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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #35 — XIVe siècle — Duns Scot

 

6. La révolution du XIVe siècle

Le 14/ 02/ 2026 :

- Avec Matthieu d'Aquasparta, nous venons d'assister à une avancée majeure: la prise en compte de la non-existence d'un objet de penser (la fameuse maison heptagonale d'Avicenne). Après maintes réflexions, nous avons placé ce duo existence/ non-existence en ♢.

- En faisant un rapprochement (cf. Note 3) avec la théorie des Ensembles :

  • Être <=> le singleton  {*}
  • non-Être <=> l'ensemble vide  { }

Mais pourquoi y revenir ? 

- Parce qu'en prolongeant la réflexion, il vient que la structure { } (structure d'ensemble dans la théorie éponyme) permettant cette écriture, est l'armature édictée en ♡ par Peano transcendant toute la théorie. C'est une métaphore très évidente  de la démarche de Matthieu (cf. ici dans #34).

- Et tu as fait le rapprochement avec l'objet transcendantal nécessaire à la connaissance ? Mais je ne vois pas le rapport avec ce qui nous intéresse ici ?

- J'étais parti sur l'idée que le credo Trinitaire plaçait la copule "être" en ♧ (dans une réalité où "le Fils ⚤ (à l'image du père) Est ♻ le Père "). Ce n'est bien entendu qu'une hypothèse, mais elle me semblait assez solide. Or donc, nous aurions un concept "être" qui se baladerait entre ♧ (depuis le concile de Nicée) et ♡, chez  Matthieu que nous venons de quitter...

- Le rapprochement n'est pas trop difficile à faire si tu suis strictement ta syntaxe (cf. "Syntaxe de l'Entropologie"):

     
  essence
existant
     
de rem   en re  

N'oublie jamais que notre écriture ♧/♡, est une façon elliptique de décrire un saut hors de l'Imaginaire pour rabouter les deux extrémités d'un Ruban de Moebius, dont les bords sont [∅] et [∃]. Nous avons:

  • Le triptyque de Lacan : Réel—[∃𓁜 Imaginaire 𓁝∅]—Symbolique.
  • Dans l'Imaginaire selon R ; la clôture du ruban de Moebius Imaginaire qui nous intéresse est celle-ci  :
    => ♧𓁜𓁜/𓁝∅𓁜;
  • Le "saut" permettant de passer du Réel au Symbolique se traduisant par un changement de posture du Sujet ∃𓁜/𓁝, qui est éludé dans la représentation Imaginaire ♧𓁜/𓁜.
  • La fermeture Imaginaire se traduisant précisément par la forclusion du changement de posture 𓁜/𓁝.

- Merci pour le rappel, mais pour en revenir à notre "être transcendant" ?

- Comme le disait mon ami Pierre, "au-delà des barrières il n'y a plus de limite". Autrement dit, la distinction Réel/ Symbolique est d'ordre purement Imaginaire, d'où notre cross-cap (et sa dégénérescence en ruban de Moebius), mais je ne vais pas refaire le cours...

- Autrement dit ces deux représentations sont compatibles avec l'idée d'un "être" transcendant toute représentation ?

- Oui, étant entendu que si notre topologie de l'Imaginaire peut en rendre compte, elle ne justifie aucune thèse. Notre syntaxe étant basée sur une dualité Yin/ Yang avec le vide à la place de l'être, du vide tout peut advenir (propriété universelle de l'objet initial), même Dieu...

- Et Duns Scot dans tout ceci ?

- J'avoue m'être un peu écarté du sujet. C'est son intérêt pour la Vierge Marie qui m'a fait penser à la Sainte Trinité, et je me demandais comment, à partir de là, concilier une approche théologique de l'être —avec l'homme à l'image de Dieu— et cette approche rationnelle de Matthieu... La suite nous dira si cette dualité d'approche a posé problème à l'époque.

Duns Scot et la connaissance intuitive du singulier

"C’est chez Duns Scot que les réflexions d’Henri de Gand et de Matthieu d’Aquasparta aboutissent à une synthèse qui donne sa configuration spécifique au XIVe siècle. Le génie de Scot est que, tout en reprenant certains de leurs problèmes et une partie de leur instrumentation conceptuelle, il déplace l’ensemble de la discussion sur un terrain personnel et offre des solutions nouvelles qui prennent place dans un cadre théorique plus large. La critique d’Henri de Gand joue chez Scot le même rôle que la critique de Scot chez Occam : c’est un point de départ revendiqué, une stimulation, une référence majeure. " p. 415

Deux thèmes majeurs :

  • En ♢ : Avec Henri : l'élimination des "espèces intelligibles";
  • En♢: Contre Henri : "Scot soutient que les fantasmes seuls ne peuvent rendre compte de la connaissance des universaux."

"Il aborde également la question de la connaissance intellectuelle du singulier, notamment celle de la connaissance intellectuelle, ou, comme il dit, «intuitive» et directe du singulier, réservée par Henri à Dieu, aux anges et aux âmes des Bienheureux." p. 415

Et Scot veut concilier les deux approches théologique et philosophique.

  • L'approche théologique impose de résoudre deux problèmes :
    • L'homme doit pouvoir atteindre par l'intellect ([⚤]) à une vision de Dieu, (la béatitude), or Dieu étant unique, il doit être possible par l'intellect de connaître le singulier;
    • Dieu pouvant tout, ne peut être cantonné à une connaissance directe des choses ([♻]) il doit également en avoir une connaissance "intellectuelle" ([⚤]).
  • Philosophiquement, Aristote paraît exclure une approche intellectuelle du singulier, pour qui "la sensation porte sur l'universel".

"Face à cette alternative, Scot revient sur la thèse d’Henri de Gand, accordant à l’intellect bienheureux la connaissance intellectuelle du singulier, et il cherche le moyen de l’étendre à l’intellect de l’homme en cette vie. Cette tentative l’amène ainsi à distinguer deux sortes de connaissance intellectuelle, l’une portant sur les universaux, l’autre, qu’il appelle « intuitive », portant sur les singuliers." p. 416

"Ce qui est distingué formellement en toute chose (mais n’est pas, pour autant nécessairement connu, ici-bas), c’est

  • a/ sa nature,
  • b/ son existence,
  • c/ sa singularité.

Cette distinction vaut pour la chose en tant qu’objet de connaissance [i.e.: en [⚤]], elle n’est pas réelle ex parte rei (dans la sphère de la réalité extramentale [i.e.: en [♻]]), mais réelle dans l’intellect." p. 416

Et c'est à cette fin que Scot revisite les démarches d'Avicenne et Matthieu, conduisant à ce tableau en 3 parties de la connaissance "formelle".

  • "a/ La nature de la chose est connue par ce qu’il appelle tantôt «intellection quidditative», tantôt, et c’est la terminologie qui nous intéresse ici, «connaissance abstractive» ou «non intuitive».  p. 417

- Chez Matthieu, tu avais hésité à placer cette intellection quidditative en ♧ ou ♡.

- Oui, et j'avais tranché en comprenant l'intellectuation des essences de cette façon :
=> essence (indifférence d'Avicenne)—♡/quiddité=> abstractive - non intuitive;
en duo avec un lien entre l'existant d'Avicenne (à la place de la substance d'Aristote) et l'être de Matthieu (l'indifférence être/non-être):
=> existence—♧/être ou non (indifférence de Matthieu)=> intuitive

- Ça fait beaucoup de vocabulaire, et autant de chance de faire des contresens !

- Je ne peux que faire des suppositions à partir de ma lecture, cela se vérifiera ou non par la suite.

  • b/ L’existence doit pouvoir être connue par une connaissance intellectuelle intuitive (Scot allègue sur ce point une nouvelle raison théologique : dans l’acte de vision béatifique, Dieu, qui est singulier, doit non seulement être perçu, mais perçu impérativement comme existant, faute de quoi la béatitude pourrait être causée par un objet non existant) : la question est donc de savoir si l’homme a ici-bas une telle connaissance.

- Là tu retrouves la connaissance intellectuelle intuitive que nous venions de situer en complément de l'intellection quidditative de Matthieu. (que de vocabulaire !)

- OK, c'est très verbeux, mais tu as bien entre a/ et b/ un rapport à établir (i.e.: boucler l'Imaginaire)  pour dire : l'essence ♡  (de l'objet en ♧est la quiddité ♧ .

  • c/ La singularité doit pouvoir être connue par une connaissance intellectuelle intuitive : la question de savoir si l’homme a ici-bas une telle connaissance ne se pose pas, car à l’évidence nul ne peut identifier directement deux objets identiques qui auraient été intervertis à son insu." p. 417

- Si j'interprète correctement : la connaissance intuitive du singulier est possible intellectuellement, mais pas pour l'homme ordinaire (qui est facilement trompé), mais réservé à Dieu, aux Anges, et à la rigueur au Bienheureux... C'est une façon de sauver les meubles en respectant Aristote...

"Puisque, pour l’homme viateur, la question de la connaissance de la formalité distinguable se pose au seul niveau de b – le niveau a étant non problématique, et le niveau c impossible –, il est nécessaire de donner une théorie cohérente de la connaissance intellectuelle articulant systématiquement b à a ." p. 417

- Bon, ça a l'air de coller avec nos déductions antérieures.

"Pour penser cette relation, Scot utilise le modèle de la connaissance sensible. Il y a deux manières de sentir :

  1. la première «atteint un objet dans son existence propre et actuelle» (c’est la sensation d’une chose) [l'actualisation d'Aristote ♢ ];
  2. la seconde n’«atteint pas l’objet existant en lui-même [i.e.: l'abstraction d'Aristote ♧ abouti aux fantasma du domaine du potentiel],
    1. soit parce que cet objet n’existe pas, [i.e.:  potentiel]
    2. soit parce que la connaissance n’est pas connaissance de l’objet en tant qu’il existe actuellement» (on peut avoir l’image d’une couleur aussi bien quand elle n’existe pas que quand elle existe) [i.e.:  ♢]." p. 418

- On voit l'intention revendiquée d'établir "intellectuellement" un parallèle entre les deux approches : Reale— [♻]/[⚤]—Nominale. Et Scot établit un parallèle en [⚤] avec  Aristote en [♻].

"À l’instar du double mode de la connaissance sensible [i.e.: abstraction/ actualisation], on peut ainsi poser un double mode de la connaissance intellectuelle des objets simples (c’est-à-dire les objets de la première opération de l’intellect [i.e.: en ], par opposition aux propositions et aux syllogismes [i.e.: en ♧]) :

  1. Le premier est la connaissance abstractive, ou, pour mieux dire, abstraite, telle que l’avait définie Matthieu d’Aquasparta. Selon Scot, cette connaissance est indifférente à l’existence ou à la non-existence, à la présence ou à la non-présence de l’objet.[i.e. : ou  ? ]
  2. La seconde est intuitive, elle est «connaissance précisément», praecise, c’est-à-dire «limitée à», «exclusivement de» l’objet «présent en tant que présent et existant en tant qu’existant».[i.e. : /]" p. 418

- Ce n'est pas très clair, non ?

- Il faut partir de l'intention du Sujet en ♡𓁜 (mise à la place de l'intention d'universalité d'Avicenne), procédant à une construction à partir de pièces de Lego.

  • En ♧: Les pièces du Lego;
  • En ♧𓁜𓁝♢ : Des agencements au hasard, l'enfant pouvant construire n'importe quoi pourvu qu'il respecte les possibilités d'emboitement des pièces (la syntaxe). Ce qui peut produire des représentations réalistes comme des chimères (i.e. les éléments ♧𓁜 deviennent parties d'un ensemble 𓁝)
  • En 𓁝♡𓁜 :
    • Le Sujet choisit ♡𓁜𓁝♡⚤ ce qu'il veut "exprimer";
    • Le Sujet exprime ce qui fait sens pour lui 𓁝♡𓁜.

C'est en ce sens que je comprends :

  • En ♧ : la construction de potentialités;
  • En ♡⚤ : "l'abstraction" comme actualisation d'une potentialité.

- Tu nous fais un cours sur la cohomologie ? C'est peut-être un poil en avance sur le siècle, non ?

- Oui, je m'emballe peut-être Prenons-le dans l'autre sens, et ça aura l'avantage de boucler R. On pourrait dire plus simplement que le sens du prédicat ♡⚤ est "abstrait" des potentialités du langage en ♢...

Duns Scot   Aristote
intention   essence
abstraction   actualisation
syllogismes intuition
fantasma
composition   abstraction
quiddité   sensible
  de rem   en re

- Et le jugement sur l'existence ou non de ce dont on a l'intuition prépare à ce que le neurologue JP Changeux nous dit : la prise de conscience 𓁝/𓁜 est le point de rencontre entre :
Concept(𓁜↑𓁝)(𓁜/𓁜)Percept.

- Quand Alain de Libera parle de révolution, tu commences à comprendre pourquoi !


Le 16/ 02/ 2026 :

- Revenons juste un instant sur mon hésitation quant au sens du mouvement entre ♢ et ♡. Le sens ou  traduit juste un changement d'intention du Sujet :

  • 𓁜𓁝♡ : c'est une question portant sur le sens d'une expression (existe-t-il une maison heptagonale ?) avec
    • => la réponse comme "passage à la limite" : 𓁝♡𓁜 (ça n'existe pas)
  • 𓁝♡𓁜 : c'est l'expression syntaxique (la phrase : "une maison heptagonale n'existe pas")
    • => d'un choix sémantique ♡𓁜𓁝♡ : 𓁝(n'existe pas) parmi les potentialités (existe, n'existe pas)𓁜.

Cependant, pour interpréter la jointure ♧𓁜/𓁜 comme "intuition", tu es de facto sur R↓ comme Avicenne. Il y a donc déjà là, une superposition des deux schémas R et R, qui permet le jeu du Sujet en ♢𓁜𓁝♡.

- OK : tu n'arrives pas à te dépêtrer de ton idée de cohomologie, et tu veux en voir ici les prémisses :

  • Dans un sens R : une "potentialité" du langage portée par ♧;
  • Dans l'autre R↓ : une "actualisation" sous forme de "contrainte" sémantique ♡, que tu mets à la place d'une "abstraction" de sens inverse ♢.

Mais fais l'effort d'oublier tes a priori, garde pour l'instant le schéma précédent, et reviens au texte ! 

- Si Duns Scot réserve à l'origine la connaissance intuitive aux bienheureux, implicitement chez lui et plus directement d'autres à sa suite y voient "en l’homme pro statu isto (dans «l’état présent» de l’homme, consécutif au péché d’Adam)" un moyen d'accéder à la connaissance du sensible.

"Le principal argument pour, au moins, former l’hypothèse est que ce qui est possible aux sens doit être possible à l’intellect, «puisqu'une faculté plus parfaite et plus haute doit connaître d’une chose ce qu’en connaît une faculté inférieure»." p. 418

Il s'agit ici de chercher à conforter la similitude entre ♡ (l'intellect agent) et ♡⚤ (l'intelligible). 

"Sur cette base, Scot montre

  • a/ que l’intellect peut «connaître intuitivement ce que les sens connaissent» [i.e.: /] et
  • b/ qu’il connaît aussi les sensations.(sensationes).[i.e.: ♢]

Les deux thèses sont prouvées par le fait que «l’intellect connaît des propositions contingentes vraies et syllogise à partir d’elles» [i.e.: ♢/]. Or la «vérité de ces propositions concerne des objets qui sont connus intuitivement, c’est-à-dire sous la raison de leur existence, qui est celle sous laquelle ils sont connus par les sens» (sub ratione existentiae, sub qua cognoscuntur a sensu)." p. 419

On voit bien, effectivement, les deux voies par lesquelles l'intellect en ♡ perçoit le sensible, soit de façon intuitive directe /, soit en passant par l'articulation de quiddités en ♢ , impliquant la connaissance directe ♡  à partir des fantasma ♢

"C’est à l’occasion d’une réflexion sur la réminiscence que Duns Scot formule sa théorie la plus originale: l’intuition intellectuelle du singulier. Mais cette réminiscence n’est pas celle de Platon. Et, autre rupture forte et symbolique, elle s’oppose à Avicenne et à sa négation de la mémoire intellectuelle ! Pour l’historien, cette réminiscence est un essaim de symboles." p. 419

On voit effectivement que le passage précédent de ♡♻ à ♡, rappelle la réminiscence [⚤][♻] de Platon, liée au singulier dans la jointure [⚤]/[♻] ; pour mémoire (cf;: #23):

  Platon   Aristote   Avicenne
  [⚤] [♻]         
       
[⚤] [♻]         
Multiple   Un                

- Comme tu le vois l'intuition  de Duns Scot est la jointure inverse  de celle de Platon.

- À ceci près que de Libera indique une opposition à Avicenne, quand tu marques une similitude !

- Ah ! l'opposition n'est en ♡ mais dans la façon d'alimenter ♢.

  • Chez Avicenne : ♢ émane du "Donateur de Formes", au-dessus de ♡, comme un Soleil éclairant tout ce que le sujet peut concevoir ; ∅, le Sujet n'étant guidé que par une "intention d'universalité", il puise dans ce qui est déjà là, hors de lui;
  • Chez Aristote : 
  • Chez Duns Scot : ♢  se charge à partir de ♢ : i.e.: /.

Démarche immanente chez Duns Scot et Aristote, transcendante chez Avicenne.

"Le problème philosophique de la mémoire intellectuelle était posé depuis Avicenne, qui la rejetait, mais il remontait à Aristote, qui, dans le De anima, expliquait l’impossibilité du «souvenir» après la mort par une distinction entre la connaissance intellectuelle pure et la connaissance par fantasmes (connaissance qu’Averroès avait mise en relief sous le nom d’«intellect passible», le nom aristotélicien de la cogitative dans la tradition galénique). Le problème théologique était ouvert depuis le XIIIe siècle et prenait une importance croissante dans la définition théologique de l’identité personnelle, essentielle à la problématique de la vision bienheureuse, de la connaissance des âmes séparées et de la rétribution des actes. C’est donc un lieu stratégique de la problématique de l’aristotélisme qui s’exposait là. La connaissance intuitive du singulier n’était pas qu’un problème d’épistémologie confiné dans le cadre de Seconds Analytiques, II, 19, c’était un problème capital pour la théorie de l’âme et la psychologie." p. 419

- Si je comprends bien, le Sujet ne se définit pas seulement par les sens, mais également par son intellect, non plus compris comme "mouvement" mais comme "substantiel" ? Il faut un "réservoir" en ♢  répondant au "réservoir" des fantasma en ♢ ?

- Tu vois bien que nous sommes très loin de tes considérations sur la cohomologie. Pour qu'il puisse y avoir un cheminement vers Dieu, et surtout la récompense de chacun selon ses mérites, il faut affirmer la persistance du Sujet, et la parabole des talents implique que le maître puisse identifier chacun de ses serviteurs !

- Que le Sujet soit singulier, c'est entendu, mais le rapport à la connaissance intuitive du singulier ?

- Pour que Dieu juge de ses actes, encore faut-il qu'il que l'homme ait le choix, fondé sur une appréhension juste du sensible. Et ce jugement divin ne porte pas sur ce qui échappe à la conscience, en ♡, mais sur ce dont il a "pris conscience" en ♡. En ce sens, la question théologique est très cohérente, et Duns Scot y répond parfaitement :

"La découverte centrale de Scot est que l’esprit humain a la possibilité de se souvenir à la fois de ses propres actes [i.e.: en ] et des actes des sens[i.e.: en ♢], et que cela implique qu’il ait la possibilité de connaître ses propres actes [i.e.: ♢]  et ceux des sens [i.e.: /] ." p. 420

Une fois ceci bien compris, la suite est plus évidente, je te laisse la lire à titre d'exercice. Conclusion de l'auteur :

"Avec sa théorie de la connaissance intuitive des actes de connaissance abstractive, Scot explique à la fois comment je vois la caballéité, comment je vois le cheval et comment je vois que je vois et la caballéité et le cheval. La théorie des universaux et la théorie de la perception sont articulées dans une seule théorie des actes de connaissance." p. 424

L’UNIVERSEL SELON DUNS SCOT

- Alain de Libera rappelle le rôle institutionnel de Scot au sein de l'Église, et que son influence est telle qu'il a été souvent utilisé au risque de déformer sa pensée. Bref :

"Pour accéder à la position de Duns Scot sur les universaux, en échappant à la fois à Thomas et à Kant, il faut prendre la mesure de sa double exigence et suivre la manière dont Scot y fait droit. Il faut comprendre pourquoi et comment la position scotiste suppose à la fois

  • que l’universel prédicable est un simple concept et
  • que la communauté dans les choses a un fondement réel." p. 425

Tu retrouves, bien évidemment :

  • En ♧⚤ : la quiddité / universel prédicable/ simple concept;
  • En ♧ : la communauté des choses, (abstraction d'Aristote) à partir du sensible;
  • En ♢ : l'actualisation d'Aristote, aboutit à essence des objets potentiels en ♢ ;
  • En ♡/⚤ : le passage de l'essence à la quiddité.

- Pourquoi cette référence à Kant ?

- Il s'agit de ses "conditions a priori de la connaissance",  qui sont implicitement dans la possibilité divine offerte à l'homme d'avoir une "intuition du sensible ♧/.

Ceci dit toute la difficulté de la démarche de Scot est de concilier une approche résolument immanente chez Aristote, avec une existence transcendante de Dieu, tout en évitant l'émanatisme d'Avicenne...

- D'où son surnom de "docteur subtil", sans doute ! (Note 1)

- Sans doute. Partons d'Avicenne : 

  • En ♡ : l'essence indifférente au multiple est "dans l'âme";
  • ♻ : passage hors de l'âme; l'essence "s'habille" de caractéristiques (espèce, genre...) mais toujours non-existant;
  • : passage à l'existant et au singulier.

"...elle couple la singularité (ou propriété) avec l’existence hors de l’âme et la communauté avec l’existence dans l’âme. Scot rejette ce couplage : «Le rapport de la communauté et de la singularité à la nature n’est pas le même que celui qu’ont avec elle l’être dans l’intellect et l’être véritable hors de l’âme.»" p. 426

Effectivement, si tu reprends le parcours d'Avicenne :

    Avicenne    
dans
 l'intellect
singulier   indifférence
au multiple
dans
l'âme
        séparé
      existant

Or, chez Aristote, le passage R permet le singulier en ♡.

"Si ces deux rapports à la natura [i.e.: en ] ne se recouvrent pas, c’est que la communauté n’est pas une propriété qui échoit à la nature du fait de la pensée, mais une propriété qui, non moins que la singularité, «convient à la nature hors de l’intellect» : la seule différence est que la communauté convient d’elle-même à cette nature, alors que «la singularité lui convient par un aliquid dans la chose qui la contracte» et fait qu’elle devient propre à cette chose singulière." p. 426

Ce quelque chose dans l'objet sensible (aliquid), en est "abstrait" ♧ au sens d'Aristote, s'opposant à "1" vu comme élément ♧ de la catégorie "quantité" en ♧ (toujours selon Aristote). C'est en cela qu'il est Reale.

"D’autre part, Scot transpose à la communauté ainsi entendue la définition qu’Avicenne attribuait à «l’universel employé en logique» : la « non-impossibilité intrinsèque d’être prédiqué de plusieurs »."  p. 426

- Vois-tu le malaise ?

- Oui, il est toujours tiraillé entre deux approches R et R. Ici par exemple, et pour le multiple, il reprend la jointure d'Avicenne potentiel—♧/universel en récupérant au passage son intention d'universalité en ♡.

"Le commun dont parle Duns Scot, qui n’est pas l’universel, n’est donc pas «commun au sens où il serait prédicable de plusieurs» (praedicabile de multis), mais «au sens où il ne lui répugne pas d’être dans un autre [sujet] que celui dans lequel il est»." p. 427

Facile à comprendre :

  • 𓁜 : l'universel est une totalité 𓁜 ;
  • 𓁜𓁝 : ce sujet 𓁜 est-il 𓁝 dans cet universel ?
  • La réponse dépend du jugement du Sujet 𓁝𓁜.

De ceci, bien entendu, découle que l'universel n'est pas ούσία d'Aristote.

- Et par là, il serait "Nominaliste" ?

- Comme tu le vois depuis le début, il est à la charnière des deux, à un moment historique où il est en capacité d'être écouté, d'où son importance.

"Ce qui veut dire :

  • a/ qu’il y a une unité réelle mais non numérique dans la chose et
  • b/ que l’universalité dans l’intellect n’est pas la communauté dans la chose." p. 427

- Tu remarqueras que c'est une attitude largement répondue encore de nos jours... Je n'insiste pas.


 

Le 17/ 02/ 2026 :

"Dans les Quaestiones subtilissimae rédigées vers 1295, Scot réfute deux des thèses qui deviendront centrales pour les nominalistes du XIVe siècle:

  1. il n’y a pas d’autre unité concevable que celle de la chose singulière;
  2. il n’y a pas d’autre différence réelle que la différence numérique." p.429

- Je ne comprends pas l'enjeu ?

- C'est toujours le refus de partitionner un tout. Les Nominales veulent rester au niveau [⚤] avec l'idée qu'une collection de billes est constituée de billes unitaires. La collection "en soi" est et reste une "multitude de billes".

- Mais c'est ta représentation du problème, non la leur, n'est-ce pas ?

- C'est ce qui est passionnant et justifie notre enquête ! Il y a une impossibilité objective, mathématique, à ramener une partition dans le continu en [♻] à une approche "ensembliste" discontinue en [⚤]. Nous en avons pris conscience vers 1873 (ici) lorsque Cantor nous a donné les mots pour le dire, mais comment au XIVe siècle, cette difficulté inconsciente par définition, fait-elle symptôme dans le discours ?

- Un automatisme de répétition dans le passage de [♻] à [⚤] ? 

- Oui, les allers-retours entre Reales et Nominales peuvent se comprendre ainsi, mais le plus intéressant sans doute, c'est cette notion Reale que l'unité soit pour ainsi dire la marque de l'objet en [♻].

- Je ne te suis pas ?

- Change de point de vue, et dis-moi ce qu'est un objet pour toi, ici et maintenant ?

- Quelque chose qui persiste ?

- Précisément. Tu ne le définis pas en soi, mais par rapport à l'expérience que tu en as. Reviens aux travaux de Piaget ou, pour rester en psychanalyse, au jeu de fort/da du petit Ernst rapporté par Freud. L'objet "persiste", en ce sens que c'est toi qui persistes à utiliser une seule étiquette pour le désigner, alors qu'il change de forme, de couleur, qu'il se déplace etc... Bref il existe pour toi, au sens où il sort d'un Réel inconnaissable, pour entrer dans ton imaginaire. Mais de là à dire qu'il "est" de toute éternité, il y a une marge, non ?

Pour prendre conscience de l'étrangeté de cet "être", pense à la Méca Q : avant l'observation d'une particule, tu la décris comme un nuage probabiliste, un champ de potentialités, et c'est l'observation qui détruit ce champ pour créer l'objet dans l'acte de l'observation qui le fait "exister" à tes yeux.

Vois-tu maintenant comment cette approche actuelle interroge nos ancêtres ? Et c'est d'autant plus nécessaire que nous utilisons inconsciemment des concepts recyclés de génération en génération, pour bricoler nos propres représentations.

- Des exemples ?

- Relis nos schémas :

  • Le rapport potentiel/ actuel se trouve chez Aristote;
  • Le rapport essence/ existence se trouve chez Avicenne;
  • Le concept d'être comme lien entre l'objet et le signe vient du Concile de Nicée;
  • Le Sujet comme objet d'étude chez Michel Foucault est déjà en gestation chez Duns Scot, comme objet du jugement divin en ♡;
  • L'habitus de Bourdieu est déjà chez Thomas d'Aquin;
  • Nos constantes universelles en physique renvoient au principe unitaire de Parménide.

Donc, oui, savoir si l'unité est de l'ordre de la catégorie quantitative en ♢, ou subsiste dans l'objet en ♢ nous aide à prendre conscience de notre propre habitus.

- Dont acte, mais si tu revenais au texte pour suivre le raisonnement de Scot ?

"... «Si la réalité ne comptait que des choses singulières [prémisse ou «antécédent»], il n’y aurait d’unité réelle que l’unité numérique qui est propre au singulier [conséquent]», puis à montrer que le «conséquent» est faux et, par là, l’antécédent lui-même, le faux ne suivant pas du vrai. La fausseté du conséquent est prouvée par six arguments qui énoncent indirectement le cœur de la position scotiste." p. 429

- Un peu tordu comme approche, non ?

- Pour toi, précisément parce que tu n'es pas dans cette approche. Laisse-toi guider.

"a1 Si toute différence réelle était une différence numérique, toutes les choses seraient «également différentes les unes des autres». Cet ex aequo généralisé de la différence reviendrait à poser qu’«il n’y a pas plus de raison pour l’intellect d’abstraire le concept du blanc de deux objets blancs plutôt que d’un objet blanc et d’un objet noir»." p. 429

- Argument simple et efficace.

- Oui, mais l'important tient aux débats qu'il suscite, et tournent précisément autour du problème de la participation, vu ce matin.

"[a1Une conséquence absurde, mais qui semble inévitablement impliquée si l’on soutient, comme le feront d’ailleurs les occamistes, que c’est «par elles-mêmes» que deux choses de même espèce, a et b, concordent, et que deux choses d’espèce différente, a et c, ne concordent pas : «par elles-mêmes », c’est-à-dire par l’unité numérique qui fait que a est en lui-même un." p. 429

- J'ai beaucoup de mal à saisir l'argument?

- Reviens aux abeilles du Ménon : on ne sait pas définir ce qu'est l'essence de l'abeille (ce en quoi elles "concordent"), mais si chaque abeille a une "essence d'abeille propre" (par [⚤]/[♻]) alors on peut les compter : multiple—[⚤][♻]un. Et c'est contravariant (i.e.: la quantité ne dépend pas du système de mesure).

- On est revenu à Platon ?

Platon
[⚤] [♻] 
   
[⚤] [♻] 
multiple   un

- Oui, et en coulisses, au "tout insécable" de Parménide en [♻], qui annonce Dieu.

- Mais comment faire coller ça avec Aristote en R ou Avicenne en R?

- Attendons la réponse des disciples de Scot :

"[dans le texte a et b "concordent en l'espèce", quand c ne concorde pas]
Comme le souligneront les disciples de Scot, la thèse dénoncée dans les Quaestiones comprend ainsi deux affirmations:

  • i/ par lui-même, c’est-à-dire par l’unité numérique qui fait qu’il est en lui- même un, a concorde autant avec b qu’avec c et réciproquement (autrement dit, en tant que singularité, chaque singularité concorde avec une autre singularité) ; donc,
  • ii/ par eux-mêmes, c’est-à-dire par l’unité numérique qui fait qu’ils sont en eux- mêmes un, a et b ne concordent pas plus que a et c." p. 430

- C'est vraiment un exercice qui impose de réarranger mes neurones ! 

- Prends-le comme un sudoku, un exercice pour garder à tes neurones l'agilité de tes vertes années.

  • i/ : En [♻] : L'argument est imparable : si a "est" un (on retrouve la copule être en ♧) ainsi que b et c; alors sous cet aspect existentiel, chaque singularité est semblable en "être un";
  • ii/ : En [⚤] : Le chiffre "1" est l'étiquette commune à a, b et c. 

"Qu’il soit ou non directement issu de l’univers néoplatonicien, le nerf de la preuve scotiste est, au moins, un principe formalisé dans les Sophismata : il s’agit de l’affirmation que des choses qui diffèrent entre elles concordent en cela même qu’elles diffèrent (Aliqua differentia in eo quod differentia sunt convenientia sunt, selon la formule de l’Anonymus Liberanus, ms. Paris, Nat. lat. 16135)." p. 430

- Je trouve cela excellent : si une pâquerette diffère d'un paquebot, alors le paquebot diffère de la pâquerette, et c'est en cela elles concordent !

- Oui, et tu remarqueras qu'ils sont à un doigt de la propriété universelle de l'objet initial...

"On saisit là sur le vif ce qui sépare Duns Scot du nominalisme occamiste : pour un nominaliste, il est faux de dire que «toutes les choses qui diffèrent réellement participent également quelque chose, à savoir le fait même de différer numériquement». Le vocabulaire scotiste montre que le parallèle entre a1 et les réflexions des commentateurs grecs des Catégories n’est pas le fruit du hasard ; c’est le signe d’une structure ou d’un schème de pensée récurrent, néoplatonicien plus que platonicien (puisque la conceptualité de Platon s’y exerce toujours sur une matière aristotélicienne) : la participation. S’il y a un platonisme transversal, qui se retrouve en toute forme de réalisme qu’il soit véritable ou allégué par l’historiographie, c’est ce platonisme-là, un instrument sans doute, mais qui finit par recréer un univers à la fois platonicien et, dans le cas de Scot, chrétien où, à raison même de la finitude de leur être créé, deux choses ne peuvent trouver en elles-mêmes la commune raison de leur unité et de leur différence." p. 432

- Promis : je n'avais pas lu ce texte avant cet instant, mais tu vois de quelle façon l'on retrouve sous la plume d'Alain de Libera, ce que nous avions déduit de ce qui précédait :

  • Une problématique platonicienne;
  • Une difficulté autour de la "participation" dès lors que l'on cherche dans la voie des mots ⇅ un mode médian ♢ entre le monde des idées en ♡ et celui du sensible en ♧;
  • Une réflexion chrétienne sur la nature du Sujet et de l'être ;
  • Un constat sur l'incomplétude d'un seul principe unitaire :"deux choses ne peuvent trouver en elles-mêmes la commune raison de leur unité𓁜 et de leur 𓁝différence."

"Les cinq autres arguments renforcent la thématique de la nature commune comme condition de possibilité : sans elle, il n’y aurait plus ni conservation des espèces naturelles, ni ressemblance réelle entre singuliers de même espèce, ni définition du genre comme «mètre» des espèces à lui subordonnées ; ni contrariété réelle à l’intérieur d’un genre, ni objet unitaire des sensations, ni sensation autre que du singulier– toutes conséquences opposées aux principes fondamentaux de l’aristotélisme." p. 433

- Où tu vois surgir les concepts de conservation et de mètre, là où nous discutons de l'objet, au niveau [♻]... C'est rassurant !

"Scot distingue la nature commune objet du métaphysicien et l’universel objet du logicien. Mais il ne nie évidemment pas que la nature ait un être dans l’intellect. Ce qu’il nie, c’est que, «une fois dans l’intellect, elle ait d’emblée par elle-même l’universalité», comme elle a d’emblée par elle-même la communauté hors de l’intellect. La nature commune a trois modes d’être :

  • en soi, où elle est indifférente ;
  • dans les individus, où elle a une unité spécifique «moindre» que l’unité singulière ;
  • dans l’intellect, où elle est universelle." p. 433

- Nous revenons à la dualité :

  • En ♡  : La "communauté hors de l'intellect" (liée au problème de participation / partition), que l'on retrouve dans l'essence indifférente au multiple d'Avicenne;
  • En ♧♻ : "dans les individus, où elle a une unité spécifique «moindre» que l’unité singulière" : En suivant le chemin d'Avicenne ♡.
  • En ♡⚤  : L'universalité tenant à "l'intention d'universelle" d'Avicenne, à partir de l'existant : ♧ /

- Le "moindre" serait dans le passage ♡ ?

- En ce sens qu'elle "s'incarne" sans doute ? Ça doit être précisé. Je demande un coup de main à Perplexity, qui scanne le livre. (suivre lien)

"— 🤖:  Cette unité spécifique «moindre» est précisément ce qui:

  • permet de dire que plusieurs individus appartiennent réellement à la même espèce (et non par simple jeu du langage) ;
  • fonde la possibilité de tirer un concept commun non fictif: l’intellect est «meut» par quelque chose qui est déjà un et commun dans les choses, même si ce n’est pas un individu.

Sans ce degré d’unité, il ne resterait en dehors de l’intellect qu’une pure multiplicité de singuliers sans espèce réelle, ce qui est exactement la position nominaliste que Scot veut éviter."

Je me prends à discuter avec l'IA en profitant de l'occasion pour affiner sa manipulation de notre syntaxe, (suivre le lien) et en retour, elle me fait prendre conscience d'une évidence : parler d'une unité spécifique "moindre" que l'unité singulière n'a strictement "pas de sens" dans une logique du premier ordre.

"— 🤖: On peut donc dire: l’expression n’est pas seulement alambiquée stylistiquement, elle signale structurellement que Scot essaie de résoudre, dans la grammaire du même, une différence de registres que ta notation [⚤]/[♻] permettrait d’énoncer proprement."

- Tu es content : tu l'as ton symptôme ! 

- Ça m'aide surtout à identifier des fêlures comme telles dans une oeuvre de kintsuji, et ne pas prendre de la poudre d'or pour de la poudre aux yeux. Ceci dit, notre repérage me semble correct. Continuons :

"La force de l’analyse de Scot est de distinguer deux actes intentionnels correspondant aux visées respectives du métaphysicien et du logicien, deux actes complémentaires aussi, qui s’enchaînent comme tels dans l’activité non plus seulement perceptive [i.e.: en [♻]], mais cognitive [i.e.: en [⚤]] :

  • l’intuition éidétique de la nature commune et
  • l’intellection de l’universel." p. 435

- Là, il me faut avancer une hypothèse de lecture quant à la façon d'aborder ♡ :

  • Passage [♻]/ [⚤] : L'intuition eidétique
    => via ♧𓁜/𓁜 ;
  •  En [⚤] : L'intellection de l'universel :
    => les mouvements du Sujet (choix/ jugements) entre ♢. (cf. : le 16/02)

"Ces deux actes présupposent, toutefois, une première rencontre de la nature commune dans la perception. Il y a ainsi une séquence menant de la perception à la saisie de l’universel, qui passe par la possibilité, non nécessairement exercée comme telle, d’expliciter éidétiquement le contenu perceptuel." p. 435 (note 2)

- Reviens à la Note 5 de # 34 :

"... le prolongement de ♧/, aux bords de l'Imaginaire donne ceci :

  • L'existence tirée du Réel 𓁜
  • L'être transcendantal condition de saisie : 𓁝∅𓁜
  • Avec un bouclage hors Imaginaire entre Réel et Symbolique, marqué par un changement de posture du Sujet : 𓁜𓁝..."

Je te propose cette lecture, qui représente assez bien le problème en question :

  1. L'intuition aboutit en ♡𓁜;
  2. L'intellectuation aboutit à des constructions ♢ soumises au jugement en ♢𓁜𓁝♡;
  3. Le "passage" ou "accord" 𓁝♡𓁜 (la prise de conscience de JP Changeux), avant d'être "actualisée", doit être "potentielle";
  4. La transcendence serait dans un accord Réel/ Symbolique, hors Imaginaire /𓁝∅ permettant cette potentialité 𓁝∅𓁜.

Bon, je te le sers brut de décoffrage, mais ça semble assez cohérent pour rendre compte du reste:

"Dans ce dispositif, la saisie de la nature commune dans sa séparation éidétique n’est pas nécessairement posée comme moyen terme, elle joue plutôt le rôle du «je pense» dans la psychologie transcendantale de Kant : celui, mutatis mutandis, d’une «représentation qui doit pouvoir accompagner toutes mes représentations».
[...]
Ces deux actes présupposent, toutefois, une première rencontre de la nature commune dans la perception. Il y a ainsi une séquence menant de la perception à la saisie de l’universel, qui passe par la possibilité, non nécessairement exercée comme telle, d’expliciter éidétiquement le contenu perceptuel." p. 435

- Ce "je pense" s'introduisant par la petite porte est précisément notre Janus 𓁝𓁜 passant d'une posture à l'autre dans l'exercice de la pensée...


Le 18/ 02/ 2026 :

- De la confrontation entre Aristote et Avicenne découlent 3 questions :

  1. "La première est proprement aristotélicienne : l’objet des sens est singulier, celui de la pensée universel, mais est-ce la singularité du sensible qui est l’objet propre du sens ?
  2. La deuxième suppose la théorie avicennienne de l’essence neutre : l’essence en tant qu’essence est «indifférente au singulier et à l’universel», mais l’objet du sens, donné dans un individu singulier, est-il singulier, universel ou indifférent aux deux ?
  3. La troisième est plus spécifiquement scotiste et offre une pierre d’achoppement avec toute forme de nominalisme : quel est le fondement réel de nos concepts généraux abstraits ?" p. 436

- J'aimerais d'abord comprendre les questions !

- Je te propose ce schéma de lecture :

  1. Pour la première : il y a effectivement une difficulté : dans l'abstraction d'Aristote : ♧ , aboutissant à un "intellect potentiel"; est-ce la singularité de ♧ qui est visée en ♢ dans l'actualisation suivante ♢ ou bien l'espèce commune?
  2. La deuxième question est complémentaire, dans la voie d'Avicenne R : ♡♻ : avec le passage à l'intelligible par ♧/: à travers ♧, qu'est-ce qui frappe ♡? Le singulier ou le commun ?
  3. La troisième consiste à trouver une connexion entre ♡♻ et ♡, dans la voie d'Aristote, R↑ qui ne soit pas le "donateur de forme d'Avicenne". D'où une interrogation sur cet aspect "transcendantal".

"Scot répond aux trois à la fois en attribuant aux objets sensibles une unité réelle, celle, précisément, de la nature commune, distincte de l’unité numérique du singulier et de l’universalité du concept fondée par elle. Cette unité est analysée comme la condition de possibilité même d’une adresse sensible objective." p. 436

- Un schéma d'ensemble sur le parcours d'Aristote vaut mieux qu'un long discours :

  Duns Scot  
universalité   nature commune
unité réelle
   
unité numérique   unité spécifique

Bien entendu, Duns Scot glisse sous le tapis le passage de l'unité spécifique ("moindre") à l'unité réelle de la nature commune. 

"Scot réarticule le tout en deux grandes thèses :[après révision du 19/ 02]

  1. Les objets des sens ont une unité.
    1. Cette unité n’est pas celle d’un universel logique défini par sa prédicabilité. [i.e.: de niveau [♻] et non logique en [⚤]]
    2. C’est une unité réelle (celle de la nature commune) qui précède tout acte de pensée. [i.e.: en /]
    3. Cette unité réelle est définie par «l’être en plusieurs». [i.e.: en ♢]
    4. L’unité de l’universel complet réclame le cumul des deux facteurs dans la pensée.
  2. Les actes de sensation sont le fait de la faculté sensorielle. [i.e.: de niveau [♻]]
    1. Un acte de sensation porte sur un singulier. [i.e.: en ]
      1. L’objet premier de l’acte de sensation n’est pas le singulier. [i.e.: ♧]
      2. L’objet premier de l’acte de sensation est l’unité existant dans le singulier. [i.e.: en ]
      3. Cette unité est «universelle» au sens de l’unité réelle (nature commune) fondant l’universalité proprement dite ou prédicabilité.
      4. L’acte de sensation portant sur un singulier vise son objet premier sous l’angle exclusif de la singularité.  [i.e.: sur R la jointure en ♡/]
    2. Plusieurs actes de sensations portent sur plusieurs singuliers.
      1. Plusieurs actes de sensation donnent naissance à la perception d’un commun. [i.e.: ♧]
        1. L’objet de la perception d’un commun est un universel."[i.e.: en ♢]" p. 438

- Sauf erreur grossière de ma part, il y a bien superposition des deux parcours Ret R↓  dans cette thèse de Scot.

Le 19/ 02/ 2026 :

- Poussé par un sombre pressentiment, j'ai relu mes commentaires d'hier, pour m'apercevoir que j'étais passé à côté du principal !

- En écrivant "sauf erreur", tu savais inconsciemment écrire une bêtise ?

- Va savoir !

- Grave ?

- J'aurais du utiliser le rasoir d'Occam et aller au plus simple.

- À savoir ?

- Duns Scot shunte tout problème relatif à l'appartenance en ♢ chez Aristote, en renvoyant la question au multiple en ♢.

- Qu'est-ce que cela change ? 

- J'ai fait mon premier commentaire, en suivant le découpage d'Alain de Libera ligne par ligne, sans lever le nez de mon clavier. Pourtant il est très clair : le premier point de départ, c'est l'unicité de chaque item délivré par ♡ ! Autrement dit, toute question de "partition" est ipso facto évacuée : circulez, il n'y a rien à voir. 

Duns Scot ne cherche pas du tout à savoir comment le concept de "blancheur" est conçu à partir des phantasma en ♢, seule lui importe la singularité des objets actualisés en ♡; qu'il s'agisse de "blancheur" en ♢ ou de "mouettes" en ♧. Ensuite, le passage ♡/♧ fournit des quiddités singulières, à manipuler logiquement (la mouette est blanche), ou à compter (il y a 11 mouettes blanches) par ♧

"Bien qu’il affirme à plusieurs reprises que plusieurs actes de sensations donnent naissance à la perception d’un commun dont l’objet est un universel, la thèse fondamentale de Scot est qu’une seule perception sensible suffit pour que l’intellect puisse formuler les concepts universels correspondants." p. 439

- C'est ce que tu viens de rectifier ?

- Oui.

- Donc, le chemin entre la sensation et l'intellect serait exclusivement aristotélicien R ? Mais alors, que devient la jointure ♧/ , que suivait plutôt Avicenne R?

- Renverse la vapeur et reste en R , ce qui donnerait ♡/.

- Quelle interprétation ?

- le "Bienheureux" connait en ♡⚤ ce qui "est" en ♧♻ : il a compris que le Fils est à l'image du Père (♡/) et peut tourner tranquillement dans sa cage R...

"Dire que nous ne connaissons rien par un acte de l’intellect sans avoir eu connaissance de sensibles dans le sens, sans avoir été affecté de sensibles par l’intermédiaire du sens commun et de l’imagination (φαντασία) [i.e. : en ♢], signifie seulement que le sensible est l’occasion de l’intelligible." p. 441

- On reste sur le seul chemin ♧/ précédent : 

  Duns Scot  
prédication   sens commun
universaux (φαντασία)
unité numérique   unité spécifique


Comme tu le vois "l'occasion" se déclenche ici en ♧, il ne s'agit pas d'une perception "holistique" qui frapperait le Sujet d'une appréhension immédiate de l'objet en ♧/, comme chez Avicenne pour qui tout est illuminé par le donateur de formes, et le Sujet en perçoit ce qu'il peut.

"Cet occasionnalisme conserve le platonisme par des moyens nouveaux. Platon avait déjà dit que le sensible était l’occasion de la réminiscence. Scot conserve cette thèse en abandonnant l’innéisme au profit de la spontanéité de la pensée. L’intellect forme spontanément, c’est-à-dire d’emblée et à partir de lui-même le concept à l’occasion de la sensation. [i.e. : par ♢/]" p. 441

- La réminiscence est dans [⚤][♻], ce qui correspond dans la voie R à une correspondance entre ♡ et ♡. Maintenant, dans le Ménon, ce qui déclenche cette réminiscence dans l'esprit de l'esclave, c'est la verbalisation en [⚤] d'une constatation [♻].

Platon
[⚤] [♻] 
   
[⚤] [♻] 
vaut 16 carrés de 1   un carré de 4X4 

En ce sens, le déclencheur chez Platon serait la jointure [⚤]/[♻]; duale de ♡/.

"Pourquoi faut- il une sensation ? La réponse est du même ordre que chez Platon, mais transposée en contexte chrétien. La déchéance de l’âme dans le corps est cause que l’homme a besoin de sensible pour se ressouvenir. La déchéance du péché fait que l’homme ne peut dans son «état présent» former un concept sans y être provoqué par une sensation. S’agissant de connaître, il est également clair qu’il appartient à l’intellect de juger de l’acte du sens par le canal (per) de la connaissance reçue occasionnellement de l’acte de sensation – la sensation ne se jugeant pas elle-même ni de sa propre vérité, cela ne signifie pas qu’il dépende d’elle dans ce jugement." p. 441

- Je pense que notre schéma d'ensemble représente correctement la cohérence de la démarche, avec cette confirmation que l'intellect peut appréhender ce qui "est". Dans son état de déchéance, l'homme a besoin d'un signe de Dieu accéder à sa compréhension. 

Par ailleurs, le circuit du jugement est bien de niveau [⚤], étranger à la sensation de niveau [♻].

- Scot s'applique à lever l'ambiguïté du concept d'abstraction chez Aristote :

Cette double contradiction est levée par Scot. Il faut distinguer dans les formules d’Aristote :

  • a/ l’induction par laquelle la sensation produit l’universel ; [i.e.: ♧ ]
  • b/ l’induction abstractive par laquelle l’âme s’élève de l’universel premier aux «notions impartageables et véritablement universelles» : les catégories ;[i.e.: ♧]
  • c/ l’intuition des principes au sens d’habitus par lesquels nous connaissons la vérité, où «intuition» s’oppose à démonstration ou raisonnement (c’est-à-dire au syllogisme).[i.e.: ]" p. 442

- Cette référence à l'habitus chez Aristote n'éveille aucun écho en moi, j'ai du passer à côté. Petit Scan du texte par l'IA pour me rafraîchir la mémoire. Vérification faite (lien), il s'agit du stade ultime où après actualisation, lorsque l'universel est "en repos dans l'âme" c.-à-d. en ♡, à la suite d'une répétition ♢  —exemple : le genre ultime, ça me revient.

Autre difficulté de lecture, je ne me souviens pas du concept d'intuition chez Aristote. 

— 🤖 : Aristote distingue clairement deux moments: l’acquisition de l’habitus à partir du sensible, puis l’intuition de ce que cet habitus porte.

  1. L’habitus vient de la sensation
    Dans Anal. Post. II, 19, il décrit la chaîne suivante: sensation → mémoire → expérience → universel «en repos tout entier dans l’âme», qu’il appelle un habitus de connaissance. Cet habitus n’est ni inné «en forme déterminée», ni dérivé d’un habitus plus haut, mais «vient de la sensation» par répétition et stabilisation des impressions sensibles (la fameuse image de la route qui se reforme).[1][2][3] [où l'on retrouve le mode intermédiaire de l'art dans ♧]
  2. L’intuition porte sur les principes, non sur l’habitus comme tel
    À la fin du même chapitre, Aristote classe les «états de pensée par lesquels nous saisissons le vrai» et affirme que: [i.e.: par ∅]
    • l’epistèmè (science démonstrative) et le noûs (intuition) sont toujours vrais;
    • les premiers principes sont «plus connaissables» que les démonstrations;
    • aucune science ne peut démontrer ses propres premiers principes.[4][1]

D’où la conclusion: «ce ne sera pas par la science que nous connaîtrons les premiers principes; et puisqu’il n’y a rien de plus vrai que la science sinon l’intuition, c’est l’intuition νοῦς (noûs) qui saisira λαμβάνει (lambanei) les premiers principes.»[2][4]

En langage de De Libera:  

  • l’habitus est la disposition stable de l’intellect résultant de l’induction (universel en repos);[3] [i.e.: ♧ ]
  • l’intuition est l’acte par lequel le noûs saisit dans cet habitus les premiers principes, de manière immédiate et infaillible, sans autre médiation démonstrative.[2][3][4] [i.e.: par ∅]" (Sources : suivre le lien)

- Il y a effectivement tout un pan de l'approche d'Aristote qui m'était passé sous le nez !

- Rassure-moi, tu avais bien positionné le νοῦς à la bonne place ?

- Oui, et il s'agit bien de la façon pour le "noûs" en ♡, de se "saisir" de l'habitus en ♡

- Où est le lien ?

- Nous sommes dans un monde Chrétien ce permet d'harmoniser les deux démarches d'Aristote. N'oublie pas que Dieu peut tout, en particulier passer par l'un ou l'autre canal —Scot le rappelle explicitement— et l'homme à son écoute 𓁝∅ peut donc faire les liens 𓁝𓁜 et 𓁝𓁜. Puisque le bord imaginable [∅] est Un, par définition de Dieu, le tour est joué. D'où la remarque d'Alain de Libera : Scot retrouve la réminiscence de Platon [⚤][♻] par une autre voie (transcendante).

- Et donc, il y aurait chez Duns Scot (sur R):

  • Une voie [♻] pour "construire" l'habitus en ♡;
  • Une intuition en ♡ de cet habitus.

Maintenant voyons si ça recoupe ce qu'en dit de Libera :

  • "Au point a/ , Scot répond que la sensation ne produit rien, qu’elle n’est que cause occasionnelle.
  • Le point b/ n’est pas non plus d’ordre inductif, il regarde ce qu’on pourrait appeler la déduction des catégories.
    Il s’agit d’une déduction à partir des genres de prédication fondée sur la déterminabilité du concept univoque d’étant." p. 442

- Résumons :

  • a/ Duns Scot se désintéresse de l'abstraction d'Aristote, pour ne retenir que la formation de l'essence unitaire en ♡ , ce que nous avons vu ci-dessus;
  • b/ Après vérification de ce que de Libera entend par "déterminabilité", je comprends qu'il s'agit de caractériser (logiquement) en ♢ l'étant. Donc, d'après ce qui précède ♡/. Le concept d'étant est "univoque" au sens où dans le passage ♢  il devient "unité réelle".

"Reste le point c/ . De quoi parle-t-on ? Les habitus sont des principes, non des concepts. La question que pose Scot à propos de c est donc : d’où viennent les principes ? Un exemple de principe est De omni est affirmatio vel negatio vera : «Pour toute chose, il y a une affirmation ou une négation qui est vraie.» Ce principe fondamental de la logique est une proposition (p ~p)." p. 442

- Nous atteignons ici le passage transcendant 𓁝𓁜 et 𓁝𓁜 où Duns Scot retrouve peu ou prou le "donateur de formes" d'Avicenne, ce qui n'a rien pour choquer, puisque tous deux sont monothéistes.  

Le principe énoncé n'est pas pris au hasard, puisqu'il s'agit du principe du tiers exclu, qui structure toute la logique déployée en [⚤], et sert au jugement en ♡ dont nous avons déjà parlé. Or, nous dit Scot à la suite d'Aristote, c'est un habitus en ♡, qui a pris la place du principe Unitaire de Platon.

- On tourne toujours autour du même point !

"Scot pose qu’ils sont formés à partir du sensible, non qu’ils sont saisis comme sensibles : «Personne n’a jamais vu de ses yeux (per sensum) l’affirmation (haec affirmatio) ni la négation (haec negatio)», c’est-à-dire l’affirmation et la négation dont il est question dans le principe ou, si l’on préfère, l’affirmation et la négation en général. A fortiori, personne n’a jamais vu non plus «leur disjonction» (separatio). La connaissance sensible est nécessaire à la formation des concepts, mais pas à la vérité du principe composé à partir d’eux, car celui-ci est spontanément formé par l’intellect." p. 443

- Bref, faute d'explication, autant faire appel au transcendant : 𓁝∅𓁜, ce qui nous renvoie aux considérations antérieures...

"Si ni les termes de la connaissance scientifique ni les principes ne sont tirés de la connaissance sensible, le raisonnement inductif à partir de l’expérience sensible ne peut engendrer en nous une connaissance scientifique, c’est-à-dire une connaissance du pourquoi (propter quid), non une simple connaissance du fait (quia). L’expérience permet le constat de certaines récurrences, de certaines connexions ; mais elle n’aboutit qu’à une connaissance probable : le savoir empirique arguë par analogie (per simile) que ce qui est le cas pour un singulier le sera pour plusieurs, et que ce qui l’est pour un grand nombre le sera pour tous. La véritable connaissance scientifique suit l’ordre inverse : non l’ordre inductif de l’analogie, qui va du particulier à l’universel, mais l’ordre déductif de l’analyse, qui va de l’universel au particulier." p. 444

- Où l'on a un véritable programme scientifique de niveau [⚤], opposé à une approche par analogie (per simile) cantonné au niveau [♻].

- Avec une opposition inductif/ déductif promise à un bel avenir !

- Oui, on peut dire d'une part que

  • L'approche analogique, va se "verbaliser" dans ♢/ ; avec la partie "inductive" de la connaissance ♧;
  • L'approche déductive, procédant en sens inverse à partir des principes : ♡.

le 20/ 02/ 2026 :

"Une fois distinguées la connaissance des «principes» et celle des «universaux», on comprend mieux l’originalité de la doctrine scotiste. Dire que les concepts universels sont produits par l’intellect à l’occasion d’au moins une perception sensible et que les principes sont formés spontanément par l’intellect dès qu’il est en possession des termes ou concepts à partir desquels ils se composent, c’est souligner la spontanéité de l’intellect par rapport à la connaissance sensible." p. 444

- L'idée de la spontanéité de l'intellect par rapport à la connaissance sensible m'a profondément perturbé, et j'ai dû reprendre tout mon texte écrit depuis le 18/02 pour voir où j'avais dérapé.

- On a compris : tu avais mésestimé l'importance de l'unité attachée à l'essence de l'objet.

- Oui, et donc le bouclage final ♡/, fondamentalement accordé au bienheureux, se comprend chez l'homme ordinaire comme la perception de ce qui "est", après verbalisation. Je vois "la mouette blanche" parce que je sais la nommer, c'est le verbe mental.

- Et par ailleurs, ce n'est pas faux !

- C'est même remarquablement juste.

- Pourquoi "remarquablement" ?

- Ce que J.P. Changeux observe dans les processus neuronaux, il permettant de définir la prise de conscience comme la rencontre  percept—[♻]/[⚤]—concept, se trouve justifié chez Scot, par des considérations religieuses qui n'ont rien d'une démarche scientifique !

- Tu pourrais avoir une pensée pour Lacan...

- Oui, bien entendu : l'homme est porté par son langage, Lalangue etc., mais restons concentrés sur Duns Scot pour l'instant. C'est vraiment quelqu'un de très subtil, réussissant à lier l'approche entièrement immanente d'Aristote R↑ (les universaux) à la nécessité théologique d'un sujet libre de ses choix et jugements 𓁝♡𓁜, sous la loi de Dieu 𓁝∅𓁜 (les principes), échappant ainsi à la pure émanation d'Avicenne R.

- Désolé de retranscrire tout ce passage, mais il faut vraiment l'analyser à la loupe pour éviter les contresens :

"L’universel peut être considéré de trois manières. Sous un premier aspect,

  • a/ «universel» est pris pour une «intention seconde», c’est-à-dire la raison de prédicabilité, autrement dit la prédicabilité de multis, qui fait qu’un prédicable peut être prédiqué d’une pluralité d’objets en fonction de la relation de raison qu’il entretient avec eux, relation qui est désignée concrètement par le nom «universel» et abstraitement par le nom «universalité».[...]"

- Il faut correctement situer les concepts sur le schéma :

  Duns Scot  
a/ Universel
intention seconde
   
relation de raison  
     
multis   singulier

 

"[...]. Sous un deuxième aspect, «universel» est pris pour ce qui est dénommé à partir de cette intention, c’est-à-dire pour ce qui est appelé «un universel», parce qu’on lui applique concrètement le concept d’universel et le nom concret correspondant («universel»). La notion de dénomination est ici fondamentale : c’est le nom latin de ce qu’Aristote appelle la paronymie, c’est-à-dire la désignation d’une chose par un terme concret, un adjectif, prédicable d’elle. L’universalité n’est pas prédicable abstraitement : c’est-à-dire à l’aide d’un substantif. On ne peut dire d’un genre qu’il est «universalité». On peut seulement dire de lui qu’il est «un universel», ou qu’il est «universel». Ce qui est dénommé «universel», c’est-à-dire ce dont on peut affirmer l’universalité concrètement en l’appelant «un universel», est une «chose de première intention», c’est-à-dire une réalité qui, contrairement à l’intention seconde, n’est pas d’ordre purement métalinguistique ou métalogique."

- Sur notre topologie : 

  Duns Scot  
Concept   intention première 
Universel
adjectif

paronymie
genre
nom "universel"
substantif
  sensible
multis   singulier

Où tu vois se mettre en place les pièces du puzzle pour définir ultérieurement une syntaxe en ♢ du côté "Nominale", avec "l'être" en ♧ pour l'aspect "Reale".

"[...]. Cette réalité peut cependant être prise de deux manières.

  • Au premier sens, b il s’agit «du sujet éloigné» désigné paronymiquement comme universel à partir de l’intention seconde"

- Sur notre topologie : 

  Duns Scot  
intention seconde    
 
paronymie
 
    b/ sujet éloigné
multis   singulier
  • "[...]. Au second sens c , il s’agit de son «sujet prochain». L’universel au sens b est la «nature, prise absolument» (natura absolute sumpta), qui est universelle au sens où «de soi elle n’est pas particularisée» (ex se non est haec) et où, donc, «de soi il ne lui répugne pas d’être dite d’une pluralité». L’universel au sens c est «l’universel complet», ce qui est «vraiment indéterminé en acte», en sorte que tout en constituant un intelligible numériquement un, il soit prédicable de chacun de ses sujets (dicibile de omni supposito)."

- Sur notre topologie : 

  Duns Scot  
intention seconde   c/ Sujet prochain
essence indifférente
   
     
multis   singulier

""[...].  Ces trois acceptions d’«universel» permettent de résoudre le conflit du conceptualisme, pour qui l’universel est seulement un concept, et du réalisme, pour qui l’universel est réellement (est in re)." p. 445-446

- Quelle gymnastique !

- Oui, mais à force d'utiliser l'étiquette "universel" à toutes les sauces, elle n'est plus du tout discriminante. À la limite, chaque mot du vocabulaire est en soi un "universel" (substantif ou adjectif) puisque l'on utilise toujours des étiquettes déjà réutilisées, pour articuler un prédicat...

- Garde tes réflexions pour plus tard, revenons 3 acceptions de l'universel chez Duns Scot : Nous en avons déjà deux qui collent avec le duo Reale / Nominale :

  Duns Scot  
       
       
a/ Universel
intention seconde
  Réalisme
c/ Sujet prochain
essence indifférente
Conceptualisme
relation de raison
   
    b/ sujet éloigné
multis   singulier

Mais quid de la troisième ?

"[...].L’universalité véritable est «l’indétermination, comme (quasi) contraire», c’est-à-dire l’indétermination positive, contraire à toute détermination, «grâce à laquelle homme est suffisamment indéterminé pour que, par une intellection unique, il soit conçu quidditativement en tout homme» (ut unica intellectione conceptum quidditative insit omni). Or ce qui peut être quidditativement conçu en tout homme «précède naturellement l’intention seconde ou universalité logique, autrement dit la relation de prédicabilité (habitudo de multis)», qui est ce qu’atteint le conceptualisme. Le problème est ainsi d’expliquer non l’abstraction au sens classique du terme, mais comment l’âme arrive à produire en elle un objet suffisamment indéterminé pour être complètement universel, c’est-à-dire susceptible d’être conçu quidditativement en tout. Ce que Duns Scot relance, c’est à la fois la nature indifférente d’Avicenne et la doctrine de l’intellect d’Aristote, mais en redistribuant entièrement les cartes." p. 447

- Autrement dit, comment l'aspect transcendant s'insinue dans le processus abstraction des conceptualistes :

  Duns Scot  
     
Indétermination
universalité
   
Universel
intention seconde
universalité logique
  Réalisme
Sujet prochain
essence indifférente
Conceptualisme
relation de raison
   
   
     
multis   singulier

Où l'on retrouve effectivement dans cet aspect "transcendant" ↓ ; le donateur de formes d'Avicenne, transcrivant en langage religieux la réminiscence de Platon [⚤][♻].

"[...]. comme Avicenne, Scot refuse et l’existence d’un «trésor des formes» (thesaurus intelligibilium) immanent à l’âme humaine et l’hypothèse connexe de la réminiscence. Reste la doctrine aristotélicienne, avec la distinction de l’intellect possible et de l’intellect agent extrapolée par les commentateurs du De anima, III, 5, qui, à la fin du XIIIe siècle, est couramment admise. Mais, renonçant aux formes «innées», Scot ne les réintroduit pas, sous un autre nom, dans l’appareil psychique tel que le décrit Aristote." p. 447

- Mais en refusant la voie platonicienne [⚤][♻], comment transposer en [⚤] la mécanique qu'Aristote développe en [♻]?

- That is the question. Voyons la solution donné par notre futé.

"Si l’intellect possible reçoit l’universel «complètement universel», il ne le doit donc ni à sa propre nature ni à l’objet incomplètement universel, mais au concours causal de la nature de soi indéterminée et de l’intellect agent. Le recours à l’intellect agent est classique dans la psychologie aristotélicienne. [...]" p. 448

- Petit rappel sur les intellects possible et agent en référence à aristote (avec le duo potentiel/ actuel):

  Scolastique  
    intellect agent
intellect possible intellect potentiel
     

"[...] Scot l’intègre, toutefois, à un ensemble qui n’est plus aristotélicien, dominé par une nouvelle conception de la causalité : la causalité commune de causes partielles concourantes. Le concours de l’intellect agent et de la nature commune, ou, comme dit Scot, l’intellect agent «concourant avec la nature de soi indéterminée», est « la cause intégrale (integra) de la production de l’objet dans l’intellect possible selon l’être» objectif et l’«indétermination complète» qui est celle «de l’universel». L’action de l’intellect agent est donc universalisatrice, elle n’est pas abstractive, au sens habituel du terme.

- Sur notre topologie :

  Duns Scot  
     
indétermination de   cause intégrale
l'universel   intellect agent
"universilateur"
    causalité commune
intellect possible nature commune
    causalités partielles
être objectif   être sensible
multiple   singulier

Et tu vois se construire sous nos yeux ébahis toute l'armature intellectuelle qui fera dire aux scientifiques que leurs théories "expliquent les lois de la nature" ! Wouha ! Il faudra attendre le 14/ 12/ 1901  pour voir l'édifice se fissurer...

- OK, mais pour l'instant, je comprends surtout le rôle essentiel de la "singularité" de l'essence "indifférente" d'Avicenne, qui renvoie à son "universalité" chez Scot... Avec un argument de poids contre l'idée d'actualisation d'Aristote, qui dénote un changement implicite de la perception du mouvement :

"«Si l’intellect agent intervenait dans les fantasmes eux-mêmes, ce qu’il transmettrait serait étendu, il serait donc incapable d’assurer le transfert d’un ordre de réalité à un autre, et il ne serait pas mieux proportionné à l’intellect possible que le fantasme lui-même.»" p. 449

- Il y aurait énormément à développer à partir de ce constat de Scot !

- Je ne te suis pas ?

- L'étendue renvoie à l'espace et au continu, or, en insistant sur la singularité "réelle" transmise par ♡/, Scot garde bien fermée la boîte de Pandore, (toujours Parménide); et passe du continu au discret, de l'espace au temps, et aux procédures logiques... Il suffira à Turing d'adjoindre une horloge au dispositif pour faire un ordinateur. Maintenant, pour "comprendre" de quoi l'on parle, il faut transmettre autre chose, une vérité intelligible : la cause intégrale (i.e.: un ordinateur ne "connait" pas "il ne serait pas mieux proportionné à l’intellect possible que le fantasme lui-même.").

"Pour Scot, ..., l’intellect agent agit directement sur l’intellect possible, à titre de cause concourante, certes, mais directement tout de même. La marque de la finitude est dans la nécessité du concours, nécessité extrinsèque à la nature de la pensée comme de l’intellect, et qui tient seulement à l’état de déchéance de l’homme après le péché d’Adam : nécessité de fait, non de droit." p. 449

Pour Aristote comme Averroès, la finitude de l'homme tient à ce qu'il tire l'intellect possible uniquement du sensible (d'où un "stock" limité de concepts constitué en ♢). Pour Scot, la finitude de l'homme tient à sa déchéance : c'est sa propre "incarnation" (avant résurrection!) qui limite l'intelligible dans ♡/. Le bienheureux, quant à lui n'est pas limité.

"C’est dans cette délicate jonction que se réalise chez Scot l’union de l’empirique et de l’a priori, dans le concours causal en un même produit de deux facteurs, dont l’un vient formellement de la chose même et dont l’autre tend objectivement vers elle : ce qui fait principalement d’un objet un objet, c’est que la puissance tend vers lui, non qu’il imprime en elle une espèce.
[...]
On peut ainsi résumer la doctrine scotiste de l’universel. Il ne faut pas confondre

  • a/ l’acte de sensation et la perception de la nature commune dans le singulier,
  • b/ l’intuition de la nature commune comme nature de soi indéterminée,
  • c/ la saisie de l’universel complet dans son être objectif et
  • d/ le concept métalogique de l’universel et de l’universalité." p. 450-451

- Sur notre topologie :

  Duns Scot  
     
c/   b/
    intellect agent
d/   a/
intellect possible intellect potentiel
     
     

"On voit ce qui sépare les doctrines de Scot de celles de Thomas sur la connaissance intuitive, la perception et les universaux. La vraie coupure entre le XIIIe et le XIVe siècle est inaugurée par Scot dès la fin du XIIIe, non par Occam. Changement de régime de pensée, de style, d’écriture, de manière de questionner, changement de problématique aussi, sur la trame commune. En abordant Occam, on quitte donc moins Scot qu’on ne quitte Thomas. Par bien des côtés, l’occamisme est la maladie, que d’aucuns diront mortelle, du scotisme. Pour nous, c’est plutôt la mise en crise de la nouvelle configuration épistémique produite par Scot. Une crise qui a sa logique propre, que l’on peut présenter aussi bien (c’est ce qui fait, d’ailleurs, sa spécificité) comme un tournant cognitiviste que comme un tournant linguistique." p. 453

- Ouf ! je ne sais pas si nous avons épuisé le sujet, mais lui, me laisse complètement sur le flanc !

- Tu es allé un peu vite sur la fin...

- Oui : de Libera écrit des choses très intéressantes, et il en profite pour resituer Scot par rapport à Platon, Aristote, Avicenne, Thomas et Occam, qui vient après, et c'est très enrichissant, mais ça ne remet pas en cause ce que nous avons représenté sur notre topologie. L'essentiel à mes yeux est qu'elle a tenu le choc, en ouvrant de grandes perspectives pour la suite...

- Amen.

Hari

Note 1 :

- Une idée en emmenant une autre, je n'ai pu m'empêcher de penser que cette "subtilité" rappelait celle des Jésuites.

"— 🤖 :  Oui, certains Jésuites se sont clairement intéressés à Duns Scot, mais plutôt de façon sélective et souvent médiatrice qu’en bloc comme «scotistes» au sens strict." (voir le développement en lien)

Je pique au hasard les noms de Suárez, Vázquez et Ragusa, d'où ma question suivante au sujet de Descartes :

"— 🤖 :  Oui, Descartes a été marqué par la tradition jésuite représentée par Suárez et Vázquez, mais plutôt par l’intermédiaire de sa formation au collège jésuite (La Flèche) et du climat «suarézien-vásquézien» que par une lecture suivie et explicite de ces auteurs.
Suárez et Descartes
    •    Suárez est un des grands métaphysiciens enseignés dans les collèges jésuites à la fin du XVIᵉ et au début du XVIIᵉ siècle, notamment par ses Disputationes metaphysicae, qui deviennent un manuel standard en Europe.
    •    Plusieurs études contemporaines soutiennent que Descartes connaît au moins indirectement la pensée suarézienne (concept d’essence, théorie des vérités éternelles, distinctions, causalité), et qu’il s’en inspire autant qu’il la critique; par exemple, Descartes reprend l’idée que les essences possibles ne sont «rien» en dehors de l’acte divin, tout en radicalisant le volontarisme divin contre le «réalisme divin» de Suárez. 
(voir le développement en lien)

Comme tu le vois, en grattant un peu, on trouve toujours des racines profondément enfouies (voire un rhizome si tu préfères), et toute révolution s'explique d'abord en réaction à quelque chose d'antérieur.

- Le fils 𓁝 a besoin d'un père 𓁜 pour le tuer 𓁝𓁜 ?

- En quelque sorte...

Note 2 :

- Le terme "éïdéique" m'a fait immédiatement fait penser à Husserl, d'où une première définition du terme (voir ici), mais ce matin, en relisant mon texte, j'ai demandé à Perplexity de redéfinir ce concept dans le contexte de Duns Scot, ce qui ne donne pas tout à fait la même approche. 

— 🤖 : «Éidétiquement» appartient clairement au niveau [⚤], mais il vise un contenu situé en [♻].

  • Le verbe «expliciter éidétiquement le contenu perceptuel» décrit une opération de la pensée: dégager la forme, la nature commune, à partir du donné sensible. En termes de ta syntaxe, c’est un parcours logique / noétique: donc position en [⚤].
  • Ce qui est ainsi explicité, la «nature commune» présente dans la perception, relève du niveau de l’objet, de la natura communis comme quiddité: donc en [♻].

Je proposerais donc:

  • «éidétiquement» = modalité d’opération en ♡ (façon de traiter le contenu pour en extraire l’εἶδος).  
  • Objet visé par cette opération = nature commune en ♡ (ce qui, dans le contenu perceptuel, peut être saisi comme essence).

Autrement dit: l’adverbe qualifie le comment du passage perception → universel (niveau [⚤]), et non la structure de la chose perçue elle-même (niveau [♻]).

L'IA n'est pas encore très fiable dans son maniement de notre syntaxe : dans le parcours R le passage aboutissant à ♡, vient de ♧ et non de ♡.

L'important étant le placement de la démarche "éïdéique" au niveau [⚤].

 

 

Le 16

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