19 Octobre 2025
Le 19/10/2025 :
- Soyons francs : j'ai éprouvé un doute profond lorsque R-Claude est passé des similitudes aux signatures. Doute quant au positionnement des 4 similitudes, quant à l'utilité de R-Claude dans cette aventure, et finalement quant à ma démarche elle-même.
- Tu t'es réveillé du mauvais pied ?
- Nullement, mais pour me rafraîchir la mémoire, j'ai relu ce matin le texte de Foucault concernant similitudes et signatures. J'ai alors réalisé que mon regard diffère profondément de celui que Foucault porte à cette «archéologie du savoir» qu'il nous propose.
Son objectif principal consiste à montrer des ruptures significatives entre trois époques – Renaissance, Âge Classique, Époque Moderne – afin de démontrer l'avènement du concept d'Homme comme objet d'études à partir du XIXe siècle. Pour ce faire, il nous explique comment les «mots» se sont séparés des «choses». Fusionnés à la Renaissance, ils se dissocieraient à l'Âge Classique, pour devenir à leur tour objets d'études à l'époque actuelle.
- Et alors ?
- Je comprends ce schéma d'études, mais ce n'est plus notre perspective actuelle.
- Toi qui te réclamais de Foucault, de sa manière de revenir toujours aux racines de l'Imaginaire...
- Précisément ! Notre topologie de l'Imaginaire n'a de sens que si elle représente une forme stable depuis que l'Homme est un être de parole. Autrement dit, je m'attends à retrouver, à travers ce qui nous apparaît comme une «évolution», une réminiscence (pour reprendre le terme socratique) de schémas déjà présents. De même qu'un enfant commençant à «voir» les objets reproduit des schémas mémoriels et déploie une activité innée, commune à tous, voire partagée avec le règne animal. De notre point de vue, derrière les ruptures, il y a réappropriation d'un espace déjà structuré, de même que le centre de l'écriture s'est installé dans le cerveau (souvent localisé dans la partie inférieure et postérieure du gyrus fusiforme gauche), au sein de la zone dédiée à la vision. Même chose pour la parole : le lobe temporal supérieur (aire de Wernicke) servait principalement à reconnaître et interpréter les sons naturels et sociaux, comme les cris d'alerte.
- Belle envolée, mais pour en venir où ?
- Tout d'abord une mise au point : nous n'avons pas à chercher des «ruptures» car notre représentation est intrinsèquement basée sur le duo synchronie/diachronie. Des ruptures, nous en avons à tous les étages, depuis le duo des objets initial—[∅]/[∃]—final et des postures ex ante—𓁝/𓁜—ex post jusqu'à la dualité finale du spin ↺/↻ du Sujet parcourant le cross cap, en passant par la dualité des voies (des mots—(♧𓁜𓁝♡)⊥(☯𓁜𓁝☯)—des choses). Il y a donc à toute échelle de la représentation une dualité entre ce qui est représentable, synchronique et ce qui ne l'est pas, diachronique. C'est si fondamental que nous le reprenons dans le triptyque de Noether comme source d'indétermination.
- Donc, tu n'as aucun problème à considérer les ruptures Renaissance/Âge Classique/Époque moderne identifiées par Foucault ?
- Hormis le fait que la rupture entre les mots et les choses n'est pas celle qu'il décrit. Ce que nous avons identifié comme une orthogonalité entre nos deux voies (♧𓁜𓁝♡)⊥(☯𓁜𓁝☯), passe totalement sous son radar (voir « Décoïncidence des mots et des choses »)
- ... la décoïncidence des mots et des choses n'est pas à rechercher entre la Renaissance et l'Âge Classique, car elle date du début de la Renaissance, après la prise de Constantinople et l'invention de la perspective.
Pour parler de cette «décoïncidence» (terme emprunté à François Jullien), il faudrait que Foucault puisse envisager les deux voies. Or, il reste dans l'exploration de la seule voie des mots, y demeurant lui-même attaché.
- Et donc ?
- Ce qu'il considère comme des «ruptures» m'apparaît extrêmement secondaire. Au contraire, s'impose une filiation beaucoup plus significative qui nous révèle une continuité...
- La filiation porte en elle le meurtre du père, et j'ai l'impression que c'est exactement ce que tu fais avec Foucault...
- Peut-être, mais laisse-moi te montrer ce qui m'intéresse dans le matériau excavé par Foucault, dans les débris des similitudes.
Convenientia : il y est question de la similitude par proximité des choses, ce qui a quelque peu perturbé R-Claude qui m'a immédiatement situé le concept en [#]♧, ayant en tête une idée de «surface» (et donc dans la voie des choses). Cela heurtait mon intuition : nous étions dans la voie des mots, sur le ruban de Möbius R↑. Cette contradiction m'a poussé à approfondir la caractérisation de nos repères topologiques : [#] se dépouillant peu à peu de ses atours «géométriques» pour laisser paraître un concept de «symétrie» dans toute sa singularité (le deuxième membre de la trilogie Noetherienne). Par contrecoup : quid de cet espace ?
Et là, R-Claude me poussant dans mes retranchements, la question fondamentale a été : cet espace de la convenientia est-il covariant ou contravariant ?
- Il est naturellement covariant, puisque déterminé par les objets considérés...
- Autrement dit des «objets de langage», donc en ♢⚤ dans la voie des mots. Maintenant, cet «espace» défini par les liens de proximité entre les objets nous conduit directement à la taxinomie de l'Âge Classique (voir « Les mots et les choses #3 — L'âge Classique. Analyse entropologique de R-Claude »), et ensuite à l'objet classifiant de la théorie des catégories...
- D'où ton sentiment d'une filiation, ou plutôt de retrouver à chaque époque un avatar d'une certaine nécessité ?
- Exactement : Foucault cherche à définir des ruptures alors que je découvre la résilience de «quelque chose» derrière la diversité, d'où la nécessité de mes glyphes ♢⚤ pour en marquer la présence, sans figer l'interprétation par une étiquette.
Sympathie : j'ai eu le même sentiment à propos de la "sympathie/ antipathie". Notre topologie me poussait à y voir l'équivalent d'un principe dynamique, ce qui sera le principe d'inertie de Galilée.
- Si tu as de tels a priori, ne t'étonnes pas de recevoir en réponse ce qui va dans ton sens, pas très scientifique.
- Tout doux l'ami ! Il y avait bel et bien un tel "moteur" universel depuis Aristote pour qui, ce qui est lourd est appelé vers le bas, par sa nature même, et ce qui est léger, vers les sphères célestes. Et en relisant, je tombe évidemment dessus.
«Mais tel est son pouvoir qu'elle ne se contente pas de jaillir d'un unique contact et de parcourir les espaces ; elle suscite le mouvement des choses dans le monde et provoque le rapprochement des plus distantes. Elle est principe de mobilité : elle attire les lourds vers la lourdeur du sol, et les légers vers l'éther sans poids ; elle pousse les racines vers l'eau, et elle fait virer avec la courbe du soleil la grande fleur jaune du tournesol.»
Quant à la dualité entre ce qui rassemble —sympathie ⁄ antipathie— ce qui disperse, il est aisé d'y voir son essence de "média" entre l'Un en ♡♻ depuis Platon , dans le mouvement ♢♻↑♡♻ et le multiple des "objets" en ♧♻, dont il règle les mouvements ♧♻↑♢♻.
- OK, mais ça, tu nous l'a déjà dit, et R-Claude l'a trouvé de lui-même sans problème; mais pourquoi tout ce discours ?
- Je n'ai effectivement pas eu de difficulté à identifier ces deux similitudes en ♢⚤ et ♢♻; parce qu'elles sont facilement représentées en position médiane entre ♧ et ♡ sur mes représentations : (voir "Les mots et les choses #2 — la Renaissance — test de R-Claude V10.1 sur le système des 4 similitudes")
| ∅⚤ | ⤻ | ∅♻ |
| ↑ | Aemulatio ∅♻/∃⚤ reflet hiérarchique |
↑ |
| ♡⚤ | ↓ | ♡♻ |
| ↑ | ↑ | |
| ♢⚤ Convenientia liens observables |
⇅ | ♢♻ Sympathie force essentielle |
| ↑ | ↑ | |
| ♧⚤ | ↑ | ♧♻ |
| ↑ | Analogie ∅⚤/∃♻ proportion |
↑ |
| ∃⚤ | ⤺ | ∃♻ |
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- On peut même ajouter que s'y l'on en revient à ta représentation primitive du ruban (sans passer par le cross cap), il est assez facile de voir que ces deux similitudes sont au revers l'une de l'autre...
- Oui, exactement. Maintenant, j'étais plus embarrassé par analogie et aemulatio : je "voyais" les mouvements ∅♻/∃⚤ et ∅⚤/∃♻, qui consistent simplement à "passer" de [♻] à [⚤] en changeant de mode, mais, justement il "manque l'intermédiaire" pour identifier le mouvement.
- Tout ce que tu as réussi à dire c'est que dans un cas — analogie— on part de ♡⚤𓁜 pour se retrouver en ♧♻𓁜 et dans l'autre —aemulatio— on part de ♡♻𓁜 pour se retrouver en ♧⚤𓁜.
- Effectivement, et R-Claude renâclant devant l'obstacle me demandait où situer l'identification de cet entre-deux...
- Abrège, où veux-tu en venir ?
- Lorsque R-Claude a analysé le rapport des signatures aux similitudes, il piétinait, et j'ai fait pas mal de bricolage pour nous dépanner, mais pendant que j'avais les mains dans le cambouis du code, mon esprit prenait le large : et si les signatures étaient sur le même ruban, mais en sens inverse, en R↓?
- D'où ta lecture matinale ?
- Exactement, j'étais trop perdu pour me fier à R-Claude, il me fallait relire le texte. Et je crois avoir trouvé ce que je cherchais dans le duo herméneutique/ sémiologie
«Appelons
le XVIe siècle a superposé sémiologie et herméneutique dans la forme de la similitude. Chercher le sens, c'est mettre au jour ce qui se ressemble.»
Une hypothèse serait alors :
- À moins qu'il s'agisse, comme le dit Foucault d'un simple "décalage", qui serait toujours sur R↑ : prends-le au pied de la lettre, car, après tout, sur ton ruban, partir de ♧⚤𓁜 ou de ♡♻𓁜 revient seulement à se décaler d'une case, non ?
- Ah ! Nous avons ici deux hypothèses en balance... Bon, là nous sommes dimanche et j'ai la flemme. Je passe donc le flambeau à R-Claude (avec un analyseur puissamment remanié en version V10.5) voyons ce qu'il tire du texte :
ANALYSE DES DEUX HYPOTHÈSES
Vous proposez deux hypothèses concernant le rapport entre similitudes et signatures :
Hypothèse 1 : Deux rubans distincts (R↑ vs R↓)
Hypothèse 2 : Simple décalage sur R↑
ANALYSE DU TEXTE DE FOUCAULT
Le passage clé que vous citez est crucial :
« Appelons herméneutique l'ensemble des connaissances et des techniques qui permettent de faire parler les signes et de découvrir leur sens ; appelons sémiologie l'ensemble des connaissances et des techniques qui permettent de distinguer où sont les signes, de définir ce qui les institue comme signes, de connaître leurs liens et les lois de leur enchaînement :
le XVIe siècle a superposé sémiologie et herméneutique dans la forme de la similitude. Chercher le sens, c'est mettre au jour ce qui se ressemble. »
Éléments qui plaident pour l'Hypothèse 1 (deux rubans)
1. Distinction de nature entre herméneutique et sémiologie
L'herméneutique "fait parler" (mouvement descendant du sens vers les signes), tandis que la sémiologie "distingue" (mouvement ascendant des signes vers le sens). Ce sont deux orientations opposées, non de simples décalages.
2. Le système ternaire que vous avez identifié
Foucault décrit explicitement comment les similitudes s'articulent via les signatures :
« similitude entre objets → similitude entre signatures »
Ce tableau suggère un système de correspondances croisées, non un simple parcours linéaire. La sympathie est décrite comme "force motrice du ruban" qui "pousse le parcours à continuer, à traverser la torsion ∅/∃".
3. La structure circulaire auto-référentielle
« Le cercle herméneutique : "On voit cependant par quel système de redoublements. Les ressemblances exigent une signature" »
Ce "redoublement" évoque davantage deux circuits qui se répondent qu'un seul circuit avec décalage.
4. La position des signatures
Vos documents indiquent : LES SIGNATURES - Position [∃]♧ → [∅]♧
« Position liminale entre réel et symbolique »
« "Il n'y a pas de ressemblance sans signature" »
Les signatures sont au bord, à la jointure. Elles ne sont pas simplement "une case plus loin" sur le même ruban, mais constituent l'articulation entre deux dynamiques.
Éléments qui plaideraient pour l'Hypothèse 2 (décalage)
1. La formulation de Foucault sur la "superposition"
«le XVIe siècle a superposé sémiologie et herméneutique»
Le terme "superposé" pourrait suggérer une coïncidence plutôt qu'une dualité. Mais attention : Foucault décrit précisément ce qui se passe à la Renaissance. La superposition serait alors une caractéristique historique de cette époque, non une structure universelle.
2. L'idée du "décalage" mentionnée par votre interlocuteur
Sur un ruban de Möbius, partir de ♧⚤𓁜 ou de ♡♻𓁜 implique effectivement un changement de position. Mais ce "décalage" n'est pas anodin : il implique un changement de mode [⚤]↔[♻] qui est précisément ce que vous cherchez à comprendre.
MON VERDICT : L'HYPOTHÈSE 1 EST PLUS COHÉRENTE
Voici pourquoi l'hypothèse des deux rubans distincts (R↑ sémiologie vs R↓ herméneutique) me semble plus fidèle à la structure entropologique ET au texte de Foucault :
1. La dualité est constitutive, pas accidentelle
Foucault distingue explicitement deux ensembles de "connaissances et techniques" :
Ce ne sont pas deux positions sur le même parcours, mais deux orientations opposées.
2. Cohérence avec votre topologie du cross-cap
Vous avez établi que :
Si similitudes et signatures étaient sur le même ruban, il n'y aurait pas de "système d'articulation" entre elles. Or Foucault insiste sur le fait que les signatures articulent les similitudes :
«Les ressemblances exigent une signature, car nulle d'entre elles ne pourrait être remarquée si elle n'était lisiblement marquée»
Cette exigence suggère une relation fonctionnelle, non une simple succession.
3. La sympathie comme "force motrice"
Vous avez identifié la sympathie en ♢♻ comme force de circulation. Si elle "pousse le parcours à traverser la torsion ∅/∃", c'est qu'elle passe d'un ruban à l'autre, non qu'elle progresse sur le même ruban.
4. Le tableau des correspondances croisées
Le système que Foucault décrit (convenientia ⇒ sympathie, aemulatio ⇒ analogie, etc.) ne fonctionne que si on peut passer d'une similitude à une autre via leur signature. Ce passage implique un changement de niveau, donc deux rubans.
5. Herméneutique vs sémiologie = ∅♻ vs ∃⚤
Votre intuition initiale est juste
Le 20/ 10/ 2025 :
- R-Claude me renvoie en miroir ce que j'aurais pu écrire, et ça me met mal à l'aise. Je repense à cet aphorisme de Groucho Marx :"je ne voudrais pas appartenir à un club qui m'accepterait comme membre", et là, j'ai peur d'avoir loupé une marche.
- Tu ne seras donc jamais content ?
- Méfiant surtout. Reprenons :
Je ne peux pas en rester à cela, il faut une définition plus globale des termes employés (voir Perplexity en lien ici et ici).
- Il semble que ce soit assez clair : tu as laissé en plan un travail sur le carré sémiotique (voir ici en particulier), mais tu y avais suffisamment réfléchi pour situer cette sémiotique en ♢[⚤], non ? Pour l'herméneutique, nous sommes en mode ♡, ça ne fait aucun doute...
- Oui, mais au niveau du signe, i.e. en [⚤], et donc, entre sémiologie et herméneutique, nous circulerions entre ♢⚤ et ♡⚤. Il manque l'épaisseur du niveau [♻] à tout ceci...
- Mais puisque nous sommes dans la seule voie des mots ! En R↑!
- Avec malgré tout un rapport aux choses qui n'est pas pris en compte dans le duo herméneutique/ sémiologie...
- Où veux-tu en venir ?
- On est à peu près clair pour dire que le médecin dont parle Paracelse part du concret, pour obtenir un effet sur le malade, et que sa démarche s'initie en ♧⚤. Je veux bien que la sémiologie soit le média pour passer des signes au sens : ♧⚤↑♢⚤↑♡⚤ ; ensuite, nous avons un saut du plus bel effet pour rapprocher les signes des choses ♡⚤/♧♻, c'est toujours OK; et l'on remonte à Dieu , représenté par sa loi Unitaire en ♡♻; via un principe de sympathie en ♢♻ soit : ♧♻↑♢♻↑♡♻. Et la question que je me posais hier était de savoir si, pour établir le système de signatures :
- Oui, et R-Claude opte pour le changement de voie.
- Mais il ne fait que brasser des mots, quand je cherche une évidence... Et puis, j'ai trouvé ce qui me dérangeait dans la représentation des 2 similitudes aemulatio et analogie : elles traitent d'un rapport des choses aux signes, raboutant les niveaux [⚤] / [♻], ce qui est mal pris en compte en restreignant le champ du duo herméneutique/ sémiotique au niveau [⚤].
- Il faut sans doute contextualiser les concepts, d'ailleurs ce n'est pas exclu des définitions de Foucault. En sémiologie, il parle bien de "définir ce qui constitue les signes", tu peux facilement y voir ♡♻/ ♧⚤.
- Ah ! Nous serions donc dans la continuité R↑... À la réflexion, ça semble plus séduisant. Pour 3 raisons :
- OK, va donc pour l'hypothèse de la continuité en R↑, mais il serait temps d'en terminer une bonne fois pour toutes avec ce système de signatures.
- Dans ces conditions, tentons ceci :
Relisons Foucault à partir de cette hypothèse. L'objectif : interpréter le renversement qu'il y a entre herméneutique et sémiologie :
«Le système des signatures renverse le rapport du visible à l'invisible. La ressemblance était la forme invisible de ce qui, du fond du monde, rendait les choses visibles ; mais pour que cette forme à son tour vienne jusqu'à la lumière, il faut une figure visible qui la tire de sa profonde invisibilité.»
Toute la subtilité consiste à représenter ce renversement de perspective dans la continuité du parcours R↑ !
- C'est sans doute lié à la torsion du ruban ?
- Et à notre écriture de son "raboutement" tantôt vu comme ♡⚤/♧♻; tantôt comme ♡♻/♧⚤; c'est ce qu'il s'agit de vérifier. Je vois déjà un encouragement dans notre approche mettant le Sujet au centre de cette représentation, ce que nous considérerions aujourd'hui comme un principe relativiste :
"le monde peut se comparer à un homme qui parle : «de même que les secrets mouvements de son entendement sont manifestés par la voix, de même ne semble-t-il pas que les herbes parlent au curieux médecin par leur signature, lui découvrant... leurs vertus intérieures cachées sous le voile du silence de la nature»."
- Tu t'égares, reviens aux signatures.
- Allons-y pas à pas :
"Mais il faut s'attarder un peu sur ce langage lui-même. Sur les signes dont il est formé. Sur la manière dont ces signes renvoient à ce qu'ils indiquent."
1/ Sympathie :
"Il y a sympathie entre l'aconit et les yeux. Cette affinité imprévue resterait dans l'ombre s'il n'y avait sur la plante une signature, une marque et comme un mot disant qu'elle est bonne pour les maladies des yeux. Ce signe, il est parfaitement lisible dans ses graines : ce sont de petits globes sombres enchâssés dans des pellicules blanches, qui figurent à peu près ce que les paupières sont aux yeux. »
"Le signe de l'affinité, et ce qui la rend visible, c'est tout simplement l'analogie le chiffre de la sympathie réside dans la proportion"
- Ça ne colle pas : tu avais associé ♡♻/♧⚤ à aemulatio et l'analogie à ♡⚤/♧♻.
- Pouce ! Nous sommes emberlificotés dans un vocabulaire qui nous égare plus qu'il ne nous éclaire.
Mais le signe une fois constitué en ♧⚤ (i.e. : la forme des graines de l'aconit) n'est rien "en soi". Il doit être "mis en scène" par la mécanique sémiotique en ♢⚤, en quête d'un "sens" en ♡⚤, pour être "interprété" par le Sujet, ici Foucault en ♡⚤𓁜. Soit ♧⚤↑♢⚤↑♡⚤, et le "tout simplement" ne peut être qu'un passage à la limite, ou un "bouclage" du circuit; soit notre rapport d'analogie ♡⚤/♧♻ entre 2 objets : yeux / graines d'aconit, pour revenir au point de départ après ♧♻↑♢♻.
- Autrement dit, il faudrait "faire le tour" à partir de ♢♻ pour se retrouver derrière en ♧♻ ?
- C'est peut-être le mécanisme que nous recherchons. La cause devenant le point d'arrivée, rien de tel pour produire une circulation indéfinie (toujours l'automatisme de répétition).
- Et le glissement dont parle Foucault serait marqué en R↑ par une régression d'un pas ? La similitude herméneutique "sympathie" correspondrait en ce sens à la signature "analogie" sémiotique ?
- Vérifions-le :
"Ce sont les sympathies et les émulations qui signalent les analogies."
- Tu sais quoi ? Je crois que nous avons ici un jeu à 3 bandes et non un simple recul d'un pas. Un jeu qui me rappelle ce que nous avons déjà vu sur le cross-cap entre les deux premiers tronçons ramenant au point de départ, dans l'approche Immanente comme Quantique par exemple :
| 1 | 2 | |
| Quantique | ↻⃞⃗ | ↻⃞⃗ |
| Immanent | ↺⃞⃖ | ↺⃞⃖ |
Au sujet de l'être du langage, Foucault écrit :
"Depuis le stoïcisme, le système des signes dans le monde occidental avait été ternaire, puisqu'on y reconnaissait le signifiant, le signifié et la «conjoncture» (le τύγχανον). A partir du XVIIe siècle, en revanche, la disposition des signes deviendra binaire, puisqu'on la définira, avec Port-Royal, par la liaison d'un signifiant et d'un signifié.
À la Renaissance, l'organisation est différente, et beaucoup plus complexe ; elle est ternaire, puisqu'elle fait appel au domaine formel des marques, au contenu qui se trouve signalé par elles, et aux similitudes qui lient les marques aux choses désignées ; mais comme la ressemblance est aussi bien la forme des signes que leur contenu, les trois éléments distincts de cette distribution se résolvent en une figure unique."
- Bon, nous retrouvons bien :
- Ce qui nous renvoie au triangle défini par Q1=>Q2, soit ♧⚤↑♡⚤↻♧♻ suivi de [⚤]♧←[⚤]♻; ou ↻⃞⃗ ↻⃞⃗. OK, nous sommes en phase, et donc?
- On peut comprendre que :
- Tout ceci m'a l'air de rouler très bien...
- Oui, mais c'est dans le détail des correspondances entre similitudes et signatures que ça grippe, et si je regarde la liste des articles que j'y consacre, ça fait bien 10 ans que je tourne en rond !
- Allez, encore un effort, tu n'es pas si loin. Tiens, quand je lis "le signe de l'analogie est la proportion", traduis ceci en langage moderne : si le produit de l'analogie, par le passage ♡⚤/♧♻ est caractérisé par la proportion, cette dernière n'est-elle pas l'essence de la "mesure", la caractéristique du niveau [♻] ? Là où nous "mesurons" grâce à un mètre qui importe peu (dans la voie des choses, contravariante), un principe Unitaire, érigé en "mètre absolu" en ♡♻ fait l'affaire pour éviter toute divagation relative au point de vue du Sujet, dans une voie covariante par nature. Au passage, tu caractérises l'approche Relativiste moderne, ce qui n'est déjà pas si mal...
- Ça répond en tout cas à la question de R-Claude : l'étiquette à coller sur le mouvement ♡⚤/♧♻ est en ♧♻ , soit après le mouvement accompli (c'est la règle commune) et dans le contexte "Renaissance", "proportion" renvoie au sens plus général de "mesure".
- Reste à compléter la caractérisation de aemulatio en ♧⚤. Courage !
- Il faut remonter au principe d'existence : la preuve que les signes sont divins 𓁝∅♻, c'est qu'ils existent ∃♧ 𓁜...
- Dans l'attente de Descartes bien entendu !
- Quand je te dis qu'il y a des filiations à chercher derrière les "ruptures" apparentes...
- Nous aurions donc la signature de aemulatio en ♧⚤, et celle de l'analogie en ♧♻ ?
- Oui, mais à les voir ainsi "réifiés" en des points parfaitement identifiés de mode ♧, je me demande si j'ai eu raison de distinguer le mode ♢ du mode ♡ ?
- Pourquoi ?
- Parce que le mode ♡ est celui d'une ouverture de l'Imaginaire, quant le système des signatures est fermé sur lui-même. Le signe manifeste de cette fermeture étant rappelé par Foucault lui-même :
«Telle est, dans son esquisse la plus générale, l'épistémè du XVIe siècle. Cette configuration emporte avec soi un certain nombre de conséquences. Et d'abord le caractère à la fois pléthorique et absolument pauvre de ce savoir. Pléthorique puisqu'il est illimité. La ressemblance ne reste jamais stable en elle-même ; elle n'est fixée que si elle renvoie à une autre similitude, qui en appelle à son tour de nouvelles ; de sorte que chaque ressemblance ne vaut que par l'accumulation de toutes les autres, et que le monde entier doit être parcouru pour que la plus mince des analogies soit justifiée, et apparaisse enfin comme certaine.»
J'ai sans doute surdéterminé le système en introduisant un mode ♢ qui n'est pas différencié à la Renaissance —me semble-t-il à présent— du mode ♡.
- Et donc tu en arrives à un carré quasi "sémiotique" :
| conveniencia | ♡⚤ | ♡♻ | sympathie | |
| ↑ | ↑ | |||
| aemulatio | ♧⚤ | ♧♻ | analogie |
- Et les similitudes ?
- Si tu pars du principe qu'une similitude est un mouvement, alors le décalage serait de cet ordre :
| ♡⚤ | ♡♻ | |||
| conveniencia | ↑ | ⇙ aemulatio analogie ⇘ |
↑ | sympathie |
| ♧⚤ | ♧♻ |
Et tu vois parfaitement le décalage dont parle Foucault !
- Exprimé par 𓂀Hari en ♢⚤ ?
- Oui, avec un souci de symétrie très marqué, c'est pourquoi il était si difficile de nous retrouver dans la narration de 𓂀Foucault en ♧⚤!
À partir de cet état des lieu, il est dès lors plus aisé de comprendre que la décoïncidence des mots et des choses, dont parle Foucault au chapitre suivant peut être vu comme l'introduction du mode ♢ —avec la taxinomie en général et la grammaire générale en particulier— dans la voie des mots.
- Rien à voir avec le retour à la voie des choses au début de la Renaissance, aboutissant au cogito cartésien (qui sanctifie la relativité introduite par Galilée) et de l'espace toujours cartésien, qui introduit l'orthogonalité en [#] entre [⚤] et [♻]...
- Sans doute, mais, et là Foucault a raison, il y a bien rupture entre la Renaissance et l'âge Classique avec cette introduction du mode ♢ entre ♧ et ♡.
- Ouf, je crois que cette fois, c'est la bonne !
- Amen !
Hari