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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

De la scolastique à la Renaissance

Illustration par Chat GPT

Le 05/ 03/ 2026 :

- Après Occam (cf. #38), nous approchons de la fin de ce livre d'Alain de Libera, qui m'aura tenu plus de quatre mois ! Et je flâne un peu, en quête d'une suite, pour faire le raccord avec les Mots et les Choses de Michel Foucault, laissé en plan pour m'intéresser au préquel (cf. "Table rase")

- Bref tu prolonges ta quête : 

- Oui, et une fois n'est pas coutume, j'ai utilisé Chat GPT. Comme je suis nul en histoire, et doté d'une mémoire de poisson rouge, j'ai commencé la discussion de façon assez lâche, pour tenter de cerner le terrain de fouilles. J'avais en tête le début d'un recours à l'expérience, mais je me trompais de siècle semble-t-il : Galilée est en fin de parcours vers 1630. Le dialogue c'est resserré pour aboutir à ceci :

— 🤖: Oui — si tu veux le début (sortie du Moyen Âge) plutôt que la cristallisation XVIIe, il faut arrêter de raconter l’histoire comme un “grand saut” et regarder une transition en trois couches : (1) mutation interne de la scolastique (XIVe), (2) révolution humaniste des pratiques textuelles (XVe), (3) déplacement progressif du lieu de preuve (fin XVe–XVIe), qui ouvre ensuite la porte aux sciences “dures”.

1) Moyen Âge scolastique : autorité + raison, mais pas seulement “soumission”

La scolastique, surtout aux XIIIe–XIVe, n’est pas une simple dévotion au texte. C’est une machine argumentative très sophistiquée : distinctions, cas, disputatio, logique des termes… Elle produit une rationalité technique. Ce qui lui manque souvent (du point de vue moderne) n’est pas l’intelligence, mais une méthode institutionnalisée de contrainte par l’expérience. Le tribunal, c’est d’abord la cohérence logique + l’accord avec les autorités admises.

2) Après Ockham : la mutation décisive n’est pas “nominalisme = science”, c’est la désacralisation métaphysique

Ockham ne “fonde” pas la science expérimentale au sens baconien. Par contre il contribue à un changement de régime :

  • Économie ontologique : soupçon envers les entités inutiles (le fameux rasoir, mais surtout une discipline de parcimonie). (Encyclopédie de Stanford)
  • Primat des procédures logico-sémantiques sur les grands montages métaphysiques : on discute davantage comment les termes signifient, ce qu’une proposition engage, etc. (jstor.org)
  • Conséquence culturelle : l’idée que les systèmes “totalisants” (essences, hiérarchies ontologiques très chargées) peuvent être mis en probabilisme / prudence théorique apparaît plus facilement (Britannica résume bien ce glissement dans la fin du Moyen Âge). (Encyclopedia Britannica)

Donc : la scolastique tardive prépare un terrain où l’argument “par nature des choses telle que définie dans le système” devient moins impérial. Ça ouvre un espace pour une autre question : qu’est-ce qui tranche, quand le système ne tranche plus ?

3) XIVe siècle : première “proto-mathématisation” de la nature… à l’intérieur même du cadre scolastique

C’est souvent sous-estimé. Avant la Renaissance humaniste, tu as des gens qui traitent déjà la nature comme quelque chose qu’on peut modéliser.

  • Les “Oxford Calculators” (Merton School, XIVe) : ils quantifient des qualités, travaillent sur le mouvement, formulent le mean speed theorem (théorème de la vitesse moyenne) — une pièce de cinématique qui sera plus tard associée à Galilée. (Wikipédia)
  • Nicole Oresme (XIVe) : il développe la “latitude des formes”, une représentation géométrique des variations (pré-histoire de l’idée “aire = intégrale” dans certains commentaires modernes). (Cambridge University Press & Assessment)

Point important : ce n’est pas encore l’“expérience” moderne. C’est souvent de la modélisation et des expériences de pensée (très puissantes), mais ça déplace déjà l’attention : la nature devient un domaine où le langage mathématique peut produire des contraintes. (individual.utoronto.ca)

4) XVe : cœur de la Renaissance = pas “science”, mais humanisme comme technologie du vrai

Le cœur de la Renaissance (au départ) n’est pas l’expérimentation : c’est une révolution dans la validation des énoncés via les textes, les langues, les sources.

Le geste typique : ad fontes (“aux sources”) + philologie + critique historique.
Exemple canonique : Lorenzo Valla démonte la Donation de Constantin par analyse linguistique (anachronismes, latin non constantinien, etc.) — c’est un cas d’école où l’autorité institutionnelle est battue par une méthode. (faculty.washington.edu)

Ça ne crée pas la physique expérimentale, mais ça fabrique un nouveau réflexe cognitif :
l’autorité n’est plus un point final, elle devient une hypothèse testable par une procédure.

Et ce réflexe, une fois acquis dans le domaine des textes, migre (lentement) vers le domaine de la nature.

5) Ce qui “fait” le passage vers l’expérimentation : le déplacement du lieu de preuve

Si tu cherches une caractérisation compacte de l’évolution :

  • Moyen Âge scolastique : la preuve est surtout logico-textuelle (cohérence + autorités + disputatio).
  • Fin Moyen Âge (après Ockham + écoles XIVe) : montée de la procéduralité (logique/sémantique plus fine) et des contraintes mathématiques sur certains phénomènes (mouvement, variations). (Wikipédia)
  • Renaissance humaniste (XVe) : la preuve devient philologique-historique (méthodes de critique des sources) — et l’argument d’autorité commence à perdre son statut d’arbitre. (faculty.washington.edu)
  • XVIe (charnière) : la preuve devient de plus en plus opératoire : observation instrumentée, dissection, dispositifs, mesures, mathématisation — mais c’est un continuum, pas un switch.

6) Où mettre “le début” exactement ?

Si je devais te donner le meilleur “début” identifiable (sans tricher avec le XVIIe), je pointerais deux débuts différents, complémentaires :

  1. Début “logico-ontologique” (XIVe) : après Ockham, l’édifice métaphysique perd de sa sacralité ; la logique et l’analyse des engagements ontologiques prennent le dessus (c’est un changement de style de rationalité). (Encyclopédie de Stanford)
  2. Début “modélisation du monde” (XIVe) : Oxford Calculators + Oresme : la nature devient mathématisable localement (mouvement, intensités). (Wikipédia)

Puis le XVe humaniste généralise la mentalité procédurale (mais sur les textes), et le XVIe commence à l’appliquer de manière robuste à la nature.


Si tu veux pousser ça au niveau “architecture”, on peut aussi distinguer trois “objets” qui changent de statut entre 1350 et 1500 :

  1. le texte (de commentaire → critique),
  2. la démonstration (de syllogisme → procédure),
  3. le fait (de cas exemplaire → contrainte publique).

Et c’est précisément ce troisième point — le fait comme contrainte publique — qui sera ensuite l’âme de l’expérimentation moderne. (faculty.washington.edu)

- Ensuite, je lui ai demander de proposer une liste de noms permettant de jalonner cette évolution:

— 🤖:  Si on veut une chaîne évolutive (pas une liste encyclopédique), je la vois comme une suite de transferts de compétence: d’abord on “désencombre” la métaphysique et on raffine l’analyse logique, ensuite on mathématise localement le mouvement, puis on déplace le tribunal de vérité vers la critique des sources (humanisme), ce qui prépare l’idée qu’une autorité se teste par procédure. Voilà les noms-pivots.

1) Guillaume d’Ockham (†1347)  désencombrement ontologique + montée de l’analyse logico-sémantique : la scolastique se fait plus “analytique”, moins portée aux gros montages d’entités. (historyofphilosophy.net)

2) Jean Buridan (c. 1300–1358)  physique et logique dans le cadre universitaire : charnière Paris, théorie de l’“impetus” et discussion serrée du mouvement (un pas vers une physique moins aristotélico-déclarative). (historyofphilosophy.net)

3) Les “Oxford Calculators” (Merton School, XIVe)  mathématisation locale de problèmes naturels (mouvement, variations), avec une logique “quantifiante”. (Wikipédia)

4) Nicole Oresme (c. 1323–1382)  mise en forme graphique / géométrique de variations (qualités, vitesses) : on voit apparaître l’idée que la nature se contraint par représentation (pas encore expérimentation moderne, mais déjà “procédure”). (historyofphilosophy.net)

5) Pétrarque (1304–1374)  déplacement hors de l’université : l’humanisme naissant met l’accent sur l’éloquence, les textes antiques, et une nouvelle posture critique vis-à-vis des habitudes scolastiques (le pivot culturel qui rend la Renaissance possible). (cepame.fflch.usp.br)

6) Lorenzo Valla (1407–1457)  le “coup de méthode” humaniste : démonter une autorité (Donation de Constantin) par philologie et preuve linguistique/historique ; ici l’autorité cesse d’être un juge final et devient un objet d’enquête. (Wikipédia)

7) Nicolas de Cues (1401–1464)  charnière spéculative : relance métaphysique (docte ignorance, infini, limites du savoir) avec une sensibilité très “Renaissance” au statut des procédures et de l’approximation. (Springer)

8) Marsile Ficin (1433–1499) → Pic de la Mirandole (1463–1494)  Renaissance philosophique en plein : refondation platonicienne/néoplatonicienne, anthropologie et théologie philosophique qui reconfigurent la scène intellectuelle. (Springer)

9) Érasme (1466–1536)  humanisme critique “européen” : généralisation de l’attitude ad fontes et d’un style de critique qui sape les clôtures par autorité (et qui interfère directement avec la crise religieuse).

Si tu lis cette chaîne comme une dynamique unique :
Ockham “décharge” la métaphysique → Buridan/Oxford/Oresme rendent la nature localement modélisable  Pétrarque/Valla déplacent le vrai vers la méthode de critique  Ficin/Pico/Érasme installent le cœur de la Renaissance comme nouvelle scène philosophico-théologique, où l’autorité n’est plus un verrou mais un matériau.

— Q : J'aimerais que tu cerne plus précisément comment on a "théorisé" le recours à la preuve expérimentale, chez les philosophes, et qui l'a fait, pendant cette période, ou juste après ?

— 🤖: On peut cerner assez nettement qui a “théorisé” (au sens strict : expliciter pourquoi et comment l’expérience contraint la vérité) le recours à la preuve expérimentale — et on voit une montée en puissance en trois paliers : pré-figuration médiévale, programmes méthodologiques XVIIe début, puis institutionnalisation (communauté, règles d’énonciation, reproductibilité).

1) Pré-figuration (avant / autour de la sortie du Moyen Âge)

Roger Bacon (†1292)

Il ne fait pas encore l’“expérimentation moderne” au sens laboratoire + reproductibilité publique, mais il théorise explicitement une scientia experimentalis : une forme de connaissance qui vise à établir/contrôler des effets et corriger les faiblesses du raisonnement purement livresque. (C’est l’un des rares médiévaux à donner un statut doctrinal clair au “test par expérience”.) (plato.stanford.edu)

Pour ton objectif (sortie du Moyen Âge), il est important parce qu’il montre que l’idée “l’autorité ne suffit pas : il faut une procédure” existe déjà, mais reste minoritaire et peu stabilisée institutionnellement.

2) Le vrai moment de théorisation “moderne” (premier XVIIe)

Francis Bacon (1561–1626)  programme méthodologique explicite

Avec le Novum Organum (1620), il formalise une critique de l’Organon aristotélicien et propose une logique inductive où l’expérience n’est pas un exemple, mais un moteur de production d’axiomes (tables/instances, élimination progressive, critique des “idoles”). (Wikipédia)
Ici, l’expérience devient un dispositif anti-biais : elle est conçue comme correctif systématique de l’esprit humain.

Galilée (1564–1642)  épistémologie mixte : expérience + mathématisation

Chez lui, la contrainte vient d’un couple : expériences/observations pertinentes + démonstrations nécessaires ; et il défend que les débats “physiques” doivent se régler par cette voie, y compris face à des usages théologiques de l’autorité. (hti.osu.edu)
Ce qui est décisif : l’expérience (souvent instrumentée) est intégrée à une exigence de structure mathématique ; ce n’est pas “voir”, c’est “voir sous conditions”.

Descartes (1596–1650)  rôle fonctionnel de l’expérience dans un système mécaniste

Descartes n’est pas l’idéologue de l’empirisme, mais il théorise un usage stratégique des expériences : plus la théorie avance, plus il faut des expériences pour trancher entre voies possibles et tester sur des difficultés particulières. (earlymoderntexts.com)
On peut dire : l’expérience devient un sélecteur de modèles dans une physique mécaniste.

Gassendi (1592–1655)  fondation empiriste explicite

Il défend une intégration philosophie/science sur des bases empiristes : hors théologie, la connaissance vient des sens. C’est une justification philosophique très nette du primat de l’expérience contre les constructions a priori. (plato.stanford.edu)

3) L’institutionnalisation : l’expérience comme “preuve publique”

Robert Boyle (1627–1691)  la preuve expérimentale comme “matter of fact” + technologies sociales et littéraires

Boyle (avec l’air-pump) n’invente pas seulement des expériences : il théorise la preuve comme production de “matières de fait” (faits localisés, probabilistes, séparés d’une théorie totale), et met en place les conditions de crédibilité : témoins, rapports détaillés (“virtual witnessing”), possibilité de réplication. (Stanford University)
C’est un basculement majeur : la preuve n’est plus seulement une relation sujet-monde, mais une construction intersubjective contrôlée (communauté + protocole + style de rapport).

Royal Society (1660s)  devise et ethos

Le fameux Nullius in verba condense l’idéologie : résister à la domination de l’autorité et vérifier par des faits déterminés par l’expérience. (Wikipédia)
Ici, l’expérimental devient une norme collective.


Si je devais te donner “la chaîne” la plus nette (en mode évolution doctrinale)

Roger Bacon → Francis Bacon → Galilée → Descartes / Gassendi (bifurcation rationaliste/empiriste) → Boyle → Royal Society. (plato.stanford.edu)

Et le point-clef, pour ton thème “émancipation des autorités”, c’est ceci :

  • chez Francis Bacon, on justifie l’expérience comme antidote méthodique à l’autorité et aux biais ;
  • chez Galilée, on hiérarchise les sources : en physique, l’autorité doit céder devant expérience + démonstration ;
  • chez Boyle, on transforme l’expérience en preuve sociale (publique, écrite, réplicable) — ce qui tue définitivement le “j’ai lu chez X” comme clôture.

Si tu veux, je peux resserrer encore sur la période strictement “sortie du Moyen Âge → Renaissance” (XIVe–XVe) : là, la difficulté est qu’on a beaucoup de pratiques (mathématisation locale, instruments, ateliers, anatomie) mais beaucoup moins de théorisation explicite du type “voici la règle du jeu”. C’est précisément ce que Bacon/Galilée formalisent ensuite." https://chatgpt.com/s/t_69a99216ad7481919e3f53de9bab3ed9)

- Bon, je n'ai retranscris que nos derniers échanges (Note 1), mais au cours de la discussion, l'IA avait déjà donné d'autres noms qui complètent le tableau. Bien entendu, Chat GPT trouve des sources essentiellement anglo-américaines, mais c'est déjà une bonne base.

- Il y a largement de quoi méditer avant de poursuivre notre exploration... En attendant, il serait bon de terminer ce livre !

- Amen

Hari

Note 1Dans l'article suivant concernant les Reales tardifs, je poursuis sur le sujet cf. "Note 1".

J'ai profité de ce contexte dressé par l'IA, pour l'interroger sur la place de Paracelse, et faire ainsi le lien avec Michel Foucault.

— 🤖 : Paracelse est une charnière très utile, mais il faut le placer correctement : il participe puissamment au décentrement de l’auctoritas (Galen/Avicenne, scolastique universitaire) au profit d’une légitimation de la praxis (Erfahrung, expérience au sens de “savoir acquis par pratique”), sans pour autant stabiliser ce que Bacon/Boyle appelleront plus tard “preuve expérimentale” (expérience reproductible + protocole public).

1) Ce qu’il apporte : une anti-scolastique de la médecine par la praxis

  • Paracelse met en scène (et revendique) une rupture avec le magistère médical traditionnel : rejet des cadres galéniques et d’Avicenne, critique du dogmatisme des écoles, et insistance sur l’idée que le médecin doit apprendre en observant la nature et en pratiquant, pas seulement en lisant. (PMC)
  • Michael Doan résume bien l’axe : Paracelse veut “purger” la médecine de l’aristotélisme scolastique pour permettre un progrès dans la pratique (wisdom of praxis). (PhilArchive)
  • Sur le plan des contenus, il pousse une médecine chimique (iatrochimie) et une thérapeutique des substances (pré-toxicologie : “la dose fait le poison” est l’étiquette moderne qu’on lui associe, même si la formulation varie selon les traditions). (Karger Publishers)

👉 Dans ta grille : il contribue à déplacer le “juge” de vérité du commentaire vers le faire (le geste clinique, l’atelier, la préparation, l’essai thérapeutique).

2) Ce qu’il n’est pas (et c’est crucial) : un théoricien du protocole expérimental moderne

Paracelse n’est pas Bacon ou Boyle. Sa notion de “science” reste largement compatible avec une épistémologie de type révélation / intuition inspirée, et avec une cosmologie de correspondances (microcosme/macrocosme, signatures, influences astrales), ce qui est très éloigné de l’idée moderne “preuve = dispositif reproductible + contrôle des variables”. La présentation Brill est explicite : pour Paracelse, la scientia est presque l’inverse de l’observation systématique et se manifeste via une intuition inspirée. (brill.com)

👉 Donc : il ouvre la porte en sapant l’autorité scolaire, mais il ne construit pas encore la méthodologie de preuve qui deviendra canonique au XVIIe.

3) Sa “place” dans la chaîne que tu poursuis

Je le situerais ainsi, en termes de dynamique :

Ockham (désencombrement + logique) → Buridan/Oresme (modélisation) → Humanisme (critique des sources) → Paracelse (praxis contre scolastique en médecine + chimie) → Bacon/Galilée (théorisation explicite de la méthode) → Boyle (preuve expérimentale comme fait public).

Paracelse est donc un accélérateur culturel : il rend pensable (et socialement désirable) l’idée que le livre ne tranche pas, que la vérité médicale doit se gagner dans l’atelier du monde — mais il le fait avec un outillage théorique encore mi-mystique, mi-naturaliste, typique de la Renaissance.

Si tu veux, je peux te donner ensuite la transition Paracelse → Bacon/Gassendi/Boyle en 5 points : ce qui se conserve (anti-autorité, valorisation du faire) et ce qui se transforme (formalisation, mathématisation, publicité/reproductibilité). (lien)

— Q : Non, le nom me vient seulement parce que Michel Foucault lui donne une place centrale dans "Les Mots et les choses". Qu'en penses-tu ?

— 🤖 : Tu as raison de faire remonter Paracelse via Foucault — mais il faut être très précis sur en quel sens il est “central”.

Chez Foucault, Paracelse n’est pas central parce qu’il inaugurerait l’expérimentation moderne. Il est central parce qu’il cristallise l’épistémè de la Renaissance, celle où connaître consiste d’abord à lire un monde de ressemblances et de signes (similitudes + signatures), avant le basculement cartésien/classique vers l’ordre, l’identité/différence, la représentation.

1) Paracelse comme figure-symptôme de l’épistémè Renaissance

Dans Les mots et les choses, Foucault mobilise Paracelse comme auteur paradigmatique de la “duplication du monde”par similitude : le monde se redouble, se répond, se “mime” — et ce redoublement fonde l’intelligibilité.

  • Exemple emblématique : Paracelse et l’image des deux jumeaux indiscernables pour dire l’“émulation” (une similitude qui n’a pas de modèle premier). 
  • Même logique avec l’homme “constellé d’astres”, microcosme corrélé au macrocosme : l’intelligibilité est relationnelle, analogique, signée. 

Autrement dit : Paracelse sert à rendre visible un régime où “la nature” est une prose : un texte de marques à déchiffrer, pas un système d’objets à isoler expérimentalement.

2) “Signatures” : la nature comme surface d’indices

Foucault insiste que, dans ce régime, il n’y a pas de ressemblances sans signatures (marques visibles qui indiquent les correspondances cachées). Paracelse est convoqué précisément sur ce point, dans une formule du type : Dieu n’a rien laissé sans “signes extérieurs et visibles”. 

Ça donne à Paracelse une place structurale : il incarne une épistémologie où la preuve n’est pas “répétabilité/mesure”, mais lisibilité des signes (et cohérence du réseau de correspondances).

3) Pourquoi Foucault en fait un pivot : la discontinuité avec l’âge classique

Foucault formule explicitement la rupture comme une discontinuité entre “les cercles de Paracelse” (monde de similitudes) et “l’ordre cartésien” (monde de représentation/ordre). 

Donc, oui : Paracelse est “central” comme point d’ancrage narratif pour décrire ce qui va être dépassé quand l’expérience occidentale du savoir change d’armature.

4) Et ton axe “expérimentation” : ce que ça implique

Si tu t’intéresses au moment où l’attention se détache des autorités pour aller vers l’expérimentation, chez Foucault Paracelse est surtout du côté d’avant : il est l’un des noms qui rendent intelligible la logique Renaissance (similitudes/signatures). Le passage vers l’expérimental moderne, chez Foucault, relève plutôt du renversement vers l’ordre/classique (Descartes et après), pas d’une maturation interne de la pensée paracelsienne.

Ce que tu peux retenir comme thèse “compatible Foucault” :

  • Paracelse ne fonde pas la preuve expérimentale ;
  • il maximise un régime du vrai fondé sur la lecture des signes ;
  • et cette maximisation rend la rupture ultérieure plus nette (quand la preuve devient procédure, mesure, dispositif).

Si tu veux, je peux te donner la micro-chaîne interne que Foucault mobilise autour de Paracelse dans ce chapitre (les noms récurrents juste après lui dans les notes : Crollius, Porta, Aldrovandi, Campanella, Cardan, etc.) pour montrer comment se propage cette épistémè des signatures — et ensuite la chaîne “de sortie” vers la représentation/classique." (lien)

 

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