- Je flâne un peu ces temps-ci. J'ai bien préparé le cadre des derniers articles qui clôtureront notre survol du Moyen Âge, mais je m'inquiète déjà de la suite, et j'utilise beaucoup Perplexity pour cadrer le parcours.
- Que cherches-tu ?
- J'ai l'idée à peu près claire d'une réflexion s'étant développée depuis Aristote, dans la voie des mots ⇅, et je voudrais trouver le moment précis de la bascule dans la voie des choses ⇆, ou plus vraisemblablement, d'un parcours complet sur le cross-cap.
- Tu as déjà vu quelque chose d'approchant chez Avicenne, non ? (voir #28)
- Oui, mais aujourd'hui je voudrais prolonger des réflexions qui m'ont permis de prendre conscience de ma connaissance très lacunaire d'Aristote :
Rends-toi compte que j'avais négligé de parler de sa logique, et que dans le "vade-mecum", je ne parlais même pas de sa théorie de l'hylémorphisme (raccrochée en note 25/ 12)
- Cela tient à ton programme : tu te sers de ce livre d'Alain de Libera comme un aveugle de sa canne, il est évident que cela ne peut combler ton manque de culture... Mais tu n'as pas non plus l'ambition de devenir historien de la philosophie, n'est-ce pas ?
- Non, bien sûr, mais j'avance très lentement. Or donc, à partir de Galilée, et en discutant avec l'IA, je remonte à Buridan (que l'on retrouvera bientôt aux côtés d'Occam dans l'article #34 à venir). Il a introduit "l'impetus", qui donnera plus tard la quantité de mouvement, en s'opposant à la théorie aristotélicienne de l’antiperistasis.
- Et c'est ça qui t'énerve: tu découvres les choses au petit bonheur la chance...
- Ben oui. Toujours se méfier des autodidactes !
- D'accord : ton ignorance est ton plus grand ennemi, fais ton acte de contrition et avance.
- Il s'agit de mouvement justement.
— 🤖 : Chez Aristote, la théorie de l’antiperistasis est le dispositif par lequel il explique que le mouvement violent d’un projectile puisse se poursuivre après la séparation d’avec le moteur, sans supposer de force interne durable dans le mobile. Elle fait de l’air (ou du milieu) un moteur relayant l’action initiale, en excluant à la fois le vide et l’inertie. [1][4]
Principe général
Aristote distingue mouvement naturel (vers le «lieu propre» : bas pour le lourd, haut pour le léger) et mouvement violent, produit par un moteur externe et contraire à la tendance naturelle du corps. [4]
Problème : pourquoi la pierre continue-t‑elle à se déplacer après avoir quitté la main ? Aristote refuse l’idée qu’elle se meuve sans moteur et affirme qu’«tout ce qui est en mouvement est mû par quelque chose». [4][9]
Mécanisme de l’antiperistasis
Lorsqu’un corps se déplace, il laisse derrière lui une raréfaction d’air ; le milieu environnant afflue alors pour combler cet espace, et ce mouvement de l’air venant de l’arrière pousse à son tour le projectile vers l’avant : c’est le mouvement par antiperistasis. [1][5]
Le mouvement apparent continu du projectile est donc, pour Aristote, une succession extrêmement rapide de «reprises» de l’action motrice par l’air, et non la persistance d’un état de mouvement appartenant au corps lui-même. [4][8]
Enjeux conceptuels
L’antiperistasis permet à Aristote de maintenir deux thèses centrales :
impossibilité du vide (l’air doit combler immédiatement tout «vide» créé par le déplacement) et
nécessité d’un moteur en acte tant que dure le mouvement. [4]
C’est précisément ce schème – l’air comme moteur relais plutôt que résistance, et l’impossibilité d’un mouvement qui se maintient par un principe interne – que la théorie médiévale de l’impetus (chez Buridan, notamment) renversera pour préparer l’idée d’inertie. [1][5] (sources : suivre lien)
C'est de là qu'il faut partir. L'univers est comme ces piscines de boules dans lesquelles les enfants aiment à plonger : les boules se poussent l'une l'autre, sans espace entre elles.
L'objet est fondamentalement substance (matériau+forme) et le mouvement est une "forme" au rang des catégories accidentelles :
— 🤖 : Chez Aristote, le mouvement d’un corps est compris à l’intérieur de deux cadres solidaires : la théorie des catégories (mouvement comme modification d’un sujet substantiel) et la métaphysique d’un Premier moteur immobile qui garantit l’ordre et la continuité de tous les changements. Le mobile n’est jamais autosuffisant : il est toujours «mû par autre chose», jusqu’à un moteur ultime purement actuel. [1][2]
Mouvement et catégories
Dans la logique aristotélicienne, le corps est d’abord une substance (ce que la chose est), et le mouvement est un changement dans des catégories accidentelles : lieu (déplacement), qualité (altération), quantité (croissance, décroissance), etc. Le mobile est donc un sujet qui reçoit des affections ; il n’est pas défini par son mouvement, mais support de ce mouvement. [1][3]
Cette structure interdit de concevoir le mouvement comme un «état» premier du corps (comme l’inertie) : ce qui est premier, c’est la substance stable ; le mouvement est passage de la puissance à l’acte dans une détermination donnée (par exemple, de «être ici» à «être là»), toujours analysable comme actualisation d’une potentialité du sujet. [1][4]
Nécessité d’un moteur en acte
Dans Physique VII–VIII, Aristote soutient le principe général : «tout ce qui est en mouvement est mû par autre chose» ; le mouvement ne peut être auto‑fondé dans la chose, car il est passage de la puissance à l’acte et exige un acte déjà réalisé comme source. [1][2]
D’où la chaîne : un corps en mouvement est mû par un moteur (main, air, âme, etc.), qui lui‑même reçoit son acte d’un autre, et ainsi de suite ; tant que l’on reste dans le monde des corps, on n’obtient que des causes dérivées, jamais un principe absolu de mise en mouvement. [2][5]
Le Premier moteur immobile
Pour éviter une régression à l’infini de moteurs en acte, Aristote pose un Premier moteur immobile, pur acte sans puissance, qui meut sans être mû : il est cause finale et efficiente ultime des mouvements du cosmos (notamment des révolutions célestes). [2][5]
Le mouvement de chaque corps, jusque dans la chute d’une pierre ou le parcours d’un projectile, s’inscrit ainsi dans un ordre cosmologique où les mouvements locaux dérivent, par une hiérarchie de causes, de ce Premier moteur qui donne au tout sa structure et sa régularité temporelle. [1][2]
Conséquence : pas d’inertie, pas de mouvement «auto‑porté»
Parce que le mouvement est toujours un accident d’une substance et parce que tout mouvement requiert un moteur en acte, il n’y a pas chez Aristote de concept d’inertie : un corps ne possède pas en lui, comme détermination stable, la persévérance dans le mouvement rectiligne uniforme. [1]
Le schème aristotélicien associe donc étroitement :
une ontologie des catégories où la substance prime sur les accidents,
une physique où le mouvement violent n’est jamais auto‑maintenu (d’où l’antiperistasis),
et une métaphysique d’un moteur immobile qui garantit qu’il y ait, en dernière instance, un acte sans puissance pour fonder le devenir. [6][2] (Sources: suivre lien)
- Bon, soit, mais est-ce que ceci conforte ce que tu avais déjà vu ou le remet en question ?
- Dans "Logique et mouvement" nous avions déjà vu l'importance du couple "puissance/ acte" et la nécessité d'un mouvement "continu".
Aristote
Principes
♡⚤
♡♻
Acte pur
Logique
♢⚤↑
mise en forme⇘ ⇙Action
↑♢♻
Abstraction
sensible
♧⚤
♧♻
substance: forme+matière
La chose assez forte, c'est qu'Aristote puisse, par une démonstration de niveau [⚤], démontrer la nécessité du continu de niveau [♻] !
Dans "vertige" nous avions surtout identifié le duo :
En ♡♻ : nous poietikos / intellect agent
En ♡⚤ : nous pathetikos / intellect possible
nous pathetikos
♡⚤
♡♻
nous poietikos
phantasmata
♢⚤↑
↑♢♻
espèce/ genre
sensibles
♧⚤
♧♻
substance
N'oublie pas que notre représentation topologique "à plat" représente un simple ruban de Moébius :
Le niveau [⚤] est au revers du niveau [♻];
la fermeture du ruban sur lui-même est représentée à plat par le joint
♡⚤/♧♻ dans un sens
♡♻/ ♧⚤ dans l'autre (dualité locale qui n'a plus de sens globalement).
Il est temps de rassembler les morceaux pour comprendre ce qu'est le mouvement chez Aristote.
1/ En premier comprendre que le mouvement chez Aristote s'oppose au non-mouvement de Parménide :
— 🤖 : chez Aristote le mouvement n’est pas une illusion mais une réalité fondamentale de la nature, précisément élaborée en réponse à Parménide qui le niait. Aristote construit toute la Physique comme science du changement, en partant de la critique de l’éléatisme. [1][2]
Réponse explicite à Parménide
Aristote reproche à Parménide et Mélissos de nier le changement en partant d’un «être un et immobile», et il soutient au contraire qu’il y a des choses qui viennent à être et cessent d’être, et que «certaines choses, au moins, sont en mouvement». [3][4]
Il affirme que leurs prémisses sont fausses et leurs inférences invalides, et que leur conclusion («il n’y a ni génération ni mouvement») contredit l’expérience la plus évidente du monde sensible, que la Physique doit justement prendre en charge. [4][2
Définition positive du mouvement
Loin d’être une simple apparence, le mouvement reçoit chez Aristote une définition technique célèbre : «l’actualisation de ce qui est en puissance, en tant qu’il est en puissance» (kinêsis comme entéléchie du possible). [1][5]
Cette définition suppose une ontologie articulée en substance, acte et puissance, qui permet de penser le devenir sans contradiction : le même sujet est actuellement ce qu’il est déjà, tout en étant potentiellement ce qu’il n’est pas encore, et le mouvement est précisément ce passage réel. [5][6]
Mouvement comme objet propre de la Physique
La Physique est explicitement définie comme la science des choses qui ont en elles-mêmes un principe de mouvement et de repos ; sans réalité du mouvement, il n’y aurait tout simplement pas de «nature» au sens aristotélicien. [2][7]
Aristote admet que les arguments de Parménide et de Zénon obligent à raffiner le concept de mouvement (continuité, temps, instant), mais ce refinage vise à sauver le mouvement comme réel, non à le dissoudre dans l’illusion. [8][9]
En ce sens, Aristote se situe à l’opposé de Parménide : là où Parménide voit dans le changement une illusion de l’opinion, Aristote fait du mouvement un trait constitutif de l’être naturel, qu’il faut penser avec rigueur métaphysique plutôt que nier. [4][2] (Sources : suivre le lien)
2/ Le mouvement n'est pas "dans" la chose, mais dans l'actualisation d'une qualité attachée à la chose.
Aristote
Potentialités
♡⚤
♡♻
Acte pur
catégories accidentelles
♢⚤↑
mise en forme⇘ ⇙Action
↑♢♻
Abstraction
sensible
♧⚤
♧♻
substance: forme+matière
- Donc, ça conforte ton circuit R↑ ?
- Oui, mais j'aimerais encore creuser cette formule de Perplexity "(kinêsis comme entéléchie du possible)"
— 🤖 : Chez Aristote, dire que le mouvement (kinêsis) est une «entéléchie du possible» signifie deux choses très précises.
La formule d’Aristote
Dans Physique III, 1, Aristote définit le mouvement ainsi :
Le mouvement est l’entéléchie de ce qui est en puissance, en tant qu’il est en puissance.»
Autrement dit, il ne réduit pas le mouvement à un simple résultat (état atteint), mais à l’actualisation en cours d’une puissance du sujet.
Puissance, acte, entéléchie
Un sujet possède des puissances (il peut être autrement qu’il n’est maintenant) et des actes (ce qu’il est effectivement).
L’entéléchie (ἐντελέχεια) est l’acte, mais considéré comme accomplissement d’une puissance : le fait pour quelque chose d’être «au bout» de ce qu’il peut être, ou en voie d’y parvenir.
Mouvement comme acte inachevé
Ce qui est décisif dans la définition :
Le mouvement n’est pas l’acte «déjà accompli» (par exemple, être déjà arrivé quelque part), mais l’acte en tant que la chose est encore en puissance.
C’est un acte en cours, suspendu entre puissance et acte achevé : marcher, c’est être dans l’actualisation du «pouvoir être là-bas» sans y être encore; chauffer, c’est actualiser le «pouvoir être chaud» sans être encore complètement chaud.
Donc, «kinêsis comme entéléchie du possible» veut dire : le mouvement est une forme d’actualité qui n’abolit pas immédiatement la puissance, mais la réalise progressivement, en restant définie par cette puissance même tant que le processus n’est pas achevé. (Sources : suivre le lien)
- Tout ceci conforte ton schéma, et du coup, cela met en relief l'apport d'Avicenne qui pose la potentialité en ♧♻ dans la chose elle-même, avant l'actualisation par [⚤]♧←[♻]♧.
- Oui, mais la révolution arrive par "l'impetus" de Buridan et non par Avicenne. (Note 1)
— 🤖 : Chez Buridan, l’impetus est une qualité réelle, singulière et accidentelle, inhérente à un corps particulier, non une substance, ni un universel, ni une forme substantielle au sens aristotélicien. [1][2]
Type d’entité : qualité accidentelle singulière
Buridan traite l’impetus comme une disposition ou «forme accidentelle» ajoutée à la chose, transitoire et périssable : elle naît lorsque le moteur agit, demeure un temps dans le mobile, puis se corrompt par la résistance de l’air et la gravité. [1][3]
Cette qualité est individuelle : chaque projectile a son impetus propre (en grandeur et en direction), déterminé par sa vitesse initiale et sa «gravité» (quantité de matière), et non un universel flottant ni une catégorie logique. [4][2]
Rapport à la substance du corps
L’impetus n’est pas la substance du mobile, mais une modification réelle de cette substance, comparable (dans le cadre scolastique) à une forme accidentelle comme la chaleur ou la couleur : il «inhère» dans le sujet corporel sans le définir ontologiquement. [1][5]
Cette qualification accidentelle donne au corps sa capacité actuelle de se mouvoir dans une certaine direction, tant que la qualité n’est pas détruite, ce qui rapproche l’impetus d’un état dynamique attaché à la chose plutôt que d’une simple relation externe. [3][2]
Ni universel, ni pure catégorie logique
Sur le plan logique, impetus relève de la catégorie aristotélicienne de la qualité (ou puissance motrice), pas d’un genre suprême : Buridan ne le traite pas comme concept purement logique ou universel séparé, mais comme type de qualité qui peut avoir des instanciations singulières dans les corps. [1][6]
Il ne s’agit donc ni d’une forme substantielle (comme l’âme pour Aristote), ni d’un universel au sens scolastique (commun à plusieurs individus en tant que tel), mais d’une qualité dynamique, «forme accidentelle motrice», qui concrétise dans le corps la trace de l’action du moteur. [1][2] (Sources : suivre le lien)
- Tout semble indiquer que cet "impetus" se trouve en ♢⚤, non ? Dans ce cas, où est la cassure avec Aristote?
— HS : En quoi consiste l'opposition entre cet impetus et la physique d'Aristote, car pour lui aussi le mouvement est une catégorie accidentelle.
— 🤖 : L’opposition ne porte pas sur le fait que le mouvement soit un accident (Buridan reste aristotélicien sur ce point), mais sur la cause et le mode de persistance de cet accident dans le corps. Chez Aristote, le mouvement accidentel dépend toujours d’un moteur en acte et d’un milieu moteur ; chez Buridan, l’impetus est un accident interne durable qui permet au corps de se mouvoir sans moteur présent. [1][2]
Accord de fond : le mouvement comme accident
Aristote comme Buridan considèrent que le mouvement n’est pas une substance, mais un accident d’une substance corporelle : c’est la chose qui se meut, le mouvement étant un mode transitoire de cette chose. [1][3]
De ce point de vue, Buridan reste dans la grammaire catégoriale d’Aristote : il ne transforme pas le mouvement en «substance», mais en reste à une modification réelle d’un sujet. [4][5]
Rupture sur la cause du mouvement
Chez Aristote, l’accident «être en mouvement» suppose toujours un moteur actuel externe au mobile (main, air, âme, ciel, etc.) : «tout ce qui est en mouvement est mû par autre chose». Le projectile continue d’avancer parce que l’air, mis en mouvement, le pousse sans cesse (antiperistasis). [1][6]
Chez Buridan, l’accident moteur n’est plus extérieur mais intériorisé : l’impetus est une qualité motrice imprimée dans le corps, qui y demeure après la séparation du moteur initial et qui, tant qu’elle subsiste, suffit à produire le mouvement sans moteur présent. [2][4]
De l’air moteur à l’air résistant
Dans la physique aristotélicienne, l’air joue un rôle de relais moteur : il n’est pas ce qui empêche le mouvement, mais ce qui le prolonge en remplaçant la main du lanceur. [1][6]
Buridan, au contraire, fait de l’air une résistance qui use progressivement l’impetus : l’air ne pousse plus la pierre, il la freine et «corrompt» la qualité motrice interne ; quand celle-ci est épuisée, il ne reste que la gravité naturelle, et la pierre tombe. [2][5]
De l’absence d’état inertiel à une quasi‑inertie
Chez Aristote, le mouvement n’est jamais un état stable du corps : il est un passage qui doit être constamment soutenu par une cause externe ; abandonné à lui-même dans un milieu «neutre», un corps n’aurait pas de raison de persévérer en mouvement. [1][7]
Chez Buridan, l’impetus fait fonction d’«état dynamique» attaché au corps (bien que qualifié d’accident) : proportionnel à la «gravité» et à la vitesse initiale, il confère au mobile une capacité interne à persévérer dans son mouvement jusqu’à ce que des causes contraires (résistance, gravité) l’annulent. C’est une proto‑inertie, encore formulée en langage de qualités. [2][5][4]
Résumé de l’opposition
Même catégorie ontologique (accident), mais :
Aristote : accident de mouvement constamment dépendant d’un moteur extérieur + milieu moteur (antiperistasis), sans principe interne de persévérance. [1][6]
Buridan : accident moteur interne (impetus), durable, proportionnel à la «quantité de matière», cause de la persistance du mouvement en l’absence du moteur, l’air devenant résistance. [2][4]
L’opposition est donc dynamique plutôt que purement catégoriale : Buridan conserve la structure substance/accident, mais déplace la source de l’accident-mouvement du dehors vers le dedans du corps, ouvrant la voie à l’idée d’inertie. [5][8] (Sources : suivre le lien)
Voir également les critiques de Buridan envers la physique d'Aristote (lien ici)
- J'aurais tendance à dire que l'impetus est en ♢♻...
- ... ce qui modifierait la cause du mouvement :
Aristote
Potentialités
♡⚤
♡♻
Acte
catégories accidentelles
♢⚤↑
mise en forme⇘ ⇙Action
↑♢♻
impetus
sensible
♧⚤
♧♻
substance: forme+matière
- Oui : l'impetus, abstrait de la chose ♧♻↑♢♻, cause ♢♻↑♡♻ le mouvement ♡♻/♧⚤ et les déterminations accidentelles de l'objet ♧⚤↑♢⚤, comme son emplacement par exemple.
Mais il y a alors une brèche dans l'objet vu jusque-là comme une "substance" incorruptible... Une "forme" telle l'espèce ou le genre est de toute éternité, quand l'impetus se dégrade...
- Question : ce déplacement du mouvement de ♢⚤ à ♢♻ permettrait-il de présager de la suite donnée par Galilée ? Et d'abord que fait-il en conscience? Comment parle-t-il du mouvement des corps?
- Il parle d'indifférence au mouvement :
— 🤖 : Galilée ne formule pas encore le principe d’inertie newtonien, mais il parle déjà d’un mouvement rectiligne uniforme comme état naturel d’un corps «laissé à lui‑même», une fois les résistances éliminées. Autrement dit, pour lui, si l’on supprime les frottements, la vitesse acquise se conserve indéfiniment, sans qu’aucune force ne soit nécessaire pour l’entretenir. [4][5]
Formulation chez Galilée
Galilée constate que les corps graves sont «indifférents» au mouvement horizontal : ils n’y ont «ni inclination ni répugnance». De là, il conclut que, débarrassé de tout obstacle extérieur, un corps posé sur une surface sphérique concentrique à la Terre resterait dans l’état où on l’a mis, au repos ou en mouvement, dans n’importe quelle direction. [4]
Cette indifférence au mouvement horizontal lui permet d’énoncer qu’en l’absence d’obstacles extérieurs un corps libre en mouvement garderait sa vitesse et sa direction, le repos et le mouvement n’étant que deux cas particuliers d’un même état mécanique, distingués uniquement par le référentiel adopté. [4][5]
Vers le principe d’inertie
À partir des expériences de plans inclinés, Galilée observe que, plus les frottements sont réduits, plus le corps conserve longtemps sa vitesse, et il extrapole : si l’on pouvait annuler complètement les frottements, le mouvement se poursuivrait « indéfiniment » à vitesse constante. [5]
Il formule alors que tout corps possède une certaine «inertie» qui le «force» à conserver sa vitesse, et que seule une force extérieure, typiquement les frottements, peut modifier cette vitesse, anticipant ainsi la formulation newtonienne du principe d’inertie. [5](Source : suivre le lien)
J'ai ensuite tenté de voir si Galilée s'opposait explicitement au concept tardif de "conatus" chez les scolastiques, repris par Descartes et Spinoza (voir ici), et qui peut être pensé en ♢♻ comme l'impetus (voir discussion ici) :
— 🤖 : Galilée évolue dans un milieu où le vocabulaire de conatus est effectivement utilisé par des scolastiques tardifs (notamment les Jésuites et Buonamici à Pise), mais il ne s’approprie pas ce concept et s’en écarte de facto en parlant d’«indifférence» au mouvement plutôt que d’«effort» ou de «tendance». [1]
Contexte : Galilée formé chez des auteurs du conatus
La notion de conatus (effort d’un corps lourd à descendre, etc.) est très présente dans les commentaires aristotéliciens de la fin du XVIᵉ siècle, en particulier dans les cours jésuites (Coïmbre) et dans le De Motu de Francesco Buonamici, qui enseigna justement à Pise quand le jeune Galilée y étudiait. [1]
Ces auteurs décrivent le poids comme un conatus à se mouvoir vers le centre, perceptible lorsque ce mouvement naturel est empêché (pression, contrainte). [1]
Ce que fait Galilée : indifférence plutôt que conatus
Dans les Discorsi, Galilée décrit le mouvement horizontal comme un état où le corps «n’a ni inclination ni répugnance» : il n’y a plus «effort» vers un lieu naturel, mais neutralité du corps laissé à lui‑même, tant que rien ne vient modifier sa vitesse. [2][3
Il ne conceptualise pas cette neutralité en termes de conatus : son schème est que le changement de mouvement requiert une cause, non le mouvement lui‑même, ce qui est l’inverse d’un langage d’«effort» interne qui pousse vers un état privilégié. [4][2]
S’en démarque‑t‑il explicitement ?
Il n’y a pas, à strictement parler, de passage où Galilée discute et rejette le mot conatus comme tel dans ses écrits principaux ; la prise de distance est plutôt structurelle que polémique. [4][2]
Le fait même qu’il n’ait pas recours au conatus pour décrire la gravité ou le mouvement uniforme, alors que ce vocabulaire domine la scolastique de son temps, montre qu’il s’en écarte : il remplace un corps «animé d’efforts» par un corps indifférent dont la vitesse se conserve tant qu’aucune cause extérieure ne la modifie. [1][3] (Sources suivre le lien)
- Nous n'avançons pas beaucoup : en quoi consiste concrètement la révolution galiléenne ? On plutôt, en quoi consiste-t-elle à ses propres yeux ?
— 🤖 : Galilée a clairement conscience de faire quelque chose de radicalement nouveau dans la théorie du mouvement, mais il ne parle pas de «révolution scientifique» au sens moderne : il présente plutôt sa démarche comme l’introduction de «deux nouvelles sciences» et d’une nouvelle manière mathématique de traiter les phénomènes naturels. [1][2]
Conscience de nouveauté
Dans ses lettres (par exemple à Elia Diodati) et dans la préface des Discorsi, Galilée affirme que ces «nouvelles sciences» de la résistance des matériaux et du mouvement sont «supérieures à tout ce qu’il avait publié jusque‑là» et qu’elles contiennent «les résultats les plus importants de toutes ses études». [3][4]
Des contemporains comme Paolo Sarpi résument déjà sa portée en disant que «pour nous donner la science du mouvement, Dieu et la nature ont uni leurs mains et créé l’intellect de Galilée», signe que lui‑même et son entourage voient dans sa mécanique une rupture majeure avec la tradition. [3][5]
Comment il présente sa démarche
Dans Dialogue sur les deux grands systèmes du monde puis dans les Discorsi, Galilée met en scène un affrontement systématique entre la physique aristotélicienne (Simplicio) et la nouvelle physique mathématique (Salviati), construisant lui‑même la perception d’un avant et d’un après. [6][7]
Il insiste sur deux traits comme marqueurs de nouveauté :
le traitement mathématique du mouvement (vitesses, temps, accélération, trajectoires), contre l’analyse qualitative aristotélicienne ;
l’idée que la nature suit des lois quantifiables, que l’on peut mettre à l’épreuve par expériences (plans inclinés, projectiles, pendules). [2][1]
La «nouvelle science du mouvement»
Dans les Discorsi, il rassemble et ordonne ses résultats sur la chute des corps, le mouvement accéléré, le mouvement composé et la relativité des mouvements, en les présentant explicitement comme une «nouvelle science du mouvement» venant remplacer les anciens cadres d’analyse. [1][8]
Des historiens résument ainsi sa situation : au terme de sa vie, Galilée a construit un système suffisamment cohérent pour «remplacer l’ancien ensemble de concepts analytiques aristotéliciens» par un ensemble de types mécaniques (chute, plan incliné, projectile, navire) qui deviennent le point de départ de toute la physique moderne. [2][9]
En résumé, Galilée ne théorise pas sa démarche comme «révolution» au sens où le feront les historiens du XIXᵉ siècle, mais il se sait fondateur d’une nouvelle science du mouvement, supérieure aux physiques antérieures, et met sciemment en scène la rupture avec Aristote dans la forme même de ses dialogues. [3][2] (Sources : suivre le lien)
- J'ai bien la conception mathématique (comme langage en ♢⚤) et le retour à l'expérience, comme chez Avicenne ↻/↻, mais il me manque l'introduction du niveau géométrique [#]♧ comme médian entre l'objet en [♻]♧ et son observation en [⚤]♧...
- J'ai posé la question à Perplexity, (voir ici), et il ressort bien que Galilée parle d'arithmétique et de géométrie.
— 🤖 : La mathématique : langue de la nature
Galilée reprend l’idée que la nature est écrite en «caractères mathématiques» : figures, nombres, rapports ; en pratique, cela signifie qu’il décrit le mouvement par des grandeurs mesurables (temps, distances, vitesses, accélérations) et leurs proportions, à la manière d’Euclide et d’Archimède.
Il ne fait pas des mathématiques une science séparée et purement abstraite, mais un instrument pour saisir le réel physique : la «philosophie naturelle» devient chez lui une physique mathématique, où les lois du mouvement sont des propositions géométriques démontrées (par exemple la loi pour la chute). (Sources : suivre le lien)
Tu remarqueras au passage :
En [⚤] : nombres;
En [#] : figures;
En [♻] : rapports.
Et j'ai peut-être trouvé la bonne question à poser :
— 🤖 : Galilée reproche explicitement aux aristotéliciens de son temps leur ignorance des mathématiques, mais il ne formule pas, sous cette forme historique précise, que «la Physique d’Aristote ignore la géométrie euclidienne» comme théorie constituée après lui. Il articule plutôt deux thèses :
Aristote commet des erreurs mathématiques graves. [1]
Les philosophes qui le suivent ne comprennent pas que la physique doit se faire en géomètre. [2][3]
Critique de l’ignorance mathématique des aristotéliciens
Galilée note dans ses marginalia que «ces modernes mathématiciens affirment à juste titre que le divin Aristote a commis de nombreuses et graves bévues en mathématiques», et il approuve ce jugement. [1]
Dans ses Dialogues, il oppose sans cesse les arguments géométriques (Archimède, Euclide) aux «discours verbaux» d’inspiration aristotélicienne, et présente les péripatéticiens comme incapables de suivre une démonstration mathématique correcte sur la chute, les projectiles, etc. [2][4]
Défense de l’application de la géométrie au mouvement
Galilée insiste sur la légitimité de la géométrie pour traiter des phénomènes physiques : il argumente que des lignes idéales, des plans lisses, des trajectoires paraboliques sont des approximations admissibles pour saisir les lois du mouvement. [3][5]
Il revendique ainsi une «nouvelle science» où le mouvement devient objet de démonstrations géométriques (comme dans Euclide), là où la tradition aristotélicienne traitait surtout le mouvement par concepts qualitatifs (nature, lieu, fin) sans outillage géométrique systématique. [6][7]
Ce qu’il ne dit pas littéralement
Galilée ne formule pas un constat historique du type : «Aristote ne connaissait pas la géométrie d’Euclide» ; au contraire, il sait bien qu’Aristote était familier de la géométrie grecque antérieure, même si Euclide est postérieur. [8]
Ce qu’il vise, ce n’est donc pas la géométrie en général chez Aristote, mais le fait que la physique aristotélicienne ne prend pas la forme d’une théorie mathématisée du mouvement, et que les aristotéliciens de son temps perpétuent cette séparation entre physique et géométrie qu’il veut précisément abolir. [2][3] (Sources : suivre le lien)
- Autrement dit la critique de Galilée ne vise pas une méconnaissance technique (Euclide vient après) mais un choix délibéré, philosophique, d'ignorer l'expérience.
- OK, d'accord pour le retour à l'expérience selon la voie des choses ⇆. Mais reste-t-il purement sur cette voie, ou explore-t-il, comme Avicenne les deux voies des choses ⇆ et des mots ⇅?
— 🤖 : Galilée ne propose pas une «philosophie» systématique au sens d’un traité de métaphysique ou d’un cursus universitaire, mais il explicite très clairement une philosophie naturelle : une conception de la connaissance, de la nature et du rapport mathématiques/expérience, disséminée dans ses lettres et dialogues.
Philosophie naturelle plutôt que système
Ses grands textes (Dialogue sur les deux grands systèmes du monde, Discours et démonstrations mathématiques) mêlent arguments techniques et prises de position sur ce qu’est comprendre la nature : recours aux expériences, rejet de l’argument d’autorité, priorité de l’observation instrumentée.
Il ne construit pas une ontologie générale comme Aristote ou Descartes, mais une philosophie du savoir physique : ce qu’est une loi, une expérience cruciale, un raisonnement mathématique appliqué au réel.
Le «livre de la nature»
Galilée formule explicitement sa thèse fameuse : «La philosophie est écrite dans ce grand livre qui est continuellement ouvert devant nos yeux (l’univers), mais on ne peut le comprendre si l’on ne s’applique d’abord à apprendre la langue dans laquelle il est écrit. Cette langue, ce sont les mathématiques.»
Cette image condense sa philosophie naturelle :
la nature est intelligible ;
elle est structurée mathématiquement ;
les qualités sensibles (couleurs, sons, etc.) sont secondaires par rapport aux grandeurs mesurables (figure, nombre, mouvement).
Rapport science / théologie / tradition
Dans ses lettres (à Castelli, à Christine de Lorraine), il explicite aussi une position philosophico‑théologique : il y a deux «livres» également divins, Écritures et nature ; ils ne peuvent se contredire, mais n’ont pas le même mode de lecture, et l’Écriture ne doit pas dicter la physique là où l’observation et le calcul parlent clairement.
Il se situe ainsi contre la réduction de la philosophie naturelle au commentaire d’Aristote : au lieu de lire le monde à travers un livre humain (le corpus aristotélicien), il faut lire directement le livre de la nature avec les mathématiques comme langue.
En ce sens, Galilée ne rédige pas un traité intitulé «Philosophie» mais explicite bel et bien une philosophie naturelle cohérente : mathématisation de la nature, primat de l’expérience, subordination de l’autorité aux preuves, et articulation précise entre savoir scientifique et foi.(Sources : suivre le lien)
- Comme tu le vois, il y a bien une articulation entre un langage dans la voie des mots ⇅, et l'expérience de la nature dans la voie des choses ⇆... Qu'est-ce qui te perturbe ?
- Le rapport qu'Avicenne avait établi entre l'essence en ♡⚤ / le potentiel en [♻]♧/ l'actuel en [⚤]♧...
- Il faut croire qu'il suit le parcours non pas de spin ↻, mais le complémentaire de spin ↺ : ↺/↺.
- Bon, tu as déjà une trame pour discuter la suite, après avoir terminé l'exploration du livre d'Alain de Libera.
- Oui, je pense que nous allons terminer l'année là-dessus. Tous mes voeux à chacun de vous, et à l'année prochaine.