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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des Universaux # 22 — Du néoplatonisme grec au péripatétisme arabe—fin

D'après Moébius - par Perplexity

Le 17/ 11/ 2025 :

- Aujourd'hui, nous commençons vraiment la partie historique. Petit rappel au sujet du modèle gnoséologique de Syrianus : (mes commentaires sont surlignés en jaune)

— 🤖 : il désigne la conception de la connaissance défendue par le philosophe néoplatonicien Syrianus, qui oppose notamment sa perspective à celle d'Aristote dans ses commentaires de la Métaphysique[11][15].

  • Fondements du modèle 
    Syrianus distingue deux modes du connaître :
    • d’un côté, la connaissance par concepts ou notions nés dans l’imagination après l’expérience des choses sensibles (abstraction) [ ↑♡];
    • de l’autre, la connaissance des Idées ou paradigmes, qui sont universels [] et génériques, causes des multiples choses sensibles [/][11].

Pour Syrianus, les universaux véritables (les Idées platoniciennes) existent réellement [de niveau [♻]], alors que les concepts génériques dans l’esprit humain sont postérieurs aux objets et résultent d’une activité imaginative [de niveau [⚤]].

  • Dialogue avec Aristote
    Syrianus critique Aristote en lui reprochant de confondre les concepts abstraits [], issus de l’imagination, avec la véritable substance des universaux (les Idées)[11] []. Il défend le point de vue platonicien selon lequel la ressemblance des objets sensibles est causée par la participation à une Idée unique[11] [c'est le raboutage/]. Pour Syrianus, la connaissance authentique est participation à ces paradigmes au-delà des phénomènes.
  • Principes majeurs
    • Affirmation du primat des Idées : Les paradigmes universels sont causes et modèles des objets sensibles, ils ne sont pas de simples abstractions[11]. [la cause est dans ♡/♧]
    • Distinction entre connaissance discursive et connaissance paradigmatique :
      • La première procède par notions et concepts après l’expérience, [ ↑♡]
      • la seconde par intuition des Idées[11]. /♧
    • Réfutation du nominalisme aristotélicien : Syrianus accuse Aristote de réduire l’universel à une abstraction [de niveau [⚤]] et non à une réalité ontologique [de niveau [♻]][11]. [le passage Platonicien [⚤][♻] n'est pas concevable en R]

En résumé, le modèle gnoséologique de Syrianus fonde la connaissance sur la participation aux paradigmes universels et sépare clairement les concepts imaginaires des Idées véritables, dans l’esprit du néoplatonisme[11][15]. (pour les sources, suivre le lien)

Résumé que nous pouvons aisément reprendre dans notre topologie Imaginaire, en partant de l'hypothèse que Syrianus, et Aristote sont en R quand Platon est en R.

  Syrianus  
concepts  ♡   idées
  ↑  cause ↑   
objets sensibles    substance objets 

 

Référence : 
Liste de mes commentaires en note 1)

Sommaire Chapitre 2 p. 81-154

  1. Antiplatonisme et néoplatonisme
  2. L'universel selon Aristote : le rassemblement dans la déroute
  3. La théorie néoplatonicienne des trois états de l'universel
  4. Les avatars de l'harmonie : abstraction et illumination dans le péripatétisme Arabe

 

Les avatars de l'harmonie : abstraction et illumination dans le péripatétisme Arabe

Séparation et abstraction

"Le péripatétisme arabe a hérité le projet central du néoplatonisme des Ve et VIe siècles : l’harmonisation d’Aristote et de Platon. Plusieurs modifications de la donne philosophique ont toutefois empêché le maintien du modèle gnoséologique de Syrianus. La théologie platonicienne de la création démiurgique a cédé la place à une nouvelle théologie : le système des Intelligences motrices tiré de la cosmologie aristotélicienne. Dans cette nouvelle perspective, émanatiste plutôt que créationniste, la place du Démiurge a été prise par un «Donateur des formes», assimilé à l’Intelligence de la dernière sphère, présidant à ce qu’Aristote appelait le «monde sublunaire», infusant, par une double émanation, les formes dans la matière et les intelligibles dans l’âme humaine. Conçue sur le mode d’une émanation ou d’un flux de formes à partir du «monde d’en haut», la dynamique qui, chez Syrianus, articulait sous le nom de «réminiscence», la remontée de la Forme psychique à la Forme intelligible s’est vu remplacer par un processus d’illumination descendante qui ne pouvait plus être coordonné de la même manière au processus de formation des concepts abstraits" p. 137

Il y a inversion du sens de circulation chez el Fârâbî; toujours sur notre topologie :

  al Fârâbî  
      Donateur des formes
formes psychiques  ♡   Formes
  ↓  intelligibles ↓  émanation
objets sensibles    substance objets 
  Monde sublunaire  

Le processus de "projection" néoplatonicien, est en 2 temps :

  • Des Formes dans la matière : ♡;
  • Des objets intelligibles dans l'âme humaine : ♧/.

L'enchaînement ♡/ est l'équivalent chez al Fârâbî de la pure "réminiscence" platonicienne [⚤][♻].

- Quid de la descente ♡ ?

- Je pense que c'est à rapprocher de ce qui deviendra à l'Âge Classique la "mathesis" :

"Le modèle projectif de la connaissance est essentiellement adapté au statut de l’objet mathématique et à la fonction particulière assumée par l’imagination dans l’activité mathématique : l’imagination «est le mouvement projectif et processif de la διάνοια qui a besoin de la φαντασία pour percevoir, comme dans un miroir, ce qu’elle contient de manière concentrée et repliée. En effet, elle possède les λόγοι, mais comme elle n’est pas capable de les voir, elle les déploie et les transporte dans l’imagination »" p. 136

- Et cette "illumination descendante" ?

- Si l'on revient à l'étymologie des termes,

  •  : siège de la raison ou διάνοια au sens où elle "donne sens" => mathesis;
  •  : la φαντασία est la faculté qui produit des images ou des "représentations" => taxinomie;
  • ⚤ : les λόγοι sont les paroles, que nous avons déjà situées au plus près du Réel.

Ajoute à cela la logique du 1er ordre au même niveau ♧, et tu assistes à une mise en place de l'articulation du discours, jusqu'à l'Âge Classique au minimum.

- De façon complémentaire, tu vois émerger un niveau ♢ :

"Dans le péripatétisme arabe, la métaphysique s’accomplit dans la théologie, c’est-à-dire dans la contemplation des «êtres à la fois séparés et immobiles» dont parle Aristote dans la Métaphysique, E, 1, dont le Premier Moteur immobile, défini comme «Pensée de la Pensée» au livre, fournit le prototype suprême. Le fin mot de la métaphysique ainsi conçue est la «continuation» (ou «conjonction» ou «connexion»), d’un mot : l’union, de l’âme avec les «choses divines», les Intelligences, c’est-à-dire les substances intellectuelles séparées qui, étagées hiérarchiquement entre la Cause première et le monde des corps, pilotent le cosmos." p. 138

Il faut ici être particulièrement attentif aux mots employés : nous ne sommes plus dans la répétition des expériences, ni dans un mouvement ↑ du sensible à la représentation, mais dans la participation ↓ au divin.

- Ce qui conforte ton idée d'un niveau intermédiaire ♢ ? (Voir ici dans l'article #19)

- Oui, et cette fois-ci, c'est beaucoup plus direct : le Tout (Dieu) est donné comme premier absolu, immobile, avant les parties (les substances et/ ou formes individuelles).

      Dieu
   ♡   Cause première
   ↓  ↓  étagement
objets sensibles    monde des corps
  Monde sublunaire  

"Selon al-Fârâbî, le fin mot de la métaphysique est d’ordre intuitif. C’est l’«intuition intellectuelle» qui réalise dans l’âme humaine la connaissance des «êtres séparés»." p. 139

C'est immédiat : l'intuition concerne la substance de l'objet (ou la forme "abstraite" de l'objet), au-delà du sensible, d'où découle la connaissance de la chose : 

   ♡  
connaissance  
intuition intellectuelle
 ↓ 
objets sensibles  

Tu remarqueras que cette intuition ♧/♡ est le revers de l'accord du sensible à la volonté de Dieu ♧/♡♻ ou, littéralement la "méta-physique" :

"Le trait caractéristique de la métaphysique professée dans les années 1250 n’est pas de se déployer dans le cadre de ce que Heidegger a appelé sa «constitution originairement onto-théo-logique», c’est d’avoir assigné à la métaphysique la tâche de s’élever à la connaissance des «réalités incorporelles séparées de la matière»." p. 139

Agencement qui amène Francis Bacon à caractériser 4 entendements à partir du concept d'"abstraction" :

"Dans ses Quaestiones supra libros quattuor Physicorum Aristotelis rédigées vers 1245, Bacon commente le célèbre passage de Physique, II, 2, 193b34-35, où Aristote explique le statut de l’abstraction pour ponctuer la distinction des mathématiques et de la physique entamée en 193b22." p. 139

- Et ça te concerne au plus haut point, non ?

- Effectivement, c'est au coeur de mes motivations pour entreprendre ces travaux d'archéologie du savoir ! 

"Ayant montré que les attributs étudiés par le physicien (surfaces, solides, grandeurs et points) «sont aussi l’objet des spéculations du mathématicien, mais non en tant qu’ils sont chacun la limite d’un corps naturel», et rappelé que si le mathématicien «étudie ces attributs, ce n’est pas en tant qu’ils sont les attributs de telles substances», Aristote conclut : «C’est pourquoi il les sépare», car «ils sont, par la pensée, séparables du mouvement»." p.140

Deux points très importants pour la suite :

  • La physique est associée au mouvement ; => nous l'avons toujours comprise en mode ♢
    • dans la voie des choses ⇆ (contravariance des lois de la physique)
    • avec la quantité de mouvement p= mv̅ comme objet initial en [∃];
    • et un principe de conservation en [♻].
  • Les mathématiques seraient de l'ordre du langage; => manipulant des objets de langage ∃ dans la voie des mots ⇅.

- La "séparation" à laquelle tu penses serait alors celle des mots ⇅ et des choses ⇆?

- Oui, mais cela ne peut pas s'articuler ainsi à l'époque. Il faut plutôt comprendre une articulation entre:

  • le monde de la parole et du mouvement, (succession, discours, temps) au niveau [⚤] et
  • le monde de l'être et de la substance en [♻] (appartenance, hors du temps narratif, permanence).

Et la distinction va se faire autour de l'interprétation par Bacon du terme "abstraction" utilisé par Platon.

"Il y a plusieurs sortes d’abstraction. Au sens non propre, mais large et général du terme, abstraction est synonyme de séparation.

  • C’est en ce sens que la métaphysique porte sur des êtres abstraits, à savoir sur des êtres séparés. Ainsi, est abstrait au sens propre ce qui est ou a été uni à une matière selon les déterminations de la matière, mais en est disjoint selon l’essence par l’intellect.
  • Est séparé, en revanche, ce qui ne fut jamais d’aucune façon uni à une matière, ce qui est le cas des choses divines." Cf. Roger Bacon, Quaestiones p. 141

Pour revenir à notre topologie :

          Abstraire
Séparer  ♡    
     
   

"Il faut donc bien prêter attention au fait que, dans la définition du premier type d’abstraction, on emploie le terme «extérieur à» (extra), tandis que dans celles du deuxième et du troisième on emploie «sorti de» (praeter), car «extérieur à» est la marque de la séparation, tandis que «sorti de» est la marque de l’abstraction." p. 143

On retrouve :

  • La séparation très nette chez Platon entre domaine des idées en ♡ et celui des choses en ♧ ;
  • L'abstraction chez Aristote entre ce qui est de la chose en [♻] et ce qui est dit (sorti) de la chose en [⚤];
  • Le rapport selon Bacon entre :
    • ce qui a été abstrait après avoir été uni à la matière (les formes séparées) en ♡
    • ce qui a toujours été séparé, à savoir Dieu en ♡

"D’al-Fârâbî, Bacon retient seulement que la métaphysique traite des formes séparées qui nous sont connues non par abstraction mais par intuition [i.e.: /](«après que nous avons épuisé, ou à peu près, la connaissance abstractive des premières»), autrement dit : des Intelligences séparées. Il ne retient pas l’idée que la connaissance abstractive [i.e.: à partir de représentations en ] est le préambule nécessaire à la réalisation métaphysique de l’intuition intellectuelle : la connaissance abstractive ne concerne que le mathématicien (pour les philosophes du XIIIe siècle, la mathématique est la science abstraite par excellence : μάθηισς veut d’ailleurs dire abstractio). Ainsi, la métaphysique n’a pas deux objets, fussent-ils successifs, mais un seul : les formes intelligibles pures [i.e.: ]; les formes corporelles abstraites [i.e.: ♢](par exemple la ligne, abstraite de telle ou telle matière) sont du seul ressort de la mathématique." p. 142

- Il y a bien une connaissance d'une pensée mathématique d'une approche "abstractive" au sens de [⚤][♻] ?

- Il semblerait, mais totalement laissée de côté dans la réflexion philosophique. Ceci dit, il y aurait 3 modes de discours selon cette lecture :

intellect acquis métaphysique  ♡  
intellect en acte mathématique    
physique  

En résumé, la "métaphysique" serait selon Platon dans une démarche [⚤][♻], qui coince avec l'approche d'al Fârâbî... D'où le circuit  ♡/, avec l'intuition dans le saut ♧/.

La reformulation farabienne du problème de la connaissance

- Le passage de R à R a quelques conséquences :

"Au lieu des Formes pures du néoplatonisme, elle invoque une hiérarchie de Formes immatérielles, les Intelligences, étagées entre la plus basse, l’Intelligence agente, et la plus haute, l’Intelligence motrice de la première sphère, elles-mêmes surplombées par un Dieu absolument un et simple, cause de tout ce qui est. Dans cette hiérarchie, elle pose que seule la dernière et plus basse en perfection des Intelligences séparées, l’Intelligence agente, peut être objet d’intellection directe pour l’âme humaine, puis, à travers elle, les formes supérieures qui sont contenues en elle." p. 146

intellect acquis     Dieu 1ère sphère
formes supérieures  ♡   intelligence motrice
  intuition intelligence agente hiérarchie
     
  intellect en acte  

Par ailleurs, le changement de parcours R vs R induit une évolution entre :

  • la procession platonicienne et [⚤]/[♻]
  • l'émanation néoplatonicienne :♡
  Platon   néoplatonisme  
  [⚤]  [♻]    ♡    
procession        ↓  ↓  émanation
  [⚤] [♻]      

"L’introduction de l’émanation en métaphysique retentit sur toute la doctrine de la connaissance et, par voie de conséquence, sur celle des universaux. C’est là, au lieu même de l’apparition du schème conceptuel émanatiste, que le modèle de Syrianus implose : tout ce qui avait rendu à la fois nécessaire et possible la conciliation de l’abstraction et de la réminiscence a cessé d’être. Il n’y a plus à concilier Aristote et Platon, car Aristote lui-même a absorbé le platonisme, non plus certes le platonisme de Platon, mais celui du Plotinus Arabus et du Proclus Arabus. Le fruit de cette improbable assimilation est le péripatétisme arabe." p. 146

Pour mémoire Syrianus était en R et rencontrait donc Platon sans difficulté dans le passage ♡/♧♻ :

  Syrianus
   ♡  
 
   

Double action de l’intellect et cooccurrence de la forme

- J'avoue avoir du mal à situer toutes les notions concernant l'intelligence.

- Il faudrait déjà comprendre ce qu'on entend par "intelligence" ?

- C'est vrai. 

"Exploitant une remarque fugitive d’Aristote dans le De anima, III, 5, comparant l’intellect à une «sorte d’état analogue à la lumière», al-Fârâbî explique le passage de la sensation à la pensée par une double action exercée par la lumière émanée de l’intellect agent. Paraphrasant Aristote, il pose que l’intellect agent émet «un analogue de la lumière» physique, une lumière intelligible, qui «agit à la fois sur l’intellect matériel» ou possible de l’homme, qu’il appelle «faculté rationnelle», et sur les perceptions sensibles stockées dans la faculté imaginative." p.148

En faisant l'hypothèse que cette lumière indique la direction du regard de notre Sujet 𓁝𓁜, je te propose ceci :

intelligence acquise Al Fârâbî  
pensée/ faculté rationnelle  ♡𓁜    
faculté imaginative (?)    ↓𓁜  intellect agent
sensation 𓁜   𓁜 substance+ forme
  intelligence en acte  

- Un peu au pif, non ?

- J'avoue que c'est discutable, et ça a du pas mal bouger tout au long des siècles qu'aura duré la querelle des universaux; mais la symétrie entre les deux positions ♢𓁜 & ♢𓁜 me semble digne d'intérêt, au regard de ce qui fait sens encore aujourd'hui à nos yeux.

"C’est en effet l’Intelligence agente qui

  • a/ fait don des formes à la matière,
  • b/ abstrait pour nous ces formes sensibles,
  • c/ imprime ces formes abstraites dans les intellects possibles qu’elle actualise et
  • d/ rapproche ces formes et ces intellects de l’état de formes séparées jusqu’à ce que se produise un «intellect acquis». Au fond, l’Intelligence agente joue en péripatétisme le rôle que le Maître jouait dans le platonisme : elle meut la pensée." p. 147

Tu as déjà :

  • a/ le rôle médiateur entre Dieu, en ♡ et les "objets" mêlant "forme et substance" en ♧.
  • b/ l'abstraction (i.e.: passage du niveau [♻] au niveau [⚤]) dans "l'abstraction des formes" à partir des objets, dans le raboutage ♧/♡;
  • c/ imprime ces formes abstraites : nous sommes ici dans la réification du processus en ♡;
  • d/ le rapprochement entre ces "acquis" est le raisonnement, la future "mathesis", toujours en ♡.

- Es-tu sûr qu'il n'y a pas de relation directe [⚤][♻] ?

- Non, je ne suis sûr de rien, mais si c'était le cas, ce serait une réminiscence de Platon... Et ceci expliquerait peut-être les difficultés à "faire marcher" le modèle néoplatonicien.

- Mais quel intérêt y aurait-il à abandonner Platon si c'est pour partir du même point ♡ idéal (Dieu ou un donneur de formes), pour arriver à l'expérience du réel en ♧?

- Je n'en vois qu'un : l'introduction d'un mode syntaxique ♢, médian entre l'expérience des choses sensibles et du sens qu'elles prennent pour nous ♧↑♢↑♡.

- Avec cette double articulation au niveau de l'être en [♻] et de ce que l'on en abstrait en [⚤]...

"En agissant dans la faculté rationnelle, l’intellect agent y actualise ce qui n’y était pas déposé, fût-ce en puissance, mais était ailleurs, c’est-à-dire dans la faculté non rationnelle, en puissance d’y être déposé. Les sensibles ne peuvent s’actualiser qu’à se produire hors du lieu de leur stockage mental [en ♧]. Mais, faute de moyen terme [autrement dit ♢ serait bien identifié comme nécessaire, mais reste vide], ce changement de place ne peut être décrit sur le mode d’un transit. Tout ce que l’on peut dire est que ce qui était en puissance dans la faculté imaginative [i.e.: en ♢ ?] apparaît en acte dans la faculté rationnelle [en ♡] : «Quand dans la puissance raisonnable [ou ♡] se produit, à partir de l’intelligence agente, [/♡] cette chose [en ] qui est dans la même situation que la lumière par rapport à la vue» [i.e.: ♢] , à savoir la lumière intelligible, spirituel de la lumière physique, «les sensibles se réalisent», c’est-à-dire passent à l’acte «à partir de ce qui est conservé dans la puissance imaginative [i.e.: ♢] et deviennent intelligibles dans la puissance rationnelle» [i.e.: ♡]." p. 149

J'ai tenté comme j'ai pu de donner sens à ce texte un peu abscons, faute d'une culture suffisante pour m'y sentir à l'aise, mais je crois bien que dans cette approche, c'est le Sujet qui fait advenir l'objet sensible (comme éclairé par une source hors du Sujet ) et non l'expérience qui tire son attention.

- Ce qui est fâcheux, c'est que  ne soit qu'esquissé.

- Oui, et comme nous l'avons vu, il est réservé sciemment au seul profit du langage mathématique, mais non intégré à la représentation métaphysique.

- Avec malgré tout en germe une future distinction mathesis— ♡/♢— taxinomie.

- Poursuivons :

"Cette approche topologique n’est pas le seul legs d’al-Fârâbî à la psychologie médiévale. Il en est un autre, plus ambigu encore. Quels sont, en effet, les intelligibles ainsi produits sur la scène de la pensée ? S’agit- il

  • des natures simples des choses, de leur ούσία [en ] appréhendée sans les conditions sensibles qui l’accidentent dans l’image ? On peut le penser.

Mais al-Fârâbî lui-même esquisse une autre piste, que le Moyen Âge aura toutes les peines du monde à distinguer de la première. Dans al-Madîna al-Fâdila, le Traité des opinions de la cité idéale, il explique que

  • les premiers intelligibles sont des classes de propositions [en ♡, avec à la suite ce que nous avons présenté comme des choix : 𓁝♡𓁜 ]: celles de la science mathématique, de l’éthique, de la physique et de la métaphysique.

On retrouve donc ici, sous une autre forme, la tension qui, dans les Seconds Analytiques, II, 19, joue entre

  • l’induction abstractive génératrice de l’universel [chez Aristote : ]et
  • l’intuition des «premiers principes de l’art et de la science».[Chez al-Fârâbî /♡]" p. 150

La seule chose que je puisse dire est que notre topologie de l'Imaginaire peut servir de lice à ce duel moyenâgeux.... 

Concepts premiers ou principes premiers ? L’empirisme en question

- La dualité entre l'intuition de principes premiers et l'induction va se développer chez Averroès, puis Avicenne en offrira une théorie formalisée.

"Averroès décrit en effet le rôle de l’intellect agent dans ce que la scolastique appellera la «première opération de l’esprit», la saisie des quiddités simples, obtenue par l’action de l’intellect agent sur les «intentions imaginées» ou fantasmes, dont l’agent a besoin (comme d’un instrument) pour actualiser l’intellect possible en produisant en lui la «première appréhension».
[...]
Dans la perspective d’Averroès, les «premiers principes» sont les «instruments» dont se sert l’intellect agent pour faire passer l’intellect possible à l’état de puissance de connaître discursivement. Cet état est décrit comme habitus primorum principiorum, «possession des principes premiers du savoir »."  p. 151

- Il y a trop de vocabulaire à étiqueter !

- J'en conviens, mais il ne faut pas nous décourager, l'important est de repérer derrière tout ceci, les germes de ce qui, encore aujourd'hui, structure notre entendement. Prends la dualité quiddité simple / intention imagée.

En repensant à notre point de vue actuel, tiré de la démarche de Dirac : 

Quantique / / /

Le passage Q1/Q2 est vu comme la mesure en [♻] de l'objet, en réponse à une question portée par une "théorie" émise en ♡ concernant cet objet (ex: le boson de Higgs).

Or tu retrouves tout ceci en vrac dans la théorie d'Averroès :

  1. Il y est question de l'intention du Sujet <=> qui se manifeste en ♡ par des choix, des questions et des jugements;
  2. Intentions imaginées ou fantasmes <=> théories en ♡;
  3. Actualiser / possible <=> décohérence/ intrication <=> actualisation : ♡♧ 

- Tu nous amuses, là. Reviens au texte.

- OK, mais ce rapprochement nous permet de comprendre qu'à cette charnière ♧/.

  • en ♧: la substance ούσία correspond à notre "quantité conservée", observable et mesurable;
  • en ♡: la quiddité est "abstraite" de la substance : c'est le discours porté sur la substance.

Ces deux termes étant — je l'espère— bien positionnés, la circulation entre les deux s'inscrit dans un parcours R

Première appréhension :

Avec la théorie émanatiste de l'illumination toutes les substances sont potentiellement "à disposition" en ♧𓁜 et le Sujet actualise la quiddité sur laquelle il porte son intention en ♡𓁜, de même que la lumière éclaire tout, mais notre regard est dirigé par notre intention.

  Averroès  
quiddité
habitus primorum principiorum
 ♡𓁜    
     ↓𓁜  intellect agent
  𓁜   𓁜 substance ούσία 

Deuxième appréhension :

"Dans le commentaire 36, en revanche, il décrit le rôle de l’intellect agent dans la «deuxième opération de l’esprit», l’habilitation de l’intellect possible au raisonnement démonstratif (troisième opération de l’esprit), habilitation qui suppose que l’intellect possible soit doté de principes de connaissance susceptibles d’être formulés et de servir de point de départ reconnu à l’enchaînement propositionnel aboutissant aux conclusions qui constituent la science." p. 151

- Tu mets sur un même plan, en ♡, les objets (leur quiddité) ainsi que les principes premiers permettant de les manipuler ?

- Je les place ici au lieu qui deviendra celui de la mathèsis à l'âge Classique... Ceci n'est qu'une hypothèse, afin de poursuivre ma lecture.

- En tout cas, tu es dans la partie discursive de l'Imaginaire, au niveau [⚤].

Troisième appréhension :

- Là nous avons le choix entre :

  • ⚤ : avec la logique du 1er ordre, les syllogismes et la "démonstration";
  • : nous avons vu que c'était encore une position en gestation (pour y accueillir la taxinomie). Dévolue pour l'instant aux mathématiques (manipulant des "objets" non substantiels comme des 'lignes" en géométrie).

- Mouais, acceptons cette présentation en attendant plus de précisions. Mais il y a quand même un malaise : cette intelligence "agent"de niveau [♻] échappe par définition à sa représentation discursive au niveau [⚤].

- Oui : elle agit avant l'abstraction, en "éclaireur", c'est le cas de le dire. Nous pouvons, nous, caractériser une différence entre ♢ et ♢ qui passait totalement sous les radars à cette époque :

  • En [⚤] : le monde est indéfini, basé sur la répétition du même (les abeilles du Ménon) (archimédien);
  • En [♻] : le concept de "totalité" ferme l'Imaginaire sur un principe Unitaire (non archimédien), et la logique en oeuvre est —par nécessité— non binaire.

De ce point de vue, nous pouvons comprendre que l'intelligence "agent" en [♻] ne puisse être ramenée à un discours de niveau [⚤], ce qui est bien rendu par le modèle émanatiste : tout est éclairé, mais le Sujet n'appréhende qu'une partie de la réalité, en fonction de son intention. On retrouve peu ou prou la caverne de Platon.

Et nous comprenons peut-être mieux de cette façon le malaise ressenti à l'époque :

"On peut toutefois éprouver un certain malaise devant cette distinction : qui possède le concept du tout n’est-il pas ipso facto en possession du principe selon lequel «le tout est plus grand que la partie» ? En outre, il ne semble pas que les deux stades distingués s’enchaînent. Quand Averroès définit le mode de présence des premières propositions en l’homme, c’est pour dire que «nous ne savons ni quand elles nous sont venues, ni d’où, ni comment » (quas nes- cimus quando extiterunt et unde et quomodo), soulignant par là une dimension d’innéisme, qu’il peut certes expliquer par le rôle, caché à l’âme elle-même, de l’intellect agent se servant d’elles comme «d’instruments pour actualiser l’intellect possible», mais qui ne semble pas dériver de l’appréhension des natures simples." p. 152

Si l'on en revient à Aristote, en R; on peut comprendre que :

  • La montée ♧𓁜𓁝♡ porte à des déductions tirées de l'expérience des objets sensibles;
  • Le jugement étant la confrontation entre ces propositions 𓁝♡ et des "vérités premières" ♡𓁜, acquises antérieurement.

Ce que l'on retrouve aisément dans le texte de Libera :

"L’existence de deux donations originaires de l’intelligible,

  • l’une correspondant aux concepts «impartageables» ou «absolument simples», qui ne laissent pas place à l’erreur [𓁜];
  • l’autre à une «composition de concepts, formant une certaine unité» [𓁜𓁝♡],

qui ouvre la possibilité du vrai et du faux [jugement 𓁜𓁝♡](pour reprendre les termes qu’Aristote lui-même utilise en De an., III, 6, 430a26, quand il aborde la description de l’intellection des simples), relance ainsi sous une autre forme l’ambiguïté du passage opéré dans les Seconds Analytiques, II, 19, entre la description du processus par lequel «la sensation produit en nous l’universel» [𓁜𓁝♡] et celle de l’intuition des principes premiers [/] entendus comme «les habitus de l’entendement par lesquels nous saisissons la vérité» (Tricot, p. 246)." p. 151

- Tu passes allègrement d'Aristote en R aux néoplatoniciens et leurs successeurs en R !

- Oui, bien sûr, et il ne peut en être autrement, puisque le projet néoplatonicien est de renverser la démarche aristotélicienne pour partir, comme Platon, d'un principe unitaire au plus haut des Cieux en ♡! Projet très favorablement accueilli par les 3 religions du Livre... Il ne faut donc pas s'étonner d'assister à un va-et-vient entre les deux circuits et au malaise qui s'ensuit :

"Quelle est la place de l’induction [R] et celle de l’intuition [R] ? Sur quoi portent-elles ? Quel est le principe de leur liaison, s’il est vrai que «c’est de l’universel en repos dans l’âme que vient le principe de l’art et de la science» [](Tricot, p. 244) ? Comment rapporter «à la perception sensible»[] (Tricot, p. 245) les deux stades de l’activité intellectuelle ? Faut-il même, en bon aristotélisme [R], le faire ? La manière dont al-Fârâbî [R] articule le modèle de la cooccurrence, et l’interprétation qu’en donnent Avicenne puis, surtout, Averroès semblent le réclamer et l’interdire à la fois." p. 152

Retenons pour en terminer avec ce chapitre, les 3 états de l'universel, qui vont occuper tout le Moyen Âge :

  • Les universaux antérieurs à la pluralité (πρὸ τῶν πολλῶν)
    "Le portrait d'Achille gravé sur le chaton de la bague"
    => en ♢ selon R, précédent ♢  (intellect agent néoplatonicien)
    => ou en ♡⚤ selon R , précédant ♡/♧ (séparation forme/ substance chez Platon)
    => ou en ♡ selon R, précédent ♡/♧ (immanence Aristote)
  • Les universaux dans la pluralité (ἐν τολλοῖς)
    "les différentes empreintes de ce portrait sur les différents morceaux de cire"
    => en ♻ selon R résultant de ♢ (théorie hylémorphique d'Aristote)
    => ou de ♡ /♧♻ selon R (théorie hylémorphique d'Aristote)
    => ou de ♡ /♧♻ selon  R (procession de Platon)
  • Les universaux postérieurs à la pluralité (ἐπὶ τοῖς πολλοῖς)
    "la représentation d’Achille dans l’âme de l’observateur qui a examiné les diverses empreintes, reconnu leur similitude et conçu par abstraction la figure unique qu’elles reproduisent"
    => en ♡⚤ suivant R résultant d'un comptage ♧⚤ : après le passage final 𓁝⚤ 𓁜
    => ou bien en ♡⚤ suivant R par l'intuition♻ /♡⚤ 

- Comme tu le vois il y a pas mal d'hypothèses à lever !

- La question est de savoir si les hypothèses que tu pointes traduisent des points de discorde  historiquement repérés ou si elles reflètent, plus simplement, de ton manque de maîtrise des concepts présentés...

- Il faut lire la suite pour voir ce qu'il en est.

- Amen

Hari

 

Note 1 :

  • La querelle des Universaux - Notes de lecture #1 du 12/ 10/ 2021
  •  La querelle des Universaux - Notes de lecture #2 du 06/ 11/ 2021
  • La querelle des Universaux - Notes de lecture #3 du 09/ 11/ 2021
  • La querelle des Universaux - Notes de lecture #4 du 11/ 11/ 2021
  • La querelle des Universaux - Notes de lecture # 5 du 12/ 11/ 2021

Repris dans notes de lecture # 18 du 03/ 11/ 2025 : 

Repris dans notes de lecture #19 du 05/ 11/ 2025 :

Repris dans notes de lecture #20 du 07/ 11/ 2025 :

Repris dans cet article : aucun

À suivre :

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Transcendance / / /
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