C’est donc à deux figures du réalisme postoccamiste que nous consacrerons nos dernières analyses:

  • a la reprise du problème des universaux par les réalistes tardifs d’Oxford, autour de Jean Sharpe ;
  • b le déploiement final de la théorie des trois états de l’universel, leitmotiv de la pensée néoplatonicienne et de l’aristotélisme néoplatonisant depuis Ammonius, dans l’école néo-albertiste et le réalisme tchèque.

Ces deux ensembles ne communiquent pas conceptuellement entre eux (même s’ils finissent par le faire à travers Wyclif) : le réalisme oxonien appartient au même champ que l’occamisme et le scotisme ; le néo-albertisme et le réalisme tchèque se situent en dehors. Le premier lutte contre Occam avec les armes d’Occam ; le second a une autre visée : la totalisation englobante de toutes les positions antérieures. Le premier est fils du XIVe siècle ; le second, un produit hybride du XIIIe et du XIVe." p. 522

Les réalistes d’Oxford : Jean Sharpe et le bilan critique du XIVe siècle

- Jean Sharpe fait partie d’un groupe de logiciens réalistes d’Oxford à la charnière des XIVe et XVe siècles, comprenant Robert Alyngton, Roger Whelpdale, Guillaume Penbygull, Guillaume Milverley et Jean Tarteys. Lorsqu’il écrit, la plupart des acteurs majeurs de la querelle des universaux – d’Harclay, Holkot, Chatton et Crathorn jusqu’à Occam, Burley, Duns Scot, mais aussi Pierre d’Auriole, Buridan et Wyclif – ont déjà développé leurs positions. En soumettant ces grandes doctrines à un examen systématique, Sharpe offre, par son exposé et ses critiques, une vue d’ensemble sur près d’un siècle de débats, qu’il répartit en huit théories ou opinions.

"Le premier bloc caractérisé par Sharpe regroupe deux thèses nominalistes et une, celle de Pierre d’Auriole, que l’on dirait aujourd’hui conceptualiste. Nous nous contenterons ici de résumer rapidement les doctrines visées, en indiquant ici ou là le fond de la critique sharpienne." p. 523

Buridan : nous l'avons déjà rencontré (cf. ici dans #37) pour en tirer ce schéma :

Buridan Aristote
régime de lecture prédicat   concepts
       
impropre universaux  
         
propre   quiddité   choses

Remplacer le système d'Occam par ces deux régimes de lecture permettait d'accepter une thèse "impropre", avancée par un auteur, quand bien même ne renverrait-elle à aucune prédication "propre". L'exemple étant la phrase "L'homme est une espèce" jugée

  • Improprement vraie : l'espèce et l'homme étant ici des universaux en ♢;
  • Proprement fausse : ni l'homme ni l'espèce en ♧ ne renvoient à des sensibles singuliers en ♡.

Le point de discussion tourne autour de l'idée que l'universel renvoie de façon "confuse" à une pluralité de choses.

"Par «supposition purement confuse» (confusa tantum) Sharpe entend que, selon Buridan, étant donné la proposition «Animal est genus», il est vrai de dire que n’importe lequel de ces animaux est un animal, bien qu’aucun d’entre eux ne soit l’animal." p. 523

Je te passe les détails de l'argumentation consistant à dire que l'on ne peut "être confus" que par rapport à une idée ou intention antérieure, précise.

- Autrement dit : l'impossibilité de penser la dualité 𓁝𓁜 dans une logique du premier ordre ?

- Exactement. Je reste là encore sidéré de repérer cette fêlure qui se propage de siècle en siècle, et admiratif d'un travail scolastique, façon kintsugi (金継ぎ), digne des meilleurs artisans japonais.

"La rencontre entre le thème des universaux et celui de l’univocité n’est pas le fait du hasard : les deux (et ceux qui s’y rattachent, particulièrement celui de la paronymie – la denominatio) sont intrinsèquement liés. Aux yeux du réaliste, le rejet nominaliste des universaux réels aboutit à une généralisation de l’équivocité qui ne peut que virer à l’idéalisme." p. 524

Occam : je te renvoie au résumé en introduction de #37.

"Les signa ad extra (autrement dit les termes du langage oral ou écrit), dont la signification est conventionnelle (quae imposita sunt ad placitum), ne sont universaux que par accident et à titre dérivé (secundarie), puisque leur «communauté» n’est pas naturelle mais résulte d’une imposition et d’une subordination. Nous reviendrons en détail sur la discussion proposée." p. 523

Tu retrouves le même positionnement des universaux en i, cette fois-ci en premier comme "intentio", pour se décliner en paroles vocales v⚤ ou écrites e.

Pierre d'Auriole : 

"La thèse conceptualiste de Pierre d’Auriole est présentée comme une théorie de l’esse obiectivum : il n’y a universalité que dans l’âme [i.e.: en ♡], mais en un sens très précis. Les universaux ne sont ni des choses, ni des signes extérieurs, ni des intentions de l’âme (du moins à proprement parler) : seul l’être objectif dont une chose est dotée en tant qu’elle est dans l’âme est véritablement et proprement universel. L’universel est donc au sens propre le concept objectif qui, sans intermédiaire, à titre d’objet premier et prochain (d’un acte d’intellection), termine une intellection universelle ou commune, concept qui est l’«image vraie» (vera similitudo) d’une pluralité de singuliers existant réellement (ad extra)."

En utilisant mon rasoir personnel, j'y vois la jointure ♡/ ; retour à l'objet qui "termine" une intellectuation ♧. Le bouclage d'un cycle marquant ainsi l'adéquation du concept à son objet. Ce n'est qu'une hypothèse de lecture...

"il y a des universaux qui existent réellement séparément des singuliers. Ils sont absolument incorruptibles et ne dépendent ni des singuliers ni de leur succession. Cette présentation sans originalité n’éveille aucun écho particulier. Le grand intérêt de Sharpe n’est pas le platonisme, mais le réalisme d’Oxford." p. 526

Thèse de Duns Scot, cf. #35:

  Duns Scot  
     
indétermination de   cause intégrale
l'universel   intellect agent
"universilateur"
    causalité commune
intellect possible nature commune
    causalités partielles
être objectif   être sensible
multiple   singulier

La "nature commune" est en ♢♻ :

"«L’humanité est la forme causale qui fait que tout homme est homme, de même que c’est par la blancheur que l’homme est blanc ; pourtant cette humanité n’est pas elle-même homme, ni la blancheur blanche. Cette opinion ne pose donc pas d’homme commun, ce qu’elle pose, c’est une humanité commune" p. 526

Thèse de Gauthier Burley

"Elle est substantiellement identique à celle de Scot, quoiqu’«elle aille plus loin». Les universaux ne sont pas séparés de leurs singuliers, ils leur sont inhérents (ipsis inexistentia) et communiqués essentiellement, mais ils peuvent être assignés (signari) aussi bien par des noms concrets que par des noms abstraits." p. 527 

- Bref : nous retrouvons l'abstraction d'Aristote et l'on part ici de ♧.

Thèse de Jean Wyclif

"Les universaux existent réellement, ils sont signifiés à titre premier aussi bien par les concrets que par les abstraits, mais ils sont aussi réellement ou essentiellement identiques à leurs singuliers, même s’ils en diffèrent formellement ou selon la manière de concevoir (secundum rationem)." p. 527

- Là, on descend les universaux en ♧, on shunte en grande partie ♢, pour se retrouver au niveau du langage via :  ♧/. avec la "quiddité" singulière de l'universel. Ensuite tout n'est que question de langage.

"Pour Wyclif, l’homme commun n’est pas seulement prédiqué du singulier : en prédication essentielle, il est identique au singulier et se distingue de lui formellement. Les communia essentialia sont donc indifféremment signifiés par des termes concrets [i.e.: ], des termes abstraits [i.e.: ♧] et des complexes à l’infinitif [i.e.: en ] (per complexa infinitiva) : c’est la même chose réellement que l’homme commun, l’espèce humaine, l’humanité et l’esse hominem." p. 527

De Libera souligne qu’en Wyclif se rencontrent la tradition réaliste continentale (no‑albertisme, Avicenne, Liber de causis, etc.) et le réalisme oxonien anti‑nominaliste; cette articulation donne à son réalisme une portée européenne et fait de lui un point de passage obligé pour les réalismes des XIVᵉ–XVᵉ siècles (Sharpe, Alyngton, Penbygull, ralisme tchèque, etc.).

"De fait, l’œuvre de Wyclif est un véritable paradigme, qui a eu un destin européen parce que sa doctrine était un échangeur conceptuel entre la philosophie anglaise «moderne» et la philosophie continentale «ancienne». C’est dans le texte de Wyclif que les deux traditions de l’histoire des universaux se rencontrent,

  • la «voie ancienne», qu’il défend,
  • et la «voie moderne», l’occamisme, qu’il attaque.

C’est cette rencontre qui détermine l’extraordinaire diffusion de ses doctrines dans l’Europe des XIVe et XVe siècles. Wyclif est celui par qui s’achève la translatio studiorum – et ce, parce qu’il articule pour la première fois tous les modèles d’harmonisation de Platon et d’Aristote, mis au point dans l’histoire, d’Ammonius au Moyen Âge tardif." p. 528

Bref, en empruntant à :

  • a/ Grossetête (cf. #31Bis), les 4 types d'universaux;
  • b/ la distinction néoplatonicienne des universaux (ante rem / in re / post rem) d'Albert de Gand (cf. #31Bis) et Eustrate de Nicée, 
  • c/ la distinction entre universel causal (in causando) et prédicationnel (in significando) 

De ce mixte, Wyclif  offre un tableau des universaux :

"le tableau complet de cette classification où sont fondus tous les éléments introduits par les réalistes, de Platon au XIIIe siècle, dessine ainsi la structure du savoir médiéval sur les universaux et il intègre tous les corpus où ces divers savoirs sont exposés.

  • I. Universel formel /de causation/ante rem
    • I.1. incréé : Idée divine [i.e.: ] (Note 1)
      • I.1.1. genres
      • I.1.2. espèces
      • I.1.3. individus
    • I.2. créé [i.e.: ♡ ]
      • I.2.1. puissance causale des Intelligences
      • I.2.2. puissance causale des Corps célestes
  • II. Universel de communication/in re
    • II.1. quidditatif (quid est) [i.e.: ♡/♧  ]
      • II.1.1. médiatement :
        genre  => [i.e.: ♧  ]
      • II.1.2. premièrement et immédiatement : 
        genre généralissime => [i.e.: ♧ ]
      • II.1.3. secondairement et médiatement : 
        genre intermédiaire => [i.e.: ♧ ]
      • II.1.4. immédiatement :
        espèce spécialissime => [i.e.: ♡/♧  ]
    • II.2. qualitatif (quale est) [i.e.: ]
      • II.2.1. qualité essentielle :
        différence => [i.e.: ♢]
      • II.2.2. qualité accidentelle :
        propre, accident => [i.e.: ♢]
  • III. Universel de représentation/de signification/ concept/post rem [i.e.: ]" p. 529

- Tu imagines qu'à partir d'un tel vocabulaire, il y aura de quoi alimenter les disputes pendant plus d'un siècle !


Le 16/ 03/ 2026 :

Vers un nouveau réalisme

(a) - Il y a une difficulté à comprendre un universel comme "un quelque chose" quand sa fonction est de repérer une pluralité indéterminée de "choses".

- C'est dès l'origine dans le schéma que tu nous a fait de Platon : (cf.: "#22")

mondes Platon
idées [⚤] [♻] 
sensible [⚤] [♻] 
  Multiple Un

Il faut bien, d'une façon ou d'une autre, que le principe originel Un en [♻] se démultiplie dans des "formes" en [⚤][♻], par exemple celle d'abeille, sur laquelle Menon et Socrate peuvent s'accorder pour en doter chaque individu sensible [⚤]/[♻] (toutes semblables en tant qu'elles sont abeilles) et les compter en [⚤][♻].

- Exact, et ce passage platonicien [⚤]/[♻] se retrouve intact chez Aristote jusqu'au XIIIe siècle dans la réification de l'universel en objet singulier :

  Aristote  
    Actuel
   
    Potentiel
  de rem   en re  

La modification majeure entre les deux parcours est dans la jointure complémentaire :

Platon   Aristote
[⚤] [♻]     
⇗   
[⚤] [♻]     
Multiple Un   de rem   en re

Platon est tranquille puisqu'il chapeaute son système par un principe Unaire garantissant la cohérence du Monde avec un principe de paronymie [⚤]/[♻]♡ (je dis ce qui est et "Nous appelons un homme courageux … lorsque son ardeur préserve, à travers peines et plaisirs, ce qui a été prescrit par la raison" cf. ici). Pour Aristote la chose est moins aisée, car sa démarche se veut immanente, à partir du sensible en ♧.

- Je vois : et donc la cohérence du système aristotélicien est assurée, précisément par ce retour  ♡/  initiant ainsi un automatisme de répétition ?

- C'est du moins ce qui me semble le plus simple :

  1. La quantité au sens de catégorie d'Aristote est dans le passage ♧ ; 
  2. L'universalité est un prédicat ♢ ;
  3. L'universel est Un dans le passage ♡/;
  4. La répétition permet de passe de l'individu à l'espèce, de l'espèce au genre jusqu'au genre suprême, immobile en ♧ qui clôt le cycle.

- OK, et pourquoi ce rappel maintenant ?

- Parce cette notion de cycle va nous aider à comprendre la distinction entre prédication essentielle et formelle. Partons de la fin : la prédication est en ♡, et les catégories de mode ♢.

  • /  :  La prédiction essentielle est "une" ;
  • ⚤ : La prédication formelle est affaire de langage.

C'est une distinction simple au "premier cycle" : "Socrate est un homme", qui se retrouve au second "l'homme est une espèce", et au suivant "l'espèce est un genre".

- Où veux-tu en venir ?

- En passant par ♢/; l'universel "homme" devient essentiel singulier et de proche en proche jusqu'au genre suprême. Mais et c'est ici l'important, cette singularité n'est pas directement abstraite d'une multitude d'observations semblables. Nous ne nous référons plus au mécanisme purement aristotélicien :

  • ♧ ♻ : Abstraction;
  • ♻ : Actualisation.

Et le "passage par le bas ♡/" si je puis dire, évite toute discussion relative à la dualité  Partie— 𓁝♢𓁜 Tout.

- Merci pour le contexte et le recentrage sur ta problématique, mais si tu revenais au texte ?

Prédication essentielle et prédication formelle

- Tentons de retrouver notre distinction dans le texte :

"Pour les réalistes d’Oxford,

  • la prédication essentielle est le type de prédication où
    1. la res signifiée par le sujet est la même essence que celle signifiée par le prédicat (ou bien, ex parte rei, le type de prédication où le sujet et le prédicat sont une seule et même chose) et où
    2. le sujet connote un principe formel qui, comme tel, n’est compris ni premièrement ni dénominativement dans le prédicat (et réciproquement), ce qui est le cas de propositions comme « Natura humana est homo singularis », « Humanitas est currens », « Homo singularis est species ».
  • La prédication formelle, en revanche, est celle où le principe formel connoté par le prédicat est, en tant que tel, présent à titre premier dans le sujet – ce qui est le cas de propositions comme « Homo est animal » (prédication formelle essentielle) ou « Sortes est albus » (prédication formelle accidentelle)." p. 531

Comme nous préparons ici le terreau à partir duquel l'Occident va s'envoler, il importe de passer tout ceci en revue méticuleusement.

  • la prédication essentielle :
    1.  ♧:
      • en ♧: il s'agit ici du "sujet sensible", objet de discours;
      • en ♡: le sujet sensible "signifie son essence;
    2. Le sujet connote un principe formel.
      C'est ici qu'il ne faut pas se prendre les pieds dans le tapis, car la "connotation" est —pour nous—  dans le passage d'élément—♧𓁜𓁝♢— partie

- Nous avons bien compris qu'il ne peut en être question !

- Il s'agit donc de passer d'un objet unitaire, à un principe unitaire. et c'est ici qu'il faut insister sur le bouclage du cycle.

  • Premier cycle  ♧/: l'objet en ♧♻ connote effectivement (au sens ♧𓁜𓁝♢ ) un principe formel dénoté en ♢𓁜;
  • Bouclage : ♢/: le "principe formel" est singulier en ♧♻ et tire son essence en ♢.
  • La prédication formelle :
    Il faut être attentif au fait que la prédication porte sur un universel "présent à titre premier dans le sujet".

- Autrement dit, nous avons déjà bouclé un cycle ♡/ ?

- Exactement. C'est en cela que les Reales diffèrent des Nominales, sinon, ils se retrouvent par la suite pour parler de prédication formelle dans le mouvement ♢. La divergence n'est pas à ce niveau, mais dans l'étape précédente :

  • Les Nominales s'en tiennent à :
    => ;
  • Les Reales en sont déjà au deuxième tour de circuit :
    => ♡//.

"À terme, on a ainsi une théorie composite, extrêmement technique, où les questions relatives au statut ontologique des universaux sont équilibrées par une description systématique des rapports existant entre les termes vocaux, les concepts et les natures communes." p. 531


Le 17/ 03/ 2026 :

Critique de la thèse d’Occam sur les intentions

- Rappelle-moi d'abord de ce qu'est une "intention" pour Occam, car j'ai une cervelle de moineau et ne me souviens que vaguement de ce que tu as lu et commenté il y a moins de quinze jours.

- Reviens à #38 :

  • L'universel est une "intention de l'âme"
  • "c’est cet acte qui «tient lieu» des choses dans ce qu’Albert appelle avec Occam une «proposition mentale»."
    => en ♢ ​​​​​​
  • L'universel ♢ est dans une seule imposition. "Un terme universel a une seule imposition, qu’il dénote ou non actuellement plusieurs choses."
    [...]

Occam reproduit entre la voix intérieure [⚤]i et les mots vocaux [⚤]v, le schéma qu'Aristote établit entre les choses [♻] et les mots [⚤].

    Occam R2    
  Imposition voces   verbe
intérieur
Intention  
    ♡v   ♡i    
  2ème ♢v ♢i 2ème  
  1ère ♧v   ♧i 1ère  

Où l'on retrouve l'idée de deux cycles, et chez Occam, dans ce cycle R2, l'intention en ♡i tient le rôle de l'essence en ♡.

- Merci, et donc comment s'articule la critique de cette intention ?

- Elle se présente sous forme de syllogisme :

"α / Soit une intention a dans l’esprit d’un homme b On pose que a est l’intention d’une chose. On a alors le syllogisme suivant.

  • Majeure : a signifie naturellement cette chose ;
  • mineure : or a ne peut signifier naturellement une chose singulière (aliquam rem singularem) ;
  • conclusion :  donc a signifie naturellement une chose universelle. Conclusion générale : il y a des choses universelles qui ne sont ni des signes ni des concepts." p. 531

J'avais en tête l'idée que lorsque je perçois une forêt je n'identifie pas chacune des feuilles des arbres, et j'ai tenté de retrouver à qui je ne référais inconsciemment en y repensant. À force de torturer Perplexity, il m'a ressorti Leibniz (ici), mais hors de l'épure. Il a également retrouvé Cicéron et Sénèque, mais pas très convainquant, pour revenir à Aristote parlant du continu, en contrant les paradoxes de Zénon (ici), avec Averroès et  Thomas d'Aquin en commentateurs (ici).

- Mais personne pour exprimer une remarque aussi évidente ?

- J'ai tenté ma chance avec Chat GPT, qui me renvoie à Aristote et Augustin (ici) (Note 2).

- Donc il y a consensus au XIIIe siècle pour considérer qu'une chose ne peut être perçue, et "entrer dans l'âme" que si elle est dénotée en posture 𓁜 ? 

- Oui, et l'argument syllogistique est recevable dans ce contexte, reste à le décortiquer.

"La majeure est évidente : toute intention, en effet, est un signe naturel." p. 512

Pour le coup, je trouve que de Libera va un peu vite. Nous sommes ici chez les Reales, et  donc en fin de parcourt d'une essence unitaire : ♡/, alors que les Nominales s'affranchissent de la jointure ♡/; ce qui limite la portée de l'argument, car il s'appuie sur un préalable Reale, et n'est pas une contradiction interne à l'approche Nominale.

"La mineure se démontre ainsi :

  • si a signifie naturellement une chose singulière, par exemple un homme singulier, a devrait aussi par là même (per idem) signifier naturellement chaque homme. En effet, a ne se rapporte naturellement pas plus à tel homme qu’à tel autre ; donc, si pure naturaliter a en signifie un, il s’ensuit que, naturaliter, il les signifie tous.
  • Or le conséquent («il les signifie tous») est faux pour trois raisons :
    1. car, dans l’hypothèse, l’action d’un sujet agissant de façon purement naturelle porterait à titre premier et ex aequo sur un nombre infini de choses
    2. car, dans l’hypothèse, toute intentio serait représentative d’un nombre infini de choses, ce qui est faux ;
    3. car, dans l’hypothèse, il faudrait admettre la possibilité de penser distinctement des infinis." p. 532

- J'avoue que ce n'est pas très clair : si je dis que Socrate est chauve, ça ne s'applique pas à "naturellement à chaque homme".

- Attention ! Nous parlons ici d'universaux : "L'universel est une "intention de l'âme".

- Est-ce à dire que dans cette discussion, on shunte le mode ♢ et les catégories ?

- À mon sens oui, car nous ne nous intéressons ici qu'à l'aspect unitaire de l'universel.

intention   essence
   
     
  de rem   en re  

- Soit, et donc ?

- Dans ce cadre restreint, si a en tant qu'universel en ♡, s'applique à chaque homme en ♧,  alors le bouclage du ruban ♡/:

intention    
   
     
  de rem   en re homme

applique effectivement un universel sur une infinité d'hommes...

- Et tu retombes sur l'incapacité à passer de l'infini au "tout" : "il faudrait admettre la possibilité de penser distinctement des infinis".

- Oui, j'ai insisté un peu lourdement sur ce développement car je trouve important de prendre conscience de notre incapacité actuelle à véritablement entrer dans la peau d'un philosophe de l'époque. (Note 3)

- Mais si, malgré tout, tu tentes de te mettre dans le contexte de l'époque ? Après tout, c'est bien à cela que sert ta représentation topologique, non ?

- Effectivement. Dans le contexte, comme tu dis, le bouclage du ruban R pour chaque homme, indice une répétition infinie de la boucle. L'impossibilité pointée par les Reales tient à l'impossibilité de sortir de cette répétition 𓁝R pour la dénoter R𓁜.

Autre approche :

  • "β/ Une intention commune a représente une pluralité. Elle le fait soit
    • per modum multorum, soit
    • per modum unius (il n’y a pas d’autre possibilité, puisque l’un et le multiple divisent l’être à égalité).
      Elle ne le fait pas per modum multorum car, si c’était le cas, elle représenterait distinctement cette pluralité. On doit ainsi supposer qu’elle le fait per modum unius. Cela posé, on argumente ainsi :
      • β1/ tout ce qui représente plusieurs choses naturellement et véritablement per modum unius représente plus naturellement à titre antérieur l’un que le multiple. C’est le cas de l’intention a, donc etc.
      • β2/ l’un par lequel a représente une pluralité de choses singulières ne peut être une chose singulière appartenant à cette pluralité ; c’est donc quelque chose de commun à tout ce qui constitue cette pluralité ; donc, ex natura rei, il y a quelque chose de commun à la pluralité de choses représentée par a. L’intention a peut représenter" p. 533

β1/ Il y a bien là, l'idée d'un "tour de chauffe" pour définir l'universel comme objet singulier, afin de l'attribuer ensuite à une multitude potentiellement infinie.

β2/ Tu retrouves l'impossibilité d'une "appartenance" de l'objet ♧, à une totalité : impossible de couper une tarte ♢𓁜 en parts 𓁝♢ pour que chacun mange la sienne ♧𓁜 (i.e.: ♢𓁜𓁝♢𓁜).

- Je crois que l'on a compris, si tu avançais ?

"Pour quitter le terrain de la sémantique et prendre le problème à la base, c’est-à-dire au niveau de la réalité même, Sharpe fait l’hypothèse d’un monde qui ne contiendrait aucun signe. Supposé qu’il n’existe aucun signe, il argumente ainsi : soit deux hommes, l’homme a et l’homme b. On pose l’inférence suivante :

  1. a et b concordent plus, essentiellement (ou : plus essentiellement), que a avec l’âne c ;

  2. donc, a et b concordent réellement (ex natura rei) en quelque chose en quoi a et c ne concordent pas.

Le problème crucial du réalisme est : qu’est-ce qui autorise le passage de 1 à 2 ? C’est là, clairement, la reformulation de la question que Socrate posait à Ménon. Suivons Sharpe..." p. 534

On peut résumer sur l'enchaînement des arguments de cette façon :

  1. Hypothèse d’un monde sans signes : on constate seulement que a et b concordent plus essentiellement que a et c.
    => on reste au niveau [♻];
  2. Si cette différence de concordance n’était pas fondée sur quelque chose de réel commun à a et b qui manque à c, il n’y aurait aucun fondement pour dire qu’ils «concordent plus».
    => puisque par hypothèse le niveau [⚤] est hors jeu (pas de signes)
  3. Donc il faut admettre :
    1.  un «quelque chose» ex natura rei en quoi a et b concordent et où c ne concorde pas :
      => un universel applicable à a et b, soit ♡/;
    2. ce «quelque chose» comme réellement commun:
      => un universel ♡;
    3. donc une communauté réelle entre a et b :
      =>et une essence  ♡♻ antérieure à  ♡;
  4. Le nominaliste (Occam) refuse ce passage : il lit «a et b concordent plus» comme «de par eux-mêmes, a et b concordent plus que a et c», sans poser de «commun réel».
    => par définition puisqu'il part des signifiants en ♧ pour atteindre ♡;
  5. Sharpe réplique : si tout se joue «par soi», alors a convient autant avec c qu’avec b ; pour expliquer la différence de convenance, il faut donc bien une structure commune réelle.

- Et là, nous avons une proposition philosophique est un écho lointain de nos rapports à l'IA, et au test de Turing.

- Exact, et la question est encore débattue de nos jours (cf. Note 4).

"Tel qu’il est ici formulé, le principe qui supporte toute la thèse d’Occam est celui que nous avons vu émerger dès l’Expositio sur Porphyre : «Toute chose est par elle-même ou identique à ou différente  d’une autre» (omnis res per se vel est eadem vel diversa ab alia). Ce principe dur peut être appelé «principe de La Boétie» (PLB) car il situe le fondement de l’accord de convenance entre deux choses singulières en elles-mêmes prises une à une : parce que c’est lui, parce que c’est moi." p. 536

On sent, avec la référence à Montaigne, que nous entrons dans la Renaissance à l'âge de la relativité "Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà ?", cependant, dans le texte de Libera, la nature de cette différence (de niveau [⚤] ou [♻]) n'est pas tranchée...

- Attends la suite :

"PLB ne doit pas être confondu avec sa version douce, celle qui est mentionnée dans la Somme de logique, I, 17, selon laquelle deux choses concordent «et par leurs formes et par elles-mêmes», ni, par conséquent, avec le conformisme ontologique de Gilbert de Poitiers et de l’école porrétaine, qui en est une version réaliste centrée sur les seules formes des singuliers."

- OK, si donc la "forme adoucie" est en ♢ ; alors la forme "dure" doit se situer en ♢, ce qui nous ramène effectivement aux hésitations initiales pour classer les sous-catégories de genre et d'espèce (en ♢) avec, avec la majorité en ♢.

- Comme quoi l'on tourne en rond...

- Le moment de marquer une pose.

- Amen

Hari.

Note 1 :

- Je ne perds pas le fil de ma recherche d'un lien entre Moyen Âge et Renaissance (cf; "De la scolastique à la Renaissance"). Il était apparu que le point essentiel de l'évolution tenait à la prise de conscience de la relativité du référent grâce auquel toute représentation dans la voie des mots  "tient" (i.e.: voie covariante).

C'est ce que nous voyons ici clairement chez les Reales, qui sont obligés d'en référer à Dieu ♡, où l'on retrouve le donateur de formes d'Avicenne.

Second point : l'étroite relation entre les mots et les choses est bien celle relevée par Foucault, définissant le système des signatures.

- Il faudrait voir la filiation entre Paracelse et les Reales tardifs...

— 🤖: "... Les spécialistes de Wyclif, des réalistes tardifs ou de Paracelse (Leff, Robson, de Libera, Minnis, historiens de la doctrine des signatures) ne proposent pas, à ma connaissance, de généalogie reliant explicitement doctrine des signatures et réalisme tardo‑médiéval; le rapprochement est davantage typologique (deux manières de coller le signe à la chose) qu’historique.... " (lien et sources ici)

- Bon, on ne peut pas gagner à tous les coups...

- J'ai cherché une relation à partir de sa formation, mais j'ai fait chou blanc (discussion ici), il était même opposé aux études scolastiques, mais avant de baisser les bras, j'ai tenté d'en savoir plus sur ses croyances :

— 🤖: Oui, Paracelse est profondément croyant, mais d’une manière très personnelle et conflictuelle avec les institutions.
Type de foi

  • Il se considère comme chrétien, voit la médecine comme une mission divine, et pense que science et révélation sont inséparables: l’étude de la nature est pour lui lecture directe du message de Dieu.[1][2]
  • Il reste techniquement catholique, mais fortement marqué par l’esprit de la Réforme; il critique le formalisme religieux, insiste sur la foi intérieure, la lecture «du cœur» de la Bible, et parle d’une «Église intérieure du Christ» plutôt que des confessions établies.[3][4]

Théologie et cosmos

  • Sa cosmologie est théologique: le monde est un organisme animé par un esprit divin, les vertus des choses sont «surnaturelles» et préexistent en Dieu; les signatures sont des sceaux posés par Dieu pour guider l’homme dans la connaissance et la guérison.[5][1]
  • Cette vision pan‑sacramentelle de la nature, combinée à une critique des clercs et des rites, le place à la fois comme fidèle et comme dissident aux yeux des autorités catholiques (d’où les censures partielles de ses œuvres).[6][7]

Voulez‑vous qu’on explicite maintenant comment cette foi structure précisément sa théorie des signatures, par exemple en la comparant à la façon dont la foi structure le réalisme de Wyclif ou des Réales tardifs ? Sources (suivre le lien)

- Bingo ! La suite est facile à deviner, je te laisse le lien ici.

- OK, mais concernant ce choix de Paracelse par Foucault, pour illustrer l'épistémè de la Renaissance ?

- C'est à la fois juste et insuffisant :

  • Juste : oui, ce devait être la façon ordinaire de lier les mots aux choses, dans un monde profondément religieux;
  • Mais s'en tenir à Paracelse, c'est oublier la vague de fond qui emportera tout, consistant à relativiser la représentation, depuis les peintres Florentins, jusqu'à Montaigne «Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au‑delà ?», dont s'inspirera Pascal (lien). Il est là le lien principal.

Nous aurons l'occasion d'y revenir.

Note 2 :

- Avec cette citation d'Augustin (ici):

"— 🤖 : Oui. Le passage le plus pertinent est dans les Confessions, IV, 11, 17 :
“Quidquid per illam sentis, in parte est; et ignoras totum.”
Traduction sobre en français :
« Tout ce que tu perçois par elle n’est que partiel, et tu ignores le tout. »
Dans la version anglaise classique, le passage est rendu ainsi : “Whatever by her you feel, is but in part; and the whole … you are ignorant of.”
Le point important est le suivant : Augustin ne dit pas exactement «je vois une forêt sans distinguer chaque arbre», mais il affirme bien que la sensation charnelle ne donne que des parties, tandis que le tout échappe à la saisie distincte. C’est donc assez proche de votre problème, même si l’image de la forêt est une reformulation moderne."

La perspective n'est donc pas celle d'Aristote (ici), qui considère dans De anima III, 7 :

"— 🤖 : « Il n’est donc pas possible de dire quelle partie de la ligne on appréhendait dans chacune des deux moitiés du temps : l’objet n’a de parties en acte que lorsqu’il a été divisé. Si, en pensée, tu considères séparément chaque moitié, tu divises par là même le temps, les demi‑lignes devenant comme de nouveaux touts. Mais si tu penses la ligne comme un tout composé de ces deux parties possibles, tu la penses aussi dans un temps qui correspond aux deux parties ensemble. »
Idée clé : le continu (la « ligne ») est saisi comme un tout avant que ses parties soient déterminées en acte ; on ne peut pas dire « à ce moment‑ci, je perçois telle partie », la distinction des parties dépend de l’acte d’analyse, pas de la première saisie du tout

Il y a donc chez Aristote une incapacité à penser tout/ parties, toujours en posture ex post 𓁜, quand Augustin se voit en posture ex ante 𓁝 (celle de la partie) par rapport à Dieu 𓁜 (celle du tout)... Il faudra attendre Leibniz pour ramener cette dualité partie—𓁝/𓁜—tout dans le champ de la géométrie.

- Il reste malgré tout la caverne de Platon ?

- Oui et non. Il y a bien la posture 𓁝 de ceux qui sont enchaînés au fond de cette caverne, par rapport au sage qui lui "voit" l'extérieur dans la posture du maître 𓁜, mais nous sommes ici dans le dialogue du maître et de l'élève, qui n'est pas une réflexion sur la nature de l'expérience : il y a un maître 𓁜. En ce sens, Augustin est plus proche d'une compréhension "topologique" de la posture 𓁝...

Note 3 :

J'avais en tête quelque chose de Lacan, que je n'ai pas retrouvé (ici), mais quelque chose de semblable chez Joseph Rouzel :  

"— 🤖 : «La coupure qui est proprement le signe d'un acte se manifeste d'un point de franchissement, d'une avancée telle qu'aucun retour en arrière n'est possible. Ce passage brûle les ponts et les bateaux. Déplacement de la position subjective.»" (Sources : suivre le lien)

Concernant le point précis qui nous agite ici, le point de franchissement c'est Cantor qui l'a franchit définitivement en exprimant la possibilité d'une bijection entre la droite réelle ℝ et un intervalle [⚤]0;1[... (ici)

Note 4 :

- En lisant ce passage, j'ai en tête une discussion entre Lacan et Hyppolite à propos d'une caméra tournant seule, dans un monde dépourvu d'hommes. (ici).

  • Lacan propose cette métaphore pour introduire l'idée d'un "phénomène de conscience" hors de tout Sujet :
    «voilà donc ce que je vous propose de considérer comme essentiellement un phénomène de conscience, qui n’aura été perçu par aucun moi, qui n’aura été réfléchi dans aucune expérience moïque»
  • Ce à quoi Hyppolite oppose  «il faut qu’il y ait quelqu’un pour qui le mot comme a un sens» ; et plus loin, à propos du film enregistré par la caméra : «ça n’est rien d’autre qu’un objet. Ça n’est pas un témoin, ça n’est rien»

- Pourquoi ce rappel ?

- Parce que cette discussion moderne m'apparaît comme un écho lointain de débats ancestraux autour du Menon, qui focalise quelque peu l'attention de Libera tout au long de son ouvrage.

Le point de discussion est que Socrate arrache à Menon un accord tacite sur ce qu'est l'essence (ou la forme) d'une abeille, pour qu'à partir de cette essence singulière on puisse passer de l'un au multiple. Nous en discutions encore hier (cf. ci-dessus).

- De fait la définition d'une abeille n'est pas besoin d'être articulée pour être opérative, mais est-ce important ?

- Ménon et Socrate partagent le même "habitus"... Mais soyons bons princes et accordons qu'un Chinois ou un Persan puissent encore acquiescer à Socrate. On pourrait même imaginer qu'un Lapon isolé sur sa banquise puisse concevoir qu'un kangourou est du genre animal. Maintenant, combien de temps faudrait-il à Sharpe pour identifier l'objet ci-contre, pourtant parfaitement réalisable à son époque ?

- Il va falloir en parler, dire que les belles d'aujourd'hui se mettent de faux cils, que cet instrument est destiné à courber.

- Précisément : il va falloir en parler.

- OK : tu reviens à ta marotte et à Einstein dans la voie des choses contre Bohr dans la voie des mots...

- Oui, le problème étant que ces mêmes Reales se voulant attentifs aux choses, empruntent la voie des mots R, sans jamais se frotter au Réel.

- Plaidoyer  pro domo... Et si tu revenais au texte ?


Le 18/ 03/ 2026 :

- Hier soir, je ruminais encore cette question : "Lacan est-il un Reale tardif ?", quand cette vidéo de Christian Dupuis Santini présentant les 4 discours, m'est tombé sous le nez, et j'ai ressenti ce signe du destin comme... un pied de nez, justement.

- Ce n'est pas le moment de te disperser : nous arrivons au bout de ce bouquin qui t'a scotché durant six mois !

- C'est pourquoi je ne contente d'un signet en bas de note, afin d'y revenir à loisir en son temps.

_ OK, et que tiens-tu à marquer ici ?

- Son idée de petit a comme marqueur d'une dichotomie. Et je faisais le rapprochement entre, précisément, celle qui nous agite ici : de rem—[⚤]/[♻]—en re.

  • Partir du signifiant, comme le psychanalyste, c'est partir du pied [⚤];
  • Transmettre "quelque chose" à propos du Réel, c'est à priori (avant Bohr) partir de [♻].

Maintenant, et je le note juste en passant: ces schémas ressemblent furieusement à la représentation à plat de notre ruban de Moebius.

- Sauf que dans la vidéo le ruban est associé au seul discours de l'analyste...

- Oui, les autres étant "sphériques" (ça nous rappelle René Lew), alors qu'il est bien plus simple de projeter tout ceci sur un cross cap... Bref, il y a bien des représentations à bousculer en psychanalyse pour qui voudrait avancer un peu...

Mais la question à creuser sérieusement est avant tout de savoir si Lacan était, in fine, un Reale tardif. 

- Il est temps de te remettre au boulot : cf. #40.

(a)

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