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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #27 — Le Haut Moyen Âge—4- L’école Porrétaine

Le 08/ 12/ 2025 :

- Tu n'en as pas marre de cette lecture ?

- C'est long, mais indispensable : notre questionnement actuel s'est formé à cette époque et nous travaillons sempiternellement la même matière, parce que nous buttons toujours sur les mêmes apories...

- Tu exagères.

- Vraiment ? Pourquoi une psychanalyste poserait-t-elle en 2022 la question du "3" dans un colloque "mathématiques et psychanalyse" ? Question à laquelle je m'étais d'ailleurs arrêté lors de ma précédente lecture de la querelle, et exactement au même passage (voir "de l'hypostase"). Il est évident a posteriori que mes réponses d'alors demandaient à être creusées, au moins jusqu'à l'époque de Boèce et des conciles de Nicée et Constantinople 2 (voir article #24). Respiration dans l'exploration qui nous a aidé à comprendre que le verbe "être" puisse à la fois hypostasier l'objet (♧) ou servir de simple copule (♢), en réponse à une nécessité plus ancienne ; quand Michel Foucault ne creuse pas en deçà de l'Âge Classique... 

Alain de Libera nous entraîne à manipuler des concepts millénaires, de mieux comprendre leur évolution, voire leur émergence, au fil de leurs confrontation sur notre topologie, comme le déplacement des pierres sur le go-ban nous raconte une histoire.

- OK, d'accord, et pour en revenir à cette école Porrétaine, qu'allons-nous en tirer ?

- Un éclairage important concernant la différence entre "substance" et "subsistance".

- C'est encore d'actualité ?

- Plus que jamais. Nous avons jusqu'ici placé un peu vite la substance en ♧ comme nous plaçons la quantité conservée en [♻] (i.e.: dans la démarche "Quantique"   /, et précisément au passage ♡/[♻]). Il est donc intéressant de comprendre comment cette "subsistance", qui ressemble beaucoup à un principe d'inertie et à la "conservation" de Noether, s'impose dans la réflexion philosophique ! Ou plutôt, à quelle nécessité cela renvoie-t-il ?

Et pour éviter de commenter au fil de ma lecture, ce qui est assez lourd, je le reconnais, j'ai lancé Perplexity à l'assaut du texte :


— 🤖 : Ta demande vise à déterminer "ce que l’école porrétaine ajoute de véritablement nouveau" dans la querelle des universaux, en vue de son intégration à la grille entropologique — c’est-à-dire de comprendre le "déplacement structurel" qu’elle opère dans le champ conceptuel de la substance, de l’universalité et de la relation. Voici un condensé analytique dans ce sens :  

Analyse : l’apport spécifique de l’école porrétaine

L’école porrétaine (Gilbert de Poitiers et ses élèves) introduit une mutation décisive dans la querelle des universaux : elle déplace le problème du "statut ontique" de l’universel vers celui de la "structure de la ressemblance".  
Jusqu’à elle, deux modèles dominaient :

  • Le réalisme (universel comme "forme commune" participée par les individus).
  • Le nominalisme ou conceptualisme (universel comme "nom", "concept" ou "terme" sans ancrage ontologique).

Les Porretani inventent une troisième voie — une ontologie que Libera nomme «conformisme», où "l’universalité devient un effet de la conformité entre subsistances", non une entité ni un pur mot.  

Autrement dit :  
L’universel cesse d’être "ce qui fonde la collection" pour devenir "ce qui résulte de la ressemblance causale des membres d’une collection".

Trois innovations ontologiques majeures

  1. Distinction de la substance et de la subsistance.
    • Substantia : ce qui soutient (le sujet des accidents).
    • Subsistentia : ce qui se tient sans avoir besoin d’accidents.

Cette distinction fonde une logique triadique (essence – subsistance – substance) qui redouble dans ton schème entropologique (de ♡ à ♻ à ♧).  

Elle délie le plan de l’"être (ce qui «est en soi») du plan de l’"avoir" (ce qui «soutient autre chose»), anticipant la décomposition ontologique moderne entre "structure" et "énergie", ou entre "forme" et "portance".

  1. La notion de conformitas (conformité) remplace celle de participatio.  

Au lieu de penser que les individus participent à une même Forme, Gilbert affirme :

  • chaque individu possède sa propre forme, identique en espèce mais numériquement distincte
  • la ressemblance spécifique découle de cette conformité interne, non d’une communication de forme.  
       C’est le passage d’un réalisme de la communication à un réalisme de la corrélation structurelle — équivalent, dans ta topologie, du passage de ♢ (copule externe) à un rapport d’isomorphie interne (♧).
  1. Subversion de l’avoir et de l’être

Dire que deux êtres ont une même nature ne signifie plus qu’ils *partagent* quelque chose, mais qu’ils "adviennent parallèlement selon une même forme causalement efficiente".  

L’universel devient donc cause formelle répétée plutôt qu’essence commune, ce qui introduit une ontologie itérative plutôt que participative — une véritable prémisse à une lecture "entropologique" des universaux, comprise comme propagation d’une invariance au sein de singularités distinctes.

En termes entropologiques

L’école porrétaine inaugure une pensée de la cohérence sans identité — l’idée qu’un ordre de réalité peut rester invariant sans reposer sur une substance commune.  
Cela ouvre une structure à trois niveaux :

Niveau Concept médiéval Schème entropologique possible
Supérieur (archétype) Universel causal, forme divine ♡ — principe d’unité, logique de l’archétype
Intermédiaire Conformitas (relation de similarité) ♢ — relation d’isomorphie / copule interne
Inférieur (individuel) Subsistance singulière ♧ — consistance singulière, inertie/conservation

Ainsi, la subsistance se comprend comme un opérateur de stabilité interne — ce que tu rapproches à juste titre du principe de conservation de Noether : maintien d’un invariant à travers la pluralité des formes en acte. 


- Bon, c'est déjà une bonne base de lecture, mais il faut malgré tout revenir au texte car si Perplexity commence à bien reconnaître les modes, et les niveaux, il a du mal à "penser les deux" en même temps c.-à-d. se faire une "représentation topologique" du discours.

- Je ne vois pas ? 

- Il mélange encore les deux, en écrivant (de ♡ à ♻ à ♧). Il veut faire plaisir, mais ne maîtrise pas encore totalement les glyphes qu'il emploie. Et puis surtout, il nous reste à distinguer entre ce qui relève de ♢ et de ♢. Ceci dit, il nous a malgré tout fourni un plan en 3 points. Je laisse la main à Perplexity : (pour les sources suivre le lien)

 Distinction de la substance et de la subsistance

  1. Définition de subsistance / substance
  2. La hiérarchie tripartite essence – subsistance – substance
  3. Réarticulation par l’hylémorphisme

— 🤖 : La distinction «subsistance» / «substance» est abordée dans trois blocs bien repérables du passage que tu cites, tous dans la section «L’onto-logique de Boèce, ou le discours sur les subsistances» et «Essence, substance et subsistance». Dans l’édition de poche Seuil (coll. Points, 2014), cela se situe autour des p. 212‑214.[1][2]

  1. Définition de subsistance / substance

— 🤖 : Les deux notions sont définies, à propos du Contra Eutychen de Boèce (début de la section «L’onto-logique de Boèce…») :[1][2]

  • «La subsistance (subsistentia …) est la propriété de “ce qui n’a pas besoin d’accidents pour être”. La substance (substantia …) est ce qui fournit aux accidents le sujet dont ils ont besoin pour être. »[1][2]
  • Libera précise aussitôt : la propriété caractéristique de la substance est de «supporter des accidents» (substare), tandis que la subsistance est ce qui «n’est dans aucun sujet». Cette mise en contraste fonde la relecture boécienne des prédicables de Porphyre.[1][2]"

- Bon, c'est un peu trop concis pour être utile. Reprenons :

"La subsistance (subsistentia, qui traduit le grec ούσίωίος) est la propriété de «ce qui n’a pas besoin d’accidents pour être». La substance (substantia, qui traduit le grec ὑπόστασις) est ce qui fournit aux accidents le sujet dont ils ont besoin pour être. La propriété caractéristique de la substance (le substare) est ainsi de supporter des accidents, de leur servir de sujet, de subiectum. Subsistance et substance permettent de redéfinir ontologiquement les prédicables de Porphyre. Pour Boèce les genres et espèces sont seulement subsistants, tandis que les individus sont, au contraire, à la fois subsistants et, si l’on peut dire, substants. Ils sont subsistants parce qu’ils n’ont pas besoin d’accidents pour être. Ils sont substants parce que les accidents ont besoin d’eux pour être et qu’ils leur offrent ce sujet ou substrat qui leur permet d’être." p. 212

- Il faut revenir à Boèce pour vérifier que l'on n'avait pas fait de contresens à l'époque (cf: #24) :

"Ainsi définie, la cogitatio collecta est en toute rigueur un «concept» [i;e.: ], un Be-griff, une saisie synthétique du dissemblable sur la base d’une ressemblance; c’est un «rassemblement logique», le produit de ce que Syrianus appelait, un siècle avant Boèce, un «acte de rassemblement rationnel» [i;e.: ♧] (λογισμῷ ξυναιρεῖν)." p. 163

- Ça a l'air de confirmer ton interprétation : sur R , il s'agirait bien du passage ♧/♡, ou pour être plus explicite encore : 

concept    
     
     

- Oui, ce qui nous renverrait à la Trinité :

— 🤖 : Ὑπόστασις (hypóstasis) signifie d’abord, en grec, «ce qui se tient dessous», «fondement», puis «réalité subsistante», «individu concret», selon les contextes.
Sens philosophiques et théologiques
    •    En grec classique et hellénistique, ὑπόστασις peut désigner le «support», le «fondement réel», la «réalité effective» par opposition à l’apparence.
    •    Dans la théologie trinitaire (IVᵉ‑VIᵉ s.), ὑπόστασις prend le sens technique de «hypostase», c’est‑à‑dire une réalité individuelle, un «subsistant» (le Père, le Fils et l’Esprit comme trois hypostases partageant une même οὐσία).
C’est cette notion que la tradition latine rendra, selon les auteurs, par subsistentia ou parfois persona, et qui se trouve derrière la distinction boécienne essence / subsistance / substance.
 

Et au verbe "être" comme support ontologique de l'objet en ♧. Par-delà  l'univers Chrétien, pense au "Ma" 間 japonais...

Maintenant, il faudrait comprendre ce passage comme "chapeautant" ♧/♡, tout ce qui monte de l'observation.

- Exemple ?

- Un dialogue : 

  • Qui est Grec, sage, a bu la ciguë ?
    (est=copule en ♢, liant les signifiants ♧⚤ Grec+sage+ciguë)
    dans un mouvement ♧𓁜𓁝♢𓁜𓁝 ;
  • C'est Socrate 𓁝♡𓁜.
    (est=subsistant)
    dans un nouage du ruban ♧𓁜/♡𓁜.

Et tu retrouves tout au fond, le principe d'une rencontre entre un "concept" et un "percept" validé par l'imagerie médicale. 

Maintenant, la "substance" est fondée ontologiquement au niveau [♻], résultant du passage ♡(♢)♧.

  1. La hiérarchie tripartite essence – subsistance – substance, juste après la définition précédente :[1][2]
  • — 🤖 : Libera écrit que, «dans le système de Boèce, essence (essentia), subsistance (subsistentia) et substance (substantia) sont ontologiquement hiérarchisées», puis enchaîne avec l’exemple : l’homme
    • «a essence» en tant qu’il existe,
    • «a subsistance» en tant qu’il n’est dans aucun sujet,
    • «a substance» en tant qu’il sert de sujet à d’autres réalités non subsistantes.[1][2]
  • Il en tire le critère précis : «est substance ce qui supporte des accidents qui ne subsistent pas par eux-mêmes», ce qui lui permet de dire que le monde de Boèce est à la fois aristotélicien (seuls les individus sont substances) et platonicien (genres et espèces sont seulement subsistants).[1][2]

Là encore, le passage renforce ce que nous avions déjà établi à propos de l'Ars Meliduna (voir (c) dans #26) :

  • Les "accidents" sont collectés par la voie ♧𓁜𓁝♢𓁜𓁝 ; sur un fond "subsistant";
  • Le subsistant, servant de support au discours de niveau [⚤], n'est pas lui-même "dans l'objet", pris ici comme un "tout" en ♧𓁜;
  • La substance de l'objet (les abeilles du Ménon semblables "en tant qu'elles sont abeilles") toujours en ♧𓁜, mais cette fois-ci dans un mouvement ♧, participe à l'espèce ou au genre en ♢.(autres réalités non subsistantes.)

- Il reste l'essence.

- Oui, retournons au texte :

"Dans cette perspective, tout composé est donc d’ordre substantiel et toute substance peut être appelée une «essence» – les deux descendances latines de l’οὐσία, «substantia» et «essentia», se trouvent ainsi réconciliées. Plus exactement, la con-sistance ontologique de chaque chose qui est, c’est-à-dire de chaque essentia, peut être visée de deux manières :

  • sous l’angle de sa sistance, de son étance, bref de son essence,
  • ou sous l’angle de ce qui la fait con-sister, de ce à partir de quoi (ex quo) elle est, bref de son ex- sistence à partir d’une forme et d’une matière.

Car toute essence non seulement est, mais ex-siste à partir de ses éléments constitutifs." p. 214

Comme tu le vois, dans sa traduction de l’οὐσία, Perplexity n'a pas oublié de rappeler la Trinité :

— 🤖 : Dans la théologie chrétienne (Conciles de Nicée, Constantinople), οὐσία sert à dire l’«essence» divine commune aux trois hypostases, par contraste avec ὑπόστασις qui marque la réalité personnelle subsistante.

- Avec le Saint Esprit en lieu et place du verbe "être", ontologique en ♧?

- Oui, cette fois-ci je pense que les pièces du Lego s'agencent bien... Donc, pour "voir" l'objet en sa substance ET sous ses divers qualités, la seule place cohérente est ♡, où l'"essence" est placée au rang de "concept".

Résumé

Stoïcisme  
Logos
  Lekton
φαντασίαι
(représentations).
[⚤] [♻]/♧ corporel
Logique Physique  

(nota : sur le cross cap de spin ↺ la flèche  est suivie de )

 

  1. Réarticulation par l’hylémorphisme

— 🤖 : Au début de «Essence, substance et subsistance», Libera montre comment les auteurs du XIIe siècle (Thierry de Chartres, Pierre Hélie, puis l’école porrétane) redistribuent substance / subsistance en fonction de l’hylémorphisme :[1][2]

  • Il résume leurs conclusions :
    • si substantia est pensée à partir de la «portance», la matière est la véritable substance ;
    • si substantia renvoie à la subsistance, c’est la forme qui est dite substance (au sens de subsistance) ;
    • si substantia combine substare et subsistere, seuls les individus sont substances / essences, car ils supportent des formes comme la matière et sont distincts comme la forme.[1][2]
  • Ce passage est exactement celui qui prépare l’ontologie «boécienne» de la composition, que l’école de Gilbert de Poitiers portera à son plein développement.[1][2]" (Sources et lien ici)

On peut comprendre le passage de la doctrine de l'hylémorphisme d'Aristote, au concept d'essence comme un glissement :

  • Pour Aristote :
    • En ♧ : l'objet est "substance et Forme";
    • En ♡⚤ : c'est la forme séparée - abstraite de l'objet dans le passage ♧/♡;
  • Pour Gilbert de Poitiers :
    • En ♧ : l'objet est subsistant et substance (selon son emploi);
    • En ♡⚤ : l'essence de l'objet est un concept.

- Pour quel gain ?

- En évitant l'abstraction aristotélicienne, tu peux accéder à la "forme" de l'objet de façon immanente en [⚤]. La différence discours—[⚤]/[♻]—ontologie est plus nette.


Le 09/ 12/ 2025 :

 La notion de conformitas (conformité) remplace celle de participatio

  1. De la participation à la conformité
  2. Chaque individu a sa propre forme
  3. La ressemblance comme conformité interne, non-communication

— 🤖 : Libera formule explicitement les trois points que tu veux articuler : déplacement de la participatio à la conformitas, pluralité des formes «de même espèce», et statut de la ressemblance. Tout ce que tu as résumé se trouve appuyé par des phrases très précises du texte.

  1. De la participation à la conformité

Libera introduit la conformitas comme "théorie alternative" à la participation platonicienne, en disant que Gilbert doit «réinventer le platonisme» faute de pouvoir reprendre la participation au sens strict :[1]

  • Il explique que, pour Gilbert, «deux choses ayant le même nom et la même définition – deux synonymes – ne peuvent avoir la même forme. Elles peuvent seulement être de même forme en ayant chacune une forme.»[1]
  • Il ajoute que, les textes d’Aristote ne fournissant aucun schème pour cette propriété, Gilbert doit inventer «un autre platonisme», qui est justement «la théorie de la conformitas, le conformisme ontologique».[1]

Ce passage se trouve dans la section «Gilbert de Poitiers et le conformisme ontologique», au moment où Libera passe de la question du fondement ontologique du discours à la reconstruction d’un platonisme non participatif.[1]

- Il faut creuser jusqu'à l'os cette question de participation platonicienne (Note 1) et son refus qui remonte à Boèce. En fouillant avec notre IA, je trouve ceci :

— 🤖 : Boèce écarte la participatio platonicienne principalement pour préserver la cohérence de la foi trinitaire et christologique.
Trinité : distinguer sans diviser
Dans le De Trinitate et le Contra Eutychen et Nestorium, il doit articuler deux exigences dogmatiques

  • affirmer une seule essence divine (μία οὐσία) ;
  • affirmer trois hypostases/personnes réellement distinctes (Père, Fils, Esprit).

Si l’on appliquait à Dieu une participation platonicienne «standard» (plusieurs participent à une même Forme), on risquerait :

  • soit de faire des trois personnes de simples «participants» d’une essence supérieure, donc trois dieux subordonnés (tendance nestorienne) ;
  • soit de dissoudre leur distinction réelle dans une seule hypostase qui seule participerait pleinement à la divinité (tendance eutychiènne/sabellienne).

Boèce préfère donc :

  • considérer l’essence divine comme absolument simple et commune, non «participée» à la manière d’une Forme multiple ;
  • réserver la distinction aux relations et aux hypostases, sans faire de celles‑ci des parties ou des copies d’un modèle divin séparé.

La raison théologique profonde du rejet de la participation platonicienne est donc de sauvegarder à la fois l’unicité de Dieu et la réalité des trois personnes, sans introduire un «troisième terme» au‑dessus d’elles, ni réduire les personnes à de simples effets ou fragments d’une Forme divine commune. (sources : lien)

Voilà qui est clair. Maintenant, pour bien comprendre l'enchaînement, repassons le film, depuis le début (voir "# 18 — l'Isagore de Porphyre")

concepts    
[⚤] νοήματα   [♻]
       
[⚤] φωναί   ὂντα [♻]
mots   choses

Avec un raccordement commun FormesChoses chez Platon et Aristote, bien que :

  • chez Platon la forme transcende la chose
  • chez Aristote, la forme est immanente à la chose
  Platon   Aristote  
  [⚤]  [♻]    ♡    
participation      ↑  ↑♢  εἶδος
  [⚤] [♻]     οὐσίας

Vient alors Boèce —néoplatonicien dans un cadre théologique. Il emprunte, comme Aristote la voie des mots, mais en partant du Symbolique, comme Platon. 

  Boèce    
Credo  ♡   Père  
       
Fils   Esprit être

Dans ce schéma la position ♡ est celle d'où le Chrétien exprime "le Fils est le Père", qui détermine le lien dual menant du Fils au Père : ♧/♡; à rapprocher de la cause éponymique de Platon : (Note 2)

  Boèce     Platon  
   ♡       [⚤]  [♻]  
          cause éponymique
    être   [⚤] [♻]  

- Reviens à Gilbert...

- Désolé pour le détour, mais j'avais besoin de vérifier nos bases, et c'était nécessaire car cela m'a conduit à reconsidérer mes propres a priori (Note 1)

Il y a apparemment chez Gilbert un déplacement du concept de "forme" ♡ qui "donnait sens" à la substance, vers ♢(comme "organisation commune") ou ♧ (comme "signifiant").

Et cette évolution est permise par la fonction "ontologique" du verbe "être" qui, en quelque sorte, fait "advenir" la forme en la "substantifiant" . Corrélativement : l'objet devient "objet de discours"; de même qu'en racontant la vie de Jésus, la Bible "parle" de Dieu.

Et c'est ce rapport de Un à un qui ne colle pas avec la participation.

- Je crois que l'on a compris, mais qu'en est-il de la conformité ?

- Nous y arrivons dans la suite du texte. Tout d'abord, il faut vérifier cette idée que la forme change de mode.

  1.  Chaque individu a sa propre forme

— 🤖 : L’idée que chaque individu possède sa forme propre, identique en espèce mais numériquement distincte, est explicitée dans le développement sur la ressemblance spécifique :[1]

  • Libera commente la question : «pourquoi peut-on dire que Caton et Cicéron sont deux hommes ?», et distingue
    • «en quoi sont-ils hommes ?» et
    • «en quoi sont-ils deux ? ».[1]
  • La réponse donnée :
    • «pour qu’ils soient hommes, il faut qu’ils aient même subsistance,
    • mais, pour qu’ils soient deux, il faut que leurs subsistances soient numériquement distinctes», Gilbert affirmant que «la diversité numérique des subsistances est garante à la fois de leur diversité individuelle et de leur identité spécifique».[1]
  • Plus loin, il précise que «l’école porrétaine répond (…) : chaque chose a une forme spécifique, une subsistance formelle, qui fait d’elle la chose qu’elle est. C’est par cette forme, sa forme, par ce qu’elle est en elle-même, qu’elle ressemble à d’autres choses qui, comme elle, sont par leurs propres formes.»[1]"

- Je te propose l'hypothèse suivante; en opposition à l'Ars Meliduna, qui nous l'avons vu renvoyait tout vers la substance au niveau [♻] du côté des Stoïciens, Gilles de Poitiers renvoie tout au langage au niveau [⚤]. De ce point de vue, l'auteur 𓂀 se tient en ♡ d'où il peut faire le lien entre :

  • En ♧♻ : la substance de l'objet ;
  • En ♧⚤ ; la forme spécifique de l'objet;

En ce sens Caton et Cicéron sont différents, et leurs formes spécifiques sont identifiables par des noms différents.

Il peut, toujours en ♡, faire le lien entre :

  • En ♧♻ : la subsistance de l'objet ;
  • En ♢ : la subsistance formelle.

En ce sens Caton et Cicéron ont même subsistance d'homme.

Pour t'en faire une idée moderne, tu peux rapprocher la "subsistance" de "l'objet classifiant" en théorie des catégories.

  1. 3. La ressemblance comme conformité interne, non-communication

— 🤖 : Libera insiste à plusieurs reprises sur le fait que la ressemblance ne vient pas d’une forme "commune communiquée", mais d’une conformité des structures propres à chaque individu :[1]

  • Il affirme que, pour les Porrétains, «le genre n’est
    • ni une chose universelle participée [i.e.: ♢] par une pluralité d’individus synonymes (réalisme),
    • ni un simple concept [i.e.: ♡],
    • ni un simple mot [i.e.: ♧];
    • c’est une collection d’individus “réunis” par une “ressemblance”.[i.e.: ♢]»[1]

- Je pense que cela confirme notre lecture et notre métaphore de l'objet classifiant en .

  • Cette «réunion» est dite fondée sur une «conformité» entre les effets d’un universel causal, par laquelle «la conformité entre singuliers réalise sur le plan horizontal ce que la causalité verticale de l’universel fait s’épancher dans chaque singulier : une ressemblance de nature.»[1][2]
  • Il souligne que «l’universel porrétain réussit à préserver la notion de forme commune sans en faire une forme communiquée», en citant Alain de Lille : la forme est «commune»
    • parce qu’elle «réunit son sujet à un autre»,
    • non parce qu’elle «est communiquée à plusieurs».[1]
  • Enfin, Libera formule la thèse clef : «le fondement ontologique de la ressemblance entre des individus n’est pas extérieur à eux, c’est la structure ontologique concrète de chacun d’entre eux.»[1]

C’est exactement ce que tu as résumé comme passage d’un

  • réalisme de la communication (une même Forme partagée) à un
  • réalisme de la corrélation structurelle (conformité des structures propres).  

Dans tes termes entropologiques, ce glissement correspond bien au passage d’une copule externe ♢ (une Forme commune «se communiquant» à plusieurs sujets) à un "isomorphisme interne" entre structures ♧ : chaque subsistant a sa propre forme, mais ces formes se répondent selon une même loi de causalité formelle, ce qui fonde le «même nom» et la «même définition» sans identité de forme au sens strict.[1][2] (Sources suivre le lien)

- Il est remarquable, à mon sens, de constater de quelle façon cette approche "Reale" vient travailler le niveau [⚤] soit le langage, dans la voie des mots...

- De même que les Stoïciens ont charpenté la logique du discours... Ou qu'un mécréant comme toi ne cesse de nous parler de la Sainte Trinité...

- Pour en revenir au sujet, l'articulation entre Cicéron et Caton, se forme bien comme discours, à l'aide de la copule "et" de la syntaxe en ♢ :
((Caton ET Cicéron) ont même subsistance d'homme en ♢)𓂀.

Pour donner plus de relief à la chose faisons le parallèle :

    Zénon     Gilles de Poitiers
    Logos   Essence  ♡   Causalité
    Lekton   Corrélation    
[⚤] [♻]/♧ corporel   Forme propre   Substance
Subsistance
Logique   Physique              

- Voyons si la suite confirme cette perspective...

  1. Subversion de l’avoir et de l’être
    1. De l’avoir à l’être : subsistance et forme propre
    2. Conformitas : ressemblance sans forme partagée
    3. Universel causal et ontologie «itérative»
  1. De l’avoir à l’être : subsistance et forme propre (voir lien ici)

— 🤖 : "Libera montre d’abord, via Boèce, que le vocabulaire passera de l’«avoir» quelque chose à « être » quelque chose, en distinguant nettement subsistentia et substantia :

  • les genres et espèces sont «seulement subsistants»,
  • les individus sont à la fois subsistants et substants.


De là, la différence entre individu et universel se reformule ainsi :

  • l’individu est ce qui est sujet d’accidents, mais il n’«a» plus en commun, avec les autres, une même forme réellement communiquée ;
  • il possède sa propre subsistance formelle.

C’est ce que Libera explicite quand il dit que, pour Gilbert, «chaque chose a

  • une forme spécifique,
  • une subsistance formelle, qui fait d’elle la chose qu’elle est », et que
  • c’est «par cette forme, sa forme» qu’elle ressemble aux autres.

Autrement dit : au lieu de dire que deux êtres ont la même forme au sens d’un «avoir en partage», Gilbert soutient qu’ils sont chacun, par leur forme propre, ce qui les rend de même espèce. L’«avoir en commun»

  • n’est plus une communication d’essence,
  • mais un parallélisme de structures."

- D'un mot, je pense que l'on peut résumer en disant que Gilles passe de ♢ en ♢ .

  1. Conformitas : ressemblance sans forme partagée

— 🤖 : C’est ici qu’intervient la conformitas. Libera caractérise le projet porrétain en ces termes : la fonction de la notion de conformité est « d’expliquer en quoi deux choses ont et n’ont pas à la fois la “même” forme ».

  • Elles n’ont pas la même forme au sens platonicien [i.e.: [⚤]]: une seule Forme présente en plusieurs i.e.: [⚤]/[♻]
  • Elles ont la même forme en ce sens que leurs formes propres [i.e.: ♧]  sont conformes [i.e.: ♢],
    • «spécifiquement identiques [i.e.: ♢] et
    • numériquement distinctes [i.e.: ♧]».

Le genre, défini comme «collection d’individus [i.e.: ♢] réunis par une ressemblance», n’est

  • ni une res universelle participée [i.e.: ♢],
  • ni un pur concept [i.e.: ♡].
  • La «réunion» (unio) est fondée dans cette conformitas [i.e.: ♢]: le lien spécifique/générique
    • n’est plus décrit comme participation d’une même essence [i.e.: ♢],
    • mais comme correspondance de structures singulières [i.e.: ♢].

D’où la subversion de la vieille opposition être/avoir : dire «ils ont une même nature»

  • ne signifie plus qu’ils ont une même chose (une essence commune in re) [i.e.: ♢],
  • mais qu’ils adviennent parallèlement selon une même détermination formelle [i.e.: ♢], propre à chacun.

- Là encore, on peut facilement lire le texte en pointant sans problème les concepts sur notre topologie.

  1. Universel causal et ontologie «itérative»

— 🤖 : Libera rattache explicitement cette théorie à un universel «antérieur à la pluralité» [i.e.: ♡] de type causal, en s’appuyant sur Denys l’Aréopagite : «la cause de la conformité entre choses réunies dans une collection est donc l’universel qui contient en unité ce que la pluralité développe et réalise en conformité ».
L’universel est ici décrit comme archétype (originalis exemplum) dont chaque singulier [i.e.: ♧] reçoit une «forme native» (forma nativa) qui en fait une copie conforme à tout autre participant du même universel.
Deux déplacements en découlent :

  • l’universel n’est plus une essence commune qui se communiquerait, mais une cause formelle qui se répète dans une pluralité de formes singulières ;
  • la participation est remplacée par un schème itératif : chaque individu porte en lui une réalisation de la loi formelle, et l’universalité se lit comme invariance à travers la série des subsistants plutôt que comme présence d’une même chose en chacun.

C’est exactement ce que tu condensais en parlant d’«universel comme cause formelle répétée plutôt qu’essence commune» et d’«ontologie itérative plutôt que participative» : le réalisme porrétain n’additionne plus des parts d’un même tout idéal, il suit la propagation d’un même type de structure au fil de singularités numériquement closes sur elles‑mêmes.

- Je le schématise ainsi : 

Gilles de Poitiers
Essence  ♡   Causalité
Corrélation    
Forme propre   Substance
Subsistance
  • Chaque circuit ♡/ est individuel (et suit le schéma de la Trinité)
  • Le comptage des circuits se fait par le passage en ♧.
  • Le bouclage dual ♧/ est le passage de la pluralité à l'unicité de la cause;

Ce retour du multiple des signifiants sur la cause unique est d'ailleurs explicite :

"Pour les Porrétains, l’unité d’un genre défini comme une «collection d’individus» est fondée dans une «ressemblance» ou «similitude» entre «les effets» [i.e.: ♧] de l’universel.
[...]
Ainsi, l’école porrétaine répond à la question cruciale qui oppose nominalistes et réalistes : comment déterminer ce qui, dans la réalité, fonde la perception d’une ressemblance spécifique ou générique entre une pluralité de choses individuelles ?
" p. 218-220

Ouf, je pense avoir fait le tour.

- Attention : ce petit tour de piste n'est en aucune manière une confirmation de ta topologie, peut-être as-tu tordu cette lecture comme un mauvais menuisier force un tenon rond dans une mortaise carrée !

- J'en suis très conscient, et d'ailleurs, je ne cesse d'ajuster mes représentations au fil de ma lecture. Ceci dit, même en tenant compte d'ajustements parfois importants, j'ai malgré tout l'impression que le processus est convergent...

- Subsistant pour ainsi dire !

- Amen

Hari

 

aa
bb

Note 1 : le niveau [♻]

- J'ai sans doute mal caractérisé le niveau [♻] en le rattachant trop rapidement

  • au connecteur "⊂" et
  • à la continuité.

C'est venu de l'idée que le niveau [#], celui de la "continuité" s'est spécialisé tardivement à partir du niveau [♻], celui de la substance. Je m'étais pourtant opposé à l'idée de "continuité" chez les philosophes Grecs lorsque François Jullien l'avait évoquée à Cerisy (voir mes réflexions dans "Cerisy 25 - François Jullien #01"), et je ne sais pourquoi, je me suis laissé contaminer, sans doute par facilité intellectuelle.

Que [#] se soit spécialisé à partir de [♻] est une chose, mais celà n'implique pas que ses concepts caractéristiques y fussent déjà là, nativement, préconçus en quelque sorte.

Non, ce qui caractérise [♻], c'est l'idée de "globalité". À l'origine, et très explicitement chez Parménide : un tout insécable.

Ensuite, j'ai placé les deux catégories genre et espèce en ♢. Ce qui permet de comprendre ♧ comme la "participation" de objet à l'espèce par exemple.

Mon erreur a été de réduire cette "participation" à la dualité tout/ parties, et j'ai repris à plusieurs fois l'image d'une tarte et de "parts de tartes".

Image erronée, qu'il faudra nettoyer de mes textes précédents. Si "Socrate est un homme", en retirant Socrate de l'Humanité, je ne retire rien à ce concept alors, qu'en retirant une "part" la tarte diminue (ça dépend d'autres axiomes, mais c'est en gros l'idée).

La vrai distinction [⚤] / [♻] tient à la fermeture imaginaire nécessaire pour envisager la "globalité" de l'objet. 

- Autrement dit :

  • [⚤] : archimédien;
  • [♻] : non archimédien

- Oui avec un bémol : ℚ qui définit la rationalité, mis en [♻] à ce titre, reste archimédien. Il faut que je trouve une caractérisation plus profonde et "évidente", qui m'échappe pour l'instant.

Note 2 :

- Il faudra y revenir à l'occasion de notre discussion sur la sémiotique. Cette tripartition en effet n'est pas sans rappeler la triade du signe de Pierce. 

Voir ici ce qu'en dit perplexity : (lien); et sa conclusion :

— 🤖 : En termes entropologiques, on peut lire la triade peircienne comme :

  • un premier pôle qualitatif (priméité ≈ «matériau de signe»),
  • un second pôle factuel (secondéité ≈ contact, collision avec un état de choses),
  • un troisième pôle de médiation et de loi (tiercéité ≈ structure d’interprétation qui se stabilise).
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