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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Histoire d'une erreur d'analyse : ma représentation d'Avicenne

 

Le 14/ 01/ 2026 :

- Hier, en rédigeant l'article #33 concernant les Modistes et la doctrine des intentions, je me suis rendu copte d'avoir complètement loupé mon approche d'Avicenne.

- Et tu en fais étalage ?

- Oui, car je dois reprendre tous mes articles à partir du #28 sur Avicenne pour les rectifier en conséquences. Mais mon erreur est intéressante à analyser, ne serait-ce que pour m'en garder à l'avenir.

- Par où commencer ?

- Par la fin, comme dans un Colombo (cf. #33). Il y a chez les Modistes, l'émergence d'une différenciation entre "grammaire" et "logique" qui m'a troublé, car il me semblait devoir déplacer la "logique" du niveau [⚤]—"de rem" où je la situe naturellement, au niveau [♻]—"en re" où se situe l'objet.

Je pars donc vérifier qu'il y a bien chez Aristote une différence entre la logique (en [⚤]) et l'abstraction (en [♻]). Puis l'auteur fait référence à la théorie des 3 intentions chez Avicenne, alors que j'avais en tête le schéma du rapport entre "essence" / "potentiel" / "actuel", qui m'avait conduit à dire qu'Avicenne circule sur le cross cap (i.e. en empruntant les deux voies  & .)

C'est à ce point que je vérifie auprès de perplexity, par prudence, et voici sa réponse : 

— 🤖 : Non : le couple «potentiel / actuel» chez Avicenne décrit d’abord une structure ontologique et noétique (puissance / acte), pas un passage de type «hypothèse → validation expérimentale» au sens d’une épistémologie moderne, même si l’expérience joue chez lui un rôle réel dans la constitution de certains principes scientifiques.[1][2]

Potentiel / actuel : structure de l’être et de l’intellection

  • Le passage du potentiel à l’actuel concerne d’abord l’être des choses et l’état de l’intellect : la forme intelligible est en puissance dans l’âme, puis en acte lorsqu’elle est effectivement intelligée, ou bien la chose est possible par soi et actualisée par une cause.[3][4]
  • Cette actualisation n’est pas pensée comme «confirmation» d’une essence hypothétique par des tests empiriques, mais comme passage métaphysique et noétique de la capacité à l’exercice, ou du possible au nécessaire (par soi ou par autre).[4][3]

Rôle de l’expérience chez Avicenne

  • Avicenne accorde une place importante à l’expérience (surtout en médecine et en physique): l’expérience répétée, correctement cadrée, donne un universel «avec condition», c’est‑à‑dire une règle générale valable dans un domaine déterminé tant qu’aucun obstacle n’intervient.[2][5][6]
  • Mais l’expérimentation chez lui sert à établir des connexions causales stables et des principes empiriques, non à «valider» au sens moderne une essence posée comme hypothèse théorique ; l’essence reste fondamentalement saisie par l’intellect (et articulée dans le burhān, la démonstration), même si certains de ses traits sont mis en lumière grâce à l’expérience.[7][1][2]

En résumé : il y a bien chez Avicenne articulation entre expérience, causalité et science démonstrative, mais le schéma «essence potentielle» → «vérification expérimentale» → «essence actuelle validée» relève d’un paradigme post‑galiléen, non de sa théorie de la puissance et de l’acte." ( Sources : suivre le lien)

Catastrophe : j'avais pris mes désirs pour la réalité !

- De quoi parles-tu ?

- Avant d'attaquer le chapitre sur Avicenne, j'étais encore dans la surprise de ce que nous avons vu de la Sainte Trinité, et de la place de l'Esprit comme copule "être" en ♧, entre le Père en ♡ et le Fils ♧, en lieu et place de la "substance", et je me suis fait tout un film sur le développement de "l'ontologie" en Occident à partir de ce germe. Avicenne, Musulman, arrivait donc en contre-point de cette culture, et placer "l'objet potentiel" —au sens moderne où nous l'entendons— en ♧ me semblait donc indiquer un développement exotique :

=> N'étant pas assujetti au crédo du concile de Nicée, Avicenne aurait pu se débarrasser de la substance Grecque sans état d'âme, et ça venait à l'appui de ma thèse de l'importance de la Trinité Occidentale dans le développement de l'ontologie.

- C'est ce qui s'appelle prendre une vessie pour une lanterne...

- Oui et j'ai manqué de rigueur.

Il y a déjà quelque temps qu'apparaissait dans ma lecture, comme dans les références de Perplexity, la notion de "potentiel" chez Aristote, et j'aurai du creuser de ce côté. Ensuite le rapport des mots aux choses, avant "l'âge Classique", n'est pas le même qu'actuellement : il n'y a pas encore de théorie du signe indépendante des choses. Et le système des signatures, que Foucault place à la Renaissance, plonge ses racines très loin dans le passé... À cet égard, Avicenne est bien plus proche d'Aristote et Platon, ou des scolastiques (bien qu'ignorant tout de leurs débats) que de Galilée.

 - OK, mais après nous avoir présenté l'origine et la fin en cul de sac de ce chemin de traverse, que vas-tu faire ?

- Comme je l'ai annoncé : reprendre tous mes articles dans lesquels je me réfère à Avicenne, en suivant finalement la procédure que je m'étais fixée : utiliser ce texte d'Alain de Libera pour vérifier notre topologie de l'Imaginaire.

Il est clair en particulier que notre définition des modes et niveaux est le fruit d'une très longue maturation : 

Sémantique      
Syntaxe ♢       
Signifiants ♧       
    [⚤] [#] [♻]
    Algèbre Géométrie Analyse

C'est la dernière feuille d'un empilage (voir "Palimpseste"), dont les premières remontent à Platon et Aristote. (Aparté) Restaurer le film consiste à recadrer chacun des cartons intermédiaires en respectant la trame (♧ ♢ ♡) x ([⚤] [#] [♻]), sans faire l'erreur que j'ai commise ici : amalgamer des cartons entre eux.

- Sois plus concret.

- Je parlais tantôt de "logique". Pour nous, comme pour Aristote, elle agit bien en ♢, cependant, au XIIIe siècle, il semblerait (cf. #33) qu'elle se balade en ♢.

De façon générale, pour nous, la "forme" en [#] habille le volume en [♻], mais cette approche n'a aucun sens chez Aristote pour qui la "substance" en ♧ "est" véritablement un amalgame "forme" et "matière". Forme qui est "abstraite" de la substance, par ♧♻ (les catégories espèce et genre).

Entre les deux points de vue il y a une sorte de symétrie :

  [⚤] [#] [♻]  
       
♢      Forme abstraite
Images (phantasia)
νοῦς passif
♧    [#]♧     
  Forme géométrique  

- Mais cette réflexion concerne ta représentation, et ta reconstitution du film, pas les Modistes du XIIIe.

- Exactement : ce schéma est un collage entre deux époques, et il faut "oublier" ma vision moderne pour "voir",comme un modiste, le parallèle entre la "logique" de cette abstraction et la "grammaire" en ♢, les deux étant définis par un rapport similaire entre ♡/ ♢/ ♧ (malgré la différence de rem—[⚤]/[♻]—en re) .

    [⚤] [#] [♻]  
        νοῦς actif
Grammaire Logique   Logique modiste
νοῦς passif
  ♧         
    de rem   en re  

- Je comprends mieux pourquoi tu en reviens à l'épaisseur des mots et leur proximité aux choses, jusqu'à la Renaissance.

- Voilà : cette "épaisseur" quasi "substantielle", qui rapproche les mots des choses, relativise beaucoup l'importance de la Trinité pour imposer une copule "ontologique" en ♧. C'est moi qui ai tiré sur ce fil qui dépassait du tissu, pour relier le concile de Nicée à l'ontologie au coeur de la philosophie continentale pour longtemps...

- Ça n'invalide pas ce que tu as pu en dire ?

- Non, mais ça le relativise, et en particulier, pour en revenir à Avicenne : il était, lui aussi dans cette épaisseur-là, dont il ne pouvait échapper en penser à "l'objet potentiel" comme "objet d'une thèse" (l'essence) en attente de vérification expérimentale (l'actualisation)... 

Par contre coup, cette erreur m'aide à prendre conscience de l'énormité de la révolution galiléenne, précédée d'efforts immenses, de sueur avec  Tycho Brahe et Kepler et de larmes avec Giordano Bruno. Le contexte indiquait qu'Avicenne ne pouvait pas être le Jean Baptiste de Galilée...

- Je crois que l'on a compris, et maintenant ?

- Je dois être plus attentif au contexte, et vérifier systématiquement le sens des mots qui varie d'une époque à l'autre.

À commencer par ce duo actuel/ potentiel chez Aristote.

Aristote :

— 🤖 : Oui, on retrouve chez Aristote les concepts de puissance (dunamis, souvent traduit par «potentiel») et d’acte (energeia ou entelecheia, «actuel»), et ils sont centraux dans sa métaphysique et sa physique.[4]

Où Aristote en parle

  • Les notions de puissance et d’acte apparaissent de manière systématique dans la Métaphysique (surtout livre Θ) et dans la Physique.[6][4]
  • Elles servent à penser l’«être mobile», c’est‑à‑dire tout ce qui change, naît, se corrompt, se déplace, se qualifie, etc.[4][6]

Sens général de puissance

  • La puissance désigne d’abord une capacité ou possibilité déterminée : par exemple, le bois est en puissance une statue, l’enfant est en puissance un homme adulte.[6][4]
  • Il y a puissance passive (pouvoir recevoir une forme, comme le bronze qui peut recevoir la forme de statue) et puissance active (pouvoir produire une forme, comme l’art du sculpteur).[4][6]

Sens général d’acte

  • L’acte est l’état d’accomplissement ou de réalisation d’une puissance : la statue achevée est l’acte du bloc de marbre, l’adulte est l’acte de l’enfant.[6][4]
  • Aristote identifie l’acte à l’entéléchie : le fait pour une chose d’être à la fois en exercice et au terme de ce qu’elle peut être, par exemple la vie en exercice pour un être vivant.[8][6]

Changement comme passage de la puissance à l’acte

  • Aristote définit le changement (ou «mouvement» au sens large) comme un passage de la puissance à l’acte : une chose passe d’être seulement capable d’être d’une certaine manière à être effectivement ainsi.[4][6]
  • Cela vaut pour les changements de lieu, de qualité, de quantité ou de substance (génération/corruption) et permet de penser le devenir sans le réduire au pur non‑être.[6][4]

Puissance, acte et premier moteur

  • Dans sa cosmologie, Aristote pose un premier moteur qui est «en acte pur», sans aucune puissance, pour rendre compte du fait que tout ce qui est en puissance a besoin d’être actualisé par quelque chose déjà en acte.[11][6]
  • Ce premier moteur, immobile mais cause du mouvement, est conçu comme activité de pensée se pensant elle‑même, c’est‑à‑dire comme acte sans mélange de puissance.[6] (Sources : suivre le lien)

Comme tu le vois, il faut complètement se retourner la tête pour y comprendre quelque chose !

- Tu as déjà parlé du mouvement dans les articles :

- Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage.


Le 15/ 01/ 2026 :

- Le plus urgent est donc de se laver la tête de tout ce qui nous est "naturel" pour entrer dans celle d'Aristote.

- On commence par quoi ?

- Par le mouvement. Nous sommes fondamentalement conditionner pour accepter que si le courant passe entre deux points y a une variation de potentiel entre les deux, et que pour faire une moteur thermique, il faut une circulation entre une source chaude et une source froide. Si je contemple un cours d'eau comme Héraclite, je ne "vois" pas l'eau en mouvement s'écouler entre deux berges fixes, mais je fixe d'instinct l'amont et l'aval.

Il faut oublier tout ceci pour partir d'un seul point fixe, un principe unitaire immobile, et expliquer, à partir de là le "mouvement". Mon problème est que de mon point de vue, c'est idiot.

- C'est idiot depuis Galilée, mais avant ?

- C'est l'exercice auquel je t'invite. En premier, me semble-t-il, il faut réifier "l'acte" : l'objet est "parfait", pleinement achevé au repos : il est "en acte" quand il n'est plus en mouvement. C'est paradoxal, mais il faut s'y accoutumer.

- Soit, mais tu ne peux pas chasser comme cela le mouvement : si tout est "en acte" tout est figé, et même en parler devient impossible, non ?

- L'"acte" s'oppose au "potentiel", et c'est là où je me suis fait piéger : ça ressemble à l'actualisation d'un état "intriqué" en Méca Q. La différence fondamentale tient à la voie suivie : dans l'observation d'un phénomène, nous sommes dans la voie des choses  quand Aristote reste dans la voie des mots .  Pour le vérifié, j'ai voulu faire le parallèle avec un mouvement purement intellectuel celui-là : l'abstraction qui permet d'extraire la "forme" d'un objet de sa "substance".

— 🤖 : Oui, on peut formuler une analogie forte entre l’«abstraction» de la forme à partir de la substance et le «mouvement» au sens aristotélicien, à condition de bien préciser de quel type de mouvement il s’agit et à quel niveau (physique, psychique, noétique) on se place.[1][2][3][4]

Rappel : abstraction et forme chez Aristote

  • La forme n’est jamais séparée de la chose sensible : c’est l’acte du composé, ce en vertu de quoi la substance est ce qu’elle est.[4]
  • L’abstraction, au niveau de l’intellect, consiste à isoler la forme intelligible à partir des images sensibles (phantasmata) : l’intellect actif «abstrait un concept d’une image reçue des sens».[3][5]
  • Ce processus est une actualisation d’une puissance de l’intellect, qui passe de la simple capacité à connaître (en puissance) à l’acte de connaître cette forme (en acte).[5][6]

Définition aristotélicienne du mouvement

  • Dans la Physique, Aristote définit le mouvement comme «l’actualité de ce qui est en puissance, en tant qu’il est en puissance» : un être est en marche vers une forme, et le mouvement est cette tension actualisée.[2][1]
  • Il distingue plusieurs registres : changement qualitatif, quantitatif et local, mais tous sont pensés à partir de la polarité puissance / acte et de la forme comme terme du mouvement.[1][2]

Où se trouve l’analogie ?

  • Dans les deux cas, il y a un substrat en puissance (matière ou intellect possible) qui reçoit une forme : dans le mouvement physique, la matière reçoit une nouvelle détermination; dans l’abstraction, l’intellect possible reçoit la forme intelligible.[3][5][1]
  • Dans les deux cas, l’acte qui fait passer de la puissance à l’acte est une forme déjà en acte : le moteur est forme pour le mobile, comme l’intellect actif est forme (en acte) pour l’intellect possible.[7][2][5]

Autrement dit :  

  • Mouvement physique : puissance (corps capable d’être chauffé) → acte (corps chaud) par un agent déjà chaud.[2][1]
  • Abstraction : puissance (intellect possible capable de connaître cette forme) → acte (intellect connaissant cette forme) par l’intellect actif qui « rend intelligibles » les formes présentes dans les images.[5][3]

On peut donc dire que l’abstraction est un «mouvement noétique» au sens où elle est une actualisation de puissance ordonnée à une forme, structurée selon les mêmes catégories ontologiques que le mouvement naturel, mais transposée au registre de l’âme pensante.[8][9][5]

Où l’analogie s’arrête-t-elle ?

  • Aristote affirme qu’il n’y a pas de mouvement de substance au sens strict : le passage à une nouvelle substance relève de la génération/corruption, ce n’est pas un simple changement «dans» un sujet.[1][2]
  • L’abstraction, au contraire, ne change pas la substance matérielle extérieure, mais le mode d’être de la forme dans l’intellect : ce n’est pas une altération du sujet corporel, mais une actualisation de l’intellect.[6][5]

Donc, parler d’«abstraction comme mouvement» est légitime si l’on entend par là : une actualisation de puissance vers un acte, provoquée par une forme en acte, structurée comme un mouvement mais opérant au niveau de l’intellect plutôt qu’au niveau corporel.[2][5][1] (Sources : suivre le lien)

- Maintenant, je vais être très prudent et tout revérifier, en commençant par le concept "phantasma" d'où l'on tire la "forme". 

— HS : Phantasma est-il le produit de ♧ ou de ♧♻ ?
— 🤖 : Dans ta propre grammaire, phantasma doit être le résultat de , et non de .[1][2]

Pourquoi plutôt ?

  • Le phantasma est déjà une présence stabilisée de la chose en son absence : c’est une conservation d’affect sensible et de configuration, donc typiquement du niveau [♻] (résilience, mesure, conservation), non du simple continu topologique de [⚤].[2][3]
  • Le passage de ♧ à ♢ au sein de [♻] exprime bien, dans ton système, le mouvement d’une syntaxe des impressions (organisation des traces sensibles) vers une «image» déjà sémantisée comme apparition pour un sujet.[1]

Rôle de [⚤] dans l’abstraction

  • [⚤] intervient ensuite, au moment où le νοῦς tire de ces phantasmata la forme intelligible : là, oui, on a un mouvement du type , mais c’est le moment noétique de l’abstraction, non la production du phantasma lui-même.[4][5]

- Donc :  

  • génération du phantasma : ♧♻♢♻ (travail de la sensation et de la phantasia) ;  
  • abstraction de la forme : ♢ (travail du νοῦς sur ces phantasmata). "(Sources : suivre le lien)

— HS :  définis νοῦς
— 🤖 : νοῦς
— HS : je vois dans ta définition deux types de νοῦς chez Aristote

  • La partie intellective de l’âme humaine (ce en nous qui pense), 
  • L’acte même de penser les indivisibles (νοεῖν, l’«intellection»).

Aristote distingue un νοῦς «possible» (ou passif), capable de recevoir toutes les formes, et un νοῦς «agent» (ou actif), qui rend les formes intelligibles en acte en les abstrayant des phantasmata.
Peut-on dire que le νοῦς «possible» est en  et le νοῦς «agent» en ♡, permettant de comprendre le passage du potentiel à l'actuel dans le mouvement ♻ ?
— 🤖 : Oui, cette écriture est cohérente : on peut poser νοῦς «possible» en ♢ et νοῦς «agent» en , et lire le passage de la puissance à l’acte comme un mouvement interne ♢.[1][2]

Justification entropologique

  • [♻] = résilience : ce niveau code la conservation, la stabilité d’un certain état ou capacité; il convient bien à la distinction aristotélicienne puissance / acte comme «pouvoir de connaître» vs «connaissance en acte».[3][1]
  • νοῦς possible : en ♢, c’est-à-dire au niveau de la résilience, mais dans une posture encore «ex ante» ou en attente, simple capacité de devenir toutes les formes intelligibles sans les avoir encore en acte.[2][4]
  • νοῦς agent : en ♡, même niveau de résilience, mais côté sémantique (ce qui donne effectivement sens), comme ce qui actualise cette capacité en rendant les formes intelligibles en acte à partir des phantasmata.[5][2]

Le mouvement ♢

  • Le mouvement ♢ peut alors figurer :
    • en bas : νοῦς possible (capacité stable, mais vide) recevant les formes;
    • en haut : νοῦς en acte (même capacité, mais remplie par l’acte d’intellection), l’agent jouant le rôle du principe d’actualisation.[4][2]
  • Tu gardes ainsi, dans la seule colonne [♻], le schème aristotélicien : même sujet, même «puissance», mais différence d’état (en puissance / en acte) rendue lisible par le glissement de ♢ vers ♡ et la flèche interne ♢." (Sources : suivre le lien)

— HS :  mais précisément, ce que nous venons de définir n'est-il pas le mouvement d'abstraction en lui-même ? Dans ce cas, au niveau du "langage" i.e. ce qui est dit de la chose, quel serait le mouvement correspondant à ce mouvement abstraction ?
[...] 
— 🤖 : La logique aristotélicienne, telle que tu veux la rapporter à ton analyseur, n’est pas purement de niveau [⚤] : elle s’exerce d’abord au niveau [⚤], mais elle porte aussi sur les résultats du mouvement d’abstraction en [♻], sans toutefois se confondre avec ce mouvement lui‑même.[1][2][3]

  1. Ce qui est proprement [♻] : abstraction
    • Le passage νοῦς possible → νοῦς en acte (puissance / acte) est un processus noétique, inscrit naturellement à ton niveau [♻] (résilience, capacité / actualisation).[4][5]
    • Ce mouvement  appartient à l’ordre de la psychologie et de la métaphysique (théorie de l’âme et de la connaissance), pas à la logique formelle.[5][6]

Donc : la logique ne crée pas ce mouvement; elle le suppose accompli (il faut déjà que l’universel soit abstrait pour qu’il puisse fonctionner dans un syllogisme).  

  1. Ce qui est proprement [⚤] : logique au sens strict
    • Dans les *Catégories* et les *Analytiques*, Aristote classe les types de prédication, définit sujet / prédicat, les dix catégories, les formes de syllogisme, les conditions de validité, etc.[2][3]
    • Tout cela relève typiquement de ton niveau [⚤] : structuration formelle des rapports entre termes, propositions, démonstrations.[1]

Ici, la logique travaille sur :  

  •  des formes déjà universelles (issues de l’abstraction),
  • prises comme termes et prédicats dans le logos.  
  1. Comment les deux niveaux se raccordent
    • Le mouvement d’abstraction en [♻] fournit :
      • des universels intelligibles stables (résilients) que l’âme peut reprendre.[2][5]
    • La logique en [⚤] impose des formes de combinaison à ces universels :
      • quels types de prédicats,
      • comment les lier en propositions,
      • comment en tirer des syllogismes valides.[3][2]

Donc :  

  • [♻] : plan noétique, travail de νοῦς (abstraction, puissance/acte).  
  • [⚤] : plan logique, travail sur la forme des énoncés et des inférences.  

La logique ne s’exerce pas directement comme logique sur le mouvement ♢, mais elle prend appui sur ce qui en résulte (universels abstraits) pour les mettre en forme au niveau [⚤]. (Sources : suivre le lien)

Désolé, c'était fastidieux, mais nécessaire pour me rassurer.

- Et ça modifie quelque peu le schéma que tu nous as livré (voir "Vademecum Aristote")

- Oui : le sensible et l'expérience de sensible passe avec armes et bagages du côté de l'objet en soi (en re) en [♻]. avec le particulier le "phatasma" abstrait de l'expérience :

Ancien schéma :

  Aristote  
Nous   moteur immobile
Genre suprême
Images (phantasia)
Catégories accidentelles
  Catégories structurantes
Espèce / genre
sensibles   Substance sensible

Mise à jour :

  Aristote  
propositions   moteur immobile
νοῦς en acte
Logique Images (phantasia)
νοῦς passif
universels abstraits   Substance sensible
  de rem   en re  

- Comment expliques-tu de telles approximations, alors que dans ton article, tu avais déjà pas mal travaillé le sujet ?

- Il y avait beaucoup de non-dits quant à mes a priori dans ce texte, et je pourrais commencer une analyse sur le divan à partir de là.

- Focalise-toi sur notre sujet.

- D'accord. Ce qui me frappe, là, maintenant c'est l'orthogonalité entre les démarches de Platon et d'Aristote : la séparation nette chez Platon entre les idées de mode ♡ et le sensible de mode ♧ se retrouve ici dans une rotation par laquelle "Aristote discute  des idées ":

  Platon   Aristote  
  [⚤] [♻]       
           
[⚤] [♻]       

- Ça fait des mois que tu nous bassines avec ça !

- Oui, mais j'étais guidé par la syntaxe, alors que là, je commence à comprendre ce qu'a apporté Aristote. Le monde de Platon est totalement figé, avec une impossibilité d'évolution dans le monde des idées, puisqu'elles sont déjà là, et qu'apprendre c'est se "remémorer" (cf. le Ménon). Quant à la dialectique, elle sert uniquement à trier le vrai du faux, et non à construire quoi que ce soit. En s'exerçant à partir des "objets sensibles", le νοῦς permet d'extraire les formes de la substance, pour ensuite, dans la jointure ♡/, en "parler".

- Et qu'y a-t-il de difficile à comprendre ?

- Nous sommes actuellement dans un monde où la "substance" a totalement disparu, qu'il s'agisse de Méca Q, bien entendu (on parle d'observable), mais également de notre expérience la plus quotidienne : impossible aujourd'hui de savoir si une image ou une vidéo reflète une quelconque "réalité", ou si elle est produite par une I.A. à partir d'une suite de 0 et de 1. Notre monde n'est que "représentation", et il faudrait être bien naïf pour prétendre aujourd'hui avoir entre les mains un "objet en soi".

Même notre façon de "voir" une statue comme un matériau (en volume) habillé d'une "forme" (en surface#) se heurte à l'idée d'un amalgame homogène de "forme+matériau" dans la substance de l'objet.

Tout ceci pour me rendre compte que là où Platon passe directement de [⚤][♻] et de l'un au multiple (toujours le Ménon) dans une démarche où l'idée même d'abeille est éludée (on s'y réfère sans en discuter); Aristote abstrait la forme de l'objet, pour en faire un objet de discours, en [⚤]. et si tu colle les deux schémas l'un sur l'autre : "l'objet de discours" d'Aristote en, c'est chez Platon "ce qui est dit de plusieurs" en [⚤].

- Autrement dit un "universel".

- Voilà, cette fois-ci, je pense que nous avançons.

- Passons aux catégories d'Aristote ?

- Si ce sont des "phantasmes" abstraits en ♢, alors il est facile de comprendre que dans le passage général   / : toutes les catégories sont pensées à partir d'universaux (premiers ou second n'est pas discriminant : ils suivent tous le même circuit ♡/) , mais :

  • certaines catégories accidentelles relèvent d'un traitement logique dans ♧ (accident, quantité) ;
  • d'autres, telles que le particulier, l'espèce et le genre, pourtant "abstraites" comme les autres de la substance en ♧ et actualisées en ♡, échappent partiellement au discours.

- C'est là qu'intervient —a posteriori— ton analyse portant sur la différence entre les deux niveaux [⚤] et [♻], j'ai compris. D'où l'idée :

  • d'universaux séparés "de rem" traités en ;
  • d'universaux dans l'objet "en re" traités en .

- Ça me semble une articulation assez compréhensible.

- De là on peut comprendre le mouvement ?

- Le mouvement est semblable à l'abstraction, et se discute en  ♧.

- Rien à voir avec ce que nous comprenons de la physique ?

- Aucun rapport, et c'est ce qu'il est difficile de garder à l'esprit !

- Tu vas devoir reprendre en profondeur les articles traitant d'Aristote et du mouvement !

- Je le sais, n'oublie pas que c'était l'objectif de notre exploration du livre d'Alain de Libera, le moins que je puisse dire, c'est qu'il a le mérite de chambouler mes neurones !

- Peut-on revenir à Aristote en urgence (cf. "Vade-mecum révision 1 — Aristote"), puis à Avicenne ?

Avicenne :

- Oui : il est donc facile de comprendre maintenant qu'il lui était impossible, en partant d'Aristote de passer de la voie des mots à celle des choses.

- J'aimerais que tu fasses au plus court : repars de ce que tu avais schématisé, et reprends-le sur la voie des mots  ⇅.

Nous avions distingué démarche physique et métaphysique  : (cf. #28)

Essence       [⚤] 
(4)
[♻]
Dater formarum
  ↑(1)           ↓(3)
Existence
[⚤]
(2)
[♻]       Objet
  Physique   Méta-physique

La grosse erreur c'est d'avoir compris "l'indifférence aux choses" de l'essence, comme une "thèse" à vérifier. Non, l'essence est l'actuel de l'objet, en   comme le "produit" de l'intellect créateur, et du "Dater formatum", la mise en acte. Rien à voir avec l'existence au sens d'un "trauma" du Réel en [⚤].
Mais reprenons mon article depuis le début : (cf (a))

De Libera insiste sur le déplacement avicennien par rapport à Aristote et Platon : l’universel n’est plus défini par un «être un dans plusieurs», mais par une loi de prédicabilité. Formulé dans ta topologie, un universel logique est un contenu en ♡ (que 𓁜 peut tenir comme essence ou comme intention) tel que, vu depuis 𓁝, il n’est pas contradictoire d’en faire un prédicat «de plusieurs».  

Les trois acceptions chez Avicenne se lisent alors comme trois régimes possibles de 𓁝 sur ♧/♧ :  

  • universel «en acte» : il y a déjà, pour 𓁝, plusieurs cas en ♧ / ♧ auxquels le même contenu de ♡  s’applique ; [i.e.: l'acte étant dans le passage d'une potentialité vue 𓁝 à son actualisation en 𓁜 dont le détail dépend de la voie suivie/ exemples : 𓁝♡𓁜 ou 𓁝♡/𓁜  
  • universel «possible» : même si aucun cas n’est rencontré (maison heptagonale), 𓁝 ne voit aucune impossibilité logico‑conceptuelle à ce que plusieurs ♧ relèvent du même contenu en ♡ ;
  • universel «opinable» : même si un seul cas est connu en [∃] (Terre, Soleil), 𓁝 ne dispose d’aucune preuve qui interdise d’étendre ce contenu à plusieurs cas possibles.  

Tout est à reprendre : 

  • L'universel "en acte" comme "passage d'une potentialité à son actualisation"
    => indique   comme aboutissement d'une "abstraction" ou ♢;
  • L'universel "possible" est dans l'élément de discussion ne rencontrant aucune impossibilité logico‑conceptuelle
    => indique sa place de "signifiant" en ♧;
  • L'universel "opinable" porte un "sens" et fait l'objet d'un jugement dans une montée discursive  ♧ (pour les simples) ou ♢ (par composition des simples)
    => indique la position sémantique du discours en ♡.

De là, tu passes facilement aux 3 états de l'universel (cf. ici):

"Les commentateurs néoplatoniciens, Ammonius, Élias, David, Simplicius, distinguaient trois types d’universaux :

  1. Les universaux antérieurs à la pluralité (πρὸ τῶν πολλῶν) ;
    => indique l'universel "en acte" en ;
  2. Les universaux dans la pluralité (ἐν τοῖς πολλοῖς)
    => indique l'universel en référence à la pluralité de Platon i.e.: en ;
  3. Les universaux postérieurs à la pluralité (ἐπὶ τοῖς πολλοῖς);
    => indique l'universel "opinable" en .

Ce qui n'a plus rien à voir avec le schéma que tu proposais :

Ancien : 

postérieurs
(logiques)
abstraits (mentaux)
[⚤] 
(4)
[♻]
antérieurs (intelligibles)
séparés(divins)
      ↓(3)  
      dans la pluralité (physiques)
  Méta-physique  

Modifié :

  Scolastique  
postérieur à la pluralité   antérieur à la pluralité
   
dans la pluralité    
  de rem   en re  

Ici la "pluralité" est comprise comme le rappel en ♧, du Ménon de Platon (les abeilles), ce qui permet de relire ce passage de l'auteur :

"De même que l’on peut et doit distinguer la choséité de la chose – sa quiddité – et l’existence de la chose –sa quoddité ou, pour reprendre le terme même d’Avicenne, son anitas– comme deux réponses distinctes faites à deux questions distinctes – quid sit (qu’est- elle ?) et an sit (est- elle ?) –, on peut et on doit distinguer entre

  • l’intention de la choséité et
  • celle de son caractère universel." p. 236

- Je pense que l'on a compris la manière d'aborder la lecture de ce passage. Je te propose de reprendre tout ton article. Que fais-tu ? un nouvel article et tu supprime l'ancien, ou tu en gardes deux ?

- Je vais refondre l'article, mais je garderai la trace de ce fourvoiement, en brouillon.

- Amen
Hari

Aparté :

- Les dieux ont voulu que Midori m'entraîne voir une exposition sur Jung au MIS, en début d'après-midi. Très intéressante au demeurant, surtout parce qu'il n'est pas bloqué par une conception, disons "individualiste" de l'homme et l'on peut bien parier que l'homme s'effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable... as usual.

Bref : je prends cette photo d'une superposition de panneaux de tule :

- Et tu repenses à ton palimpseste ?

- Oui. J'ai ignoré Jung bien trop longtemps, il faudra combler cette lacune assez vite, d'autant plus qu'en lisant les panneaux, je tombe sur une correspondance avec le Dr Nise da Silveiro, qui avait travaillé, ici, à São Paulo, sur la récurrence de dessins sous forme de "mandala" chez certains de ses patients :

- Et donc ?

- Je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement avec notre cross-cap, qui est lui aussi d'une rondeur très enveloppante...

Henri Paul de Saint-Gervais alias Étienne Ghys

- Bref tu prépares d'autres expéditions en terres psychanalytiques...

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