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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #28 — La scolastique arabe — Avicenne

Le 13/ 01/ 2026 :

Tout est à reprendre : j'ai fait une énorme erreur d'interprétation en présentant Avicenne sur le cross cap dans le circuit ↻ ! 

(voir #33)

 

Le 10/ 12/ 2025 :

- Je suis curieux de voir ce passage à l'Orient d'une pensée grecque qui, n'ayant pas été formatée par le Christianisme, ne partage pas les mêmes problématiques. Au premier survol du texte, le concept d'essence me semble familier et je le place d'instinct en ♡, avec me semble-t-il la nécessité d'utiliser les postures du Sujet 𓁝𓁜 pour en exprimer les différents aspects.

Et pour tester cette intuition, j'ai demandé à Perplexity de me présenter le texte d'Alain de Libera en utilisant notre syntaxe de l'entropologie. Nous avons, bien entendu, dialogué quelque peu afin de lui rafraîchir la mémoire, mais en peu de temps, il a retrouvé ce dont j'avais l'intuition. Je te livre son retour en matière de résumé. J'espère que cela nous permettra d'avancer un peu plus vite dans le texte assez dense de l'auteur.


— 🤖: La lecture d’Avicenne par de Libera peut se reconfigurer, avec ta topologie, comme une analyse très fine des passages entre 𓁝 et 𓁜 autour de ♡⚤ (essence, universel, intentio) et de leur rapport éventuel à ♧ / ♧.  

  1. Essence en et passage 𓁝↑𓁜

Quand Avicenne distingue essence et existence, de Libera montre qu’il opère un «passage à la limite» sur ce qui remonte de l’expérience et des usages logiques vers le niveau conceptuel. L’essence (quiddité, choséité) n’est pas un objet en ♧, mais un contenu en ♡, saisi en posture 𓁜, où toutes les marques ∃ / un-multiple / in re / in mente ont été neutralisées. Avicenne définit ainsi l’essence comme ce que 𓁜 voit «en tant que tel», après qu’un travail local (𓁝♡) a été reconduit en globalité (♡𓁜).  

Dans les termes de ta syntaxe, la séparation éidétique avicennienne se lit comme :  

  • remontée empirico‑logique : ♧↑♢↑𓁝♡ (multiplicité d’usages, de cas singuliers, de prédications),  
  • puis passage 𓁝♡↑♡ 𓁜 : l’état de 𓁝croyance/𓁝usage local devient une saisie globale de l’essence, où 𓁜 tient le contenu comme indépendant de tout marquage existentiel ou cardinal.  

L’«indifférence de l’essence» consiste précisément en ceci : l’état ♡𓁜 qui résulte de ce passage ne contient plus, dans sa description, aucun trait reliant directement cette essence à

  • une valeur en ♧ (∃ 0/1), ni à
  • un patron un/multiple, [répétition en ♧] ni à
  • un lieu (chose / âme) [i.e.: ♢].  
  1. Universel logique : structure de vue depuis 𓁝

De Libera insiste sur le déplacement avicennien par rapport à Aristote et Platon : l’universel n’est plus défini par un «être un dans plusieurs», mais par une loi de prédicabilité. Formulé dans ta topologie, un universel logique est un contenu en ♡⚤ (que 𓁜 peut tenir comme essence ou comme intention) tel que, vu depuis 𓁝, il n’est pas contradictoire d’en faire un prédicat «de plusieurs».  

Les trois acceptions chez Avicenne se lisent alors comme trois régimes possibles de 𓁝 sur ♧ / ♧ :  

  • universel «en acte» : il y a déjà, pour 𓁝, plusieurs cas en ♧ / ♧ auxquels le même contenu de ♡  s’applique ; [i.e.: l'acte étant dans le passage d'une potentialité vue 𓁝 à son actualisation en 𓁜 dont le détail dépend de la voie suivie/ exemples : 𓁝♡𓁜 ou 𓁝♡/𓁜  
  • universel «possible» : même si aucun cas n’est rencontré (maison heptagonale), 𓁝 ne voit aucune impossibilité logico‑conceptuelle à ce que plusieurs ♧ relèvent du même contenu en ♡ ;
  • universel «opinable» : même si un seul cas est connu en [∃] (Terre, Soleil), 𓁝 ne dispose d’aucune preuve qui interdise d’étendre ce contenu à plusieurs cas possibles.  

L’essentiel est que, pour Avicenne, l’universalité ne se lit pas dans ♧ (niveau des «choses»), mais dans la structure que 𓁝 reconnaît en ♡ comme «prédicable de multis».

  • La prédicabilité appartient à la posture ex ante (𓁝)
    [ou plutôt : dans la potentialité du passage 𓁜𓁝],
  • l’essence indifférente à la posture ex post (𓁜)
    [ou plutôt : caractérise le passage 𓁝𓁜].  
  1. Intentio : mouvement 𓁜↓𓁝 dans la voie des mots

Le choix d’Avicenne de parler d’intentio (et non simplement de conceptus) devient très transparent dans ton cadre. L’intentio n’est pas seulement un paquet de traits sémantiques : c’est la forme que prend, en 𓁝♡, le retour depuis une essence globalisée (♡𓁜) vers une certaine manière de la rapporter à des possibles.  

Schématiquement :  

  • 𓁜 : l’essence est vue globalement, neutre, sans inscription.  
  • 𓁜𓁝♡  : le Sujet, en posture ex ante 𓁝♡, estime les potentialités de prédication et d’application de ce contenu ; ce mouvement produit l’intentio comme «ce que j’ai en vue quand je dis x», avec sa dimension «découvrante» (ce qui fait voir ce qu’est la chose).
    [à discuter :
    • Le choix ou intention me semble être de mode ♡ dans : ♡𓁜𓁝♡ 
    • L'attention se traduisant par un passage de type 𓁝♡(♢ ou ♧)𓁜 vers un mode syntaxique ♢ ou objectif ♧
      mais la dualité intention/attention ne semble pas ici articulée].    

La force de la lecture de de Libera est de montrer que cette intentio avicennienne possède déjà plusieurs traits de ce que Brentano puis Husserl nommeront «intentionnalité» :

  • elle est structurée comme une visée vers un objet (ou un ensemble possible d’objets),
  • elle supporte le fait de viser des choses qui n’existent pas en [∃] (maison heptagonale),
  • elle permet de distinguer le contenu de sens en ♡ des réalisations effectives en ♧.  

Autrement dit, la boucle 𓁝♡↑♡𓁜↓𓁝♡, telle que tu la formalises, est exactement ce que de Libera réinscrit dans l’histoire :

  • 𓁝♡𓁜 : constitution d’une essence neutre, puis
  • 𓁜𓁝♡ : retour à des intentions déterminées sans que ce retour ne détruise la neutralité de l’essence.  
  1. 4. Indifférence de l’essence et critique du platonisme

Avec ta topologie, l’antiplatonisme d’Avicenne se lit presque immédiatement :

  • Chez Platon, la tentation est de projeter, depuis un certain état [⚤]𓁜 («forme de l’homme»), une existence séparée en [♻], comme si le fait même de pouvoir considérer une essence neutre impliquait qu’il existe quelque part un correspondant autonome.
  • Avicenne, tel que le restitue de Libera, refuse cette projection :
    • le passage 𓁝♡𓁜 n’autorise [n'implique] aucun passage automatique vers ♧ ;
    • toute attribution d’exister (quelque chose en [∃]) est un ajout contingent, codable en ♧, qui n’affecte pas ce qui a été stabilisé comme essence en ♡⚤.
      [à discuter : pour nous [∃] est le bord de l'Imaginaire, le choc du Réel, avant toute identification de la possibilité ou non d'exister, plutôt d'ordre binaire logique en ♧ en réponse à une question d'existence; et non le choc du Réel, immédiat

L’«indifférence» garantit que :

  • ni le fait qu’il y ait plusieurs cas (in multis),
  • ni le fait qu’il n’y en ait qu’un,
  • ni même le fait qu’il n’y en ait aucun,  

ne revient dans la définition de l’essence telle qu’elle est maintenue en ♡𓁜. La topologie entropologique permet de le dire sans recourir à un langage substantialiste : c’est une contrainte sur ce qui a le droit de figurer ou non dans la description de l’état global.  

  1. 5. Différence avec l’Occident chrétien et postérité (jusqu’à Husserl)

Dans ton cadre, la différence d’approche entre Avicenne et la scolastique latine se laisse décrire comme un changement du circuit privilégié :  

  • Chez Avicenne, de Libera montre que l’articulation essence / existence, universel / universalité, se joue d’abord dans la voie des mots (♧↑♢↑♡), sur fond d’une cosmologie émanatiste qui garantit la correspondance avec la voie des choses (♧) [à préciser par le texte]. L’accent reste mis sur la manière dont ♡ est structuré et neutralisé (séparation éidétique).  
  • Chez les Latins, une fois recodée en essentia / existentia, cette structure est davantage intégrée à une problématique théologique (création, analogia entis); le circuit privilégié passe plus fortement par la voie des choses (du Dieu créateur vers l’esse des créatures), et la dynamique fine 𓁝 / 𓁜 est moins explicitement thématisée.  [à reprendre]

La postérité jusqu’à Husserl peut, du coup, se relire ainsi :

  • Brentano réactive, sur un mode descriptif de la vie mentale, la structure 𓁝♡𓁜 comme «orientation vers un objet» (intentionnalité du psychique).
  • Husserl reconstruit systématiquement la boucle complète :
    • constitution éidétique (analogue au passage 𓁝♡𓁜),
    • visées intentionnelles multiples (♡𓁜𓁝♡),
    • possibles remplissages par des données (rapports avec ♧ et décisions en ♧).
      [à revoir chez Husserl directement] 

De Libera montre que ce schème n’est pas une pure invention moderne, mais qu’il trouve une matrice très précise dans la manière dont Avicenne pense universel, essence et intention : exactement ce que ta topologie permet de formaliser en termes de transitions structurales entre 𓁝, 𓁜, ♡, ♧ et ♧." 

(Sources et lien ici)


- Comme tu le vois, plus on lui laisse la bride sur le cou, plus il divague en s'éloignant de l'application stricte de la syntaxe...

- Il ne faut pas être si critique : tu l'entraînes sur quelques lignes de texte, quand pour apprendre le jeu de Go, l'IA génère sa stratégie à partir de quelques millions de parties... Et il a retrouvé très vite ton intuition initiale (voir discussion ici). Par contre, je vois que d'instinct tu situes Avicenne dans la voie des mots , or il était également un très grand médecin, et eut recours à l'expérience, en particulier en pharmacologie. N'a-t-il pas intégré cette pratique du terrain dans sa philosophie ?

- J'hésite... D'où la nécessité d'y aller voir de plus près dans le texte. Mais avant d'attaquer, j'aimerais situer Avicenne dans son contexte culturel. Il est d'origine Perse et sa langue natale est le Farsi (indo-européen) bien qu'il parle et écrive couramment l'Arabe —comme les scolastiques manient le Latin, et pour les mêmes raisons (voir lien). Par ailleurs il a pu étudier les textes grecs, via leurs traductions en Arabe, grâce à l'accès privilégié qu'il avait à la bibliothèque royale de Boukhara. (voir lien

- Qu'as-tu en tête ?

- Pour concevoir un objet tel une "maison heptagonale", quand l'expérience n'en atteste pas l'existence dans ton environnement, et formaliser cette non-existence, il faut bien avoir la capacité de penser "zéro occurrence" ou le cardinal "0".

- D'accord, tu veux savoir si le zéro était déjà connu ?

- Effectivement — 🤖 :

  • Zéro et numération décimale : à son époque, le monde islamique a pleinement adopté la numération indo‑arabe à dix chiffres, y compris le zéro, pour le calcul astronomique et commercial.  Avicenne connaît donc ce système de chiffres et l’utilise dans un environnement où il est déjà standard.
  • Algèbre : l’algèbre structurée existe depuis al‑Khwarizmi (début IXᵉ s.), qui formalise la résolution d’équations linéaires et quadratiques dans le Kitāb al‑jabr wa‑l‑muqābala ; d’autres comme Abu Kamil, al‑Karaji, poursuivent ce programme avant et autour d’Avicenne.  Avicenne s’inscrit dans ce milieu où l’algèbre est déjà constituée, mais son originalité est plutôt philosophique et logique que strictement algébrique.
  • Nombres négatifs : dans la tradition islamique, les nombres négatifs sont connus via l’Inde mais restent d’usage marginal ; seuls quelques auteurs (Abu al‑Wafa, al‑Samaw’al, al‑Karaji) les utilisent explicitement comme «dettes» ou termes algébriques.  Rien n’indique qu’Avicenne fasse un usage systématique ou théoriquement élaboré des nombres négatifs ; sa pratique mathématique reste proche de l’arithmétique positive classique." (sources: suivre le lien)

Quant à la diffusion de sa pensée, et son influence au Moyen-Orient puis en Occident à partir du milieu du XIIe siècle, je te laisse le lien vers l'IA. Pour ce qui nous concerne directement ici, je retiens l'importance de la distinction essence/ existence, qui vient d'être abordée, et son influence majeure sur Thomas d'Aquin, nous y reviendrons nécessairement.


Le 11/ 12/ 2025

- J'ai pensé à ceci : en soumettant l'objet de pensée en [♻] à un test d'existence en [⚤], soit [⚤][♻], Avicenne est de facto dans la voie des mots, même en l'absence d'une théorie complète de la mesure. Ce test est déjà une mesure rationnelle limitée à un mètre (0;1), et le rapport entre essence et existence suit le schéma   / . Vois-tu ce que cela signifie ?

- Oui : il n'est plus comme Platon et Aristote sur un ruban de Moebius mais sur le cross cap.

- Poursuis le raisonnement : Revenu en [⚤] après ce test d'existence [⚤][♻], , il boucle ensuite sur un Dieu "donneur de formes" (dater formarum) par [⚤]/♡; (c'est l'inverse du saut de Descartes ♡/[⚤]) ce qui lui permet de poursuivre par une métaphysique articulée sur /

- C'est une hypothèse extraordinaire ! Regarde la perspective que cela nous ouvre sur l'évolution de la philosophie de Platon à Descartes :

Platon

     

Aristote

néoplatoniciens

Stoïciens

     

Avicenne

 

Descartes

 
  physique / métaphysique

- OK, mais maintenant que nous avons délimité le cadre, vérifions sur pièces.

4. La scolastique arabe
L’UNIVERSEL SELON AVICENNE

L’UNIVERSEL SELON AVERROÈS

 

"Là où, soucieux de présenter la connaissance aristotélicienne et la connaissance platonicienne comme deux moments distincts et successifs d’un même processus de remontée à l’Intelligible, al-Fârâbî présentait l’induction abstractive comme un préalable à la contemplation des intelligibles séparés, Avicenne renoue avec la problématique de Syrianus : expliquer l’origine des universaux à la jonction de l’empirique et de l’intelligible. Abandonnant les notions de Formes psychiques et de Formes séparées, non moins que la projection et la réminiscence qui les instrumentent, il redéfinit, dans la perspective émanatiste, le rôle de la connaissance sensible : la connaissance «empirique» est bien un préalable à l’acquisition des intelligibles..." p. 224

- Nous avons déjà discuté des approches de al-Fârâbi et Syrianus, voir articles #20 et #22, qui restaient dans une approche néoplatonicienne R, mais ici, nous voyons bien la révolution d'Avicenne : il rabat l'objet "substantiel" en ♧, vers un principe d'existence [⚤][♻], avant de rapporter celle-ci à Dieu [⚤]/; ce qui le libère des concepts de formes, réminiscence et projection nécessités par une approche directe ♡... Ou plutôt : l'approche "émanatiste" ♧, fait un tour complet pour revenir au constat d'existence [⚤], bouclant ainsi un cycle physique avant de s'occuper de méta-physique. Un petit schéma pour rendre la chose plus lisible :

Essence       [⚤] 
(4)
[♻]
Dater formarum
  ↑(1)           ↓(3)
Existence
[⚤]
(2)
[♻]       Objet
  Physique   Méta-physique

Poursuivons :

"... mais au sens où elle dispose l’âme à recevoir les formes intelligibles correspondant aux objets perçus, formes qui émanent en l’âme dès que celle-ci est prête à les recevoir. L’universel n’est donc pas dégagé des données sensibles par l’activité «abstractive» du sujet engagé dans le sensible : dès que le sujet y est disposé, il émane en lui du principe même qui fonde le parallélisme entre la pensée et le réel." p. 228

Cette "disposition" de l'âme, c'est le "bouclage" du premier cycle (1)/(2) : lorsque ce que le Sujet forme en ♡ lui revient par les sens. On retrouve le principe d'une prise de conscience comme la rencontre entre un percept et un concept (cf. J.P. Changeux), et ici, cette rencontre se fait au plus proche du Réel, en [⚤].

- Il y a certainement un mode intermédiaire ♢ pour emmagasiner l'expérience du sensible, non ?

- Ça paraît vraisemblable : pour concevoir "maison+heptagonale" il faut avoir au préalable catégorisé les "formes intelligibles", ici les types de construction d'une part et les formes géométriques d'autre part, pour combiner ensuite un représentant pris dans chacune de ces catégories : "mosquée+ronde" ou "four à pain+carré" etc., en une proposition "essentielle". Mais attendons la suite.

"L’universel n’est ni un faisceau d’impressions sensibles lié dans l’imagination et conservé dans la mémoire, ni un simple terme ou nom «collectif». Pour définir ce qu’est l’universel, Avicenne utilise un terme qui, à travers sa traduction latine, va marquer en profondeur toute l’histoire de la philosophie : l’universel est une «intention». Le mot «intention», en Latin intentio, qui rend les termes arabes ma « qûl et ma « nâ (pensée, mais aussi idée et signification), est généralement considéré comme un synonyme de concept." p. 228

Bon, là nous retrouvons notre discussion d'hier avec Perplexity (cf. intensio) : l'universel est en  ♡𓁜 et ♡𓁜/[♻]𓁜 marque le "passage" à l'acte :

  • 𓁜 : de l'intention dans la voie des mots
  • [♻]𓁜 : à l'attention tournée dans la voie des choses.

Le reste du texte conforte notre approche.

Le problème d'ordre "universitaire" d'Avicenne, est de devoir se positionner par rapport à ses pairs, plongés dans une même culture Grecque. D'où la nécessité de se positionner dans le débat Platon/ Aristote sur les rapport du "Un" au multiple. 

"Le terme universel «peut [arabe : qad] se dire» de trois manières, parce qu’il y a trois manières de prédiquer un universel.

  1. On peut parler d’«universel» «dans la mesure où» ce dont on parle «se prédique en acte de plusieurs» sujets.
  2. Est également «universel» «ce qui peut se prédiquer de plusieurs» sujets. C’est là que sont introduits
    • a le terme intention et
    • b la distinction entre essence et existence, la définition complète étant : «On appelle «universel» (universale) une intention qui peut se prédiquer de plusieurs sujets, sans qu’il soit requis qu’ils existent» (arabe : wa-in lam yashtarit), ou, comme dit la version latine : «même si aucun d’eux n’est doté d’un être effectivement réel» (esse in effectu). C’est ainsi que l’intention «maison heptagonale» peut se dire d’une pluralité d’étants singuliers. Cette possibilité n’est pas entamée s’il n’existe dans le monde aucune maison heptagonale ou s’il en existe peu. L’existence d’une pluralité de référents actuels n’a rien à voir avec l’universalité de l’expression, qui se définit par sa seule possibilité interne de prédication.
  3. Enfin, est «universel» «ce dont rien n’empêche de croire raisonnablement (opinari) qu’il peut se prédiquer de plusieurs sujets», même si, de fait, il n’y a en tout et pour tout qu’un seul sujet concerné. Ici, l’unicité du référent n’est pas une cause suffisante pour bloquer l’universalité de l’intention. L’universalité est à nouveau définie intrinsèquement comme possibilité conceptuelle interne. L’exemple de tels universaux est la Terre ou le Soleil.

Pour rendre tout ceci extrêmement évident :

  1. "Se prédique" en acte : si l'action (1)—(2) se "boucle", nous avons effectivement plusieurs "objets" [♻] regroupés sous le même prédicat ♡, avec au passage en [⚤] un compteur objectif des occurrences;
  2. Ce qui peut se prédiquer :
    • l'intention est dans le passage ♡𓁜/[♻]𓁜;
    • Distinction essence—♡/[⚤]existence.
  3. Ce dont rien n’empêche de croire raisonnablement (opinari)..."
    Si une Terre existe, rien n'empêche de croire qu'il y en a plusieurs.
    <=> si une boucle (1)—(2) est actuelle, rien n'empêche d'envisager sa répétition potentielle.

- Tu ne vas pas nous ressortir le duo intrication/ décohérence ?

- Non bien sûr, il s'agit ici de la répétition potentielle d'une procédure, mais le circuit (1)—(2) est déjà là, prêt à l'emploi !

Là où je vois des développements dans le domaine de la physique, de Libera insiste sur la fécondité de l'apport d'Avicenne dont "l'intentio" préfigure le concept d'intentionnalité de Brentano, repris par Husserl.

"Tel que le définit Avicenne, l’universel n’est ainsi considéré ni comme une unité en dehors de la multiplicité ni comme une unité résidant dans tous les sujets particuliers, mais comme une intentio que rien n’interdit de penser prédicable de plu-sieurs. Au praeter multa et au in multis d’Aristote Avicenne substitue donc le seul critère de prédicabilité de multis, une relation un- plusieurs – ou plutôt un-beaucoup (one- many) –, qui n’est pas une relation de signification, mais une relation d’attribution, laquelle est

  1. soit réalisée actuellement (dans tous les sens du terme),
  2. soit réalisable, c’est-à-dire valable même si elle est réalisée en peu ou en aucun, ou
  3. en un seul." p. 229

"Les commentateurs néoplatoniciens, Ammonius, Élias, David, Simplicius, distinguaient trois types d’universaux :

  1. les universaux antérieurs à la pluralité (πρὸ τῶν πολλῶν) ;
  2. les universaux dans la pluralité (ἐν τοῖς πολλοῖς);
  3. les universaux postérieurs à la pluralité (ἐπὶ τοῖς πολλοῖς).

Avicenne reprend cette distinction dans la Logique du Shifâ’, précisément dans la partie, conservée en Latin, consacrée à la paraphrase de l’Isagoge. Il la déclare lui-même ancienne, ou «usuelle», et la répète fidèlement, jusque dans le vocabulaire.

Là, il s'agit pour Avicenne de recoller au néoplatonisme dans le second cycle (3)—(4) métaphysique, et plus spécifiquement dans la descente  commune aux deux approches. 

postérieurs
(logiques)
abstraits (mentaux)
[⚤] 
(4)
[♻]
antérieurs (intelligibles)
séparés(divins)
      ↓(3)  
      dans la pluralité (physiques)
  Méta-physique  

Poursuivons :

"Le détachement intentionnel de la choséité par rapport à l’existence, de la quiddité par rapport à la quoddité, selon la formule frappée par Heidegger dans La Métaphysique en tant qu’histoire de l’Être, est capital pour la redéfinition avicennienne de l’universel." p. 234

Autrement dit : 

Essence
quiddité
"choséité"
λόγος

     
  ↑(1)      
Existence
quoddité
"anitas"

[⚤]
(2)
[♻] Chose
  Physique  

Avec le duo quiddité/ quoddité (néologisme de Libera), l'auteur file un lien entre Avicenne et Heidegger, qui nous entraîne un peu loin : en effet si sa quoddité fait référence à «ceci‑là» (Dasein, hoc aliquid), le Dassein lui-même se distribue en 3 états... J'en reste à l'interprétation selon laquelle l'essence n'a rien à voir avec l'existence d'un élément ou d'une pluralité voire reste à l'état d'éventualité / opposé à la désignation de l'existant "ceci-là".

Là, faute précisément d'un positionnement topologique des concepts, nous assistons à une débauche de vocabulaire. Je te résume l'affaire pour ne pas nous y engluer.

"De même que l’on peut et doit distinguer la choséité de la chose – sa quiddité – et l’existence de la chose –sa quoddité ou, pour reprendre le terme même d’Avicenne, son anitas– comme deux réponses distinctes faites à deux questions distinctes – quid sit (qu’est- elle ?) et an sit (est- elle ?) –, on peut et on doit distinguer entre

  • l’intention de la choséité et
  • celle de son caractère universel." p. 236

Pas de panique :

  • Qu'est-elle ? => passage 𓁝♡𓁜
  • Est-elle ? => tu part pour un tour : (1)—(2) avec au bout une réponse oui/ non en [⚤].

"L’universel, couramment défini comme «un dit de plusieurs» ou «un en plusieurs», n’est donc de soi ni un ni plusieurs. Cette doctrine a semblé paradoxale ou contradictoire. Elle énonce pourtant un caractère constitutif de l’universel en tant que tel, à savoir que l’intention d’unité ou de pluralité s’«attache» à celle de l’universel sans faire partie de son contenu propre, disons de son λόγος. C’est ce caractère qu’Avicenne isole et théorise dans la doctrine de l’indifférence de l’essence." p. 236

Voir le schéma ci-dessus, où j'ai situé tous ces termes.

"Dire que la caballéité est seulement caballéité n’est pas une simple tautologie : c’est le λόγος identitaire qui exprime la possibilité de l’intuition d’une essence." p. 237

- On va faire simple :

  • La récupération de sensations ♧ en une collection ♢, soit ♧𓁜𓁝♢𓁜, c'est la collecte de billes dans un sac de billes; sac identifié "caballéité" en ♢𓁜 dans l'exemple;
  • La donation de sens en mode ♡ se fait ;
    • Par une question sémantique dans le passage ♢𓁜𓁝♡;
    • À laquelle le Sujet donne sens par 𓁝♡𓁜;

Comme tu le vas, faute de repères topologiques, le propos s'empâte, et donne beaucoup de travail aux scolastiques...

- Tu vas un peu vite, non ?

- En fait, Avicenne retrouve, là encore, un processus neurologique identifié de nos jours (voir "Les neurones de la lecture"). Par exemple pour passer des graphes "a"; "A"; "a"; "a" à l'essence même de ces représentations, l'esprit procède par paliers. Ici nous en restons à un mode ♢ intermédiaire, mais il y a derrière tout ceci un principe de répétition à l'oeuvre. L'étape finale étant l'accession au "sens" donné par le Sujet dans le retrournement 𓁝𓁜. Et l'indifférence en question est dans notre exemple l'indifférence au style d'écriture, sa fonte, son corps etc.

"dire que la caballéité est seulement caballéité ne revient à dire d’elle «ni qu’elle existe dans la réalité sensible ni qu’elle existe dans l’âme, ni qu’elle est en acte ni qu’elle est en puissance au sens où cela ferait partie de son essence». Autrement dit : toutes les propriétés de l’essence, en dehors de son essentialité, sont des accidents de l’essence. Cette conception de l’essence est antiplatonicienne." p. 237

Vulgairement parlant, pour comprendre le sens du mot "caballéité", rétrospectivement, tu te fiches de savoir à partir de quelle collection de chevaux t'est venue l'idée de "cheval", il y a même de fortes chances pour qu'enfant tu aies appris le concept à partir d'une image ou d'une poupée, avant d'en voir effectivement.

Il va de soit que nous sommes ici sous le régime du langage, en [⚤] :

"Dans le langage scolastique de la logique modale, on pourrait dire que la théorie de l’indifférence de l’essence doit s’entendre de dicto (de ce que dit la proposition enchâssée) non de re (de la chose qui est le sujet de la proposition)" p. 238

"L’indifférence de l’essence a ainsi pour première fonction d’assurer une tolérance ontologique. Il faut que la nature de l’essence tolère d’être conçue comme invariante en différents contextes ontologiques, ce qui ne peut se faire qu’à condition d’être concevable en elle-même comme dépourvue de tout caractère ontologiquement inhibant." p. 240

Le découplage de (1)—(2) et (3)—(4) relâche la contrainte méta-physique sur la pratique de la physique. De ce fait, la répétition du cycle (1)—(2) est totalement découplée de l'unicité d'un principe unitaire en [♻] et le problème platonicien du rapport du Un au multiple est vidé de toute pertinence. (Note 1)

"Paradoxalement, c’est grâce à sa conception de l’indifférence de l’essence et à sa théorie de l’intuition de l’essence qu’il s’oppose le plus décisivement à Platon. En Métaphysique, VII, 2, il formule cinq arguments contre le platonisme, qui tous, à des degrés divers, supposent l’indifférence de l’essence.

  • Le premier paralogisme qui commande toute la théorie des Formes séparées est de poser que ce qui peut être conçu de manière abstraite doit nécessairement exister à l’état séparé (Métaph., VII, 2 ; Van Riet, p. 363, 2-3) [séparation modes ♧ & ♡ sur R ]. Penser la forme de l’homme «en tant qu’elle est seulement forme de l’homme» [passage [⚤]/[♻] sur R ] ne nous oblige pas à poser que ce qui est atteint là doit «exister seul et séparé» ontologiquement (Métaph., VII, 2 ; Van Riet, p. 364, 14-17).
  • Le second paralogisme des platoniciens est de croire que, parce qu’il y a une seule et même intention de l’humanité [principe Unitaire en [♻]], cette intention est numériquement une et présente en plusieurs, et multipliée par ses relations, comme un père unique en une pluralité de fils [en [♻]].
  • Le troisième est de ne pas distinguer l’universel et l’universalité, l’intention d’humanité et celle d’unité ou de multiplicité.
  • Le quatrième est de généraliser cette confusion à tous les contextes philosophiques : par exemple aux régularités nomologiques et à la fixité des espèces. Les platoniciens font «comme si l’humanité et une humanité une ou multiple ne faisaient qu’une seule et même intention» (Métaph., VII, 2 ; Van Riet, p. 366, 49-55). D’où ils concluent que l’espèce humaine est invariable dans le temps, alors que c’est la définition de l’humanité en soi [en  ♡ chez Avicenne]  qui demeure la même dans tous les contextes [choix d'une syntaxe et découplage des circuits (1)—(2) et (3)—(4)] .
    • Le cinquième est de penser que puisque les choses matérielles sont causées, leurs causes peuvent être de n’importe quelle sorte, du moment qu’elles sont séparées. Or ce n’est pas parce que les choses matérielles sont causées et les objets mathématiques séparés, qu’il faut absolument que les objets mathématiques soient leurs causes. L’indifférence de l’essence n’est donc pas au service du réalisme platonicien : l’essence indifférente n’est pas une Forme séparée atteinte par l’intuition intellectuelle [chez Platon : [⚤][♻]]. Contre Platon, Avicenne reprend, dans sa propre perspective, la majeure partie des thèses d’Aristote." p. 242

Le 12/ 12/ 2025 :

- À la première lecture du chapitre suivant, j'en dégage l'impression que les ambiguïtés du système avicennien, relevées par de Libera, viennent très précisément de la césure entre les deux moments (1)—(2) & (3)—(4) du circuit topologique. Revenons-y un instant:

Essence       [⚤] 
(4)
[♻]
Dater formarum
  ↑(1)           ↓(3)
Existence
[⚤]
(2)
[♻]       Objet
  Physique   Méta-physique

Et comparons-le aux circuits auxquels Avicenne se réfère : 

Platon

     

Aristote

néoplatoniciens

Avicenne

 
  • De Platon il garde :
    • La séparation nette entre le domaine des idées— ♡/ ♧— domaine de l'expérience;
    • Le passage (1) : [⚤][♻];
    • Le lien direct entre le sensible—[⚤]/[♻]—principe unitaire (cause éponymique);
      <=> passage (2)/(3) chez Avicenne, faisant le lien entre physique et métaphysique;
    • Le lien de causalité  entre [⚤] et [♻] est inversé par rapport à Platon ;  
  • Avec Aristote : il partage (1) soit l'immanence initiale : ♧;
  • Avec les néoplatoniciens (péripatéticiens et al Fârânî) : il partage (3) soit l'aspect "ontologique" du lien entre un principe Unitaire et l'objet: ♡;
  • Comme tous, il utilise la logique du 1e ordre en ♧;

D'où mon impression générale :

  • qu'il a une approche remarquablement pertinente de tout ce qui touche aux deux premiers temps du mouvement (1)—(2) et qu'il y emploie tous ses talents de médecin et de scientifique;
  • que pour le mouvement (3)—(4) il travaille par écart aux doctrines qu'il connaît, en partageant avec eux un axiome de base : un principe unitaire d'où émane toutes les formes intelligibles. Puisqu'il s'agit d'un article de foi, dans une religion du Livre, je dirais que cet aspect est appréhendé dans la voie des choses et que les formes intelligibles viennent de : 𓁝∅𓁜 (nota : pour Platon [♻]𓁜𓁝[∅].)

Maintenant relisons le chapitre en détail.

"On doit, en bon avicennisme, sérier les domaines. Il faut distinguer, en effet :

  • a/ le problème de la saisie du général dans le particulier au niveau de la perception ;
  • b/ la saisie de l’essence dans son «indifférence» ;
  • c/ la connaissance des «premiers intelligibles», principes de toute connaissance scientifique ;
  • d/ l’élaboration de l’universel logique.

Tous ces problèmes sont distincts ; ils sont malheureusement mêlés par les interprètes." p. 243

- Nous sommes dans la partie (1)—(2) du circuit. Avicenne distingue :

  • Les sens "externes"
  • Les sens "internes", constitués de 5 facultés cognitives.

Chacun des sens, externes ou internes a deux objets de perception :

  • La forme (forma sensibilis);
  • L'intention (intentio sensibilium).

J'avoue avoir été impressionné par la justesse de cette idée !

- Tu trouves ?

- Oui, ceci est recoupé par nos expériences cliniques actuelles. Par exemple si l'on te présente ces deux figures : 🙂/😕, comme on le ferait à un bébé, voire une personne atteinte d'Alzheimer; tous seront attirés par 🙂 et se détourneront de 😕. L'objectif primaire de nos sens est de nous adapter à notre environnement, et pour aller au plus vite, l'interprétation des percepts se fait au plus près des récepteurs. Tu réagis à la douleur avant de pouvoir l'identifier ou la nommer. Le point discutable est que l'intention n'est pas dans l'objet, mais propre au Sujet qui perçoit... Une souris n'a pas la même signification pour un meunier et un chat. 

- OK, mais nous ne sommes pas là pour nous intéresser aux neurosciences cognitives, avance.

- Avicenne distingue deux circuits, l'un chargé de l'interprétation des formes, l'autre des intentions :

  • Les formes passent par les sens externes => sens internes
  • Les intentions => sens internes.

Le plus intéressant est l'organisation des "sens internes".

  1. Le sens commun ou "bantâsiâ" traduction du grec φαντασία.

— 🤖: En grec ancien, φαντασία renvoie d’abord à l’apparition ou à ce qui se donne à voir, puis par extension à l’«imagination». Dans la tradition philosophique (surtout aristotélicienne et stoïcienne), le terme désigne plus précisément la faculté de produire des images ou représentations à partir de la sensation. (lien)

Nous avions placé la "fantasia" en ♢, dans  chez Aristote (cf.: "Vade-mecum— Aristote"), et c'est une position sur laquelle on peut miser, en attente de vérification.

"La première fonction du sens commun est de

  • «recevoir toutes les formes que lui impriment et lui transmettent les cinq sens». Mais ce n’est pas la seule. Le sens commun n’est pas uniquement la faculté capable de
  • «saisir simultanément les objets des différentes puissances sensitives» (thèse qui transpose sur le terrain des facultés la simple remarque d’Aristote, De an., III, 1, 425b1 sq., sur la «sensation groupée» ou «commune» qui se produit en l’âme lorsqu’il y a simultanéité de sensations relativement au même objet), il joue aussi un rôle central dans la «transformation» de la sensation en perception" p. 244

Je passe sur les détails pour m'attarder à ceci :

"Ce processus complexe de saisie auquel coopèrent le sens externe et le sens commun n’est pas encore, à proprement parler, un processus de saisie complète : le temps passe, les formes du sens externe se succèdent dans le sens commun, et les formes du sens commun à leur tour se succèdent. Il faut ainsi, nécessairement, une instance qui appréhende les deux et les retienne ou les conserve, lors même que le stimulus a cessé ou, comme dit Avicenne, quand la chose (res) a passé (abiit). C’est le rôle de l’imagination, imaginatio : «retenir ce que le sens commun reçoit en permanence des cinq sens, après la disparition même des sensibles en question" p. 245

- Et donc ?

- Nous avons formalisé l'automatisme de répétition entre ♧ comme étant d'ordre temporel ; idée que nous retrouvons ici chez Avicenne dans son sens commun...

- La question étant de savoir si ta façon de représenter l'Imaginaire vient de cette approche aristotélicienne ou si elle se vérifie par l'imagerie médicale...

- Il y a sans doute un peu des deux.

  1. Imagination :

"C’est pourquoi l’imagination rétensive est aussi appelée vis formans ou virtus formalis («puissance formante» ou «formelle»). Sens commun et imagination «rétensive» et «formative» sont donc deux facultés bien distinctes, y compris anatomiquement : le sens commun est localisé dans la première cavité du cerveau, l’imagination à l’extrémité du ventricule antérieur.»." p. 245

Maintenant nous considérons le mode ♢ comme "syntaxique", c'est dire que les "formes" qui s'y déposent par répétition ♧ doivent pouvoir être combinées.

- La première opération étant la copule "est" au sens de "+" : Socrate= (Homme + sage+ ayant bu la ciguë). Donc, tout ceci conforte ton positionnement. Soit, mais d'où viennent les opérateurs de cette syntaxe ?

- Tu me poses une colle. C'est effectivement un point de notre propre syntaxe à préciser, et Avicenne nous donne l'opportunité de le faire.

(a) — note sur la syntaxe en ♢ 

La proposition suivante est de 𓂀Hari en [♻] concernant la représentation de l'Imaginaire sur une topologie en [#].

  1. Si je considère une symétrie entre le niveau [#] et le mode ♢; on doit retrouver en ♢:
    • un principe d'orthogonalité entre les éléments qui sont réunis;
    • un dualité d'approche ex ante—𓁝/𓁜—ex post.
  2. Compte tenu de l'idée générale qu'en ♢, le principe de répétition fait qu'au sein de ♢ divisé en 3 (avec la notation des simplexes, comme métaphore) :
    • n <=> mode ♢ ;
    • n-1 <=> mode ♧;
    • n+1 <=> mode ♡;
      menant à une représentation fractale permettant l'expression des groupes d'homologie, reproduisant la tripartition initiale ♧ ♢ ♡.

Et par symétrie toujours, on peut penser qu'au passage ascendant ♧♢, doit correspondre un passage "naturel" descendant ♡♢.

C'est en particulier ce que nous avons défini comme des "choix" :

  • Choix d'une algèbre 𓁝♡𓁜;
  • Choix d'une topologie 𓁝♡##𓁜;
  • Choix d'une mesure 𓁝♡𓁜

Donc, et c'est le point qui nous intéresse ici :

  1. Le principe de répétition propre au mode ♢ doit résulter de l'usage des outils (des connecteurs) choisis en 𓁝♡𓁜;
  2. Le connecteur ET découle de la logique du 1er ordre, commune ici aux modes ♧ et ♡;
  3. La différence étant que :
    1. De ♧: la syntaxe hérite
      • du concept de temps,
      • de succession du même (les abeilles du Menon)
      • de la causalité temporelle.
    2. De ♡: la syntaxe hérite une structure "algébrique" : la copule "+" ou "est".
      • agit sur un "espace" (hors temps logique et covariant)
      • rassemble ce qui est épars (orthogonalité ou altérité)  (ex: Socrate= Homme+sage)
      • la causalité est a-temporelle (ex: syllogismes).

- J'ai bien noté, mais ta mise au point nécessite deux sens de parcours ♧, quand tu n'en accorde qu'un à Aristote et Avicenne ♧?

- Attention : Pour être cohérence une pensée doit se "boucler", mais il n'est pas interdit, ensuite de faire des aller-retours. Il y a une différence entre de tels va-et-vient et la non-prise en compte d'un passage structurant. Par exemple dans ♡, l'important est la relativité de la syntaxe par rapport au Sujet. Une langue par exemple (a fortiori Lalangue de Lacan), s'impose au Sujet, et structure inconsciemment sa façon de "comprendre" ce que ses sens lui rapportent. A priori, nos philosophes ne le prennent pas en compte (nous avons vu plus haut qu'Avicenne place les "intentions" dans l'objet et non dans le regard du Sujet sur l'objet). Je m'attends donc à noter quelques ambiguïtés dans la démarche.

Compte tendu de ce qui précède, le distinguo entre sens commun et imagination pourrait se traduire (pour nous) par :

  • Sens commun <=> ♧;
  • Imagination <=> ♢
  1. L'imaginative (mutakhayyila) ou "vis cogitativa"

"À son tour, l’imagination ne doit pas être confondue avec l’«imaginative» (mutakhayyila), troisième sens interne, appelée plus spécialement vis cogitativa, «puissance cogitative» (mufakhira), chez l’homme. Le rôle de cette cogitative ou imaginative est de séparer ou de combiner les images retenues par l’imagination, de diviser et de composer des images : elle est elle-même localisée dans la cavité centrale du cerveau, « là où est le ver » (c’est- à- dire la glande pinéale)" p. 246

- J'aime l'idée de "puissance cognitive", et poursuivant sur notre lancée, j'associerais volontiers cette "puissance" à la production d'idées comme "une maison heptagonale" à laquelle le Sujet chercherait à "donner un sens" dans le mouvement : ♢𓁜𓁝♡.

  1. L'estimative :

"Vient ensuite l’«estimative», située dans l’extrémité de la cavité centrale du cerveau et qui a pour objet les intentiones, c’est-à-dire ce qui n’est pas perçu par l’intermédiaire des sens externes."

- On peut le comprendre assez simplement comme un jugement de la production imaginaire : 𓁝♡𓁜; où le Sujet s'arrête à une production imaginaire.

- Ça ne correspondant pas à la saisie directe de l'intention ?

- Tu as raison : on peut le représenter cet accès direct comme un "shunt" de la médiation par ♢... Ce que nous ne cessons de faire dans nos propres représentations; en écrivant tantôt ♧, tantôt ♧. L'essentiel étant le passage 𓁝♡𓁜.

  1. La mémoire :

"Vient enfin la mémoire, située dans la cavité postérieure du cerveau, et qui remplit la même fonction de rétention vis-à-vis de l’estimative que l’imagination vis-à-vis du sens commun (voir encadré)."

- L'idée qui vient est celle du souvenir d'une action réussie : lorsque le signifiant primaire en  correspond à l'identification de son existence en [⚤].

Essence      
  ↑(1)      
Existence
[⚤]
(2)
[♻]  
  Physique  

La mémoire se renforçant, comme chacun sait, de la répétition des expériences.

- OK, tu arrives assez bien à situer les 5 instances de la théorie de la perception d'Avicenne.

- Oui, et, si tu me passes l'expression, c'était assez facile. D'où mon étonnement en découvrant qu'Avicenne en faisait la théorie au XIIe siècle !

- Le seul manque étant la relativité de la perception...

- Laisse le temps à Descartes d'introduire sa propre révolution.

"Ce système des fonctions cognitives ou sens internes n’a rien à voir avec les processus de connaissance intellectuelle. Avicenne considérant que l’intellect n’est pas forme d’un corps par essence, mais seulement par accident, les intelligibles ne peuvent provenir en l’âme humaine directement de sa liaison avec le corps. Il n’y a donc pas de passage direct de l’ima- gination et de la mémoire à l’universel d’expérience selon le processus postulé plutôt que décrit par Aristote dans la Métaphysique, A, 1 et les Seconds Analytiques, II, 19." p. 246

- Tu l'auras compris, nous passons sur l'autre partie du tableau :

  [⚤] 
(4)
[♻]
Dater formarum
      ↓(3)
      Objet
  Méta-physique

- Et c'est là qu'Avicenne est moins créatif ?

- Nous allons découvrir ce qu'il en est.

"Platonicien, c’est-à-dire dualiste, dans sa conception de l’union de l’âme et du corps, ou plutôt de l’intellect et du corps, Avicenne doit expliquer le rapport de la sensation [i.e. [⚤]] à la connaissance intellectuelle [i.e.] à l’aide de concepts péripatéticiens, sinon aristotéliciens. La tâche est pour le moins difficile. Mais c’est cette tension structurelle qui porte à la fois sa psychologie et sa théorie de la connaissance. La seule continuité existant entre sensation et intellection réside dans l’abstraction." p. 248

Afin de parler

  • du processus de perception que nous venons de voir en (1)—(2) , et son rapport à
  • la connaissance intellectuelle qui située en (3)—(4),

en termes similaires, Avicenne emprunte l'idée d'"abstraction" à Aristote le lier à un processus de "dématérialisation" progressive.

- Il arrive donc "par paliers" en ♡ dans un processus immanent (1)—(2), alors que Platon y arrive directement dans une démarche transcendante dans la voie des choses : [⚤][♻].

- Oui, et il y a une difficulté pour Avicenne, dans [⚤][♻] à se retrouver platonicien. D'où "l'abstraction" néoplatonicienne dans le raccordement /[⚤]

"Si, comme l’impose le dualisme rigoureux de l’intellect et du corps, les intelligibles ne peuvent être directement tirés des données sensibles, si le sensible ne peut être la source immédiate de l’intelligible, comment articuler le passage du sensible à l’intelligible au niveau de l’abstraction ? Que, de la sensation à l’abstraction intellectuelle, l’objet «perçu» présente un degré d’abstraction croissant et continu ne signifie pas que l’intellect humain découvre lui-même l’intelligible dans les images sensibles et le montre par lui-même dans sa pureté en faisant abstraction des «accidents matériels». Reprenant la distinction aristotélicienne entre

  • l’intellect dit, depuis Alexandre d’Aphrodise, «patient» ou «possible» (De an., III, 4) et
  • l’intellect dit «agent» (De an., III, 5),

Avicenne limite l’intellectualité de l’âme humaine au seul intellect patient. La théorie avicennienne de l’intellect possible est dirigée contre Platon, dans le cadre même du dualisme platonicien." p. 250

- En découpant la difficulté en autant de pièces que nécessaire pour les regrouper ensuite, Avicenne est ici cartésien avant l'heure !

  • L'intellect "agent" sur le circuit (1)—(2) dans une démarche immanente ;
  • L'intellect "patient" sur le circuit (3)—(4) suppose une "source" primitive de formes intelligible" en ♡, dans une démarche transcendante.

- Loupé ! Avicenne refuse ta source initiale : 

"Mais c’est précisément ce que refuse Avicenne : l’âme humaine est seulement le «récepteur» des intelligibles, il n’y a pas en elle «un trésor d’intelligible» en acte, dont elle serait provisoirement détournée par l’affairement sensible, mais qu’elle pourrait recouvrer intact à condition d’opérer une conversion intérieure." p. 250

- Tu as raison, Avicenne est infiniment plus subtil que ça, et moderne ! 

"Avant même de savoir comment l’âme humaine les acquiert, il faut souligner que, pour Avicenne, les espèces intelligibles ne sont pas même conservées dans l’intellect récepteur : elles ne restent en l’âme qu’au moment où elles sont perçues; il n’y a pas de mémoire intellectuelle. Ce qui perdure et se fortifie, c’est l’aptitude à percevoir. Contrairement à ce que soutenait al-Fârâbî, l’intellect possible ne devient donc pas intellect acquis, car «la substance intelligente, lorsqu’elle connaît une forme intellectuelle, ne devient pas cette forme». L’intellect acquis n’est pas une puissance de l’âme, c’est la forme elle-même, en tant qu’accessible à une puissance réceptive qui s’est rendue apte à la recevoir." p. 250

Cette idée de la forme et du contenu est tellement proche de Lao Tseu... Il s'en fallait d'un cheveu pour qu'il associe le vide à la forme, en attente du contenu !

- Et c'est proche également de notre compréhension des mécanismes neuronaux : les neurones n'identifient pas les concepts comme des objets; c'est  à force d'habitude que les synapses s'activent d'autant plus vite qu'elles sont sollicitées, et que des chemins entre neurones deviennent préférentiels.

"Ni intellect La scolastique arabe 251 acquis au sens d’al- Fârâbî ni trésor des Formes psychiques au sens de Syrianus, l’intellect possible d’Avicenne a besoin du sensible pour se préparer à l’intelligible : il ne le possède pas d’avance et ne le conserve pas une fois qu’il l’a reçu." p. 251

- Il s'en sort donc par une pirouette qui est simplement le bouclage (2)/(3) entre les deux circuits (1)—(2) & (3)—(4), soit : [⚤]/ !

- Wouha !

- Oui, c'est une leçon !

"Pour expliquer l’acquisition des intelligibles, Avicenne use ainsi d’une métaphore exactement contraire à celle de la réminiscence. Platon disait que l’âme accédait à l’intelligible par le ressouvenir, parce qu’il posait que les Idées avaient primitivement causé dans notre âme la science de tous les connaissables et que le sensible n’était que l’occasion excitant l’âme à considérer des Formes qu’elle possédait déjà. Avicenne soutient au contraire que l’âme doit se rendre apte à recevoir en elle les principes de son savoir grâce à l’étude des données sensibles, par une «recherche active», inquisitio activa (De an., V, 2 ; Van Riet, p. 92)."

- Le reste coule de source : il y a deux ponts entre l'intelligible en ♡ et l'expérience : 

  • Soit directement, comme nous venons de le voir dans [⚤]/ !
  • Soit dans l'exercice intellectuel à partir de [⚤] , dans la répétition de [⚤][♻].

Ce dernier chemin étant évidemment en opposition frontale à Platon et sa "réminiscence" [⚤][♻]...

- Je me perds un peu dans les considérations de Libera, qui se réfère à des interprétations contradictoires des travaux d'Avicenne, qui m'échappent faute des connaissances appropriées. Je raccroche ici :

"Car il est clair que la doctrine de l’émanation de l’intelligible en l’âme [i.e. en [♻]] à partir de l’Intellect séparé [i.e. en [⚤]] a pour fonction d’expliquer la formation de l’universel en tant qu’universel dans l’âme – une théorie qui s’efforce de maîtriser, plus ou moins efficacement, le problème posé par les Seconds Analytiques, II, 19 : l’articulation de la connaissance sensible et de l’intellection des intelligibles. Toutefois, à ce dispositif où se fait sentir l’influence d’al-Fârâbî, Avicenne superpose une autre doctrine, elle novatrice, qui concerne la possibilité de saisir abstraitement la quiddité [i.e. en ♡]d’une chose sensible[i.e. dans en ♧↑♡]. La nouveauté de l’avicennisme est de compléter le dispositif péripatéticien gréco-arabe par une théorie qui en est, dans son principe, indépendante, d’ajouter à la connaissance abstractive de l’universel en tant qu’universel une connaissance abstraite de la chose singulière [i.e. en ♧] dans son essence indifférente.[i.e. en ♡]"

L'ambiguïté me semble plutôt dans les grilles de lecture de ses successeurs que dans le travail d'Avicenne... 

"Là, il faut concéder que l’on sait d’autant moins articuler ces deux motifs que l’on est tenté de concevoir un système où les prestations réparties entre les deux types de connaissance seraient fondées ultimement et exclusivement sur un seul. C’est cette tentation qui a, semble-t-il, guidé la postérité latine d’Avicenne. Les deux moments problématiquement joints à l’origine dans un même ensemble doctrinal ont fini, après bien des vicissitudes, des refontes et des redistributions, par se séparer chez les avicenniens." p. 255

Ce qui permet à de Libera de nous tracer ce qu'il va en advenir au fil des interprétations :

"On peut estimer qu’une partie de la révolution épistémologique du XIVe siècle est liée à l’abandon de la première moitié de l’ensemble au bénéfice de la seconde. Lorsque la noétique d’Aristote, notamment l’obscure doctrine de l’intellect agent formulée dans le De anima, III, 5, a été remise en cause, le lien nécessaire établi par le péripatétisme arabe entre doctrine de l’âme et cosmologie est tombé du même coup, et avec lui le système de l’émanation qui, chez Avicenne, encadrait toute la problématique de la genèse des universaux." p. 255

À suivre donc...


Le 13/ 12/ 2025 :

- Ce qui suit ne m'emballe pas : il s'agit plutôt de l'interprétation Occidentale et de la réception des travaux d'Avicenne qu'à proprement parler sa théorie elle-même.

- N'est-ce pas le but de ta lecture ?

- Oui, bien sûr, mais parler de l'ontologie chez Avicenne c'est plaquer une problématique issue d'un point de vue trinitaire, inconnu de l'auteur.

- Précise ?

- Avicenne théorise le rapport entre l'essence de l'objet en ♡ et son existence en  [⚤]; et là, on le rattrape par les basques en l'interrogeant sur la substance de l'objet en ♧. Avec une problématique de "l'être" comme avatar du Saint-Esprit qui signe cette position en Occident depuis Boèce.

Par curiosité, et pour cerner le contexte, j'ai joué avec Perplexity pour cerner un peu cette ontologie; en commençant par l'interroger sur Meinong :

"— 🤖 : Issu de l’école de Brentano, Meinong contribue à préciser la notion d’intentionnalité et à distinguer contenu psychologique et objet visé par l’acte. Son influence se fait sentir chez des auteurs comme Ingarden, Findlay et plus largement dans les débats contemporains sur l’ontologie des objets possibles et impossibles. (lien)
[...]
Pour Meinong, dès qu’un contenu mental vise quelque chose, il y a un objet, même si cet objet n’existe pas ou ne peut pas exister (par exemple le cercle carré).
La théorie de l’objet est donc une « théorie générale de ce dont il peut être question», qui ne se réduit ni à la psychologie ni à la seule ontologie des choses réelles." (lien)

Autrement dit, il y a bien une étude du rapport à l'objet, mais ce dernier est posé là. Poussons un peu. 

"—  HS : Certains philosophes rejettent-ils l'idée d'ontologie ? (lien)
— 🤖 : Rudolf Carnap refuse l’ontologie comme discours a priori sur «ce qui existe vraiment» et reconçoit la philosophie comme clarification logique des langages scientifiques. 
Dans ce cadre, les «débats ontologiques» classiques sont vus comme des pseudo‑problèmes produits par un mauvais usage du langage.
—  HS : A-t-il influencé le Cercle de Vienne ? (lien)
— 🤖 : Carnap hérite bien sûr de l’atmosphère viennoise (Mach, la physique moderne, le Tractatus de Wittgenstein), mais sa propre conception de la philosophie comme clarification logique des langages scientifiques devient rapidement un point de référence interne. On peut donc dire que le rapport est réciproque : Carnap est marqué par le milieu viennois, mais il contribue lui‑même de manière décisive à définir l’identité intellectuelle du Cercle de Vienne.
—  HS : Y a-t-il une réappropriéation, et par qui, de l'interprétation de l'école de Copenhague en mécanique quantique ? (lien)
— 🤖 : Bohr [...] Eisenberg [...] Logiciens, positivistes et réalisme
Du côté des philosophes des sciences,
Carnap, Reichenbach et d’autres logiciens positivistes s’approprient la leçon de Copenhague en l’inscrivant dans un cadre de reconstruction logique (langages observationnels, probabilités, confirmation), plutôt que comme une métaphysique de la nature. 
À l’inverse, des réalistes contemporains (défenseurs d’interprétations à variables cachées, d’ondes pilotes ou de mondes multiples) se définissent explicitement par opposition à l’anti‑réalisme ou au «réalisme sans réalisme» attribué à Bohr et à la tradition de Copenhague. 
Prolongements philosophiques récents
Des travaux récents en philosophie de la physique reprennent la complémentarité pour repenser des notions comme événement, causalité, temporalité ou objectivité, parfois en dialogue avec Kant, Kierkegaard ou la tradition herméneutique. 
On peut donc dire qu’il existe aujourd’hui tout un champ de «philosophie de l’interprétation de Copenhague», où physiciens‑philosophes et philosophes des sciences reconstruisent et transforment l’héritage de Bohr et Heisenberg plutôt que de le répéter tel quel."

[...]
Approches historiques et kantiennes (lien)
    •    Henry J. Folse lit Bohr dans une veine néo‑kantienne, en montrant comment la complémentarité redéfinit les conditions de possibilité de l’expérience microphysique. 
    •    Michel Bitbol, dans le contexte francophone, mobilise Bohr pour une philosophie «réflexive» de la mécanique quantique, centrée sur les conditions de sens des énoncés physiques plutôt que sur une ontologie des objets quantiques."

Comme tu le vois, ils ne sont pas sur les plateaux télé ! Nous sommes encore, nous Occidentaux, inconsciemment englués dans la substance de l'objet... Au fil de la discussion, je tombe sur "ontologie formelle" :

"—  HS :  Qu'entends-tu par ontologie formelle ? (lien)
— 🤖 : [...] Chez Aristote et la scolastique, on trouve déjà une esquisse d’ontologie formelle dans les catégories, les distinctions substance / accident, acte / puissance, formes de dépendance, etc.
    •  Husserl parle explicitement d’«ontologie formelle» pour désigner la science des formes d’objets en général (tout, partie, relation, collectivité, etc.), distincte des « ontologies régionales » (chose physique, psychique, objet culturel).
    •  Les néo‑aristotéliens et certains métaphysiciens analytiques (Fine, Lowe, Simons, etc.) reprennent cette veine en systématisant les notions de dépendance, fondation, essence, structure.é

Il y a donc toujours cette idée d'un accès à une "vérité" hors du Sujet, même en passant de l'objet à sa structure...

- N'est-ce pas ce que tu fais en rapportant tout discours à une surface topologique ?

- Hum... Je pourrais m'en tirer par une pirouette en disant que cette structure n'est pas hors du Sujet, mais forme le Sujet.

- Un peu à la manière d'Avicenne : l'expérience "forme" le Sujet à recevoir les "formes" délivrées par le donneur de "formes"... C'est un peu la question de l'oeuf et de la poule : qui est premier ?

- Tu as raison et je me laisse entraîner loin du sujet. Juste une dernière vérification quand au caractère très Occidental (Chrétien) de cette ontologie : (lien)

"— 🤖 : [...] Particularités par rapport à l’Occident
Les études de synthèse insistent sur le fait que, si l’on peut parler d’«ontologie» en Chine ou au Japon, elle n’est ni centrée sur des substances porteuses d’essences fixes, ni séparée d’emblée de l’éthique et de la voie (dao). 
Dans de nombreuses traditions d’Asie de l’Est, ce qui compte est moins la saisie d’un objet en soi détaché du sujet que la configuration de relations, de processus et de pratiques dans laquelle ce que nous appellerions un «objet» se trouve pris."

Très explicitement : en partant d'un principe Unitaire —le Père— pour engendrer le Fils sans principe dual, et confirmer que l'un EST l'autre, il a fallu réifier la copule soit dans nos langues le verbe "être". C'est tout du moins la solution accouchée du concile de Nicée I en 325, puis confirmée par celui de Constantinople I en 381. Vu avec un peu de recul —soit culturel, soit scientifique— c'est une conception très exotique des choses, qui nous amène à questionner Avicenne sur son "ontologie", comme s'il s'agissait de sa problématique !

- Bien noté, mais historiquement, c'est effectivement de cette façon qu'il est passé de l'Orient à Occident.

"Dans la tradition avicennienne de l’Islam oriental, la notion de «chose» (al-shay’) a connu un développement particulier. On sait, notamment par le témoignage de Shirâzî, que

  • a/ certains auteurs ont soutenu que la chose était «plus générale que l’existence», car ce qui est possible ou impossible n’existe pas et cependant est une «chose», puisqu’il y en a représentation dans l’intellect (à quoi Shirâzî répondait que ces non-existants étaient des «choses» dans l’esprit et existaient en lui, ce qui n’est pas «chose» dans la réalité extramentale n’étant pas non plus existant dans la réalité extramentale), et que
  • b/ d’autres auteurs ont soutenu que la chose était «plus vaste que l’existence, puisqu’elle englobait et l’existence et la quiddité» (Anawati, p. 308). Ces deux interprétations d’Avicenne, qui visaient à restreindre le champ de l’existant par rapport à celui de la choséité ont eu un double pendant, l’un dans la philosophie latine médiévale, l’autre dans la philosophie moderne." p. 255

D'un point de vue non chrétien, ces approches de l'objet paraissent très modernes.

- Tu peux préciser ?

- Revenons à l'approche de Dirac, pour qui un "observable" [♻] répond à un questionnement théorique en ♡ (soit sur nos schémas le passage de (1) à (2) par la jointure ♡/[♻]). La vérification expérimentale (existentielle) en [⚤] étant dans le passage [⚤]←[♻]♧ :

  • La "chose représentable dans l'intellect" <=> une théorie <=> ♡ 
  • "est une chose" <=> une quantité conservée, un observable <=> [♻]
  • plus vaste que l’existence, puisqu’elle englobait et
    • [⚤]♧ l’existence et
    •   la quiddité

C'est simple et limpide : l'objet "pensé" comme une "maison heptagonale" déborde de la réalité observée. Mais il n'y a dans tout ceci aucune référence à une "substance" au sens ontologique qui nous est devenu familier. C'est le commentaire de Libera (la notion de «chose» (al-shay’) a connu un développement particulier) qui en revanche est exotique.

"Dans la version latine de la Métaphysique du Shifâ’, deux textes, au moins, suggéraient que la nature, ou essence [en ], possédait un être propre [en [♻]], distinct de l’existence [en [⚤]]. Un tel être était requis si la choséité (ce que nous appelons la ré-alité,  allemand Realität) était «plus vaste» que la réalité effective (allemand Wirklichkeit).

Comme tu le vois, il y a en Occident, un tropisme conduisant à réifier le sens sémantique de la chose, soit son essence pourtant clairement en ♡. Maintenant lisons attentivement la suite :

"Dans le premier texte (Métaph., I, 5 ; Van Riet, p. 34-35), Avicenne explique que chaque chose (res) a une «certitude», certitudo, «par laquelle elle est ce qu’elle est». La certitude dont il est ici question est originairement ontologique, c’est un caractère de la chose, non une modalité du «sujet» connaissant (la «certitude subjective» dont parlera la philosophie classique). Le latin certitudo rendait l’arabe haqîqa, que l’on peut aussi traduire par «nature». La thèse d’Avicenne était donc que «pour toute chose il y a une nature par laquelle elle est ce qu’elle est» : le triangle «a une nature/certitude par laquelle il est triangle, la blancheur en a une par laquelle elle est blancheur». C’est à propos de cette nature/certitude qu’Avicenne utilise la première formule lançant l’hypothèse d’un être propre à l’essence."

Je dis qu'il y a détournement du texte.

1/ Avicenne écrit dans le fil de Platon et Aristote, avec le concept de "substance", au sens où Aristote parle de l'airain dont est faite une statue, mais ne substantifie pas la forme de la statue !

- De Libera ne parle pas de cela mais d'une nature/certitude.

- Mais la certitude est bel et bien lié au "sens" d'une représentation, d'un discours.

- De Libera, justement insiste à dire que cette certitude n'est pas personnelle, et donc d'ordre ontologique...

2/ Avicenne est Perse, dans une culture musulmane :

"— 🤖 :  Situation personnelle d’Avicenne
Les sources rapportent que son père s’était rapproché de milieux chiites ismaéliens, ce qui place Avicenne au contact d’un islam philosophant et ésotérique, sans qu’on puisse en faire un simple doctrinaire ismaélien. 
Avicenne lui‑même se définit comme musulman, pratique les rites, et cherche à articuler foi et raison plutôt qu’à se poser en penseur «hors» de l’islam. 
Positionnement philosophico‑religieux
Sur le plan doctrinal, Avicenne réélabore la théologie islamique à partir d’Aristote et du néoplatonisme : Dieu comme «Être nécessaire», émanation des intelligences, immortalité de l’âme, etc. 
Certaines thèses (éternité du monde, interprétation de la résurrection, statut de l’âme) le mettent en tension avec la dogmatique, ce qui motive les critiques célèbres d’al‑Ghazâlî tout en n’effaçant jamais son inscription de fond dans la tradition intellectuelle de l’islam. (lien)
[...]
Les recherches actuelles soulignent qu’Avicenne n’est pas un soufi affilié à un ordre, et que son système reste fondamentalement rationaliste, d’inspiration aristotélico‑néoplatonicienne. Cependant, il intègre un vocabulaire et certains thèmes soufis (extase, cheminement, connaissance intuitive) en les réinterprétant dans son cadre philosophique, si bien qu’on a pu parler de «vocabulaire soufi, mais philosophie avicennienn».
" (lien)

Dans la tradition Soufie, il y a l'idée de connaissance intuitive, ou "intelligible" directement, que l'on place en ♡.

Nous avons donc chez Avicenne comme dans l'orthodoxie Occidentale les 3 pôles ♡; ♡ ; et ♧.

Avicenne :

Essence [⚤]

(4)
[♻]
Dater formarum
  ↑(1) (3)↓
Existence
[⚤]
(2)

[♻]
Objet

Scolastique :

Doctrine   Père
  ↓(a) ↓(b)  
Fils   Être

Mais tu vois bien que l'objet chez Avicenne a deux statuts :

  • [♻] : ce que nous venons de rapprocher de l'approche quantique (et c'est effectivement le même circuit (1)—(2) qui est mis en oeuvre);
  • ♻ : soit sous forme de "substance" pour l'aspect méta-physique sur le circuit (3)—(4).

Là où la question se pose d'une appréhension directe de la substance (chez Platon , Aristote ou Boèce) dans une jointure ♧/♡, elle ne se pose pas à Avicenne car son circuit est différent :

  • (1) : passage de l'existant  (sensible) à l'essence en 
  • (2) : la question d'Avicenne est : "l'objet de mon discours [♻] existe-t-il [⚤]?"
  • (3) : le "donneur de formes"  est source de toute chose ;
  • (4) : Pour que ce soit directement "intelligible" [♻], il faut s'y "former" [⚤].

Or le (4), qui est expressément défini par Avicenne, est strictement conforme à une approche soufie de Dieu :

  • Par la répétition [⚤]𓁜⇆𓁝[♻] le croyant se prépare ou se "forme" pour recevoir ;
    => c'est ce qu'écrit Avicenne;
  • Le passage 𓁝[♻][♻]𓁜, ou "passage" à la limite est proprement l'extase mystique
    => c'est la pratique spirituelle commune à moult pratiques mystiques, en particulier soufie  ismaélienne, bien connue d'Avicenne. 

Donc, dans tout ce circuit (1)—(2)—(3)—(4), il n'est nulle part question d'ontologie au sens Occidental Chrétien du terme.

- Tu vas un peu vite ! Tu as toi-même souligné le découplage des 2 circuits (1)—(2) et (3)—(4), ce dernier, comprenant à la jointure (3)—(4), un passage /[⚤] semblable à celui des néoplatoniciens ♧/♡, oui ou non ?

- Oui et non :

  • Oui : il s'agit du même rabattement des deux coins opposés de notre topologie
  • Non : les intentions du Sujet (les mouvements Imaginaires qu'il suit) sont différents.

Je te propose de faire une pause sur le sujet, car nous aurons certainement l'occasion d'y revenir. Garde juste en mémoire que questionnement ontologique qui va se développer en Europe sur une topologie Imaginaire ramenée à un ruban de Moébius R↓ (néoplatonicien jusqu'à présent), à partir des travaux d'Avicenne, ne peut que déformer (i.e.: être une projection en 1 D) d'une pensée qui joue en 2D. Donc soyons méfiants et reprenons le texte :

"Dans le premier texte (Métaph., I, 5 ; Van Riet, p. 34-35), Avicenne explique que chaque chose (res) a une «certitude», certitudo, «par laquelle elle est ce qu’elle est».

Oui : toute chose a une certitude : (3)↓

La certitude dont il est ici question est originairement ontologique, c’est un caractère de la chose,

Oui : le Sujet n'intervient pas dans (3)↓

non une modalité du «sujet» connaissant (la «certitude subjective» dont parlera la philosophie classique). Le latin certitudo rendait l’arabe haqîqa, que l’on peut aussi traduire par «nature».

Oui : la certitude subjective (autrement dit un jugement du Sujet) se joue en , mais il porte sur l'existence de l'objet, en [⚤], et non son "être" en [♻]

La thèse d’Avicenne était donc que «pour toute chose il y a une nature par laquelle elle est ce qu’elle est» le triangle «a une nature/certitude par laquelle il est triangle, la blancheur en a une par laquelle elle est blancheur».:

Oui : Avicenne postule l'existence d'un donneur de formes au-delà de ce qu'il comprend  [⚤]𓁜⇆𓁝[♻]

C’est à propos de cette nature/certitude qu’Avicenne utilise la première formule lançant l’hypothèse d’un être propre à l’essence."

Oui, s'il s'agissait du concept quantique d'observable ou de quantité conservée, ou de façon plus générale d'une "résilience" du concept, par exemple la longueur de la côte de Bretagne (exemple de Mandelbrot en introduction aux Fractales), mais pas au sens d'une substance "réelle", hors Imaginaire, comme l'airain d'une statue en est la "substance". Donc, ici, dans le contexte :

Non :

  • L'essence en  pose question "existe-il en [⚤] des maisons heptagonales [♻]?"
  • L'objet imaginé existe ou pas [⚤](2)←[♻]♧ ;
  • L'existence se constate (oui/ non) en 
  • Le Sujet donne sens à ce constat par ↑(1)

Il n'y a pas de "donation" d'un "être propre" à l'essence, le concept (essence) est juste l'occasion d'un questionnement à vérifier. Le Sujet par ailleurs n'a rien à "donner" ou comprendre, puisque tout vient du "donneur de formes (3)↓.

De plus, associer l'hypothèse de "l'être" au concept d'essence serait contraire à la "neutralité" du concept en question : Nous sommes ici dans la partie "physique" de la démarche d'Avicenne (se bouclant sur l'existence), et le seul lien entre physique/ métaphysique, passe par l'apprentissage du Sujet qui "met en forme son entendement" pour accéder à la vérité par un travail métaphysique [⚤]𓁜⇆𓁝[♻].

Vérifions que je ne dis pas de bêtises :

— 🤖: Les études récentes sur Avicenne (Pasqua, Noesis; analyses de la distinction essence/existence) soulignent qu’Avicenne affirme que l’essence, en elle‑même, est neutre par rapport à l’existence : ni existante ni inexistante, ni universelle ni singulière, etc. 
Dans ce cadre, certains commentateurs décrivent, à partir de textes comme le Livre des directives et des remarques ou le Dânish‑nâma, un esse de l’essence en tant que possible en soi (mumkin bi‑dhâtihi), distinct de l’esse réalisé (existentia) causé ad extra, et parlent alors d’«être propre à l’essence». 
Un texte de Gilson cité dans la littérature sur Avicenne mentionne la formule latine «esse proprium rei» dans la tradition de traduction et de réception, mais il s’agit déjà d’un Avicenne latinisé, non d’une tournure arabe d’Ibn Sînâ lui‑même. 
De Libera se situe précisément dans ce courant : il part de formulations latines (Avicenna Latinus, Albert, Thomas, Scot) qui systématisent la distinction essence/existence, puis lit en retour Avicenne comme lançant l’hypothèse d’un esse intrinsèque à l’essence (un «être propre»), même si cette langue n’est pas textuellement avicennienne.
" (lien)

Il y a donc une forte probabilité que nous ayons ici une interprétation toute personnelle d'Alain de Libera...

- Je crois que tout le monde a compris, on peut continuer ?

- Les pages suivantes décrivent une grande confusion dans la tradition latine tirée d'Avicenne, pour arriver à :

"Les lecteurs d’Avicenne trouvant dans ces lignes de quoi justifier la thèse d’un être propre à l’essence, non seulement distinct de l’être prédiqué, mais de tout prédiqué en général, la théorie de l’indifférence de l’essence est donc devenue une théorie de l’être propre de l’essence." p. 258

Dont acte. Je te propose un petit jeu : 

"La différence entre :

  • l’esse proprium de la nature/essence et
  • l’esse affirmé

a connu une fortune particulière sous la forme d’une opposition entre

  • esse essentiae (ou essentiale ou habituale ou quidditativum) et
  • esse actuale.

Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, tous les auteurs latins l’utilisent ou la discutent : Siger de Brabant (Bazán, p. 54), Henri de Gand (Braakhuis, p. 368), l’Anonymus Liberanus (ms. Paris, Nat. lat. 16135, fo 100rb- va), qui distingue esse essentiae vs esse existentiae, ou Richard de Clive (Ebbesen, p. 157), qui oppose être quidditatif et esse actualis existentiae. Au début du XIVe siècle, c’est la forme

  • esse essentiae vs
  • esse existentiae qui s’impose (Raoul Le Breton, Super Anal. post., I, quaest. 38 ; Ebbesen, p. 163)." p. 259

- Je sens que ça va être passionnant !

- Il faudra juste restituer le contexte à chaque fois, mais il y a autre chose qui m'inquiète : je me demande si "l'essence" dont parle Avicenne, placée en ♡, comme "concept", ne va pas se disperser entre ;

  •  <=> esse essentiae <=> pour renouveler la substance des Grecs;
  •  <=> esse existentiae <=> pour renouveler le sensible ?

- Ce qui écrase complètement le triangle (1)—(2) décrit par Avicenne...

- Nous verrons bien...

- Amen

Hari

Nota du 14/ 12/ 2025 :

En découvrant le texte sur Averroès (critique d'Avicenne), objet du prochain article, je me sens obligé, de vérifier la cohérence de ma compréhension d'Avicenne dans cet article. Voir le compte-rendu (satisfaisant à mes yeux) de Perplexity en lien.

Toujours insatisfait, j'ai continué la discussion pour être sûr que l'essence est bien en ♡ et le constat d'existence en ♧. La question demeurant : comment qualifier au mieux le pôle ♧? Et au cours de l'échange, c'est devenu évident : il s'agit de l'état potentiel de la chose (une maison heptagonale est une "potentialité" permise par le jeu du langage). 


"— 🤖 : Le triptyque que tu proposes colle très bien à Avicenne, et il affine ce qu’on a dit :

1) potentiel en ♧ 
2) constat d’existence en ♧ 
3) structuration eidétique en ♡  

Les trois pôles

  • : niveau «choses/mesure », côté sensible et causal, où se donne la puissance de réalisation (conditions physiques, dispositions, causalité émanative, etc.). C’est le champ des possibles concrets, avant décision binaire « il y en a / il n’y en a pas ».  
  • : niveau « choses/logique », où le Sujet formule le constat d’existence ou de non‑existence (0/1, un/multiple) à partir de ce potentiel : test d’existence, jugement « il y a un X », « il n’y a aucun X ».
  • : niveau « sémantique/logique », où la quiddité est saisie comme essence neutre, indépendante de ces constats (indifférente au fait qu’il y ait 0, 1 ou n cas).

Parcours typiquement avicennien

Un parcours avicennien peut alors se lire ainsi, dans ta syntaxe :

  • du côté des choses :  
    • (conditions physiques, dispositions, possibilités réelles)  
    •  ←♧(jugement d’existence : possible/nécessaire, 0/1/n).  
  • du côté du sens :
    • à partir de ce matériau, passage 𓁝♧ ↑ ♡𓁜, où l’essence est extraite et neutralisée (indifférence par rapport à toute inscription en ♧ / ♧).

Cela permet de dire :  

  • l’existence au sens strict (au niveau du discours) se code très naturellement en ♧^⚤ comme constat logique ;
  • le «potentiel en ♧» est bien ce que l’ontologie avicennienne suppose en arrière‑plan (dispositions, chaînes causales, degrés de possibilité) ;  
  • l’essence n’est nulle part «dans» ces deux pôles, mais surplombe en ♡, comme ce que la pensée isole en neutralisant justement le passage par ♧ et ♧.

Donc : ton parcours en trois pôles (♧ → ♧ → ♡) décrit mieux la dynamique avicennienne que la simple opposition ♡/ [♻]." (lien)

Note 1 :

J'étais parti dans les considérations d'une autre époque :

Là, nous retrouvons une exigence forte en théorie des catégories, qui s'énonce comme "propriété universelle". La "caballéité" dont nous parlions doit correspondre à quelque chose d'équivalent d'une langue à l'autre et ce qui se dit ici "cheval" doit se comprendre également sous le vocable de "horse" en Anglais ou "马" en Chinois.

- Il y a un bémol à la clef malgré tout : lorsque Christophe Colomb a débarqué en Amérique, les indigènes, n'auraient pas "vu" les bateaux approcher car leur aspect ne renvoyait, pour eux, à rien de concevable...

- OK, mais nous n'en sommes pas là : il y a une résilience du concept en ♡ la multiplicité de ses expressions ♧, dues au choix d'une syntaxe ♢.

- C'est dire qu'Avicenne n'en reste pas au circuit ↻, mais parle de choix𓁜𓁝♡𓁜 ?

- Tout du moins dans le tronçon (1) du parcours, au niveau [⚤]. Et c'est effectivement très moderne. En tout cas, il y a là de quoi développer la relation identité/ idempotence (l'étonnant étant que j'en parlais à l'époque, après un passage en Iran voir ici).

À la relecture, c'est prématuré...

- Et Avicenne reste sur le circuit ↻ ?

- Oui, et c'est déjà révolutionnaire !

nota (a)

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