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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #29 — La scolastique arabe — Averroès

Le 13/ 01/ 2026 :

Tout est à reprendre  concernant Avicenne: j'ai fait une énorme erreur d'interprétation en présentant Avicenne sur le cross cap dans le circuit ↻ ! 

(voir #33)

 

Le 14/ 12/ 2025 :

Pour faciliter la lecture :

  (1) (2) (3) (4)
Avicenne
  (a)   (b)  
Averroès Aristote    
    (d)   (c)
Platon    

- Je ne vais pas entrer dans le détail du texte par ce dimanche printanier, juste un tour de manège avec Perplexity. J'ai d'abord voulu situer le personnage dans son contexte (voir ici); puis j'ai rectifié une idée erronée que j'avais de lui, le croyant Juif, alors que c'est un pur Musulman Sunnite (voir ici). Ensuite j'ai voulu savoir son rapport à Avicenne (voir ici), et là j'ai un coup de chaud car je me demande si dans mon article sur Avicenne, j'ai bien compris son concept "d'essence" et ce que j'ai caractérisé comme le circuit (1)—(2) ou /

Avant de continuer, je recharge donc Perplexity avec le code de ma syntaxe entropologique, lui fait relire mon article et lui demande si j'ai correctement situé les concepts clefs d'Avicenne (retour de Perplexité ici)

- Le verdict ?

- Satisfaisant :

"— 🤖 : Réponse à ta question
Donc, à l’échelle de la syntaxe :

  • oui, tu respectes le noyau de la théorie avicennienne essence/existence (essence indifférente, existence ajoutée et modale, primauté de la structure conceptuelle) ;
  • oui, ta critique de de Libera (sur la façon de loger la dynamique 𓁝 / 𓁜 et la voie des mots) est techniquement défendable dans ce cadre ;
  • mais certains passages (boucles cross‑cap complètes, parallèles détaillés avec Descartes) sont des choix de modélisation, assumés comme tels, plutôt que des conséquences strictement textuelles."

Bien entendu qu'il y a des choix de modélisation, l'important étant de ne pas dénaturer le système d'Avicenne. Rassuré pour l'instant, je poursuis donc en demandant (par flemme dominicale) s'il peut m'aider à positionner les concepts d'Averroès sur notre topologie... Un bref coup d'oeil à la réponse m'indique qu'il est est dans le bleu.

- Et pourquoi d'après toi ?

- Essentiellement parce qu'il n'a pas pensé au mode ♢ ni à la distinction entre ♢ et ♢. Ceci dit, sa réticence à caler Averroès sur un ruban de Moebius R (Aristote) ou R (néoplatonicien) me lance un défi. Bon, nous verrons ce qui ressort de notre analyse du texte de Libera. Pour l'instant contentons-nous d'une brève présentation :

"— 🤖 : Le chapitre de de Libera présente Averroès comme l’architecte d’un aristotélisme «conséquent» : une théorie de l’âme, de l’intellect et des universaux qui rompt à la fois avec le modèle émanatiste d’Avicenne et avec le platonisme, tout en refusant un naturalisme matérialiste. [1][2]

Doctrine de l’âme et de l’intellect

De Libera part d’une noétique structurée par six thèses :

  • âme sensitive individuelle unie au corps ;
  • intellect «matériel» (possible) séparé, unique et éternel ;
  • intellect agent séparé qui dépouille l’image sensible ;
  • connaissance humaine à travers les images ;
  • intellect spéculatif individuel et corruptible ;
  • union finale de l’intellect matériel et de l’intellect agent comme «intellect acquis», lieu de la félicité. [1]

Averroès radicalise ainsi la séparation de l’intellect tout en l’arrimant aux images, contre Avicenne. [1][2]

Abstraction comme dépouillement et théorie des deux sujets

L’abstraction n’est plus une induction sur plusieurs images, mais le dépouillement d’un fantasme singulier : retirer ce qui fait l’individualité pour ne garder que le noyau intelligible. [1][2] De là, la thèse des «deux sujets» de l’intelligible en acte :

  • le fantasme, qui en fait un être objectif (représentatif), et
  • l’intellect matériel, qui en assure l’être formel (subsistant). [1][2]

Critique de la donation et équilibre empirique / a priori

Averroès refuse que l’intellect agent «donne» directement la forme à l’intellect matériel, ce qui rendrait inutiles les sens et l’imagination, mais refuse aussi que le fantasme soit seul moteur de l’intellect, ce qui abolirait la différence entre universel et singulier et réduirait l’intellect à l’imagination. [1][2] Il redistribue donc les rôles :

  • l’agent agit sur le fantasme,
  • le produit dépouillé est reçu par l’intellect matériel,

et la connaissance suppose toujours images et intellect sans que l’un soit cause directe de l’autre. [1][2]

Universaux, antiplatonisme et occamisme

Sur les universaux, Averroès reprend Aristote : aucun universel n’est substance, aucun genre n’est substance, la matière et la forme d’un individu sont elles‑mêmes individuelles, et les universaux ne sont que moyens de connaître la substance, non parties de la chose. [2] De Libera montre comment cette doctrine devient la charte de l’occamisme : Occam reprend explicitement ces thèses pour soutenir que tout ce qui existe est singulier et que les universaux ne sont que des signes faisant connaître leurs signifiés. [2]

Intellect matériel éternel et critique du platonisme

Averroès nie l’existence d’universaux extra animam, mais refuse aussi de les rendre corruptibles comme les fantasmes ; l’intellect matériel étant éternel, la pensée n’est jamais vide, et philosophie et arts existent toujours quelque part dans le monde. [1][2] Il distingue

  • un «bon» sens du platonisme (indépendance de l’universel vis‑à‑vis de l’esprit humain)
  • d’un «mauvais» sens (formes séparées subsistantes),

et propose la théorie des deux sujets pour préserver l’identité du connu sans postuler des Idées existant à la manière platonicienne. [1][2]

Critique par Thomas d’Aquin : monopsychisme et statut du pensé

Thomas attaque Averroès en l’accusant d’idéalisme : en faisant de la forma intellecta à la fois ce par quoi et ce qui est pensé, Averroès reconduit, sous une autre forme, l’unicité du pensé platonicien et tombe dans le «monopsychisme». [1] Pour Thomas, la forme intelligible est medium quo, non objet ultime de la pensée, et la connaissance doit porter sur les choses singulières ; il défend une multiplication des intellects possibles par le nombre des âmes humaines. [1][2]

Cogitative, imagination et rôle de l’image

La distinction cogitative / intellect permet à Averroès d’éviter à la fois le matérialisme d’Alexandre et l’avicennisme :

  • la cogitative, faculté corporelle, dépouille le sensible individuellement et manipule des intentions singulières, alors que
  • l’intellect agent abstrait l’universel et l’intellect matériel le reçoit. [1]

L’imagination et la cogitative sont nécessaires et suffisantes pour préparer l’âme à recevoir l’intelligible; sans elles, l’intellect matériel ne pense rien, mais elles ne suffisent pas à produire l’universel sans l’agent. [1][2]

Conclusion de de Libera : aristotélisme conséquent et problèmes ouverts

De Libera conclut qu’Averroès construit un aristotélisme «conséquent» :

  • universels seulement dans l’âme,
  • pas de pensée sans images,
  • refus de la donation avicennienne et du platonisme,
  • tout en posant un intellect matériel séparé et unique pour garantir la permanence des intelligibles. [1][2]

Reste cependant un problème structurel : la psychologie intentionnelle à deux sujets rend difficile de penser comment l’homme peut être vraiment sujet pensant, ce que Thomas vise dans sa critique du circuit abstraction–réception–union. [1][2] (Sources : suivre le lien)

Je te propose de méditer là-dessus en te baladant, pour en discuter demain.


Le 15/ 12/ 2026 :

- Ma méditation d'hier, alors que je voulais aborder ce texte de Libera, m'a conduit à faire le point sur notre caractérisation des stations marquantes de notre topologie Imaginaire, voir "Avicenne — le débriefing — vie et mort de l'ontologie".

- Et qu'est-ce que cela a à voir avec Averroès ?

- J'ai vérifié que ses critiques envers Avicenne ne pouvaient en aucune façon être rapportés en termes "d'être" puisque ce questionnement est exclusivement porté par un point de vue Occidental Chrétien, et pour l'heure : scolastique. Autrement dit, avant d'entamer le texte de Libera, il s'agit de comprendre, sans filtre scolastique, les critiques d'Averroès pour, ce faisant, nous faire une idée de la topologie qu'il emprunte. Nous nous intéresserons ensuite à sa réception en terre Chrétienne. (lien)

(Note du 16/ 12/ 2025 : après relecture, il vient qu'Averroès doit être sur la même topologie qu'Aristote, en R, et j'ai donc repris mes commentaires de ce point de vue, ce qui clarifie, me semble-t-il, la perspective. Remarque générale : Averroès ne pouvant rendre compte des mouvements d'Avicenne dans la voie des choses , ne peut que les réinterpréter dans la voie des mots .)

— HS : Peux-tu me présenter les différents points de la théorie d'Avicenne remis en cause par Averroès. Attention : ne prends aucune référence occidentale chrétienne : il y a un biais que je veux éviter. Prends soit des textes d'Averroès, soit des commentateurs Musulmans ou Juifs.

— 🤖 : Averroès remet en cause plusieurs noyaux de la philosophie d’Avicenne, mais toujours à l’intérieur du monde islamique et en dialogue avec Aristote, pas à partir de catégories latines chrétiennes.[1][2]

1. Ontologie de l’«existence» (wujūd)

Avicenne fait de la métaphysique une «science de l’existant en tant qu’existant», fondée sur une analyse d’«existence» (wujūd) qui structure tout son système (nécessaire/possible, preuve de Dieu, émanation).[3][2] Des études soulignent qu’Averroès rejette précisément ce point de départ : pour lui, il n’y a pas de science de l’existant en tant qu’existant au sens avicennien, seulement une science de l’étant en tant que substance, si bien que traiter «existence» comme un objet ontologique fondamental lui paraît vide de sens.[4][5]

Nous avons ici la jointure (2)/(3) voir dans débriefing comment on passe de l'existant en [⚤] à Dieu en ♡, ce qui est globalement une démarche "immanente".

- Nous avons pourtant des flèches qui pointent vers le Réel ?

- Certes, mais le mouvement d'ensemble, marqué par le passage physique(2)/(3)métaphysique est une "montée" du Réel vers le Symbolique.  (Note 1)

Le rejet d'Averroès laisse à penser qu'il reste dans une approche directe (b) de niveau [♻]. Le terme "ontologique" employé par l'IA revoyant plutôt à l'objet vue comme "substance" ou plus sûrement "substance+ forme" chez Aristote. En ce sens il est facile de comprendre qu'il renvoie l'existence d'Avicenne en ♧ à des "flatus voices".

2. Essence / existence et rôle de la substance

Avicenne construit sa distinction essence/existence en isolant des essences neutres auxquelles l’existence est conférée par l’Être nécessaire [i;e.: retour final de (4)/(1)], ce qui entraîne une ontologie très axée sur la «donation» d’existence.[3][6]
Averroès refuse de fonder la philosophie sur cette coupure : il ramène l’analyse à la substance concrète [i.e.: ♧], considère que «existence» ne désigne pas une couche réelle distincte mais le fait que la substance est en acte, et soupçonne l’édifice avicennien de trahir Aristote en multipliant niveaux d’être et abstractions métaphysiques.[4][5][7]

Point délicat à comprendre chez Avicenne (voir débriefing) :

  • Le Sujet aborde l'objet dans le circuit (1)—(2), je n'y reviens pas;
  • "L'être nécessaire", (qui est par ailleurs le "donateur de formes" en (4)) :
    • Est nécessaire à la "chose" dans le mouvement (3);
    • Est nécessaire à son "existence" dans le retour final (4)/(1), qui boucle le circuit d'Avicenne.

Dire que son "ontologie" est basée sur la "donation", indique que l'on ne capte du mouvement qu'une projection sur la voie des mots :

  • Oui : Le mouvement (3) est correctement compris comme l'opposé de (b),
  • Non : Le raboutage final  (4)/(1),n'est pas assimilable à sa projection ↓ sur l'axe des mots, vue comme opposée à (a)(x) C'est, strictement parlant le même que le raboutage final (b)/(a) d'Averroès.
    En cela Avicenne comme Averroès partagent une même foi en Dieu, qui donne sens à notre expérience du monde.

- Avec un même départ immanent : (a)=(1) ?

- Oui, et c'est sans doute ce qui intéresse Averroès chez Avicenne : ils ont le même Symbolique, et le même désir d'y accéder par une démarche immanente dans la voie des mots , c'est après que ça se gâte...

Le problème est qu'en suivant Aristote, Averroès réintroduit entre les niveaux [⚤] et [♻] une "coupure" qu'Avicenne avait réussi à circonvenir en découplant l'objet :  

  • [♻] : vu comme potentialité ;
  •  : vu  comme "nécessité de l'Être".

Faute d'une telle gymnastique, Averroès reprend Aristote...

  • 3. Dieu, monde et émanation

Chez Avicenne, la relation Dieu–monde est pensée dans un schéma émanatiste : à partir du Nécessaire par soi procède une hiérarchie d’intellects, d’âmes et de sphères qui «donnent» l’existence aux possibles.[8][9] Des commentateurs musulmans montrent qu’Averroès critique cette construction : pour lui, l’explication doit rester arrimée au monde des substances et de leurs mouvements éternels, et l’émanation avicennienne ressemble trop à une création ex nihilo philosophique, scientifiquement inacceptable.[4][1]

L'aspect "émanatiste" dont il s'agit ici, en rapport avec l'intellect le possible et l'existant, doit être précisé (Note 1). Il s'agit chez Avicenne de l'apprentissage du Sujet en (4) soit dans la répétition de [⚤]𓁜𓁝[♻], qui permet d'accéder à l'essence des choses après une démarche primaire (1)—(2)

La projection qu'en fait Averroès en (b) c'est un mouvement contraire à celui qu'il emprunte .

4. Intellect, âme et dualisme

Avicenne sépare fortement âme et corps et fait de l’intellect une puissance de l’âme forme du corps, puis construit, au‑dessus, un dispositif d’intellects séparés qui illuminent l’intellect humain.[2][6]
Averroès reproche à ce dualisme d’introduire une cassure artificielle entre psychologie et physique : il développe sa propre noétique (intellect matériel unique, intellect agent séparé, deux «sujets» de l’intelligible) pour réintégrer l’intellection dans une anthropologie plus unifiée, même si elle reste très discutée.[1][10][11]

On a vu (voir débriefing) ce double cheminement et en quoi il diffère de celui de Platon :

  • Pour le sensible : même cheminement (2)=(d) soit :  [⚤][♻]
  • Pour l'âme (les idées) cheminements opposés : (Note 1)
    • (4) ou [⚤][♻] chez Avicenne
    • (c) ou [⚤][♻] chez Platon.

Mais ces différents mouvements sur l'axe , ne peuvent être compris que comme des "coupures" sur l'axe orthogonal .

(y) Le point intéressant pour nous, soucieux d'assister à l'émergence du mode intermédiaire ♢ réside en ceci :

  • Avicenne, en (1) développe une syntaxe afin d'extraire des essences en ♡ des regroupements qu'il fait en ♢; à partir de l'existence des phénomènes en ♧;
  • Averroès en (b), ne s'intéressant qu'a l'objet "substantiel" ♧, devrait développer ♢, pour atteindre ♡.

Or nous avons déjà quelques idées sur la différence entre les deux approches ♢/♢. Nous avons déjà vu :

  • En ♢: les catégories qui peuvent se traiter par "addition" comme un caractère secondaire du type "Socrate= Homme + Sage";
  • En ♢: les catégories de l'espèce et du genre, avec une idée d'appartenance ou de participation du type "Socrate ⊂ Homme".

Et donc, en rejetant l'approche d'Avicenne en ♢, Averroès devrait développer dans sa noétique, l'aspect ♢. Ce qui me rend curieux des détails de sa thèse.

5. Universaux et statut des formes

Avicenne tend à donner aux essences/universaux un poids ontologique fort, articulé à leur possible existence en dehors de l’esprit, même s’il les définit comme neutres par rapport à l’«être».[12][13]
Averroès, lui, insiste sur le fait qu’aucun universel n’est substance, que les universaux ne sont que des moyens de connaître la substance des choses, pas des parties réelles ou des entités intermédiaires, et qu’ils doivent être expliqués à partir des images sensibles et de l’intellect plutôt que par des formes séparées ou des émanations.[1][7]

Le terme "ontologie" prête à confusion, précisons les choses :

  • Oui : en (4) dans l'échange [⚤]𓁜⇆𓁝[♻], c'est effectivement le donateur de formes en [♻]𓁜, qui "valide" l'expérience du Sujet acquise sur le terrain dans (1)-(2); portant à définir des "essences" comme concepts. De ce fait, il les consacre. (Note 1)
  • Non : dans le circuit physique (1)—(2) objet en [♻] se définit comme "potentialité d'une essence";
  • Oui : en (3) l'objet vu en ♧, relève de la volonté divine, de sa "nécessité" ♡.

Mais il n'y a pas dans tout ceci "d'être" de l'objet, le seul "être" est dieu lui-même, cause de tout, ce qui explique :

  • l'existence de l'objet, constatée en (1) après le retour (4)/(1) ou ♡/
  • par sa nécessité en (3) dans le mouvement ♡.

Le seul mouvement que peut "voir" Averroès, c'est (3), auquel il s'oppose car il suit lui-même un mouvement de sens contraire (b).

  • Aucune universel n'est substance (puisqu'il n'y en a pas chez Avicenne)
  • "Les universaux ne sont que des moyens de connaître la substance des choses par leur existence".

Là il s'agit du point de vue d'Averroès :

  • Sur (a) : ce qui sort de existant—♧ —Universaux n'a pas de substance, puisque l'on est en mode ♡;
  • moyens de connaître : Il s'agit ici de la jointure (a)/(b), entre universaux—♡/objet.

En résumé, les points visés par Averroès sont :

  • la centralité ontologique de «l’existence» chez Avicenne,
  • sa métaphysique de l’émanation,
  • son dualisme de l’âme et
  • son traitement des universaux ;

et ces critiques se formulent déjà dans des sources arabes et dans des lectures musulmanes contemporaines, sans passer par le filtre thomiste ou latin.[4][2]" (Sources suivre le lien)

- Mais il y a bien substance chez Averroès ?

- Oui, mais au sens de l'hylémorphisme aristotélicien, au sens où la forme de la statue requière une substance —airain, pierre, bois— pour exister, à ne pas confondre avec la substantification de la copule "être" chez les Chrétiens (i.e.: "Jésus est Père"), qui relève la substance de ses fonctions en prenant sa place en ♧.

- OK, et donc, où en sommes-nous ?

- Averroès se situe sur le Ruban aristotélicien R, sur lequel il projette la pensée d'Avicenne qui emprunte un circuit  sur le cross-cap. Je te propose de partir de cette hypothèse pour aborder le texte d'Alain de Libera.

L’UNIVERSEL SELON AVERROÈS

"La théorie d’Averroès est formulée dans le cadre d’une doctrine de l’âme et de l’intellect caractérisée par les thèses suivantes :

  1. l’individu humain est constitué par une âme sensitive individuelle, étendue et unie au corps selon l’être ;
  2. l’intellect «matériel» ou «possible» est une substance séparée et éternelle, séparée du corps, unique pour tous les hommes et qui n’est pas forme substantielle du corps ;
  3. l’intellect agent est une substance séparée qui a pour fonction d’abstraire les universaux d’images individuelles;
  4. la connaissance individuelle s’effectue chez l’homme par l’intermédiaire des images individuelles ;
  5. cette connaissance est appelée «intellect spéculatif» ou théorétique, lequel est individué et «corruptible» du fait de son union avec les images ;
  6. une fois la connaissance humaine accomplie, l’intellect «matériel» s’unit à l’intellect agent et forme avec lui l’«intellect acquis», intellectus adeptus. C’est dans cet état que consiste la félicité suprême de l’homme." p. 262

- Ça ne cadre pas vraiment avec ce que tu as développé !

- En ayant déjà pris la peine de situer Averroès par rapport à Avicenne, cela nous permettra peut-être d'atténuer notre "filtre occidental" et de trier ce qui nous est proposé par de Libera. Reprenons les points dans l'ordre de leur présentation :

 

  1. L'individu :
    • âme sensitive => en ♡;
    • à discuter ;
  2. l’intellect «matériel» ou «possible» est une substance séparée et éternelle, séparée du corps, unique pour tous les hommes et qui n’est pas forme substantielle du corps:
    => Suivant (b) : en ♡; comme "Être nécessaire";
  3. l’intellect agent est une substance séparée qui a pour fonction d’abstraire les universaux d’images individuelles;
    =>  Suivant (a) : nous sommes ici au niveau [⚤] et il s'agit de la montée ♧ depuis l'existent ♧ jusqu'au sens donné à l'expérience ou l'imagination ♡, en passant par les images en ♢.
  4. la connaissance individuelle s’effectue chez l’homme par l’intermédiaire des images individuelles ;
    => nous venons de le voir en ♢;
  5. cette connaissance est appelée «intellect spéculatif» ou théorétique;
    => nous sommes toujours en (a) au niveau des concepts en ♡ dans la voie des mots ;
  6. une fois la connaissance humaine accomplie, l’intellect «matériel» s’unit à l’intellect agent et forme avec lui l’«intellect acquis», intellectus adeptus. C’est dans cet état que consiste la félicité suprême de l’homme."
    => nous retrouvons exactement ce qu'a dit Avicenne (voir #28) en parlant de [⚤]𓁜 𓁝[♻], avec la félicité suprême dans le passage 𓁝[♻][♻]𓁜. Nous l'avions déjà constaté hier ici :(x).

De tout ceci, il vient assez évidemment que chez Averroèse :

  • narf <=> L'intellect "matériel" est en ♡ ;
  • 'qar <=> L'intellect "agent" est en ♡.

(voir ici vérification de cette proposition par Perplexity)

Et que les différences entre Avicenne et Avéroès tiennent seulement à la différence entre les deux circuits...

- Tu as laissé de côté ce qui fâche au point 1 :"l’individu humain est constitué par une âme sensitive individuelle, étendue et unie au corps selon l’être". Comment vois-tu cette "union" du corps et de l'esprit ?

- En référence au principe hylémorphique d'Aristote, il s'agirait de définir le Sujet comme formé de:

  • une âme sensitive => en ♡;
  • une substance => en ♧♻  ;

Et je tique devant l'assertion de l'auteur : "âme sensitive individuelle, étendue et unie au corps selon l’être".

In cauda venenum comme dit l'autre ! Comme je suis un peu têtu, j'ai voulu vérifier dans les textes mêmes d'Averroès s'il utilise le verbe "être" au sens particulier qu'il prend en Occident depuis Boèce. Première tentative :

"— 🤖: Oui, il existe des formulations arabes (chez Averroès lui‑même) et des analyses modernes en contexte islamique qui correspondent à cette thèse, sans passer par le filtre chrétien.

  • Chez Averroès lui-même

Dans ses commentaires au De Anima, Averroès part de la définition aristotélicienne de l’âme comme «première perfection d’un corps naturel organisé doté d’organes» et décrit l’âme humaine comme hiérarchisée : nutritive, sensitive, imaginative, rationnelle.[1][2] L’âme sensitive est ainsi une faculté de la nafs humaine, inséparable du corps en tant qu’elle en est l’acte premier : elle existe avec le corps, dans un mode d’être conjoint (l’union à un «corps étendu» est sa condition d’existence).[1][2]

Sur un ruban R et en (b) plus précisément, cela suppose une structuration en ♢ ,"par parties", le fait que le tout (âme + corps) "existe" pouvant alors s'interpréter comme le bouclage (a)/(b) soit ♡/.  (à vérifier)

  • Analyses contemporaines en contexte islamique

Des études récentes sur «l’ontologie de l’âme» chez Averroès montrent que, dans ses trois commentaires au De Anima, il tient fermement que les facultés végétative et sensitive n’existent qu’en tant qu’acte d’un corps vivant, et qu’elles disparaissent avec la corruption du corps, même si le niveau intellectif réclame un traitement distinct.[1] La nafs est ainsi pensée comme principe d’unité du vivant humain : une seule âme, comportant des puissances sensibles individuelles, unie «selon l’être» au corps, avant toute considération sur l’intellect matériel séparé.[2][3]

Au total, on trouve bien, dans le seul horizon islamique, l’idée que l’individu humain est constitué par une âme sensitive individuelle, liée à un corps étendu comme sa forme et son acte : la première thèse que résume de Libera ne dépend pas d’un cadrage latin chrétien, elle s’enracine dans la lecture averroïste d’Aristote en arabe.[1][2]" (Sources suivre le lien)

Je ne sais pas si je te l'ai dit, mais je suis un peu têtu, je poursuis donc :

"— HS : Mais utilise-t-il le verbe "être" au sens ontologique, occidental où "Jésus est Dieu" avec une substantification de la copule "est" ?

— 🤖: Averroès n’utilise pas le verbe «être» au sens ontologique chrétien où la copule «est» se trouve substantifiée comme dans «Jésus EST Dieu». Rien de comparable à la charge métaphysico‑trinitaire de l’esse latin.

  • Pas de copule substantifiée

En arabe philosophique, Averroès parle surtout de

  • wujūd (existence) [i.e.: ♧]
  • māhiyya (quiddité/essence) [i.e.: ],
  • jawhar (substance) [i.e.: ♧],
  • ‘araḍ (accident), [i/e.: ♢]
  • avec des verbes comme kāna / yakūnu,

mais sans construire une métaphysique de la copule «être» comme acte subsistant analogue à la relation Père–Fils.[1][2] Il n’y a pas de Trinité ni d’équivalent de la formule «le Fils est consubstantiel au Père» : l’unicité divine interdit précisément d’ériger des relations internes en «personnes» ou en actes d’être distincts.[3]

  • Ontologie sans esse trinitaire

Son ontologie reste aristotélicienne : substances, formes, matières, actes et puissances, causes ; lorsqu’il parle de ce qui «est», il renvoie à la structure de la substance et à son actualité, pas à un esse personnel ou à une copule hypostasiée.[4][2] Même lorsqu’il discute l’Être nécessaire, il le fait dans le cadre islamique d’un Dieu absolument un, non dans une logique de «l’Être» qui serait l’Esprit par lequel le Fils EST le Père.

Donc : Averroès a bien une philosophie de l’être, mais pas une ontologie de la copule «est» au sens chrétien trinitaire ; le verbe «être» n’y devient jamais une substance ou une personne." (sources suivre lien)

Et pour bien enfoncer le clou, afin que nul n'en doute, je suis allé voir la définition de kāna/ yakūnu:

— 🤖: En arabe classique, kāna / yakūnu est le verbe «être», mais avec des usages grammaticalement et sémantiquement plus précis que l’esse latin.

  • Valeur de base
    • kāna (forme passée) signifie «être, se trouver, avoir lieu, exister» ; yakūnu est son présent/futur.[1][2] On distingue souvent deux emplois :
      • kāna «complet» : «être, se produire, avoir lieu» au sens existentiel («l’affaire a eu lieu»);
      • kāna «incomplet» : copule liant sujet et prédicat (« X était Y »).[3]
  • Rôle copulatif et temporel
    • En syntaxe, kāna et «ses sœurs» sont des verbes copulatifs qui entrent dans les phrases nominales : ils prennent un sujet (ism kāna) au nominatif et un prédicat (khabar kāna) à l’accusatif, et marquent en plus le temps (souvent le passé).[4][5]
    • L’absence de copule en arabe indique en général un présent intemporel («le temps [est] froid»), tandis que la présence de kāna marque une valeur passée («le temps était froid»).[3][2]
  • Dimension «être» / «exister»
    • Des analyses sémantiques montrent que kāna couvre à la fois le «être» existentiel et le «être tel» (copule prédicative) :
      • existentiel : «kāna al‑amru» = «le fait a eu lieu, a existé» ;
      • prédicatif : «kāna Zaydun marīḍan» = «Zayd était malade».[2]

Autrement dit, kāna / yakūnu joue le rôle du verbe «être», mais sans porter, par lui‑même, une ontologie substantifiée de la copule : sa fonction première est grammaticale (copule + temps) et, dans certains contextes, existentielle, plutôt qu’un «acte d’être» au sens thomiste." (Sources : suivre le lien)

Autrement dit :

  • existentiel : «kāna al‑amru» => un constat dans la voie des choses : en [⚤] (ou ♧ dans celle des mots) 
  • prédicatif : «kāna Zaydun marīḍan» => un prédicat en ♡ ouvrant sur une potentialité : en  [♻].

Mais rien ne permet le glissement de sens de l'auteur "... étendue et unie au corps selon l’être." !

- On aura compris, et si tu avançais ?

Le 16/ 12/ 2025 :

- J'ai repris ce matin mes commentaires précédents, en partant de l'hypothèse qu'Averroès était comme Aristote sur une topologie R.

- OK, et où en es-tu de la lecture d'Alain de Libera ?

- Je suis gêné par sa façon de voir chez Averroès une sorte de "progrès" par rapport aux thèses d'Avicenne, quand j'y vois la projection en R d'une pensée plus complexe, se développant sur les 2 voies ⇅ et ⇆.

- Tu veux dire un double filtrage ?

- Oui, en quelque sorte :

  • Averroès réintroduit une "substance" aristotélicienne en ♧♻ quand Avicenne avait réussi à y mettre la potentialité d'une essence, très moderne;
  • Ensuite de Libera semble vouloir y caser un "être" très exogène, aussi bien à la pensée d'Aristote qu'à celle d'Avicenne ou d'Averroès et pour tout dire exclusivement Chrétien, avec en tête tous les développements ontologiques ultérieurs qui en découlent en Occident.

- Mais n'est-il pas dans son rôle d'historien? Nous sommes précisément dans la querelle des universaux, une dispute scolastique bien de chez nous, qui marque notre développement philosophique, et c'est bien ce qui t'intéresse ici, non ?

- Sans doute mais je m'agace de voir à l'évidence, l'interprétation d'Avicenne par Averroès comme la projection d'une pensée moderne (i.e.: sur le cross cap) sur une topologie archaïque, et donc une régression, quand de Libera semble y voir un "progrès"...

- Qu'espérais-tu ? Qui d'autre que toi parle de "topologie de l'Imaginaire" ? À toi d'élaguer le parcours mon ami, haut les coeurs et avance !

"Cette noétique est en rupture avec celle d’Avicenne. Averroès va plus loin que lui dans la séparation de l’intellect, puisqu’il l’étend à l’intellect «matériel», mais, surtout :

  • a/ il abandonne l’hypothèse du Donateur des formes et le modèle émanatiste de la pensée ;
  • b/ il propose une nouvelle théorie de l’abstraction. Cette théorie est nouvelle parce qu’elle ne présente pas l’abstraction comme une induction abstractive : l’intelligible n’est pas tiré de la perception de ressemblances entre des images, c’est le produit du «dépouillement» d’une image singulière. Je n’ai pas le concept d’homme en l’abstrayant d’une pluralité d’images d’hommes singuliers, mais en retirant à une image singulière tout ce qui la fait singulière." p. 263

a/ Par nécessité :  le mouvement [⚤]𓁜𓁝[♻], n'étant pas visible dans la voie des mots le "donateur de formes" en 𓁝[♻]𓁜 est abandonné de facto. Sur l'aspect "émanatiste" voir Note 1.

b/ C'est ce que j'attendais cf. (y). Alors qu'Avicenne part de l'expérience à partir de l'existant et conduit à ♢ dans le mouvement (1)—(2), Averroès introduit ♢, dans son mouvement (b) dans une logique autre. Ici l'auteur parle de "dépouillement" aboutissant en ♡. C'est le point à suivre. À noter que chez les néoplatoniciens, nous avions compris l'abstraction de la forme d'avec l'objet (forme+substance) dans le passage ♧/. En ce sens, oui, il y a innovation.

"Cette nouvelle nature de l’abstraction commande le rôle accordé aux deux intellects et à l’imagination dans la psychologie d’Averroès. La thèse centrale est ce qu’on peut appeler la «théorie des deux sujets»."
[citation d'Averroès] :
"Puisque intelliger, comme le dit Aristote, c’est comme comprendre par les sens, et que comprendre par les sens s’accomplit par l’intermédiaire de deux sujets […] il est également nécessaire que les pensés en acte aient deux sujets,

  • dont l’un est le sujet par lequel ils sont vrais, à savoir les formes, qui sont des images vraies,
  • et le second, celui qui fait de chaque intelligible un étant du monde [réel], et c’est l’intellect matériel.

 Il n’y a en cela aucune différence entre le sens et l’intellect, si ce n’est que

  • le sujet du sens, par lequel il est vrai, est extérieur à l’âme, alors que
  • le sujet de l’intellect, par lequel il est vrai, est à l’intérieur de l’âme.""  p.263

On sent bien que ça doit se jouer entre ♡ et  ♡ , et je suis impatient  d'en apprendre un peu plus ! (Note 2)

Désolé, là il faut tailler dans le texte car moins l'auteur cerne la démarche d'Avicenne, plus il argumente et contre argumente (forcément) pour expliquer le différent. Je vais tenter d'en retirer strictement ce qui ressort d'Averroès. (Note 3)

"Ni le fantasme [i.e.: ♢] ni l’intellect agent [i.e.: ♡]  n’agissent sur l’intellect matériel [i.e.: ♡], l’un occasionnellement, l’autre directement. L’intellect agent agit sur le fantasme, et c’est le produit de cette action [i;e.: /] qui agit sur l’intellect matériel ou, plus exactement, qui est reçu par l’intellect matériel.[i;e.: ♧] " p. 265

Malgré un démarrage identique chez Avicenne et Averroès en (1)=(a), aboutissant chacun en 

  • Avicenne repart dans la voie (2) des choses  passant du potentiel à l'actuel [⚤][♻];
  • Averroès continue dans la voie (b) des mots , au niveau [♻] qui traite la "substance" ;

"La pensée, c’est-à-dire l’intelligible en acte, a toujours deux sujets :

  • l’un, l’intellect matériel, qui assure la subsistance réelle de l’intelligible, qui fait de l’intelligible une «forme existante», disons un être formel ;
  • l’autre, le fantasme, qui en fait un être objectif, autrement dit un concept représentatif, aléthique, c’est-à-dire dévoilant (intellectus verus).

Toute pensée est pensée de quelque chose, au double sens subjectif et objectif du génitif : subjectif, car il faut un pensant ; objectif, car il faut un pensé"." 

La suite du texte anticipe sur les développements futurs, ainsi que les relectures auxquels la réception d'Averroès donner lieu, mais je ne vois pas l'émergence espérée de ♢.

Ce que je retiens pour l'instant de tout ceci : 

  • L'intelligence "matérielle" est en ♻ : on y attache la "subjectivité" l'être pensant, "au-dessus";
  • Le fantasme; en  —car je ne vois pas non plus de mode  structuré intermédiaire (du style taxinomia)— il peut être vu comme "objectif", dans le sens où il travaille à partir des sens ; au même niveau [⚤]...

"Il appartient à l’imagination d’être le lieu où se décide le partage de l’intelligible et du sensible. L’empirisme d’Averroès est fondé sur le rôle pivot de l’imagination, doublement requise en toute intellection,

  • par l’homme pour avoir part à la pensée,
  • par l’intellect matériel pour avoir quelque chose à penser." p. 269

Pensons à la position pivot de l'imagination en a priori ...  Pour Averroès, l'intelligible étant définitivement en (b) soit le niveau [♻] ceci nous donnerait :

  • Le partage entre :
    • L'intelligible => en (b) raboutage : /;
    • Le sensible => en (a) l'imaginaire tiré du sensible : .

Mais j'avoue que la double réquisition m'échappe un peu, et je pense ne pas être le seul. Compte tenu de la suite attendue, j'espère y trouver de quoi éclairer le tableau .

"La thèse d’Averroès sur les universaux est ouvertement aristotélicienne, c’est-à-dire fondée sur la critique de Platon en Métaphysique, Z. On peut la résumer ainsi :

  1. Aucun universel n’est substance [donc en (a)].
    1. Donc, aucun genre n’est substance.
    2. Donc, aucune substance n’est genre (Metaph., X, comment. 6, fo 120rb).
  2. Il n’y a d’autre substance dans un individu [i.e.: ] que la matière et la forme dont il est composé (Metaph., VII, comment. 44, fo 92vb).
    1. La forme et la matière d’une substance individuelle sont elles-mêmes individuelles (ibid.).
      1. Donc, un universel ne peut être une partie d’une chose existant par soi (Metaph., VII, comment. 47, fo 93va).
    2. Ce que l’on dit «universel» ne peut être la substance d’une chose, même s’il fait connaître la substance d’une chose (Metaph., VII, comment. 45, fo 93ra)." p. 270

Le 19/ 12/ 2025 :

- La suite m'a tellement ennuyé que j'ai zappé. Impossible de faire plus longtemps semblant de m'intéresser.

- C'est pourquoi, alors que celui-ci n'est toujours pas achevé, ta pensée à divagué ces temps-ci :

- Oui et c'est ce dernier article, dans lequel nous sommes revenu en détail sur le mécanisme de l'abstraction d'Aristote, que nous pouvons renouer, je l'espère, avec le fil de la présentation d'Alain de Libera. Petit rappel :

- Voilà, et avec cet ajustement du point de vue, il devient évident de positionner :

  • En ♡♻ : nous poietikos / intellect agent
  • En ♡⚤ nous pathetikos / intellect possible

- Nous pouvons très facilement comprendre l'automatisme de répétition qui est en oeuvre à partir de ce schéma :

 

nous pathetikos   nous poietikos 
phantasmata     espèce/ genre
sensibles   (forme+substance)

N'oublie pas que notre représentation topologique "à plat" représente un simple ruban de Moébius : 

  • Le niveau [⚤] est au revers du niveau [♻];
  • la fermeture du ruban sur lui-même est représentée à plat par le joint 
    • /♧♻  dans un sens
    • / ♧ dans l'autre (dualité locale qui n'a plus de sens globalement).

Le mécanisme d'abstraction étant un mouvement répétitif, partant de ♧, pour y revenir par ♡/♧.

Donc, après ce rappel; nous pouvons mieux situer les conséquences qu'en tire Averroès :

  1. Aucun universel n’est substance [donc en (a)].
    1. Donc, aucun genre n’est substance.
    2. Donc, aucune substance n’est genre (Metaph., X, comment. 6, fo 120rb).

La "substance" est exactement à la place de notre "observable" en ♧ ou encore de "l'objet" au sens où l'enfant prend conscience de la persistance de l'objet au cours de son développement (renvoie au fort/da du petit Ernst à la limite). Donc, dès que l'on quitte ♧, une première fois (c'est important car il y a un mécanisme de répétition), plus rien n'est "substantiel". 

  1. Il n’y a d’autre substance dans un individu [i.e.: ] que la matière et la forme dont il est composé (Metaph., VII, comment. 44, fo 92vb).
    1. La forme et la matière d’une substance individuelle sont elles-mêmes individuelles (ibid.).
      1. Donc, un universel ne peut être une partie d’une chose existant par soi (Metaph., VII, comment. 47, fo 93va).
    2. Ce que l’on dit «universel» ne peut être la substance d’une chose, même s’il fait connaître la substance d’une chose (Metaph., VII, comment. 45, fo 93ra)." p. 270

Là il faut avouer que je faisais une confusion entre "substance" et "matière", qui m'a beaucoup desservi. La substance est vraiment ce qui caractérise ♧, au sens où "l'objet persiste", et qu'une tradition Chrétienne nous amène à penser comme "l'être" de la chose, d'où l'ontologie... Il ne faut donc pas "sur-interpréter" Aristote. Une statue n'est "observable" que dans la mesure où une forme est associée à une matière — point-barre. Ça, c'est la thèse  hylémorphisque d'Aristote, rien e plus rien de moins.

Maintenant Averroès nous embarque dans des raisonnements basés sur la dualité Un/ multiple qui ne sont que des justifications, de la syllogistique, du brassage de mots en ♧ pour justifier ♧. Rien que de l'écrire tu comprends qu'il va s'y épuiser.

- Précise ?

- Il produit du sens ♧ , soit des concepts, pour représenter une thèse d'Artiste qui se situe au bout de  ♧ ! Pour être plus précis le connecteur à sa disposition (le +) n'est pas adapté à une abstraction utilisant le connecteur .

- OK, mais pour suivre l'histoire, il faut malgré tout comprendre sa démarche.

- Je veux bien essayer, mais sa pensée crisse comme une craie sur un tableau noir :

  • Il n'y a de substance que dans l'individu :
    Nous sommes ici à penser en termes d'éléments insécables vus ex post en ♧𓁜; ces "individus" sont comme les "abeilles toutes pareilles en tant qu'abeilles de Socrate", et non ♧, qui est par définition sécable puisque formé de matière et de forme.
    => il y a une discordance entre :
    • substance  individu;
    • individu comme "élément" du multiple : un + un + un etc..
  • La forme et la matière d’une substance individuelle sont elles-mêmes individuelles (ibid.).
    => voilà : en ramenant la forme et la matière  dans la substance de ♧ à ♧ tu peux ensuite dire tout et son contraire.
  • Donc, un universel ne peut être une partie d’une chose existant par soi
    Nous avons vu que dès le deuxième tour sur notre circuit, il est possible de comprendre Socrate  espèce Homme, et au tour suivant espèces  genre etc. De ce point de vue, ce n'est pas l'universel qui est "dans la chose", par contre , dans le bouclage ♡/♧, il est possible de qualifier l'objet ♧ pour l'identifier en ♧ et prédiquer de lui ♧
  • Ce que l’on dit «universel» ne peut être la substance d’une chose, même s’il fait connaître la substance d’une chose
    Effectivement, mais par un mécanisme qui n'a rien à voir avec le rapport de l'Un au multiple.
    • L'universel est abstrait de la chose en ♧  par l'intellect agent;
    • L'universel est ensuite identifié et objet de discours en ♧ par l'intellect possible (le mot est remarquablement juste !) 

- Soit : la démonstration d'Averroès ne t'emballe pas, mais ses conclusions sont malgré tout recevables.

- Le raisonnement étant bancal, tu imagines bien qu'elles seront discutées.

- Tout doux l'ami ! Arrête de vouloir vendre ta salade et représente le cheminement d'Averroès. Nous nous intéressons ici avant tout à l'évolution des processus de pensée et non à t vision actuelle : notre topologie peut-elle la représenter, oui ou non ?

- OK, redescendons sur terre. Averroès développe un discours porté par la logique du premier ordre, à base de syllogismes autour de la dualité Un/ multiple et de la définition de base : "un universel se dit de plusieurs". Il est donc bien dans ce qu'Aristote comprend comme "l'intellect possible". On peut donc, de cette façon construire en ♢ les "catégories premières d'Aristote" , ce que j'ai appelé le "premier tour de piste".
=> En ♢on peut effectivement comprendre les catégories, et plus généralement les "universaux" comme des qualités ou accidents, qui ne sont pas "dans l'objet", puisque sa conception arrive après par le bouclage du prédicat sur l'objet "en soi" ♡/♧.

Maintenant, la question se pose des catégories secondes telles qu'espèce et genre (relatives à chaque catégorie primaire). Et c'est là que ça dérape. L'objet vu en ♧ comme un "tout" est ramené en ♧ au rang d'élément, et avec lui les catégories de substance en ♧, d'espèce et de genre en ♢, sont ramenées au rang des autres catégories ♢⚤ et traitées comme telles. Non, je suis désolé, je retombe toujours sur le même constat. 

- Il ne s'agit pas de toi mais d'Averroès ! Admets qu'aucun universel n'est (matière+forme) et que les conséquences logiques qu'il en tire en découlent...

- Oui, mais seulement au premier tour, au suivant et dans la répétition, par la suite, et suivant le même circuit, la "substance" d'un concept est désincarnée, sans matière

- Je vois que tu n'arrives tout simplement pas à penser comme lui. Avançons malgré tout, et tente de restituer ce que tu comprends de sa réception dans Occident Chrétien.

"Autrement dit : les universaux ne sont pas substance, ce ne sont pas des parties des choses, et ils ne sont pas substance des choses, mais ils font connaître la substance des choses. Cette doctrine parfaitement claire a été reprise bien au-delà de l’averroïsme latin..." p. 270

C'est ça qui me tue : comment Alain de Libera peut-il trouver cette doctrine "parfaitement claire" ?

- Elle est claire dans son énoncé... 

- Je maintiens que cette "clarté" couvre une confusion entre "substance" et "ontologie", qui surdétermine la théorie hylémorphique d'Aristote. (Note 4)

- Avance ! 

"... C’est la charte de l’occamisme. Si Avicenne est le point de départ de Duns Scot, Averroès est le point de départ d’Occam. Cela apparaît clairement dans le Commentaire occamien sur l’Isagoge, qui reprend explicitement à son compte les thèses d’Averroès (voir encadré)." p. 270

- Bon : nous avons ici notre plan de route. J'abrège donc la suite, puisque nous y reviendrons...

- En fait, à travers Averroès, les scolastiques vont redécouvrir la partition d'Aristote entre : (voir "Vertige")

  • En ♻ : nous poietikos / intellect agent
  • En ⚤ nous pathetikos / intellect possible
nous pathetikos   nous poietikos 
phantasmata     espèce/ genre
sensibles   substance

La dualité est évidente, mais le vocabulaire ne cesse de se modifier au fil des reprises... 

Il faut ici placer le duo "cogitative" / "intellect". 

En ♡: Cogitative :

La fonction de la cogitative est de dépouiller le sensible individuellement. C’est elle qui « distingue l’intention d’une chose sensible de son idole imaginée ». La cogitative n’est donc pas la «faculté rationnelle» dont parle Aristote, celle qui «distingue des intentions universelles, et non des individuelles» (In De an., III, comment. 6).

En ♡ : intellect : (âme)

"La thèse finale d’Averroès sur les universaux est donc celle-là même que reprendront les nominalistes. C’est celle d’Aristote, pour qui «l’universel est seulement dans l’âme». C’est bien parce que l’universel n’est ni en acte dans les choses ni en acte dans l’âme humaine, mais seulement en puissance dans les fantasmes qu’Aristote a conçu la théorie de l’intellect agent abstracteur.

"Tous les dits d’Aristote sur ce sujet prouvent que les universaux n’ont pas d’être en dehors de l’âme, contrairement à ce que soutenait Platon. Car, si tel était le cas, il n’y aurait pas besoin de poser d’intellect agent Cf. Averro"" p. 276

De la, bien entendu, un pataquès pas possible car ces deux instances ♡ et ♡ sont directement liées chez Platon, dans le domaine des idées, radicalement séparé du domaine d'ici-bas (voir #23):

  Platon   Aristote
Séparer [⚤] [♻]   
 
[⚤] [♻]   
          Abstraire

En particulier, Thomas objecte :

"Thomas soutient donc, contre Averroès, un double parti :

  • a/ il affirme que l’intellect est numériquement distinct et multiplié par le nombre des âmes humaines individuelles ;
  • b/ il maintient dans son sens le plus strict le réalisme du processus de connaissance abstractive décrit, moins radicalement, par Aristote dans les Seconds Analytiques" p. 279

La thèse a/ vise à ramener l'intellect en ♡; et ne conserver que la partie logique de l'abstraction : ♧.

Je te passe les détails, l'important est d'avoir une grille de lecture validée pour suivre l'histoire.

- Il y a quand même cette autre critique de Thomas, qui nous intéresse au premier chef :

"l’impossibilité de définir l’homme comme pensant (il est défini seulement comme pensé). Si, dans le système averroïste, la phrase «Homo intelligit» est impropre, c’est parce que l’homme est lui-même ce qui est pensé. Dire que l’image est le fondement objectif de la pensée de l’intellect ne permet pas d’expliquer l’acquisition de la pensée par l’homme : pour être humaine, la pensée doit être comprise comme une action immanente de l’homme, non comme une action transitive de l’intellect séparé."

- Effectivement : il y a ici un paradoxe du type Russel, voire l'incomplétude de tout discours chez Gödel. L'être pensant doit être dépassé par un "Autre", et c'est très Lacanien du coup. Nous l'avons bien entendu intégré par la posture finale du Sujet dans son discours : (....𓁝[∅])𓂀.

Le problème vient de ce qu'en restant au niveau [⚤], pour construire un discours à partir d'éléments de langage, il est impossible de prendre en compte une différence de postures local—𓁝/𓁜—global.


Le 22/ 12/ 2025 :

- Une idée en entraînant une autre, je n'en finis pas de faire des apartés, et après avoir disserté sur le mouvement dans "Vertige", cela a donné :

- Si cela te permet de te familiariser avec la lignée de nos ancêtres Parménide/ Platon/ Aristote, ce n'est pas du temps perdu... mais j'aimerais bien terminer cet article, qui traîne un peu en longueur..

- De Libera nous trace notre feuille de route pour tenter de comprendre la suite :

"Les averroïstes latins situent le problème des universaux au niveau de l’opposition entre le conceptualisme et le réalisme, sans référence aux discussions du siècle précédent. C’est la marque du nouveau départ de la pensée latine, la phase scolastique, gréco-arabe (sur laquelle nous revenons plus bas), où le nominalisme ne joue aucun rôle théorique, même si, au XIVe siècle, Occam récupérera à son profit le conceptualisme aristotélico-averroïste." p. 281

Théorie des universaux et éternité des espèces

- Le débat est intéressant car il s'agit, par des arguments syllogistiques (dont en R) d'une dispute sur une conception qui semble a priori platonicienne (en R, avec séparation des formes et de la substance).

La thèse : une espèce comme celle des hommes étant composés d'individus tous "corruptibles", l'espèce elle-même est corruptible. Cela implique que l'espèce est ici une forme "incarnée" par la jointure [⚤]/[♻] et non un pur concept [⚤] platonicien.

Or, cette distinction platonicienne forme—incorruptible/corruptible—substance perd son évidence chez Aristote, puisque l'abstraction permet le passage du multiple (sensible) au simple (idées) dans un mouvement ♧♡.

- Et qu'est-ce qui retient ton attention dans ces échanges un peu fastidieux ?

- La conclusion de Siger :

"La seule conclusion acceptable et conforme à l’enseignement de la philosophie serait de dire que l’espèce humaine est entrée dans l’être par accident, «par la génération d’un individu avant l’autre à l’infini, et non dans un seul individu déterminé, qui n’eût pas été auparavant»." p. 283

Son argument témoigne de la conscience d'une différence entre ♢ et ♢ :

  • En ♢: le connecteur est "+" avec :
    • La possibilité d'une régression indéfinie (à partir du successeur en ♧ );
    • La conception des catégories comme "accidentelles", ne modifiant pas le Sujet dans ♢/ ;
  • En ♢ : le connecteur est "" avec :
    • L'idée de "participation" : un seul individu peut amener à l'idée d'espèce ♧ 𓁜𓁝.  (i.e.: aa)

- C'est ton interprétation actuelle...

- Bien entendu, je remarque simplement qu'il y a derrière l'argumentation de Siger, quelque chose qui persiste : une nécessaire distinction entre les niveaux [⚤] et [♻].

"il revient en détail sur la prémisse, qu’il a concédée pour les besoins de la discussion, selon laquelle les universaux sont dans les particuliers.[i.e.: ]. C’est en discutant cette prémisse des théologiens qu’il livre sa propre doctrine des universaux."

Conceptualisme et critique des universaux «in re»

La difficulté, dans un cheminement aristotélicien R est la dualité entre :

  • Par  :  La formation des concepts en  ♡, selon les règles syllogistiques;
  • En ♡ :  le siège de l'intellect agent, de l'âme; d'un principe unitaire etc. 
  Aristote  
concepts   intellect agent
syllogistique   abstraction
sensible   substance

Et ce qui pose problème, ce sont les catégories espèce/ genre, qui nous l'avons vu seraient "naturellement" en ♢, qui échappe (partiellement) au formalisme syllogistique. 

  • Thèse conceptualiste : les universaux sont dans l'âme => en ♡;
  • Thèse réaliste
    • "a/ les universaux sont des choses universelles, faute de quoi ils ne seraient pas prédiqués des particuliers [par dénombrement en ♢], donc ils ne sont pas internes à l’âme [i.e. pas en ];
    • b/ la chose qui est le «sujet de l’universalité», par exemple l’homme ou la pierre, n’est pas dans l’âme.
    • Le concept, ou plutôt l’«intention d’universalité», a son être dans ce qui «est dit et nommé paronymiquement universel».p. 284
      => en ♡.

- Il est intéressant de voir évoqué l'intention du Sujet ce qui, sauf erreur de ma part, est nouveau dans la discussion. Pour nous pas de problème : l'intention ou le désir se traduit par une tension vers [α] en 𓁝. Tension  qui se relâche dans un retournement :  𓁝[α]𓁜=> 𓁝[α]𓁜.

- Tu fais un contresens mon ami ! Il n'est nullement question du porteur du discours ici, ni de psychologie ! l'intention, comme l'action ou l'être, sont réifiés. Donc l'intention n'est pas dans le regard du Sujet, ni dans son expérience de la chose, mais dans les objets eux-mêmes. Il faut s'y faire et suivre formellement ce qui est écrit.

- Pas facile...

- La distinction entre [⚤] et [♻] va juste porter sur la différence :

  • En [⚤] : ce qui est dit de la chose;
  • En [♻] : ce qui est de la chose.

D'où l'introduction d'une intention "paronymiquement universelle" relative aux "objets de discours", et donc des signifiés en ♧, on passe aux signifiants en ♧, ce qui permet de construire des concepts par  .

Maintenant, très honnêtement, je dois te dire que j'ai atteint mon niveau de Peter : je suis incapable de comprendre le détail des arguments échangés au cours d'une bataille qui s'engage pour savoir si les universaux sont dans l'âme, en ♡, ou bien des concepts en ♡.

- L'important est de pointer l'importance de ces deux pôles sémantiques, que l'Occident redécouvre via le renouvellement du corpus aristotélicien, grâce à sa diffusion à partir de la lecture d'Averroès. 

"Par rapport à l’Aristote réduit à la logique et à la sémantique porphyro-boécienne qui a dominé tout le XIIe siècle, l’Aristote arabe, plus particulièrement l’aristotélisme averroïsant, a accentué le second volet de la question aristotélicienne de l’universel, non plus tant la confrontation avec la théorie platonicienne de la participation que la description des ressorts de la connaissance abstractive. Il y a ainsi une rupture entre le XIIe et le XIIIe siècle qui résulte des changements de corpus opérés dans la translatio studiorum. Tout en poursuivant la ligne ainsi engagée, le XIVe siècle rompra à son tour avec le XIIIe en renouant avec les problèmes du XIIe siècle, qu’il avait laissés de côté et en s’efforçant de ramener dans un cadre unitaire les deux moitiés du legs aristotélicien." p. 290

- À suivre donc !

- Amen

Hari

Note 1 :

- Avicenne est sur un cross cap, et l'enchaînement des mouvements peut apparaître comme contre-intuitifs pour quelqu'un resté sur un Ruban de Moébius.

- Peux-tu préciser ?

- Lorsque je détaille les 4 séquences du mouvement :

/ / /

Le spin qui indique le sens général des flèches est ici le sens horaire ↻ ; cependant l'enchainement est anti-horaire, conduisant de [⚤] près du Réel à [♻] au contact du Symbolique. 

Et donc : bien que le mouvement général soit l'expression d'une intention immanente, les tronçons (2) et (3) sont "transcendant".

Pa ailleurs, sur le parcours (4) , le mécanisme de répétition [⚤]𓁜⇆𓁝[♻] fait que, à chaque fois que le Sujet, par son travail (1)—(2), se met en mesure de "comprendre" ce que le donateur de formes en [♻]𓁜 met à disposition, le Sujet repart dans un mouvement [⚤]𓁜𓁝[♻].

En ce sens, le mouvement laisse apparaître l'acquisition des connaissances comme une "émanation" du divin, mais le mouvement est celui du Sujet (qui apprend à son rythme), et non du divin, qui est là de toute éternité.

Pour te faire une image d'ingénieur : c'est comme la conduction "par trous" en électronique. Dans un cristal avec des "trous" (des manques d'électrons), lorsqu'un trou se déplace de gauche à droite, le courant enregistré est celui du déplacement des électrons de droite à gauche, qui "bouchent les trous" au fur et à mesure de leur progression.

  • Le Sujet est globalement dans une démarche immanente, vers le donneur de formes;
  • Les formes sont acquises comme une "émanation" divine.

Note 2

- J'ai promis de taire ma critique d'Alain de Libera, parce que j'ai beaucoup à apprendre celui et peu d'intérêt pour la dispute , mais parfois j'ai du mal à digérer certains passages.

"La doctrine d’Averroès vise donc à rétablir la dimension empirique [!] de l’aristotélisme, à renouer le fil de l’intelligible et du sensible, à abandonner l’interprétation dualiste néoplatonisante d’Avicenne [!] , sans sacrifier à l’empirisme et au naturalisme. Averroès est l’adversaire de toute pensée de l’intelligible sur le mode de la donation avicennienne [voir Note 1]. L’abstraction averroïste n’est pas une donation, c’est une réduction. La réduction de l’intelligible à l’acte est la réduction de l’image à son noyau d’intelligibilité." p. 263

Franchement, quand tu penses à la pratique quasiment scientifique d'Avicenne grâce à laquelle il a fait des progrès importants en médecine comme en pharmacie, quand Aristote se contente de constater qu'un caillou s'arrête quand on cesse de le pousser... Il y en a un des deux qui peut reçevoir des leçons sur la méthode empirique !

Il y a véritablement une projection du processus ↻ sur la seule voie des mots ⇅ qui agace un peu...

Note 3 :

— Je note quand même ici ce qui ne passe pas. Après tout, c'est peut-être moi qui suis dans le bleu. J'y reviendrais donc ultérieurement en manière de vérification à mon propre usage.

"Le rejet du transcendantalisme avicennien ne signifie pas l’adhésion au naturalisme. Si la donation de l’intelligible par le Dator formarum est refusée, il ne faut pas en déduire que les «intentions imaginées» sont le «seul moteur de l’intellect matériel», la seule cause qui le fasse passer de la puissance à l’acte." p. 265

Il y a une incompréhension totale du travail immanent à produire en (1)—(2) pour arriver en (4) au mouvement d'adaptation du Sujet afin de recevoir du Dator formarum  (toujours Note 1)

"d/ l’intellect se réduirait à l’imagination – ce qui est la doctrine d’Ibn Bâjja (Avempace) identifiant l’intellect matériel à la faculté imaginative «en tant qu’elle est préparée à ce que les intentions qui sont en elles soient intelligées en acte» (Crawford, p. 397)." p. 265

"Se réduirait à" ! Non, à partir de l'imagination, en ♢  et au travail en ♢ , il y a tout un travail de préparation [⚤]𓁜𓁝[♻] au sens quasi "physique", dans la voie des choses, de modelage de l'intellect (spirituel) pour se former 𓁝[♻]♡ à la réception etc... 

Le plus beau :

"Autrement dit, les deux facteurs combinés par tous les avicennismes – de l’avicennisme naïf (Gundissalinus) à l’avicennisme subtil (Duns Scot), en passant par ce que Gilson a appelé l’«avicennisme augustinisant», où le Maître intérieur remplace le Donateur des formes –, ces facteurs, condamnés à concourir sinon directement, du moins chacun à part et à sa manière, sur l’intellect possible identifié à la forme du corps : le fantasme et l’intellect agent, sont redistribués par Averroès dans un parfait équilibre entre l’empirique et l’a priori. [!!!]. Ni le fantasme ni l’intellect agent n’agissent sur l’intellect matériel, l’un occasionnellement, l’autre directement. L’intellect agent agit sur le fantasme, et c’est le produit de cette action qui agit sur l’intellect matériel ou, plus exactement, qui est reçu par l’intellect matériel."

C'est comme dire que la terre plate est une explication "parfaite" parce que plus simple à comprendre !

- Je sens que ça va être dur à suivre longtemps 😉

Note 4 :

- À cet égard, Avicenne en voyant la "substance" comme ce qui "subsiste" ou "persiste", comme ensemble de "potentialités" pour tout dire, est plus proche d'Aristote. Pour lui, la statue se représente en ♧ comme actualisation, d'un concept, quelle que soit la matière (airain, marbre, bois) (i.e.: l'indifférence du concept) qui lui sert de support et le présente (ou l'incarne) en ♧. Et ça me semble bien plus clair...

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