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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #31 — XIII siècle —Grosseteste et Albert le Grand

Grosseteste & Albert Le Grand

Le 13/ 01/ 2026 :

Tout est à reprendre  concernant Avicenne: j'ai fait une énorme erreur d'interprétation en présentant Avicenne sur le cross cap dans le circuit ↻ ! 

(voir #33)

Le 08/ 01/ 2026 :

- J'ai été obligé de scinder le chapitre sur le XIIIè, qui s'allongeait  au-delà du raisonnable.


5. La scolastique latine du XIIIe siècle

 

Présentation Perplexity

  1.  Le réalisme théologique

Sur ce fond logique se greffe un réalisme à dominante théologique, où l’universel est pensé comme une «quiddité» ou «essence» ayant un statut quasi divin ou lumineux, diffusé dans les singuliers. Les guides scolaires (comme le Guide de l’étudiant parisien) présentent ainsi les universaux comme :  

  • Des «formes» qui sont comme un certain être divin présent en chaque chose ;  
  • Des lumières ou illuminations qui émanent de la Cause première ;  
  • Des réalités qui demeurent en elles-mêmes tout en recevant, dans les singuliers, un être actuel par lequel elles sont dites «en acte».

Ce réalisme théologique se traduit par la thèse :  

  • Que l’universel est en acte non dans l’intellect, mais dans les singuliers ;  
  • Que l’universel ainsi «actualisé dans la pluralité» constitue une première grande forme de réalisme métaphysique aristotélicien (substituant aux formes platoniciennes une nature commune in re).

Ce réalisme métaphysico‑théologique domine longtemps comme adversaire principal, d’abord face au conceptualisme d’inspiration avicennienne et averroïste, puis face au nominalisme de la fin du Moyen Âge. Il s’articule à une ontologie où la nature ou essence est pensée comme un «tout» qui se retrouve réellement dans chaque individu, avec une coloration néoplatonicienne (lumière, participation, rayonnement divin) jamais totalement effacée.


Le 07/ 01/ 2026 :

LE RÉALISME THÉOLOGIQUE : ROBERT GROSSETESTE ET ALBERT LE GRAND

"Trois grandes doctrines dominent le réalisme théologique du XIIIe siècle : celles de Robert Grosseteste, d’Albert le Grand et de Thomas d’Aquin. Si tout au départ les rapproche, aucune n’est, à l’arrivée, superposable à l’autre." p. 307

La doctrine des universaux de Robert Grosseteste

"Certains soutiennent que l’universel n’existe que dans l’intellect ou dans l’âme et nulle part ailleurs. C’est faux. Au contraire l’universel est dans les choses. De fait, l’universel est un en plusieurs, comme l’affirme Aristote dans les Seconds Analytiques, seule son image est dans l’âme.
In Anal. post., I, 7, éd. P. Rossi, Commentarius in Posteriorum Analyticorum libros, Florence, Olschki, 1981, p. 141, 131-141."
p. 309

- J'ai personnellement du mal à imaginer "l'universel dans les choses"...

- Pense à une part de tarte : cette "part" fait "partie" en tant qu'elle "est" tarte... On peut donc dire que la "tartitude" est dans la part de tarte...

Il y a une difficulté à trancher pour savoir si l'universel est :

  • Dans l'intellect => en ♡;
  • Dans l'âme => en ♡.

Et donc, pour mettre tout le monde d'accord, il y a un moyen radical : le placer directement en ♧.

  Grosseteste  
intellect   âme
   
    universel

- Ça évite toute discussion pour savoir où placer les catégories en ♢ ou ♢ ...

- Oui effectivement : c'est simple.

"La doctrine de Grosseteste mêle

  • platonisme (théorie des Idées, qu’il connaît à travers Eustrate de Nicée, dont il a traduit une partie du commentaire sur l’Éthique), [la séparation ♧/♡]
  • péripatétisme (théorie des Intelligences) et 
  • aristotélisme (théorie de l’universel dans la pluralité) [le passage ]

au sein d’une métaphysique et d’une physique de la lumière. Elle distingue d’abord trois sortes d’universaux incorruptibles :

  1. les Idées créatrices,
  2. les Formes émanées dans l’Intelligence, créées et causales,
  3. les «puissances» (vertus) et les rayonnements des Corps célestes, causes physiques, selon une hiérarchie combinant
    • l’«intellect pur et nu» de Porphyre,
    • la Cause et l’Intelligence premières des philosophes,
    • les Intelligences et les Corps célestes de la cosmologie péripatéticienne et les dieux secondaires du Timée." p. 310

Bon, ne pinaillons pas : (1) (2) et (3) peuvent se caser aisément en ♡.

C'est simple... Mais il y a un hic, et comme toujours il s'agit de l'impossibilité de parler du tout et de la partie en termes de pure logique.

- En bref ça fait symptôme?

- Oui : à force de "ne pas le voir", cela rend le manque évident, comme un cercle vide se formant autour d'un fâcheux perdu dans une soirée mondaine le stigmatise aux yeux de tous.

- En l'occurrence de quoi parles-tu ?

- De la difficulté de tenir le tout comme "insécable" depuis Parménide, alors que tout dans notre environnement va à l'encontre de cet axiome.

- D'où l'idée d'une scission entre ce qui est pur et incorruptible dans le monde supra lunaire, par opposition à ce qui corruptible dans le mode sublunaire où nous baignons...

- Oui. Or donc, à côté des 3 types d'universaux incorruptibles précédents, Grosseteste est bien obligé de concéder l'existence d'un 4e type, qui à mon sens fait "symptôme" :

"Ces genres et ces espèces des choses corruptibles sont-ils eux-mêmes incorruptibles ? Ils ne sont pas corruptibles en soi, mais dans la mesure où, pour être, ils «ont besoin d’un porteur» (egent deferente), i.e. de «choses porteuses de formes», les universaux d’Aristote sont corruptibles de par la corruptibilité même de leurs porteurs : ils sont ainsi corruptibles en chaque individu, mais «toujours sauvés par la succession ininterrompue des individus». L’universel aristotélicien est donc à la fois le principe et le résultat des «régularités nomologiques» (constance et fixité des espèces naturelles) : son universalité n’est pas parfaite, comme celle de l’Idée, mais il ne laisse pas d’être, dans la mesure où, si tous les individus qui lui sont subordonnés/subordonnables n’existent pas simultanément, «il est vraisemblable qu’en tout point du temps chaque espèce perdure, faute de quoi l’universalité», comme structure constante de l’univers, serait «tantôt complète, tantôt amputée»." p. 312

- Je ne sais pas si tu vois la subtilité de l'argument ?

- À peu près : l'universalité des choses corruptibles se forge à force de répétition, autrement dit, nous passons du niveau ontologie [♻] au niveau logique [⚤].

- C'est cela, mais toujours sans recours direct à l'expérience est tant que telle. On ne dégage toujours pas le signifié à partir de l'accumulation d'expériences sur le signifiant, soit ♧ comme chez Aristote, mais à partir du raboutage ♧/ ♡, pour voir cet universel imparfait "perdurer" ♡. Le multiple n'est pas de l'ordre de l'accumulation, mais de la durée.

- La différence avec Aristote me semble claire : là où le concept se "figue" à partir du chaos dans le multiple ♧ (voir "la débandade" dans #21) chez Aristote, il y aurait ici une "stabilisation" à partir du "mouvement" d'un seul ♧♻ ?

- C'est tout du moins en germe, et toi peux voir en quoi il marie Platon (Un/ multiple) et Aristote (logique/ ontologie). Autre chose : en passant de [♻] à [⚤] tu passes de l'intemporel ou "éternel", à une temps logique.

- Mais l'on n'a toujours pas de "partition" en ♢ ?

- Toujours pas. Ceci dit il est important pour la suite car il fait référence jusqu'au XVe siècle.

"C’est lui qui, sur le terrain du débat Aristote-Platon, offre au XIIIe siècle la seule alternative d’ensemble aux théories d’Albert le Grand et de Thomas d’Aquin. Ce singulier mélange d’aristotélisme et de péripatétisme avec un platonisme «chrétien »
[...]
fait, en tout cas, de Grosseteste le promoteur d’une doctrine composite, sans laquelle le réalisme des XIVe et XVe siècles serait, dans son projet structurel même, incompréhensible."
p. 312


Le 08/ 01/ 2026 :

La redécouverte de la théorie néoplatonicienne des trois états de l’universel chez Albert le Grand

- J'ai commencé par relire ce qu'il en était de ces 3 états de l'universel, d'où quelques amendements à mon texte #21 et une petite note de mise au point (ici) qui m'a semblé utile pour caler le vocabulaire. Nous en sommes donc là en 1250 :

"À l’époque d’Albert, plus précisément au début des années 1250, les logiciens et les théologiens distinguent potentiellement trois aspects de l’universel, selon qu’ils considèrent l’unité de l’universel comme

  • a/ unité dite du multiple,
  • b/ unité hors du multiple ou
  • c/ unité dans le multiple.

- L’unité a/ est celle du prédicable logique,
- l’unité b/ celle du concept,
- l’unité c/ celle de la nature commune.
Ce dispositif est une instantiation particulière de la relation mots, concepts, choses, qui, cependant, ne s’élève jamais à une théorie d’ensemble. Les éléments sont combinés ou opposés deux par deux. La structure triadique n’est pas posée comme telle." p. 314

Il faut donc revenir au schéma d'ensemble mots/ concept/ chose issu du néoplatonisme pour y repérer des concepts liées à la distinction platonicienne Un/ multiple. (voir e #21 ) :

  Universel postérieur  ♡   Universel
antérieur
     ↑  ↑  
Aristote de dicto   en re
Platon multiple [⚤] [♻] un

A priori, je lis ainsi la présentation classique de cette époque :

  • a/ l'unité de l'universel tient à ce qu'il est "dit" (i.e.: "logiquement") de plusieurs :
    => en ♡ résultant du mouvement ♧;
  • b/ l'unité de l'universel hors du multiple : je le comprends comme "en re", résultant de l'abstraction  aristotélicienne :
    => en ♡ résultant du mouvement ♧;
  • c/ l'unité dans le multiple : là encore, nous sommes "en re", et il s'agit de l'universel en la chose (les abeilles en tant qu'elles sont abeilles) :
    => en

- À rapprocher du schéma que nous avions retenu (voir "#19 les structures platoniciennes"):

concepts    
[⚤] νοήματα   B [♻]
  ↑♢       
[⚤] φωναί
[#]
ὂντα [♻]
mots   choses

Il y aurait donc, depuis ce schéma Grec, un glissement du "concept" de ♡⚤ vers ♡♻ ?

- Je dirais plutôt que la scolastique a beaucoup travaillé la distinction ars/ théologie et que chacun des deux corps de métier s'est approprié l'un la logique en [⚤], l'autre l'abstraction en [♻], les deux trouvant leurs source chez Aristote, quand la dualité Un/ multiple remonte à Platon et au Ménon en particulier. Retenons qu'ici le "concept" est en ♡, ce qui caractérise la vulgate de 1250. 

- Tu te réfères à Platon et Aristote, mais le schéma de base des Reales devrait être néoplatonicien R, non ?

- Exact, par ailleurs, il semble que l'on ait oublié de dispatcher les catégories entre ♢ et ♢. Voyons ce qu'il en advient à partir de cet état des lieux.

- J'ai repris en Note 1 le grand encadré qu'Alain de Libera présente des thèses d'Albert le Grand concernant sa lecture de Platon dans le De causis et processu universitatis (= DCPU). Il y a là, écrit noir sur blanc, une réappropriation Chrétienne de Platon, que j'avais bien pressentie (voir ici dans #24), mais sans imaginer cette acmé; en particulier dans P1

  • P1 – «Prince des stoïciens» (DCPU, p. 10, 5), Platon appelle le Premier Principe «Père», la forme qui en procède «Fils» et la matrice réceptive de toutes choses «matière» (DCPU, p. 10, 5 ; 13, 21).
    • P1’ – La matière est la matrice de tout, le premier agent ou facteur est l’intellect paternel qui forme tout par sa lumière intellectuelle ; le premier acte est le verbe (verbum) intellectuel infusé à la matrice originaire (DCPU, p. 13, 23).

- Ce n'est pas tout à fait ce que tu en avais dis : tu plaçais plutôt le Fils en ♧ comme "verbe" de Dieu...

- C'est vrai, j'étais plutôt occupé à placer le Saint Esprit en ♧, comme copule ontologique "être". Mais on pourrait comprendre le Fils dans une perspective aristotélicienne comme "forme séparée abstraite d'un objet hylémorphique (matière+forme)", on peut proposer ce schéma :

   ♡   Père
Dator formarum
   ↓    ↓  Fils
    matrice
de dicto   de re  

- Et tu réintroduis le mode ♢ ?

- Ça semble implicite, vu que les formes peuvent être ou non mélangées à la matière. Le mode ♢ sert alors de miroir entre ce qui relève de la lumière divine en ♡ et du monde corruptible en ♧ (voir en particulier P7').

- OK, mais tu adoptes un langage néoplatonicien alors qu'il s'agit de Platon ?

- Oui, nous sommes bien dans ce courant de réécriture de Platon. Ce que l'on en garde, explicitement, c'est le principe premier "Platon appelle le Premier Principe «Père»" en ♡, quand Aristote part de ♧.  Tu noteras au passage en P3 l'emprunt du "Dator formarum" à Avicenne (qu'il connait bien) pour l'imputer à Platon.

Par ailleurs, toute cette construction se faisant au niveau [♻], il y a effectivement un air de famille entre cette approche et le Stoïcisme (voir : "Découvrir Zénon et les Stoïciens"), mis à part bien entendu le passage [⚤][♻] qui est forclos dans un circuit R.

Stoïcisme  
Logos
  Lekton
φαντασίαι
(représentations).
[⚤] [♻]/♧ corporel
Logique Physique  

Bref, je te livre la conclusion d'Alain de Libera :

"Qu’Avicenne «veuille être péripatéticien», comme le rappelle lui-même Albert, ne change rien à l’affaire : ni lui ni son «abréviateur» al-Ghazâlî ne sont d’authentiques aristotéliciens. Avec des instruments historiographiques incommensurables aux nôtres et une information lacunaire, Albert souligne donc le platonisme d’Avicenne – un rapprochement qu’il emprunte à leur commun adversaire, Averroès, car l’assimilation de la doctrine du Dator formarum à la doctrine platonicienne de la création démiurgique est typiquement averroïste." p. 317

Pas sûr qu'Avicenne ait eu pour seule ambition d'être péripatéticien, son apport étant radicalement plus novateur, et nous en reparlerons, mais nous nous intéressons pour l'heure à Albert Le Grand.

- Il faut bien garder à l'esprit que les thèses cataloguées par Albert le Grand expriment sa lecture de Platon, après passage à la moulinette d'Avicenne et Averroès.

- Et c'est cette relecture qu'Albert va critiquer ?

- Exactement. 

"De toutes les thèses platoniciennes, c’est celle qui assimile l’action du Donateur des formes à une sigillation – une image commune aux thèses P5, P7, P8’ et P8” – qu’Albert critique le plus durement. Sur ce point, Avicenne n’est pas en cause, il s’agit bien du Timée, filtré, là encore, par un intermédiaire hostile, non plus Averroès, mais Aristote – comme le révèle l’utilisation même des mots echmagium ou etymagium («sceau»), calques latins du grec dans la Métaphysique (Translatio media, Aristoteles Latinus, XXV, 2, p. 22, 26)," p. 317

Bon, le "sceau" en question renvoie à la théorie hyélomorphique d'Aristote, selon laquelle la substance de l'objet est matière+forme (voir ici), et c'est toujours à la définition de l'objet en ♧ que l'on en revient.

"Le De intellectu et intelligibili présente quatre arguments contre la théorie platonicienne de la sigillation :

  1. Si la connaissance véritable est la connaissance par la cause (propter quid), les universaux platoniciens sont inutiles, puisqu’ils ne peuvent être cause de l’être propre à chaque réalité singulière.
  2. Considéré comme existant, et non comme simple concept (post rem), l’universel platonicien ne peut être prédiqué de plusieurs :
    • approprié à une chose singulière, l’universel in re ne peut être prédiqué que d’elle ; n’entrant dans l’être d’aucune chose,
    • l’universel ante rem ne peut être prédiqué d’aucune. Il est donc inutile.
  3. Les êtres physiques se distinguent des êtres mathématiques par le fait que la nature spécifique qui les définit (ratio definitiva) est conçue comme unie à une matière objet de mouvement et de sensation. On ne peut donc imaginer que cette nature soit séparée : l’hypothèse est contradictoire.
  4. L’image du sceau est puérile : si les formes universelles sont des sceaux, qui les imprime dans la matière ?" p. 320

À cette lecture, j'ai un doute : qui parle du sceau ? Aristote ou Platon ? Retour à Perplexity :

— 🤖 : L’image paradigmatique du sceau qui imprime sa forme dans la cire est employée par Aristote, notamment pour penser la sensation et plus largement la réception de forme sans matière. [1][5]

Aristote et la métaphore du sceau

  • Aristote compare la réception sensible à la cire qui reçoit l’empreinte du sceau : ce qui passe est la forme, non la matière (la cire ne reçoit pas l’or ou le bronze du sceau, mais seulement son empreinte). [1][5]
  • Cette image illustre l’idée que la matière est capax de forme et que la forme «s’imprime» sans se déplacer matériellement, ce qui convient à la fois à sa théorie de la sensation et à l’hylémorphisme. [1][5]

Platon et métaphores voisines

  • Platon utilise des images proches (notamment la cire pour la mémoire dans le Théétète), mais la métaphore sigillaire de l’empreinte sert chez lui surtout à penser la relation copie/modèle et la participation aux Formes. [3][4]
  • Chez Platon, l’image met en avant la dépendance de la copie sensible vis-à-vis de l’archétype intelligible, alors que chez Aristote la métaphore du sceau s’articule à une théorie immanente de la forme dans la matière. [3][4] (Sources: suivre le lien)

Franchement sans mes schémas, il y a longtemps que j'aurais laissé tomber l'affaire.

- Arrête tes états d'âme et donne-nous tes schémas.

- C'est simple : 

Chez Platon : l'image illustre le passage :

  • de l'unité "abeille en tant qu'abeille" en "substance" dans le Ménon, en [♻];
  • au multiple (réplication de l'Un) dans le "sensible", en [⚤]
  • le mouvement : [⚤][♻] 

Chez Aristote :

  Aristote  
     
logique   abstraction
     
  de dicto   de re  

 il y a deux possibilités, soit que l'on s'intéresse à ce que l'on dit de la chose ou à ce qui est de la chose.

- Nous nous intéressons ici à ce que est de la chose...

- Alors :

  • l'objet "substantiel" = matière + forme est en ♧;
  • la "forme s'abstrait de l'objet" par ♧↑ :
    • Soit vers une "catégorie" telle qu'espèce ou genre par ♧;
    • Soit plus généralement un "universel" par ♧.

L'autre voie de dicto renvoie à la formation des concept par la "débandade".

- À ceci près que nos néoplatoniciens et péripatéticiens, soucieux de réécrire Platon partent de ♡ et non de ♧.

- Oui : la voie est suivie en sens inverse, et l'image du sceau dans la cire colle mieux de ce point de vue : la forme s'imprime  dans la matière ♡ pour donner l'objet.

Et je pense que c'est à cette dernière image que se réfère Albert pour critiquer Platon. Vérifions cette hypothèse :

  • 1/ Si la connaissance véritable est la connaissance par la cause (propter quid) [i.e.: ], les universaux platoniciens [i.e.: ] sont inutiles, puisqu’ils ne peuvent être cause de l’être propre à chaque réalité singulière [i.e.: ] .

La cause première  en et l'universel "platonicien -dixit" se marchent effectivement sur les pieds en ♡.

- À moins d'un sas intermédiaire en  ?

- Je n'ai pas l'impression qu'Albert s'intéresse beaucoup aux catégories...

  • 2/ Considéré comme existant [i.e.: ] :
    • et non comme simple concept (post rem) [i.e.: ], l’universel platonicien ne peut être prédiqué de plusieurs
    • approprié à une chose singulière [i.e.: ], l’universel in re ne peut être prédiqué que d’elle; n’entrant dans l’être d’aucune chose,
    • l’universel ante rem [i.e.: ] ne peut être prédiqué d’aucune. Il est donc inutile.

Là il y a un joyeux palimpseste entre des schémas superposés : d'un côté la distinction post rem/ in re/ ante rem sur le schéma néoplatonicien, de l'autre le duo Un/ multiple platonicien :

    Aristote  
  post rem   ante rem
     
      en re
    de dicto   de re  
Platon multiple [⚤] [♻] un

Avec ce schéma en tête, la critique d'Albert est cohérente.

Pour bien saisir la profondeur de l'argument suivant, il faut avoir en tête ce que nous avions pointé (voir #23)

  Platon   Aristote
Séparer [⚤]   [♻]   
     
[⚤]   [♻]   
          Abstraire
  • 3/ Les êtres physiques [i.e.: de niveau [♻]] se distinguent des êtres mathématiques [i.e.: de niveau [⚤]]
    => nous sommes chez Aristote et néoplatoniciens
     par le fait que la nature spécifique qui les définit (ratio definitiva) est conçue comme unie à une matière [i.e.: ], objet de mouvement et de sensation.
    =>nous restons chez Aristote et néoplatoniciens
    On ne peut donc imaginer que cette nature soit séparée :
    => là nous passons à la séparation chez Platon
    l’hypothèse est contradictoire.

- OK, il change de pied, mais l'argument est cohérent, non ?

- Je ne juge pas. Disons que nous pouvons le représenter assez clairement pour le "comprendre" aujourd'hui, n'en demandons pas plus.

  • 4/ L’image du sceau est puérile : si les formes universelles sont des sceaux, qui les imprime dans la matière ?"

Effectivement : si l'on ramène tout en ♡, il devient difficile de d'argumenter quoi que ce soit.

- D'où le besoin d'un mode médian ♢ ?

- C'est précisément le but de toute ce travail archéologique : quand la nécessité de développer le mode ♢ en premier, et plus tardivement sans doute le niveau [#] vont-ils se faire sentir. Toujours est-il qu'Albert marque un tournant dans la pensée du XIIIè siècle :

"Ce que révèle la critique albertinienne, c’est que, à partir du XIIIe siècle, probablement sous l’influence d’Averroès, les médiévaux ne croient plus Platon capable de résoudre les problèmes qu’il a lui-même posés. L’opposition entre

  • l’universel de communauté ou «universel de Boèce» (l’universel défini comme «ce qui est commun à plusieurs choses») [i.e.: ] et
  • l’universel de prédication ou «universel de Porphyre» (l’universel compris comme « ce qui est dit de plusieurs choses ») [i.e.: ]

est platoniquement insurmontable. En outre, au-delà de l’image grossière du sceau, c’est la notion même de Forme séparée qui est remise en cause, avec son corollaire, la réminiscence." p. 321

- En quoi est-ce si important ? Quel est le véritable enjeu ?

- C'est le mouvement premier de Platon [⚤][♻]♡ attaché à la réminiscence (toujours le Ménon) et qui fait craindre la référence à une "forme unique", commune à chacun, dans un passage de type :
[⚤]𓁜 𓁝[♻]♡ 

- Qui rappelle celui d'Avicenne à partir du Dator formarum. (voir #28)

- Bien entendu, assimilation de surface, lorsque tu oublies tout son parcours de spin  sur le cross cap pour n'en retenir qu'une projection sur R.

- Ce qui est le cas d'Albert, qui nous occupe ici... D'où cette référence au "mono-psychisme arabe":

"Si les formes séparées peuvent être en plusieurs choses simultanément et si, parmi ces choses, il y a les âmes humaines, le même contenu intelligible peut se trouver numériquement identique en plusieurs sujets pensants. Cette théorie, attribuée à Platon et à «Grégoire de Nysse» (en réalité Némésius d’Émèse), a, aux yeux d’Albert, une conséquence à la fois pernicieuse et inéluctable – le mono-psychisme «arabe» : l’«erreur de Platon» sur les universaux mène à la théorie de l’unité de l’intellect." p. 321

En résumé :

"Conformément à la méthode d’exégèse concordataire chère à al-Fârâbî, Albert ne sauve ainsi de Platon que «ce qui ne contredit pas les doctrines des péripatéticiens». C’est essentiellement le cas de P6, la distinction entre universaux ante rem, in re et post rem. D’où Albert la connaît-il ? Poser la question, c’est tenter de renouer le fil interrompu durant plusieurs siècles, qui va du néoplatonisme tardif à la philosophie latine." p. 322

"Albert reproduit en fait dans le monde latin le geste qui, dans le monde musulman, avait vu le transfert du modèle de Syrianus sur le terrain de l’émanatisme. Il le fait dans une perspective originale, qui a passé pour confuse, faute d’être élucidée historiquement, et qui s’avérera décisive puisque, jusqu’à la fin du XVe siècle, la théorie albertinienne des universaux restera, face au nominalisme de la via moderna, un des principaux vecteurs du réalisme de la via antiqua. Comment Albert redécouvre-t-il la théorie néoplatonicienne des universaux ? Par deux sources, dont il est le premier à lire, sur ce point, la convergence : l’une est «arabe», Avicenne ; l’autre byzantine, Eustrate de Nicée." p. 324

"Le topos des trois états de l’universel est un des principaux révélateurs structurels de la continuité paradoxale de l’histoire de la philosophie de l’Antiquité tardive au Moyen Âge, dont la translatio studiorum, le transfert des centres d’études est, à la fois, le principe moteur et la réalisation effective." p. 324

En résumé, la lecture néoplatonicienne de Platon par Albert le Grand, va servir de référence aux "Reales" quand les "Nominales" vont revenir à Aristote. Pour le détail voir "La querelle des Universaux".

Un point particulier relevé dans ses commentaires par Albert, concernant le tout et la partie issu de la tradition byzantine (l'Éthique à Nycomaque d'Eustrate de Nicée), nous concerne au premier chef :

- Rappelle nous en quoi c'est important ?

- Parce que ce duo tout/ parties se place naturellement au niveau [♻] (pour évoluer ensuite en [#])  hors de l'armature logique du niveau [⚤]. C'est une nécessité contravariante, qui se développe dans la voie des choses , et échappe à toute approche dans la voie des mots .

Dans cette dernière voie on se heurte inconsciemment à l'irréductibilité du concept tout/ partie à la logique du 1er ordre, et c'est précisément le fait de s'y heurter toujours (i.e.: même en variant les systèmes => autant de voies covariances) qui fait symptôme et signe le "manque" de la voie  pour en rendre compte. (Note 2)

"Ils disent, en effet, qu’il y a trois sortes de touts :

  • antérieur aux parties (ante partes), [i.e.: 𓁜]
  • résultant des parties (ex partibus) [i.e.: 𓁝𓁜] et
  • se divisant en parties (in partibus)  [i.e.: 𓁝𓁜]. (nota : je ne discerne pas ici entre ♢ et ♡ : cela fait l'objet d'un autre débat)

- Les touts antérieurs aux parties sont les espèces qui sont (existunt) absolument simples et immatérielles, car elles subsistent avant la multiplicité des choses qui sont faites d’après elles.
Les touts résultant des parties sont les composés (composita) et tout ce qui est divisé en parties (partita). Et il y en a deux sortes :

  • les homéomères, c’est-à-dire les choses composées de parties semblables, comme la pierre l’est de morceaux de pierre, chaque partie en laquelle le tout se divise recevant et le nom et la définition du tout, et [nous serions ici dans une approche proto-"topologique" en ♢]
  • les anoméomères, c’est-à-dire les choses composées de parties dissemblables, comme l’homme l’est de mains, de pieds et d’une tête, aucune partie de l’homme n’étant semblable au tout et ne recevant le nom et la définition du tout. [il s'agirait plutôt ici d'une proto- "taxinomie" en ♢]

- Quant aux touts qui se divisent en parties, ce sont les intelligibles qui sont dits de plusieurs et sont postérieurs selon la génération. [que l'on pourrait interpréter par ♧/]
Eustrate, In Primum Aristotelis Moralium ad Nicomachum,
éd. Mercken, p. 69, 4-70, 14 (ad 1096a10-14)" p. 327

Comme tu le vois, il y a des choses en préparation dans ce rapprochement entre universaux et duo tout/parties.


Le 09/ 01/ 2026 :

"La rencontre entre langage des universaux et problématique des «touts» indique sans doute la mise en relation de la question de Porphyre avec une problématique développée par Aristote dans les Topiques, que la logique scolaire latine a fixée dans la distinction du tout intégral et du tout universel, dès Garland le Computiste (Dialectica, De Rijk, 1959, p. 103)." p. 327

- Quand je parle de symptôme ! Il y a une nécessité qui force à distinguer au-delà des systèmes de penser, à distinguer entre [⚤] et [♻]. (Note 2)

  • En ♡ : le tout intégral => de l'ordre de la logique;
  • En ♡ : le tout universel => de l'ordre de l'ontologie

"On peut penser que la fusion, chez Albert et Thomas d’Aquin, entre le langage logique de la prédicabilité de l’universel et le langage ontologique de l’essence considérée sur le mode de la partie (per modum partis) et sur le mode du tout (per modum totius), parfois bien obscure, correspond à la fusion de deux problématiques distinctes, celle des universaux selon le schéma général d’Ammonius, transmis par Avicenne, et celle des «touts», selon le schéma, probablement lui aussi néoplatonicien, transmis par Eustrate, et, par-delà, à une fusion du complexe de problèmes issu des Seconds Analytiques avec le complexe de problèmes issu des Topiques." p. 328

Ce constat montre qu'Alain de Libera lui-même n'a pas le recul nécessaire pour voir la simplicité du problème, et par contre-coup la nécessité de notre approche...

- Tu n'es pas là pour commenter l'auteur, mais suivre le développement de notre Imaginaire jusqu'à penser relativité et méca Q.

- Je ne juge pas, je constate simplement que l'auteur est formaté par l'histoire dont il rend compte.

- Concentre-toi plutôt sur le texte : qu'est-ce que cette métrologie qui vient sur le tapis ?

- Il faut remonter à la dispute entre Roscelin et Abélard (ici en bref), dont nous avons déjà parlé en #24.

🤖 : Le thème central de la dispute entre Roscelin et Abélard est la nature des universaux, c’est-à-dire le statut des notions générales comme «homme», «animal», etc. [1][3]

  • Pour Roscelin, les universaux ne sont que des mots ou des émissions de voix (flatus vocis) : seuls existent réellement les individus singuliers, et les termes généraux ne renvoient à aucune réalité commune, ni dans les choses ni dans l’esprit, ils ne servent qu’à parler commodément des individus. [1][3][7] [i.e; de niveau [⚤]]
    tion de l’esprit à partir du réel. [3][5][6]
  • Abélard, au contraire, refuse à la fois ce nominalisme radical et le réalisme fort des essences communes ; il soutient un conceptualisme : l’universel n’est pas une chose, mais un mode de signifier et de concevoir ce qui est commun à plusieurs individus, produit par une opération d’abstrac$tion de l'esprit à partir du réel. [i.e; de niveau [♻]] (Sources ici)

- J'entends bien, mais qu'est-ce que la métrologie ?

— 🤖 :  Chez Alain de Libera, la mérologie désigne, très simplement, une théorie des rapports «partie–tout» appliquée aux objets philosophiques (concepts, personnes, actes, etc.). [2][4]

  1. D’un point de vue logique et ontologique, la mérologie est l’étude des structures où un «tout» (par exemple le sujet, la personne, l’acte) est analysé comme composé de «parties» ou de fonctions distinctes, et où l’on s’interroge sur la manière dont ces parties coappartiennent et s’articulent. [2][4]
  2. Dans ses travaux (notamment autour de l’archéologie du sujet), de Libera s’en sert comme d’un cadre pour décrire comment les médiévaux pensent la composition du sujet, de l’action, des puissances psychiques, etc. : une mérologie du sujet, de la volonté ou de l’action permet de reconstituer les «modèles» médiévaux (augustinien, aristotélicien, hénologique) en termes de touts et de parties. [3][4]" (Sources suivre le lien)

— HS : Est-ce un concept d'Alain de Libera ?

— 🤖 : Non, «mérologie» n’est pas un concept créé par Alain de Libera, mais un outil logique et ontologique déjà constitué, qu’il reprend et réemploie dans son propre dispositif. [1][2]

  • En logique et en ontologie contemporaines, la mérologie est une théorie formelle des relations partie–tout, avec ses systèmes axiomatiques propres ; de Libera l’intègre comme ressource parmi d’autres (aux côtés, par exemple, de la mereologie analytique, de la théorie des réseaux conceptuels, etc.). [1][3]
  • Ce qui est proprement original chez de Libera, ce n’est pas le terme lui-même, mais son usage comme «outil historico-métaphilosophique» au service de l’archéologie du sujet, pour décrire les modèles médiévaux du sujet, de l’acte, des puissances psychiques, en termes de touts et de parties. [4][5][6]" (Sources : suivre lien)

— HS : histoire du concept "métrologie" ?

— 🤖 :  La mérologie au sens strict (théorie formelle partie–tout) est un concept technique du XXᵉ siècle, forgé comme tel par Stanisław Leśniewski, mais elle s’enracine dans une longue histoire des réflexions sur les parties et le tout. [1][2]

  • Origine du terme
    • Le mot «mereology» (mérologie) est formé à partir du grec meros (μέρος, «partie») et a été introduit par Stanisław Leśniewski en 1927 pour nommer sa théorie axiomatique des parties et des touts, élaborée dans une série de travaux entre 1916 et 1931. [1][3][2]
    • Cette théorie, pensée comme alternative à la théorie des ensembles, s’inscrit dans son grand système logique (Protothetic – Ontology – Mereology) et sert notamment à traiter les paradoxes de type russellien en remplaçant les «ensembles» par des touts collectifs et la relation d’appartenance par une relation de partie. [4][5][3]
  • Antécédents philosophiques
    • Bien avant Leśniewski, les problèmes partie–tout structurent déjà la métaphysique antique et médiévale : on en trouve des analyses explicites chez Platon (par exemple dans la seconde partie du Parménide) et Aristote, puis chez des médiévaux comme Thomas d’Aquin ou Duns Scot. [1][6]
    • Ces réflexions ne portent pas encore le nom de «mérologie», mais elles fournissent le matériau conceptuel sur lequel se greffera la mérologie moderne : théorie des touts substantiels, des agrégats, des formes, de la composition, de la simplicité divine, etc. [6][2]
  • Développement contemporain
    • À partir de Leśniewski, la mérologie devient un domaine autonome de la logique et de la métaphysique, avec des systèmes axiomatiques variés (extensionalité, complétude, fusion, etc.), abondamment discutés par la tradition analyticiste. [2][7]
    • Aujourd’hui, le terme sert à la fois pour ces théories formelles et, par extension, pour tout cadre conceptuel où l’on modélise rigoureusement les relations partie–tout, ce qui permet à des auteurs comme Alain de Libera de le réinvestir dans une archéologie du sujet, sans en être les inventeurs. [8][2] (Sources suivre le lien)

— HS :  Par "tradition analyticiste faut-il comprendre l'analyse au sens mathématique du terme incluant la théorie de la mesure ?

— 🤖 : Non : ici, «tradition analyticiste» renvoie à la philosophie analytique (logique, métaphysique analytique), pas à l’«analyse» au sens mathématique (analyse réelle, complexe, théorie de la mesure). [1][2]

  • La mérologie est d’abord formulée comme théorie logique de la relation partie–tout, dans le cadre de la logique et de la métaphysique analytiques (Leśniewski, puis la métaphysique analytique contemporaine). [3][2][4]
  • Il existe certes des travaux qui articulent mérologie et mesure (par exemple pour traiter les quantités de matière), mais c’est une application particulière ; la « tradition analyticiste » dont il est question reste centrée sur la logique, la métaphysique et la sémantique, non sur l’analyse mathématique comme discipline de l’intégration ou de la mesure. [3][5][6] (Sources : suivre lien)

— HS : En dehors de son utilisation par Alain de Libera, y a-t-il des développements contemporains de la métrologie ?

— 🤖 : Oui, la mérologie fait l’objet de développements contemporains nombreux et très actifs, indépendamment de son usage chez de Libera. [1][2]

  • Logique et métaphysique analytique
    • La mérologie est aujourd’hui un domaine structuré de la logique et de la métaphysique, avec des manuels de référence (par ex. Cotnoir & Varzi, *Mereology*, OUP 2021) et des systèmes axiomatiques variés (extensionalité, atomisme, fusion, etc.). [1][3][4]
    • Ces travaux portent entre autres sur la composition (thèse « composition as identity »), les règles de fusion des parties, le statut des atomes et l’articulation avec d’autres logiques (modale, temporelle, topologique). [5][6][1]
  • Mérologie et sciences
    • On trouve des projets visant à appliquer la mérologie aux sciences : physique (parties de systèmes physiques), biologie (organes, organismes, populations), sciences cognitives, ontologies d’ingénierie et de l’information, etc. [7][8]
    • Un champ récent explore les liens entre mérologie, causalité et topologie («mereocausality», «causal mereotopology») pour modéliser des systèmes complexes et des structures de données dans les systèmes d’organisation des connaissances. [9]
  • Phénoménologie et autres traditions
    • En parallèle de la lignée Leśniewski–Leonard–Goodman, une autre veine contemporaine prolonge la mérologie phénoménologique (Husserl, «ontologie formelle») et discute aujourd’hui des structures partie–tout dans la conscience, l’objet intentionnel, l’affect, etc. [10]

Des rencontres récentes visent explicitement à croiser perspectives analytiques et phénoménologiques sur la mérologie, signe d’un champ en expansion plutôt que d’un outil cantonné à un seul auteur. [10][11] (Sources : suivre le lien)

- Wouha ! Quand tu parlais de symptôme ! Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça gratte quelque part, et que tu as mis le doigt dessus !

- Oui et lorsque je lis "théorie logique de la relation partie–tout" ou "mérologie phénoménologique", il y a de quoi nourrir des thèses jusqu'à plus soif sans avancer d'un iota !

- Ceci dit, Stanisław Leśniewski est un personnage à mieux connaître, proche de Tarski, et donc indirectement, du Cercle de Vienne et de Wittgenstein première époque (celui du Tractatus). Par ailleurs, il faudra revenir aux textes de Platon et Aristote sur le sujet.

- C'est noté, mais je ne peux pas tout faire en même temps : je ne suis pas une femme. En attendant, je te propose de retenir sur bref résumé :

La mérologie s'attaque au duo parti/ tout, dans la voie , et peine à faire la jonction entre [⚤] et [♻] (voire [#]) à partir de la logique en [⚤]. 

Sens et postérité de la doctrine d’Albert le Grand

"Ramenée à l’essentiel, la modification qu’Albert impose au dispositif triadique des universaux consiste à insérer un second niveau d’universaux ante rem entre le niveau suprême, celui de l’universel pris dans la Cause première, le Dieu du Livre des causes, et l’universel in re." p. 329

- Dans notre jargon : il introduit le palier syntaxique ♢ entre ♡ et ♧.

"La caractéristique du platonisme tel que l’entend à présent Albert est d’avoir privilégié l’existence des Formes in luminis processu, autrement dit leur état second, celui de Formes séparées non seulement des choses, mais de la Cause première elle- même."

- Bon il s'agit d'un processus néoplatonicien pur et dur : ♡ , étranger par nature à la démarche initiale de Platonicien dans la voie des choses R.(avec séparation nette du monde des idées et du monde terrestre).

- Ouf, il est temps de passer à Thomas d'Aquin (voir #32)!

- Amen

Hari

Note 1 :

les théorèmes du De causis et processu universitatis (= DCPU) dans "la querelle des universaux" d'Alain de Libera p. 318-319

"Dans le De causis et processu universitatis (= DCPU), Albert dresse un inventaire des principales thèses de la philosophie de Platon et de toutes les positions philosophiques qui s’y rattachent, y compris, à ses yeux, le stoïcisme"

  • P1 – «Prince des stoïciens» (DCPU, p. 10, 5), Platon appelle le Premier Principe «Père», la forme qui en procède «Fils» et la matrice réceptive de toutes choses «matière» (DCPU, p. 10, 5 ; 13, 21).
    • P1’ – La matière est la matrice de tout, le premier agent ou facteur est l’intellect paternel qui forme tout par sa lumière intellectuelle ; le premier acte est le verbe (verbum) intellectuel infusé à la matrice originaire (DCPU, p. 13, 23).
  • P2 – L’univers a été engendré par un verbe intellectuel (per dictionem intellectualem) et un commandement (praeceptum) de Dieu, non par une volonté (DCPU, p. 13, 9, contre Ibn Gabirol).
  • P3 – L’origine de toutes les formes est le Donateur des formes (Dator formarum, DCPU, p. 43, 3).
  • P4 – Pour qu’il y ait communicabilité, certaines formes sont dans la lumière du Donateur des formes (DCPU, p. 43, 62).
  • P5 – Le Bien séparé se déverse lui-même par lui-même ; il se multiplie, et les biens participés procèdent continûment de lui comme d’un sceau (DCPU, p. 45, 16).
    • P5’ – Il y a un bon-ceci et un bon-cela et il y a un Bien qui est le bien de tout bien, qui seul est pur et sans mélange (DCPU, p. 60, 14).
  • P6 – Il y a trois sortes d’universaux :
    • l’universel ante rem, qui est dans la lumière de l’Intelligence agente, est facteur et insti- tuteur des choses ; [i.e.: ♡]
    • l’universel in re est formellement l’essence simple de chaque chose, et c’est l’image de l’universel ante rem ; [i.e.: ♧]
    • l’universel post rem est abstrait des choses mêmes par l’intellect (DCPU, p. 116, 44). [i.e.: ♧]
  • P7 – Les formes idéales des choses résident dans la lumière de l’Intellect universellement agent, c’est à partir d’elles que les choses matérielles reçoivent une impression comme d’un sceau (DCPU, p. 85, 17).
    • P7’ – Les formes idéales des choses existent par soi, elles sont incorruptibles, elles sont supérieures en bonté aux autres choses, La scolastique latine du XIII e siècle 319 du platonisme car leur être est supérieur (DCPU, p. 85, 20) ;
      • les vrais biens, c’est-à-dire les formes idéales, sont des substances séparées qui diffèrent en genre et en espèce, selon qu’elles sont considérées confusément ou déterminément dans la procession lumineuse du Premier Âgent (DCPU, p. 85, 65) ;
      • les biens, c’est-à-dire les formes idéales considérées dans la procession de lumière, sont incomparables aux derniers d’entre les biens
      • les derniers d’entre les biens (les biens minimaux) étant les formes mélangées à la matière (DCPU, p. 85, 61) ;
        • les formes qui sont dans la matière sont les derniers d’entre les biens,
        • les formes séparées sont les plus hauts d’entre les biens (les biens maximaux, DCPU, p. 133, 5).
    • P7” – Les formes idéales des choses sont des universaux antérieurs aux choses (ante rem), dont chaque chose tient son principe formel (DCPU, p. 85, 23).
  • P8 – La cause universelle est un universel antérieur aux choses (ante rem), son être est simple et sans mélange et tout ce qui en dépend en reçoit et son nom et sa définition (DCPU, p. 65, 50).
    • P8’ – Toutes les choses de la nature procèdent de l’Intelligence agente comme d’un echmagium ou sceau (DCPU, p. 115, 27).
    • P8” – Les choses sensibles sont dans l’Ame noble dans la mesure où elle contient leurs exemplaires ; l’Ame noble est l’exemplaire qui s’exemplifie dans les sensibles, produisant toutes les formes et figures des choses à la manière d’un sceau (DCPU, p. 132, 75).
    • P8”’ – Les formes qui sont dans l’Âme noble sont séparées, non mélangeables à la matière et incomparables aux formes matérielles (DCPU, p. 133, 2).
  • P9 – L’être véritable est dans la Cause première, sa forme est dans l’Intelligence, son image est dans l’âme, et son écho ou son ombre est dans les réalités soumises à la génération et à la corruption (DCPU, p. 69, 48).
  • P10 – Les choses sensibles et corporelles ne peuvent affecter l’âme humaine car elles lui sont inférieures, «comme le dit en toutes lettres le Ménon» (DCPU, p. 120, 54).

Note 2 :

Pour fixer les idées sans entrer trop dans les détails :

  • En [⚤] nous sommes dans le domaine du discret, et l'ensemble se construit comme "collection d'éléments" vues comme des "totalités insécables => Parménide/ Platon- Ménon, avec un espace entre chaque élément : c'est la construction de ℕ  par répétition du même
    => univers archimédien;
  • En [♻] et ensuite [#] : nous sommes dans le continu, où il est possible de loger tout ℕ dans l'espace [0;1] de ℝ : la diagonale de Cantor. Il est possible de penser à des géométries non-euclidiennes.
    => univers non archimédien
    =>Il est possible de penser
    • la partie 𓁝[♻] et
    • le tout [♻]𓁜.

 

 

 

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